25/06/2009

LA COMMUNICATION DE L’EGLISE - RADIOS CATHOLIQUES ET NOUVELLES TECHNOLOGIES POUR LA MISSION (5)

Entretien avec le Docteur Angelo Scelzo,

Sous-secrétaire du Conseil Pontifical pour les Communications Sociales

 

La création d'un canal sur Youtube, consacré aux activités du Pape et du Vatican, est récente : comment la communication de l'Eglise change-t-elle avec l'utilisation d'Internet ?

            On ne peut dire que la communication de l'Eglise change ; l'Eglise, simplement, utilise toutes ces possibilités pour répandre au mieux le Message, à un public toujours plus articulé, surtout à la génération numérique, aux jeunes. Le message spécifique de l'Eglise ne change pas. L'accord avec Youtube, en effet, ne prévoit pas une production spécifique des activités du Pape, de l'Eglise, de la Curie ; tout simplement, Youtube prend pour soi tout ce que produisent déjà les organismes officiels de l'Eglise. Il n'y a donc pas de variation dans la manière de communication de l'Eglise, mais l'Eglise tient compte de ces nouveaux instruments, parce qu'elle sait qu'elle a un Message à offrir, et elle ne s'arrête pas face aux nouvelles technologies, au contraire, elle reconnaît que ces technologies ont un rôle fondamental dans la diffusion du message. L'Eglise est par elle-même communication, elle a un rôle, qui est celui d'annoncer la Parole, cette Nouvelle qui a changé le monde il y a deux mille ans ; elle l'a fait durant les premières années par la prédication orale, elle le fait à présent avec les instruments que les nouvelles technologies mettent à sa disposition.

 

 

Quelles sont les risques et les possibilités que les nouvelles technologies peuvent apporter à la diffusion du Message évangélique ?

            L'Eglise utilise les nouvelles technologies, mais non pas seulement du point de vue technique. L'utilisation de ces moyens entraîne plusieurs conséquences, et l'Eglise réfléchit sur la meilleure manière pour utiliser ces instruments qui, comme le souligne bien le Message du Pape, peuvent être à la base d'une nouveau réseau de relations, peuvent élargir l'aire dans laquelle naissent le dialogue, les contacts, les nouvelles relations. Et l'objectif c'est que les nouvelles relations soient orientées vers le dialogue, la tolérance, l'amitié, vers toutes ces valeurs positives que, en soi, le réseau n'offre pas, mais qui peuvent découler des nouvelles technologies. Cela ne veut pas dire mettre les risques de côté, ni s'approcher naïvement de ces réalités nouvelles ; on pèse les risques, surtout dans l'utilisation impropre du réseau ; mais le Pape souligne un autre risque fondamental : que ces nouvelles technologies puissent élargir la différence entre les Pays riches et les Pays pauvres, et le déficit de communication des Pays pauvres. Cela est grave, parce que, dans une société développée comme la société actuelle, le manque de communication équivaut au manque d'un bien de première nécessité.

            Un autre risque découle du fait de juger de la valeur des nouvelles technologies seulement du point de vue technique, et non seulement du pont de vue de relation, c'est-à-dire, que l'on puisse créer seulement des communautés virtuelles : la possibilité d'entrer en relation, en contact n'est pas importance de manière exclusive, mais il faut regarder à la qualité de ce contact. L'objectif de l'approche des nouvelles technologies n'est pas d'annuler la valeur et l'importance du contact direct, de la rencontre, des communautés réelles, parce que ce sont elles qui sont le sens ultime de la communication. Les nouvelles technologies sont une occasion, dont il faut s'occuper, qu'il faut compléter, qu'il faut insérer dans un projet plus ample ; c'est la tâche de tous ceux qui travaillent dans les moyens de communication de masse et ont à cœur le bien commun.

 

 

Dans son Message pour la Journée des Communications Sociales de 2009, le Saint-Père parle de « désir de connexion et d'instinct de communication » : quelles caractéristiques doit avoir une bonne communication pour aider le dialogue, l'intégration, le respect réciproque, la recherche de la vérité ?

            Tous les êtres humains ont besoin d'entrer en relation les uns avec les autres ; aujourd'hui, cette nécessité passe par les nouvelles technologies. L'homme n'est pas une île, il ne peut rester tout seul, l'instinct de communication est dans sa nature. Il faut que cette communication soit de qualité. Il ne suffit pas d'être « reliés », désormais, nous sommes tous reliés, mais cela ne suffit pas ; si le problème était seulement la connexion, nous serions submergés par les nouvelles technologies et par les informations qui sont véhiculées dans toutes les parties du monde. Le point de la question n'est pas la connexion, mais donner un sens vrai à la communication, et regarder aux moyens de communication comme une possibilité. Il ne pourra jamais exister une moyen de communication ou un moyen technologique, sans l'apport de l'homme, sans l'intelligence, ou sans les sentiments qui guident la vie de l'homme.

 

 

De nombreuses initiatives montrent que l'Eglise réfléchit sur la puissance des nouvelles technologies, et en montrant qu'elle est actuelle : est-ce un coup dur pour ceux qui considèrent que l'Eglise Catholique est une Institution fermée et vétuste ?

            Par elle-même, l'Eglise est communication. Elle est née sur une annonce, sur un fait ; une annonce et un fait qui n'ont eu aucune difficulté à se propager, même si, à cette époque il n'y avait pas Internet ! L'Eglise est une sorte d' « Internet concret », une connexion ramifiée, faite d'articulations centrales et périphériques ; elle est universelle et vit en chaque territoire. Ceux qui affirment que l'Eglise est une institution vétuste, ne partent pas de la nature même de l'Eglise, née sur une parole - l'Evangile - et sur un fait -, la naissance du Christ - que, par la suite, à chaque époque, l'Eglise n'a jamais cessé de communiquer, parce que son devoir fondamental est celui de l'annonce et de l'évangélisation. L'Eglise ne peut renoncer aux nouvelles technologies, instruments qu'elle utilise pour apporter la Nouvelle de l'annonce, qui est la base sur laquelle l'Eglise peut appuyer sa tâche.

 

 

Avec l'avènement des nouvelles technologies les moyens classiques de communication de masse » classiques ne devront-ils pas repenser à leur rôle, à leur méthodes, et à leurs contenus ?

            A n'en point douter, bien sûr ! Les produits des journaux et des télévisions risquent de devenir vieux avec le temps. Internet et les nouvelles technologies rendent le rythme des nouvelles beaucoup plus rapide. Les moyens classiques maintiennent la primauté de l'approfondissement et de l'analyse, grâce aux jugements des spécialistes, ce qui ne correspond pas aux aptitudes des nouveaux moyens qui misent, en revanche, beaucoup sur la rapidité et sur la participation d'un public plus vaste (par exemple les « blogs »). Mais les moyens classiques se rendent comptent eux aussi de l'importance du réseau : désormais tous les plus grands quotidiens ont une version « en ligne », pour donner au lecteur un flot de nouvelles rapide et continu, une mise à jour « in progress » de tout ce qui se passe.

 

 

S'il est vrai que, en Italie, les système des moyens de communication est en déclin, de quelle manière les catholiques qui travaillent dans ces moyens de communication peuvent-ils témoigner de leur foi sans devoir céder à des compromis et sans manipuler la réalité?

            ²Dans les moyens de communication, les catholiques sont appelés certainement à témoigner de leur foi, mais surtout à accomplir avec compétence leur propre travail. Le fait d'être catholiques et d'avoir la foi, ne rend pas pour cela un journaliste valable ; bien plus, en ce moment, on a besoin de professionnels plus préparés, en mesure de bien faire leur propre métier, dans les différents milieux où les moyens de communication réalisent leur travail. C'est un problème toujours nouveau, parce que les nouvelles technologies imposent de nouveaux approfondissements, des rythmes différents de travail, des jugements différents. Dans le Message pour la Journée des Communications Sociales, le Saint-Père, après s'être adressé aux jeunes, s'adresse aux catholiques, qui sont invités à être au-dedans des problèmes de la communication, non seulement par le témoignage de leur foi, mais surtout par leurs hautes valeurs professionnelles.

 

 

La Radio a-t-elle toujours la force d'être un instrument pour la Mission ? Et, dans ces endroits, ce moyens est-il plus utilisé par les communautés chrétiennes ?

            La Radio aujourd'hui est très différente de celle du passé; elle est entrée pleinement dans le monde des « new media », mais elle reste un moyen de communication très valable : avant tout, dans de nombreuses régions, il suffit de penser à l'Afrique, la Radio est l'unique moyen de communication, utilisé non seulement pour une communication doctrinale, mais aussi comme moyen de communications de service, d'avis, d'alarme, de communication sociale. C'est un moyen qui est la voix de plusieurs communautés qui n'ont pas d'autres moyens pour communiquer. Et puis, la Radio est la colonne sonore de la vie quotidienne, de tous ceux qui restent chez eux, ou exercent d'autres activités tout en l'écoutant. C'est le « medium » qui tient le plus compagnie, qui a une fonction plus humaine que les autres. Pour les Missions, elle est fondamentale, elle est la voix des communautés qui se cherchent, et elle permet à de nombreux groupes d'entrer en contact, d'échanger des nouvelles, des opinions, des commentaires. Dans les Pays de Mission, elle a un rôle très important : il suffit de penser que, en Afrique, se trouve le plus grand développement de radios diocésaines, seul moyen de contact entre les différentes communautés.

 

 

La multiplication des moyens de communication peut-elle offrir un service valable à la communication de l'Eglise, et donc aux fidèles ?

            Certainement, parce que la multiplication des moyens de communication est le développement de nombreuses possibilités qu'a l'Eglise pour atteindre les fidèles là où ils vivent ; elle permet d'avoir plus possibilités pour atteindre les communautés avec différents moyens, et elle pose aussi à l'Eglise le problème d'adapter la présentation du message : ce n'est pas la même chose de parler par radio ou par Internet, ou par l'intermédiaire de la presse. Il y a aussi dans ce cas la nécessité de la part de l'Eglise, de faire attention au fait que les moyens sont eux-mêmes un message, une partie fondamentale du message. L'Eglise s'adresse aux fidèles, mais pas seulement, elle s'adresse à la communauté : la multiplication des moyens de communication permet une présentation adéquate des questions.

 (fides.org)