23/10/2009

Entrée des anglicans dans l’Église catholique

Frappez et l'on vous ouvrira. A condition que ce soit selon la tradition

L'entrée de diocèses et de paroisses anglicans antimodernistes dans l'Eglise catholique est annoncée. L'œcuménisme du pape Benoît XVI apparaît de plus en plus comme nourri de fidélité à la tradition. C'est le cas avec les lefebvristes. Et plus encore avec les Eglises orthodoxes d'orient


par Sandro Magister




ROME, le 20 octobre 2009 – Jusqu’à hier, les prêtres et évêques de la Communion anglicane qui se sentaient davantage en accord avec le pape de Rome qu’avec les dérives "modernistes" de l'anglicanisme passaient un à un à l’Eglise catholique.

Aux Etats-Unis, une "Pastoral Provision" rédigée par la congrégation pour la doctrine de la foi et approuvée par Jean-Paul II a été mise en place en 1980 pour régler ces passages. Elle a permis à environ 80 prêtres anglicans de passer à l’Eglise catholique, presque tous avec femme et enfants. Et, il y a deux ans, c’est un évêque, Jeffrey Steenson, qui a été accueilli lors d’une cérémonie célébrée à la basilique Sainte-Marie Majeure, à Rome. Steenson, 57 ans, marié et père de trois enfants, a été ordonné prêtre et incardiné dans le diocèse de Santa Fe, où il enseigne la patrologie au séminaire.

Ces prêtres et ces évêques ont aussi été suivis par des groupes de fidèles agissant spontanément. Le seul cas de passage en bloc de tout un diocèse anglican à l’Eglise catholique est, jusqu’à présent, celui du diocèse d’Amritsar, au Penjab indien, en 1975.

Mais, à partir d’aujourd’hui, les migrations collectives de l'anglicanisme vers le catholicisme seront un fait non plus exceptionnel mais normal, grâce à la constitution apostolique que Benoît XVI s’apprête à publier.

La constitution pontificale est encore en phase de mise au point. Elle sera peut-être publiée dans deux semaines. Mais elle a déjà été annoncée solennellement, le matin du 20 octobre, par deux conférences de presse simultanées : l’une à Rome, avec le cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, l’autre à Londres, avec l'archevêque catholique de Westminster, Vincent G. Nichols, et le primat de la Communion anglicane, Rowan Williams (dans la photo Associated Press).

A Londres les deux archevêques, le catholique et l’anglican, ont également fait une déclaration conjointe, ce qui est aussi un élément indiscutablement nouveau.

En effet, d’habitude, quand quelqu’un quitte une confession chrétienne et en embrasse une autre, il s’en va en claquant la porte.

Cette fois, au contraire, c’est comme si ce passage était béni d’un commun accord par les deux parties.

Cette harmonie fait penser combien la réconciliation de l’Eglise catholique et de la Communion anglicane serait proche aujourd’hui si seulement cette dernière n’avait pas accepté que des femmes et des homosexuels vivant en couple soient ordonnés prêtres et évêques, avec les dramatiques divisions qui en ont résulté entre ceux qui sont d’accord et ceux qui s’y opposent.

Quand la constitution apostolique aura été publiée, les paroisses et les diocèses anglicans – de Grande-Bretagne, des Etats-Unis, d'Australie et d’autres pays – qui, ces dernières années, ont frappé à la porte de Rome pour être accueillis dans l’Eglise catholique pourront procéder selon les modalités fixées par la constitution. Les prêtres et évêques mariés, ayant reçu les ordres sacrés, pourront reprendre leur ministère, comme c’est déjà le cas pour les prêtres mariés des rites orientaux, y compris catholiques. Leurs communautés seront rattachées à des "ordinariats personnels" dirigés par des évêques qui ne seront pas mariés mais célibataires, là encore en accord avec la pratique constante des Eglises catholiques et orthodoxes. Pour les liturgies, le rituel anglican, déjà très semblable au catholique, restera en vigueur.

On calcule qu’une quarantaine d’évêques et une centaine de prêtres, avec leurs communautés respectives, sont sur la liste d’attente. Le critère de la conversion sera l'acceptation de la primauté du pape et l’adhésion à la doctrine formulée dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique.

Dans tous les cas, les communautés prêtes à passer à l’Eglise catholique font partie de l'aile "traditionnaliste" de la Communion anglicane.

Comme sont traditionalistes les communautés schismatiques lefebvristes, envers lesquelles Benoît XVI intensifie ses efforts pour qu’elles obéissent de nouveau à Rome.

Et comme sont attachées à la grande tradition les Eglises orthodoxes, avec lesquelles le contact paraît plus fructueux avec le pape actuel. Du 16 au 23 octobre est en cours à Chypre le deuxième round – le premier a eu lieu à Ravenne en 2007 – du dialogue entre catholiques et orthodoxes sur la question de la primauté du pape, à la lumière de ce qui fut vécu au cours du premier millénaire.

Aujourd’hui plus que jamais, sous le pontificat de Joseph Ratzinger, le chemin de l’œcuménisme apparaît non comme un élan vers la modernité mais comme un retour sur le terrain de la tradition.

On trouvera ci-dessous la déclaration conjointe diffusée à Londres le 20 octobre par le chef de la Communion anglicane et celui de l’Eglise catholique d’Angleterre et du pays de Galles, ainsi qu’une note rétrospective publiée le même jour par la congrégation pour la doctrine de la foi.



Joint Statement by the Archbishop of Westminster and the Archbishop of Canterbury


Today’s announcement of the Apostolic Constitution is a response by Pope Benedict XVI to a number of requests over the past few years to the Holy See from groups of Anglicans who wish to enter into full visible communion with the Roman Catholic Church, and are willing to declare that they share a common Catholic faith and accept the Petrine ministry as willed by Christ for his Church.

Pope Benedict XVI has approved, within the Apostolic Constitution, a canonical structure that provides for Personal Ordinariates, which will allow former Anglicans to enter full communion with the Catholic Church while preserving elements of distinctive Anglican spiritual patrimony.

The announcement of this Apostolic Constitution brings to an end a period of uncertainty for such groups who have nurtured hopes of new ways of embracing unity with the Catholic Church. It will now be up to those who have made requests to the Holy See to respond to the Apostolic Constitution.

The Apostolic Constitution is further recognition of the substantial overlap in faith, doctrine and spirituality between the Catholic Church and the Anglican tradition. Without the dialogues of the past forty years, this recognition would not have been possible, nor would hopes for full visible unity have been nurtured. In this sense, this Apostolic Constitution is one consequence of ecumenical dialogue between the Catholic Church and the Anglican Communion.

The on-going official dialogue between the Catholic Church and the Anglican Communion provides the basis for our continuing cooperation. The Anglican Roman Catholic International Commission (ARCIC) and International Anglican Roman Catholic Commission for Unity and Mission (IARCCUM) agreements make clear the path we will follow together.

With God’s grace and prayer we are determined that our on-going mutual commitment and consultation on these and other matters should continue to be strengthened. Locally, in the spirit of IARCCUM, we look forward to building on the pattern of shared meetings between the Catholic Bishops Conference of England and Wales and the Church of England’s House of Bishops with a focus on our common mission. Joint days of reflection and prayer were begun in Leeds in 2006 and continued in Lambeth in 2008, and further meetings are in preparation. This close cooperation will continue as we grow together in unity and mission, in witness to the Gospel in our country, and in the Church at large.

London, 20 October 2009

Vincent Gerard Nichols
Archbishop of Westminster

Rowan Williams
Archbishop of Canterbury



Informations complémentaires


Depuis qu’au XVIe siècle le roi Henri VIII a proclamé que l’Eglise d’Angleterre était indépendante de l’autorité du pape, l’Eglise d’Angleterre a créé ses déclarations doctrinales, ses usages liturgiques et ses pratiques pastorales, en y incorporant souvent des idées de la Réforme née sur le continent européen. L’expansion de l’Empire Britannique, en association avec l’apostolat missionnaire anglican, a ensuite fait naître une Communion Anglicane au niveau mondial.

En plus de 450 ans, jamais la question de la réunion des anglicans et des catholiques n’a été écartée. Au milieu du XIXe siècle, le Mouvement d’Oxford (en Angleterre) a montré un renouveau d’intérêt pour les aspects catholiques de l’anglicanisme. Au début du XXe siècle, le cardinal belge Mercier a lancé des discussions publiques avec des anglicans pour explorer la possibilité d’une union avec l’Eglise catholique sur la base d’un anglicanisme "réuni mais pas absorbé".

Le concile Vatican II a encore renforcé l’espoir d’une union, notamment avec le Décret sur l’œcuménisme (n° 13) qui, se référant aux Communautés séparées de l’Eglise catholique au moment de la Réforme, affirmait : "Parmi celles [les communions] où continuent à subsister en partie les traditions et les structures catholiques, la Communion Anglicane occupe une place particulière."

Depuis le concile, les relations entre anglicans et catholiques romains ont créé un meilleur climat de compréhension et de coopération mutuelle. L’Anglican-Roman Catholic International Commission (ARCIC) a publié, au fil des années, une série de déclarations doctrinales, dans l’espoir de créer les bases d’une union entière et visible. Pour beaucoup de gens des deux Communions, les déclarations de l’ARCIC ont rendu disponible un outil dans lequel l’expression commune de la foi peut être reconnue. C’est dans ce cadre qu’il faut placer la nouvelle mesure.

Dans les années qui ont suivi le Concile, certains anglicans ont abandonné la tradition de ne conférer les Ordres Sacrés qu’à des hommes en appelant aussi des femmes au sacerdoce et à l’épiscopat. Plus récemment, certains éléments de la Communion Anglicane se sont éloignés de l’enseignement biblique commun en matière de sexualité humaine – déjà clairement formulé dans le document de l’ARCIC "La vie dans le Christ" – en conférant les Ordres Sacrés à des clercs ouvertement homosexuels et en bénissant les unions de personnes du même sexe. Néanmoins, alors que la Communion Anglicane doit relever ces défis nouveaux et difficiles, l’Eglise Catholique reste pleinement engagée dans son dialogue œcuménique avec la Communion Anglicane, notamment à travers l’activité du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens.

Entre temps, beaucoup d’anglicans sont entrés individuellement dans la pleine communion avec l’Eglise catholique. Parfois ce sont même des groupes d’anglicans qui sont entrés, en conservant une certaine structure "corporative". C’est le cas, par exemple, du diocèse anglican d’Amritsar en Inde et de quelques paroisses isolées des Etats-Unis qui, tout en gardant une identité anglicane, sont entrées dans l’Eglise catholique dans le cadre d’une "disposition pastorale" adoptée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et approuvée par le pape Jean-Paul II en 1982. Souvent, dans ces cas-là, l’Eglise catholique a accordé des dispenses de l’obligation de célibat, admettant que les clercs anglicans mariés qui désiraient poursuivre leur ministère comme prêtres catholiques soient ordonnés dans l’Eglise catholique.

Dans ce contexte, les Ordinariats Personnels institués selon la Constitution Apostolique mentionnée ci-dessus peuvent être considérés comme un pas de plus vers la réalisation de l’aspiration à l’union entière et visible dans l’unique Eglise, qui est l’un des buts principaux du mouvement œcuménique.

Congrégation pour la Doctrine de la Foi

Rome, le 20 octobre 2009


La note diffusée par le Vatican le jour de l'annonce de la constitution apostolique relative aux "ordinariats personnels" pour les anglicans qui entrent dans l’Eglise catholique :

> Nota informativa


Un article récent de www.chiesa à propos des divisions internes de la Communion anglicane :

> Les anglicans risquent un schisme. Les deux voies de l'archevêque de Canterbury (3.8.2009)



L'annonce de la rencontre du 26 octobre 2009 entre la commission vaticane "Ecclesia Dei" et la Fraternité lefebvriste Saint Pie X :

> Il prossimo lunedì 26 ottobre...



Une importante interview du métropolite orthodoxe de Pergame Johannes Zizioulas, à propos du deuxième round, actuellement en cours à Chypre, du dialogue entre catholiques et orthodoxes sur la primauté du pape :

> Zizioulas: Difendiamo il dialogo ecumenico contro chi lo contesta


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa