16.03.2011
Un message du Pape pour les 150 ans de l'unité italienne
18:14 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : italie, rome, tarcisio bertone, saint-siege, giorgio napolitano, quirinal, unite, eveques, conference des eveques, cardinaux, sainte-marie-des-anges, basiliques, angelo bagnasco |
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12.04.2010
Il faut sauver le catholique Kennedy. Une réponse à Mgr Chaput
L'archevêque de Denver a accusé ce président d'avoir fait sortir la religion de la sphère publique. Le professeur Diotallevi répond : "L'Église ne gagne rien à trop s'appuyer sur le pouvoir politique, même quand il est amical"
par Sandro Magister

ROME, le 11 avril 2010 – La réfutation par l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, du célèbre discours où John Kennedy avait expliqué aux Américains, il y a juste cinquante ans, que le catholique qu’il était pouvait être un bon président, est de celles qui laissent une trace.
Le réquisitoire de Chaput a été publié intégralement quelques heures après que l'archevêque l'eut prononcé, le 1er mars 2010, à la Baptist University de Houston, la ville même où Kennedy avait prononcé son discours :
> La doctrine du catholique Kennedy? À oublier
Chaput compte parmi les personnalités les plus influentes de l'épiscopat des États-Unis. Avec le cardinal Francis George, archevêque de Chicago et président de la conférence des évêques des États-Unis, il est l’un des leaders du nouveau courant de l’Église catholique américaine, en grande harmonie avec Benoît XVI. Un groupe dont fait également partie le nouvel archevêque coadjuteur de Los Angeles, José Horacio Gómez, nommé il y a quelques jours par le pape dans ce diocèse qui est le plus grand du pays.
Et bien, d’après Chaput, le catholique Kennedy aurait contribué par ce discours non pas à assurer une présence plus efficace de la foi chrétienne dans la sphère publique, mais à provoquer une désastreuse séparation de l’Église et de l’État, à confiner la foi religieuse dans le secret des consciences et en définitive à la vider de son contenu.
Autrement dit, le catholique Kennedy aurait favorisé un modèle de société s’inspirant davantage de la "laïcité" [en français dans le texte] agressive à la française que de la "religious freedom" qui caractérise l'Amérique.
La controverse n’est pas seulement académique. Depuis que Barack Obama est président, elle est au centre de la confrontation entre la politique qu’il mène et les prises de position de l'épiscopat catholique américain, surtout en ce qui concerne la vie, la famille et l'éducation.
C’est une controverse qui traverse et divise également le monde catholique, aux États-Unis et ailleurs. Chaput a-t-il raison de réfuter aussi durement Kennedy ?
Depuis Rome, un chercheur très compétent en ce domaine, le professeur Luca Diotallevi, répond à l’archevêque de Denver à travers la note publiée ci-dessous.
Diotallevi enseigne la sociologie à l'Université Rome III et il a été senior fellow du Center for the Study of World Religions de la Harvard Divinity School. Il a publié récemment, aux éditions Rubbettino, un livre consacré précisément aux questions discutées par Chaput : "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité].
Dans cet ouvrage et dans d’autres, Diotallevi a toujours accordé une attention et une prédilection particulières au modèle américain de "religious freedom".
Il ne prend pas, à proprement parler, la défense de Kennedy mais il critique la critique que Chaput fait de celui-ci. C’est d’autant plus intéressant que le professeur Diotallevi est le vice-président du comité scientifique des "Settimane sociali" [Semaines sociales] des catholiques italiens et le spécialiste des sciences politiques le plus écouté par la conférence des évêques d’Italie, présidée hier par le cardinal Camillo Ruini et aujourd’hui par le cardinal Angelo Bagnasco.
ON PEUT SÉPARER L’EGLISE DE L’ETAT, C’EST MÊME UN DEVOIR
par Luca Diotallevi
Dans une conférence, Mgr Charles J. Chaput a affirmé qu’il y a un lien de cause à effet entre le célèbre discours prononcé par John F. Kennedy en 1960 à Houston, devant une assistance de pasteurs protestants, et le courant "secular" qui s’est ensuite répandu dans la culture américaine à la fin des années 60 et dans les années 70. Cette conférence mérite d’être commentée.
Pour faire court, je me limiterai à proposer deux observations critiques et deux axes de recherches.
La première observation critique concerne le caractère "secular" du discours de Kennedy. Nous savons par les historiens que l’une des sources de ce texte était une note préparée pour le futur président par le théologien jésuite John Courtney Murray qui, au cours du concile Vatican II, allait jouer un rôle décisif dans la rédaction de la déclaration "Dignitatis humanae". C’était déjà alors l’un des grands spécialistes des rapports entre la doctrine sociale de l’Église et la théorie et la pratique politiques contemporaines ; John Kennedy lui avait donc demandé dans quelles conditions un catholique pouvait ou non assumer une fonction publique comme celle de président des Etats-Unis d'Amérique, pour laquelle il s’apprêtait à faire campagne. Le discours ayant été influencé par cette source – facile à retrouver – on peut difficilement le considérer comme "secular". Bien entendu, l’influence d’une source ne dispense pas d’analyser le texte en soi, mais elle justifie une certaine prudence dans son interprétation.
La seconde observation critique concerne la “culture protestante” dont Kennedy se serait rapproché par ce discours. Les pasteurs protestants auxquels il s’adressait à cette occasion étaient tout sauf “laïcistes", tout sauf tièdes quant à la possibilité de manifester l'expérience chrétienne dans tous les aspects de la vie publique. Un homme politique expérimenté comme John Kennedy n’aurait jamais affronté un public de ce genre, dont il espérait obtenir l’approbation, en proposant une atténuation ou une suppression de la dimension publique de l’expérience chrétienne. Il serait tout à fait nécessaire de faire une analyse approfondie des sources, y compris religieuses bien sûr, de la culture "secular" qui, au cours des années qui ont suivi, se sont manifestées avec vigueur dans la vie publique aux Etats-Unis. Mais une telle analyse devrait menée en étant capable de faire une distinction entre les nombreuses composantes du “monde protestant” d’Amérique du Nord et en particulier de celui des années 50.
Voici maintenant deux réflexions à caractère plus général qui constituent une invitation à poursuivre et à approfondir la recherche et la confrontation.
La première est que le mot "Église" revient souvent dans le discours de Mgr Chaput. Son utilisation dans le domaine empirique – si on veut l’employer en lui donnant un sens compatible avec celui qui lui est attribué dans le domaine théologique par le magistère catholique – est très compliquée, même si elle n’est certainement pas impossible. Mgr Chaput rejette la séparation absolue entre l’Église et l’État ; il insiste sur l’opposition entre ceux qui veulent marginaliser l’Église et ceux qui, au contraire, veulent la remettre en position d’influencer plus ou moins directement tous les domaines de la vie sociale. Dans mon essai "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité], pour faire apparaître la différence entre le modèle français de la "laïcité" [en français dans le texte] et le modèle anglo-saxon de la liberté religieuse, j’ai jugé opportun de ne jamais utiliser le concept d’Église, parce qu’il est trop vaste. En effet, pour ne donner que trois exemples, l'action du baptisé qui prend et exerce des responsabilités politiques est une manifestation de l’Église ; une intervention publique de l'épiscopat est une manifestation de l’Église ; l'exercice d’un pouvoir ecclésiastique comme la nomination d’un évêque ou la validité dans l'ordre civil d’un mariage célébré selon un rite religieux est une manifestation de l’Église. La séparation des pouvoirs politiques et des pouvoirs religieux – question dont je me suis occupé et à laquelle Mgr Chaput donne également de l’importance – n’implique en aucune manière une séparation radicale entre toute forme d’action chrétienne (et par là même ecclésiale) et toute forme d’action politique ou plus généralement publique.
Les deux premiers exemples que je viens de citer (l’action du baptisé qui fait de la politique et la déclaration publique faite par l’épiscopat) ne sont absolument pas remis en cause par la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. C’est seulement dans des cas analogues à ceux du troisième exemple que le critère de séparation des pouvoirs devient significatif. Donc, pour en revenir à l’intervention de Mgr Chaput, parler d’"Église" en général n’aide pas à comprendre quelles organisations on imagine pour l’espace public et en particulier quels sont les modèles de rapports entre politique et religion qui sont soutenus et quels sont ceux qui sont critiqués. Chaput propose notamment une interprétation des deux premiers points du premier amendement de la constitution des États-Unis d’Amérique qui pourrait s’avérer contre-productive et constituer une sorte de “but marqué contre son camp”.
La question est encore plus urgente aujourd’hui parce que l’extraordinaire et constant engagement de l’Église catholique en faveur de la liberté religieuse – depuis la déclaration "Dignitatis humanae" de Vatican II jusqu’à Benoît XVI, en passant par Paul VI et Jean-Paul II – fait que l’Église voit précisément dans la formation et la mise en œuvre d’un régime de séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux ("ne pas obliger, ne pas empêcher") un signe des racines et de l’influence chrétienne sur le contexte social qui adopte ce régime.
La seconde réflexion concerne le risque que certaines des prises de position "evangelical" ou néoconservatrices les plus répandues dans le monde protestant américain, mais aussi dans certaines franges du monde catholique, adoptent le modèle de la Westphalie, c’est-à-dire qu’elles tendent à proposer un rapport entre politique et religion dans lequel la religion devient un instrument (même s’il est précieux et bien rémunéré) de la politique.
Dans certains passages de sa conférence, Mgr Chaput semble accepter le schéma selon lequel il faut renoncer à la séparation de l’Église et de l’État si l’on ne veut pas d’institutions politiques neutres. Mais ce qui fait de la liberté religieuse une alternative à la "laïcité" [en français dans le texte], c’est justement, avant tout, le fait qu’elle montre le caractère trompeur de cette alternative sèche entre séparation et non-neutralité. Si on l’abandonne, on s’expose en outre à un risque grave. Accepter ou demander qu’un État ne soit pas séparé d’une Église signifie ouvrir de nouveau les portes à une possible soumission de la religion - et éventuellement de l’Église - à ce pouvoir politique.
La liberté religieuse – dans la version de la constitution et de l’histoire des Etats-Unis, comme dans la version britannique ou dans celle de "Dignitatis humanae" – montre au contraire la possibilité d’une séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux sans neutralité des institutions politiques et sans insignifiance publique de l’Église.
La liberté religieuse refuse les bases mêmes de la "laïcité" [en français dans le texte]. Alexis de Tocqueville a probablement été le premier Européen à comprendre qu’aux États-Unis l’Église “régnait” sur les consciences de manière différente parce qu’on y trouvait une entente entre esprit religieux et esprit de liberté qui était inconnue en Europe continentale.
Une caractéristique du christianisme est qu’il relativise tout pouvoir politique par sa simple présence sur la scène publique sous la forme d’une Église (cf. J. Ratzinger, "L’unità delle nazioni" [L’unité des nations], Éditions Morcelliana, Brescia, 2009, p. 34). Au-delà des apparences, l’Église et l’Évangile ne gagnent rien à faire trop de concessions au pouvoir politique, même quand il est amical. L’Église et l’Évangile doivent continuer à animer une attitude – comme on a défini celle de Jésus et de la génération apostolique – "ni anarchiste ni zélote".
C’est précisément là que se trouve l’une des racines du modèle de la liberté religieuse et de son fonctionnement. Ce régime est le signe de la source chrétienne d’une cohabitation courtoise. Il est, en même temps, la condition pour que participent à cette cohabitation d’autres gens qui ne partagent pas la même foi, mais qui – dans les limites de ce que l’enseignement social de l’Église appelle "ordre public" – peuvent jouir des hauts niveaux de liberté que cette foi et sa force historique accordent à toute personne en vertu de sa dignité.
Le texte intégral du discours prononcé par John F. Kennedy, le 12 septembre 1960, devant la Greater Houston Ministerial Association :
> "While the so called religious issue..."
Le plus récent essai du professeur Diotallevi sur ces questions :
Luca Diotallevi, "Una alternativa alla laicità", Éditions Rubbettino, Soveria Mannelli, 2010, 162 pages, 14,00 euros.
Et une synthèse de cet ouvrage par l’auteur lui-même, publiée dans la revue "Vita e Pensiero" [Vie et Pensée] de l'Université Catholique de Milan :
> Se possiamo non dirci laici [Si nous pouvons ne pas nous dire laïcs]
A propos du livre "Render Unto Caesar" [Rendez à César] de l'archevêque Charles J. Chaput :
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver
A propos d’un récent appel de personnalités américaines de différentes confessions chrétiennes :
> La "Déclaration de Manhattan" : le manifeste qui secoue l'Amérique (25.11.2009)
Un article paru sur www.chiesa, il y a un an, à propos de la question de la laïcité, avec des références à la visite de Nancy Pelosi à Benoît XVI et à l’affaire Eluana Englaro, et aussi avec des textes des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco :
> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours (23.2.2009)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou. (13.8.2008)
www.chiesa
17:42 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : universites, barack obama, denver, john f kennedy, baptist university, houston, francis george, chicago, vie, famille, education, rome, luca diotallevi, sociologie, rome iii, senior fellow, center for the study of world religions, harvard divinity school, editions rubbettino, archeveques, religion, etat, professeur diotallevi, eglise, politique, charles j chaput, etats-unis, catholiques, conference des eveques, eglise catholique, pape, benoit xvi, jose horacio gomez, los angeles, separation de l eglise et de l etat, foi, societe, episcopat, una alternativa alla laicita, religious freedom, settimani sociali, italie, sciences politiques, camillo ruini, angelo bagnasco, secular, histoire, theologie, theologiens, jesuites |
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01.10.2009
La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi
La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi
Le nouveau président de l’IOR est fermement partisan d'un capitalisme d'inspiration chrétienne. Selon lui, les naissances nombreuses sont le premier moteur de l'économie. Au même moment, en Italie, un autre changement important se prépare à la tête des médias appartenant à l'épiscopat
par Sandro Magister

ROME, le 1er octobre 2009 – En août et septembre a eu lieu la dramatique éviction de Dino Boffo, directeur unique des médias appartenant à l’Eglise catholique en Italie. Pendant ce temps-là, sur l’autre rive du Tibre, se préparait, en silence et calmement, le changement de patron d’un autre organisme clé, l’IOR, Institut pour les Œuvres de Religion, la banque du Vatican.
A vrai dire, l’IOR vit lui aussi des moments difficiles. Un livre décrivant ses méfaits - nombreux documents irréfutables à l’appui - figure depuis des mois parmi les best-sellers. Ce n’est pas l’IOR en tant que tel qui y est montré du doigt, mais ses moutons noirs de naguère, messeigneurs Paul Marcinkus et Donato De Bonis. Le livre présente le banquier Angelo Caloia, président de l’IOR depuis 15 ans, comme un chevalier blanc, un homme courageux qui a chassé les crapules, nettoyé les écuries d’Augias et rendu à la banque du pape une image de vertu. Son départ et la nomination de son successeur Ettore Gotti Tedeschi (photo) ont été annoncés sur fond de paix et d’estime mutuelle entre les deux hommes, le 23 septembre au matin.
Le même jour, les dirigeants - 30 cardinaux et évêques de premier plan - de la conférence des évêques d’Italie (CEI) étaient réunis à Rome à huis clos pour discuter de nombreux sujets et notamment de la succession de Boffo. Mais jusqu’à présent aucune orientation unitaire n’est sortie de ce sommet ou des conciliabules des jours suivants.
Boffo était bien plus qu’un professionnel des médias : c’était le "projet culturel" du cardinal Camillo Ruini en termes de communication, l’intermédiaire à travers lequel le message de l’Eglise devenait "culture populaire".
Pendant 16 ans, de 1991 à 2007, Ruini a été président de la CEI. Avec lui, l’Eglise est redevenue un acteur majeur dans la sphère publique, comme elle ne l’avait jamais été auparavant. Son projet était la transposition parfaite à l’Italie de la vision planétaire de Jean-Paul II.
Son départ a redonné du tonus à ceux qui, parmi les évêques, le clergé, les laïcs catholiques et à la secrétairerie d’état du Vatican, sont opposés à son projet. C’est Boffo qui leur résistait, aux commandes du quotidien "Avvenire", de la télévision Sat 2000, des radios. Maintenant qu’il est parti lui aussi - renversé par le "Giornale" de Vittorio Feltri et Silvio Berlusconi mais également attaqué par des catholiques influents qui ont figuré parmi ses meilleures signatures, de Vittorio Messori à Giovanni Maria Vian, l’actuel directeur de "L'Osservatore Romano" - le choix de son successeur indiquera aussi dans quelle direction la hiérarchie catholique italienne veut marcher.
***
A l’IOR, c’est tout différent. Le changement a déjà été réalisé, en toute transparence, par la volonté de la secrétairerie d’état et avec l’accord de Benoît XVI.
Les biographies d’Angelo Caloia étaient succinctes, ses actes publics rarissimes et sa pensée insondable. Son successeur à la tête de la banque du Vatican est à l’opposé : d’Ettore Gotti Tedeschi on connaît toute la vie, les sympathies, les fréquentations, l’agenda et les idées.
Son dernier acte public avant sa nomination date du 19 septembre, au Palazzo della Borsa, à Gênes. Lui et le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de la ville et président de la CEI, ont discuté de l'encyclique "Caritas in veritate" de Benoît XVI. Il a affirmé que l'actuelle crise mondiale de l'économie "vient de ce que l’on n’a pas suivi les indications d’'Humanae vitae', c’est-à-dire qu’elle vient de la négation de la vie et du blocage des naissances".
Gotti Tedeschi avait déjà exprimé cette idée dans un éditorial publié par "L'Osservatore Romano" du 6 juin. Si la domination économique du monde va passer de l'Occident à la Chine, écrivait-il, c’est en raison de la différence dans les taux de natalité et de densité de population. L'évolution démographique détermine l’augmentation ou la diminution de la capacité de production d’une économie.
Gotti Tedeschi a cinq enfants, "d’un seul mariage" précise-t-il. Il vit à la campagne près de Piacenza, dans la région où il est né il y a 64 ans, à Pontenure, non loin du Pô. Le matin, il se lève très tôt, comme un moine. A l’aube, il arrive à Milan dans sa BMW. Il lit les journaux dans son bureau de président pour l’Italie de Banco Santander, la première banque privée d'Europe, appartenant à une famille laïque espagnole, les Botín. Puis il va à la messe, tous les matins sans exception.
Il enseigne l’éthique de la finance à l'Université Catholique de Milan. Mais il est aussi conseiller de la banque San Paolo de Turin et de la Cassa Depositi e Prestiti, bras opérationnel du ministère du Trésor.
Le 23 septembre, alors que le Vatican annonçait qu’il était nommé président de l’IOR, Gotti Tedeschi participait, à Rome, à une réunion décisive de la Cassa, portant sur l’approbation d’un plan industriel de 50 milliards d’euros en infrastructures et en logements populaires. La Cassa est l’enfant chéri de Giulio Tremonti, l'actuel ministre du Trésor, dont Gotti Tedeschi est le conseiller "pour les problèmes économiques, financiers et éthiques dans les systèmes internationaux", un poste créé spécialement pour lui.
Avant sa nomination, Gotti Tedeschi n’avait jamais mis les pieds à l’IOR et ne s’en était jamais occupé. Mais, depuis quelque temps, on le voyait souvent au Vatican. Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état, l'avait appelé à l’aide, il y a un an, pour redresser la gestion financière du Gouvernorat de la Cité du Vatican, dont les comptes ont été dans le rouge en 2008 pour plus de 15 millions d’euros.
Le traitement paraît avoir réussi. Le principal responsable de la mauvaise gestion, Mgr Renato Boccardo, secrétaire général du Gouvernorat, a été nommé évêque de Spolète et Norcia, alors qu’il espérait une nonciature de tout premier plan et avait refusé pour cette raison celle de Vienne. Il a été remplacé par le lombard Carlo Maria Viganò, qui sera bientôt promu au poste le plus élevé du Gouvernorat, à la place de l'actuel numéro un, le cardinal Giovanni Lajolo.
En tant que banquier, Gotti Tedeschi s’est formé sur ce bateau-école de la grande finance internationale qu’est l'américain McKinsey. En tant que catholique, de "superficiel" qu’il était, il est devenu fervent dans les années 60, sous la direction spirituelle de Giovanni Cantoni. Deux livres ont fait connaître sa pensée au grand public : "Denaro e Paradiso" (Argent et Paradis), publié en 2004 avec une préface du cardinal Giovanni Battista Re, et "Spiriti animali. La concorrenza giusta", (Esprits animaux. La bonne concurrence), édité par l'université Bocconi et préfacé par Alessandro Profumo, président d’Unicredit, la première banque italienne en Europe,.
Parmi ses actes publics, d’autres sont moins importants mais tout aussi révélateurs. En 2007 Gotti Tedeschi, le plus catholique des banquiers, a signé un manifeste ultralibéral en 13 points lancé par l'ancien secrétaire du très laïc parti radical, Daniele Capezzone. Ce manifeste proposait une "flat tax" unique à 20 %, le présidentialisme sur le modèle américain ou français, le crédit d'impôt pour la santé et l’école, l'obligation pour les agents de la fonction publique de payer les dégâts qu’ils auraient causés, la retraite à 65 ans, la détaxation des heures supplémentaires, l'abolition des ordres professionnels et de la valeur légale des diplômes.
Gotti Tedeschi a proposé, il y a quelques années, d’attribuer le Nobel d'économie à Jean-Paul II pour l’encyclique "Centesimus annus" et, plus récemment, à Benoît XVI pour "Caritas in veritate", texte à la rédaction duquel il a lui-même participé.
Cette année, il a aussi proposé pour le Nobel le premier ministre britannique Gordon Brown, parce que celui-ci a appuyé dans "L'Osservatore Romano" sa proposition, grandiose et "avantageuse" pour tous, d’investir dans les pays pauvres en faveur de ces deux ou trois milliards d’hommes qui n’attendent que d’améliorer leur vie.
L’IOR paraît trop limité pour un nouveau président aux projets si vastes et si explosifs. Mais l'aventure ne fait que commencer.
Les précédents articles de www.chiesa à propos de l’IOR et d’Ettore Gotti Tedeschi :
> Tout l'argent de Pierre. Vices et vertus de la banque du Vatican (15.6.2009)
> Crise financière. La bonne nouvelle arrive du Vatican (27.2.2009)
> Pour l'argent de Pierre, c'est le calme dans la tempête (30.1.2009)
> L'encyclique sur la doctrine sociale peut attendre. Pas le pari sur les pays pauvres (5.12.2008)
> Un banchiere cattolico insegna come produrre ricchezza per il Regno dei Cieli (11.10.2004)
Et les précédents articles de www.chiesa à propos de l’affaire "Avvenire":
> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux: l'épiscopat et le Vatican (10.9.2009)
> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)
> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
15:39 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paul marcinkus, dei, giovanni maria vian, osservatore romano, benoit xvi, palazzo della borsa, silvio berlusconi, vittorio messori, vatican, banque, ettore gotti tedeschi, ior, capitalisme, italie, dino boffo, eglise catholique, tibre, institut pour les oeuvres de religion, best-sellers, donato de bonis, angelo caloia, pape, cardinaux, eveques, rome, conference des eveques d italie, projet culturel, camillo ruini, communication, culture populaire, jean paul ii, avvenire, sat 200, radios, il giornale, vittorio feltri, genes, angelo bagnasco, caritas in veritate, crise mondiale, conomie, humanae vitae, naissances, avortement, chine, occident, piacenza, pontenure, medias, episcopat |
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10.09.2009
Avvenire, l'épiscopat italien et le Vatican
"Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux: l'épiscopat et le Vatican
Le journal des évêques italiens est attaqué et son directeur a démissionné. Mais les hiérarchies de l'Eglise sont divisées. Et "Avvenire" est aussi pris pour cible par des amis. Qui appartiennent à la secrétairerie d'état
par Sandro Magister

ROME, le 10 septembre 2009 – Dans la lettre, datée du 3 septembre, par laquelle il a démissionné de ses fonctions de directeur d’"Avvenire", le journal de la conférence des évêques d’Italie, Dino Boffo a critiqué la formation de "territoires ecclésiastiques" qui se font la guerre, excités par son cas.
Benoît XVI a été encore plus direct, il y a quelques mois, dans une lettre aux évêques : "Si vous vous mordez et vous dévorez mutuellement, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres".
Il y a entre les hautes hiérarchies de l’Eglise des divisions et des oppositions, qui explosent parfois et provoquent des dégâts : c’est un fait incontesté et bien connu. A propos de la politique italienne, la principale divergence se manifeste aujourd'hui entre les deux rives du Tibre : d’un côté la secrétairerie d’état du Vatican, de l’autre la conférence des évêques.
"Avvenire" est le quotidien des évêques. Mais l'attaque lancée contre la vie privée de son directeur, Boffo, par le quotidien "il Giornale", appartenant au frère du premier ministre Silvio Berlusconi, a été jugée et vécue de manière opposée de part et d’autre du Tibre.
***
Selon la secrétairerie d’état, la vraie attaque était et est autre chose. Elle est menée par un pouvoir anticatholique qui a pour fer de lance "la Repubblica", le grand journal de la gauche laïque, et pour cible d’abord le pape et accessoirement son secrétaire d’état, le cardinal Tarcisio Bertone.
Le matin du 28 août, Bertone est bien plus irrité par un article du théologien Vito Mancuso dans "la Repubblica" que par le déchaînement, au même moment, de la campagne d’"il Giornale" contre Boffo et ses critiques contre le premier ministre. Mancuso accuse Bertone de s’asseoir avec servilité à la table d’Hérode – il va rencontrer Berlusconi, d’après son programme pour ce jour-là – au lieu de critiquer sa vie de débauche avec le courage d’un saint Jean-Baptiste.
Quelques heures plus tard, en effet, au début de l’après-midi de ce 28 août, "L'Osservatore Romano" paraît avec, en première page, une note bien visible contre l'article de "la Repubblica", signée par sa commentatrice de pointe, Lucetta Scaraffia. Mais il ne consacre à l'offensive d’"il Giornale" contre le directeur d’"Avvenire" que deux lignes en pages intérieures, tirées d’un communiqué de la CEI, bien que la rencontre entre Bertone et Berlusconi ait été annulée entre temps à cause de cette agression et pas pour d’autres raisons.
Les jours suivants, en pleine tempête contre Boffo, le cardinal Bertone s’en tient fermement à cette lecture des faits.
Selon lui, le vrai sommet de l'agression contre l’Eglise se situe au 1er septembre, sous la forme d’un titre de "la Repubblica" affirmant que Benoît XVI était intervenu en personne pour soutenir Boffo et donc ses critiques contre Berlusconi.
En effet, le premier et unique communiqué officiel du Vatican sur l’affaire Boffo sort quelques heures plus tard, justement pour démentir l’intervention du pape dans la mêlée. Le communiqué confirme que seul Bertone a exprimé sa solidarité à Boffo, le pape s’étant – selon un communiqué parallèle de la CEI – limité à téléphoner au cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques, pour lui demander "des informations et une évaluation de la situation actuelle" et lui exprimer, ainsi qu’aux évêques italiens "son estime, sa gratitude et sa bienveillance".
Si l’on feuillette "L'Osservatore Romano", le journal dont le professeur Giovanni Maria Vian est le directeur et le cardinal Bertone l’éditeur de référence, il semble que la semaine de la passion de Boffo se soit écoulée presque sans laisser de traces. Sa démission y a été annoncée le 3 septembre sur une colonne en 22 lignes, à la page 7, sous le titre aseptisé : "Bureau national pour les communications sociales de la CEI", dont le communiqué était présenté succinctement.
Mais Vian a été beaucoup loquace dans une interview au "Corriere della Sera" du 31 août. Il ressortait clairement de ses propos que la secrétairerie d’état du Vatican était mécontente d’"Avvenire", des "imprudences et exagérations" de sa critique du gouvernement et de sa censure des débauches privées du premier ministre. Sur ce dernier sujet "L'Osservatore Romano" n’a jamais écrit un mot, par choix délibéré.
Cette volonté de "sérénité institutionnelle" dans les rapports avec les gouvernements en place, quels qu’ils soient, de gauche ou de droite, est une constante de la diplomatie vaticane envers tous les états du monde, dictée par le réalisme politique.
Mais le gouvernement central de l’Eglise catholique est une chose, les effervescentes Eglises nationales, avec leurs évêques, leur clergé, leurs fidèles, en sont une autre.
***
Sous la présidence du cardinal Camillo Ruini, la conférence des évêques d’Italie avait pris en charge, en plein accord avec Jean-Paul II et son successeur Benoît XVI, la conduite des relations avec le monde politique, obtenant d’indéniables succès. "Avvenire", dirigé par Boffo, était l'organe de pointe du leadership de Ruini.
Mais après le départ de Ruini, le cardinal Bertone a voulu diriger lui-même la politique de l’Eglise en Italie et l’a écrit noir sur blanc dans une lettre du 25 mars 2007 au nouveau président de la CEI, le cardinal Bagnasco. Les évêques n’ayant pas du tout accepté d’être dépouillés de leur autorité, il y a depuis lors entre le Vatican et la CEI des frictions allant parfois jusqu’au conflit ouvert.
Mais, entre temps, la CEI a changé. Elle n’est plus l’équipe ordonnée qu’elle était à l’apogée de Ruini.
Fidèle continuateur de celui-ci, le cardinal Bagnasco n’a pas la même autorité. On a vite constaté que le nouveau secrétaire de la CEI, l’évêque Mariano Crociata, n’était pas à la hauteur de son rôle. L'actuelle CEI a de multiples têtes et de nombreuses voix, souvent discordantes. Raison de plus pour que, depuis le Vatican, Bertone développe ses ambitions de direction. Il y est encouragé par les politiques, qui voient en lui un interlocuteur plus sûr que cette CEI qui se montre pleine d’incertitudes et de confusion.
Confusion notamment dans sa réaction à l'offensive lancée contre "Avvenire" et son directeur. Depuis le début de la polémique en Italie sur la vie privée du premier ministre Berlusconi, il y a plusieurs mois, le journal dirigé par Boffo s’était mis à naviguer dans une tempête. Les pressions des lecteurs et, plus encore, celles d’une partie de cet éditeur collectif qu’est l'épiscopat italien, ont forcé Boffo à faire ce qu’il n’aurait jamais fait si Ruini avait été aux commandes : des sermons contre l'immoralité privée du premier ministre. Des sermons mesurés, respectueux, dosés avec soin, mais qui mécontentaient beaucoup de gens, parce qu’ils étaient trop ou trop peu vigoureux selon les points de vue. A la secrétairerie d’état, bien sûr, l'imprudence "moraliste" du journal de la CEI paraissait n’annoncer que des ennuis, ce que les terribles représailles d’"il Giornale" allaient confirmer.
Vécue par la CEI comme une attaque contre la ligne de Ruini, l'offensive anti-Boffo a donc vu, au premier rang des défenseurs de l’agressé, d’abord le cardinal Ruini et son successeur Bagnasco, puis l'armée de cette "Eglise du peuple" que Boffo a en effet su présenter et représenter de manière extraordinaire pendant ses 15 ans à la tête du journal.
Mais parmi les cardinaux, les évêques et le clergé, certains se sont tenus à l’écart ou ont tout de suite demandé la démission de Boffo, bien que les accusations initiales contre lui se soient vite révélées largement infondées. Boffo lui-même a donné prise aux soupçons en tardant plusieurs jours à rédiger une défense détaillée, avant de démissionner par choix très personnel, contre la volonté du président de la CEI et indépendamment de toute sollicitation du pape, qui n’a jamais existé.
D’ici la fin septembre, les dirigeants de la CEI nommeront son successeur. Ce sera probablement Domenico Delle Foglie, un véritable pro-Ruini. Un choix dû, entre autres, au fait que, paradoxalement, ni les anti-Ruini ni le cardinal Bertone n’ont un autre candidat à proposer.
Un article de www.chiesa qui donne la toile de fond et les antécédents de la démission de Dino Boffo :
> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)
La lettre par laquelle, le 3 septembre 2009, Boffo a annoncé et motivé sa démission :
> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa"
Le quotidien de la conférence des évêques d’Italie :
> Avvenire
Et celui du Saint-Siège :
> L'Osservatore Romano
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
16:22 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : italie, vatican, dino boffo, benoit xvi, eveques, tibre, la repubblica, pape, tarcisio bertone, vito mancuso, herode, saint jean-baptiste, osservatore romano, corriere della sera, diplomatie, clerge, fideles, camillo ruini, jean paul ii, politique, mariano crociata, domenico delle foglie, silvio berlusconi, avvenire, episcopat, secretairerie d etat, conference des eveques, il giornale, lucetta scaraffia, cei, angelo bagnasco, giovanni maria vian |
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04.09.2009
Démisison du directeur de 'Avvenire'

La CEI (Conférence épiscopale italienne) a publié aujourd’hui le communiqué de presse suivant :

Dino Boffo
Le président de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Angelo Bagnasco, prend acte, avec regret, de la démission irrévocable de Dino Boffo de la direction de « Avvenire », « TV 2000 » et « RadioInblu ». Il lui confirme, personnellement et au nom de tout l’épiscopat, sa profonde gratitude pour son engagement complet au cours de ces nombreuses années, pour sa compétence, sa rigueur et sa passion, et pour la charge qu’il a remplie, si précieuse pour la vie de l’Église et la société italienne. Il lui exprime son estime inchangée alors que sa personne est l’objet d’une attaque médiatique inqualifiable. Appréciant la très grande sensibilité humaine et ecclésiale qui l’a toujours inspiré, il lui manifeste sa proximité et son soutien dans cette épreuve, certain que son service à l’Église et à la communauté civil restera inchangé.
04:04 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cei, conference episcopale intalienne, angelo bagnasco, dino boffo, avvenire, tv 2000, radioinblu, medias, eglise |
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03.09.2009
Affaire Boffo : le Pape téléphone au président des évêques italiens
La polémique ne s’apaise pas en Italie après l’annulation in extremis d’une rencontre prévue vendredi dernier à l’Aquila entre le cardinal-secrétaire d’État Tarcisio Bertone et le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi.

Cardinal Bagnasco
Après des semaines de tensions et de critiques réciproques, la crise avait atteint son paroxysme, vendredi matin, lorsqu’un quotidien proche de Silvio Berlusconi, avait publié en première page le récit d’une affaire judiciaire aux contours sexuels dans laquelle aurait été impliqué le directeur du quotidien des évêques italiens – “L'Avvenire” – Dino Boffo. Depuis la presse de la péninsule s’est emparée de l’affaire, certains estimant qu’il y avait un clivage entre l’attitude apaisante et prudente du Saint-Siège à l’égard de Silvio Berlusconi et l’hostilité des évêques italiens.
Ce mardi, le Directeur du Bureau de presse du Saint-Siège est sorti de son silence pour démentir toute divergence entre la secrétairerie d’État du Saint-Siège et la Conférence des évêques italiens. Répondant aux questions des journalistes, le père Lombardi a confirmé que le cardinal Bertone s’était entretenu avec Dino Boffo pour lui manifester sa proximité et sa solidarité. Il y a accord complet entre les deux parties dans le respect des compétences respectives – a-t-il dit – des contacts fréquents, une connaissance profonde et de l’estime entre le cardinal Bertone et le président de la conférence épiscopale italienne. Aussi les efforts visant à les dresser l’un contre l’autre n’ont aucun fondement.
Le père Lombardi a par ailleurs ajouté qu’il ne fallait pas s’étonner si l’approche des médias du Vatican et celle du monde catholique italien n’étaient pas les mêmes sur les débats politiques et de société, leurs objectifs et priorités n’étant pas les mêmes.
Pour sa part, le bureau pour les communications sociales de la Conférence épiscopale italienne a indiqué que le Pape a téléphoné, dans l'après-midi de mardi, au Président de la Conférence épiscopale italienne, le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes. Benoît XVI a demandé des nouvelles et des commentaires sur la situation actuelle et a exprimé son estime, sa reconnaissance et sa satisfaction au sujet de l'engagement de la Conférence épiscopale italienne et de son président.
(Radio Vatican)
Lire aussi :
L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir
07:30 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : tarcisio bertone, benoit xvi, italie, saint-siege, vatican, politique, avvenire, dino boffo, federico lombardi, medias, angelo bagnasco, genes, conference episcopale italienne, silvio berlusconi |
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21.04.2009
Mgr. Giuseppe Betori: défenseur spécial de la ville de Florence
La ville de Florence a un défenseur spécial: son évêque
Nommé récemment, Giuseppe Betori a inauguré un nouveau style pastoral, très engagé dans la sphère publique, avec la défense de la vie humaine comme priorité. En fait il a actualisé un modèle épiscopal classique dans l'histoire de l’Eglise. Pietro De Marco l'analyse et l'interprète
par Sandro Magister

ROME, le 21 avril 2009 – Florence est pour le monde entier une ville phare. Comme capitale artistique, mais aussi comme laboratoire de fortes expériences chrétiennes, individuelles ou collectives. Elle l’a sûrement été pendant une grande partie du XXe siècle.
Le nouvel exemple qu’offre aujourd’hui Florence au monde catholique – et pas qu’en Italie – est lié au rôle joué par son archevêque.
Originaire d'Ombrie et bibliste de formation, Giuseppe Betori, 62 ans, est archevêque de Florence depuis le 8 septembre 2008. Antérieurement, il a été, en tant que secrétaire général de la conférence des évêques d’Italie, CEI, le bras droit du cardinal Camillo Ruini qui en était président, puis de son successeur, le cardinal Angelo Bagnasco.
L'été dernier, alors que sa nomination était dans l’air mais pas encore officiellement décidée, bon nombre de prêtres et de laïcs florentins ont signé une lettre ouverte demandant que le nouvel évêque soit un homme de "patience" et de "pardon", qu’il renonce à "parler avec aigreur et pour condamner" et qu’il instaure "un climat de liberté et de respect réciproque" entre l’Eglise et la société civile.
On devine facilement que ce profil d’évêque ne correspondait pas à celui que les signataires de la lettre attribuaient de manière polémique à Betori.
En tout cas, c’est lui que Benoît XVI a envoyé à Florence. Dans sa première interview au journal du diocèse, Betori a annoncé qu’il agirait pour "une foi capable d’être un élément de culture". Et d’ajouter: "Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’Eglise. Il y aura donc une parole de l’Eglise à propos de toute la vie de la ville. Ce qui est humain peut et doit être éclairé par l’Evangile".
Début octobre, peu de temps avant son entrée en fonctions, il a eu un débat public avec la philosophe Roberta de Monticelli. Elle avait annoncé qu’elle quittait l’Eglise catholique précisément à cause de Betori qui, "au nom de l’Eglise d’Italie", avait condamné l'autodétermination à propos de l'interruption anticipée de la vie. Elle l’a accusé de nier "diaboliquement" "la possibilité même de toute morale: la conscience et sa liberté". Betori lui a répondu, dans le quotidien de la CEI, "Avvenire", par un éditorial calme intitulé: "Moi aussi, je demande la liberté de conscience, qui est autre chose que l'autodétermination".
Le 26 octobre, peu après son entrée en fonctions, il a été voir des petits malades à l'hôpital pédiatrique "Enrico Meyer" de Florence où un congrès avait lieu sur le thème: "Le nouveau-né est-il une personne?" avec comme orateur le néonatologiste néerlandais Eduard Verhagen, promoteur de "traitements de fin de vie" pour les bébés. L'archevêque a critiqué l'orientation du congrès qu’il a jugée "inquiétante".
Le soir du 20 novembre, il a participé à une veillée de prière pour Eluana Englaro, la jeune femme réduite à l’état végétatif que la justice italienne avait permis de faire mourir par interruption de l'alimentation et de l'hydratation, comme l’avait demandé son père: un cas très semblable à celui de Terri Schiavo aux Etats-Unis. A cette occasion, Betori a prononcé une allocution défendant avec force le maintien en vie d’Eluana: son premier acte public solennel de nouvel archevêque de la ville, sur une question également politique.
Le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, prêchant sur la place du Dôme, il a dit: "Nous sommes troublés de voir différentes personnes mettre en question, de différentes façons, la dignité intangible de l’être humain, surtout là ou il vit dans la fragilité, lors de l’apparition et de l’achèvement naturel de la vie".
Le 23 janvier, au conseil pastoral diocésain, il a cité, parmi les objectifs de l’Eglise de Florence, le retour à "la visibilité de la vie croyante au quotidien" et la réduction de la fracture survenue entre foi et culture au cours des décennies précédentes.
Dans l’intervalle, on avait mis fin à la vie d’Eluana Englaro. Elle n’était pas de Florence. Mais quelques jours après, le 9 mars, le conseil municipal de cette ville, sur proposition d’un conseiller socialiste, a décidé de faire Giuseppe Englaro, le père d’Eluana qui avait voulu sa mort, citoyen d’honneur "en tant que symbole d’excellent enseignement, de grande intégrité morale, de courage humain et civil, pour la défense de la légalité de la laïcité de l’Etat, de l’humanité, de la civilisation". Une décision prise de justesse, avec beaucoup de voix contre.
Moins d’une heure plus tard, la réponse de l’archevêché arrivait: une note officielle, résolument critique:
"Cette décision est offensante pour la partie non négligeable de la ville qui, au cours du drame d’Eluana, a exprimé des orientations bien différentes de celles dont M. Giuseppe Englaro et le groupe qui l’a soutenu étaient porteurs. Mais l’offense la plus grave a été commise envers les parents, frères, amis et volontaires qui, en Italie, se rassemblent autour de plus de 2 500 êtres chers vivant des situations proches de celle à laquelle Eluana a été arrachée de force, des gens qui ont au contraire besoin qu’on les soutienne dans leur dévouement, leurs efforts et leur espérance".
Il en est résulté une discussion publique très vive. Le président du conseil municipal, Eros Cruccolini, a écrit à l’archevêché une lettre pour défendre la justesse de la décision. Betori a répondu en confirmant "que c’est justement l’amour pour cette ville qui exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire, comme dans le cas présent".
Un autre échange par écrit a eu lieu juste avant la cérémonie où Giuseppe Englaro a été fait citoyen d’honneur. L'archevêque, invité à assister à la cérémonie, a refusé.
La dispute est encore vive. Au niveau national, elle se mêle à la discussion qui accompagne l'élaboration par le parlement italien d’une loi sur la fin de vie, accélérée précisément par la décision de justice concernant Eluana Englaro.
Mais ce qui est nouveau à Florence, c’est justement le rôle, sans précédent au cours des dernières décennies, que joue l’évêque.
La nouveauté est double. Tout d’abord par l'engagement direct de l’évêque dans la ville, y compris sur le terrain politique. Ensuite par le sujet de son engagement public, qui est la défense de la vie humaine en tant que telle: un sujet sur lequel une partie des évêques, du clergé et des laïcs catholiques est très peu désireuse de s’opposer à "l’esprit du temps".
Cette double nouveauté doit être analysée et interprétée, notamment en raison de sa valeur d’exemple. C’est ce que fait ci-dessous le professeur Pietro De Marco, florentin et expert reconnu du catholicisme de sa ville:
Sur l’évêque comme défenseur de la ville, lors des invasions modernes de barbares
par Pietro De Marco
1. La situation actuelle de l’Eglise de Florence que dirige l'archevêque Giuseppe Betori me paraît présenter un caractère exemplaire pouvant avoir des répercussions internationales. Ce que l’on voit à Florence, c’est la renaissance d’un ancien rôle: celui de l’évêque comme "defensor civitatis", défenseur de la ville, et "consul Dei", consul de Dieu, cette dernière appellation ayant été donnée au pape Grégoire le Grand.
Bien sûr, quelque chose de ce rôle de l’évêque apparaît périodiquement, en temps de guerre ou de révolution. Le cardinal Clemens August von Galen fut lui aussi appelé, pour son témoignage dans l’Allemagne hitlérienne, "defensor civitatis" et "consul Dei", comme jadis les Pères de l’Eglise "parmi les hordes de barbares". Ou bien cela apparaît dans des situations de grave conflit social, comme pour l’évêque Oscar Romero en Amérique Latine. Mais le cas de Florence est intéressant aussi parce qu’il n’a ni le côté exceptionnel d’un acte héroïque ni ce style "engagé" aussi cher aux cultures de libération que rarement original, avec souvent des effets doctrinaux et pastoraux négatifs.
Au centre du cas de Florence, il y a des questions anthropologiques, bioéthiques et biopolitiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec les sujets habituels de discussion politique et économique. Sur les questions de la vie, l’Eglise est tout à fait originale et seule; elle est irremplaçable. En ce sens, le cas de Florence a une portée exemplaire, qui pourrait provoquer ou encourager des agitations du même genre dans d’autres diocèses.
2. Les médias laïcs ont utilisé la métaphore footballistique de l'intervention "croche-pied" pour définir la forme et le fond du communiqué que l’archevêché de Florence a publié le 9 mars et qui critique l’attribution, par la municipalité, de la citoyenneté d’honneur à Giuseppe Englaro, père d’Eluana, la jeune femme réduite à l’état végétatif et qu’une décision de justice avait fait mourir de faim et de soif quelques semaines plus tôt.
Ce geste public de critique est cohérent avec le style de gouvernement de l’Eglise qui se dessine de semaine en semaine à Florence. Le communiqué de l’archevêché affirmait: "La prétention d’un groupe de conseillers municipaux de faire un choix au nom de toute une ville est un acte de mépris envers les représentants du peuple minoritaires et envers une minorité présumée de citoyens, ce qui provoque une profonde déchirure de la cohabitation". Et encore: on a voulu "montrer par un dernier acte d’arrogance [d’un conseil municipal en fin de mandat – ndlr] qu’il était possible d’exercer le pouvoir de façon abusive, en méprisant ceux qui ont d’autres idées et pensent que la vie est un bien dont on ne peut disposer parce qu’il est sacré”.
Certains ont même comparé le communiqué de la curie épiscopale à une proclamation intimidatrice, à un "diktat" auquel le conseil municipal de la ville aurait dû se soumettre. Des mots comme "proclamation" et "diktat" ne sont pas nouveaux. Des commentateurs faisant autorité les ont également utilisés contre le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques d’Italie, qui est intervenu au même moment dans l’affaire d’Eluana. Désormais, en Italie, le mécanisme et le vocabulaire d’opposition à l’Eglise catholique sont standardisés et automatiques.
On en vient donc à se demander aussi pourquoi ceux qui, plus modérés, ont utilisé la métaphore sportive du "croche-pied" ont en tout cas évoqué un comportement qui oblige l'arbitre à siffler une faute. La réponse implique l’histoire civile et religieuse de l’Italie au cours du dernier demi-siècle.
Pour plusieurs raisons, toute intervention publique de la hiérarchie catholique est perçue et censurée comme un comportement fautif ou "uncorrect". Depuis des décennies, les catholiques italiens se sont habitués au silence de leur clergé et de leurs évêques dans le domaine public. En fait, ils se sont habitués à quelque chose de plus: à ce que les évêques ne parlent en public, éventuellement, que pour approuver les valeurs et rhétoriques civiles dominantes, comme pour affirmer leur accord, leur conformité à celles-ci. En effet, les voix d’évêques n’ont pas manqué pour dénoncer les "maux" du pays, mais elles évoquaient principalement des sujets civils à propos desquels l’Eglise s’alignait, souvent avec un certain retard, sur les forces politiques et morales "crtitiques".
Mais sur les sujets directement liés à l'anthropologie chrétienne, c’est le silence qui prévaut. Les évêques ont longtemps confié le "discernement critique" sur ces sujets, ainsi que son expression publique, au magistère ordinaire des derniers papes et aux déclarations de la conférence des évêques d’Italie. Ainsi, sans s’en rendre compte, les évêques laissent à la société civile – et notamment aux cultures politiques d’opposition et de protestation – la mission de donner la légitimité "politique" à l'autorité épiscopale.
Même si les exceptions n’ont pas manqué, ce "politiquement correct" existe depuis longtemps, à la satisfaction visible des administrations et des forces politiques. Une telle façon d’agir a fait naître des règles du jeu tacites. L'opinion publique les a assimilées de manière variable, tel ou tel arbitre estimant qu’il peut donner un coup de sifflet dès qu’un évêque semble "incorrect".
Mais il y a plus. Une opinion publique qualifiée, y compris catholique, a confondu cette "correctness" ecclésiastique dans la sphère publique avec un équilibre idéal entre autorités politiques et spirituelles. Réalisant ainsi dans les faits et les coutumes une "privatisation" abusive de la nature publique spécifique de l’Eglise, à laquelle celle-ci ne peut pas renoncer.
La doctrine moderne de la "laïcité" fait dépendre la neutralité de l’Etat du caractère privé de l’Eglise et de sa non-ingérence, de son innocuité politique, dont l’Etat serait juge. Mais l’Eglise catholique n’est pas ainsi par essence, elle n’est pas réductible à cela. Elle ne l’était pas quand elle a innervé l'Europe et l'Occident, elle ne l’est pas devenue après Luther ou Locke, ni avec la Révolution française ou sous la menace des religions politiques et des révolutions totales du XXe siècle.
Cette présence magistérielle et civilisatrice de l’Eglise catholique, la nécessité qu’elle apparaisse comme telle dans la sphère publique, n’ont jamais tout à fait disparu ; en fait, depuis plusieurs années, elles sont à nouveau présentes et visibles sur la scène mondiale. Selon les sociologues, c’est l’un des phénomènes les plus symptomatiques de l'âge "post-séculier". Le pontificat de Jean-Paul II et, en Italie, le gouvernement innovant de la conférence des évêques exercé par le cardinal Camillo Ruini ont mis sous nos yeux cette présence publique renouvelée de l’Eglise. Mais l'accoutumance de certaines parties de la société civile et la neutralisation de la visibilité et de l’autorité de l’Eglise tentée par les cultures laïcistes aboutissent encore à faire ressentir la présence magistérielle et civilisatrice de la hiérarchie catholique comme une exception, une transgression et même une contrainte.
3. Passons à Florence et à son évêque. Dès les premiers siècles du christianisme, l’évêque est à la fois le centre de la vie liturgique, par elle-même publique, et une autorité civile particulière, en cohérence avec son ministère qui est de "superviser". Bernard Flusin, historien de l’antiquité tardive, a écrit: "La liste des domaines où l’évêque est appelé à intervenir est impressionnante". Même s’il n’est pas un seigneur territorial, l’évêque est un "defensor civitatis", avec un rôle d’équilibrage par rapport aux fonctionnaires impériaux. A travers les évêques, l’Eglise donne aux fonctions d’assistance et de gouvernement une nouvelle visibilité institutionnelle par rapport aux systèmes préchrétiens: les évêques organisent le culte, instruisent, secourent les pauvres, influencent l’espace urbain. L’évêque, dans le cadre de sa ville, détient des pouvoirs définis juridiquement qui le mettent à la tête de la communauté urbaine face au pouvoir civil. D’autres historiens, dont Luce Pietri, le confirment: "Ses titres le proclament garant de la justice et protecteur des faibles, souvent en opposition avec la juridiction" civile. C’est le ministre de l'aide.
Par la suite, ces caractéristiques de longue période ont été actualisées et adaptées aux organisations de l’état moderne et des démocraties pluralistes, mais elles n’ont pas disparu et restent des éléments constitutifs. C’est si vrai, si évident pour la conscience publique et les calculs des gouvernants que, quand les devoirs de l’évêque envers la "polis" s’expriment sous forme d’activités sociales de "suppléance", ils sont appréciés, recherchés, loués. Quand au contraire la sollicitude de l’évêque – qui en elle-même ne vise pas au bien-être mais répond au commandement évangélique absolu et tend en définitive au salut des âmes même quand elle secourt les corps – s’adresse à d’autres protecteurs, décisifs, du bien-être spirituel et moral des citoyens, et qu’elle le fait avec autorité, à voix haute, elle est sifflée comme "incorrecte".
Ce ne sont pourtant que des moments distincts du même mandat et de la même fonction. Le communiqué de l’archevêché est, quant au fond, la première lettre de l’archevêque Giuseppe Betori à la ville et à propos de la ville. C’’est un acte de sollicitude du pasteur, qui se fait "garant de la justice et protecteur des faibles" sur le terrain anthropologique, y compris en opposition avec les pouvoirs. Il analyse la réalité et met en garde contre les dangers. Le rappel au "respect des rôles et des autonomies réciproques" que comporte la lettre envoyée à l’archevêque par le président du conseil municipal de Florence, montre une médiocre connaissance de ce devoir épiscopal.
4. Le débat public qui en est résulté – inédit à Florence comme est inédite dans cette ville, depuis un demi-siècle, la prise publique de responsabilités par un évêque en opposition avec les autorités civiles – constitue un modèle de nouveau style ecclésial, au moins en Europe. Ce changement n’a pas manqué de susciter des objections.
On a remarqué que le style "orthodoxe" de Betori n’est pas en harmonie avec Florence, parce que "Florence est atypique, ce n’est pas la ville de l'orthodoxie". Cette conviction relève d’une sorte de mythe romantique et Renaissance d’une Florence "hérétique", qui a eu un certain succès même au XXe siècle. Mais justement l’histoire récente du catholicisme florentin, que beaucoup de gens connaissent y compris hors d’Italie, n’a rien à voir avec ce mythe. Giorgio La Pira, maire de Florence, dont le procès de béatification est en cours, était un "pleureur" (mot qui désignait au XVe siècle les disciples du moine rigoriste Savonarole) très orthodoxe, très soumis à l’Eglise et au pape. Après l’ère La Pira, ce puissant courant catholique s’est dissous dans le silence public, entre marginalité, clandestinité à la Nicodème et conformisme progressiste. Mais aujourd’hui, Betori étant évêque, le temps des silences et des chuchotements est passé pour l’Eglise.
Le président du conseil municipal de la ville a affirmé que les décisions prises à la majorité d’un organisme électif, "expression concrète de la volonté de la ville", ne peuvent jamais être considérées comme "négatives". Mais il a ainsi confondu légalité et légitimité politique. La lutte entre groupes et courants de la majorité progressiste qui administre Florence a produit une décision à portée idéologique, militante, prise pour influencer par des rites civils (l’attribution de la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro) l'opinion publique et la conduire à un choix irréfléchi en faveur de l'euthanasie, donc sur des frontières éthiques d’une extrême gravité. De plus une petite majorité de conseillers a utilisé des pouvoirs et outils légaux pour s’opposer au gouvernement national et à l’Eglise alors même qu’à Rome le parlement était en train d’élaborer une loi sur le "testament biologique". Un geste politique dans lequel il est difficile de ne pas voir – comme l’a fait l’évêque – "un prétexte, une offense, une destruction" pour le gouvernement de la ville, autant que pour l'éthique publique. Demain, quelles autres décisions pourront être prises en prenant appui, symboliquement, sur le "citoyen Englaro", et avec l'apport de ce qu’il reste de désapprobation catholique?
L’évêque de Florence, désireux de voir se réaliser la "iustitia" au sens profond de la politique chrétienne, a rendu ses concitoyens conscients de cette anomalie éthico-politique. Il a agi malgré la pression contraire exercée par une opinion publique comprenant même des membres de l’Eglise: celle qui s’oppose à l’Eglise "des condamnations" au nom de la "médecine de la miséricorde".
Cette dernière pression est une alliée objective des polémiques laïques contre "l’Eglise du non", ridiculement montrée du doigt comme une Eglise de la peur et du conservatisme. De même ce que l’on appelle "l’opinion publique ecclésiale" fait preuve d’une surdité totale (souvent traduite en pratique pastorale) en ce qui concerne le combat bioéthique de l’Eglise et des derniers papes. Toujours encline à parler d’ouverture à l’espérance, cette opposition intra-ecclésiale ignore que l’espérance de l'homme repose sur la cohérence anthropologique et la responsabilité universaliste, pas sur un minimalisme de modèles destiné à pourvoir miséricordieusement aux cas particuliers. Elle ignore que, du point de vue ecclésiologique, la responsabilité d’un curé, conditionnée par l'immédiateté des "mondes vitaux" de ses fidèles est une chose et celle du pape et des évêques en est une autre. L'immédiateté des mondes vitaux ne peut pas devenir un article de foi.
5. Il y a une autre objection: pourquoi le récent réveil des hiérarchies catholiques se produit-il seulement ou prioritairement dans le domaine de la bioéthique et de la biopolitique? Je réponds qu’il n’est pas important de dire ici que ce n’est pas le cas, comme on pourrait pourtant le faire. Je crois en effet que cette priorité doit exister.
Le domaine bioéthique et biopolitique est si crucial que c’est plutôt l'absence de ces questions dans la prédication chrétienne ordinaire qui paraîtrait coupable. Il y a des milieux, y compris catholiques, à qui les questions de bioéthique semblent brûler les lèvres et qui préfèrent qu’on en parle ailleurs, c’est-à-dire que ce soit la hiérarchie qui en parle, suivie par des groupes "fondamentalistes". Mais le silence sur ces questions est coupable, parce qu’aucun catholique n’est dispensé de comprendre que le défi des biotechnologies ne résulte pas seulement de besoins thérapeutiques et n’aboutit pas seulement à réduire une pathologie ou une souffrance. C’est un défi anthropologique au plein sens du terme, c’est-à-dire un défi à l'existence et au sens de l'homme comme créature.
Ce que nous appelons depuis quelque temps anthropologie théologique a été pendant des siècles une partie du traité "de Deo creante et elevante". Il ne peut en être autrement. Si elles ne sont pas fondées sur le Dieu créateur, les sciences et les philosophies de l'homme et du "bios" deviennent les connaissances et les techniques d’un jeu vidéo joué sur l'homme réel.
Les implications du défi, le fréquent cynisme nihiliste à la Peter Singer, la rêverie sur le post-humain sont si récurrents et explicites aujourd’hui que seule une "différence chrétienne" émerveillée par l'innocence du monde peut ne pas en prendre acte. Au contraire cette frontière est d’une priorité absolue pour la responsabilité chrétienne. Si l'homme n’est pas pensé comme créature, on ne peut raisonner de manière sensée sur ses actes. La théorie qui calcule, avant ou après la naissance, le "meilleur intérêt" de l'être humain porteur d’un handicap ou gravement malade, est encore plus exemplaire par sa vacuité théorique que par son inhumanité. Quel serait le meilleur intérêt pour un être imparfait ou en mauvaise santé? De ne plus exister. Quelle merveilleuse perfection, quel bonheur nous rendrions au fœtus, au bébé, au malade, au vieillard, en les supprimant! La conviction irraisonnée que le meilleur intérêt d’un être exigerait et justifierait son élimination est, à elle seule, l’indice extraordinaire d’une dérive suicidaire. Benoît XVI l'a montré.
6. A tout cela l’évêque catholique a pour premier devoir de dire avec autorité "non", "je m’oppose" (comme dans le "Court récit sur l'Antéchrist" de Soloviev), sans être surpris s’il se trouve seul dans sa sollicitude ultime pour l'homme: parce que l’Eglise est unique et universelle dans la communauté des hommes, comme son mandat et sa certitude, depuis l'origine. Un "non" dit sans pathos apocalyptique. Avec des arguments et des analyses, en distinguant celles qui sont techniques et celles qui sont méthodiques. Avec la sagesse de ceux qui ont construit et assuré la raison de l'Occident.
Il n’y a donc aucune "sacralisation du biologique" dans la réponse catholique à la crise bioéthique, contrairement à ce que disent certains critiques. Toute vie dont s’occupent la raison et l'amour catholique est toujours l’homme entier, ce qui est beaucoup plus que le vivant qui apparaît au biologiste ou au clinicien en tant que tels. Et il n’y a rien à sacraliser, puisque cet entier est déjà "sacré".
Ce sont des évidences difficilement contestables. Mais il reste, préoccupante, l’incapacité répandue – pour ne pas dire la réticence catholique – à comprendre et à expliquer la primauté radicale, aujourd’hui, de l'annonce anthropologique. Le lien avec la grande tradition apologétique semble coupé. La docilité confuse d’une grande partie de la culture catholique envers les campagnes médiatiques contre "l’Eglise du non" n’est pas la preuve d’un fructueux "dialogue avec le monde", mais plutôt celle d’une situation de dépendance intellectuelle et politique. Mais des évêques combattants pourront nous faire sortir d’Egypte.
La méditation de l'archevêque de Florence, Giuseppe Betori, à la veillée de prière du 20 novembre 2008 pour la défense de la vie d’Eluana Englaro:
> La prima volta di Betori a Firenze. Su Eluana
Les textes intégraux de la décision par laquelle, le 9 mars 2009, le conseil municipal de Florence a conféré la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro qui a voulu la mort de celle-ci. Et la réponse de l’archevêché:
> Firenze ha un cittadino in più, "ad honorem". L'arcivescovo vota contro
Le dialogue d’octobre dernier entre l'archevêque de Florence et la philosophe Roberta de Monticelli, sur la liberté de décider l'interruption anticipée de la vie:
> Roberta de Monticelli sbatte la porta e se ne va. Betori la riapre
Les deux précédents articles de www.chiesa sur la spécificité du catholicisme florentin, comportant tous les deux des commentaires du professeur Pietro De Marco:
> Florence contre Rome: un catholicisme mal à l'aise (25.6.2007)
> A Florence, les catholiques réécrivent leur histoire (26.6.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou
(www.chiesa)
17:07 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anthropologie, liberte, avvenire, eduard verhagen, culture, eros cruccolini, clerge, laics, esprit du temps, consul dei, clemens august von galen, barbares, oscar romero, amerique latine, bioethique, biopolitique, luther, florence, italie, giuseppe bertori, pietro di marco, sandro magister, camillo ruini, angelo bagnasco, eveque, benoit xvi, eglise, etat, laicite, evangile, roberta de monticelli, philosophie, conscience, autodetermination, enrico meyer, pediatrie, eluana englaro, terri schiavo, etats-unis, defense de la vie, euthanasie, defensor civitatitis, gregoire le grand, economie, medias, conseillers municipaux, football, locke, revolution francaise, jean paul ii |
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