09/02/2012

Jésus notre contemporain

jesus notre contemporain.jpgC'est le titre de l'événement international qui va avoir lieu à Rome dans quelques jours. Un événement conçu par le cardinal Ruini en pleine harmonie avec la "priorité suprême" que Benoît XVI a fixée à son pontificat 


ROME, le 6 février 2012 – La veille du prochain consistoire, Benoît XVI réunira autour de lui tout le collège des cardinaux, y compris les nouveaux élus, pour une journée "de réflexion et prière".

Cette rencontre qui aura lieu le 17 février aura pour thème : "L'annonce de l’Évangile aujourd’hui, entre 'missio ad gentes' et nouvelle évangélisation".

Chacun sait que c’est également l'objectif primordial de l’actuel pontificat. Le pape Joseph Ratzinger l’a dit et répété à maintes reprises : "La priorité suprême et fondamentale de l’Église et du successeur de Pierre en ce temps est de conduire les hommes à Dieu".

Mais à quel Dieu ? La réponse du pape à cette question est également connue :

"Pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l'amour poussé jusqu’au bout, en Jésus-Christ crucifié et ressuscité".

Les phrases de Benoît XVI que l’on vient de citer sont tirées de la lettre qu’il avait adressée aux évêques du monde entier le 10 mars 2009. 

C’est justement en cette année 2009, du 10 au 12 décembre, que le comité pour le projet culturel de l’Église d’Italie, présidé par le cardinal Camillo Ruini, avait organisé à Rome un événement international ayant pour thème : "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout" :

> Toutes les raisons de Dieu. Une enquête

Mais alors, quel Dieu, sinon celui qui s’est révélé en Jésus ? Ce premier événement devait nécessairement être suivi d’une deuxième partie.

Ce sera chose faite dans quelques jours, du 9 au 11 février, c’est-à-dire une semaine avant le consistoire. Cette fois, le titre sera : "Jésus notre contemporain".

La présentation et le programme de l'événement se trouvent sur le site du comité pour le projet culturel présidé par Ruini :

> Gesù nostro contemporaneo

Le discours d’ouverture sera prononcé - dans le grand auditorium de la via della Conciliazione, qui se trouve à quelques pas de la place Saint-Pierre - par l'exégète allemand Klaus Berger. Quant à l’intervention de conclusion, elle sera confiée au théologien et évêque anglican Nicholas Thomas Wright, qui abordera le thème de la résurrection de Jésus en tant qu’événement historique sur lequel se joue toute la foi chrétienne.

Il n’y aura donc pas que des catholiques qui prendront la parole au cours de cet événement, mais aussi des protestants, des juifs, des musulmans, des agnostiques, des non-croyants. Les approches seront également des plus variées : historiques, philosophiques, bibliques, théologiques, littéraires, artistiques. Mais elles auront toutes un seul et même axe, que l’on ne peut confondre avec rien d’autre : le mystère de Jésus vrai Dieu et vrai homme.

Le principal concepteur de l’événement, le cardinal Ruini, en a donné une présentation dans "L'Osservatore Romano" du 3 février dernier.

On peut lire ci-dessous son "ouverture".




JÉSUS NOTRE CONTEMPORAIN

par Camillo Ruini



L’événement "Jésus notre contemporain", qui se déroulera à Rome du 9 au 11 février, vient un peu plus de deux ans après le précédent, qui était intitulé : "Dieu aujourd’hui : avec lui ou sans lui, cela change tout".

Le thème de chacune de ces deux initiatives, organisées par le comité pour le projet culturel de la conférence des évêques d’Italie, est étroitement lié à l’autre parce que le Dieu en qui nous croyons ou ne croyons pas, dont nous discutons en Italie, en Occident et dans une grande partie du monde (par exemple, en Russie ou en Amérique Latine), est le Dieu qui nous est proposé par Jésus-Christ. Réciproquement, Jésus de Nazareth est important pour un très grand nombre d’hommes et de femmes parce qu’ils sont convaincus qu’il a une relation unique avec Dieu.

Cela fait deux siècles et demi qu’une gigantesque recherche historico-critique est menée à son sujet et que se développe un débat historique, philosophique et théologique – culturel au sens fort du terme – qui, en dernière analyse, tourne autour de la question de savoir si Jésus a ou n’a pas cette relation unique avec Dieu.

La question de Dieu et celle de Jésus-Christ sont donc, en fait, inséparables. C’est pourquoi nous nous trouvons, cette fois-ci comme il y a deux ans, au cœur de la relation entre la foi et la culture d’aujourd’hui, et donc au cœur de la tâche assignée au projet culturel et, beaucoup plus largement, de la mission de l’Église.

Pourquoi avoir choisi ce titre pour parler de Jésus ? Pas seulement afin de souligner le caractère actuel du sujet et pour le revendiquer face à ceux qui considèrent que Jésus est désormais confiné dans le passé, mais pour une raison plus substantielle.

Nous parlons en effet de Jésus notre contemporain – et nous pourrions ajouter : contemporain de tout homme et de toute femme de l’avenir comme du passé – en voulant dire que celui qui est notre contemporain, c’est précisément le Jésus qui a vécu il y a deux mille ans en Palestine : il l’est dans son histoire humaine unique et qui ne peut avoir lieu à nouveau, et pas simplement dans la mesure où il est rendu actuel par notre souvenir ou encore par nos tentatives pour lui être fidèles, pour nous inspirer de lui dans notre manière de vivre.

Si on le comprend de cette façon, le titre de cet événement est très loin d’être une évidence. Il contient une provocation forte qui met en cause à la fois la foi et l’histoire. En effet le grand écrivain allemand des Lumières Gotthold Ephraïm Lessing avait déjà affirmé, en 1777, que des vérités historiques ne peuvent pas devenir une preuve de vérités éternelles et que la distance historique entre Jésus et nous, qui augmente continuellement, implique une diminution inévitable de l’importance qu’il a pour nous.

À partir de cette époque-là, la tendance à reléguer Jésus dans le passé s’est répandue au point de devenir presque une évidence pour une grande partie de la culture actuelle, même lorsque l’on reconnaît la valeur et l’actualité de l’exemple que nous donne sa vie et de certains de ses enseignements.

En revanche, pour ceux qui croient en Jésus-Christ et s’adressent à lui comme au Seigneur qui est vivant et présent, qui nous écoute et nous soutient – ou plutôt, comme le dit saint Paul aux Galates (2, 20), qui vit en nous – il est impossible de reléguer Jésus dans le passé, car cela équivaudrait à couper le lien qui unit notre existence à la sienne. C’est pourquoi Kierkegaard avait déjà donné à Lessing une réponse sèche, celle du saut de la foi qui dépasse le temps et qui fait de nous des contemporains de Jésus.

Mais ce n’est pas autour d’une réponse de ce genre qu’a été construit l’événement ou, tout au moins, ce n’est pas la totalité de la réponse que celui-ci entend nous proposer.

En effet les quatre demi-journées de discours, de témoignages, de débats, de projections, d’expositions cinématographiques, sont organisées autour de l’idée qu’il est possible de combiner la foi en Jésus vivant et notre contemporain avec sa position précise dans l’histoire, dans ce qui s’est passé en Palestine il y a deux mille ans.

Autrement dit, cet événement devrait mettre en évidence le tournant qui se produit précisément à l’époque actuelle dans les études historico-critiques sur Jésus de Nazareth, tournant dont les deux livres que Benoît XVI a consacrés à Jésus sont, pour ainsi dire, le signal et la quintessence théologique et exégétique. Sur la base de ce tournant, les traditions relatives à Jésus qui nous ont été conservées dans les Évangiles sont à prendre beaucoup plus au sérieux que ne l’ont pensé beaucoup de chercheurs, pour des raisons diverses, pendant plus d’un siècle.

Toutefois, de cette façon, le personnage historique de Jésus de Nazareth retrouve son épaisseur et son caractère concret, d’une manière nouvelle et avec une conscience critique.

Cela s’applique non seulement à ce qu’il a dit mais également à ce qu’il a fait, c’est-à-dire aux signes de la puissance de Dieu qui agissait en lui. De même cela s’applique à la conscience qu’il avait de sa relation filiale avec Dieu, de la mission que le Père lui avait confiée et du destin qui l’attendait, destin de mort mais également de salut.

Ou plutôt, même la foi en sa résurrection des morts - qui est le point décisif du credo et du témoignage de l’Église des origines, mais qui a aussi été l’objet du plus fort scepticisme historique - est de nouveau considérée, à notre époque, comme difficilement compréhensible sans un solide ancrage dans l’histoire.

Tout cela représente une face de la question. L’autre face est l’actualité de Jésus, non seulement telle qu’elle est demandée par la foi que l’on a en lui, mais aussi telle qu’elle émerge de cette “histoire efficace” qui est venue de lui jusqu’à nous, conservant et renouvelant continuellement ce caractère paradoxal qui est exprimé par le binôme croix-résurrection.

Cette actualité et cette contemporanéité de Jésus seront approfondies à Rome aux points de vue philosophique et théologique, mais elles seront également attestées et rendues presque tangibles à travers diverses formes d’expérience : celle des œuvres de fraternité qui naissent aujourd’hui encore de la relation avec lui ; celle, peut-être encore plus intime et directe, de la relation personnelle et vivifiante qui s’établit entre lui et ceux qui choisissent de passer, par le silence et la prière, leur vie en sa compagnie ; celle, suprême, de ceux qui meurent martyrs en raison de leur foi en lui.

Cet événement est donc une proposition audacieuse mais qui est faite avec respect, en faisant également place, dans son déroulement, à ceux qui évoluent selon des logiques différentes.

À eux aussi, comme à chacun d’entre nous, en tout cas, Jésus de Nazareth pose la question par laquelle il interpella ses premiers disciples : "Et vous, qui dites-vous que je suis ?".



Le journal du Saint-Siège dans lequel le cardinal Ruini a présenté l'événement :

> L'Osservatore Romano



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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