24/12/2010

'L'avenir du monde' par le directeur de l'Osservatore Romano

A propos des discours de Benoît XVI à l’occasion des vœux

 

 

giovanni-maria-vian-vatican.jpgROME, Mardi 21 décembre 2010 (ZENIT.org) - « L'avenir du monde », titre L'Osservatore Romano en français des 21-28 décembre 2010 qui publie cet éditorial du directeur, M. Giovanni Maria Vian (photo), à propos des discours de Benoît XVI à l'occasion des vœux de Noël et du Nouvel an. L'avenir du monde est en jeu.

 


L'avenir du monde


GIOVANNI MARIA VIAN

Les discours que le Pape prépare pour les voeux de Noël sont l'occasion pour une réflexion sur l'année écoulée. Une réflexion présentée d'un point de vue particulier - celui de l'Evêque de Rome, à qui est confié la direction visible de toute l'Eglise -, mais qui dans le même temps souhaite parler au-delà des frontières catholiques. C'est pourquoi Benoît XVI a dit qu'est "en jeu l'avenir du monde". C'est pourquoi, avec douceur, il demande à être écouté. Tout d'abord par les médias, qui ont la responsabilité de communiquer, mais plus en général par quiconque désire écouter le raisonnement posé, mais très clair, d'un homme bon et lucide que Dieu a donné à notre temps.

Un temps d'égarement et d'angoisse qui, malgré les espérances et les possibilités, rappelle celui de la fin de l'empire romain, lorsqu'un monde déclinait: une époque écrasée "par l'impression que le consensus moral est en train de se dissoudre, un consensus sans lequel - a analysé avec précision Benoît XVI - les structures juridiques et politiques ne fonctionnent pas". Et c'est un diagnostic qui concerne chacun: en effet, le Pape regarde l'Eglise, mais il parle à chaque femme et à chaque homme, à celui qui est disposé à accueillir sa réflexion, sans la mutiler selon des mécanismes informatifs qu'il est trop facile de prévoir.

Le Pape a retenu deux aspects principaux de l'année qui se termine, au sein de l'Eglise mais également à l'extérieur, dans le monde où elle vit. D'une part, la dimension bouleversante et inimaginable des abus contre les mineurs commis par des prêtres - qui "sous le manteau du sacré blessent profondément la personne humaine dans son enfance et lui causent un dommage pour toute la vie" - et, de l'autre, la croissance effrayante de la christianophobie précisément pendant l'année au cours de laquelle a été célébré le synode des Eglises du Moyen-Orient.

Pendant plus de vingt ans, le cardinal Joseph Ratzinger a oeuvré de toutes les manières possibles pour s'opposer au scandale des abus sexuels, l'âme déchiré, car il était précisément conscient de la grandeur et de l'unicité du sacrement sacerdotal, qui est en revanche "en mesure de changer le monde" et de l'ouvrir à Dieu. Un scandale décrit par le Pape avec les mots de la vision reçue d'une femme, sainte Hildegarde de Bingen, qui vit l'Eglise défigurée par les péchés des hommes et par les fautes des prêtres. Un scandale auquel s'ajoute la dérive actuelle d'un monde qui se tait - quand il ne se fait pas le complice - face à la pornographie qui viole l'innocence des plus petits, face au tourisme sexuel, face à la drogue. A cause d'un subjectivisme qui finit par pervertir la conscience.

De la même manière, il interpelle le monde et ce n'est pas seulement l'Eglise qui est concernée par la multiplication d'"actes de violence dans lesquels ce qui est sacré pour l'autre ne se respecte plus, dans lesquels même les règles les plus élémentaires de l'humanité s'écroulent". Au Moyen-Orient, mais pas seulement, "les chrétiens sont la minorité la plus opprimée et tourmentée", a répété Benoît XVI, en se plaignant que les voix de la raison qui s'élèvent dans le monde musulman soient trop faibles et encore une fois il a demandé que cesse la christianophobie.

Mais à la racine de tout cela se trouve la nécessité - qui pour les chrétiens est également une responsabilité - de retrouver ce "consensus moral de base" indiqué par Alexis de Tocqueville. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra recommencer à voir ce qui est vraiment réel et qui compte vraiment: Dieu et l'âme, en reconnaissant que l'homme est capable de vérité, et que la vérité exige l'obéissance. C'est ainsi que Benoît XVI a décrit les trois conversions de John Henry Newman. Dans sa vie, il a montré comment il est possible d'aller contre la pensée dominante. Pour s'ouvrir au Seigneur qui vient.

©L'Osservatore Romano - 21-28 décembre 2010

 

Les commentaires sont fermés.