10.05.2012

Qui est derrière les attentats de Damas ? entretien avec Paolo Dall'Oglio

damas.JPGNouveau bain de sang à Damas. Un double attentat dévastateur faisant des dizaines de morts et de blessés a frappé jeudi la capitale syrienne, secouée ces derniers mois par une série d'attaques meurtrières. Deux voitures piégées ont explosé dans un quartier de la ville à une heure de pointe faisant 55 morts et 372 blessés. Des témoins parlent de vision d’apocalypse, de restes humains éparpillés, d’une population hébétée par l’horreur….. C’est l'attentat le plus meurtrier en près de 14 mois de violences en Syrie. La veille un convoi des Nations Unies avait été la cible d’une attaque à Deraa.

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15.08.2011

L'Assomption de Marie, symbole de la Nouvelle Alliance

pape assomption.JPGLes Chrétiens d'Orient et d'Occident célèbrent en ce 15 août la fête de l'Assomption. Marie monte au ciel avec son corps et son âme ; Elle entre dans la gloire de Dieu. En cette occasion solennelle, le Pape a présidé, ce lundi matin, la messe en la Paroisse pontificale de San Tommaso da Villanova, à Castel Gandolfo. Dans son homélie, Benoît XVI a commenté l'évangile de Luc, revenant sur la distinction entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Selon ce dernier, nous dit le Pape, Marie est la véritable et éternelle Arche d'Alliance, car elle a porté Jésus, fils de Dieu fait Homme en son sein.

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27.02.2011

Commentaire de l’Intention missionnaire de mars 2011

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"Pour que le Saint-Esprit donne lumière et force aux communautés chrétiennes et aux fidèles persécutés ou discriminés à cause de l’Évangile en tant de régions du monde"

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30.11.2010

Commentaire de l’Intention missionnaire de décembre 2010

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« Afin que les peuples de la terre ouvrent les portes au Christ et à son Evangile de paix, de fraternité et de justice »

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20.11.2009

A la veille de la rencontre avec les artistes, le pape Benoît fait le guide

A la veille de la rencontre avec les artistes, le pape Benoît fait le guide

Il a consacré une audience générale à l'évocation des cathédrales romanes et gothiques du Moyen Age. Pour expliquer que "la voie de la beauté est la plus fascinante pour s'approcher du mystère de Dieu"


par Sandro Magister




ROME, le 20 novembre 2009 – Demain, à la Chapelle Sixtine, Benoît XVI rencontrera des centaines d’artistes du monde entier, croyants ou non. Son discours est très attendu. Mais il en a donné un avant-goût, mercredi 18 novembre, lors de la catéchèse adressée comme chaque semaine aux fidèles.

La coïncidence dans le temps ne lui a pas échappé. Alors qu’il avait décrit, dans les précédentes catéchèses, des faits et des personnages de la théologie médiévale, le pape a choisi d’évoquer – trois jours avant sa rencontre avec les artistes – ces chefs d’œuvre de l’art et de la foi que sont les cathédrales romanes et gothiques, qui, après l'an 1000 couvrirent l'Europe "d’un blanc manteau de nouvelles églises".

La première leçon que Benoît XVI en a tiré est que l'art et la foi chrétienne s’appellent mutuellement, "parce qu’ils peuvent et veulent l’un et l’autre parler de Dieu, en rendant visible l’Invisible".

La seconde leçon est que la beauté est "la voie la plus attirante et la plus fascinante pour parvenir à rencontrer et aimer Dieu".

Ce sont des thèmes auxquels Ratzinger, en tant que théologien et pasteur, a toujours été très sensible. On trouvera ci-dessous le texte intégral de sa méditation du mercredi 18 novembre.

Mais, pour mieux saisir sa pensée en direct, il est utile de revenir aux propos improvisés qu’il a tenus aux prêtres du diocèse de Bressanone lorsqu’il les a rencontrés pendant l’été 2008.

On s’est habitué à voir en Benoît XVI le pape du "Logos". Ceux qui le critiquent l’accusent de rationalisme. Mais en réalité il est convaincu que "la preuve de la vérité" du christianisme ne se donne pas seulement de manière rationnelle. Pour lui "l'art et les saints sont la plus grande apologie de notre foi".

Voici en effet ce qu’il a dit à ce sujet, ce 6 août, fête de la Transfiguration de Jésus, aux prêtres de Bressanone :

"La raison fournit des arguments tout à fait importants et essentiels, mais il y aura toujours un désaccord quelque part. En revanche, si nous observons les saints – la traînée lumineuse par laquelle Dieu marque l’histoire – nous voyons qu’il y a vraiment là une force du bien qui résiste aux millénaires, que c’est là que se trouve réellement la lumière de la lumière.

De même, si nous contemplons les beautés que la foi a créées, je dirais qu’elles sont simplement la preuve vivante de la foi. [...] Toutes les grandes œuvres d’art – les cathédrales gothiques et les splendides églises baroques – sont un signe lumineux de Dieu et ainsi véritablement une manifestation, une épiphanie de Dieu. [...]

"Nous venons d’écouter le son de l’orgue dans toute sa splendeur et je pense que la grande musique née dans l’Eglise rend la vérité de notre foi audible et perceptible : du chant grégorien à la musique des cathédrales jusqu’à Palestrina et à son époque, jusqu’à Bach et ensuite à Mozart et Bruckner et ainsi de suite… En écoutant toutes ces œuvres – les Passions de Bach, sa Messe en si bémol et les grandes compositions de la polyphonie religieuse du XVIe siècle, de l’école viennoise, de toute la musique, y compris celles des compositeurs moins connus – nous entendons soudain : c’est vrai ! Là où naissent de telles choses, il y a la Vérité. [...]

"L’art chrétien est un art rationnel – pensons à l’art gothique ou à la grande musique, ou encore, justement, à notre art baroque – mais il est l’expression artistique d’une raison beaucoup plus large, où cœur et raison se rencontrent. Voilà la clé. Voilà, je pense, d’une certaine manière, la preuve de la vérité du christianisme : cœur et raison se rencontrent, beauté et vérité se touchent. Et plus nous réussissons nous-mêmes à vivre dans la beauté et dans la vérité, plus la foi pourra redevenir créatrice, y compris à notre époque, et s’exprimer sous une forme artistique convaincante".

Voici sa catéchèse d’il y a deux jours sur les cathédrales romanes et gothiques :



Quand l'Europe se couvrait "d’un blanc manteau de nouvelles églises"

par Benoît XVI

Rome, audience générale du mercredi 18 novembre 2009



Chers frères et sœurs, dans les catéchèses des dernières semaines, j’ai présenté divers aspects de la théologie du Moyen Age. Mais la foi chrétienne profondément enracinée des hommes et des femmes de ce temps-là n’est pas seulement à l’origine de chefs d’œuvre de la littérature théologique, de la pensée et de la foi. Elle a aussi inspiré l’une des plus hautes créations artistiques de la civilisation universelle : les cathédrales, véritable gloire du Moyen Age chrétien.

En effet, pendant environ trois siècles à partir du début du XIe siècle, on voit une extraordinaire ferveur artistique se manifester en Europe. Voici comment un ancien chroniqueur décrit l’enthousiasme et l’ardeur au travail de cette époque : "Il est arrivé que dans le monde entier, mais surtout en Italie et dans les Gaules, on a commencé à reconstruire les églises, même si beaucoup d’entre elles, étant encore en bon état, n’avaient pas besoin d’une telle restauration. C’était comme un concours entre les peuples ; on aurait cru que le monde, se dépouillant de ses guenilles, voulait se vêtir partout d’un blanc manteau de nouvelles églises. En somme, presque toutes les cathédrales, beaucoup d’églises de monastères et même des oratoires de villages, furent alors restaurés par les fidèles" (Rodolphe le Glabre, Historiarum 3, 4).

Divers facteurs ont contribué à cette renaissance de l’architecture religieuse. Tout d’abord, des conditions historiques plus favorables, comme une sécurité politique accrue, accompagnée d’une augmentation constante de la population et du développement progressif des villes, des échanges et de la richesse. De plus, les architectes trouvaient des solutions techniques de plus en plus élaborées pour accroître les dimensions des édifices, tout en garantissant leur solidité et leur majesté.

Toutefois c’est surtout grâce à l’ardeur et au zèle spirituel du monachisme en pleine expansion qu’ont été élevées des églises abbatiales où la liturgie pouvait être célébrée avec dignité et solennité et où les fidèles attirés par la vénération des reliques des saints, buts d’incessants pèlerinages, pouvaient s’arrêter pour prier.

C’est ainsi que sont nées les églises et cathédrales romanes, caractérisées par un développement longitudinal, en longueur, des nefs afin d’accueillir de nombreux fidèles ; des églises très solides, aux murs épais, aux voûtes de pierre et aux lignes simples et essentielles.

Une nouveauté est l’introduction de sculptures. Les églises romanes étant le lieu de la prière monastique et du culte rendu par les fidèles, les sculpteurs, plutôt que de se préoccuper de la perfection technique, veillaient surtout à la finalité éducative. Puisqu’il fallait susciter dans les âmes des impressions fortes, des sentiments qui puissent inciter à fuir le vice, le mal, et à pratiquer la vertu, le bien, le thème récurrent était la représentation du Christ comme juge universel, entouré des personnages de l’Apocalypse.

En général ce sont les portails des églises romanes qui offrent cette représentation, pour souligner que le Christ est la Porte qui mène au Ciel. Les fidèles, en franchissant le seuil de l’édifice sacré, entrent dans un temps et un espace différents de ceux de la vie ordinaire. Au-delà du portail de l’église, ceux qui croyaient au Christ, souverain, juste et miséricordieux, pouvaient, selon l’intention des artistes, avoir un avant-goût de la béatitude éternelle dans la célébration de la liturgie et dans les actes de piété accomplis à l’intérieur de l’édifice sacré.

Aux XIIe et XIIIe siècles, un autre type d’architecture s’est répandu, à partir du nord de la France, pour la construction des édifices sacrés. C’était le gothique, qui avait deux caractéristiques nouvelles par rapport au roman : l’élan vertical et la luminosité.

Les cathédrales gothiques offraient une synthèse de foi et d’art harmonieusement exprimée dans le langage universel et fascinant de la beauté, qui suscite aujourd’hui encore l’émerveillement. L’introduction des voûtes ogivales reposant sur de robustes piliers permit d’augmenter notablement leur hauteur. L’élan vers le haut voulait inviter à la prière et était lui-même une prière. La cathédrale gothique entendait traduire ainsi, dans ses lignes architecturales, la soif que les âmes ont de Dieu.

De plus, grâce aux nouvelles solutions techniques adoptées, les murs extérieurs pouvaient être percés et embellis de vitraux polychromes. Autrement dit, les fenêtres devenaient de grandes images lumineuses, très aptes à instruire le peuple dans la foi. Elles racontaient – scène par scène – la vie d’un saint, une parabole, ou d’autres épisodes bibliques. Depuis les vitraux colorés, un flot de lumière se déversait sur les fidèles pour leur raconter l’histoire du salut et les impliquer dans cette histoire.

Un autre mérite des cathédrales gothiques est que toute la communauté chrétienne et civile participait à leur construction et à leur décoration, chacun à sa façon mais de manière harmonieuse ; les humbles et les puissants y participaient, les analphabètes et les savants, parce que, dans cette maison commune, tous les croyants étaient instruits dans la foi. La sculpture gothique a fait des cathédrales une "Bible de pierre", représentant les épisodes de l’Evangile et expliquant les contenus de l’année liturgique, de la Nativité à la Glorification du Seigneur.

De plus, à cette époque, la perception de l’humanité du Seigneur se répandait de plus en plus et les souffrances de sa Passion étaient représentées de façon réaliste : le Christ souffrant, "Christus patiens", devint une image aimée de tous, capable d’inspirer la piété et le repentir des péchés. Les personnages de l’Ancien Testament étaient également présents et leur histoire devint ainsi familière, comme partie de l’unique et commune histoire du salut, aux fidèles qui fréquentaient les cathédrales,.

Avec ses visages pleins de beauté, de douceur, d’intelligence, la sculpture gothique du XIIIe siècle révèle une piété heureuse et sereine, qui se plaît à répandre une dévotion sincère et filiale envers la Mère de Dieu, parfois vue comme une jeune femme souriante et maternelle, mais surtout représentée comme la souveraine du ciel et de la terre, puissante et miséricordieuse. Les fidèles qui remplissaient les cathédrales gothiques aimaient y trouver aussi des expressions artistiques rappelant les saints, modèles de vie chrétienne et intercesseurs auprès de Dieu.

Les manifestations "laïques" de la vie ne manquaient pas ; voici qu’apparaissent, çà et là, des représentations des travaux des champs, des sciences et des arts. Tout était orienté vers Dieu et lui était offert dans le lieu où se célébrait la liturgie.

On peut mieux comprendre le sens qui était attribué à une cathédrale gothique en lisant le texte de l’inscription gravée sur le portail central de Saint-Denis, à Paris : "Passant, toi qui veux louer la beauté de ces portes, ne te laisse éblouir ni par l’or, ni par la magnificence, mais plutôt par le rude labeur. Ici brille une œuvre célèbre, mais veuille le ciel que cette œuvre célèbre qui brille fasse resplendir les esprits, afin que, avec les vérités lumineuses, ils s’acheminent vers la vraie lumière, où le Christ est la véritable porte".

Chers frères et sœurs, je voudrais maintenant souligner deux aspects de l’art roman et gothique qui sont également utiles pour nous.

Le premier aspect est que les chefs d’œuvre artistiques nés en Europe dans les siècles passés sont incompréhensibles si l’on ne tient pas compte de l’âme religieuse qui les a inspirés. Un artiste qui a toujours témoigné de la rencontre entre esthétique et foi, Marc Chagall, a écrit que "pendant des siècles, les peintres ont trempé leur pinceau dans cet alphabet coloré qu’était la Bible". Quand la foi - en particulier quand elle est célébrée dans la liturgie - rencontre l’art, une harmonie profonde se crée, parce que l’une et l’autre peuvent et veulent parler de Dieu, en rendant visible l’Invisible. Je voudrais partager cela lors de la rencontre du 21 novembre avec les artistes, en leur proposant à nouveau cette amitié entre la spiritualité chrétienne et l’art, souhaitée par mes vénérés prédécesseurs, en particulier par les Serviteurs de Dieu Paul VI et Jean-Paul II.

Le second aspect est que la force du style roman et la splendeur des cathédrales gothiques nous rappellent que la "via pulchritudinis", la voie de la beauté, est un chemin privilégié et fascinant pour s’approcher du Mystère de Dieu. Qu’est-ce que la beauté - que les écrivains, les poètes, les musiciens, les artistes contemplent et traduisent dans leur langage - sinon le reflet de la splendeur du Verbe éternel fait chair ? Saint Augustin affirme : "Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de la mer, interroge la beauté de l’air qui se dilate et se diffuse. Interroge la beauté du ciel, interroge l’ordre des étoiles, interroge le soleil, qui avec sa splendeur éclaire le jour ; interroge la lune, qui avec sa clarté atténue les ténèbres de la nuit. Interroge les bêtes sauvages qui se déplacent dans l’eau, celles qui marchent sur terre, celles qui volent dans les airs : âmes qui se cachent, corps qui se montrent ; visible qui se fait conduire, invisible qui conduit. Interroge-les ! Tous te répondront : Regarde-nous : nous sommes beaux ! Leur beauté les fait connaître. Cette beauté changeante, qui l’a créée, sinon la Beauté Immuable ?" (Sermo CCXLI, 2 : PL 38, 1134).

Chers frères et sœurs, que le Seigneur nous aide à redécouvrir la voie de la beauté comme l’un des itinéraires, peut-être le plus attirant et le plus fascinant, pour parvenir à


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Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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30.05.2009

La Pentecôte sur le Mont Athos

Voyage sur la montagne sainte de l'Eglise orthodoxe. Accompli et raconté pour la première fois en 1997. C'est-à-dire maintenant, cette année. Parce que, sur le Mont Athos, le temps de la terre ne fait qu'un avec l'aujourd'hui éternel du ciel


par Sandro Magister





MONT ATHOS – Arrêtez vos montres, lorsque vous verrez le sommet du Mont Athos émerger des brumes de la mer Egée. Là-bas en effet, on vit dans un autre temps. On a conservé le calendrier julien, en retard de 13 jours par rapport au calendrier latin qui a envahi le reste du monde. Les heures ne se comptent pas à partir de minuit mais du coucher du soleil. Et ce n’est pas sous le soleil de midi, mais dans l’obscurité de la nuit que le Mont Athos vit et palpite le plus. De chants, de lumières, de mystères.

Le Mont Athos est une vraie terre sainte, qui inspire la crainte de Dieu. Il n’est pas fait pour tout le monde. En tout cas pas pour les femmes, qui forment déjà une bonne moitié de l’humanité. La dernière pèlerine autorisée y a mis le pied il y a seize siècles. Elle s’appelait Galla Placidia et a donné son nom à une église de Ravenne aux mosaïques bleu et or. Etre la fille du grand Théodose, empereur chrétien de Rome et Constantinople, ne lui a servi à rien. Elle était entrée dans un monastère du Mont Athos mais une icône de la Vierge lui ordonna: arrête-toi! Et la Vierge la somma de quitter la montagne qui, depuis lors, allait être interdite aux femmes. Depuis le XIe siècle – dit-on – même les animaux femelles – vaches, chèvres, lapines – n’osent plus gravir impunément la montagne sainte.


OURANOUPOLIS


Ouranoupolis – la cité du ciel – est le dernier village grec avant la limite sacrée. Ce poste frontière est très spécial. Des panneaux en tôle émaillée vous avertissent jusqu’au dernier moment que vous ne vous en sortirez pas indemne si vous êtes une femme déguisée en homme ou si l’on découvre que vous n’avez pas les permis requis. La sainte épistasie – le gouvernement des moines – vous enverra vers un tribunal en Grèce, ce dernier étant toujours très sévère sur la défense de l’extraterritorialité du Mont Athos et des lois de cette théocratie autonome, inscrites dans la constitution grecque et reconnues sur le plan international.

Des moines en sueur, vêtus d’une soutane et d’un couvre-chef cylindrique, contrôlent la foule de visiteurs à la recherche d’un laissez-passer. Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, dit l’Evangile. Et rares sont les visas d’entrée marqués chaque matin du sceau de la Vierge. Celui qui reçoit enfin le “parchemin“ qui autorise la visite se dirige sans tarder vers le quai d’embarquement. En effet, on n’entre au Mont Athos que par voie maritime, au moyen d’embarcations baptisées de noms de saints.

Le débarquement se fait dans un petit port situé au milieu de la péninsule et dénommé Daphné, comme la nymphe d’Apollon. De là, on peut apercevoir le lointain Mont Olympe quand le vent se lève, mais mieux vaut l’oublier. Un vieil autobus ventru, couleur terre jusque sur ses fenêtres, se traîne le long de la route qui monte en direction de Kariès, centre administratif du Mont Athos et siège de la sainte épistasie.


KARIÈS


Kariès abrite la gendarmerie et quelques ruelles. Des boutiques proposent des graines d’épeautre, des icônes, des grains d’encens et des soutanes de moines. On y trouve aussi le terminus de l’autobus et un restaurant. Et puis une cabine téléphonique, dont on pressent que c’est la première et la dernière.

Karies est un village étrange, inhabité. Les quelques hommes qu’on y voit ne sont là que pour peu de temps: moines itinérants, gendarmes, ouvriers journaliers, voyageurs égarés. A partir de là, le parcours se fera à pied. Des heures de marche sur des routes non goudronnées, sans ombre, dans des nuages de poussière impalpable comme du cacao. Ou bien dans des camionnettes louées par un autre de ces étranges Grecs qui sont là provisoirement. Ou encore en sautant au passage d’une des jeeps dont disposent les monastères les plus modernes.

En tout cas, vous allez souffrir. L’Athos est réservé aux caractères bien trempés et ascétiques. Vous êtes immédiatement mis à l’épreuve. A chaque jour de visite son chemin de croix: poussière, cailloux, précipices. Sur votre précieux permis, en effet, il est écrit que vous ne pouvez pas vous arrêter plus d’une nuit dans un monastère. Entre eux, des heures de marche. On n’échappera pas au pèlerinage.


LA GRANDE LAURE


Mais lorsque vous arrivez, épuisés, dans l’un des vingt grands monastères, vous êtes au paradis. La Grande Laure – le premier des vingt dans l’ordre hiérarchique – vous accueille entre ses murs suspendus entre ciel et terre, à la pointe de la péninsule, juste au pied de la montagne sainte. Un jeune moine apparaît, qui vous retire votre permis et votre passeport. Il réapparait, tel l’ange de l’Apocalypse, après une demi-heure d’attente silencieuse, et vous tend un verre d’eau fraiche, vous propose un doigt de liqueur anisée, un morceau de fruit confit et un café à la turque, épicé. C’est le signe que vous êtes admis parmi les invités. On vous attribue un lit dans une chambre pour six aux murs plusieurs fois centenaires ainsi que des draps fraîchement lavés et un essuie-main. Dès lors, vous vivrez comme les moines.

Ou bien vous ferez comme il vous plaira. Les monastères du Mont Athos ne sont pas comme ceux de l’Occident, des citadelles closes de murs où chaque mouvement, chaque mot sont soumis à des règles collectives. Sur le Mont Athos, il y a de tout pour tout le monde. L’ermite solitaire sur son rocher en surplomb, qui reçoit de temps en temps de la nourriture au moyen d’un panier. Les anachorètes retirés dans leurs masures perdues entre genêts et arbousiers, à flanc de montagne. Les itinérants, toujours en déplacement et toujours agités. Les cénobites solennels qui vivent en communauté sous la direction d’un abbé, que l’on appelle ici higoumène. Les monastères villages où chaque moine vit un peu à son rythme.

La Grande Laure compte parmi ces derniers. Ses murailles renferment des places, des ruelles, des églises, des pergolas, des fontaines, des moulins. Les cellules forment un bloc, comme dans une kasbah orientale. Les murs crépis sont d’un bleu soutenu, tandis que le rouge est la couleur sacrée des églises. Quand retentit l’appel à la prière, lancé par des cloches qui font entendre sept sons différents et par les planches de bois que l’on martèle, les moines se dirigent vers le catholicon, l’église centrale. Mais si quelqu’un souhaite prier ou manger seul, rien ne lui interdit de rester dans sa cellule. Cela vaut aussi pour le visiteur, à ceci près que ce dernier ne dispose que de peu d’alternatives. A l’heure des vêpres, il accourt, impatient. A l’heure de la prière de la nuit, il essaie, vite ramené en arrière par le sommeil. A l’heure de la liturgie du matin, il essaie encore, vaguement étourdi.

Ou enivré? Il y a un parfum d’Orient, de Byzance, à la Grande Laure. Il y a un arôme de cyprès et d’encens, une fragrance de cire d’abeille, de reliques, d’antiquités mystérieusement proches. Car les moines du Mont Athos ne souffrent pas du temps. Ils y parlent de leurs saints. De saint Athanase qui a planté deux cyprès au centre de la Lavra. Qui a construit le catholicon avec une force herculéenne. Qui a modelé le monachisme athonite. Comme s’il n’était pas mort en l’an mil mais tout juste hier, comme s’ils l’avaient rencontré en personne il y a peu de temps.

Des saints, des siècles, des empires, des cités terrestres et célestes, tout semble flotter et couler sans aucune distance. Au centre de la nef, les trésors du monastère sont offerts à la vénération du visiteur: coffrets en or et en argent, sertis de saphirs et de rubis, contenant la ceinture de la Vierge, le crâne de saint Basile le Grand, la main droite de saint Jean Chrysostome. La lumière du couchant les éclaire, les fait vibrer. Tout comme s’éclairent les fresques de Théophane, maître de l’école crétoise du début du XVIe siècle, les majoliques bleues sur les murs, les nacres de l’iconostase, du lutrin, de la chaire.

Après les vêpres, on sort du catholicon en procession pour entrer dans le réfectoire, situé de l’autre côté de la place. Edifié comme une église, il contient lui aussi des fresques du grand Théophane. C’est la même liturgie qui continue. L’higoumène prend place au centre de l’abside. Depuis le pupitre, un moine lit – il chante presque – des histoires de saints. On mange de la nourriture bénite, des soupes et des légumes dans de la vaisselle ancienne en fer. Les jours de fête, l’on boit du vin de couleur ambrée sur d’épaisses tables en marbre sculptées en forme de corolle, qui reposent elles-mêmes sur des piliers en marbre. Elles sont vieilles de mille ans mais rappellent les dolmens de la préhistoire. La sortie se fait aussi en procession. Un moine tend à chacun du pain béni, qu’un autre encense avec tant d’art que l’on en garde longtemps le parfum dans la bouche.


VATOPÉDI


Dans la hiérarchie des vingt monastères, celui de Vatopédi suit la Grande Laure. Il domine la mer parmi de douces collines qui rappellent vaguement la Toscane. C’est ici, dit-on, qu’Arcadius, fils de Théodose, aborda lors d’un naufrage. C’est aussi de là que sa sœur Galla Placidia dut repartir vers le large, devenant ainsi la première femme à qui l’accès au Mont Athos ait été refusé.

Autant la Laure est rustique, autant Vatopédi est raffiné. Trop, même, à certains moments de son histoire passée: opulent et décadent. Il y a quelques années encore, il hébergeait des moines sodomites, déshonneur du Mont Athos. Puis un énergique coup de balai a été donné par une poignée de moines rigoristes venus de Chypre, qui ont banni ces réprouvés et imposé la règle cénobitique. Aujourd’hui Vatopédi est à nouveau l’un des monastères les plus florissants. Il accueille de jeunes novices, dont certains viennent de la lointaine Amérique où leurs parents, orthodoxes, avaient émigré.

Vatopédi est l'aristocratie du Mont Athos. Comme le dit solennellement l'higoumène Ephrem, à la barbe cuivrée, aux yeux clairs et à la voix mélodieuse: "Le Mont Athos est unique. C’est le seul état monastique dans le monde". Mais si c’est une cité céleste sur terre, alors tout doit y être sublime. Par exemple les liturgies: à Vatopédi elles le sont vraiment. Spécialement lors des grandes fêtes: Pâques, Epiphanie, Pentecôte. Le pèlerin doit renoncer au sommeil et ne manquer, pour rien au monde, ses merveilleux offices de nuit.

L’église en elle-même est très suggestive: elle est en forme de croix grecque, comme toutes les église du Mont Athos, et décorée de fresques merveilleuses par les maîtres macédoniens du XIVe siècle, avec une iconostase éblouissante d'ors et d'icônes. Mais c’est le chant qui donne vie à tout: un chant à plusieurs voix, un chant mâle, sans instruments, que l’on entend sans interruption pendant sept ou dix heures d’affilée parce que plus la fête est importante, plus elle se prolonge tard dans la nuit, un chant tantôt puissant, tantôt murmuré, comme une marée qui monte et descend.

Il y a deux chœurs pour guider le chant: deux groupes de moines, réunis chacun dans une partie du transept autour d’un lutrin à colonne. Le maître de chœur entonne la strophe et le chœur en saisit le motif et le fait fleurir en mélodies et en accords. Quand le maître de chœur traverse la nef à pas rapides pour aller du premier chœur au second, son manteau léger à petits plis se gonfle et forme deux ailes majestueuses. Il paraît voler, comme les notes.

Et puis il y a les lumières. Le monastère a l’électricité, mais pas l’église. Ici les seules lumières sont des flammes: des myriades de petits cierges. Les allumer, les éteindre, les déplacer fait aussi partie du rite. Dans chaque catholicon du Mont Athos, un lustre en forme de couronne royale pend de la coupole centrale, par de longues chaînes. Sa circonférence est égale à celle de la coupole. La couronne, de cuivre, de bronze ou de laiton brillants, est ornée alternativement de cierges et d’icônes. On y pend des œufs géants qui symbolisent la résurrection. Le lustre descend si bas qu’on l’effleure presque, juste devant l'iconostase qui délimite le saint des saints. D’autres lustres fastueux et dorés descendent des voûtes des bras du transept.

Lors des liturgies solennelles, il y a le moment où on allume toutes les lumières: celles des lustres et celles de la couronne centrale; puis on fait osciller fortement les premiers, tandis que l’on fait tourner la grande couronne sur son axe. Cette danse des lumières dure au moins une heure, avant de s’apaiser peu à peu. La palpitation des mille petites flammes, le scintillement des ors, le cliquetis des métaux, le changement de couleur des icônes, l'onde sonore du chœur qui accompagne ces galaxies d’étoiles dont la rotation rappelle celle des sphères célestes, tout cela fait étinceler la véritable essence du Mont Athos: le fait qu’il est tourné vers les mystères surnaturels.

Aujourd’hui, quelles liturgies occidentales, catholiques, sont capables d'initier à de tels mystères et d'enflammer les cœurs simples à propos de choses célestes? Joseph Ratzinger, hier comme cardinal et aujourd’hui comme pape, a raison de détecter dans la vulgarisation de la liturgie le point faible du catholicisme actuel. Au Mont Athos, le diagnostic est encore plus radical: à force d'humaniser Dieu, les Eglises d'Occident le font disparaître. "Notre Dieu n’est pas celui de la scolastique occidentale", affirme Gheorghios, higoumène du monastère athonite de Grigoríu. "Un Dieu qui ne déifie pas l'homme ne peut avoir aucun intérêt, qu’il existe ou non. C’est dans ce christianisme fonctionnel, accessoire, que l’on trouve la plupart des causes de la vague d’athéisme que connaît l’Occident".

Vassilios, higoumène de l'autre monastère d’Ivíron, lui fait écho: "Pour les Occidentaux, c’est l’action qui prime et ils nous demandent comment nous pouvons rester pendant tant d’heures à l’église sans rien faire. Je réponds: que fait l'embryon dans le sein de sa mère? Rien, mais comme il est dans le ventre de sa mère, il se développe et grandit. C’est pareil pour le moine. Il garde le lieu saint dans lequel il se trouve et ce même lieu le garde et le façonne. Le miracle, c’est que nous sommes en train d’entrer au paradis, ici et maintenant. Nous sommes au cœur de la communion des saints".


SIMONOS PETRA


Simonos Petra est un autre des monastères qui sont à la tête de la renaissance athonite. Il se dresse sur un éperon rocheux, entre le sommet du Mont Athos et la mer, avec des terrasses à pic sur le précipice. Elisée, l'higoumène, revient tout juste d’un voyage dans les monastères de France. Il apprécie Solesmes, rempart du chant grégorien. Mais il juge l’Eglise occidentale trop "prisonnière d’un système", trop "institutionnelle".

Le Mont Athos est au contraire - selon lui - le lieu des esprits libres, des grands charismatiques. Au Mont Athos "le logos épouse la praxis", la parole épouse les faits. "Le moine doit montrer que les vérités sont des réalités. Vivre l’Evangile de manière parfaite. Voilà pourquoi la présence du moine est si essentielle pour le monde. Saint Jean Climaque écrivait: les anges sont lumière pour les moines, les moines sont lumière pour les hommes".

Simonos Petra fait école, y compris hors des limites du Mont Athos. Il est à l’origine d’un monastère de moniales - elles sont à peu près 80 - au cœur de la péninsule de Chalcidique, puis d’un autre près de la frontière gréco-bulgare. Et il a créé trois autres noyaux monastiques jusqu’en France. C’est un monastère cultivé, doté d'une riche bibliothèque. En pleine nuit, ses 80 moines, avant l’office qui précède l’aube, veillent en cellule pendant trois à cinq heures, lisant et méditant les livres des Pères.

Le Mont Athos ne dort pas. Son temps est entièrement consacré aux sphères angéliques. Même les visiteurs les plus blasés ont du mal à en partir. A Daphné, on reprend le ferry. Le grondement cadencé des moteurs vous remet à l’heure de la vie ordinaire. La jeune grecque qui, la première, vous sert le café à Ouranoupolis, vous fait l’effet d’une apparition. Elle a la fulgurante beauté d'une Victoire de Samothrace.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

www.chiesa

03.12.2006

FOLLE ESPERANCE (Lc 21, 25...36)

Livre de Jérémie (Jr 33, 14-16)

33

14  Parole du Seigneur : Voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël et à la maison de Juda :
15  En ces jours-là, en ce temps-là,
je ferai naître chez David un Germe de justice,
et il exercera dans le pays le droit et la justice.
16  En ces jours-là, Juda sera délivré,
Jérusalem habitera en sécurité,
et voici le nom qu'on lui donnera :
« Le-Seigneur-est-notre-justice ».


 

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc (Lc 21, 25-28.34-36)

21
25i  Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête.
26  Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées.
27  Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire.
28  Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. »
34  Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre coeur ne s'alourdisse dans la débauche, l'ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste.
35  Comme un filet, il s'abattra sur tous les hommes de la terre.
36  Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître debout devant le Fils de l'homme. »
Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés

1aventC2006L

L'homélie est en ligne dès dimanche 3 décembre à 13h00 GMT

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BON AVENT !

19.11.2006

APOCALYPSE: SAVOIR CE QUE PARLER VEUT DIRE (Mc 13, 24-32)

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc (Mc 13, 24-32)

13

24i  Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « En ces temps-là, après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat.
25  Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.
26  Alors on verra le Fils de l'homme venir sur les nuées avec grande puissance et grande gloire.
27  Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, de l'extrémité de la terre à l'extrémité du ciel.
28  Que la comparaison du figuier vous instruise : Dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l'été est proche.
29  De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, à votre porte.
30  Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive.
31  Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.
32  Quant au jour et à l'heure, nul ne les connaît, pas même les anges dans le ciel, pas même le Fils, mais seulement le Père.

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33eT.O.B.L

 

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02:58 Écrit par Père Walter dans Homélies 2006 (année B) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : homelies, evangile, apocalypse, parousie, eschatologie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |