15.01.2010

Haïti: 'On aurait dit la fin du monde' - Le séïsme vécu par un missionnaire

Frère Demetrio De la Cruz Jiménez, vice-provincial des missionnaires capucins de Haïti et Santo-Domingo, a assisté au séisme qui a affecté mardi 12 janvier Port-au-Prince, alors qu'il se trouvait au siège de la Conférence épiscopale de Haïti (Ceh), situé au centre de la capitale haïtienne.

"La secousse a été extrêmement forte et longue, au moins 30 ou 40 secondes. Nous nous sommes tous jetés par terre. Quand la secousse a cessé, il y a eu quelques secondes de silence absolu. Ensuite, on a entendu de dehors les cris des gens qui venaient de toutes les directions. On aurait dit que la fin du monde était arrivée",

dit-il à la MISNA.

"Nous étions une centaine de religieux haïtiens et d'autres pays des Caraïbes rassemblés à une réunion de la section Caraïbes de la Clar (Conférence des religieux d'Amérique Latine, Ndlr)",

raconte le missionnaire contacté à Santo-Domingo, où il est revenu mercredi après avoir passé les premières 24 heures du post-séisme à Port-au-Prince.

À la fin de la secousse, tous les religieux et le personnel de la structure ont quitté le bâtiment qui comportaient de grosses fissures bien qu'il ne se soit pas immédiatement effondré, indique encore frère De la Cruz.

"Nous avons vu affluer des dizaines de blessés : ils venaient du siège de la Ceh, où les religieuses gèrent un foyer médical dans une des ailes de l'édifice. Nous les avons installés le mieux possible dans le jardin de l'édifice et nous avons commencé à les soigner, pendant que les religieux haïtiens se sont empressés de rejoindre leurs proches et leurs confrères qu'ils n'avaient pas réussi à joindre par téléphone",

dit encore frère De la Cruz.

Le missionnaire raconte que les religieuses sont parvenues à contacter un médecin chilien et deux doctoresses volontaires, dont une était arrivée dimanche de Suisse, qui se sont mis à soigner les blessés.

"La plupart avaient des blessures à la tête, au visage, aux bras et aux jambes - continue le missionnaire - et les plus graves ont été emmenés à l'hôpital avec les véhicules des religieux. Il était six ou sept heures du soir. Ils sont tous revenus au bout d'une demi-heure seulement parce qu'il n'y avait plus de place à l'hôpital. Alors nous leur avons porté assistance pendant toute la nuit avec le peu de moyens dont nous disposions".

Le missionnaire capucin précise qu'une soixantaine de blessés minimum étaient regroupés dans le jardin.

"La ville n'est plus qu'une étendue de gravats. Pas un quartier de ceux que j'ai traversés n'a été épargné",

raconte le missionnaire à la MISNA, évoquant le trajet de retour vers Santo-Domingo qu'il a fait en voiture mercredi matin par la route qui mène à Croix-des-Bouquets puis à Fond-parisien, deux communes orientales de l'agglomération de la capitale, durement frappées elles aussi.

"Les murs de la plupart des constructions se sont écroulés et ceux qui sont restés debout sont lourdement endommagés",

poursuit-il.

En dehors de la ville, frère De la Cruz et ses accompagnateurs ont trouvé un taxi qui les a emmenés à la frontière, où ils ont pu rentrer à Santo-Domingo en autobus.

(Interview de Barbara Fabiani)

MISNA

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