08.10.2006
" LE CIEL EST POUR L’ENFANT " (Mc 10, 2-16)
Jésus, dans l’Évangile, se réfère au commencement, c’est-à-dire à la création. Même les païens n’ont aucune excuse, dit S. Paul, car ce que Dieu a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres (Rm 1, 18 ss.) : Ils se sont laissé aller à des raisonnements qui ne mènent à rien, et les ténèbres ont rempli leurs cœurs sans intelligence. (…) Ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge ; ils ont adoré et servi les créatures au lieu du Créateur, lui qui est béni éternellement. C’est donc une morale qui concerne tout le monde, pas seulement les chrétiens.
Or, il n’est pas rare de nos jours de voir des personnes qui se présentent comme chrétiens, comme catholiques même, et qui non seulement commettent des péchés inexcusables pour les païens, mais qui approuvent ceux qui les font (cf. Rm 1, 12). Dans le même temps, ils revendiquent le droit de pouvoir communier, se (re)marier, adopter des enfants, de devenir prêtres… Dans l’évangile, il n’est question que des hommes et des femmes qui déshonorent leurs corps dans l’adultère. Mais S. Paul mentionne aussi ceux qui le déshonorent dans des relations homosexuelles. Les personnes à tendance homosexuelle ont toujours existé – au temps de S. Paul, comme aujourd’hui – mais le soi-disant progrès c’est de ne plus en avoir honte et de faire du lobbying afin que les unions homosexuelles soient juridiquement reconnues.
La vraie foi, elle, vient au secours de la vraie raison, sans pour autant la court-circuiter. N’oublions pas l’agencement des passages dans l’Évangile de S. Marc : c’est la question de la foi chrétienne qui entraîne la question de la morale chrétienne. Ce n’est qu’en découvrant qui est Jésus que l’on peut apprendre ce qu’il convient de faire pour le suivre. Si on ne sait plus qui est celui qu’on suit, on perd par le fait même la lumière du comment. Une morale ne peut être chrétienne qu’en dépendance de la foi chrétienne. Il s’ensuit que si la foi diminue, le sens moral se perd inévitablement. Comment, dans ce cas, être enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération égarée et pervertie et briller comme les astres dans l’univers (Ph 2, 15) ?
Cette observation toute simple, mais très importante doit être gardée en mémoire si on veut comprendre quelque chose aux raisons de l’évolution des mentalités, pas seulement de nos jours, mais de tous les temps. De même que la foi n’est pas une réalité statique, de même la morale est appelée à évoluer, mais pas de manière indépendante. Ainsi, quand la foi baisse, le sens moral se dégrade. Si la foi grandit, il progresse.
Aux pharisiens qui l’abordent pour le mettre dans l’embarras et qui se réclament non pas d’une prescription (Que vous a prescrit Moïse ?), mais d’une permission de Moïse (Moïse a permis de renvoyer sa femme), Jésus répond en disant qu’il ne s’agit ni d’une prescription, ni d’une permission, mais d’une concession. Au sujet du divorce, Moïse n’a rien prescrit du tout, et il n’a jamais donné une autorisation quelconque pour divorcer. Il a simplement pris acte d’une situation qui s’était de plus en plus dégradée, en formulant une loi pour limiter les dégâts et pour protéger la femme contre l’arbitraire de l’homme :
Soit un homme qui a pris une femme et consommé son mariage ; mais cette femme n'a pas trouvé grâce à ses yeux, et il a découvert une tare à lui imputer ; il a donc rédigé pour elle un acte de répudiation et le lui a remis, puis il l'a renvoyée de chez lui ; elle a quitté sa maison, s'en est allée et a appartenu à un autre homme. Si alors cet autre homme la prend en aversion, rédige pour elle un acte de répudiation, le lui remet et la renvoie de chez lui (ou si vient à mourir cet autre homme qui l'a prise pour femme), son premier mari qui l'a répudiée ne pourra la reprendre pour femme, après qu'elle s'est ainsi rendue impure. Car il y a là une abomination aux yeux de Yahvé, et tu ne dois pas faire pécher le pays que Yahvé ton Dieu te donne en héritage. (Dt 24, 1-4)
En d’autres mots, si Moïse a dû légiférer au sujet du divorce, c’est que le peuple était tombé vraiment bien bas. Jésus le dit clairement : C’est en raison de votre endurcissement qu’il a formulé cette loi. S. Marc nous a déjà montré Jésus confronté à cet endurcissement : Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs… (Mc 3, 5) Pécher est une chose. Cela peut être l’effet d’une faiblesse momentanée. S’endurcir, c’est pécher volontairement et obstinément, en refusant d’ouvrir les yeux et de changer de conduite. L’endurcissement, comme l’ignorance affectée, nous dit le Catéchisme, " ne diminuent pas, mais augmentent le caractère volontaire du péché " (CEC 1859).
Une législation peut parfois tolérer des comportements moralement inacceptables et peut parfois renoncer à réprimer ce qui provoquerait, par son interdiction, un dommage plus grave. Mais " elle ne doit jamais affaiblir la reconnaissance du mariage monogamique indissoluble comme unique forme authentique de la famille " (Compendium DSE, 229). " Le peuple de Dieu interviendra aussi auprès des autorités publiques afin que celles-ci, résistant à ces tendances qui désagrègent la société elle-même et sont dommageables pour la dignité, la sécurité et le bien-être des divers citoyens, s’emploient à éviter que l’opinion publique ne soit entraînée à sous-estimer l’importance institutionnelle du mariage et de la famille " (Familiaris Consortio, 81). À l’heure où l’on parle couramment de " mariages homosexuels " et de " familles recomposées ", cette parole de l’Église ne doit pas être prise à la légère. Les valeurs humaines sont au moins aussi importantes que les valeurs économiques. Les chrétiens doivent donc faire entendre leur voix auprès des responsables politiques. Ne pas le faire est un péché d’omission qui peut avoir de lourdes conséquences pour l’avenir de l’humanité, plus lourdes que le réchauffement de la planète, qui commence à faire pas mal de vagues.
Pour terminer, n’oublions pas la dernière partie de l’évangile. C’est même la plus importante aux yeux de S. Marc. Ce petit passage, d’apparence insignifiante, est, en réalité le cœur de toute cette partie de son Évangile, le centre de toute la vie morale du disciple de Jésus, la clé de tous les paradoxes évangéliques dans le domaine de la morale chrétienne. Les enfants, ce sont ces petits qui sont grands, ces derniers qui sont premiers, ces dépendants qui sont accueillants. L’enfant rappelle à tout homme – et d’abord au chrétien – que recevoir est plus important que faire, que les exigences de l’Amour de Dieu ne sont pas des exploits impossibles à accomplir, mais une grâce que tout le monde peut accueillir. En présence de cette grâce offerte, les actions humaines ne pourront jamais constituer une monnaie d’échange qui donnerait un droit quelconque pour entrer dans le Royaume. Voilà la révélation qui caractérise la morale chrétienne.
Avant cette scène (9, 33 – 10, 12), c’est l’aspect de l’action des hommes qui est accentué. Il est question de celui qui expulse les démons au nom de Jésus ; de couper la main, le pied, d’arracher l’œil, bref, tout ce qui pourrait entraîner au péché ; et, dans la première partie du passage de ce jour, d’aller plus loin dans l’accomplissement des commandements que ce qui est simplement " permis " par la Loi de Moïse.
Et pourtant, ce n’est ni la chasteté la plus parfaite, ni la pauvreté la plus radicale, ni l’obéissance la plus exacte aux commandements (tout cela qui est pourtant requis par le Seigneur à ceux qui veulent devenir ses disciples), qui donnent un droit quelconque à ce que Dieu se propose de donner gratuitement à ceux qui le lui demandent. C’est ce que Thérèse de Lisieux avait si bien compris. C’est ce que nous devons demander à ce " Docteur de l’Église " de nous enseigner, comme elle l’a enseigné aux novices de son couvent du Carmel. Un jour, l’une d’entre elles lui disait : " Quand je pense à tout ce que j’ai encore à acquérir pour devenir une bonne religieuse… " Et Ste Thérèse de répondre : " Dites plutôt : à perdre ! ". Et dans une de ses poésies (PN 24 ,9), en s’adressant à Jésus, elle écrit :
Dont tu comblas les plus petits enfants
Je veux aussi recevoir tes caresses
Ah ! donne-moi tes baisers ravissants
Pour jouir dans les Cieux de ta douce présence
Je saurai pratiquer les vertus d’enfance
N’as-tu pas dit souvent :
" Le Ciel est pour l’enfant ?… "
Rappelle-toi.
02:55 Écrit par Père Walter dans Homélies 2006 (année B) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : homelies, dimanche, evangile, morale, societe, verite |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
30.09.2006
QUAND TOLÉRANCE ÉPOUSE RADICALISME (Mc 9, 38…48)
Au début, le néophyte fait preuve d’un bel enthousiasme. Mais cet emballement est dû en partie à bien des illusions et des fausses représentations concernant la manière dont Jésus va s’acquitter de sa mission messianique. Jésus avait déjà dû rappeler à l’ordre Pierre, détenteur pourtant des droits d’auteur de la profession de foi des Douze, mais qui s’était permis ensuite de faire à Jésus de vifs reproches en l’entendant évoquer souffrances, rejet, mort et résurrection : Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes, avait répondu le Messie.
Aujourd’hui, c’est Jean dont les pensées sont trop humaines, quand il pense pourtant bien faire en voulant empêcher quelqu’un de chasser des esprits mauvais au nom de Jésus, car, dit-il, il n’est pas de ceux qui nous suivent. Avant de parler de la réponse de Jésus, remarquons un glissement significatif dans la manière de s’exprimer de Jean. Il ne dit pas : il n’est pas de ceux qui te suivent (Jésus), mais : il n’est pas de ceux qui nous suivent. L’erreur de Jean est de penser que pour suivre Jésus, il faut suivre nécessairement nous, c’est-à-dire le groupe des Douze, et qu’il faut les suivre d’une manière matérielle.
Ce glissement sera l’occasion d’une mise au point importante, non seulement pour Jean, mais pour nous tous. Suivre Jésus, avant la Résurrection, c’était généralement marcher physiquement derrière lui. Après, les choses ont changé : la présence sensible de Jésus est enlevée. Suivre le Christ, dans ces conditions, suppose alors vivre selon ses enseignements et son exemple, avec docilité, dans cet esprit filial, fruit de l’action de l’Esprit répandu à la Pentecôte. De même que la vraie parenté de Jésus n’est pas une parenté charnelle, de même les vrais disciples ne se caractérisent pas par une proximité spatiale ou temporelle avec Jésus. Cette proximité, quand elle existe, peut aller de pair avec des illusions dangereuses : Alors vous vous mettrez à dire : " Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places. " (Le Seigneur) vous répondra : " Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez vous de moi, vous tous qui faites le mal " (Lc 13, 26-27).
L’élément distinctif du vrai disciple de Jésus (on peut penser à la Vierge Marie) est une foi effective (qui se traduit en actes) : Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère (Mc 3, 35). Dès avant la Résurrection, l’Évangile nous montre certaines personnes bien décidées à suivre Jésus, mais à qui Jésus ne le permet pas physiquement, tout en leur montrant que l’essentiel n’est pas là. L’homme possédé dans le pays des Géraséniens le supplie de pouvoir être avec lui. (Jésus) n’y consentit pas, mais il lui dit : " Rentre chez toi, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde " (Mc 5, 18-19). Déjà pour les Apôtres et les autres contemporains, suivre Jésus nécessitait plus qu’une bonne paire de jambes. Et Judas, qui en était bien pourvu, n’est pas vraiment le modèle … " à suivre ".
Le modèle à suivre est S. Paul, lui qui est devenu disciple de Jésus seulement après la Pentecôte, et qui n’a donc pas marché derrière Jésus, ni mangé et bu en sa présence. Écrivant aux chrétiens de la communauté qu’il avait fondée à Philippes, il met l’accent sur ce qui est le plus important : Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu… (Ph 2, 5 ss.). Voilà ce que suivre veut dire.
Justement, dans l’Évangile de ce jour, qu’on a pu appeler le " discours communautaire " dans S. Marc, Jésus corrige Jean, qui suivait Jésus au plus près, physiquement, avec les Onze autres, mais qui était loin d’avoir les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus. S. Marc nous a raconté qu’avec son frère, Jacques, il s’était déjà montré partisan de méthodes assez drastiques précédemment. Jésus les avait appelés fils du tonnerre (Mc 3, 17). Eh bien, ce même Jean se scandalise parce que il a vu quelqu’un chasser des esprits mauvais au nom de Jésus, alors qu’il n’est pas de ceux qui nous suivent. Nous avons (mon frère et moi ?) voulu l’en empêcher, dit-il, sans préciser, cette fois, la méthode employée. Jésus fait comprendre à Jean qu’en réalité, c’est lui qui ne le suit pas, que c’est lui qui, tout en suivant Jésus physiquement, n’a pas les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus, alors que l’autre, celui que Jean considérait comme persona non grata, s’il n’est pas contre nous, et si, au contraire, il donne à ceux qui sont avec Jésus ne fût-ce qu’un verre d’eau au nom de (leur) appartenance au Christ, celui-là ne restera pas sans récompense.
Là encore, S. Paul nous montre l’exemple à suivre en allant plus loin dans cette logique de la vraie tolérance, tout à l’opposé de l’esprit sectaire. Dans la lettre aux Philippiens, à peine quelques versets avant le passage cité plus haut, il écrit : Certains annoncent le Christ avec l’arrière-pensée de me faire du tort, d’autres le font avec sincérité ; de toute façon, du moment que le Christ est annoncé, je m’en réjouis, et je m’en réjouirai toujours (1, 18), donc même sans recevoir d’eux un verre d’eau, et même s’ils sont contre lui… Ce qui est important, ce n’est pas la relation : " certains "-Paul, mais la relation : " certains "-Jésus. (Notons pourtant qu’il s’agit bien de ceux qui annoncent le Christ, et de ceux qui font de miracles. On invoque ces passages un peu trop facilement pour les appliquer au dialogue interreligieux, donc avec ceux qui ne se réclament pas du Christ. Ce n’est pas tout à fait la même chose – cf. G.S. 44.)
Qu’elle est lente, notre disposition à faire nôtres les sentiments du Christ Jésus ! Pourtant, Dieu s’y était pris depuis longtemps pour les inculquer à ceux qui voulaient le suivre (cf. première lect.).
Aujourd’hui, cela pose concrètement la question de la collaboration entre l’évêque et ses prêtres. La tradition chrétienne a toujours vu dans l’effusion de l’Esprit de Moïse sur les 70 anciens une figure de la participation par les prêtres à la fonction sacerdotale, royale et prophétique de l’évêque. Il est de bon ton, pour un évêque diocésain d’avoir un " projet pastoral ", élaboré ou non lors d’un synode diocésain. Quelquefois se manifeste la tendance à se prévaloir de ce document pour contrer toute initiative jugée inadéquate, non conforme au projet pastoral, comme si l’Esprit Saint était tenu d’observer les plans des hommes.
Dans son encyclique Tertio millennio ineunte (n. 29), Jean-Paul II, en invitant les chrétiens à " repartir du Christ " écrivait : " Il ne s'agit pas alors d'inventer un ‘nouveau programme’. Le programme existe déjà : c'est celui de toujours, tiré de l'Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ lui-même, qu'il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l'histoire jusqu'à son achèvement dans la Jérusalem céleste. " À force de vouloir tout programmer, organiser, canaliser, on risque d’oublier le primat de la grâce : " Il y a une tentation qui depuis toujours tend un piège à tout chemin spirituel et à l'action pastorale elle-même : celle de penser que les résultats dépendent de notre capacité de faire et de programmer. " (n. 38). N’est-ce pas cette même manie que manifestait déjà Jean et que Jésus veut extirper ?
Cela pose plus largement la question de l’exercice des charismes (comme ceux de la prophétie et de l’exorcisme) par le peuple de prophètes, c’est-à-dire : tous les baptisés. Aucune planification pastorale n’avait prévu l’éclosion du Renouveau charismatique. Les pasteurs de l’Église n’ont pu que s’en émerveiller, tout en l’accompagnant, comme S. Paul l’a fait à Corinthe, avec la nécessaire prudence, pour éviter tout débordement. Mais ils n’ont pas été rares, les " fils du tonnerre " qui ont fait de l’excès de zèle, et qui, sous prétexte que cette nouveauté n’était pas prévue dans les projets pastoraux, ont voulu " empêcher " le feu, que Jésus est venu allumer sur la terre (cf. Lc 12, 49), de se répandre. Inversement, l’on peut observer une espèce de sectarisme de la part des membres du Renouveau, qui ne jurent que par le Renouveau, jugeant qu’en dehors de leur mouvance, il n’y a point de salut. L’Action catholique a connu, elle aussi, cette dérive…
La suite de l’Évangile nous rappelle que, si la tolérance et le respect doivent présider à tout ce qui se fait au nom du Christ, le même Christ réclame, au contraire, une extrême rigueur (ou intolérance) quand il s’agit de ceux qui causent un scandale dans la communauté, spécialement quand sont concernés les petits et les faibles. C’est l’époque de la rentrée des catéchismes. Entre le verre d’eau et le scandale, il faut choisir. À chacun de voir ce qu’il (elle) peut faire pour les enfants, et pour prendre une part active à leur éducation chrétienne.. À chacun aussi de vérifier sérieusement s’il (si elle) n’est pas concerné(e) par la mise en garde sévère de Jésus, et, le cas échéant, de couper net ce qui doit être coupé. D’ailleurs, S. Marc souligne toujours la fragilité du croyant, quel que soit son âge. Celui qui suit Jésus est toujours un faible et un petit.
Cette rigueur-intolérance est d’abord à exercer envers soi-même. Car celui qui a commencé à suivre Jésus peut entraîner d’abord sa propre perte. N’allons pas trop vite édulcorer et minimiser les paroles extrêmement radicales de Jésus. Combien sont morts dans un bain de sang pour ne pas se compromettre avec la manifestation du mal. Mais n’allons pas non plus penser que les occasions de pratiquer ce radicalisme ne se présente que dans ces cas extrêmes. Le martyre est aussi dans la vie de tous les jours, par exemple dans la mortification de la langue ou du regard. Tout homme sera salé au feu (Mc 9, 49), d’une manière ou d’une autre. Lors du baptême, la renonciation à Satan, au péché, et à tout ce qui conduit au péché précède la profession de foi. Ne l’oublions pas.
Ce radicalisme, comme le fait remarquer S. François de Sales, n’exclut pas une tout aussi nécessaire patience envers soi-même. L’art de suivre Jésus en l’imitant sous la mouvance du Saint Esprit réside aussi dans le difficile équilibre entre tolérance, rigueur et patience. Vive les mariés !
17:31 Écrit par Père Walter dans Homélies 2006 (année B) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dimanche, homelies, evangile, morale |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
24.09.2006
QUAND L’ENFANT PARAÎT… (Mc 9, 30-37)
Peu de temps après il y avait dans cette paroisse une journée de préparation à la profession de foi. Le matin, le prêtre, écoutant son évêque plutôt que ses catéchistes, amène les jeunes à travailler sur le prologue de S.Marc : le baptême de Jésus (Tu es mon Fils bien-aimé). L’après-midi, en préparation aux confessions, il présente l’épisode de Jésus qui chasse les démons : " En bientôt 25 ans de sacerdoce, je n’ai jamais eu de confessions comme cette fois-là… " À partir de là les enfants ont commencé à vider leur sac et à sortir tous les poisons qu’ils avaient ingurgité par des " gothiques satanistes " et des sites pornos, avec des tentatives de suicide ou des fugues à la clé. Pour la première fois de sa vie, sur plus de 60 jeunes, il n’y a eu aucun problème de discipline. Jamais les cahiers n’avaient été si bien tenus et illustrés.
C’était l’année dernière. Cette année il continue avec S. Luc. Le projet est de faire travailler les 4 évangiles en 4 ans. Au bout de 4 ans, leurs cœurs seront vraiment nourris et prêts à affronter les tempêtes !
En principe, je vous le rappelle encore une fois, le propos de la liturgie de la Parole des dimanches du temps ordinaire est de nous aider tous – et pas seulement les enfants du catéchisme – à faire une lecture continue des trois évangiles synoptiques. Malheureusement, ces derniers dimanches, ainsi que les suivants, il y a pas mal d’entorses à ce principe. Il y a eu une coupure entre le 23e et le 24e dimanche, et entre le 24e et le 25e. Il y en aura une autre entre le 30e et le 31e. C’est pourquoi il est d’autant plus important de ne pas perdre de vue l’enchaînement des évangiles du dimanche, sous peine de réduire les passages qui seront proclamés à des anecdotes sans queue ni tête, dont on essaie tant bien que mal de tirer des leçons pour aujourd’hui. Dans la section précédente, vous ai-je dit dans l’homélie de dimanche dernier, la question centrale était : CE JÉSUS, QUI DONC EST-IL ? C’est donc la question de la foi. La nouvelle section qui commence avec l’évangile de ce dimanche répond à la question suivante : QUEL EST LE COMPORTEMENT QUI CARACTÉRISE LES DISCIPLES DU CHRIST? Nous allons donc essayer de saisir le mouvement et la structure de cette partie de l’évangile qui est du domaine de la morale.
Ce passage (9, 33 – 10, 31) est compris entre les deuxième et troisième " annonces de la Passion " (9, 30-32 et 10, 32-34). Essayons d’abord – rapidement (ce n’est pas très compliqué, vous pourrez faire l’exercice vous-mêmes, chez vous, à la maison, avec vos jeunes) – de repérer le vocabulaire qui est significatif de cette partie. Ce qui frappe d’abord, c’est l’usage fréquent de l’expression " entrer dans la vie ", " entrer dans le royaume ". Or, Jésus ne nous dit jamais ce qu’est ce royaume ; il nous dit seulement qu’il faut le chercher, l’attendre, l’accueillir. C’est donc une réalité mystérieuse et déconcertante, dont Jésus nous dit seulement à quoi elle ressemble, mais jamais ce qu’elle est. Pour savoir ce qu’est le Royaume de Dieu, il faut suivre Jésus, voilà tout !
Dans l’évangile de dimanche dernier, Jésus, reconnu comme le Messie par les Douze, avait lancé cet appel inouï : Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive (8, 34). La morale chrétienne, au fond, n’est rien d’autre que cela : former avec Jésus, reconnu comme Messie, comme fils de l’homme souffrant, une communauté de vie jusqu’au bout. Si l’on détache la morale chrétienne de la personne du Christ, elle cesse d’être chrétienne, puisque la morale chrétienne a justement comme caractéristique fondamentale d’être une invitation à être – et à vivre – " comme Jésus ".
Ce que je viens de vous rappeler là est indispensable pour comprendre ensuite les règles de conduite (la marche à suivre, la morale) qui permettront aux disciples de Jésus d’entrer dans la Vie, d’entrer dans le Royaume de Dieu. Ces règles de conduite sont présentées sous forme de paradoxes, comme un renversement total des valeurs habituellement reconnues par les hommes. Par exemple, dans l’évangile de ce dimanche, Jésus dit : Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ((9, 35). On retrouvera ce même paradoxe (procédé de l’inclusion) à la fin de cette section (10, 31). Il y en a bien d’autres dans entre deux. Vous pourrez les repérer chez vous, à la maison.
Ces paradoxes dénotent le renversement des valeurs de la morale chrétienne par rapport à la morale humaine. Devant ces exigences, qui paraissent énormes, la réaction habituelle est de dire : " Ce n’est pas évident, mon Père ! " Cette appréhension devant les difficultés de la vie chrétienne effleure dans le texte de l’évangile chaque fois qu’est évoquée la Passion de Jésus, ici en 9, 32 : Les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger. Chaque fois que l’Église rappelle telle ou telle exigence de la morale chrétienne, c’est la même réaction, la même peur qui se manifeste.
Un exemple parmi bien d’autres : la proclamation, en 1968, de l’encyclique Humanae Vitae par le pape Paul VI. (Je publierai cette semaine sur " Homélies à temps et à contretemps " le texte de la lettre écrite par le Padre Pio au pape onze jours avant sa mort, et publiée dans l’Osservatore romano une semaine après sa mort, comme un testament…) Tout le contexte de cette encyclique du pape, d’une part, et de la lettre du Padre Pio à l’occasion de sa publication, d’autre part, sont, je crois, une parfaite illustration de ce climat de peur devant les exigences de la morale chrétienne, qui sont finalement les exigences de la Croix du Christ. Surgit alors la tentation de la désobéissance. Combien de chrétiens, de catholiques, n’ont pas succombé à cette tentation et continuent de succomber. Le Padre Pio, ayant fait vœu de chasteté, n’était évidemment pas directement concerné par le thème de l’encyclique. Mais il a obéi intellectuellement, contrairement à beaucoup d’autres prêtres et de religieux, qui se sont permis alors d’enseigner ouvertement le contraire de ce que disait le pape. Et surtout, il avait vécu très douloureusement mais très fidèlement cette obéissance quand il a fait l’objet d’accusations et de sanctions injustes de la part, notamment, de certains évêques. Il vivait la Passion du Christ, lui.
Suivre le Christ, dans ces conditions, quelle que soit la vocation particulière de chacun, c’est dire avec lui : " il faut ". Pour la première fois il leur enseigna qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après il ressuscite (8, 31). Ce il fallait, cela n’a rien à voir avec la fatalité : c’est le mystère de l’obéissance. C’est dans l’évangile de dimanche dernier.
Dans celui d’aujourd’hui, c’est la deuxième fois : Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. Dans la Croix, ce n’est pas surtout la souffrance physique qui fait peur, c’est la souffrance spirituelle de l’obéissance (être livré), du renoncement à sa volonté propre, à ses raisonnements propres, surtout si on suit Jésus pour être le plus grand, le premier,. Mais ce n’est pas vouloir être grand qui est contraire à la volonté de Dieu et à la morale chrétienne. L’obéissance (et l’humilité qui va avec), ce n’est pas pour s’écraser, ce n’est pas, comme le pensait Nietzsche, la vertu des faibles : " Voici, écrit-il, je vous enseigne le Surhomme. Le Surhomme est le sens de la terre. Que votre volonté dise : Que le Surhomme soit le sens de la terre " (dans , Also sprach Zarathustra, livre que Nietzsche présente lui-même comme un " 5e évangile ", rien que ça !).
Dans le Royaume de Dieu, ce sont les obéissants qui règnent, ce sont les enfants qui gouvernent. C’est pourquoi Jésus prend justement un enfant : , il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit : " Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille ne m’accueille pas moi, mais Celui qui m’a envoyé. " La contraception, et la mentalité qui l’accompagne, n’est pas vraiment la meilleure attitude pour l’accueil des enfants… Saint Hilaire dit : " Par enfants, le Seigneur signifie tous ceux qui croient par la foi après avoir écouté… comme les enfants, qui suivent leur père, aiment leur mère, tiennent pour vrai ce qu’on leur dit. L’habitude et la volonté de semblables dispositions nous acheminent vers le Royaume des cieux. Si nous revenons à la simplicité des enfants, nous rayonnons autour de nous l’humilité du Seigneur ".
Tenez, dans huit jours, dimanche prochain, ce sera la fête de Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Si nous lui demandions cette grâce. Sur mon blog " Marie, éToile de l’évangélisation, vous trouverez chaque jour de cette semaine une prière de neuvaine qui pourra vous aider dans ce sens. Bonne route avec Jésus ! Et arrivés à la maison, n’ayez pas peur de lui poser vos questions. Il est venu non seulement pour marcher, mais pour demeurer avec vous. La maison, c’est chez vous, dans votre famille. Benoît XVI nous a rappelé aussi que la paroisse doit être la famille des familles… Alors, n’ayez pas peur de poser vos questions ! Ce blog, lui aussi, est fait pour cela…
02:32 Écrit par Père Walter dans Homélies 2006 (année B) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : homelies, dimanche, evangile, morale |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
16.09.2006
QUAND S’INSTALLE L’ERREUR, QUE NOUS PROCLAMIONS LA VÉRITÉ (Mc 8, 27-35)

J’aime beaucoup la manière dont S. Marc commence son Évangile, comme sur des chapeaux de roue, en " pole-position ", en écrivant, dès le premier verset : Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le fils de Dieu. Rivaliser avec Ralph Schumacher sur un circuit de Formule 1, ce n’est pas donné à tout le monde, mais croire dans le sillage de S. Marc, c’est un don de Dieu pour tous. À condition de se souvenir que la foi, c’est comme la Bible (cf. homélie : L’ÉVANGILE FRAIS OU EN CONSERVES) : elle ne se laisse pas couper en petits morceaux, et si on le fait quand même, on n’y comprend plus rien. La foi, c’est à prendre ou à laisser. Elle n’est pas la conclusion d’un raisonnement, ni le résultat d’une enquête d’opinion. Elle n’est pas objet de discussion ; elle ne se laisse pas négocier. Pour qui prenons-nous le Seigneur ? Il vient pour nous sauver, et nous, qui sommes dans le pétrin du péché, nous irions lui imposer des conditions et des négociations, comme ces séminaristes, qui, dans un élan soudain de zèle intellectuel, avaient organisé un carrefour sur les anges, pour arriver à la conclusion qu’ils n’existent pas ?
C’est ainsi qu’à la fin de l’évangile, S. Marc nous montre la foi du centurion comme étant le modèle de la foi du chrétien : Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ! (15, 39) Ce centurion était un païen. Et voilà qu’en voyant Jésus mourir sur une croix, il fait sa profession de foi. Admirable !
Pourtant, au chapitre 8, la foi des Douze, eux qui étaient avec Jésus depuis déjà un certain temps, cette foi que proclame Simon-Pierre dans l’évangile d’aujourd’hui, n’en est pas encore là. S. Marc nous montre là tout un cheminement, un itinéraire avec des étapes successives. Mais ce cheminement se distingue nettement de celui de la foule, d’une part, et des opposants de Jésus (Hérode, les pharisiens, les scribes), d’autre part.
Tous sont mis devant une question qui les taraude, inévitable : Qui donc est Jésus ? Cette question est déjà posée au chapitre 6 (v.14-16) : Comme le nom de Jésus devenait célèbre, le roi Hérode en entendit parler. On disait : " C’est Jean le Baptiste qui est ressuscité d’entre les morts, et voilà pourquoi il a le pouvoir de faire des miracles ". Certains disaient : " C’est le prophète Élie ". D’autres disaient encore : " C’est un prophète comme ceux de jadis. " Hérode entendait ces propos et disait : " Celui que j’ai fait décapiter, Jean, le voilà ressuscité !
Vous y reconnaissez sans peine la réponse à la première question de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui au chapitre 8. C’est ce qu’on appelle une inclusion. " L’inclusion sémitique est un procédé littéraire par lequel une même pensée est exposée en formules fortement semblables, au début et à la fin d’une ou de plusieurs péricopes ; elle limite ainsi clairement le début et la fin d’une unité littéraire. " (H. Van de Bussche) Par ce procédé de l’inclusion, S. Marc nous fait comprendre que c’est bien la grande question qui se pose en cette section des pains. Se distinguant nettement des opinions courantes, la foi de Pierre et des Douze n’est pas une foi qui jaillit comme un geyser (comme la foi du centurion), mais une foi que se développe lentement, par étapes successives.
Voici, dans la bouche de Jésus, quelques expressions significatives :
- Écoutez-moi tous et comprenez bien… (7, 14) ;
- Vous avez des yeux et vous ne regardez pas, vous avez des oreilles et vous n’écoutez pas ? Vous ne vous rappelez pas ?… (8, 18).
- Vous ne comprenez pas encore ?… (8, 21) ;
Ces incompréhensions s’enracinent finalement dans les cœurs :
- Ils n’avaient pas compris la signification du miracle des pains : leur cœur était aveuglé… (6, 52) ;
- Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi… (7, 6) ;
- Anisi, vous aussi, vous êtes incapables de comprendre ? (7, 18) ;
- C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses…. (7, 21) ;
- Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pain ? Vous ne voyez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur aveuglé ? (8, 17).
Cette lenteur dans le cheminement de la foi chez les uns, cet endurcissement aussi, ce refus de croire chez d’autres, ces différentes attiudes, S. Marc les présente comme un miroir dans lequel les chrétiens de sa communauté à Rome pouvaient se reconnaître, un miroir dans lequel nous aussi, nous pouvons nous regarder nous-mêmes, pour peu que nous acceptions de nous remettre en cause. Dans cette ligne, permettez-moi de vous soumettre trois questions.
La première, c’est : Ce Jésus que je rencontre dans l’Eucharistie du dimanche, qui est-il ? Qui est-il pour les hommes ? Qui est-il pour moi : le même, ou quelqu’un d’absolument unique ? Autrement dit : ma foi en Jésus-Eucharistie se distingue-t-elle résolument des opinions courantes et à la mode, même si elle n’est pas encore parfaite ?
La deuxième : Quel est mon cheminement dans cette foi ? Cette foi grandit-elle, lentement sans doute, mais sûrement ? Ou bien, devient-elle de plus en plus tiède et diluée, du bout des lèvres ?
La troisième : Qu’est-ce que je fais pour grandir dans " l’intelligence de la foi " ?
Je ne crois pas dans la mesure où je comprends, c’est entendu ; car c’est une mesure bien trop étroite pour Dieu. Il serait plus exact de dire que je comprends dans la mesure où je crois. Car comprendre n’est tout de même pas contraire à la dignité de l’homme, que je sache. Ne pas agir conformément à la raison est contraire à la nature de Dieu. C’est ce que Benoît XVI vient encore de nous rappeler lors de son récent voyage en Bavière.
Vous avez remarqué que ce voyage a été pratiquement passé sous silence dans les media – puisqu’il était très bien accueilli, ce n’était pas intéressant, pensez donc ! – jusqu’au moment où il a osé parler de la vérité du christianisme, basé sur la foi, mais sur la foi qui ne met pas la raison hors jeu, contrairement à l’islam, qui, de ce fait, est plus vulnérable à la tentation d’utiliser la violence pour convertir les " incroyants "..
La foi chrétienne trouve son origine en Orient, mais elle n’a pu se développer que grâce à la rencontre avec la philosphie grecque. Le pape a cité Théodore Khoury, lthéologien à Münster qui a édité une partie du dialogue de l’empereur byzantin Michel Paléologue avec un Persan cultivé sur le christianisme et l’islam et sur la vérité de chacun d’eux. C'était vers la fin du 14e siècle. Dans ce contexte, Khoury cite une œuvre du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui explique que Ibn Hazn va jusqu'à déclarer que Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l'obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l'homme devrait même pratiquer l'idolâtrie.
Selon cette présentation de la foi de l’islam, il n’y a rien à comprendre à Dieu. Il n’y a qu’à croire, et puis c’est tout. Or, cette vision de la foi, non seulement Benoît XVI n’a jamais dit qu’elle était celle de tout musulman, mais il a ajouté qu’elle s’est infiltrée dans la foi des chrétiens. Benoît XVI fait remarquer que, depuis la fin du Moyen Age jusqu’à aujourd’hui, en passant par la Réforme protestante et les Lumières, des tendances se sont développées dans la théologie catholique qui rompaient la synthèse entre esprit grec et esprit chrétien. Et il ajoute :
" En opposition à cela, la foi de l'Eglise s'est toujours tenue à la conviction qu'entre Dieu et nous, entre son Esprit créateur éternel et notre raison créée, il existe une vraie analogie dans laquelle — comme le dit le IVe Concile du Latran en 1215 — les dissemblances sont certes assurément plus grandes que les ressemblances, mais toutefois pas au point d'abolir l'analogie et son langage. Dieu ne devient pas plus divin du fait que nous le repoussons loin de nous dans un pur et impénétrable volontarisme, mais le Dieu véritablement divin est ce Dieu qui s'est montré comme logos et comme logos a agi et continue d'agir plein d'amour en notre faveur. Bien sûr, l'amour, comme le dit Paul, " dépasse " la connaissance et c'est pour cette raison qu'il est capable de percevoir davantage que la simple pensée (cf. Ép 3, 19), mais il demeure l'amour du Dieu-Logos, pour lequel le culte chrétien est, comme le dit encore Paul logikè latreia — un culte qui s'accorde avec le Verbe éternel et avec notre raison (cf. Rm 12, 1). "
Cette partie de son discours, personne n’y a prêté attention, évidemment, et c’est pourtant là que nous sommes personnellement concernés. Toutes ces réflexions peuvent paraître très éloignées de l’horizon de notre foi de tous les jours. Détrompez-vous. Car cette tendance à vouloir dénier à la foi son caractère raisonnable s’est infiltrée dans les conceptions de beaucoup, sans même qu’ils s’en aperçoivent. Quand on dit : " Je crois en Dieu, mais je ne sais pas Dieu ", comme je l’ai lu encore récemment sous la plume d’une dame qui se présente comme catholique engagée dans un mouvement d’Église, alors on s’engage tête baissée dans un divorce entre foi et raison, sans en mesurer les conséquences désastreuses. Une de ces conséquences, c’est que l’on n’a plus aucune base solide pour témoigner de sa foi dans un dialogue inter-religieux franc et serein. On en est réduit alors à dire que Dieu se chargera bien lui-même de ce travail en temps voulu, qu’il n’y a qu’à lui faire confiance, tout cela au nom de la charité chrétienne, dont l’institution de l’Église catholique n’a décidément rien compris. " Face à l’erreur, la première charité est de dire la vérité " , disait quelqu’un qui n’est pas encore contaminé par le virus du fidéisme. C’est ce que dit aussi cette prière bien connue, faussement attribuée à S. François d’Assise, mais reprise dans la Liturgie des Heures : " Quand s’installe l’erreur, que nous proclamions la vérité " .
Dans la deuxième partie de l’évangile, Jésus, qui a dit face au paîen Pilate : Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix (Jn 18, 37), ce même Jésus nous rappelle que cela ne peut se faire qu’au prix de sa vie. Tu es le Messie, disait Pierre. Nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens, précise Paul (1 Co 1, 23). C’est ce que fait le pape. C’est ce que nous sommes tous appelés à faire avec lui.
22:49 Écrit par Père Walter dans Homélies 2006 (année B) | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : vie theologale, societe, pape, evangile, verite |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
09.09.2006
DE QUOI RÉFLÉCHIR… (Mc 7, 31-37)
Ensuite, Jésus passe à l’est, en plein territoire de la Décapole, c’est-à-dire dans l’actuelle Jordanie. Il reste donc chez les païens. C’est l’évangile d’aujourd’hui, propre à S. Marc. Et c’est après cela qu’il situe la deuxième multiplication des pains. Il accomplit pour les païens le même signe que pour les Juifs sur le rivage du lac de Galilée.
C’est ainsi que nous comprenons mieux toute la portée de la dispute sur le pur et l’impur (cf. homélie de dimanche dernier), quand il s’agit de manger le Pain que Dieu donne indistinctement aux uns et aux autres. Les impurs ne sont pas ceux qu’on croit ! Les impurs, ce sont ceux qui ne croient pas, ceux qui ont le cœur endurci, même – et surtout – quand ils sont juifs. Au départ, suite au péché de leurs premiers parents, tous les hommes sont impurs. Mais il y a ceux qui, en allant vers Jésus, reconnaissent leur impureté, et se laissent purifier par lui ; et il y a ceux qui pensent qu’ils sont purs et qu’ils n’ont pas besoin d’être purifiés. Ils se tiennent bien à l’écart des autres avec mépris (" pharisien " veut dire : séparé), et, de ce fait, ils seront tenus eux-mêmes à l’écart de la Table du Royaume.
Dans l’Église, peuple où Dieu a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine, en supprimant les prescriptions juridiques de la loi de Moïse (Ep 2, 14-15), tous peuvent prendre place à cette Table Il faut relire ici tout le chapitre 2 de la lettre de S. Paul aux Éphésiens, où Paul, le pharisien converti, s’adresse aux païens de la ville païenne. Il commence par leur dire : Et vous, autrefois vous étiez des morts, à cause des fautes et des péchés dans lesquels vous viviez (v. 1-2). Mais il ajoute au verset suivant : Et nous aussi, nous étions tous de ceux-là, quand nous vivions suivant les tendances égoïstes de notre chair, cédant aux caprices de notre chair et de nos raisonnements ; et nous étions, de nous-mêmes, voués à la colère comme tous les autres. Belle confession…
S. Marc, lui, écrit pour les chrétiens de Rome, et il tient à leur montrer que " le partage du pain eucharistique (le pain que l’Église aujourd’hui rompt pour tous) trouve son enracinement historique concret dans la vie de Jésus avec les siens : déjà en pasteur de son peuple, il les rassemblait tous et leur rompait le pain " (Pierre Mourlon Beernaert).
Mais, attention, cela n’implique pas l’abolition de toute exigence ! Au contraire, c’est une exigence autrement plus grande qui est imposée : l’exigence du cœur pur. Il est plus facile d’avoir les mains pures que d’avoir un cœur pur. Il est plus exigent de purifier son cœur que de se laver les mains.
" Je crois en un seul baptême pour le pardon des péchés ". C’est la foi que nous allons proclamer ensemble après l’homélie. S. Marc nous montre que ce baptême, lui aussi, s’enracine dans les paroles et dans les gestes historiques de Jésus. Les catéchumènes qui aujourd’hui se préparent au baptême en sont instruits. L’Évangile d’aujourd’hui nous le rappelle à nous tous : le rite de l’Effétah " exprime la nécessité de la grâce pour entendre la parole de Dieu, et la proclamer pour le salut " (Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n. 194). Au cours de ce rite, " le célébrant touche avec son pouce l’oreille droite et l’oreille gauche, puis les lèvres de chaque catéchumène, en disant : Effétah (c’est-à-dire) : ouvre-toi, afin que tu proclames la foi que tu as entendue pour la louange et la gloire de Dieu (ibid. n. 196). La seule chose que Jésus a faite et que le célébrant aujourd’hui ne fait pas, c’est de prendre de la salive. (Pour les Juifs, et même encore aujourd’hui, la salive est réputée avoir une vertu curative pour les petites plaies, mais aujourd’hui, ce qui prime, c’est l’hygiène.)
Ses oreilles s’ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement. Il est bien évident que cette guérison n’est pas simplement corporelle – une guérison de plus – mais qu’elle exprime un effet de la grâce de Dieu pour Israël et pour tous les hommes. Voyez les gestes que Jésus accomplit : non seulement il met les doigts dans les oreilles et touche la langue du sourd-muet, mais les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : Effata !, c’est-à-dire : Ouvre-toi.
" Si Jésus lève les yeux au ciel, c’est pour manifester l’origine de toute puissance de création et de restauration à laquelle, en son corps, il participe, et qu’il peut communiquer à celui qui se laisse façonner comme un nouveau-né " (Radermakers). Le ciel, c’est le Père qui est " aux cieux ". Jésus est ce nouveau-né à l’image duquel nous devons être transformés.
Souvenons-nous aussi que le doigt de Dieu, c’est l’Esprit Saint. Le soupir de Jésus évoque lui aussi ces gémissements ineffables de l’Esprit Saint, qui vient au secours de notre faiblesse, et qui intercède pour nous.
Ainsi c’est la Trinité tout entière qui est à l’œuvre dans les simples gestes de Jésus, dans les simples rites du baptême aussi, et qui nous rend " capables " de l’Eucharistie.
La pointe du récit, le plus étonnant de toute l’histoire, c’est qu’à y regarder de près, les païens sont touchés plus facilement par la grâce que les Juifs, que les disciples. Même les Douze ne sont toujours pas guéris de leur surdité et de leur cécité. Ils auront encore du chemin à faire. S. Marc ne cesse de mettre en évidence leur lenteur à " entendre " et à " voir " à comprendre et à croire (4, 13 ; 4, 40-41 ; 8, 18 ; 16, 14). Ici, ils sont étrangement absents du récit, alors que nous savons qu’ils sont avec Jésus durant tout son périple en territoire païen. Dimanche prochain, pourtant, nous verrons que Simon-Pierre n’est pas totalement imperméable à tant de paroles et de gestes de Jésus.
En attendant, réfléchissons, et n’ayons pas peur de reconnaître que souvent, nous qui sommes des chrétiens pratiquants – que dis-je – " messalisants ", nous qui entendons la Parole de Dieu tous les dimanches, et qui nous approchons de la table de l’Eucharistie à chaque messe, nous avons nous aussi l’esprit bien bouché, alors que d’autres, apparemment plus éloignés du Seigneur, se laissent plus facilement toucher par sa Parole et transformer par son Eucharistie.
Finalement, pour nous, quelle sera l’importance et l’influence de la messe du dimanche sur notre vie de cette semaine qui commence ? Comme le disait le théologien von Balthasar de manière un peu insolente à l’adresse des spécialistes de la Bible : " Bien peu de personnes aujourd’hui, en ce siècle de l’acribie philologique et de l’art du découpage, savent que la Bible a Dieu pour auteur et, comme Origène ne cesse de le répéter, doit nécessairement avoir un sens digne de Dieu, ou alors pas de sens du tout " (Esprit et Feu , p. 49). Et un de ses disciples, à l’adresse des théologiens, écrit dans le même sens : " Notre théologie a souvent rétrogradé au simple monothéisme, plus ou moins saupoudré de citations évangéliques. Voilà qui doit nous donner à réfléchir " (A. Manaranche, Je crois en Jésus Christ aujourd’hui). Cette phrase a été écrite en 1968. Je ne pense pas qu’elle ne soit plus d’actualité, même en 2006, après le Grand Jubilé de l’An 2000. Alors, réfléchissons…
16:17 Écrit par Père Walter dans Homélies 2006 (année B) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : parole de dieu, ecriture, homelies, dimanche |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
02.09.2006
RETOUR À LA SOURCE (Mc 7, 1-8a.14-15.21-23)
Connaissez-vous Sainte Apparence ? C’est, avec Saint Quendiraton, un des saints les plus universellement vénérés de la planète Terre.
Je parle de la planète Terre. Car évidemment, chez les anges, Ste Apparence n’a pas la cote. Les anges sont des êtres spirituels pour lesquels les apparences ne trompent pas. Aujourd’hui, Jésus, le Seigneur des esprits, veut nous ouvrir les yeux à nous aussi, comme S. Paul le fera après lui. Car cet évangile ne vise pas seulement les scribes et les pharisiens parmi les juifs, mais aussi dans l’Église. C’est en parlant d’eux que S. Paul disait : Ces sortes de gens sont des faux apôtres, des ouvriers trompeurs, qui se déguisent en apôtres du Christ. Et rien d'étonnant : Satan lui-même se déguise bien en ange de lumière. Rien donc de surprenant si ses ministres aussi se déguisent en ministres de justice. Mais leur fin sera conforme à leurs œuvres (2 Co 11, 13-15). Mais ce n’est pas encore la fin. La fin, c’est bientôt, mais ce n’est pas encore. Et l’évangile d’aujourd’hui nous concerne d’autant plus que nous approchons de la fin : L'Esprit dit clairement qu'aux derniers temps certains abandonneront la foi, pour s'attacher à des esprits trompeurs, à des enseignements de démons (1 Tm 4, 1). Voilà assez pour rappeler l’actualité de l’évangile…
En le méditant au début de la semaine dernière, j’apprenais le décès du Père Marie-Dominique Philippe. Le Père Marie-Do, comme on disait familièrement, est parmi les professeurs qui m’ont le plus marqué au cours de ma vie d’étudiant (et après). Il était professeur de philosophie à l’université de Fribourg, mais je l’ai d’abord connu à Paris, où il venait tous les mois nous expliquer la Prima Pars (première partie) de la Somme Théologique de S. Thomas d’Aquin. Les années suivantes, à Fribourg, où j’ai fait ma théologie, je faisais volontiers des heures supplémentaires pour suivre ses cours de métaphysique à la faculté de philosophie. J’ai aussi suivi plusieurs retraites prêchées par lui sur Saint Jean, notamment sur l’Apocalypse. Il est le fondateur de la Communauté Saint-Jean, qui compte trois branches : les frères, les sœurs contemplatives et les sœurs apostoliques. En tout et pour tout, cela fait 531 frères, dont 221 prêtres (40 % sont en cours de formation), et 550 sœurs. La moyenne d’âge des frères est de 37 ans. Pas mal, non, en un temps de crise des vocations ? Pourquoi cette " digression " ? Eh bien, parce que tout au long de sa vie de chercheur de la Vérité, le Père Philippe n’a cessé de chercher, en vrai apôtre, à lutter contre les fausses idéologies et à promouvoir une intelligence authentique de la personne humaine et de la foi. Un de ses derniers livres, Retour à la source (Fayard, 2005), présente sa réflexion philosophique sur ce sujet. Déjà dans Lettre à un ami (Éditions universitaires, 1992- nouvelle édition), il invitait chacun à s'interroger sur ce qu'il est comme personne humaine. Dépassant les idéologies pour retrouver le réalisme d'une authentique recherche de la vérité, il nous aidait à redécouvrir, à partir de nos propres expériences, ce qui donne à notre vie un sens. C’est sans doute la grande pauvreté de la majorité des hommes en Occident aujourd’hui : le manque de sens.
Eh bien, l’évangile d’aujourd’hui nous invite tous à un retour à la source, au-delà des apparences. Jésus n’emploie pas les mots " corps " et " âme ", mais les mots " lèvres ", " mains " et " cœur ". Il veut corriger ceux qui honorent Dieu des lèvres, alors que leur cœur est loin de lui, ceux qui se lavent soigneusement les mains, alors que de leur cœur sortent les pensées perverses. L’utilisation des mots " corps " et " âme " par l’Église est aujourd’hui très critiquée. Elle ne serait pas biblique (le mot " Trinité " non plus !), mais une contamination de la foi par la philosophie grecque. Or, " la notion de l’âme telle que l’ont utilisée la liturgie et la théologie jusqu’à Vatican II n’a pas pus à voir avec l’Antiquité que l’idée de résurrection. " Celui qui parle ainsi, c’est le Cardinal Ratzinger, qui continue : " C’est une notion strictement chrétienne ; elle n’a donc pu être formulée que sur la base de la foi chrétienne dont elle exprime, en anthropologie, la conception de Dieu, du monde et de l’homme. " Ce dont acte. C’est pourquoi le Concile Vatican II persiste et signe : " Corps et âme, mais vraiment un, l’homme, dans sa condition corporelle, rassemble en lui-même les éléments du monde matériel qui trouvent ainsi, en lui, leur sommet, et peuvent librement louer leur Créateur. Il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle. Mais au contraire il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et doit ressusciter au dernier jour " (GS 14, 1). Et le Catéchisme de 1992 (n. 365.368), tout en précisant que " l’esprit et la matière, dans l’homme, ne sont pas deux natures unies ", mais que " leur union forme une unique nature ", ajoute : " La tradition spirituelle de l’Église insiste aussi sur le cœur, au sens biblique de fond de l’être (Jr 31, 33) où la personne se décide ou non pour Dieu. "
Qui sommes-nous ? Qu’est-ce que la personne humaine ? C’est une créature qui se trouve au point de rencontre de toutes les créatures. Les anges sont de purs esprits. Les animaux, les végétaux et les minéraux n’ont pas d’âme spirituelle. L’être humain est seul à unir le monde spirituel et le monde matériel. Il est comme un microcosme, un résumé de toute la création. C’est là sa grandeur. Mais comme il est difficile pour lui d’être à la hauteur !
Le concile, dans le passage cité plus haut, mettait en garde contre un spiritualisme exacerbé et un mépris du corps. Cela se retrouve à tous les niveaux de la vie humaine, jusque dans la réalité religieuse, et pas seulement au niveau biologique. Le Cardinal Ratzinger écrivait : " Pour nous, hommes d’aujourd’hui, le scandale fondamental du christianisme consiste tout d’abord simplement dans l’extériorité dont la réalité religieuse paraît affectée. C’est pour nous un scandale que Dieu doive être communiqué par tout un appareil extérieur : l’Église, les sacrements, le dogme, ou même simplement la prédication. "
Dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est plutôt la tendance inverse qui est fustigée. Mais c’est toujours une déviation de la même vérité. Cette vérité, c’est l’unité du corps et de l’âme. On peut divorcer l’âme du corps, soit au mépris du corps, en surévaluant l’âme, soit au mépris de l’âme, en n’attachant de l’importance qu’au corps. Celui dont le corps n’exprime pas avec fidélité les mouvements de l’âme, et dont l’âme ne baigne pas dans la lumière de la grâce, celui-là est " hypocrite " et " impur ". Non, il ne s’agit pas ici seulement de ceux qui commettent " le péché de la chair ", comme nous sommes encore trop enclins à le penser sous l’influence du puritanisme, du jansénisme ! Jésus dit que l’homme est rendu impur par adultères et débauches, bien sûr, mais aussi par inconduite, vols, meurtres … cupidités, méchancetés, fraude … envie, diffamation, orgueil et démesure.
Et le Catéchisme (n. 2518), en rapprochant cet enseignement de Jésus de la béatitude des cœurs purs, commente : " Les cœurs purs désignent ceux qui ont accordé leur intelligence et leur volonté aux exigences de la sainteté de Dieu, principalement en TROIS domaines : la charité, la chasteté ou rectitude sexuelle, l’amour de la vérité et l’orthodoxie de la foi. Il existe un lien entre la pureté de cœur, du corps et de la foi. " Suit une citation admirable de S. Augustin, qui montre bien la nature de ce lien : les fidèles doivent croire les articles du Symbole, " afin qu’en croyant, ils obéissent à Dieu ; qu’en obéissant, ils vivent bien ; qu’en vivant bien, ils purifient leur cœur et qu’en purifiant leur cœur, ils comprennent ce qu’ils croient. "
Dans l’Imitation de Jésus Christ nous on lit également : " Deux ailes soulèvent l’homme au-dessus des choses terrestres : la simplicité et la pureté. La simplicité doit être dans l’intention, la pureté dans l’affection. La simplicité tend vers Dieu ; la pureté l’atteint et le goûte… Si ton cœur était simple et pur, tu verrais et tu comprendrais tout sans peine. Un cœur pur pénètre le ciel et la terre. Comme on est, on juge ".
" Oui, demain, nous verrons Dieu en face à face, mais dès maintenant le cœur pur voit selon Dieu. Il juge tout à la lumière de Dieu. Si simple est la vie quand on y vit de Dieu. " (Jean-Louis Bruguès)
Je vous ai parlé des anges. Dans l’Apocalypse (18, 12) , Jean voit un ange descendre du ciel. Il avait reçu une autorité si grande que la terre fut illuminée de sa gloire. Et il s'écria d'une voix puissante : " Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la Grande ! La voilà devenue une tanière de démons, un repaire de tous les esprits impurs, un repaire de tous les oiseaux impurs, un repaire de toutes les bêtes impures et répugnantes !
Maintenant à nous de choisir entre Dieu et le démon, entre sainte Apparence et Sainte Marie. Par le baptême nous sommes tous appelés à l’évangélisation. Que Celle que l’on invoque comme Étoile de l’Évangélisation, la Vierge au cœur pur, nous aide à nous purifier nous aussi et à nous convertir de faux en vrais apôtres !
Avec l'aimable autorisation de la Communauté Saint-Jean - http://www.stjean.com/
12:39 Écrit par Père Walter dans Homélies 2006 (année B) | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : homelies |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |





