08.03.2012

La contribution des femmes au développement de la société doit être reconnue

femmes societe.JPGDes initiatives sont organisées dans le monde entier à l’occasion de la journée de la femme. Benoît XVI lui-même a choisi de consacrer aux femmes son intention générale de prière pour le mois de mars : « Pour que la contribution des femmes au développement de la société soit pleinement reconnue dans le monde entier ». 

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15.06.2011

Des penseurs chrétiens récompensés par la Fondation Ratzinger

Manlio Simonetti.jpgLe prix Ratzinger sera remis à trois théologiens européens : un allemand, un espagnol, et un italien, deux religieux et un laïc. Il s’agira de la première édition de ce prix pour la théologie institué par la Fondation vaticane Joseph Ratzinger – Benoît XVI. Le comité scientifique de cette fondation est présidée par le cardinal Camillo Ruini. Les trois lauréats seront récompensés personnellement par le Pape le 30 juin prochain, dans la salle Clémentine, au Vatican. Il s’agit de Manlio Simonetti (photo), 85 ans, spécialiste du christianisme des premiers siècles ; du Père Olegario Gonzalez de Cardedal, 77 ans, théologien dogmatique à Salamanque, ancien membre de la Commission théologique internationale, qui a étudié le rapport entre théologie et anthropologie et la confrontation entre la foi chrétienne et l’incroyance ; et de Maximilian Hein, abbé du monastère cistercien de Heiligenkreuz en Autriche, âgé de 50 ans, qui a consacré ses études à la pensée de Joseph Ratzinger. Le prix est assorti d’un chêque de 50.000 euros.

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18.02.2011

Le contenu de la foi et la responsabilité catéchétique

bible.JPGUn anniversaire en France : les 60 ans de l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique. Pour fêter dignement ses 60 bougies, l’Institut a fait les choses en grand. 


Près de 400 personnes en provenance de 33 pays du monde sont réunies à Paris pour un Ve colloque international, sur le thème : La catéchèse et le contenu de la foi.

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12.02.2010

Mgr Tony Anatrella, Les enjeux de l’adoption des enfants par des personnes de même sexe

Les enjeux de l’adoption des enfants par des personnes de même sexe

Par Mgr Tony Anatrella

 

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ROME, Mercredi 10 Février 2010 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte de la conférence de Mgr Tony Anatrella (1), qu'il a prononcée sur le thème « Les enjeux de l'adoption par des personnes de même sexe », ce 10 février à l'occasion de la 19e Assemblée Plénière du Conseil Pontifical pour la Famille.


* * *


Les droits de l'enfant à naître et à vivre dans une famille composée par un homme et une femme sont largement menacés. Ainsi, l'adoption et la possibilité d'user des moyens d'assistance médicale à la procréation (AMP) par des personnes de même sexe, tout comme le mariage, sont devenus des revendications politiques. Elles posent de sérieuses questions qui sont souvent éludées au nom de l'égalité des droits de tous les citoyens devant la loi. La réflexion est remplacée par un sentiment de compassion qui se résume à travers l'affirmation : « puisque des personnes de même sexe s'aiment marions-les et facilitons-leur l'accession à la filiation ». Formulation rapide et impensée car est-on certain qu'il s'agit d'amour alors que les conditions ne semblent pas réunies ? Le désir d'enfant dans sa dimension la plus imaginaire désarticulé de la chair, doit-il être ainsi légitimé ? Le questionnement va encore plus loin puisqu'au nom d'une vision contestable de la non-discrimination, on laisse entendre un sens absolu des droits, un sens purement sentimental du mariage à l'objet incertain et une conception instrumentale des enfants. Les droits s'accompagnent de devoirs et en particulier à l'égard des enfants.


Un enjeu anthropologique

L'enjeu ici n'est pas religieux comme certains le prétendent, mais anthropologique dans la mesure où la société, mais aussi le mariage et la filiation, ne peuvent reposer que sur un fait objectif : la différence sexuelle. La théorie du genre qui inspire les lois européennes et internationales affirme que la société ne doit plus dépendre de la différence sexuelle inscrite sur le corps mais de la différence des sexualités, c'est-à-dire des orientations sexuelles. Or celles-ci procèdent des pulsions partielles et sont dans un deçà de l'identité de l'homme et de la femme puisqu'il n'y a que deux identités : celles de l'homme et de la femme. Une pulsion ou, dans le même ordre d'idée, une préférence sexuelle, ne fait pas une identité. Le croire est une vision idéologique en contradiction avec la condition humaine. L'enfant provient de l'union de l'homme et de la femme et, de ce fait objectif, découle la relation éducative.


L'intérêt de l'enfant est d'être dans les mêmes conditions de parenté qu'entre un père et une mère.

Des enquêtes sociologiques ont voulu montrer que des enfants vivant dans un milieu homosexuel ne présentaient aucun trouble affectif, social et intellectuel. Mais leurs paramètres sont loin d'être pertinents et leurs conclusions servent davantage à justifier des présupposés que de prouver cet état de fait. Une forme d'idéalisme se dégage de ces travaux quand ils prétendent que les enfants ne vont rencontrer aucun problème en vivant avec des personnes homosexuelles. Autrement dit, ils voudraient nous faire croire que la relation entre elles et des enfants sera neutre et sans conséquences notables. En réalité au regard d'autres situations, nous observons que des enfants subissent déjà les effets insécurisants d'un couple disharmonieux, les effets d'une rupture d'unité psychique lors du divorce et les effets d'une crise de l'origine dans l'adoption : qu'en sera-t-il dans un milieu homosexuel aux effets dissonants entre la nature de leur origine et de la relation éducative, et comment nommer ces deux adultes qui se présentent comme leurs « parents » alors qu'ils sont dans l'autoparenté ? Une « parenté » autoproclamée par le sujet à travers son désir d'obtenir un enfant en forçant le réel. La loi civile pourra toujours inventer une fiction juridique de « parenté », cela ne changera en rien la vérité de la réalité de la génération. La modification du vocabulaire est également étrange lorsque le terme de « parenté » qui concerne les parents, les grands-parents et les collatéraux est remplacé par celui de « parentalité » pour désigner tous les adultes qui peuvent se succéder dans la vie de l'enfant en jouant un rôle parental. La transformation du langage est significative de la volonté de changer le sens de la famille qui ne dépendrait plus de la relation et d'un couple stable formé par un homme et par une femme. Toutes les situations particulières n'ont pas à être instituées et encore moins celles qui sont contraires à la procréation. Vouloir être parents comme les autres est une illusion égalitaire puisque ces personnes étant hors conjugal, ne peuvent pas l'être en justice. Il y va de l'intérêt de l'enfant. Comment ce dernier ne pourra-t-il pas se poser la question de la légitimité de ces adultes monosexués auprès de lui ? Quel statut aura pour l'enfant la sexualité unisexe de deux adultes ? Comment pourra-t-il se représenter sa conception en cohérence avec la conception universelle de la génération ? Il est trompeur de laisser entendre à des enfants qu'il y aurait plusieurs façons de les concevoir en dehors d'une relation formée par un homme et une femme.

Le désir d'enfant, très louable dans la vie d'un adulte, se présente parfois de façon très complexe dans un couple ou dans la psychologie d'une femme, voire d'un homme et encore davantage lorsqu'ils ne peuvent pas concevoir des enfants dans des conditions normales. Chez des personnes homosexuelles, ce désir est souvent pathétique et troublant mais, en justice pour l'enfant, il n'est pas pertinent. Une vision égalitaire empêche, notamment en Europe, que les enfants soient uniquement adoptés et éduqués par un couple formé par un homme et une femme. Au nom de la non-discrimination basée sur l'orientation sexuelle, on prétend, sans autres éléments de réflexion, que quelle que soit la situation d'un homme ou d'une femme, ils seraient en mesure d'adopter un enfant. Une vision idéologique qui ne rend pas service à l'enfant. Nous oublions que les conditions dans lesquelles l'enfant est adopté, conditionnent sa vie et le destin de sa personnalité qui se révèle de nombreuses années après l'enfance. Il en va également de la représentation que se fait une société de la filiation.

Je reçois comme psychanalyste des personnes homosexuelles qui sont dans diverses situations et avec elles je suis prêt à faire un travail sur leur vie psychique afin d'améliorer leur existence. Mais comme citoyen, je ne peux pas envisager que la société, par l'entremise du législateur, desserve le sens de la génération en le situant en dehors de la différence sexuelle. Il peut exister plusieurs formes de sexualités avec leurs lots de problèmes psychologiques, anthropologiques et moraux, mais il n'y a que deux sexes et ce donné de l'homme et de la femme a déjà un sens en soi et pour la génération qui ne saurait être modifié au gré des fantasmes et des frustrations des uns et des autres. Le droit de l'enfant doit toujours primer dans notre réflexion.

Les besoins, l'intérêt de l'enfant et la cohérence du sens de la filiation méritent davantage de rationalité que de simples revendications subjectives. Il serait même foncièrement discriminatoire, injuste et illégitime au regard des droits de l'enfant de le priver de l'altérité sexuelle dans sa famille constituée par un homme et une femme. Toutes les compensations sociales que l'on imagine ne viendront jamais se substituer à l'expérience intrasubjective que l'enfant pourra faire à partir de la relation de sa mère avec son père. L'intérêt supérieur de l'enfant se situe dans cette perspective et non pas dans l'enveloppement affectif de deux personnes de même sexe. La question qui se pose n'est pas de savoir si ces personnes seront généreuses, loyales et honnêtes avec l'enfant, mais de savoir dans quelle structure relationnelle il sera engagé. La société actuelle a davantage tendance à privilégier les attentes affectives des adultes sans aucun discernement que de définir la filiation à partir des besoins et des droits de l'enfant qui limitent pourtant le narcissisme envahissant des adultes.


La primauté de l'indistinction sexuelle dans le discours social

Dans la perspective de la philosophie de la déconstruction, un stade conceptuel est actuellement franchi pour ne plus avoir à parler d'orientations sexuelles, en affirmant que la personnalité du sujet se construit dans l'indistinction sexuelle, laissant ainsi ouverts tous les choix possibles alors que le désir, qualifié d'orientation sexuelle, ne provient pas d'un choix mais d'un déterminisme psychique qui, dans bien des cas, peut se remanier vers la maturité de l'hétérosexualité. Le débat ne se porte donc plus sur la différence sexuelle, sur les orientations sexuelles (les désirs), mais sur l'état originel de la sexualité qui devrait être pensée selon les catégories de l'indistinction.

Nous sommes dans une société qui entretient l'infantile au point de faire croire que la fin de la sexualité serait de la maintenir dans ses commencements : celle de l'économie de l'infantile basée sur les pulsions partielles, l'imaginaire, la captation violente de l'autre et les intrigues œdipiennes. Dans cette logique de l'indistinction primitive, chacun est renvoyé au supposé choix de son orientation sexuelle qui ferait son identité. L'homosexualité serait une alternative à l'hétérosexualité alors que la première dépend d'une identification partielle fondée sur un conflit psychique et que l'autre s'articule justement sur l'identité masculine ou féminine. Le reste des revendications s'en suit quasi automatiquement dans le sens où le mariage et l'enfant doivent relever des nécessités subjectives de chacun et non plus du sens du bien commun et de l'intérêt de l'enfant. La prétention à l'égalité des droits en ce domaine développe le sentiment de la suprématie à se satisfaire d'un seul sexe autosuffisant et hégémonique. Le sujet est ainsi dans le déni du manque en s'imaginant que tout est envisageable jusqu'à prendre possession par tous les moyens d'un enfant au détriment de ce qui le fonde et le structure objectivement. Une filiation établie juridiquement dans le cadre de la monosexualité est un acte intrinsèquement pervers dans le sens où elle est détournée d'une relation authentique partagée entre un homme et une femme. Seule leur union est l'avenir de l'humanité.

Le problème soulevé ici au sujet de la pertinence du mariage et de l'adoption par des personnes homosexuelles, n'est pas celui de la personne homosexuelle qui n'a pas à être mise en cause, même si nous avons à nous interroger sur ce qu'est et sur ce que représente psychologiquement et anthropologiquement l'homosexualité, mais celui de vouloir redéfinir le couple, la conjugalité et la famille à partir de l'homosexualité et de l'imposer dans la loi : ce qui est structurellement et éthiquement antinomique et donc inauthentique. Le législateur fait perdre toute crédibilité à la loi lorsqu'il inscrit dans le code civil deux principes contradictoires dont l'un repose sur la différence objective de l'altérité sexuelle et l'autre dépend d'un désir qui ne représente aucun fondement possible au lien social. Il faut également souligner que l'homosexualité, quelle que soit son origine, n'est pas un droit que la Charte européenne proclame à tort, au nom de la non-discrimination, mais une singularité qui ne peut pas être à la source ni du couple, ni du mariage, ni de la parenté. Le langage et la loi civile peuvent tricher avec les réalités de la vie, cela ne change en rien les invariants humains qui, à un moment ou à un autre de l'histoire, se rappellent à la conscience universelle.

La confusion des principes à ce sujet ne peut qu'obscurcir et fragiliser le cadre porteur de la société en déstabilisant le couple, le mariage et la famille qui ne sont pas à la libre disposition du législateur et du pouvoir politique pour en changer la nature. Ils ont la responsabilité de créer des lois en cohérence avec la nature altersexuelle du mariage et de la famille. Leur transgression favorise un tohu-bohu dans la différence des générations et insinue l'endogamie du même avec le semblable suscitant l'insécurité et accentuant la violence dans les relations humaines. Il suffit d'observer dans quel état moral se trouvent les pays développés lorsque des politiques se jouent des invariants humains. En France, le partenariat contractuel créé par le Pacte civil de solidarité (1999) a fait chuter le nombre des mariages. Un fait prévisible et qui fut annoncé en son temps. Le Pacs est à l'image de la précarité affective de l'époque actuelle et ne contribue pas à la paix sociale. Bien au contraire, il participe à la dissociation invisible des liens symboliques dont la société a besoin pour vivre.

Le divorce, provoquant l'éclatement des familles du fait de la fragilité du couple, est une source profonde d'incertitude et de perte des repères structurants. Ils sont nombreux les enfants, issus de la mort de l'être familial, à établir, une fois devenus adultes, leur arbre généalogique afin de se situer dans la succession des liens charnels et de se reconnaître dans l'incarnation de leur filiation. Qu'en sera-t-il des enfants issus des techniques d'aide à la procréation et des enfants adoptés dans un contexte homosexuel qui seront les fils et les filles de personne, c'est-à-dire de la désincarnation et du déni de la différence sexuelle ? Comment pourront-ils trouver la réponse à leurs questions alors qu'ils seront enserrés dans l'unisexualité des adultes qui ne peuvent symboliser ni l'altérité sexuelle, ni la parenté. Ils apparaissent comme des frères ou des sœurs aînés sans sexe conjugal et sans être capables de les inscrire dans la différence des sexes et des générations. Ils jouent au papa et à la maman comme des enfants aliénés à leur complexe incestueux. Il n'y que dans les contes de fées et dans la psychose que les enfants naissent en dehors d'une expression sexuelle reprenant ainsi tous les fantasmes primaires de la procréation dans la psychologie enfantine.

Le féminisme comme les revendications homosexuelles sont la traduction de l'idéologie de la désexualisation de la génération et du déni de la différence sexuelle; un refus du donné corporel à partir duquel la vie survient. Le mépris du sexe charnel et de la rencontre intime de l'homme et de la femme en dit long sur la peur et le rejet qu'inspire l'enfermement dans l'unisexualité. Une filiation s'inscrivant en dehors des corps sexués de l'altérité masculine et féminine, est délirante. La vision idéologique du genre remplace le sexe par une sexualité construite uniquement socialement. Là aussi, au nom de la parité et de l'égalité on considère que tout est réalisable quelle que soit la condition dans laquelle chacun se trouve. Cette vision totalitaire de l'égalité est d'autant plus dommageable qu'elle ne s'articule plus sur la complémentarité des sexes qui régule et relativise un seul sexe qui risque de se prendre pour sa propre référence, mais sur le sentiment de toute-puissance d'un sexe qui aurait toutes les aptitudes. Deux personnes de même sexe sont dépourvues du pouvoir de la procréation entre-elles, de la symbolique qui se développe en extension à la génération, et d'une réelle relation éducative aux apports psychologiques structurants parce que complémentaires.

Il est étrange de vouloir nier la différence sexuelle dans le couple, le mariage, la filiation et la parenté et de vouloir l'imposer là où elle n'est pas nécessaire dans divers secteurs de l'entreprise, de la vie sociale et politique. Il est également symptomatique de constater que plus la différence sexuelle est niée et plus le discours social fait l'éloge de la diversité. Notamment des diversités familiales qui ne seraient plus fondées sur la famille naturelle (couple homme/femme, liens du sang), mais aussi selon les désirs des uns et des autres et des situations dans lesquelles ils sont impliqués. Les séries télévisées exaltent tous ces cas particuliers largement minoritaires, mais dont on voudrait faire des références parmi d'autres alors que ce n'est pas ainsi que les gens vivent ou espèrent se réaliser. Il y a une différence profonde entre la famille naturelle et des situations singulières, voire accidentelles. Le mariage et la famille se définissent universellement à partir de l'alliance de l'homme et de la femme et non pas selon des cas particuliers qui, la plupart du temps, ne sont pas toujours structurants ni pour le sujet, ni pour le lien social. La société doit souvent soutenir ces cas particuliers et a raison de le faire, mais pour un coût financier, social et symbolique important. Les études montrent que le mariage est une source de sécurité et d'épanouissement lorsque les sujets savent élaborer les différentes étapes affectives. Il est également une source d'enrichissement économique pour les époux et pour la société alors que le divorce appauvrit la famille. Il revient donc à la loi de protéger l'enfant à disposer d'un père et d'une mère.


Le sens du couple et de la famille inapplicable à l'homosexualité

Nous ne pouvons pas faire l'impasse sur le sens du langage lorsque l'on applique à une association monosexuée, c'est-à-dire homosexuelle, les mêmes caractéristiques qu'une union constituée entre un homme et une femme. Il y a une différence de nature et de qualité qui met en jeu à la fois des composantes psychologiques incomparables et un sens éthique sans commune mesure. Ainsi la notion de couple et celle de famille n'ont rien à voir avec ces deux réalités. Deux personnes de même sexe (que je qualifie de duo (2) sont dans une monosexualité dont l'altérité sexuelle et le couple générationnel sont absents. Elles ne forment ni un couple puisqu'il n'y a ni altérité, ni complémentarité, ni une famille puisque l'enfant ne résulte pas de deux personnes de même sexe. On ne conçoit pas un autre avec un même. Autrement dit, l'expression de l'amour implique la différence sexuelle pour être fertile et féconde à bien des égards, et l'enfant a besoin de procéder d'un homme et d'une femme pour s'inscrire dans la succession des générations et l'histoire, et être dans sa cohérence psychologique. Il lui est nécessaire de trouver des matériaux psychiques chez l'un et l'autre. Deux hommes ou deux femmes auprès d'un enfant le privent des données structurelles du réel ; ce qui aura un coût psychique et social.

 

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Le discours ambiant, comme je l'avais souligné dans mon livre La différence interdite, (Flammarion), s'appuyant sur la théorie du genre qui minimise le sens de la différence sexuelle dans le lien social, produit des discours irréalistes et délirants en séparant la procréation de la différence sexuelle. Une telle segmentation de la sexualité est et sera source de violences dont on constate les effets auprès des plus jeunes. La violence qui se développe chez des jeunes est, entre autres, l'expression d'une carence du cadre porteur de la société qui est déstabilisé par des lois pathogènes. Autrement dit, le législateur en créant des lois contraires au bien commun, au sens éthique du couple et de la famille, et aux nécessités psychiques, rend malade le lien social et la société. Il crée un sentiment négationniste des réalités humaines structurantes, source d'insécurité et de désocialisation. C'est pourquoi, « l'homoparentalité », pour autant que cette notion ait un sens, est un mensonge social, l'enfant ne se conçoit ni ne s'éduque à partir d'un seul sexe. C'est le priver d'une dimension essentielle du réel que la présence des personnes de l'autre sexe dans son environnement social ne viendra pas compenser. L'enfant ne se développe positivement que dans la double identification à son père et à sa mère qui, faut-il le rappeler, sont un homme et une femme. Ils sont les seuls à lui apporter les matériaux psychiques et symboliques dont il a besoin pour se développer.

L'indistinction sexuelle tout comme l'homosexualité ne peuvent en aucun cas inspirer des lois en matière conjugale et familiale à moins de voir se développer sur le long terme des confusions identitaires et des personnalités à caractère psychotique c'est-à-dire qui n'ont pas le sens des réalités et se maintiennent dans des postures imaginaires. Une société qui n'a pas le sens de la différence sexuelle, perd le sens de l'altérité, de la vérité et de la réalité des choses. Elle éclate dans des particularités singulières qui ne représentent aucun intérêt pour finaliser la société et ne participent en rien au développement de la personnalité. Dans le déni de la différence sexuelle et dans la complaisance de l'immaturité affective de l'indistinction sexuelle, elle ne sait plus faire les distinctions élémentaires et se dissout relationnellement. La vision monosexuelle de soi et de l'existence inscrite dans la loi est un véritable dissolvant social car elle ne témoigne pas de l'altérité sexuelle qui fonde à elle seule le mariage et la génération. La vie commence par la rencontre d'un homme et d'une femme. Leur relation est le symbole de l'ouverture à l'autre, à la génération et à la vie ; ouverture dont la société a besoin pour assurer le vivre ensemble et le respect du bien commun.


L'enfant n'est pas un droit

L'égalité des droits devant la loi ne signifie pas que toutes les situations se valent et que les personnes peuvent bénéficier des mêmes droits. Nous croyons de façon illusoire que plus un enfant est désiré et plus c'est un gage d'épanouissement pour lui. Certes, nous avons à veiller à la qualité du désir mais aussi et surtout à savoir si l'enfant est reconnu pour lui-même. Les interrogations sont parfois masquées derrière une vision sentimentale en nous assurant qu'il sera mieux « aimé » par des personnes homosexuelles qui le « désirent » que dans un couple qui se déchire relationnellement. Là n'est pas la question, mais davantage de savoir dans quelle structure relationnelle un enfant sera engagé. L'enfant ne peut pas être conçu et adopté dans n'importe quelles conditions. Au lieu de s'installer dans l'omnipotence des désirs, ne serait-il pas davantage plus humain, plus authentique et plus réaliste d'accepter d'y renoncer lorsque les exigences ne sont pas réunies plutôt que de chercher à forcer, voire même à violer le réel.

La filiation ne se définit pas à partir de l'infertilité, de l'adoption et d'un seul sexe. C'est plutôt l'adoption qui doit se définir à partir d'un couple générationnel constitué d'un homme et d'une femme qui rend lisible l'origine dont l'enfant a besoin pour se repérer charnellement. Jusqu'à présent on avait raison d'exiger un critère de sexualité des célibataires pour adopter un enfant afin qu'il soit éduqué par des personnalités et dans un milieu où l'altérité sexuelle est intimement intégrée et acceptée. Il faudrait y revenir.


L'enfant se différencie grâce à son père et à sa mère

Quand on examine les motivations de personnes homosexuelles qui veulent un enfant, il apparaît qu'il n'est pas conçu pour lui-même, mais qu'il est instrumentalisé pour soutenir des adultes. Dans un contexte unisexué, l'enfant est plutôt le référant social qui sert à valider la reconnaissance de leur homosexualité. Il s'agit d'un phénomène de mimétisme afin d'être comme tout le monde. Pour un enfant, il est bien difficile de se différencier en étant pris dans un jeu d'identification en miroir sans ouverture sur l'altérité sexuelle puisque celle-ci n'existe pas intimement pour deux personnes de même sexe. Il risque de développer des confusions sur son origine, son identité et sur le sens de sa filiation qui est faussée avec deux semblables.

L'enfant intègre mieux l'interdit œdipien dans un couple générationnel alors que l'une des composantes de l'homosexualité est liée, entre autres, au déni de ce complexe. La personnalité se maintient ainsi dans l'économie de la sexualité infantile. L'enfant peut mieux se reconnaître dans son identité et à sa place en se disant : « je suis une fille, je suis un garçon, et plus tard je serai un homme comme papa et une femme comme maman ». Discours difficilement tenable avec deux adultes de même sexe.

L'unisexualité des adultes enferme dans un système de relation sans altérité qui mutile chez l'enfant de nombreuses dimensions du réel. L'acceptation, par exemple, de la différence sexuelle est l'une des premières limites que l'enfant rencontre à travers ses parents. Elle est inscrite dans le corps. Si je suis une fille, je ne peux pas être un garçon et réciproquement. Remettre en cause la parenté fondée sur la différence sexuelle revient à faire croire à l'enfant que ses désirs sont illimités. La reconnaissance par l'enfant de la différence sexuelle lui permet de former son intelligence et d'accéder à la capacité d'opérer les distinctions structurelles et conceptuelles. Il sera capable de distinguer le réel de l'imaginaire, la vérité des choses, leur cohérence et leur logique sans avoir à tricher avec les idées, à fausser le jugement, à manipuler les autres et les informations. Il en va de la vérité de sa filiation puisqu'un sujet s'organise, entre autres, psychologiquement à partir du sens de sa filiation et de l'intergénérationnel. Dans une relation monosexuelle, l'enfant ne dispose pas d'une réelle grand-parenté : elle sera souvent imaginaire et sans enracinement repérable. « L'homoparentalité » est une vision idéaliste de la parenté qui désincarne l'enfant.


Une société qui transgresse les interdits majeurs et qui use de l'injonction paradoxale

Un constat inquiétant s'impose en observant que le pouvoir politique restreint de plus en plus son action à vouloir légiférer non plus dans le sens de l'intérêt général et des enjeux régaliens, mais sur les mœurs, et ce, en contradiction avec la liberté des citoyens, avec les structures fondatrices du couple, du mariage et de la famille et avec les droits et les intérêts des enfants. Le législateur déstabilise ainsi le cadre porteur de la société en instituant dans les lois des transgressions majeures.

La société repose sur des interdits structurants comme la prohibition de l'inceste et du meurtre, le respect de la différence des sexes et des générations. Face à ces interdits qui favorisent la vie, le législateur exprime des injonctions paradoxales car à la fois il rappelle l'interdit du meurtre et crée des dérogations particulières pour supprimer des enfants en gestation à travers l'avortement, pour faire des expériences sur des embryons, et rétablir l'eugénisme avec le DPI (diagnostic préimplantatoire) visant à supprimer les embryons présentant un risque de malformation jusqu'à la trisomie 21. Il va agir de la même façon avec la différence sexuelle en affirmant que le mariage scelle l'institution conjugale entre un homme et une femme tout en créant un contrat de partenariat (forme d'union civile) en lui attribuant les mêmes droits que le mariage, sauf la filiation dans certains pays. Dans de nombreux États, des lois d'exception sont votées qui tentent de contourner l'édifice législatif concernant la famille afin de permettre à des personnes homosexuelles d'adopter des enfants. Le statut du « beau-parent » dont on parle en France, est symptomatique du morcellement du sens de la famille et témoigne du manque de vision anthropologique des responsables politiques. Ils sont largement influencés par des idéologies sociologisantes qui théorisent sur des phénomènes particuliers et minoritaires pour les ériger en références possibles. Pendant ce temps, se multiplient des lois qui opèrent des transgressions majeures masquées par des injonctions paradoxales, celles-là mêmes qui sont habituellement utilisées par des personnalités perverses qui finissent par faire perdre l'entendement à ceux qu'ils manipulent. Il est étrange d'observer que plus la société s'éloigne des interdits majeurs et plus elle multiplie des interdits de circonstances et crée des « hautes autorités de l'égalité  », véritables ministères des bonnes mœurs, en contrôlant et en pénalisant, par exemple, le langage pour éviter l'usage de certains termes, en luttant contre la discrimination là où des différences sont quand même marquées et en imposant une parité tout en négligeant ce qui fonde la différence et l'altérité : la différence sexuelle.


L'homosexualité n'est pas un principe pour éduquer les enfants

Les médias et les militants des associations homosexuelles se donnent même le pouvoir de banaliser l'homosexualité dans de nombreuses séries télévisées et dans des débats qui font l'impasse sur la problématique psychique qui est en jeu, et de la propager dans les écoles. Une chose est d'en appeler à respecter les personnes, une autre est de permettre le mariage et la filiation à des personnes de même sexe ; voire d'imposer l'homosexualité auprès des enfants et des adolescents dans le cadre scolaire. Les jeunes sont souvent dans des périodes de maturation affective et dans le dénouement de leur identification homosexuée (qui n'est pas encore l'homosexualité) pour acquérir de la confiance dans leur identité. Au lieu de les aider à s'acheminer vers l'hétérosexualité, on leur présente l'homosexualité comme une alternative, ce qu'elle n'est pas, qui les renvoie à une régression en érotisant leurs identifications premières. La plupart des jeunes ressortent de ces séances en masquant leur sentiment de révolte d'être ainsi manipulés car ils savent bien qu'on veut les entraîner sur un terrain qui ne représente pas un réel accomplissement affectif. Les médias et les militants de cette cause sont perçus comme ceux qui veulent justifier à tout prix une situation dont la base est problématique. Pour les enfants et les adolescents, un couple et une famille, c'est un homme et une femme. Le reste est une duperie sociale et une affaire de convenance qui est étrangère au mariage et à la parenté. L'école devient ainsi l'enjeu d'influences idéologiques sous le prétexte de la lutte contre « l'homophobie », ce qui est un prétexte pour imposer une singularité et déposséder les parents de leur éducation.

L'homosexualité ne peut pas devenir un principe éducatif puisqu'elle est à la marge de la norme de ce qui constitue un couple et une famille. Les enfants et les adolescents ont déjà du mal à se représenter ce que peut être la vie sexuelle entre un homme et une femme, la situation est davantage compliquée lorsqu'il s'agit de deux personnes de même sexe. D'ailleurs les enfants perçoivent bien qu'il y a une incohérence entre le fait d'être parents et la façon d'exercer sa sexualité. Autrement dit, l'adoption des enfants exige un critère de sexualité afin que leur vie soit confiée à des adultes qui sont dans la même situation que pour concevoir un enfant entre un homme et une femme. C'est pourquoi l'école se doit surtout de tenir compte de la primauté du sens du couple et de la famille fondés par un homme et une femme.


Conclusion : Il est dans l'intérêt de la société de se référer à la différence sexuelle au lieu de s'installer dans l'indistinction sexuelle

La négation de la différence sexuelle et l'affirmation de l'indistinction sexuelle développent un sentiment de toute-puissance handicapant qui empêche l'enfant d'accéder à une vision juste de la réalité et de ses limites. La seule question qui se pose est de savoir dans quelle structure relationnelle l'enfant doit s'inscrire ? La réponse est dans le donné du réel. L'enfant ne procède pas d'un seul sexe auto-suffisant. Il a besoin que sa mère soit une femme et son père un homme. Chacun est ainsi situé dans son identité et permet à l'enfant de se différencier subjectivement et socialement. L'homosexualité complique et ne permet pas ces processus. Elle est une singularité personnelle fondée sur une sexualité étrangère à la conception, à la transmission de la vie et à l'éducation des enfants. Il n'y a pas d'altérité sexuelle dans la vie intrapsychique des adultes avec lesquels un enfant partage son existence. Socialement elle n'est pas une différence comme on le prétend, elle est la négation de toutes les différences conjugales et parentales. On ne peut donc pas définir rationnellement la parenté et la filiation simple ou plénière, et encore moins l'éducation des enfants à partir de l'homosexualité, quelle qu'en soit l'origine, sous le seul prétexte d'un hypothétique bien être affectif.

Les droits et l'intérêt de l'enfant sont premiers face aux exigences subjectives des adultes. L'intérêt de l'enfant est d'être engagé dans une relation qui s'inscrit dans la continuité de sa conception entre un homme et une femme. Le droit et l'intérêt de l'enfant sont les critères de discernement qui viennent limiter le droit à l'enfant des adultes.



Mgr Tony ANATRELLA

Rome le 10 février 2010

1 Psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale. Enseignant aux Facultés libres de philosophie et de psychologie de Paris (IPC) et au Collège des Bernardins (Paris) Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille et du Conseil Pontifical pour la Pastorale de la Santé. Auteur sur le même sujet de : La différence interdite, Flammarion. Époux, heureux époux, Flammarion. Le règne de Narcisse, Presses de la Renaissance. La tentation de Capoue - Anthropologie du mariage et de la filiation - Cujas.

2 Anatrella Tony, Époux, heureux époux, Paris, Flammarion

08.02.2010

Mgr Michel Schooyans, Les pièges de la compassion

Tempêtes au Vatican. L'académie pour la vie joue sa tête

Son président, Mgr Fisichella, n'a plus la confiance d'une partie de ses membres. Motif: un article de lui publié par "L'Osservatore Romano" après avoir été approuvé par la secrétairerie d’état. Le réquisitoire de l'académicien Michel Schooyans contre la fausse "compassion" qui justifie tout


par Sandro Magister




ROME, le 8 février 2010 – Dans quelques jours, du 11 au 13 février, l’académie pontificale pour la vie, dont le président est l'archevêque Salvatore Fisichella (photo), se réunira au Vatican.

La réunion s’annonce orageuse. Certains membres de l'académie contestent que Fisichella convienne comme président. Parmi eux, Mgr Michel Schooyans, Belge, professeur émérite à l'Université Catholique de Louvain, spécialiste estimé en anthropologie, philosophie politique et bioéthique. Il est membre de trois académies pontificales : celle de sciences sociales, l’académie Saint Thomas d'Aquin et – précisément – celle pour la vie. Le pape Joseph Ratzinger le connaît et l’apprécie. En 1997, étant cardinal préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, il a préfacé l’un de ses livres : "L'Évangile face au désordre mondial".

En vue de la réunion, Schooyans a rédigé un réquisitoire sévère contre le "piège" dans lequel serait tombé aussi Fisichella : l'utilisation trompeuse du concept de "compassion".

On trouvera ci-dessous le texte intégral du réquisitoire. Il ne cite pas Fisichella mais fait des références précises à un article de lui dans "L'Osservatore Romano", traitant de l’avortement, qui a provoqué lors de sa parution un véritable tohu-bohu et a fini par obliger la congrégation vaticane pour la doctrine de la foi à publier un "Eclaircissement".


***


Cet article de Fisichella a été publié le 15 mars 2009. Il était consacré au cas d’une très jeune fillette-mère brésilienne que l’on avait fait avorter, à Recife, des jumeaux dont elle était enceinte.

Les jours précédents, l’affaire de cette enfant avait provoqué des polémiques violentes, au Brésil mais aussi dans d’autres pays et surtout en France.

Les journaux français s’étaient dressés contre le "fanatisme" et la "dureté de cœur" de l’Église et en particulier de l'archevêque d’Olinda et Recife, José Cardoso Sobrinho, qui avait condamné le double avortement. Ils avaient pris en masse la défense de l’enfant et de ceux qui l'avaient "sauvée" en la faisant avorter.

Les accusations contre l’Église dénuée de "compassion" étaient très sévères et touchaient le pape Benoît XVI lui-même, qui venait de subir les furieuses attaques lancées contre lui, quelques semaines plus tôt, à propos de l’affaire Williamson.

Lucetta Scaraffia, commentatrice de pointe de "L'Osservatore Romano", était à Paris à ce moment-là. Elle a alerté le directeur du journal du Vatican, Giovanni Maria Vian.

Celui-ci, en accord avec son éditeur, le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone, a demandé à Mgr Fisichella d’écrire un article qui calme ces attaques contre l’Église et contre le pape.

Fisichella l’a écrit. Bertone l’a examiné et approuvé mot par mot, sans le faire contrôler au préalable par la congrégation pour la doctrine de la foi, comme le veut la règle au Vatican, pour les prises de position qui concernent la doctrine.

Dans l’après-midi du 14 mars, l'article est sorti en première page de "L'Osservatore Romano" daté du lendemain.

Fisichella y écrivait que le cas de la fillette brésilienne "n’a été rendu public dans les journaux que parce que l’archevêque d’Olinda et Recife s’est empressé d’annoncer l’excommunication des médecins qui ont aidé à interrompre la grossesse". Mais "avant de penser à l’excommunication", il fallait "avant tout défendre, embrasser, caresser" la fillette avec cette "humanité dont nous, hommes d’Église, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres". Mais "il n’en a pas été ainsi".

Et il continuait:



"Du fait de son très jeune âge et de son état de santé précaire, la vie [de la fillette] était sérieusement mise en danger par la grossesse en cours. Que faire en pareil cas ? Décision difficile pour le médecin et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-là se présentent chaque jour [...] et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même face à l’obligation de décider ce qu’il y a de mieux à faire".



En fin d’article Fisichella s’adressait directement à la fillette :

"Nous sommes de ton côté. [...] Ce sont d'autres personnes qui méritent l'excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t'ont permis de vivre".


***


L'article a tout de suite suscité des réactions opposées : d’un côté les protestations des défenseurs de la vie de tout être conçu, sans exception ; de l’autre les applaudissements des partisans de la liberté d’avortement.

S’estimant publiquement et injustement désavoué par le Vatican, l'archidiocèse d’Olinda et Recife a réagi par une note publiée le lendemain sur son site, dans laquelle il disait que Fisichella ne se montrait pas informé des faits et qu’il mettait en doute la doctrine même de l’Église en matière d’avortement.

L'archevêque Cardoso Sobrinho a demandé aux autorités vaticanes de publier sa note dans "L'Osservatore Romano". Il n’a pas obtenu de réponse.

Beaucoup d’évêques du Brésil et du monde entier ont exprimé leur solidarité à Cardoso Sobrinho. Mais entre temps – le silence du Vatican se prolongeant – la thèse selon laquelle l’Église avait approuvé l'avortement "thérapeutique" a trouvé place dans de nombreux journaux de différents pays. Cette thèse a aussi paru recevoir le soutien d’une déclaration du porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, le 21 mars, alors que le pape était en voyage en Afrique.

Le 4 avril, "L'Osservatore Romano" est revenu brièvement sur le sujet, mais sans donner la moindre satisfaction à ceux qui critiquaient l'article de Fisichella. Il a même fait le contraire. Dans une note, le journal du Vatican a cité une déclaration d’une journaliste laïque très connue, Lucia Annunziata, ancienne présidente de la télévision italienne d’état, qui reconnaissait à l’Église "une transparence jamais vue" et motivait son compliment de la façon suivante :


"Je me réfère à l'intervention de Mgr Fisichella sur l’affaire de la fillette brésilienne, publiée par 'L'Osservatore Romano'".


Pour bon nombre de membres de l’académie pontificale pour la vie, la mesure était comble. Ce même 4 avril, 27 d’entre eux, sur un total de 46, ont signé une lettre à leur président Fisichella, dans laquelle ils lui demandaient de corriger les prises de position "erronées" qu’il avait formulées dans l’article.

Le 21 avril, Fisichella leur a répondu par écrit, en repoussant leur demande.

Début mai, 21 des signataires de la lettre précédente se sont alors adressés au cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, en demandant à la congrégation une déclaration clarifiant la doctrine de l’Église en matière d’avortement.

La lettre a été remise le 4 mai. La congrégation pour la doctrine de la foi l’a transmise au cardinal Bertone, parce que – a-t-on expliqué aux auteurs – "l’article de Fisichella a été écrit à la demande du cardinal secrétaire d’état et approuvé uniquement par lui".

Mais, ne recevant de Bertone aucune assurance d’un éclaircissement, certains membres de l’académie pontificale pour la vie ont décidé de s’adresser directement au pape.

Christine de Marcellus Vollmer – une vénézuélienne qui vit aux Etats-Unis, présidente de l’Alliance for Family et de la Latin American Alliance for Family - et quatre autres membres de l'académie ont rencontré Benoît XVI, pendant quelques minutes, après l'audience générale d’un mercredi. L'audience leur avait été accordée grâce aux bons offices du cardinal Renato Martino.

Les cinq académiciens ont remis à Benoît XVI un solide dossier, contenant un grand nombre d’articles de presse qui affirmaient tous que, grâce à l'article de Fisichella, l’Église avait définitivement ouvert la porte à l’avortement "thérapeutique".

Le pape Joseph Ratzinger s’est montré stupéfait et attristé. Il a murmuré :

"Il faut faire quelque chose... On va faire quelque chose".



Le 8 juin, Benoît XVI a discuté de l’affaire avec le cardinal Bertone et a donné l’ordre de publier une déclaration confirmant comme inchangée la doctrine de l’Église en matière d’avortement.

Entre temps, l'archidiocèse d’Olinda et Recife avait adressé au Vatican un mémorandum donnant un compte-rendu détaillé de ce que l’Église locale avait fait et continuait à faire pour aider la fillette et ses proches, de même qu’elle avait protégé jusqu’au bout les deux enfants dont elle était enceinte.

Le mémorandum concluait en demandant justice pour l'archevêque Cardoso Sobrinho, faute de quoi Fisichella ferait l’objet d’une plainte canonique.

Mais d’autres semaines ont passé, sans que rien ne bouge au Vatican. Alors Christine de Marcellus Vollmer et d’autres académiciens se sont résolus à un geste de pression extrême. Ils ont menacé de démissionner collectivement de l’académie pontificale pour la vie. Jour après jour, le nombre d’adhésions à ce projet augmentait. On en était à 17 quand enfin, dans l’après-midi du 10 juillet, "L'Osservatore Romano" a publié l’"Eclaircissement" attendu de la congrégation pour la doctrine de la foi à propos de l’article de Fisichella.

La note, publiée sans aucune mise en valeur, ne disait pas que l'article de Fisichella était erroné, mais seulement qu’il avait fait l’objet de "manipulation et d’instrumentalisation". Un expédient rhétorique qui a permis à Fisichella et à Bertone – tous deux membres de la congrégation pour la doctrine de la foi – de sortir de l’affaire avec un minimum de dommages.

Mais les ennuis ne sont pas terminés, pour l'archevêque président de l’académie pontificale pour la vie. Dans les prochains jours, il va se trouver face à face avec les académiciens qui ont demandé sa tête. Et qui vont la redemander.

Le réquisitoire, le voici.



LES PIÈGES DE LA COMPASSION

par Michel Schooyans

 

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Un terme ambigu

Lorsqu’on parle de compassion, on pense immédiatement à la souffrance d’autrui, à la situation tragique dans laquelle il se trouve. Il s’agit de le comprendre, de "sympathiser" avec lui, de partager sa détresse et de la porter avec lui. Cette situation de malheur, il faut certes essayer de l’alléger, d’y porter remède dans toute la mesure du possible. Le mot compassion connote en outre l’idée de partage psychologique et affectif de la souffrance, spécialement quand celle-ci échappe aux contrôles médicaux et autres. Lorsque nous allons voir un malade cancéreux en phase terminale, par notre présence, par une parole, par un geste de tendresse, nous exprimons comme nous le pouvons la part que nous prenons à sa souffrance et nous essayons de le réconforter.

Or, dans les nouvelles concernant des cas d’avortements, d’euthanasie, de suicide assisté, il est fréquent que l’on invoque la compassion pour "justifier" l’acte qui a été exécuté ou qui va l’être. Si, avant sa naissance, un enfant est déclaré porteur d’une malformation grave, on fera valoir que si on laisse se poursuivre la grossesse, l’enfant aura une vie qui ne vaut pas d’être vécue; on recommandera donc de l’avorter par compassion, par pitié. On partage, dit-on, la peine que lui cause son état, mais la meilleure façon de l’aider, la seule – dit-on – effectivement possible, c’est de mettre un terme à sa vie. L’enfant sera tué par compassion.

On renchérit en disant que personne n’a le droit d’imposer à une femme d’attendre un enfant qui sera – dit-on – pour elle, pour le père, pour la famille, un "fardeau" insupportable. On invoquera ici la compassion vis-à-vis des parents. Dans la foulée, on ajoute qu’on ne peut imposer à la société le poids d’existences dont l’entretien est coûteux mais inutile ; le handicapé de naissance n’apporte rien à la société. On admettra donc l’avortement par compassion vis-à-vis de la société, qui, "à son regret", doit se résigner à supprimer un de ses membres. On ira parfois jusqu’à voir dans cet acte un geste de justice sociale, de "purification ethnique", d’eugénisme.

La compassion pourra aussi s’adresser aux médecins avorteurs. Pratiquer un avortement est pour eux – dit-on – une "décision difficile à prendre" et un acte qu’ils n’exécutent que pour obéir à leur conscience. Il faut donc compatir avec les médecins qui, par exemple "pour le bien" de l’enfant ou de sa mère, prennent "avec courage" la décision de procéder à l’avortement. Loin de les blâmer, il faudrait les soutenir psychologiquement et moralement, les protéger par un dispositif légal approprié.

Ces quelques exemples permettent de percevoir différentes facettes de ce qu’on regroupe aujourd’hui sous un seul mot ambigu : la compassion. Il y a d’abord la compassion au sens habituel de sympathie, de commisération. Cependant, dans les divers exemples cités, on observe que la compassion est invoquée et s’exerce de manière très différente selon qu’elle fait une victime, l’enfant non-né, ou qu’elle est censée soulager la mère, légitimer des lois ou cautionner l’intervention des médecins.


La compassion aujourd’hui

Nous pouvons discerner la vraie et la fausse compassion dans des faits ou prises de position observables dans le monde d’aujourd’hui. Ainsi apparaîtront les ravages que la fausse compassion est en train d’exercer tant au niveau des personnes qu’au niveau des sociétés humaines. Passons donc en revue quelques exemples.

1) En 1962, la cour d'assises de Liège (Belgique) a été amenée à juger une mère qui, "par compassion", avait tué son enfant. Pendant sa grossesse, cette mère avait pris du Softenon, connu aujourd’hui sous le nom de Thalidomide. L'enfant était né porteur de malformations graves. La mère a décidé de mettre fin à la vie de son enfant ; ce qu'elle fit en effet. Au terme d'un procès très "médiatisé", la femme fut acquittée. Elle sortit libre du tribunal, sous les applaudissements nourris du public.

2) Les animaux bénéficient de plus en plus de la "compassion" des hommes. Dans un film "documentaire" d’Al Gore, "Une vérité qui dérange", consacré au réchauffement climatique, on voit une animation montrant un ours polaire exténué en train de chercher désespérément un appui sûr pour se sauver la vie. Le message est clair : si la calotte polaire se réchauffe et fond, la raison doit en être cherchée dans le nombre excessif des hommes qui polluent la terre (1). Il faut donc contrôler la croissance démographique de l'humanité, dont on assure qu'elle est la cause de la dégradation du milieu ambiant. En outre, la "compassion" envers les animaux, la protection de la faune, de la flore et des espèces en voie de disparition, requièrent le respect de quotas fixant le nombre, voire la "qualité" d'hommes autorisés à se reproduire. Dans une de ses variantes, cette position recommande aux hommes d'avoir de la "compassion" pour Gaïa, la Terre Mère, qui – avance-t-on – se dégrade en raison de l'action dévastatrice de l'homme. L'homme doit être sacrifié à l'environnement (2).

3) Au cours des dernières années ont surgi plusieurs affaires retentissantes de pédophilie. Aux USA, au Mexique, en Irlande et dans d'autres pays, des membres du bas ou du haut clergé ont été impliqués dans plusieurs procédures judiciaires. Dans la plupart de ces cas, il a été reproché aux autorités ecclésiastiques d'avoir essayé d'étouffer ces affaires. Aussi longtemps qu'elles l’ont pu, ces autorités ont fait semblant que rien, ou si peu, ne s'était passé. Le motif le plus souvent invoqué est celui de la "compassion" pour les auteurs des actes pédophiliques. On invoque la compassion pour les pauvres clercs, qui souffrent déjà tant de leurs pulsions, et que leurs supérieurs ne peuvent accabler publiquement ni moins encore exposer à la condamnation infamante par des instances judiciaires compétentes. S’il faut protéger les avorteurs, pourquoi ne faudrait-il pas protéger les pédophiles?

Cette attitude rappelle l'affaire de Recife (Brésil), qui a défrayé la chronique en mars-avril 2009 (3). Dans les deux cas, les cas de pédophilie et celui de Recife, plutôt que de manifester de la compassion pour les petites victimes innocentes, on invoque la "compassion" pour ceux qui leur ont fait un tort immense, médecins à Recife, clercs ailleurs.

4) Le 16 novembre 2009, la presse annonçait une initiative de Ségolène Royal. Toujours très médiatisée, la présidente de la région Poitou-Charentes (France) annonçait la distribution de "colis contraceptifs" (4). Ces kits contraceptifs contiennent notamment des préservatifs et des "chèques contraception". L'objectif de Ségolène Royal, c'est de "venir au secours de la détresse des élèves", de réduire la détresse sociale que représentent les "grossesses précoces". Après avoir incité à la consommation sexuelle par l'adjonction de préservatifs dans le kit contraceptif, Ségolène Royal rappelle l'existence d'une "circulaire prévoyant déjà la contraception du lendemain". Ici encore, des adolescentes et des enfants non nés risquent de faire les frais de la pseudo-compassion.

5) On assiste aujourd'hui à une mise en question radicale du mariage et de la famille. Des chrétiens demandent à l'Église d'autoriser le divorce ou de permettre le "remariage" de divorcés. Certains vont plus loin puisqu'ils demandent que l'Église reconnaisse les unions homosexuelles, avec ou sans adoption d'enfants. Ces revendications se font toutes au nom de la "compassion". L'Église aurait tort de se montrer intransigeante sur ces questions ; elle serait sans pitié pour les époux injustement plaqués par leur conjoint et pour les enfants du couple divorcé. Elle ignorerait la tendance homosexuelle inscrite dans la constitution de certains hommes ou de certaines femmes. Ici encore il est fait appel à la "compassion". Mais quelle compassion?

Interpellé sur la question du mariage et du divorce, Jésus réaffirme avec force le dessein de Dieu depuis les origines : le mariage voulu par Dieu est monogame, fidèle, indissoluble (5). Jésus restaure le mariage tel qu'il était selon le cœur de Dieu au moment de la création (6). Il ne fait aucune concession concernant le mariage tel que Dieu l'avait voulu. Les apôtres s'étonnent même de cette rigueur de Jésus (7). Comme certains le font aujourd'hui, ils attendaient de Jésus une compassion au rabais, une tolérance en quelque sorte, vis-à-vis de la loi, vis-à-vis de la volonté clairement énoncée par le créateur dès les origines. La justification, la sanctification apparaissent ici comme un retour au commencement, une recréation passant par la conversion du cœur. Ce que Jésus met en lumière, c'est l’égale dignité de l’homme et de la femme. L’homme ne saurait revendiquer un "droit" quelconque à répudier sa femme. Ce que révèle Jésus, c’est la force de Dieu à l'œuvre dans le mariage. C'est Dieu qui unit. La compassion ne saurait s'exprimer dans le rejet de la force divine toujours à l'œuvre dans le mariage. En revanche, la compassion de Dieu s'exprime dans le pardon que Jésus propose à ceux et celles qui ont commis l'adultère, se sont prostitués ou qui ont pratiqué l'homosexualité (8). La compassion de Jésus n'est nullement une approbation du péché ; c'est une invitation à accueillir le pardon et à revenir sur le droit chemin. La compassion de Jésus, c'est la miséricorde (9).

6) Binding (1841-1920), juriste, et Hoche (1865-1943), médecin, ont publié en 1920 un ouvrage très peu connu et qui a cependant été l'un des plus influents au cours du XXe siècle. Les auteurs expliquent qu'il faut "libéraliser la destruction d'une vie qui ne mérite pas d'être vécue" (10). C'est le titre de cet ouvrage, où se trouve formulé et justifié le programme d'euthanasie qui sera mis en œuvre quelques années plus tard par Hitler. Comme d'habitude, l'argumentation donne l'impression d'être imprégnée de compassion. Il y a, assure-t-on, des catégories d'individus dont la vie ne mérite pas la protection pénale. Leur vie est sans valeur. L'euthanasie leur épargnera de vivre une vie qui n’est pas digne d'être vécue. Ces individus, il faut les euthanasier dans leur propre intérêt. Mais il faut aussi les euthanasier par intérêt pour la société : ces êtres sont non seulement sans valeur, mais ils sont un fardeau pour tous ceux qui sont utiles à la société. La "compassion" vis-à-vis de la société doit être invoquée autant que la "compassion" vis-à-vis de ces êtres qui doivent être libérés de leur manque total de valeur et d’utilité. Or derrière ces considérations apparemment attendrissantes se cachent des considérations pseudo-scientifiques à fortes connotations eugéniques et racistes. La compassion est ici manipulée au profit d'un programme politique qui est la négation même de la compassion.

7) Dans l'affaire de Recife (11), nous avons pu observer un cas flagrant de compassion mensongère. En résumé, il fallait faire preuve de compassion vis-à-vis des médecins qui avaient pratiqué un double avortement direct. Il fallait étouffer cette affaire comme on en étouffe d’autres (12). Or la littérature médicale rapporte des situations semblables à celle vécue par "Carmen", la petite fille de Recife, mais où la vraie compassion s'est exprimée vis-à-vis de très jeunes mères et de leur enfant. La presse médicale faisait déjà état, en 1959, de l'existence d'une trentaine de cas connus de grossesses très précoces, souvent avant l'âge de 12 ans. Le cas le plus connu est celui d'une petite péruvienne, Lina Medina, née en 1933, qui a eu ses premières règles à l'âge de 8 mois (sic) et qui est tombée enceinte à l'âge de 5 ans (sic). A l'âge de 5 ans et 8 mois, elle a donné naissance à un garçon, Geraldo, qui, en 1954, avait 15 ans alors que la maman en avait 20. Les médecins avaient diagnostiqué, chez la maman, une puberté précoce constitutionnelle, non pathologique.

Ce qui est remarquable dans l'histoire de Lina Medina, c’est précisément que ce sont les médecins qui ont constaté que la grossesse de la fillette n'avait rien de pathologique. L'éventualité d'un avortement n'a jamais été envisagée. Les médecins ont au contraire fait preuve de compassion vraie vis-à-vis de la mère et de son enfant. Notons qu'aux dernières nouvelles, la mère vit dans la périphérie de Lima, au Pérou. Jusqu'à présent, la mère n'a jamais révélé le nom du père de son enfant. Celui-ci était né par césarienne et est décédé en 1979 à l'âge de 40 ans (13).

L'article publié par "La Presse Médicale", dans son édition du 13 mai 1939, précise que l'accouchement, par opération césarienne, a été réalisé par le Dr Geraldo Lozada. Le bref article du 13 mai souligne que


"La petite Lina est entourée de soins minutieux. Un comité de dames s'est constitué pour assurer pour maintenant et pour l'avenir les soins et les conditions matérielles de la vie de la petite maman et du futur bébé".


L'article du 31 mai 1939, dû aussi au Dr Escobel, en appelle lui aussi à la compassion :


"On espère que l'État, et le Foyer de la Mère, vont protéger cette malheureuse enfant, qui a créé dans tous les cœurs un mouvement de sympathie et de pitié, d'autant plus que son petit est né le jour même où la nation péruvienne célébrait la Fête de la Mère".


8) En raison de sa gravité, le sida est aussi une maladie qui incite à la compassion. Des établissements publics ou privés se sont spécialisés dans la prévention et/ou le traitement de cette maladie. Des centres d’accueil et de soins ont été fondés pour accueillir, soigner et accompagner jusqu’au bout les personnes atteintes par ce mal. Des congrégations religieuses, spécialisées dans les soins de santé, ont adapté leurs programmes aux situations nouvelles créées par l’expansion de cette pandémie. L’exemple de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta a fait école. Tous ne sont pourtant pas inspirés de la compassion exemplaire de Mère Teresa.

En mars 2009, dans l’avion qui le conduisait en Afrique, le pape Benoît XVI s’est fait harponner par des journalistes parce qu’il avait osé déclarer que le préservatif n’était pas vraiment la solution au problème. Toujours prompte à enrichir le recueil des "histoires belges", la chambre des représentants [de Bruxelles], y compris divers mandataires "chrétiens", a condamné les propos "irresponsables" et "inacceptables" du pape. C’est à peine si les honorables députés n’ont pas demandé une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU ! Dieu merci, le sénat belge n’a pas suivi la chambre des représentants dans son délire antichrétien.

Mais cette même chambre aurait cependant pu revendiquer la caution de quelques éminents ecclésiastiques. Parmi eux, des cardinaux très médiatisés, dont les noms sont bien connus, ont curieusement recommandé l’usage du préservatif en présentant celui-ci comme un moindre mal, le mal plus grand à éviter étant le danger de contagion mortelle en cas de non recours à cette précaution. Le motif invoqué est donc la compassion.

L’argumentation se développe habituellement comme suit : la pulsion sexuelle étant irrésistible et incontrôlable, l’usage du préservatif est le seul moyen efficace d’éviter le sida. Il s’en faut de peu pour que certains "moralistes" aillent jusqu’à invoquer le Vème commandement de Dieu, "Tu ne tueras pas", pour présenter le port du préservatif comme une obligation morale ! D’autres moralistes ou pasteurs développent une variante de cette argumentation : ils enseignent à pécher sans risque.

Dans le cas du sida, la compassion est donc invoquée à deux titres différents. Bien sûr, la compassion s’adresse d’abord aux malades atteints par cette terrible maladie. Comme pour tous ceux qui souffrent de maladies très graves, il faut veiller à ce que leurs souffrances soient soulagées, à ce qu’ils reçoivent les soins d’hygiène dont ils ont besoin ; il faut leur dire des mots de tendresse : leur dire la tendresse des hommes, mais aussi la tendresse de Dieu. Mais dans le cas qui nous occupe, la compassion est aussi invoquée de façon mensongère : le préservatif s’impose – insinue-t-on – en raison de l’incontrôlabilité de la passion des hommes, de leur absence de liberté face aux pulsions qui les assaillent.

Ce n’est pas notre intention de reprendre ici les discussions sur le sida, ses causes, son traitement, etc. Deux constats devraient cependant faire réfléchir les zélateurs de la fausse compassion. Rappelons d’abord qu’il suffit de consulter les magazines de consommateurs pour apprendre que les préservatifs ne sont pas fiables à 100%. S’il n’est pas sûr à 100% pour la contraception, pourquoi le serait-il pour empêcher la transmission du sida?

Mais il y a un autre aspect du problème, largement méconnu par beaucoup d’éminents pasteurs-théologiens. C’est ce que les économistes appellent l’effet de rebond. L’image de la balle qui rebondit est en effet suggestive : au terme d’une première parabole, elle touche le sol, mais c’est pour repartir aussitôt, vers le haut et plus loin. Deux exemples familiers feront comprendre ce dont il s’agit. L’arrivée des lampes économiques a été saluée avec enthousiasme : une lampe économique de 11 watts donne autant de lumière qu’une lampe classique de 60 watts. On pourrait s’exclamer : "Quelle économie !". En fait, on observe qu’en raison même de la basse consommation de ces lampes, les gens tendent à mieux éclairer leurs maisons en multipliant les lampes et en augmentant le nombre d’heures d’éclairage. Les lampes économiques compensent ainsi les économies qu’elles étaient censées provoquer ; elles peuvent même amener une augmentation de la consommation.

Autre exemple : certaines voitures, naguère équipées d’un moteur gourmand, sont aujourd’hui équipées de moteurs particulièrement sobres. Ici aussi, les gens se disent : "Quelle économie !". Mais comme la voiture consomme, disons, 5 litres de gasoil au lieu des 8 litres de la voiture précédente, les gens trouveront que rouler est devenu moins cher et ils rouleront plus qu’ils ne le faisaient avec leur vieille voiture. On roule plus avec une voiture qui consomme moins. Il en résulte que l’économie réalisée par le moteur de nouvelle génération est compensée par une augmentation du nombre de kilomètres roulés et souvent par l’augmentation de la vitesse à laquelle on avait l’habitude de conduire.

Un troisième exemple du rebond est signalé par Jacques Suaudeau (14). Lorsque le port de la ceinture de sécurité est devenu obligatoire en Angleterre, on a constaté avec surprise que le nombre d’accidents et de victimes avait augmenté. Une étude attentive a révélé que les automobilistes croyaient trouver une plus grande sécurité dans le port de la ceinture. Mais ils prenaient plus de risques, roulaient plus vite qu’avant. Le bénéfice qu’on attendait du port de la ceinture a été compensé par des prises de risque accrues.

Le phénomène du rebond s’observe aussi dans l’utilisation du préservatif et dans l’incidence de cette utilisation sur l’extension de la maladie. Les éminents moralistes devraient tenir compte de ce phénomène. Le matraquage médiatique incitant à recourir au préservatif pour limiter l’expansion du sida a un effet pervers : le préservatif donne un sentiment faux de sécurité. En y recourant, les utilisateurs tendent à compenser le risque amoindri par le préservatif en multipliant les rapports hasardeux plus qu’ils ne le faisaient habituellement, en changeant de partenaires, en variant les rapports et en ayant les premières relations sexuelles de plus en plus tôt.

Remarquons que c’est ce qu’a expliqué le Dr Edward C. Green le 19 mars 2009, après le lynchage médiatique dont le pape a été l’objet lors de son voyage en Afrique :


"Nos meilleures études […] mettent en évidence une association constante entre une plus grande disponibilité et un plus grand usage de condoms et un taux plus élevé (non pas plus bas) d’infection par HIV. Cela peut être dû en partie à un phénomène connu comme compensation du risque, ce qui signifie que quand on utilise une ‘technologie’ qui réduit le risque, telle que les condoms, on perd souvent le bénéfice (la réduction du risque) en ‘compensant’ ou en prenant de plus grands risques que ceux que l’on prendrait sans la technologie qui réduit le risque". (15)


Voilà encore, à propos du sida, un exemple remarquable de "compassion" mensongère et violente. Mensongère parce que reposant sur des assertions dont quelqu’un d’un peu informé peut démasquer la fausseté. Violente, parce qu’au nom de prémisses fausses on pousse objectivement à prendre le risque de mourir et de donner la mort.

9) Peut-on donner la communion à des parlementaires qui se déclarent publiquement en faveur de l'avortement ? A cette question, certains pasteurs ont donné, pratiquement ou théoriquement une réponse affirmative. Il faudrait, dit-on, avoir de la compassion pour ces parlementaires, déchirés intérieurement. Comme chrétiens, disent-ils, ils sont certes opposés à l'avortement ; mais lors du débat parlementaire, ils votent pour sa légalisation. Ces représentants, dit-on, vivent un drame de conscience et il ne faudrait pas les renvoyer s'ils se présentent pour recevoir la sainte communion. Des situations analogues se présentent, par exemple, pour des médecins avorteurs notoires, pour des magistrats, des responsables politiques, etc. Tous auraient besoin de confort spirituel et devraient pouvoir s'approcher de la Sainte Table.

Quelques prises de position récentes montrent que l'Église ne peut approuver cette pseudo-compassion. Épinglons-en deux.

a. En novembre 2009, Juan Antonio Martínez Camino, jésuite, évêque auxiliaire de Madrid et secrétaire général de la conférence épiscopale espagnole, rappelle qu'en approuvant et en votant une loi en faveur de l'avortement, les baptisés se mettent objectivement en état de péché mortel (16). Ceux qui promeuvent de telles lois pèchent publiquement et ne peuvent être admis à la Sainte Table. Pour être sûr d'avoir été bien entendu, l'évêque auxiliaire de Madrid ajoute que celui qui affirme qu'il est légitime d'ôter la vie à un être humain innocent tombe dans l'hérésie et encourt l'excommunication "latae sententiae" (17).

Le 27 novembre 2009, l'assemblée plénière de la conférence épiscopale espagnole publiait une déclaration selon laquelle les politiciens qui votent une proposition de loi libéralisant l'avortement en Espagne se placent eux-mêmes dans "un état de péché objectif et, si cette situation se prolonge, ils ne peuvent être admis à la sainte communion." (18)

b. Le dimanche 22 novembre 2009 (19), Patrick Kennedy, membre démocrate de la chambre des représentants des USA, annonce que l'évêque de Providence, Thomas J. Tobin, l'a prié de s'abstenir de recevoir la sainte communion et a invité les prêtres de son diocèse à ne pas la lui donner. Il faut rappeler que, quelque temps avant cette interdiction, le congressman Patrick Kennedy avait déclaré publiquement son opposition à l'enseignement de l'Église sur le respect de la vie.

10) Les pièges de la compassion que nous avons passés en revue ont fait l’objet de plusieurs déclarations de la plus haute importance de la part de Son Excellence Mgr Raymond L. Burke, préfet du tribunal suprême de la signature apostolique et archevêque émérite de Saint Louis MO, aux USA. Nous nous limiterons à présenter trois de ces documents.

a. Le vendredi 3 mai 2009, l’archevêque Burke prononçait le discours principal du "Déjeuner et Prière" réunissant des catholiques priant pour la nation américaine. Ce discours a pour titre "Les enseignements de l’Église catholique" (20). Le préfet y analyse les pratiques hostiles à la vie, au mariage et à la famille.

Dénonçant la fausse compassion dans l’action des pouvoirs publics, l’archevêque souligne que les attaques contre la vie, le mariage et la famille ruinent les fondements sur lesquels sont bâties la nation américaine et les nations attachées à ces mêmes fondements. Il incite les catholiques – qu’ils soient médecins, hommes politiques, hommes d’affaires, etc. – à respecter la loi naturelle et la loi divine, qui sont au cœur de l’enseignement de l’Église. L’archevêque invite à la prière, au jeûne, à la confession, à la sainte communion pour que le Seigneur éclaire les leaders. Une attention spéciale doit être réservée, dans les universités et les institutions d’éducation catholique, à la jeunesse. Celle-ci doit être préparée à reconnaître que là où Dieu est rejeté, la sécularisation et le relativisme ouvrent la voie à des lois et à des programmes politiques immoraux. Au contraire, il faut presser les législateurs et les électeurs de corriger les lois gravement injustes.

Enfin, "qu’un doctorat honoris causa ait été conféré par Notre-Dame University à un président promouvant agressivement un agenda anti-vie et anti-famille est source du plus grand scandale".

b. Le 18 septembre 2009, l’archevêque Burke prenait la parole au XIVe dîner annuel de partenariat organisé par "Inside Catholic" (21). Ce discours a été publié sous forme d’article dans "Crisis Magazine", en date du 26 septembre 2009. Il a pour titre "Reflections on the Struggle to Advance the Culture of Life."

L’archevêque nous offre ici un discours d’une force exceptionnelle. Voici, citées librement, quelques idées force de ce discours:


"Il est impossible d’être catholique pratiquant si, dans sa conduite, on soutient le droit à l’avortement ou le droit au mariage de personnes de même sexe. Nous devons reconnaître le scandale donné par des chrétiens omettant de faire respecter la loi morale naturelle dans la vie publique. Cette omission engendre la confusion et induit en erreur tous les citoyens. Par nos actions et nos omissions, nous pouvons conduire des hommes et des femmes à faire le mal et à pécher, ainsi qu’à nuire gravement aux frères, aux sœurs, à la nation. Notre-Seigneur a condamné sans équivoque ceux qui, par leurs actions, provoqueraient un vrai scandale, c’est-à-dire qui plongeraient les autres dans la confusion ou les conduiraient à pécher (22). C’est pourquoi la discipline de l’Église interdit de donner la sainte communion et d’accorder des funérailles religieuses à ceux qui persistent, après avoir été admonestés, à violer gravement la loi divine (23). Certes, l’Église confie chaque âme à la miséricorde de Dieu […], mais cela ne la dispense pas de proclamer la vérité de la loi divine. Lorsque quelqu’un a publiquement adhéré et coopéré à des actes coupables, […] sa repentance de telles actions doit elle aussi être publique".


Appelant les choses par leur nom, l’archevêque Burke n’hésite pas à aller au fond du problème :


"On voit la main du Père du Mensonge à l’œuvre dans le peu d’attention portée à la situation de scandale, ou dans le fait que sont ridiculisés ou même censurés ceux qui ressentent le scandale.".


c. Le 29 septembre 2009, l’archevêque Burke intervenait pour prendre la défense des militants pro-vie qui protestaient contre le scandale des funérailles grandioses et très médiatisées célébrées pour le sénateur Ted Kennedy (24). Ce sénateur "catholique" s’était souvent distingué par ses positions inacceptables en matière de respect de la vie et de la famille. Certains catholiques, pris de compassion pour le sénateur, s’en étaient pris vivement aux militants pro-vie et pro-famille, les accusant entre autres de briser l’unité de l’Église. La mise au point de l’archevêque ne devait pas se faire attendre :


"Une des ironies de la situation présente c’est que quelqu’un qui éprouve le scandale face à des actions publiques gravement coupables d’un autre catholique est accusé de manquer de charité et de causer une division dans l’unité de l’Église.

"Dans une société dont la pensée est gouvernée par la ‘tyrannie du relativisme’, et dans laquelle le politiquement correct et le respect humain sont les ultimes critères de ce qu’on doit faire ou de ce qu’on doit éviter, l’idée d’induire quelqu’un en erreur morale a peu de sens. […] Ce qui cause émerveillement dans une telle société, c’est le fait qu’il en est qui omettent d’observer le politiquement correct, et qui, par là-même, semblent perturber la prétendue paix de la société. Cependant, mentir ou omettre de dire la vérité n’est jamais un signe de charité".



Une question incontournable
   
La pseudo-compassion, souvent invoquée en faveur d’auteurs d'actes en soi mauvais, tel l'avortement, conduit donc au scandale ; elle invite les autres à pécher gravement. Le scandale, c’est la première chose à éviter (25). La pseudo-compassion conduit aussi à l'hérésie, à la déchirure dans l'Église, car elle incite les fidèles à s'écarter d'un point non négociable de la doctrine de l'Église : le devoir de respecter la vie innocente. La pseudo-compassion renforce la dérive vers la "tyrannie du relativisme", que l'on observe chez certains pasteurs et/ou théologiens. A terme, la pseudo-compassion pourrait conduire à une situation dans laquelle la doctrine de l'Église et la morale naturelle résulteraient d'une procédure consensuelle et se formuleraient dans des compromis.

Certains, abusés par la pseudo-compassion vis-à-vis de ceux qui pèchent publiquement contre la vie, estiment que l'Église est, sur ces questions, fort sévère. L'Église, en effet, ne mâche pas ses mots:

"Les excommuniés et les interdits […] et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion" (26).

Or si l'on se souvient du caractère mensonger et violent de la pseudo-compassion, on observera aussitôt que cette sévérité n'est qu'apparente, qu'elle est même une haute expression de la charité. Elle est un appel urgent au changement de vie. Le refus de donner la communion pour les raisons que nous avons rappelées n'est que l'expression de l'amour de l'Église pour les plus faibles, et l'invitation à la repentance adressée à ceux qui risquent de rester enchaînés dans leurs péchés, et d’y enchaîner les autres.
   
Reste une question délicate mais incontournable. Puisque, dans les conditions rappelées, la sainte communion doit être refusée à un laïc, le code de droit canonique prévoit-il des mesures de suspension, au double motif du scandale et de l’hérésie, pour les clercs manifestant publiquement leur pseudo-compassion pour les avorteurs ?

Louvain-la-Neuve, janvier 2010



(1) "Le Monde" du 19 novembre 2009 titrait en manchettes et à la première page : "Le poids de la natalité menacerait le climat". La suite de cet article, dû à Grégoire Allix, apparaît en p. 4 sous le titre "Limiter les naissances, un remède au péril climatique ? Les Nations Unies appellent à la prise en compte de la question démographique lors du sommet de Copenhague."

(2) Cf. à ce sujet notre ouvrage "La face cachée de l’ONU", pp. 61-70 ; ce chapitre est intitulé : "La Charte de la terre et l’impératif écologique". Voir ce qu'écrit Saint Paul à ce sujet, Rm 8, 18-22.

(3) Ainsi qu'on s'en souvient, une fillette de 9 ans, "Carmen", violée par son beau-père, s'est trouvée enceinte de jumeaux. Malgré les appels à la compassion lancés par Dom José Cardoso Sobrinho (alors archevêque de Recife) et de ses collaborateurs, cette fillette a été soumise à un double avortement, entre autres sous la pression de mouvements féministes radicaux. Curieusement, Dom Cardoso a été désavoué par un dignitaire ecclésiastique romain, qui a tenté de faire valoir que ceux qui voulaient protéger les jumeaux avaient manqué de "compassion" pour les médecins avorteurs, "qui avaient dû prendre une décision difficile".

(4) Voir à ce sujet "La Libre Belgique" du 14 novembre 2009 et "Le Monde" du 16 novembre 2009.

(5) Cf. Mt 19, 1-9 ; Mc 10, 1-12 ; Lc 16, 18.

(6) Cf. en particulier Gn. 1, 28 ; 2, 18-24 ; cf. Jn 1, 1.

(7) Cf. Mt 19, 10.

(8) Cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1.

(9) Cf. Lc 7, 36-50, où la scène se passe chez un pharisien ; 15, 3-32 ; 19, 1-10 ; 23, 40-43.

(10) En collaboration avec Klaudia Schank, nous avons traduit et présenté cet ouvrage : "Euthanasie : Le dossier Binding et Hoche. Traduction de l'allemand, présentation et analyse de 'Libéraliser la destruction d'une vie qui ne vaut pas d'être vécue'. Texte intégral de l'ouvrage publié en 1922 à Leipzig", Paris, Éd. Le Sarment-Fayard, 2002, 138 pp. ISBN: 2-866-79329-3.

(11) Cf. ci-dessus, n° 3.

(12) Voir ci-dessus, au n? 3, les affaires de pédophilie.
 
(13) Voir à ce sujet "La plus jeune mère du monde", bref article dans "La Presse médicale", Paris, 13 mai 1939, p. 744 ; voir aussi la lettre du Dr Edmundo Escobel (Lima), "La plus jeune mère du monde", dans "La Presse médicale", Paris, 31 mai 1939, p. 875. Ce cas est aussi relaté dans l'ouvrage de Rodolfo Pasqualini, "Endocrinología", Buenos Aires, Editions El Ateneo, 1959. Voir spécialement les pp. 684-686. Pasqualini cite l'article d'Escobel à la p. 686.

(14) Voir Jacques Suaudeau, article "Sexualité sans risques", pp. 905-926 du "Lexique des termes ambigus et controversés", du conseil pontifical pour la famille, publié chez Téqui, Paris, 2005.

(15) Edward C. Green est directeur du AIDS Prevention Project at the Harvard Center for Population and Development Studies. Le texte que nous citons se trouve au http://www.lifesitenews.com/ du 19 mars 2009. On trouve à cet endroit d’autres informations.

(16) Source: http://www.elmundo.es/, dépêche du 12 novembre 2009. Voir aussi http://www.sectorcatolico.com/, dépêche du 30 décembre 2009.

(17) Cf. Code de Droit Canonique, 751; 1364, § 1; 1398.

(18) Cf. http://www.lifesitenews.com/, 27 novembre 2009. La position exempte d’ambiguïté réaffirmée par la conférence épiscopale espagnole par son secrétaire général S. Exc. Mgr Martínez Camino, a encore été réaffirmée par Isidoro Catela Marcos, directeur du bureau d’information de la CEE. Voir le site ACI Prensa : http://www.aciprensa.com/, dépêche du 4 janvier 2010, qui renvoie elle-même à http://www.conferenciaepiscopal.es

(19) Voir le site de "The Providence Journal" : http://www.projo.com/ du 23 novembre 2009, l’article de John Mulligan, "Kennedy : Barred from Communion", et les liens mentionnés.

(20) Le texte complet se trouve sur http://www.lifesitenews.com/ du 8 mai 2009.

(21) Le texte a été publié sur le site internet http://insidecatholic.com et est daté du 26 septembre 2009.

(22) Cf. Lc 17, 1-2.
 
(23) Code de Droit Canonique, 915; 1184, § 1, 3°.

(24) Cf. l’article de John-Henry Westen, "A Vatican Archbishop : Kennedy Funeral Critics Not Hurting Unity but Helping Church", sur LifeSiteNews.com, 29 septembre 2009. Les citations proviennent de cet article.

(25) Lc 17, 1 s.

(26) Cf. Canon 915.



Les trois articles de www.chiesa consacrés à l’affaire de la fillette brésilienne, avec les textes intégraux de l'article de Fisichella, de la réponse de l'archidiocèse de Recife et de l’"Eclaircissement" de la congrégation pour la doctrine de la foi :

> Désaveu. Le Saint-Office donne une leçon à Mgr Fisichella (10.7.2009)

> L'affaire de Recife. Rome a parlé, mais le procès n'est pas fini (3.7.2009)

> Bombes à retardement. En Afrique le préservatif, au Brésil l'avortement (23.3.2009)


Il faut aussi noter que le désaveu public de l’archevêque de Recife qu’était l'article de Mgr Fisichella dans "L'Osservatore Romano" du 15 mars 2009 a mis en grande difficulté l’ensemble de l'épiscopat brésilien, très engagé dans une bataille avec le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva, précisément en matière d’avortement.

Les partisans de l’avortement ont eu beau jeu de dire que les évêques brésiliens "n’avaient plus l’appui du Vatican".

On est actuellement en pleine bataille. Il suffit de citer ces quelques lignes de "L'Osservatore Romano" du 5 février 2010 :


"Avec la légalisation de l’avortement, le mariage entre personnes du même sexe – à qui a été garanti le droit à l’adoption – et autres mesures 'progressistes', le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva menace la paix sociale. C’est ce qu’affirme un document émanant de 67 évêques de l’Église brésilienne après une rencontre pastorale à Rio de Janeiro. De nombreux évêques brésiliens ont réagi sévèrement au décret de création du 'programme de droits de l’homme' signé en décembre dernier par le président Lula, qui, entre autres mesures, interdit l’exposition de symboles religieux et donc du crucifix dans les lieux publics. Cette décision a suscité des critiques sévères de la part de la conférence nationale des évêques du Brésil".



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

12.10.2009

L'Espagne catholique a un nouveau héraut: Juan Manuel de Prada

L'Espagne catholique a un nouveau héraut: Juan Manuel de Prada

Cet écrivain confirmé est devenu un défenseur infatigable de l'Eglise et du pape, y compris dans "L'Osservatore Romano". Son histoire est celle d'une conversion, comme il y en a tant en Europe, qui l'a fait passer de l'incroyance à la foi chrétienne. Contre la "tyrannie" progressiste


par Sandro Magister





ROME, le 12 octobre 2009 – On trouve depuis quelques jours dans les librairies italiennes un recueil d’interviews de gens convertis à la foi catholique. Certains sont très connus, du Français Jean-Claude Guillebaud à l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères de Norvège, Janne Haaland Matlary, auteur de livres traduits en plusieurs langues, dont un qui a été préfacé par celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger.

Le recueil d’interviews, édité par Lindau, est de Lorenzo Fazzini. Son titre est : "Nuovi cristiani d'Europa. Dieci storie di conversione tra fede e ragione [Nouveaux chrétiens d’Europe. Dix récits de conversion entre foi et raison]".

Mais "L'Osservatore Romano", le journal du Saint-Siège, compte lui aussi un converti célèbre parmi ses signatures de renom.

Il s’agit de l’écrivain espagnol Juan Manuel de Prada, en photo ci-dessus avec la couverture-manifeste du roman qui a consacré définitivement son succès en 2003 : "La vida invisible [La vie invisible]".

De Prada, 39 ans, a réuni dans son dernier livre les articles "de combat" qu’il a écrits pour défendre le catholicisme dans les journaux espagnols "ABC" e "XL Semanal", mais aussi dans "L'Osservatore Romano", auquel il collabore depuis 2007. En cinq mois seulement, le livre en est déjà à sa cinquième édition en Espagne. Depuis un mois, de Prada est aussi l’une des principales voix de "Cope", la plus importante radio catholique espagnole.

Le 2 octobre, "L'Osservatore Romano" a traduit et reproduit la préface du livre, dans laquelle de Prada rappelle comment et quand "le cours de la vie a changé" en lui.

C’était au printemps 2005, au moment de la mort de Jean-Paul II. De Prada était à Rome et "à l’improviste" il a voulu adhérer définitivement à cette "vieille liberté" qui est le trésor religieux et culturel de l’Eglise catholique : une liberté qui est "l'antidote contre toutes les tyrannies du monde".

C’est d’ailleurs le titre du livre : "La nueva tiranía. El sentido común frente al Mátrix progre [La nouvelle tyrannie. Le sentiment commun face à la Matrice progressiste]".

La "Matrice progressiste", c’est le nom que de Prada donne au grand piège qu’il voit à l’œuvre dans la culture dominante en Europe : "Dans le passé, les dictatures réprimaient les libertés personnelles. Aujourd’hui elles incitent l'homme à s’adorer lui-même et à nier ainsi sa nature".

Il écrit aussi :

"La bataille qui s’engage aujourd’hui tend à rendre aux hommes leur véritable nature. En cas de victoire – si la Matrice était désactivée – les hommes découvriraient qu’ils n’ont pas besoin de construire des tours afin d’atteindre le ciel, pour la simple raison que le ciel est déjà en eux, même si la nouvelle tyrannie cherche à le leur arracher".

On pourra lire ci-dessous la traduction de la préface écrite par de Prada pour "La nueva tiranía". Le texte original se trouve dans l'édition espagnole de cette même page de www.chiesa.

De Prada a dédié ce livre à son ami Giovanni Maria Vian, directeur du "journal du pape".



La matrice progressiste de la nouvelle tyrannie

par Juan Manuel de Prada



"Comment peut-on parler de 'nouvelle tyrannie' alors que jamais jusqu’à présent l’homme n’a eu autant de liberté et de droits ?" pourrait se demander un lecteur naïf. En effet les tyrannies classiques se caractérisaient par le fait qu’elles réprimaient la liberté et niaient les droits. Les hommes avaient conscience de cette usurpation parce que, privés de quelque chose qui leur appartenait par nature, ils se sentaient diminués.

Au contraire la nouvelle tyrannie à laquelle nous faisons référence exalte l’homme jusqu’à l'adoration, lui donnant la possibilité de transformer ses intérêts et ses désirs en libertés et en droits. Toutefois ceux-ci ne sont plus inhérents à sa nature mais deviennent des "concessions gracieuses" d’un pouvoir qui les consacre légalement. Ainsi, transformé en enfant qui voit ses caprices grandir démesurément et se réaliser, l'homme de notre temps est plus que jamais l’otage de pouvoirs qui lui garantissent la jouissance d’une liberté globale et de droits en expansion continue. Dans les tyrannies classiques, le sujet gardait au moins la consolation de se savoir opprimé par un pouvoir qui violentait sa nature ; au contraire ceux qui sont soumis à cette nouvelle tyrannie n’ont d’autre consolation que la protection du pouvoir même qui les a élevés sur l’autel de l'adoration. L’homme est ainsi devenu, sans même s’en rendre compte, un instrument dans les mains de ceux qui s’occupent de lui avec un soin minutieux, comme les fourmis s’occupent des pucerons avant de les traire.

En échange de ces "concessions gracieuses", l'homme accepte une vision hégémonique du monde qui lui est imposé et qui le transforme en objet d'ingénierie sociale. Nous appellerons Matrice progressiste cette vision hégémonique : un mirage, une grande illusion, un trompe-l'œil, que l’on accepte avec un esprit grégaire. Celui qui ose mettre en doute le trompe-l’œil est tout de suite frappé d’anathèmes, considéré comme un réprouvé ou un blasphémateur, un ennemi de l'adoration de l'homme. La Matrice progressiste, utilisée par la gauche, a aussi été assimilée par la droite, qui a renoncé à se battre sur le terrain où la confrontation avec l'adversaire s’avérerait efficace et valorisante : celui des principes. Boiteuse, la droite se limite à introduire des variantes insignifiantes dans le fonctionnement de la grande machine, sans oser en utiliser les engrenages. C’est comme labourer sans bœufs.

La Matrice progressiste est ainsi devenue une sorte de foi messianique ; elle a instauré un nouvel ordre, imposé des modèles culturels inattaquables, mis en place une nouvelle anthropologie qui promet à l'homme la libération finale mais ne lui réserve que le suicide pour l’avenir. Seul l'ordre religieux se dresse contre ce nouvel ordre. Il rend à l’homme sa vraie nature et lui propose une vision correcte du monde qui sape les bases du trompe-l'œil sur lequel s’appuie la nouvelle tyrannie, en détruisant ses falsifications. Une vision que le pouvoir combat avec de grands efforts, l'ordre religieux étant la seule forteresse qu’il lui reste à prendre d’assaut pour que son triomphe soit complet.

Le laïcisme rampant accuse l’Eglise de se mêler de la politique. Il prend comme prétexte cette phrase de l’Evangile souvent mise en avant par ceux qui ne le lisent pas : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Mais qu’est-ce qui est vraiment à César ? Les choses temporelles, les réalités terrestres ; mais pas, bien sûr, les principes d’ordre moral qui naissent de la nature humaine elle-même, pas les fondements éthiques de l'ordre temporel. La nouvelle tyrannie, si attentive à accroître les "libertés" de ses sujets, refuse à l’Eglise la liberté de juger la moralité des actions temporelles, parce qu’elle sait que ce jugement inclut un bouleversement radical du trompe-l'œil sur lequel elle fonde son existence même. Le pouvoir souhaite une Eglise pharisaïque et corrompue qui renonce à rendre à l'humanité sa vraie nature et qui accepte ce "mystère d'iniquité" qu’est l'adoration de l'homme ; elle espère une Eglise agenouillée devant César, transformée en cette "grande prostituée qui fornique avec les rois de la terre" dont parle l'Apocalypse.

Aujourd’hui, en Occident, s’engage ce grand conflit que la nouvelle tyrannie présente très habilement sous les apparences d’une "bataille idéologique". Mais si c’était vraiment d’une "bataille idéologique", le pouvoir n’y verrait pas un bouleversement ; parce que l'idéologie est justement le terrain fertile qui favorise sa domination, dans la mesure où elle instaure une "démo-rixe", c’est-à-dire une lutte "démocratique" de tous contre tous, capable de transformer les hommes en enfants irrités qui se battent pour leurs "libertés" et leurs "droits", comme les bâtisseurs de Babel luttaient, dans la confusion, pour construire une tour qui atteignît le ciel.

La bataille qui s’engage aujourd’hui n’est pas idéologique, mais anthropologique, car elle vise à rendre aux hommes leur véritable nature, en leur permettant de sortir de la confusion babélienne fomentée par l'idéologie, jusqu’à atteindre le chemin qui conduit aux principes originels. En cas de victoire – si la Matrice était désactivée – les hommes découvriraient qu’ils n’ont pas besoin de construire des tours afin d’atteindre le ciel, pour la simple raison que le ciel est déjà en eux, même si la nouvelle tyrannie cherche à le leur arracher.

Les articles réunis dans ce volume sont des comptes-rendus de cette bataille, émis depuis les tribunes que le journal "ABC" et la revue "XL Semanal" m’accordent généreusement depuis plus de 13 ans et que "L'Osservatore Romano", "Capital" et "Padres y Colegios" m’ont ouvertes depuis peu. Le lecteur curieux constatera que dans ces "comptes-rendus de bataille" se côtoient la diatribe et l'introspection, l'invective et l'élégie, la réflexion à caractère politique et la divagation artistique. Il trouvera même une sélection de chroniques écrites au cours d’un printemps romain qui a changé le cours de ma vie, puisque c’est alors – dans les jours qui ont suivi la mort de Jean-Paul II – que j’ai adhéré définitivement à la "vieille liberté", l'antidote contre toutes les tyrannies du monde. A une époque d’incertitudes qui laissent l’home égaré dans un océan d'inquiétudes, Rome s’est dressée à l'improviste devant moi comme un rocher de salut : je ne pense pas seulement au salut religieux, mais aussi au salut culturel, parce que je considère la foi de Rome comme une forteresse qui clarifie les termes de notre généalogie spirituelle et nous protège des intempéries dans lesquelles la nouvelle tyrannie voudrait nous jeter. Rejeter cette possession illimitée revient à signer un arrêt de mort sociale ; la faire sienne ne constitue pas un acte de soumission, mais d’orgueilleuse et joyeuse liberté.

L’éternelle révolution du christianisme, c’est de nous révéler le sens de la vie, en nous rendant notre nature ; de cette découverte naît une joie sans date limite. Quand un minimum de sensibilité artistique s’ajoute à cette joie, la vie devient une fête de l'intelligence. Chesterton écrivait que la joie, qui est la petite publicité du païen, devient le gigantesque secret du chrétien. Moi qui suis un chrétien un peu impudique, j’ai cherché dans ces articles à rendre public ou au moins à faire entrevoir ce secret gigantesque qui m’envahit et me transcende.

Madrid, mars 2009.

Les livres :

Juan Manuel de Prada, "La nueva tiranía. El sentido común frente al Mátrix progre", Libros Libres, Madrid, 2009.

Lorenzo Fazzini, "Nuovi cristiani d'Europa. Dieci storie di conversione tra fede e ragione", Lindau, Turin, 2009.


Le journal du Saint-Siège, auquel Juan Manuel de Prada collabore :

> L'Osservatore Romano"

Dans cet article de "L'Osservatore Romano" du 26 juin 2008, il répondait à des polémiques sur les vêtements portés par Benoît XVI en concluant : "Le pape ne s’habille pas en Prada, il a revêtu le Christ" :

> Le vesti liturgiche secondo Ratzinger


Janne Haaland Matlary, une convertie interviewée dans le livre de Lorenzo Fazzini, a été nommée, le 1er octobre, membre de l’Académie Pontificale des Sciences Sociales. A l’occasion de cette nomination, le Vatican a diffusé d’elle le portrait suivant :

"Professeur de politique internationale au département de sciences politiques de l'université d’Oslo et au Collège universitaire de la défense nationale norvégienne, elle a été secrétaire d’état (vice-ministre des Affaires étrangères) aux Affaires étrangères de Norvège de 1997 à 2000. Elle est membre expert de la commission du parlement norvégien chargée de proposer des modifications de la Constitution norvégienne pour son 200e anniversaire en 2014. Elle a aussi été membre de la Commission de défense nationale norvégienne et du conseil d’administration du Centre pour la paix et pour les droits de l’homme d’Oslo. Elle a également été membre norvégien de la task-force de haut niveau pour la Biélorussie. Ses principaux domaines de recherche sont les politiques étrangère et de défense européennes et la politique de sécurité internationale.

"Elle est membre du Conseil pontifical Justice et Paix et consulteur du Conseil pontifical pour la Famille. Elle a aussi fait partie, comme chef de délégation ou comme membre, de délégations du Saint-Siège auprès de diverses conférences internationales. En 2007 elle a reçu le prix Saint Benoît, qui lui a été attribué par la communauté bénédictine de Subiaco pour son engagement en faveur de la culture et de la politique européennes. Madame le professeur Haaland Matlary est mariée, elle a quatre enfants et elle est dame de l’Ordre Souverain Militaire de Malte".

www.chiesa a publié d’elle, il y a quelque temps, une analyse des conflits planétaires en matière d’avortement, d’euthanasie et d’homosexualité :

> Papa resto del mondo. Analisi d'una grande partita (17.4.2001)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

18.09.2009

Menace sur le respect du mariage au Luxembourg

Le programme du gouvernement luxembourgeois présenté le 29 juillet dernier prévoit l’ouverture du mariage « aux personnes de même sexe ». Les intellectuels et dirigeants catholiques du Cercle Beaumont réagissent, stupéfaits par ce projet soutenu par des chrétiens sociaux.

LE CERCLE BEAUMONT constate tout d’abord que la question de l’ouverture du mariage aux « personnes de même sexe » n’a pas été abordée pendant sa campagne électorale par le principal parti de la coalition, à savoir le CSV (Chrëschtlech Sozial Vollekspartei-Parti populaire chrétien social). L’annonce du 29 juillet 2009 ne reflète donc en aucun cas l’opinion des électeurs, et en particulier ceux du CSV. Le Cercle Beaumont s’interroge par conséquent sur les motivations de la direction de ce parti.

Si elle paraît actuellement en vogue, du moins en certaines régions, la proposition visant à autoriser les personnes de même sexe (c’est-à-dire les personnes homosexuelles) à contracter mariage dénature radicalement la réalité du mariage et ce qui en constitue la caractéristique principale, à savoir la différence sexuelle. Le Cercle Beaumont réaffirme la définition, classique, du mariage : l’union stable d’un homme et d’une femme.

À cet égard, le Cercle Beaumont rejoint le constat formulé par l’anthropologue structuraliste Françoise Héritier, peu suspecte de sympathie pour la pensée judéo-chrétienne, qui note : « Il n’y a pas de sociétés qui aient jamais été fondées en donnant le même poids à des unions homosexuelles et à des unions hétérosexuelles. C’est une simple constatation que font les historiens ou les anthropologues » (entretien accordé à la Radio France-Culture, repris par les Editions de l’Aube en 2008).
 
Loin de faire l’unanimité, la légalisation du « mariage homosexuel » est en butte à des très fortes oppositions dans de nombreuses juridictions. Aux États-Unis même, territoire emblématique, tous les référendums populaires réaffirment avec régularité la définition du mariage comme l’union d’un homme et d’une femme. D’autres pays ont décidé d’inscrire dans leur constitution cette définition afin de couper court à toute initiative « politiquement correcte ». Allant plus loin, certains États ont même décidé d’interdire l’adoption d’enfants par des ressortissants de juridictions ayant légalisé le « mariage homosexuel ».  

Le Cercle Beaumont note qu’au-delà de la question du « mariage homosexuel », le programme gouvernemental envisage d’introduire la « dimension du genre… comme axe horizontal et vertical dans les formations universitaires et les activités de recherche de l’Université du Luxembourg » (point 4 b) du programme défini pour le ministère de l’Égalité des chances). Cette proposition n’est pas anodine : en effet, selon l’idéologie du genre, la différence sexuelle n’est pas d’abord physique ni biologique, mais culturelle. Le sexe n’étant que construction culturelle, les catégories « homme » et « femme » peuvent tomber.

Le Cercle Beaumont attire l’attention du public et des décideurs sur les dérives possibles auxquelles peut donner la diffusion des concepts liés à cette idéologie.

Une forme subtile de discrimination tend à se répandre et à s’imposer. Alors que les institutions publiques, et en premier lieu, l’État, reconnaissent diverses formes d’union et de cohabitation (mariage, concubinage, partenariat sous la forme du « pacs », union libre), elles imposent le mariage civil préalable aux couples qui veulent se marier religieusement. En d’autres termes, et à titre d’exemple, un couple en situation de partenariat ne peut obtenir un mariage religieux.

Le Cercle Beaumont en appelle à l’ouverture intellectuelle de la classe politique pour qu’au Luxembourg, comme dans plusieurs autres pays européens, le mariage prononcé par les autorités religieuses soit reconnu par les autorités civiles.

Enfin, la loi disant, hélas, de moins en moins le droit et acceptant de plus en plus l’inacceptable, le Cercle Beaumont lance un appel citoyen au public pour s’opposer au projet de la coalition gouvernementale. Il soutient dès à présent toute initiative défendant et promouvant le mariage.  

Luxembourg, le 8 septembre 2009.

 

18 septembre 2009 | Christian Descoups

libertepolitique.com

21.04.2009

Mgr. Giuseppe Betori: défenseur spécial de la ville de Florence

La ville de Florence a un défenseur spécial: son évêque

Nommé récemment, Giuseppe Betori a inauguré un nouveau style pastoral, très engagé dans la sphère publique, avec la défense de la vie humaine comme priorité. En fait il a actualisé un modèle épiscopal classique dans l'histoire de l’Eglise. Pietro De Marco l'analyse et l'interprète

par Sandro Magister





ROME, le 21 avril 2009 – Florence est pour le monde entier une ville phare. Comme capitale artistique, mais aussi comme laboratoire de fortes expériences chrétiennes, individuelles ou collectives. Elle l’a sûrement été pendant une grande partie du XXe siècle.

Le nouvel exemple qu’offre aujourd’hui Florence au monde catholique – et pas qu’en Italie – est lié au rôle joué par son archevêque.

Originaire d'Ombrie et bibliste de formation, Giuseppe Betori, 62 ans, est archevêque de Florence depuis le 8 septembre 2008. Antérieurement, il a été, en tant que secrétaire général de la conférence des évêques d’Italie, CEI, le bras droit du cardinal Camillo Ruini qui en était président, puis de son successeur, le cardinal Angelo Bagnasco.

L'été dernier, alors que sa nomination était dans l’air mais pas encore officiellement décidée, bon nombre de prêtres et de laïcs florentins ont signé une lettre ouverte demandant que le nouvel évêque soit un homme de "patience" et de "pardon", qu’il renonce à "parler avec aigreur et pour condamner" et qu’il instaure "un climat de liberté et de respect réciproque" entre l’Eglise et la société civile.

On devine facilement que ce profil d’évêque ne correspondait pas à celui que les signataires de la lettre attribuaient de manière polémique à Betori.

En tout cas, c’est lui que Benoît XVI a envoyé à Florence. Dans sa première interview au journal du diocèse, Betori a annoncé qu’il agirait pour "une foi capable d’être un élément de culture". Et d’ajouter: "Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’Eglise. Il y aura donc une parole de l’Eglise à propos de toute la vie de la ville. Ce qui est humain peut et doit être éclairé par l’Evangile".

Début octobre, peu de temps avant son entrée en fonctions, il a eu un débat public avec la philosophe Roberta de Monticelli. Elle avait annoncé qu’elle quittait l’Eglise catholique précisément à cause de Betori qui, "au nom de l’Eglise d’Italie", avait condamné l'autodétermination à propos de l'interruption anticipée de la vie. Elle l’a accusé de nier "diaboliquement" "la possibilité même de toute morale: la conscience et sa liberté". Betori lui a répondu, dans le quotidien de la CEI, "Avvenire", par un éditorial calme intitulé: "Moi aussi, je demande la liberté de conscience, qui est autre chose que l'autodétermination".

Le 26 octobre, peu après son entrée en fonctions, il a été voir des petits malades à l'hôpital pédiatrique "Enrico Meyer" de Florence où un congrès avait lieu sur le thème: "Le nouveau-né est-il une personne?" avec comme orateur le néonatologiste néerlandais Eduard Verhagen, promoteur de "traitements de fin de vie" pour les bébés. L'archevêque a critiqué l'orientation du congrès qu’il a jugée "inquiétante".

Le soir du 20 novembre, il a participé à une veillée de prière pour Eluana Englaro, la jeune femme réduite à l’état végétatif que la justice italienne avait permis de faire mourir par interruption de l'alimentation et de l'hydratation, comme l’avait demandé son père: un cas très semblable à celui de Terri Schiavo aux Etats-Unis. A cette occasion, Betori a prononcé une allocution défendant avec force le maintien en vie d’Eluana: son premier acte public solennel de nouvel archevêque de la ville, sur une question également politique.

Le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, prêchant sur la place du Dôme, il a dit: "Nous sommes troublés de voir différentes personnes mettre en question, de différentes façons, la dignité intangible de l’être humain, surtout là ou il vit dans la fragilité, lors de l’apparition et de l’achèvement naturel de la vie".

Le 23 janvier, au conseil pastoral diocésain, il a cité, parmi les objectifs de l’Eglise de Florence, le retour à "la visibilité de la vie croyante au quotidien" et la réduction de la fracture survenue entre foi et culture au cours des décennies précédentes.

Dans l’intervalle, on avait mis fin à la vie d’Eluana Englaro. Elle n’était pas de Florence. Mais quelques jours après, le 9 mars, le conseil municipal de cette ville, sur proposition d’un conseiller socialiste, a décidé de faire Giuseppe Englaro, le père d’Eluana qui avait voulu sa mort, citoyen d’honneur "en tant que symbole d’excellent enseignement, de grande intégrité morale, de courage humain et civil, pour la défense de la légalité de la laïcité de l’Etat, de l’humanité, de la civilisation". Une décision prise de justesse, avec beaucoup de voix contre.

Moins d’une heure plus tard, la réponse de l’archevêché arrivait: une note officielle, résolument critique:

"Cette décision est offensante pour la partie non négligeable de la ville qui, au cours du drame d’Eluana, a exprimé des orientations bien différentes de celles dont M. Giuseppe Englaro et le groupe qui l’a soutenu étaient porteurs. Mais l’offense la plus grave a été commise envers les parents, frères, amis et volontaires qui, en Italie, se rassemblent autour de plus de 2 500 êtres chers vivant des situations proches de celle à laquelle Eluana a été arrachée de force, des gens qui ont au contraire besoin qu’on les soutienne dans leur dévouement, leurs efforts et leur espérance".

Il en est résulté une discussion publique très vive. Le président du conseil municipal, Eros Cruccolini, a écrit à l’archevêché une lettre pour défendre la justesse de la décision. Betori a répondu en confirmant "que c’est justement l’amour pour cette ville qui exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire, comme dans le cas présent".

Un autre échange par écrit a eu lieu juste avant la cérémonie où Giuseppe Englaro a été fait citoyen d’honneur. L'archevêque, invité à assister à la cérémonie, a refusé.

La dispute est encore vive. Au niveau national, elle se mêle à la discussion qui accompagne l'élaboration par le parlement italien d’une loi sur la fin de vie, accélérée précisément par la décision de justice concernant Eluana Englaro.

Mais ce qui est nouveau à Florence, c’est justement le rôle, sans précédent au cours des dernières décennies, que joue l’évêque.

La nouveauté est double. Tout d’abord par l'engagement direct de l’évêque dans la ville, y compris sur le terrain politique. Ensuite par le sujet de son engagement public, qui est la défense de la vie humaine en tant que telle: un sujet sur lequel une partie des évêques, du clergé et des laïcs catholiques est très peu désireuse de s’opposer à "l’esprit du temps".

Cette double nouveauté doit être analysée et interprétée, notamment en raison de sa valeur d’exemple. C’est ce que fait ci-dessous le professeur Pietro De Marco, florentin et expert reconnu du catholicisme de sa ville:



Sur l’évêque comme défenseur de la ville, lors des invasions modernes de barbares


par Pietro De Marco



1. La situation actuelle de l’Eglise de Florence que dirige l'archevêque Giuseppe Betori me paraît présenter un caractère exemplaire pouvant avoir des répercussions internationales. Ce que l’on voit à Florence, c’est la renaissance d’un ancien rôle: celui de l’évêque comme "defensor civitatis", défenseur de la ville, et "consul Dei", consul de Dieu, cette dernière appellation ayant été donnée au pape Grégoire le Grand.

Bien sûr, quelque chose de ce rôle de l’évêque apparaît périodiquement, en temps de guerre ou de révolution. Le cardinal Clemens August von Galen fut lui aussi appelé, pour son témoignage dans l’Allemagne hitlérienne, "defensor civitatis" et "consul Dei", comme jadis les Pères de l’Eglise "parmi les hordes de barbares". Ou bien cela apparaît dans des situations de grave conflit social, comme pour l’évêque Oscar Romero en Amérique Latine. Mais le cas de Florence est intéressant aussi parce qu’il n’a ni le côté exceptionnel d’un acte héroïque ni ce style "engagé" aussi cher aux cultures de libération que rarement original, avec souvent des effets doctrinaux et pastoraux négatifs.

Au centre du cas de Florence, il y a des questions anthropologiques, bioéthiques et biopolitiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec les sujets habituels de discussion politique et économique. Sur les questions de la vie, l’Eglise est tout à fait originale et seule; elle est irremplaçable. En ce sens, le cas de Florence a une portée exemplaire, qui pourrait provoquer ou encourager des agitations du même genre dans d’autres diocèses.


2. Les médias laïcs ont utilisé la métaphore footballistique de l'intervention "croche-pied" pour définir la forme et le fond du communiqué que l’archevêché de Florence a publié le 9 mars et qui critique l’attribution, par la municipalité, de la citoyenneté d’honneur à Giuseppe Englaro, père d’Eluana, la jeune femme réduite à l’état végétatif et qu’une décision de justice avait fait mourir de faim et de soif quelques semaines plus tôt.

Ce geste public de critique est cohérent avec le style de gouvernement de l’Eglise qui se dessine de semaine en semaine à Florence. Le communiqué de l’archevêché affirmait: "La prétention d’un groupe de conseillers municipaux de faire un choix au nom de toute une ville est un acte de mépris envers les représentants du peuple minoritaires et envers une minorité présumée de citoyens, ce qui provoque une profonde déchirure de la cohabitation". Et encore: on a voulu "montrer par un dernier acte d’arrogance [d’un conseil municipal en fin de mandat – ndlr] qu’il était possible d’exercer le pouvoir de façon abusive, en méprisant ceux qui ont d’autres idées et pensent que la vie est un bien dont on ne peut disposer parce qu’il est sacré”.

Certains ont même comparé le communiqué de la curie épiscopale à une proclamation intimidatrice, à un "diktat" auquel le conseil municipal de la ville aurait dû se soumettre. Des mots comme "proclamation" et "diktat" ne sont pas nouveaux. Des commentateurs faisant autorité les ont également utilisés contre le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques d’Italie, qui est intervenu au même moment dans l’affaire d’Eluana. Désormais, en Italie, le mécanisme et le vocabulaire d’opposition à l’Eglise catholique sont standardisés et automatiques.

On en vient donc à se demander aussi pourquoi ceux qui, plus modérés, ont utilisé la métaphore sportive du "croche-pied" ont en tout cas évoqué un comportement qui oblige l'arbitre à siffler une faute. La réponse implique l’histoire civile et religieuse de l’Italie au cours du dernier demi-siècle.

Pour plusieurs raisons, toute intervention publique de la hiérarchie catholique est perçue et censurée comme un comportement fautif ou "uncorrect". Depuis des décennies, les catholiques italiens se sont habitués au silence de leur clergé et de leurs évêques dans le domaine public. En fait, ils se sont habitués à quelque chose de plus: à ce que les évêques ne parlent en public, éventuellement, que pour approuver les valeurs et rhétoriques civiles dominantes, comme pour affirmer leur accord, leur conformité à celles-ci. En effet, les voix d’évêques n’ont pas manqué pour dénoncer les "maux" du pays, mais elles évoquaient principalement des sujets civils à propos desquels l’Eglise s’alignait, souvent avec un certain retard, sur les forces politiques et morales "crtitiques".

Mais sur les sujets directement liés à l'anthropologie chrétienne, c’est le silence qui prévaut. Les évêques ont longtemps confié le "discernement critique" sur ces sujets, ainsi que son expression publique, au magistère ordinaire des derniers papes et aux déclarations de la conférence des évêques d’Italie. Ainsi, sans s’en rendre compte, les évêques laissent à la société civile – et notamment aux cultures politiques d’opposition et de protestation – la mission de donner la légitimité "politique" à l'autorité épiscopale.

Même si les exceptions n’ont pas manqué, ce "politiquement correct" existe depuis longtemps, à la satisfaction visible des administrations et des forces politiques. Une telle façon d’agir a fait naître des règles du jeu tacites. L'opinion publique les a assimilées de manière variable, tel ou tel arbitre estimant qu’il peut donner un coup de sifflet dès qu’un évêque semble "incorrect".

Mais il y a plus. Une opinion publique qualifiée, y compris catholique, a confondu cette "correctness" ecclésiastique dans la sphère publique avec un équilibre idéal entre autorités politiques et spirituelles. Réalisant ainsi dans les faits et les coutumes une "privatisation" abusive de la nature publique spécifique de l’Eglise, à laquelle celle-ci ne peut pas renoncer.

La doctrine moderne de la "laïcité" fait dépendre la neutralité de l’Etat du caractère privé de l’Eglise et de sa non-ingérence, de son innocuité politique, dont l’Etat serait juge. Mais l’Eglise catholique n’est pas ainsi par essence, elle n’est pas réductible à cela. Elle ne l’était pas quand elle a innervé l'Europe et l'Occident, elle ne l’est pas devenue après Luther ou Locke, ni avec la Révolution française ou sous la menace des religions politiques et des révolutions totales du XXe siècle.

Cette présence magistérielle et civilisatrice de l’Eglise catholique, la nécessité qu’elle apparaisse comme telle dans la sphère publique, n’ont jamais tout à fait disparu ; en fait, depuis plusieurs années, elles sont à nouveau présentes et visibles sur la scène mondiale. Selon les sociologues, c’est l’un des phénomènes les plus symptomatiques de l'âge "post-séculier". Le pontificat de Jean-Paul II et, en Italie, le gouvernement innovant de la conférence des évêques exercé par le cardinal Camillo Ruini ont mis sous nos yeux cette présence publique renouvelée de l’Eglise. Mais l'accoutumance de certaines parties de la société civile et la neutralisation de la visibilité et de l’autorité de l’Eglise tentée par les cultures laïcistes aboutissent encore à faire ressentir la présence magistérielle et civilisatrice de la hiérarchie catholique comme une exception, une transgression et même une contrainte.


3. Passons à Florence et à son évêque. Dès les premiers siècles du christianisme, l’évêque est à la fois le centre de la vie liturgique, par elle-même publique, et une autorité civile particulière, en cohérence avec son ministère qui est de "superviser". Bernard Flusin, historien de l’antiquité tardive, a écrit: "La liste des domaines où l’évêque est appelé à intervenir est impressionnante". Même s’il n’est pas un seigneur territorial, l’évêque est un "defensor civitatis", avec un rôle d’équilibrage par rapport aux fonctionnaires impériaux. A travers les évêques, l’Eglise donne aux fonctions d’assistance et de gouvernement une nouvelle visibilité institutionnelle par rapport aux systèmes préchrétiens: les évêques organisent le culte, instruisent, secourent les pauvres, influencent l’espace urbain. L’évêque, dans le cadre de sa ville, détient des pouvoirs définis juridiquement qui le mettent à la tête de la communauté urbaine face au pouvoir civil. D’autres historiens, dont Luce Pietri, le confirment: "Ses titres le proclament garant de la justice et protecteur des faibles, souvent en opposition avec la juridiction" civile. C’est le ministre de l'aide.

Par la suite, ces caractéristiques de longue période ont été actualisées et adaptées aux organisations de l’état moderne et des démocraties pluralistes, mais elles n’ont pas disparu et restent des éléments constitutifs. C’est si vrai, si évident pour la conscience publique et les calculs des gouvernants que, quand les devoirs de l’évêque envers la "polis" s’expriment sous forme d’activités sociales de "suppléance", ils sont appréciés, recherchés, loués. Quand au contraire la sollicitude de l’évêque – qui en elle-même ne vise pas au bien-être mais répond au commandement évangélique absolu et tend en définitive au salut des âmes même quand elle secourt les corps – s’adresse à d’autres protecteurs, décisifs, du bien-être spirituel et moral des citoyens, et qu’elle le fait avec autorité, à voix haute, elle est sifflée comme "incorrecte". 

Ce ne sont pourtant que des moments distincts du même mandat et de la même fonction. Le communiqué de l’archevêché est, quant au fond, la première lettre de l’archevêque Giuseppe Betori à la ville et à propos de la ville. C’’est un acte de sollicitude du pasteur, qui se fait "garant de la justice et protecteur des faibles" sur le terrain anthropologique, y compris en opposition avec les pouvoirs. Il analyse la réalité et met en garde contre les dangers. Le rappel au "respect des rôles et des autonomies réciproques" que comporte la lettre envoyée à l’archevêque par le président du conseil municipal de Florence, montre une médiocre connaissance de ce devoir épiscopal.


4. Le débat public qui en est résulté – inédit à Florence comme est inédite dans cette ville, depuis un demi-siècle, la prise publique de responsabilités par un évêque en opposition avec les autorités civiles – constitue un modèle de nouveau style ecclésial, au moins en Europe. Ce changement n’a pas manqué de susciter des objections.

On a remarqué que le style "orthodoxe" de Betori n’est pas en harmonie avec Florence, parce que "Florence est atypique, ce n’est pas la ville de l'orthodoxie". Cette conviction relève d’une sorte de mythe romantique et Renaissance d’une Florence "hérétique", qui a eu un certain succès même au XXe siècle. Mais justement l’histoire récente du catholicisme florentin, que beaucoup de gens connaissent y compris hors d’Italie, n’a rien à voir avec ce mythe. Giorgio La Pira, maire de Florence, dont le procès de béatification est en cours, était un "pleureur" (mot qui désignait au XVe siècle les disciples du moine rigoriste Savonarole) très orthodoxe, très soumis à l’Eglise et au pape. Après l’ère La Pira, ce puissant courant catholique s’est dissous dans le silence public, entre marginalité, clandestinité à la Nicodème et conformisme progressiste. Mais aujourd’hui, Betori étant évêque, le temps des silences et des chuchotements est passé pour l’Eglise.

Le président du conseil municipal de la ville a affirmé que les décisions prises à la majorité d’un organisme électif, "expression concrète de la volonté de la ville", ne peuvent jamais être considérées comme "négatives". Mais il a ainsi confondu légalité et légitimité politique. La lutte entre groupes et courants de la majorité progressiste qui administre Florence a produit une décision à portée idéologique, militante, prise pour influencer par des rites civils (l’attribution de la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro) l'opinion publique et la conduire à un choix irréfléchi en faveur de l'euthanasie, donc sur des frontières éthiques d’une extrême gravité. De plus une petite majorité de conseillers a utilisé des pouvoirs et outils légaux pour s’opposer au gouvernement national et à l’Eglise alors même qu’à Rome le parlement était en train d’élaborer une loi sur le "testament biologique". Un geste politique dans lequel il est difficile de ne pas voir – comme l’a fait l’évêque – "un prétexte, une offense, une destruction" pour le gouvernement de la ville, autant que pour l'éthique publique. Demain, quelles autres décisions pourront être prises en prenant appui, symboliquement, sur le "citoyen Englaro", et avec l'apport de ce qu’il reste de désapprobation catholique?

L’évêque de Florence, désireux de voir se réaliser la "iustitia" au sens profond de la politique chrétienne, a rendu ses concitoyens conscients de cette anomalie éthico-politique. Il a agi malgré la pression contraire exercée par une opinion publique comprenant même des membres de l’Eglise: celle qui s’oppose à l’Eglise "des condamnations" au nom de la "médecine de la miséricorde". 

Cette dernière pression est une alliée objective des polémiques laïques contre "l’Eglise du non", ridiculement montrée du doigt comme une Eglise de la peur et du conservatisme. De même ce que l’on appelle "l’opinion publique ecclésiale" fait preuve d’une surdité totale (souvent traduite en pratique pastorale) en ce qui concerne le combat bioéthique de l’Eglise et des derniers papes. Toujours encline à parler d’ouverture à l’espérance, cette opposition intra-ecclésiale ignore que l’espérance de l'homme repose sur la cohérence anthropologique et la responsabilité universaliste, pas sur un minimalisme de modèles destiné à pourvoir miséricordieusement aux cas particuliers. Elle ignore que, du point de vue ecclésiologique, la responsabilité d’un curé, conditionnée par l'immédiateté des "mondes vitaux" de ses fidèles est une chose et celle du pape et des évêques en est une autre. L'immédiateté des mondes vitaux ne peut pas devenir un article de foi.


5. Il y a une autre objection: pourquoi le récent réveil des hiérarchies catholiques se produit-il seulement ou prioritairement dans le domaine de la bioéthique et de la biopolitique? Je réponds qu’il n’est pas important de dire ici que ce n’est pas le cas, comme on pourrait pourtant le faire. Je crois en effet que cette priorité doit exister.

Le domaine bioéthique et biopolitique est si crucial que c’est plutôt l'absence de ces questions dans la prédication chrétienne ordinaire qui paraîtrait coupable. Il y a des milieux, y compris catholiques, à qui les questions de bioéthique semblent brûler les lèvres et qui préfèrent qu’on en parle ailleurs, c’est-à-dire que ce soit la hiérarchie qui en parle, suivie par des groupes "fondamentalistes". Mais le silence sur ces questions est coupable, parce qu’aucun catholique n’est dispensé de comprendre que le défi des biotechnologies ne résulte pas seulement de besoins thérapeutiques et n’aboutit pas seulement à réduire une pathologie ou une souffrance. C’est un défi anthropologique au plein sens du terme, c’est-à-dire un défi à l'existence et au sens de l'homme comme créature.

Ce que nous appelons depuis quelque temps anthropologie théologique a été pendant des siècles une partie du traité "de Deo creante et elevante". Il ne peut en être autrement. Si elles ne sont pas fondées sur le Dieu créateur, les sciences et les philosophies de l'homme et du "bios" deviennent les connaissances et les techniques d’un jeu vidéo joué sur l'homme réel.

Les implications du défi, le fréquent cynisme nihiliste à la Peter Singer, la rêverie sur le post-humain sont  si récurrents et explicites aujourd’hui que seule une "différence chrétienne" émerveillée par l'innocence du monde peut ne pas en prendre acte. Au contraire cette frontière est d’une priorité absolue pour la responsabilité chrétienne. Si l'homme n’est pas pensé comme créature, on ne peut raisonner de manière sensée sur ses actes. La théorie qui calcule, avant ou après la naissance, le "meilleur intérêt" de l'être humain porteur d’un handicap ou gravement malade, est encore plus exemplaire par sa vacuité théorique que par son inhumanité. Quel serait le meilleur intérêt pour un être imparfait ou en mauvaise santé? De ne plus exister. Quelle merveilleuse perfection, quel bonheur nous rendrions au fœtus, au bébé, au malade, au vieillard, en les supprimant! La conviction irraisonnée que le meilleur intérêt d’un être exigerait et justifierait son élimination est, à elle seule, l’indice extraordinaire d’une dérive suicidaire. Benoît XVI l'a montré.


6. A tout cela l’évêque catholique a pour premier devoir de dire avec autorité "non", "je m’oppose" (comme dans le "Court récit sur l'Antéchrist" de Soloviev), sans être surpris s’il se trouve seul dans sa sollicitude ultime pour l'homme: parce que l’Eglise est unique et universelle dans la communauté des hommes, comme son mandat et sa certitude, depuis l'origine. Un "non" dit sans pathos apocalyptique. Avec des arguments et des analyses, en distinguant celles qui sont techniques et celles qui sont méthodiques. Avec la sagesse de ceux qui ont construit et assuré la raison de l'Occident.

Il n’y a donc aucune "sacralisation du biologique" dans la réponse catholique à la crise bioéthique, contrairement à ce que disent certains critiques. Toute vie dont s’occupent la raison et l'amour catholique est toujours l’homme entier, ce qui est beaucoup plus que le vivant qui apparaît au biologiste ou au clinicien en tant que tels. Et il n’y a rien à sacraliser, puisque cet entier est déjà "sacré". 

Ce sont des évidences difficilement contestables. Mais il reste, préoccupante, l’incapacité répandue – pour ne pas dire la réticence catholique – à comprendre et à expliquer la primauté radicale, aujourd’hui, de l'annonce anthropologique. Le lien avec la grande tradition apologétique semble coupé. La docilité confuse d’une grande partie de la culture catholique envers les campagnes médiatiques contre "l’Eglise du non" n’est pas la preuve d’un fructueux "dialogue avec le monde", mais plutôt celle d’une situation de dépendance intellectuelle et politique. Mais des évêques combattants pourront nous faire sortir d’Egypte.


La méditation de l'archevêque de Florence, Giuseppe Betori, à la veillée de prière du 20 novembre 2008 pour la défense de la vie d’Eluana Englaro:

> La prima volta di Betori a Firenze. Su Eluana

Les textes intégraux de la décision par laquelle, le 9 mars 2009, le conseil municipal de Florence a conféré la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro qui a voulu la mort de celle-ci. Et la réponse de l’archevêché:

> Firenze ha un cittadino in più, "ad honorem". L'arcivescovo vota contro

Le dialogue d’octobre dernier entre l'archevêque de Florence et la philosophe Roberta de Monticelli, sur la liberté de décider l'interruption anticipée de la vie:

> Roberta de Monticelli sbatte la porta e se ne va. Betori la riapre



Les deux précédents articles de www.chiesa sur la spécificité du catholicisme florentin, comportant tous les deux des commentaires du professeur Pietro De Marco:

> Florence contre Rome: un catholicisme mal à l'aise
(25.6.2007)

> A Florence, les catholiques réécrivent leur histoire (26.6.2008)

 

 

 

Traduction française par Charles de Pechpeyrou

(www.chiesa)

10.04.2009

Sauver la planète? Oui! Sauver l’économie? Oui! Mais d’abord sauver l’homme de lui-même!

Mgr Rey nous éclaire sur la position de l’Église concernant la défense de la vie humaine, à partir des derniers événements et en particulier ceux concernant notre Pape Benoît XVI.

La réponse des chrétiens doit privilégier d’abord la dignité des fils de Dieu.

“Sauver  la planète ? Oui !
Sauver l’économie ? Oui !
Mais d’abord sauver l’homme de lui-même. Le sauver de la tentation de Babel, dans un monde globalisé, de plus en plus interconnecté et interactif, il s’agit de préserver son unicité, sa singularité, sa liberté intérieure. Sauver sa raison.”

Extrait de l’homélie pour la Messe Chrismale - Semaine Sainte 2009.

 

 

 

Lire le texte intégral de l'homélie de Mgr Rey :

> Mgr D. Rey, À la lumière du mystère pascal, le courage de la vérité

 

Article précédent sur le sujet sur ce blog :

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