20.05.2011

Benoît XVI : un parcours biblique de la prière

benoit xvi.JPGROME, Mercredi 18 mai 2011 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse prononcée par le pape Benoît XVI, ce mercredi, au cours de l'audience générale, sur la Place Saint-Pierre, au Vatican. Il s'agit de la dernière catéchèse de Benoît XVI sur la prière. A la fin de sa catéchèse, notre Saint-Père, parlant de la Chine, mentionne le fait que le 24 mai prochain, c'est la fête de Notre-Dame Auxiliatrice, vénérée dans la banlieue de Shanghaï sous le titre de Notre-Dame de Sheshan. Je vous envoie cette Newsletter depuis Hangzhou, non loin de Shanghaï, et j'espère pouvoir participer à ce pélerinage. Merci de prier pour l'unité de l'Eglise en Chine, comme le Pape le recommande avec insistance.

 

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19.03.2011

Tout ce que Dieu veut, c'est de nous bénir

2 careme A 1lec.jpgAujourd’hui Dieu nous ouvre tout grand la porte de son cœur. Il nous révèle son désir le plus cher, ce qui motive tout ce qu’il fait depuis le péché originel. L’appel d’Abraham, dont nous venons d’entendre le récit, marque une étape importante dans l’histoire du salut. C’est le début de l’Alliance de Dieu avec Israël, le peuple qu’il a choisi,  et dont est issu le Sauveur du monde, Jésus Christ. Avec l’appel d’Abraham, c’est une étape décisive du salut des pécheurs qui commence. C’est pourquoi il est tout à fait normal que Dieu nous explique ce qui le motive. Et c’est ce qu’il fait.


Il dit à Abram, qui s’appellera Abraham par la suite,  exactement pourquoi il lui demande de renoncer à sa situation confortable et de suivre cet appel. Il dit : « Je te bénirai … En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Bénédiction. Vie en abondance. Vie qui ait un sens. Epanouissement, bonheur profond et durable, sagesse, maturité, la joie d’une vie pleinement vécue, voilà ce que Dieu veut, pour chacun de nous, et pour toute la famille humaine. Voilà pourquoi il continue de prendre soin de ce monde qui l’a rejeté, et qui continue de le rejeter.


Dieu seul peut nous bénir, car lui seul peut enlever de notre vie et de notre monde les obstacles qui nous empêchent de mener la vie que nous sommes appelés à vivre : l’égoïsme, la convoitise, la paresse, la luxure, bref, le péché sous toutes ses formes.


Abraham a reçu la bénédiction de Dieu et il l’a transmis à son entourage et à ses descendants. Pourquoi ? Parce qu’il a obéi à l’appel de Dieu. Nous aussi, nous pouvons faire l’expérience d’une bénédiction divine plus abondante et la répandre sur ceux et celles que nous aimons, si nous faisons tout simplement ce que le Père demandait à Pierre, Jacques et Jean : « écouter le Christ ».


« Ecouter  le  Christ  et obéir à sa voix: telle est la voie maîtresse, l'unique, qui conduit à la plénitude de la joie et de l'amour.» (Benoît XVI, Angélus, 12 mars 2006).

 

Parce que nous vivons dans un mondé plongé dans le péché, nous sommes constamment tentés d’oublier cette vérité capitale. Nous devons faire un effort conscient et concerté pour nous en souvenir. Sinon, les épreuves de la vie risquent de nous épuiser...

 

Pour lire la suite de l'homélie, cliquer sur le logo Praedicatho :


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18:13 Écrit par Père Walter dans Homélies 2010-2011 (année A) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : evangile, bible, ecriture, homelie, liturgie, dimanche, careme, abraham | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |

02.07.2009

Un livre aux photos magnifiques édité par le Vatican

Les Loges restent fermées, mais la Bible de Raphaël est maintenant ouverte au public


Un livre aux photos magnifiques, édité par le Vatican, permet pour la première fois d'admirer dans toute sa splendeur le chef d'œuvre, généralement inaccessible aux visiteurs, de l'immense artiste. Un art sublime qui a été un aliment de la piété populaire. Et qui pourrait le redevenir


par Sandro Magister





ROME, le 26 juin 2009 – Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican et historien d’art de réputation internationale, en est tout à fait convaincu: "Raphaël est, dans l’absolu, le plus grand peintre du dernier millénaire et les Loges sont ce qu’il nous a laissé de plus significatif".

Les Loges sont pourtant l'œuvre la moins connue de Raphaël. Chaque année, les millions de visiteurs des Musées du Vatican passent à côté, sans pouvoir entrer. Elles se trouvent dans l’une des trois galeries vitrées - celle du centre - qui font face au palais où habite le pape, quand on regarde depuis la place Saint-Pierre. Quand elles ont été construites, au début du XVIe siècle, elles donnaient sur un jardin. Les treize arcades des Loges peintes à fresque par Raphaël n’ont été protégées par des vitres qu’au XIXe siècle. A l’origine elles étaient ouvertes sur le lumineux ciel de Rome, qui rendait leurs couleurs encore plus brillantes.

Si les Loges sont inaccessibles au grand public, un livre magnifique, aux photos originales d’une rare beauté, permet maintenant de les admirer dans toute leur splendeur. L’ouvrage, publié en plusieurs langues, est le second de la collection "Monumenta Vaticana Selecta", qui présente chaque année une partie du patrimoine artistique du Vatican et dont le premier volume a "dévoilé" la Chapelle Sixtine. Son auteur est Nicole Dacos, historienne d’art française, qui a consacré quarante ans d’études à cet extraordinaire chef d’œuvre.


***


Aujourd’hui, au Vatican, les visiteurs vont droit à Michel-Ange, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant des siècles, les chefs-d’œuvre préférés ont été les statues classiques, le Laocoon, l'Apollon du Belvédère. Et surtout Raphaël, le Raphaël des Chambres et plus encore celui des Loges. Pour des générations d’artistes, les Loges furent le modèle suprême dont il fallait s’inspirer. Elles firent école dans toute l’Europe et connurent un immense succès. A la fin du XVIIIe siècle, Catherine de Russie les fit reproduire, grandeur nature, dans une aile de l'immense musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

Mais les Loges sont bien plus qu’une étape majeure dans l’histoire de l’art. Elles sont un chef d’œuvre chrétien qui, comme tel, a aussi exercé une immense influence. Sur la voûte, 52 scènes de l’histoire sainte sont peintes successivement. C’est ce que l’on appelle la Bible de Raphaël, dont les images se retrouvent dans d’innombrables gravures, peintures, livres, des siècles suivants, dans les histoires saintes illustrées, et même dans les images de première communion modernes. Un art sublime, très raffiné, mais aussi devenu tout de suite "populaire" et accessible à tous, qui a donné forme à la foi de générations entières.

La première des treize arcades illustre en quatre scènes la création du monde, la seconde représente Adam et Eve, la troisième Noé et le déluge, la quatrième Abraham, la cinquième Isaac, la sixième Jacob, la septième Joseph, les huitième et neuvième Moïse, la dixième Josué, la onzième David, la douzième Salomon, la treizième Jésus dans quatre scènes: l'adoration des bergers, l'adoration des mages, le baptême dans le Jourdain et la Cène.

Quelques-uns des meilleurs artistes de l’époque ont travaillé ensemble aux Loges - un peu comme cela se faisait pour la construction des cathédrales - mais tous sous la direction de Raphaël. Les scènes bibliques s’insèrent dans un décor de stucs et de fresques inspirés de l’art romain - surtout de la Maison Dorée et du Colisée - dans une explosion de fleurs, de fruits, d’oiseaux aux couleurs vives, sur fond de ciel bleu foncé. "Gloire de l'antiquité classique et gloire de la nature, le tout sanctifié par la révélation chrétienne", a résumé Paolucci, présentant le livre.

Les 52 scènes bibliques de la voûte s’inspirent aussi de l’antiquité, des statues grecques et romaines ou des mosaïques du Ve siècle de la basilique romaine de Sainte Marie Majeure. Les personnages sont habillés comme à l’âge classique, pour un récit qui a le rythme de l’épopée. Et il y a aussi un rappel évident de la peinture de Michel-Ange, mais sans rien de tragique ou de tourmenté. La Bible de Raphaël est paisible, rassurante. Les scènes qui racontent l’histoire de chaque personnage ont toujours une fin positive. Pour représenter la passion, la mort et la résurrection du Christ, Raphaël s’est limité à la Cène.

Raphaël a terminé la décoration des Loges en 1519. Elles lui avaient été commandées par le pape Léon X et la révolte de Luther commençait. Mais dans la Bible des Loges il y a déjà l’esprit de la Réforme catholique, son retour à une foi purifiée, à un regard renouvelé sur cette beauté qui coïncide avec la gloire de Dieu et avec ses "gesta" salvifiques dans l’histoire des hommes.

La Bible de Raphaël mérite encore aujourd’hui d’être admirée, lorsque l’on tourne les pages du merveilleux ouvrage qui nous la révèle.



Le livre est disponible en italien, anglais, allemand et bientôt en d’autres langues :

Nicole Dacos, "Le Logge di Raffaello. L'antico, la Bibbia, la bottega, la fortuna", Musei Vaticani - Libreria Editrice Vaticana - Jaca Book, Città del Vaticano, 2008, 352 pp., 130,00 euros.


L’article de www.chiesa consacré à "La Sixtine dévoilée" de Heinrich Pfeiffer, le précédent volume de la collection "Monumenta Vaticana Selecta":

> Une lecture incontournable pour les visiteurs de la Chapelle Sixtine: l'encyclique "Spe salvi"



A propos de ces sujets, sur www.chiesa:

> Focus ARTS ET MUSIQUE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

(www.chiesa)

18.05.2009

Regna Coeli: le Pape rend grâce

CITE DU VATICAN, 17 MAI 2009 (VIS). Ce dimanche, après le Regina Coeli récité avec les fidèles, Benoît XVI a évoqué son récent pèlerinage en Terre Sainte, remerciant tous ceux qui ont rendu possible "un aussi important voyage", en particulier le Patriarcat latin et les évêques de Terre Sainte, la Custodie, les gouvernements et les forces de l'ordre de Jordanien, d'Israël et des Territoires palestiniens. Mais aussi tous les fidèles qui l'ont accompagné dans la prière:

"Mon pèlerinage aux lieux saints a d'abord été une visite pastorale auprès des communautés locales, mais aussi un service à l'unité des chrétiens et au dialogue avec les juifs et les musulmans, un service à la paix. La Terre Sainte est le symbole de l'amour de Dieu envers son peuple et envers l'humanité, un symbole de la liberté et de la paix qu'il veut pour tous ses fils... L'histoire, aujourd'hui comme hier, montre aussi qu'elle peut devenir le symbole du contre, de la division et de conflits fraternels interminables. Comment est-ce possible? ... alors même qu'un mystérieux dessein divin concerne cette région du monde...où Dieu a envoyé son fils en victime expiatoire de nos péchés".

La Terre Sainte

"a également été appelée Cinquième Evangile car on peut y toucher la réalité de l'histoire de Dieu avec les hommes, des lieux où vécut Abraham à ceux de Jésus... Elle est un microcosme résumant le cheminement de l'humanité aux côtés de Dieu".

 

Puis le Pape a évoqué la dramatique situation srilankaise, assurant de son affection et de sa solidarité les civils otages de la zone des combats.

"Il s'agit de milliers d'enfants, de femmes et de personnes âgées auxquels la guerre a tout pris, des années de vie et d'espérance. Je veux lancer un pressant appel aux belligérants afin qu'ils facilitent l'évacuation" des civils et des blessés, "m'unissant ainsi au Conseil de sécurité qui vient de réclamer des garanties quant à la sécurité de la population locale... Je demande aussi aux institutions humanitaires, y compris les catholiques, de faire tout leur possible pour répondre aux urgences alimentaires et médicales des réfugiés".

(VIS)

15.05.2009

A Jérusalem et Bethléem. Là où l'on peut "toucher" les bases de la foi

Benoît XVI exhorte les chrétiens à ne pas quitter la Terre Sainte. "Ici, il y a de la place pour tous", a-t-il dit. Pour deux peuples et pour deux Etats en paix l'un avec l'autre. Et pour les trois religions issues d'Abraham, unies dans le service de la famille humaine

par Sandro Magister




ROME, le 14 mai 2009 – Benoît XVI a passé toute la journée de mercredi dans les Territoires palestiniens : à Bethléem et au camp de réfugiés d’Aïda.

C’était, inévitablement, la journée la plus "politique" de son voyage. Le pape a rencontré plusieurs fois le président Abou Mazen, a adressé des discours à celui-ci et à la population palestinienne, a marché à des endroits marqués par le conflit. A Aïda, le haut mur qui sépare Israël des Territoires était très visible, menaçant.

Benoît XVI ne s’est pas dérobé aux attentes. Il a appelé à dépasser le conflit en se référant à deux peuples et deux Etats. Il a réclamé la sécurité pour Israël. Il a dit aux Palestiniens de refuser le terrorisme. Il a souhaité que le mur soit abattu.

L’un des objectifs du pape, dans ce voyage, était d’obtenir l’assentiment des catholiques arabes, très hostiles à Israël. En Jordanie, il y est parvenu. A l’ouest du Jourdain, l’entreprise était plus difficile. Mais les étapes de Bethléem et d’Aïda ont été utiles. C’est de manière très sobre que le pape a rappelé les raisons d’Israël mais de manière très explicite et concernée qu’il a évoqué les raisons des Palestiniens et surtout leur souffrance.

Mais il serait réducteur et trompeur de faire une lecture uniquement politique du message global que Benoît XVI a voulu adresser aux chrétiens de Terre Sainte.

Selon le pape, l’Eglise sera influente – y compris sur le terrain politique – si elle sait faire autre chose et surtout si elle aide à "supprimer les murs que nous construisons autour de nos cœurs, les barrières que nous dressons contre notre prochain".

Benoît XVI vise avant tout à tourner vers Dieu les esprits et les cœurs. Il l’a dit et écrit plusieurs fois.

Et il est resté très fidèle à cette "priorité" même pendant un voyage aussi chargé politiquement que celui qu’il fait en Terre Sainte.

Pour s’en rendre compte, il suffit de repenser aux gestes et aux propos par lesquels il rythme le voyage.

On trouvera ci-dessous une brève anthologie de ce qu’il a dit mercredi 13 mai à Bethléem et Aïda, et la veille à Jérusalem.

Les passages les plus directement politiques sont présentés les premiers. Mais même dans ceux-là, on sent que le regard de Benoît XVI va plus loin.

Et ce "plus loin" il l’a expliqué surtout dans les homélies des messes célébrées le 12 mai à Jérusalem dans la Vallée de Josaphat et le 13 mai à Bethléem sur la Place de la Mangeoire, en présence de milliers de fidèles dont certains étaient venus de Gaza.

Aux chrétiens, il a dit de ne pas quitter la Terre Sainte, comme ils l’ont fait surtout dans les dernières années. Mais pourquoi rester ? La réponse du pape, surprenante, est à lire absolument. Elle renvoie au "voir" et au "toucher" des premiers disciples de Jésus. A la base sensible de la foi.

D’autres aperçus de la vision que Benoît XVI veut transmettre sont donnés par les passages consacrés à Jérusalem et à Bethléem : à la puissance symbolique, prophétique, théologique de ces villes saintes.

Enfin il faut lire entièrement le discours que Benoît XVI a adressé aux dirigeants musulmans le matin du 12 mai à Jérusalem, après avoir visité – une véritable première pour un pape – la Coupole du Rocher, lieu du sacrifice d’Abraham et de la montée au ciel de Mahomet.

Une magnifique synthèse de la manière dont le pape voit le service que le judaïsme, le christianisme et l’islam peuvent rendre à l'unité de la famille humaine.

Voici donc l'anthologie, en cinq chapitres :



1. LE PAPE "POLITIQUE". EXTRAITS DES DISCOURS DANS LES TERRITOIRES


A Bethléem, le matin du mercredi 13 mai:


Monsieur le Président, le Saint-Siège soutient le droit de votre peuple à une patrie palestinienne souveraine sur la terre de ses ancêtres, sûre et en paix avec ses voisins, à l’intérieur de frontières reconnues au niveau international. [...]

C’est mon espérance la plus chère que les sérieuses inquiétudes concernant la sécurité en  Israël et dans les Territoires Palestiniens seront bientôt suffisamment apaisées pour permettre une plus grande liberté de mouvement, surtout en ce qui concerne les contacts entre les membres d’une même famille et l’accès aux lieux saints.

Et je prie aussi pour que, avec l’aide de la  communauté internationale, les travaux de reconstruction puissent avancer d’un bon pas là où des maisons, des écoles ou des hôpitaux ont été endommagés ou détruits par les combats, afin que tous les habitants de cette terre puissent vivre dans des conditions qui favorisent une paix durable et la prospérité. [...]

Aux nombreux jeunes qui vivent aujourd’hui sur l’ensemble des Territoires Palestiniens, je lance  cet appel : ne permettez pas que les pertes en vies humaines et les destructions dont vous avez été les témoins nourrissent en vos coeurs l’amertume ou le ressentiment. Ayez le courage de résister à toutes les tentations que vous pourriez ressentir de vous livrer à des actes de violence ou de terrorisme.


Au camp de réfugiés d’Aïda, l’après-midi du mercredi 13 mai:


Chers amis, cet après-midi, ma visite au Camp de réfugiés Aïda me donne l’opportunité d’exprimer ma  solidarité à l’ensemble des Palestiniens qui n’ont pas de maison et qui attendent de pouvoir retourner sur leur terre natale, ou d’habiter de façon durable dans une patrie qui soit à eux. [...]

Je sais que beaucoup de vos familles sont séparées – à cause de l’emprisonnement de membres de la famille,  ou des restrictions dans la liberté de déplacement – et que beaucoup d’entre vous ont connu le deuil pendant les hostilités. Mon coeur va vers tous ceux qui ont ainsi souffert. Soyez assurés que tous les réfugiés palestiniens à travers le monde, spécialement ceux qui ont perdu leurs maisons et des êtres chers durant le récent conflit à Gaza, sont présents dans mes prières. [...]

Combien les gens de ce camp, de ces Territoires, et de la région tout entière attendent la paix ! En ces jours, ce long désir prend un relief particulier quand vous vous souvenez des événements de mai 1948 et des années de conflit, non encore résolu, qui suivirent ces événements. Vous vivez maintenant dans des conditions précaires et difficiles, avec des possibilités limitées de trouver un emploi. Il est compréhensible que vous vous sentiez souvent frustrés. Vos aspirations légitimes à un logement stable, à un État palestinien indépendant, demeurent non satisfaites. Au contraire, vous vous trouvez piégés, comme beaucoup d’autres en cette région et à travers le monde sont piégés, dans une spirale de violence, d’attaque et de contre-attaque, de vengeance et de destruction continuelle. Le monde entier soupire pour que cette spirale soit brisée et pour que par la paix soit mis fin à ces combats qui ne cessent pas de durer.

Dominant au-dessus de nous qui sommes rassemblés ici cet après-midi, s’érige le mur, rappel incontournable de l’impasse où les relations entre Israéliens et Palestiniens semble avoir abouti. Dans un monde où les frontières sont de plus en plus ouvertes – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des personnes, pour les échanges culturels – il est tragique de voir des murs continuer à être construits. Comme il nous tarde de voir les fruits d’une tâche bien plus difficile, celle de construire la paix ! Comme nous prions constamment pour la fin des hostilités qui sont à l’origine de ce mur!

De part et d’autres du mur, un grand courage est nécessaire pour dépasser la peur et la défiance, pour résister au désir de se venger des pertes ou des torts subis. Il faut de la magnanimité pour rechercher la réconciliation après des années d’affrontement. Pourtant l’histoire a montré que la paix ne peut advenir que lorsque les parties en conflit sont désireuses d’aller au-delà de leurs griefs et de travailler ensemble pour des buts communs, prenant chacune au sérieux les inquiétudes et les peurs de l’autre et s’efforçant de créer une atmosphère de confiance. Il faut de la bonne volonté pour prendre des initiatives imaginatives et audacieuses en vue de la réconciliation : si chaque partie insiste en priorité sur les concessions que doit faire l’autre, le résultat ne peut être qu’une impasse.

L’aide humanitaire, comme celle qui est fournie dans ce camp, a un rôle essentiel à jouer,  mais la solution à long terme à un conflit tel que celui-ci ne peut être que politique. Personne n’attend que les Palestiniens et les Israéliens y parviennent seuls. Le soutien de la communauté internationale est vital, et c’est pourquoi, je lance un nouvel appel à toutes les parties concernées pour jouer de leur influence en faveur d’une solution juste et durable, respectant les requêtes légitimes de toutes les parties et reconnaissant leur droit de vivre dans la paix et la dignité, en accord avec la loi internationale. En même temps, toutefois, les efforts diplomatiques ne pourront aboutir heureusement que si les Palestiniens et les Israéliens ont la volonté de rompre avec le cycle des agressions.


A Bethléem, le soir du mercredi 13 mai:


Monsieur le Président, chers amis, [...] Avec angoisse, j’ai été le témoin de la situation des réfugiés qui,  comme la Sainte Famille, ont été obligés de fuir de leurs maisons. Près du Camp et surplombant une partie de Bethléem, j’ai vu également le mur qui fait intrusion dans vos territoires, séparant des voisins et divisant des familles. Bien que les murs peuvent être facilement construits, nous savons que ils ne subsistent pas toujours. Ils peuvent être abattus. Il est d’abord nécessaire d’ôter les murs construits autour de nos coeurs, les barrières érigées contre nos voisins.



2. CHRETIENS DE TERRE SAINTE. POURQUOI RESTER


Extrait de l’homélie de la messe dans la Vallée de Josaphat, mardi 12 mai:


Chers frères et soeurs, [...] Ici, je voudrais parler sans détours de la tragique réalité – qui ne peut manquer d’être source  de préoccupations pour tous ceux qui aiment cette Ville et cette terre – du départ de tant de membres de la Communauté chrétienne depuis ces dernières années. S’il est bien compréhensible que certaines raisons puissent pousser un grand nombre – spécialement les jeunes - à prendre la décision d’émigrer, il reste que cette décision a pour conséquence un véritable appauvrissement culturel et spirituel de la Ville. Je veux répéter aujourd’hui ce que j’ai déjà dit en d’autres occasions : en Terre Sainte, il y a de la place pour tous ! En demandant aux Autorités civiles de respecter et de soutenir la présence chrétienne ici, je veux également vous assurer de la solidarité, de l’amour et du soutien de toute l'Église et du Saint-Siège.

Chers amis, dans l’Évangile qui vient d’être proclamé, saint Pierre et saint Jean courent vers le tombeau vide, et Jean, nous dit-on : « vit et crut » (Jn 20, 8). Ici, sur la Terre Sainte, avec les yeux de la foi, vous avez la grâce, avec tous les pèlerins du monde entier qui affluent dans ses églises et ses sanctuaires, de « voir » les lieux sanctifiés par la présence du Christ, par son ministère ici-bas, sa passion, sa mort et sa résurrection ainsi que par le don de l’Esprit Saint. Ici, tout comme l’Apôtre saint Thomas, vous pouvez « toucher » les réalités historiques qui sont à la base de notre profession de foi dans le Fils de Dieu. Ma prière pour vous aujourd’hui est que vous puissiez continuer, jour après jour, à « voir et reconnaitre dans la foi » les signes de la Providence de Dieu et de sa miséricorde infinie, que vous puissiez « écouter » avec une foi et une espérance renouvelées les paroles réconfortantes de la prédication apostolique, et « toucher » les sources de la grâce dans les sacrements afin d’incarner pour d’autres leur promesse de commencements nouveaux, la liberté qui jaillit du pardon, la lumière intérieure et la paix qui peuvent apporter guérison et espérance dans les réalités humaines les plus sombres.

Dans la Basilique du Saint-Sépulcre, les pèlerins de chaque siècle ont vénéré la pierre qui,  selon la tradition, fermait l’entrée du tombeau au matin de la résurrection du Christ. Revenons souvent vers ce tombeau vide. Affirmons notre foi dans la victoire de la Vie et prions pour que chaque « lourde pierre » qui ferme nos coeurs, et bloque notre totale adhésion au Seigneur dans la foi, l’espérance et l’amour, puisse voler en éclats sous la puissance de la lumière et de la vie qui, au premier matin de Pâques, s’est répandue de Jérusalem jusqu’au bout du monde.


Extrait de l’homélie de la messe sur la Place de la Mangeoire, mercredi 13 mai:


Chers frères et soeurs, [...] « Ne craignez pas ! » C’est le message que le Successeur de saint Pierre désire vous laisser  aujourd’hui, se faisant l’écho du message des anges et c’est la mission que notre bien-aimé Pape Jean-Paul II vous laissa lorsqu’il vint chez vous en l’année du Grand Jubilé de la naissance du Christ. Appuyez-vous sur la prière et la solidarité de vos frères et soeurs de l'Église universelle et, par des initiatives concrètes, travaillez à consolider votre présence ici et à offrir de nouvelles opportunités à ceux qui sont tentés de partir. Soyez des ponts de dialogue et de coopération constructive pour l’édification d’une culture de paix qui doit remplacer l’impasse actuelle des peurs et des agressions. Soyez des pierres vivantes de vos Églises locales, faisant d’elles des ateliers de dialogue, de tolérance et d’espérance, en même temps que des havres de solidarité et de charité concrète.

Par-dessus tout, soyez les témoins de la puissance de la vie, de la vie nouvelle apportée par le Christ ressuscité, la vie qui peut illuminer et transformer les situations humaines les plus sombres et les plus désespérantes. Votre patrie n’a pas seulement besoin de structures économiques et politiques nouvelles, mais d’une manière bien plus importante, pourrions-nous dire, il lui faut une nouvelle infrastructure « spirituelle », capable de galvaniser les énergies de tous les hommes et de toutes les femmes de bonne volonté pour le service de l’éducation, du développement et de la promotion du bien commun. Vous avez chez vous les ressources humaines pour construire cette culture de paix et de respect mutuel qui pourra garantir un avenir meilleur à vos enfants. Voilà la noble entreprise qui vous attend. N’ayez pas peur !


3. LE MYSTERE DE JERUSALEM



Extrait de l’homélie de la messe dans la Vallée de Josaphat, mardi 12 mai:


Chers frères et soeurs, [...] L’exhortation de Paul à « rechercher les réalités d’en haut » (Col 3, 1).   doit résonner sans cesse en nos coeurs. Par ses paroles, il nous oriente vers le plein accomplissement de la vision de foi dans la Jérusalem céleste, là où, conformément aux antiques prophéties, Dieu essuiera toute larme de nos yeux et préparera pour le salut de tous les peuples un festin (cf. Is 25 6-8 ; Ap 21, 2-4). Voilà l’espérance, voilà la vision, qui inspire tous ceux qui aiment la Jérusalem terrestre et qui la voient comme une prophétie, la promesse de la réconciliation universelle et de la paix que Dieu désire pour toute la famille humaine.
 [...]

Tandis que nous sommes ici rassemblés au pied des remparts de cette cité, que les disciples  de trois grandes religions considèrent comme sacrés, comment pouvons-nous ne pas songer à la vocation universelle de Jérusalem ? Annoncée par les prophètes, cette vocation apparaît aussi comme un fait indiscutable, comme une réalité à jamais enracinée dans l’histoire complexe de cette ville et de ses habitants. Les Juifs, les Musulmans tout comme les Chrétiens considèrent cette cité comme leur patrie spirituelle. Comme il reste beaucoup à faire pour faire en sorte qu’elle soit véritablement une « cité de paix » pour tous les peuples, où tous peuvent venir en pèlerinage pour chercher Dieu et écouter sa voix, une voix qui « annonce la paix » (cf. Ps 85, 9) !

De fait, Jérusalem est depuis toujours une ville où résonne dans les rues l’écho de langues  différentes, où cheminent sur les pavés des peuples de toute race et langue, et dont les murs sont un symbole de l’amour providentiel de Dieu pour la famille humaine tout entière. Comme un microcosme de notre univers mondialisé, cette Ville, si elle veut vivre en conformité à sa vocation universelle, doit être un lieu qui enseigne l’universalité, le respect des autres, le dialogue et la compréhension mutuelle ; un lieu où les préjugés, l’ignorance et la peur qui les alimentent, sont mis en échec par l’honnêteté, le bon droit et la recherche de la paix. Il ne devrait pas y avoir place, à l’intérieur de ces murs, pour la violence, l’étroitesse d’esprit, l’oppression et la vengeance. Ceux qui croient en un Dieu miséricordieux – qu’ils se reconnaissent comme Juifs, Chrétiens ou Musulmans – doivent être les premiers à promouvoir cette culture de réconciliation et de paix, sans se laisser décourager par la pénible lenteur des progrès ni par le lourd fardeau des souvenirs du passé.


4. LE MYSTERE DE BETHLEEM


Extrait de l’homélie de la messe sur la Place de la Mangeoire, mercredi 13 mai:


Chers frères et soeurs, [...] Le Seigneur des armées, dont les « origines remontent aux  temps anciens, à l’aube des siècles » (Mi 5, 1), a souhaité inaugurer son Royaume en prenant naissance dans cette petite bourgade, entrant en notre monde dans le silence et l’humilité d’une grotte, et reposant, comme un enfant sans défense, dans une mangeoire.

Ici, à Bethléem, au  milieu de toutes sortes de contradictions, les pierres continuent à proclamer cette « bonne nouvelle », le message de la rédemption, que cette ville, plus que toute autre, est appelée à proclamer au monde. Car c’est ici que, d’une manière qui surpassa toute espérance et toute attente humaine, Dieu s’est montré fidèle à ses promesses. Par la naissance de son Fils, il a révélé la venue du Royaume de l’amour : un amour divin qui se penche sur nous afin de nous apporter la guérison et de nous relever ; un amour qui est manifesté dans l’humiliation et la faiblesse de la Croix, et qui cependant triomphe dans la gloire de la Résurrection pour une nouvelle vie.

Le Christ a apporté un Royaume qui n’est pas de ce monde, mais c’est un Royaume capable de  changer ce monde, car il a le pouvoir de changer les coeurs, d’illuminer les esprits et de fortifier les volontés, de briser tous les murs de séparation. En prenant notre chair, avec toutes ses faiblesses et en la transfigurant par la puissance de son Esprit, Jésus a fait de nous les témoins de sa victoire sur le péché et la mort.

Et c’est bien ce que le message de Bethléem nous appelle  à être : témoins du triomphe de l’Amour de Dieu sur la haine, l’égoïsme, la peur et le ressentiment qui paralysent les relations humaines et engendrent la division là où des frères devraient habiter ensemble dans l’unité, les destructions là où les hommes devraient construire, le désespoir là où l’espérance devrait fleurir !



5. JUIFS, CHRETIENS ET MUSULMANS POUR L'UNITE DE LA FAMILLE HUMAINE


Extrait du discours après la visite de la Coupole du Rocher, à Jérusalem, mardi 12 mai:


Le dôme du Rocher invite nos cœurs et nos esprits à réfléchir sur le mystère de la création et  sur la foi d’Abraham. Ici, les chemins des trois grandes religions monothéistes du monde se rencontrent, nous rappelant ce qu’elles ont en commun. Chacune croit en un Dieu unique, créateur et régissant toute chose. Chacune reconnaît en Abraham un ancêtre, un homme de foi auquel Dieu accorda une bénédiction spéciale. Chacune a rassemblé de nombreux disciples tout au long des siècles et a inspiré un riche patrimoine spirituel, intellectuel et culturel. [...]

Puisque les enseignements des traditions religieuses concernent, en fin de compte, la réalité de Dieu, le sens de la vie et la destinée commune de l’humanité – c’est-à-dire, tout ce qu’il y a de plus sacré et de plus précieux pour nous -, on peut être tenté ici de s’engager dans un tel dialogue avec crainte et doute quant aux possibilités de succès. Néanmoins, nous pouvons commencer par nous appuyer sur la foi au Dieu unique, source infinie de justice et de miséricorde, puisqu’en lui ces deux qualités existent dans un parfaite unité. Ceux qui croient en son nom ont le devoir de s’efforcer inlassablement d’être justes en imitant son pardon, car les deux qualités sont orientées intrinsèquement vers la coexistence pacifique et harmonieuse de la famille humaine.

Pour cette raison, il est de la plus haute importance que ceux qui adorent le Dieu Unique puissent montrer qu’ils sont à la fois enracinés dans et orientés vers l’unité de la famille humaine tout entière. En d’autres termes, la fidélité au Dieu Unique, le Créateur, le Très-Haut, conduit à reconnaître que les êtres humains sont fondamentalement en relation les uns avec les autres, puisque tous doivent leur existence véritable à une seule source et tous marchent vers une fin commune. Marqués du sceau indélébile du divin, ils sont appelés à jouer un rôle actif en réparant les divisions et en promouvant la solidarité humaine.

Cela fait peser sur nous une grande responsabilité. Ceux qui honorent le Dieu Unique croient qu’il tiendra les êtres humains responsables de leurs actions. Les Chrétiens affirment que le don divin de la raison et de la liberté est à la base de ce devoir de répondre de ses actes. La raison ouvre l’esprit à la compréhension de la nature et de la destinée communes de la famille humaine, tandis que la liberté pousse les cœurs à accepter l’autre et à le servir dans la charité. L’amour indivisible pour le Dieu Unique et la charité envers le prochain deviennent ainsi le pivot autour duquel tout tourne. C’est pourquoi nous travaillons infatigablement pour préserver les cœurs humains de la haine, de la colère ou de la vengeance.

Chers amis, je suis venu à Jérusalem pour un pèlerinage de foi. Je remercie Dieu de cette occasion qui m’est donnée de vous rencontrer comme Évêque de Rome et Successeur de l’Apôtre Pierre, mais aussi comme fils d’Abraham, en qui « seront bénies toutes les familles de la terre » (Gn 12, 3 ; cf. Rm 4, 16-17). Je vous assure que l’Église désire ardemment coopérer au bien-être de la famille humaine. Elle croit fermement que la réalisation de la promesse faite à Abraham est universelle dans son ampleur, embrassant tout homme et toute femme, sans considération pour sa provenance ou pour son statut social. Tandis que Musulmans et Chrétiens poursuivent le dialogue respectueux qu’ils ont entamé, je prie pour qu’ils cherchent comment l’Unicité de Dieu est liée de façon inextricable à l’unité de la famille humaine. En se soumettant à son dessein d’amour sur la création, en étudiant la loi inscrite dans le cosmos et gravée dans le cœur de l’homme, en réfléchissant sur le don mystérieux de l’autorévélation de Dieu, puissent les croyants continuer à maintenir leurs regards fixés sur la bonté absolue de Dieu, sans jamais perdre de vue la manière dont elle se reflète sur le visage des autres !

Avec ces sentiments, je demande humblement au Tout-Puissant de vous apporter la paix et de bénir l’ensemble des populations bien-aimées de cette région. Puissions-nous nous efforcer de vivre dans un esprit d’harmonie et de coopération, rendant témoignage au Dieu Unique en servant généreusement les autres !


Le programme, les discours, les homélies du voyage de Benoît XVI :

> Pèlerinage en Terre-Sainte, 8-15-mai 2009

www.chiesa

12.05.2009

Le pape en Israël. Premier jour, double surprise

Le monde l'attendait au passage sur les questions les plus explosives: l'antisémitisme, la guerre. Mais Benoît XVI a agi à sa façon. Il a tiré deux mots de la Bible. Avec le premier, il a expliqué les conditions de la paix. Avec le second, il a éclairé le mystère de la Shoah


par Sandro Magister






ROME, le 12 mai 2009 – A peine arrivé en terre d'Israël, lundi, Benoît XVI a immédiatement abordé de front les questions les plus controversées: d’abord la paix et la sécurité, puis la Shoah et l'antisémitisme.

Sur ces deux points, il était attendu au passage. Soumis à des pressions incessantes et pas toujours loyales. Pour beaucoup de ceux qui le critiquent, le scénario était déjà écrit et ils attendaient seulement de pouvoir juger si et comment le pape allait le respecter.

Mais Benoît XVI a procédé avec une surprenante originalité. Dans un cas comme dans l’autre.

L'obtention de la paix, il l'a liée indissolublement à cette "recherche de Dieu" qui avait déjà été le thème dominant de son mémorable discours de Paris au monde de la culture, l’un des discours essentiels de son pontificat. Quant au thème de la sécurité – névralgique pour Israël – il l’a traité à partir du mot biblique "betah", qui veut dire sécurité, certes, mais aussi confiance et l'une ne va pas sans l'autre.

Lors de la visite à Yad Vashem – le mémorial des victimes de la Shoah dont les noms sont inscrits par millions – le pape a ensuite expliqué le sens d’un autre mot biblique: le "nom". Les noms de tous "sont inscrits de manière indélébile dans la mémoire de Dieu Tout-puissant". Et donc "on ne peut jamais enlever son nom à un autre être humain", pas même quand on veut tout lui enlever. Le cri de ceux qui ont été tués monte de la terre comme au temps d’Abel, contre toute effusion de sang innocent, et Dieu écoute tout le monde, parce que "ses miséricordes ne sont pas épuisées". Ces derniers mots, tirés du livre des Lamentations, le pape les a écrits quand il a signé le livre d’or.

Le discours de Benoît XVI à Yad Vashem et celui qu’il a prononcé auparavant, sur la paix et la sécurité, pendant sa visite au président Shimon Peres, sont reproduits ci-dessous. Ils sont tous les deux du lundi 11 mai 2009, premier jour de sa visite en Israël.



"Cherchez Dieu et la paix vous sera donnée"

par Benoît XVI



Monsieur le Président, [...] cet après-midi je souhaite vous redire, à vous-même [...] ainsi qu’à tout le peuple de l’État d’Israël, que le pèlerinage que j’accomplis aux Lieux Saints, est une démarche de prière pour le don précieux de l’unité et de la paix pour le Moyen-Orient et pour toute l’humanité. Oui, je prie chaque jour pour que la paix, née de la justice, revienne en Terre Sainte et dans toute la région, apportant la sécurité et une espérance renouvelée pour tous.

La paix est avant tout un don divin. Car la paix est la promesse du Tout-Puissant à l’humanité et elle est porteuse d’unité. Dans le Livre du prophète Jérémie nous lisons : « Car je sais, moi – c’est le Seigneur qui parle – les desseins que je forme pour vous, desseins de paix et non de malheur, pour vous donner un avenir et une espérance » (29, 11). Le prophète nous rappelle la promesse du Tout-Puissant, disant qu’Il « se laisse trouver », qu’Il « écoutera », et qu’Il « nous rassemblera ». Mais il y a une condition : nous devons « le chercher » et le « chercher de tout notre coeur » (cf. ibid. 12-14).

Aux Chefs religieux qui sont ici présents, je souhaite dire que la contribution spécifique des religions à la recherche de la paix se trouve essentiellement dans une recherche de Dieu authentique, ardente et unifiée. Il nous revient de proclamer - et d’en être les témoins -, que le Tout-Puissant est présent, qu’Il peut être connu même s’il semble caché à notre regard, qu’Il agit dans notre monde pour notre bien et que l’avenir de la société est marqué du sceau de l’espérance quand elle se met en syntonie avec l’ordre divin.

C’est la présence dynamique de Dieu qui pousse les coeurs à se rassembler et qui assure l’unité. En effet, le fondement ultime de l’unité entre les personnes se trouve dans la parfaite unité et universalité de Dieu, qui a créé l’homme et la femme à son image et à sa ressemblance afin de nous attirer dans sa propre vie divine pour que tous soient un.

Les Chefs religieux doivent donc être attentifs au fait que toute division ou tension, toute tendance au repliement sur soi ou à la suspicion parmi les croyants ou entre des communautés, peut facilement conduire à une contradiction qui masque l’unité du Tout-Puissant, trahit notre propre unité et s’oppose à l’Unique qui se révèle lui-même comme Celui qui est « riche en grâce et en fidélité » (Ex 34, 6 ; Ps 138, 2 ; Ps 85, 11). Mes amis : Jérusalem, qui a longtemps été un carrefour pour de nombreux peuples d’origines différentes, est une cité qui permet aux Juifs, aux Chrétiens et aux Musulmans aussi bien d’assumer le devoir et de jouir du privilège de témoigner ensemble de la coexistence pacifique depuis si longtemps désirée par ceux qui adorent le Dieu unique ; de mettre en évidence le dessein du Tout-Puissant sur l’unité de la famille humaine annoncée à Abraham ; et de proclamer la nature véritable de l’homme qui est d’être un chercheur de Dieu. Prenons la résolution de faire en sorte que, à travers l’enseignement et l’orientation que nous donnons à nos communautés respectives, nous aidions leurs membres à être fidèles à ce qu’ils sont en tant que croyants, toujours plus conscients de la bonté infinie de Dieu, de l’inviolable dignité de tout être humain et de l’unité de la famille humaine tout entière.

La Sainte Écriture nous offre aussi une manière de comprendre la sécurité. Selon l’usage juif, la sécurité – "batah" – naît de la confiance, elle ne fait pas seulement référence à l’absence de menace, mais aussi au sentiment de quiétude et de confiance. Dans le Livre du prophète Isaïe nous lisons ce qui a trait à une période de bénédiction divine : « Une fois encore, se répand sur nous l’Esprit d’en haut… Dans le désert s’établira le droit et la justice habitera le verger. Le fruit de la justice sera la paix, et l’effet de la justice repos et sécurité à jamais » (32, 15-17). La sécurité, le droit, la justice et la paix ! Dans le dessein de Dieu sur le monde, tout cela est inséparable. Loin d’être le simple fruit des efforts de l’homme, ce sont des valeurs qui jaillissent de la relation fondamentale de Dieu avec l’homme et qui demeurent comme un patrimoine commun dans le coeur de chaque personne.

Il n’y a qu’une manière de protéger et de promouvoir ces valeurs : les mettre en pratique ! En vivre ! Aucune personne, famille, communauté ou nation n’est exemptée du devoir de vivre selon la justice et de travailler à la paix. Il va de soi que l’on attend des dirigeants civils et politiques qu’ils assurent une sécurité juste et convenable aux personnes qu’ils ont mission de servir.

Cet objectif fait partie de la promotion authentique des valeurs communes à l’humanité et ne peut donc pas entrer en conflit avec l’unité de la famille humaine. Les valeurs authentiques et les buts d’une société, qui protègent toujours la dignité humaine, sont indivisibles, universels et interdépendants (cf. Allocution aux Nations Unies, 18 avril 2008). Ils ne peuvent plus être respectés quand ils deviennent la proie d’intérêts particuliers ou de politiques sectorisées. Le véritable intérêt d’une nation est toujours servi par la recherche de la justice pour tous.

Mesdames et Messieurs, la question de la sécurité durable repose sur la confiance, elle s’alimente aux sources de la justice et du droit, et elle est scellée par la conversion des coeurs qui nous pousse à regarder l’autre dans les yeux et à reconnaître le « Toi » comme mon égal, mon frère, ma soeur. N’est-ce pas de cette manière que la société elle-même devient le « verger » (Is 32,15) où fleurissent non pas des blocs opposés et l’obstruction, mais la cohésion et l’accord ? Ne peut-elle pas devenir une communauté ayant de nobles aspirations où tous peuvent avoir un accès sans restriction à l’éducation, à un toit, à un travail, une société décidée à construire sur les fondements solides de l’espérance,

En concluant, je voudrais me tourner vers les familles simples de cette ville et de cette terre. Quels sont les parents qui pourraient vouloir la violence, l’insécurité ou la désunion pour leur fils ou leur fille ? Quel but politique humain peut-il être jamais servi par le conflit et la violence ? J’entends le cri de ceux qui vivent dans ce pays et qui réclament la justice, la paix, le respect de leur dignité, la sécurité durable, une vie quotidienne sans crainte des menaces venant de l’extérieur ou d’une violence aveugle. Et je sais qu’un nombre important d’hommes et de femmes, de jeunes aussi, travaillent en faveur de la paix et de la solidarité à travers des programmes culturels et des initiatives qui manifestent concrètement compassion et souci de l’autre ; ils sont assez humbles pour savoir pardonner, ils ont le courage de saisir le rêve auquel ils ont droit.

Monsieur le Président, je vous remercie de votre courtoisie à mon égard et je vous assure encore de ma prière pour le Gouvernement et pour tous les citoyens de cet État. Puisse une authentique conversion de tous les coeurs conduire à un engagement toujours plus résolu et fort en faveur de la paix et de la sécurité à travers la justice pour chacun ! Shalom !



"Leurs noms sont inscrits de manière indélébile dans la mémoire de Dieu"

par Benoît XVI



« Je leur donnerai dans ma maison et dans mes remparts un monument et un nom (…) ; je  leur donnerai un nom éternel qui jamais ne sera effacé » (Is 56, 5).

Ce passage du Livre du prophète Isaïe offre les deux mots simples qui expriment solennellement le sens profond de ce lieu vénéré : "yad", mémorial; "shem", nom. Je suis venu pour rester en silence devant ce monument, érigé pour honorer la mémoire de millions de personnes tuées dans l’horrible tragédie de la Shoah. Elles ont perdu leurs vies mais elles ne perdront jamais leurs noms, car ils sont profondément gravés dans le coeur de ceux qui les aiment, de leurs compagnons de détention qui ont survécus et de tous ceux qui sont déterminés à ne plus jamais permettre qu’une telle atrocité déshonore à nouveau l’humanité. Plus que tout, leurs noms est à jamais inscrits dans la mémoire du Dieu Tout-puissant.

Il est possible de dérober à un voisin ce qu’il possède, son avenir ou sa liberté. Il est possible de tisser un réseau insidieux de mensonges pour convaincre les autres que certains groupes ne méritent pas d’être respectés. Néanmoins, quoique vous fassiez, il est impossible d’enlever son nom à un être humain.

L’Écriture Sainte nous enseigne l’importance du nom pour conférer à une personne une mission unique ou un don spécial. Dieu appelle Abram, « Abraham », car il va devenir le « Père d’une multitude de nations » (Gn 17, 5). Jacob fut appelé « Israël » car il avait « été fort contre Dieu et contre les hommes et il l’avait emporté » (cf. Gn 32, 29). Les noms inscrits dans ce sanctuaire auront toujours une place sacrée parmi les descendants innombrables d’Abraham.

Comme lui, leur foi a été éprouvée. Comme Jacob, ils ont été plongés dans le combat pour discerner les desseins du Très-Haut. Que les noms de ces victimes ne périssent jamais ! Que leur souffrance ne soit jamais niée, discréditée ou oubliée ! Et que toutes les personnes de bonne volonté demeurent attentives à déraciner du coeur de l’homme tout ce qui peut conduire à de telles tragédies !

L’Église catholique, professant les enseignements de Jésus et attentive à imiter son amour pour tous les hommes, a une profonde compassion pour les victimes dont il est fait mémoire ici. De même, elle se fait proche de tous ceux qui, aujourd’hui, sont objet de persécution à cause de leur race, de leur couleur, de leur condition de vie ou de leur religion – leurs souffrances sont les siennes, et sienne est leur espérance de justice. En tant qu’Évêque de Rome et Successeur de l’Apôtre Pierre, je réaffirme l’engagement de l’Église à prier et à travailler sans cesse pour faire en sorte que cette haine ne règne plus jamais dans le coeur des hommes. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est le Dieu de la paix (cf. Ps 85, 9).

Les Écritures enseignent que nous avons le devoir de rappeler au monde que ce Dieu est vivant, même s’il nous est parfois difficile de comprendre ses chemins mystérieux et impénétrables. Il s’est révélé lui-même et il continue d’agir dans l’histoire humaine. Il est le seul à gouverner le monde avec justice et à se prononcer sur toutes les nations avec droiture (cf. Ps 9, 9).

En regardant les visages qui se reflètent à la surface de la nappe d’eau immobile à l’intérieur de ce mémorial, on ne peut pas ne pas se rappeler que chacun d’eux porte un nom. Je peux seulement imaginer la joyeuse attente de leurs parents alors qu’ils se préparaient avec impatience à accueillir la naissance de leurs enfants. Quel nom donnerons-nous à cet enfant ? Qu’adviendrat-il de lui ou d’elle ? Qui pouvait imaginer qu’ils auraient été condamnés à un sort aussi déplorable !

Tandis que nous sommes ici, en silence, leur cri résonne encore dans nos coeurs. C’est un cri élevé contre tout acte d’injustice et de violence. C’est le reproche continuel du sang innocent versé. C’est le cri d’Abel montant de la terre vers le Très-Haut. En professant fermement notre foi en Dieu, nous faisons monter ce cri en utilisant les mots du Livre des Lamentations qui sont si pleins de sens pour les Juifs comme pour les Chrétiens.

« Les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité ! Ma part, c’est Dieu ! dit mon âme, c’est pourquoi j’espère en lui. » Le Seigneur est bon pour qui se fie à lui, Pour l’âme qui le cherche. Il est bon d’attendre en silence le salut de Dieu ». (Lm 3, 22-26).

Chers amis, je suis profondément reconnaissant envers Dieu et envers vous de cette occasion qui m’a été donnée de m’arrêter ici, en silence : silence pour se souvenir, silence pour prier, silence pour espérer.



Le programme, les discours, les homélies du voyage de Benoît XVI:

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