29.11.2010

Les relations internationales souffriront-elles des révélations de Wikileaks ?

wikileaks.JPGLe site internet Wikileaks révèle les secrets de la diplomatie américaine. Ce dimanche 28 novembre au soir, cinq grands titres de la presse mondiale ont commencé à divulguer une partie des 250.000 documents du département d'Etat que leur a communiqués WikiLeaks et qui mettent en lumière les coulisses de la diplomatie américaine.

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14.01.2010

Le réseau diplomatique du Saint-Siège. Dernière arrivée: la Russie

Le réseau diplomatique du Saint-Siège. Dernière arrivée: la Russie

En un demi-siècle, le nombre d'ambassadeurs du pape dans le monde a doublé. Les relations diplomatiques bilatérales ont triplé. Manquent à l'appel la Chine, l'Arabie Saoudite et quelques autres états. Le double jeu du Vietnam: tout en traitant avec le Vatican, il agresse les catholiques


par Sandro Magister





ROME, le 14 janvier 2010 – S’adressant, il y a trois jours, aux ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège, Benoît XVI a dit que l’Eglise de Rome "garde ses portes ouvertes à tous et souhaite avoir avec tous des relations qui contribuent au progrès de la famille humaine".

Il a rappelé avec satisfaction que des relations diplomatiques complètes ont enfin été établies avec la Russie elle-même.

Et l’on espère – a laissé entendre le pape – qu’il en sera bientôt de même avec le Vietnam (malgré les violences anticatholiques de ces derniers jours à Hanoï, diplomatiquement passées sous silence par les organes d’information du Vatican).

Le jour même du discours du pape aux ambassadeurs, la secrétairerie d’état du Vatican a diffusé une brève note d’information indiquant les nouveautés de 2009 en matière de relations diplomatiques.

La Russie, dernière arrivée, porte à 178 le nombre d’états qui entretiennent aujourd’hui des relations diplomatiques complètes avec le Saint-Siège. S’y ajoutent l'Union Européenne, l’Ordre Souverain et Militaire de Malte et, sous une forme spéciale, l'Organisation de Libération de la Palestine. Mais aussi les nombreuses organisations intergouvernementales et les programmes internationaux auxquels le Saint-Siège participe comme observateur ou comme membre.

Le Saint-Siège a signé des concordats, accords et conventions de toutes sortes avec beaucoup de ces états et organismes. Par exemple, l’an dernier, avec le Land allemand de Schleswig-Holstein, l'Autriche et le Brésil.

Très peu d’états, donc, n’ont pas de rapports diplomatiques avec l’Eglise de Rome. Parmi eux, en plus du Vietnam, il y a la Chine populaire et l'Arabie Saoudite.

Dimanche 10 janvier, veille de la rencontre du pape avec les ambassadeurs, "Avvenire", le quotidien de la conférence des évêques d’Italie, a publié une vue d’ensemble précise du réseau diplomatique du Vatican dans le monde.

L'auteur est un vaticaniste des mieux préparés. Voici ce qu’il a écrit.



Les 16 états qui manquent à l’appel. Et les dernières données sur les ambassadeurs et les nonces

par Gianni Cardinale



En 1978, le Saint-Siège avait des relations diplomatiques complètes avec 84 états. En 2005, ils étaient 174. Avec Benoît XVI, ils sont passés à 178.

Sous son pontificat, des relations ont en effet été établies en 2006 avec le Monténégro nouveau-né, en 2007 avec les Emirats Arabes Unis et en 2008 avec le Botswana. Enfin, le 9 décembre, est venu le tour de la Fédération de Russie, avec qui existaient déjà des relations de nature spéciale, comme celles qui perdurent avec l’Organisation pour la Libération de la Palestine.

Parmi les pays avec lesquels le Saint-Siège a des relations diplomatiques, il y a aussi la Chine-Taïwan. Toutefois, depuis 1979, ce n’est plus un nonce qui y réside, mais un simple "chargé d’affaires par intérim". Et cela en attendant de pouvoir transférer enfin la nonciature à Pékin.

La Chine populaire est en effet le plus grand des pays n’ayant pas de relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Mais ce n’est pas le seul. Outre le Kosovo – au statut international encore controversé – le Saint-Siège n’entretient pas encore de relations avec 16 états, asiatiques pour la plupart et souvent à majorité musulmane.

Dans 9 de ces pays - Afghanistan, Arabie Saoudite, Bhoutan, Chine populaire, Corée du Nord, Maldives, Oman, Tuvalu et Vietnam – pas de représentant du Vatican. Dans 7 autres, il y a des délégués apostoliques, c’est-à-dire des représentants pontificaux auprès des communautés catholiques locales mais pas auprès des gouvernements. Trois de ces pays sont africains : Comores, Mauritanie et Somalie. Et quatre sont asiatiques : Brunei, Laos, Malaisie, Myanmar.

Le Saint-Siège a quand même déjà eu des contacts formels avec certains de ces pays. Des représentants de l’Afghanistan, de l’Arabie Saoudite, de la Malaisie, d’Oman et du Vietnam ont en effet assisté à la messe de début de pontificat de Benoît XVI. Et aux funérailles solennelles de Jean-Paul II, les représentants de Brunei et de la Somalie ont manifesté leur présence.

Avec le Vietnam, les négociations tendant à l’établissement de relations diplomatiques complètes ont formellement commencé. La visite du président Minh Triet au Vatican, le 11 décembre, a été encourageante à cet égard. En ce qui concerne la Chine, des contacts officieux existent entre des personnalités de la secrétairerie d’état, l’ambassadeur de Pékin en Italie, et les responsables du Bureau pour les affaires religieuses du régime chinois.

La diplomatie pontificale a aussi commencé à travailler à l’établissement de relations avec Oman. Mais certains états musulmans semblent réfractaires à toute discussion. C’est le cas de l’Arabie Saoudite – le culte catholique y est toujours officiellement interdit, même si l’audience accordée par le pape au roi Abdallah, le 6 novembre 2007, a été un signal positif – ou des Maldives, qui n’acceptent même pas l’entrée sur leur territoire de prêtres qui pourraient assister les nombreux touristes catholiques présents dans l’archipel.

Actuellement les ambassadeurs près le Saint-Siège d’environ 80 pays résident à Rome. Les autres sont des diplomates qui résident dans d’autres capitales d’Europe. Le Saint-Siège n’accepte pas d’ambassadeurs accrédités en même temps près l'Italie. Un autre signe de l’intérêt diplomatique croissant pour le Saint-Siège est que, sous le pontificat de Benoît XVI, les ambassadeurs d’Australie, du Cameroun, des Seychelles et du Timor Oriental se sont installés à Rome.

Il y a aujourd’hui dans le monde 101 nonces apostoliques en activité, certains s’occupant de plusieurs pays. Près de la moitié, 50, sont italiens, un pourcentage en baisse par rapport au passé (en 1961, 48 nonces sur 58 étaient Italiens, soit 83 % ; et en 1978, 55 sur 75, soit 73 %). Cette baisse devrait se poursuivre puisque, sous le pontificat de Benoît XVI, 26 nonces à leur première nomination ont été élevés à l’épiscopat, dont seulement 10 Italiens (38 %).

Toutefois les représentants pontificaux dans des pays importants ecclésiastiquement et politiquement comme la France, l’Espagne, les Etats-Unis, l’Argentine, le Brésil, la Colombie, Israël (Jérusalem et Palestine), la Russie et l’Italie elle-même, sont encore Italiens.

Les autres nonces viennent, pour la plupart, du reste de l’Europe (27, dont 7 Espagnols, 6 Polonais, 5 Français, 3 Suisses), mais aussi d’Asie (14, dont 6 Indiens et 4 Philippins), d’Amérique du Nord (6, venant tous des Etats-Unis), d’Afrique (3) et d’Amérique latine (1).

Avec Benoît XVI, le réseau de nonciatures a été renforcé en Afrique, où ont été créés deux nouveaux postes : au Burkina Faso en 2007 et au Libéria en 2008. Et la Libye a décidé de donner son accord pour la construction d’une nonciature à Tripoli. Encore des signes de l’intérêt – réciproque – du Saint-Siège pour un continent parfois oublié par les grandes puissances.



Le journal de la conférence des évêques d’Italie qui a publié l'article :

> Avvenire



Le discours adressé, le 11 janvier 2010, par Benoît XVI au corps diplomatique :

> "Cette rencontre traditionnelle du début de l’année..."

La note d’information diffusée le même jour par la secrétairerie d’état :

> Nota informativa, 11 gennaio 2010

Sur le site du Vatican, la liste des états et des organismes internationaux avec lesquels le Saint-Siège entretient des relations :

> Relations bilatérales et multilatérales du Saint-Siège

Et la liste des concordats et des accords signés depuis 1929 jusqu’à aujourd’hui, avec les documents correspondants :

> Concordati e accordi della Santa Sede


Des informations sur les récentes agressions anticatholiques au Vietnam, passées sous silence par "L'Osservatore Romano" pour des raisons de prudence diplomatique :

> Asia News


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

02.08.2009

Vietnam: La carotte et le bâton, le double régime des autorités

La carotte et le bâton: le double régime des autorités vietnamiennes

Amabilités diplomatiques avec le Vatican, main de fer avec l'Église vietnamienne. 500 000 catholiques défilent en processions pacifiques. Ils prient au milieu des ruines des églises réquisitionnées par le gouvernement. Frappés et emprisonnés, ils ne cèdent pas

par Sandro Magister




ROME, le 31 juillet 2009 – Le Vietnam est, avec l'Arabie Saoudite et la Chine, l’un des très rares états au monde à ne pas entretenir de relations diplomatiques avec le Saint-Siège. C’est aussi un pays où la communauté catholique a été persécutée récemment et continue à être maltraitée. Et pourtant il est presque sûr que le Vietnam communiste sera justement une étape fondamentale du voyage en Asie que Benoît XVI pense accomplir en 2010.

L'invitation à se rendre au Vietnam a été adressée au pape par Pierre Nguyen Van Nhon, archevêque de Dalat et président de la conférence des évêques du Vietnam, lors de la visite "ad limina" que les évêques de ce pays ont faite à Rome fin juin. Il manque encore l'invitation officielle du gouvernement mais il est certain qu’elle arrivera bientôt. A la veille de son départ pour Rome, l'archevêque de Hanoi, Joseph Ngo Quang Kiet, a reçu du bureau des affaires religieuses la "recommandation" d’inviter le pape. Kiet est secrétaire de la conférence des évêques du Vietnam.

L’invitation officielle sera probablement adressée à Benoît XVI par Nguyen Minh Triet, président du Vietnam, quand celui-ci sera reçu en audience au Vatican en décembre. Ce sera la seconde rencontre d’une autorité de ce pays avec le pape, après la réunification sous domination communiste en 1975. La précédente visite a été rendue, le 25 janvier 2007, par le premier ministre, Nguyen Tan Dung.

De plus une délégation du gouvernement vietnamien, créée en accord avec les autorités vaticanes justement pour discuter de l’établissement de relations diplomatiques, arrivera à Rome en novembre prochain. Ce sera le second round de discussions entre les deux parties. Le premier a eu lieu à Hanoi les 16 et 17 février de cette année. La délégation vaticane était présidée par Mgr Pietro Parolin, sous-secrétaire pour les relations du Saint-Siège avec les Etats. La délégation vietnamienne était présidée par le vice-ministre des Affaires étrangères, Nguyen Quoc Cuong.

Un point clé des discussions concerne la nomination des évêques. Au Vietnam le Saint-Siège n’est pas pleinement libre de choisir les nouveaux évêques. La procédure actuelle est que Rome présente trois candidats pour chaque diocèse vacant, parmi lesquels les autorités vietnamiennes excluent ceux qui leur déplaisent.

La dernière fournée de nominations – trois évêques et un auxiliaire – a eu lieu le 25 juillet. L’un des diocèses concernés, celui de Phat Diem, était sans évêque depuis le 14 avril 2007, signe de la difficulté à trouver un accord.

Actuellement aucun des 26 diocèses vietnamiens n’est sans évêque. Les catholiques sont plus de 6 millions, soit 8% des 84 millions d’habitants. Leur nombre augmente : dans la seule Ho Chi Minh Ville, 9 000 adultes sont baptisés chaque année. Les vocations religieuses et monastiques progressent également. Les quatre monastères bénédictins du pays comptent aujourd’hui 270 moines. A l'abbaye de Huê ils étaient 11 en 1975 ; aujourd’hui ils sont 79, avec une vingtaine de novices chaque année.

Religieusement vivace, la communauté catholique vietnamienne est également de plus en plus active dans la sphère publique. Le 27 juin, Benoît XVI a consacré une partie de son discours aux évêques en visite "ad limina" aux relations avec les autorités politiques, soulignant que "les religions ne représentent pas un danger pour l'unité de la nation", au contraire, elles agissent "généreusement et de manière désintéressée au service du prochain".

Mais ces propos n’ont pas suffi à tranquilliser les autorités, comme le montrent les faits survenus ces dernières semaines.



***



Depuis quelque temps, l’étincelle est toujours la même : la volonté d’évêques, de prêtres, de fidèles, de rendre à leur usage originel les églises, couvents, écoles, terrains, qui appartenaient à l’Eglise avant d'être confisqués par les autorités communistes.

Ils luttent de manière pacifique, par des prières, des processions, des veillées, des retraites aux flambeaux et en plantant une croix sur les lieux disputés. Depuis décembre 2007, c’est un crescendo de manifestations de ce type, ponctuellement empêchées et dispersées par les forces de l’ordre.

Dans quelques cas, les protestations ont abouti et les autorités ont consenti à restituer ses biens à l’Eglise. Dans les autres, non.

Par leur fréquence et leurs effectifs, ces défilés de catholiques vietnamiens sont plus imposants que ceux que les moines bouddhistes avaient organisés en Birmanie il y a quelque temps. Mais alors que ces derniers ont été largement couverts par les médias occidentaux, les premiers sont presque ignorés.

La dernière protestation a eu pour épicentre ce qu’il reste de l’église historique de Tam Toa (photo), à 300 kilomètres au sud de Hanoi, construite au XVIIe siècle, reconstruite à la fin du XIXe et à moitié détruite par les bombardements américains de 1968. Les fidèles ont continué à y célébrer à ciel ouvert, mais en 1996 le secteur a été réquisitionné avec l'intention d’en faire un mémorial de la guerre contre les Etats-Unis.

Le 20 juillet, des milliers de catholiques ont réoccupé le secteur en dressant une croix et un autel au centre des ruines. La procession a été dispersée par la force, des prêtres et des fidèles ont été arrêtés et frappés.

Paul-Marie Cao Dinh Thuyen, l’évêque du diocèse de Vinh où se trouve l’église de Tam Toa, a immédiatement demandé que les personnes arrêtées soient relâchées. Le dimanche suivant, 26 juillet, on a prié et on a observé une minute de silence dans toutes les églises du Vietnam.

Le même jour, dans le diocèse de Vinh, un demi-million de catholiques a défilé pacifiquement. De mémoire d'homme, c'est la plus grande manifestation religieuse qui ait eu lieu au Vietnam.

Cette fois encore, les réactions ont été violentes, avec un acharnement particulier sur deux prêtres, Paul Nguyen Dinh Phu et Pierre Nguyen The Binh, agressés alors qu’ils s’apprêtaient à célébrer la messe à Tam Toa avec d’autres prêtres. Le premier a été grièvement blessé. Le second, conduit à l’hôpital après l'agression, y a été poursuivi par ses agresseurs, frappé de nouveau et enfin jeté par la fenêtre du second étage. Il est dans le coma. Quand cette nouvelle a été connue, de nouvelles marches de protestation silencieuse ont eu lieu dans diverses villes du Vietnam. Il y a eu de nombreuses arrestations.

Au Vatican, on suit ces événements avec beaucoup d’appréhension. On voit dans les protestations des catholiques vietnamiens un obstacle à la volonté des deux parties – le Saint-Siège et les autorités communistes – d’établir des rapports diplomatiques satisfaisants.

Sur place, les autorités ecclésiastiques sont plus sceptiques dans leur opinion sur le gouvernement. Le cardinal Jean Baptiste Pham Minh Man, archevêque de Ho Chi Minh Ville, a déclaré dans une récente interview :

"La politique de l’Eglise est basée sur un dialogue fondé sur la vérité, la justice et la charité. Mais ce mot, dialogue, n’existe même pas dans le vocabulaire communiste et le mot solidarité non plus".



Pour une mise à jour permanente des informations en provenance du Vietnam, les deux agences ci-après sont d’excellentes sources :

> Asia News


> UCA News


Le discours de Benoît XVI aux évêques du Vietnam en visite "ad limina", le 27 juin 2009 :

> "C’est avec grande joie que je vous accueille..."



Le communiqué émis le 20 février 2009 par le Saint-Siège après la dernière visite de sa délégation officielle au Vietnam :


> "According to the agreement between the Vietnamese Government and the Holy See..."



Les précédents articles de www.chiesa sur ce sujet :

> Au Vietnam, l'Eglise n'a pas peur. Le régime communiste, oui (22.10.2008)

> La révolution pacifique des catholiques au Vietnam
(28.5.2008)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

07.05.2009

Le plus difficile pour le Pape en Terre Sainte

Le plus difficile pour le pape en Terre Sainte: conquérir les chrétiens

Les Israéliens l'ont invité, les musulmans l'ont demandé. Mais pas ses fidèles locaux, qui ont exprimé les plus importantes oppositions à son voyage. Les motifs de leur refus. Et les inconnues

par Sandro Magister





ROME, le 6 mai 2009 – Le dimanche précédant son départ pour la Terre Sainte, sur la place Saint-Pierre pleine de fidèles, Benoît XVI a indiqué en quelques mots le but de son voyage:


"Par ma visite, je me propose de soutenir et d’encourager les chrétiens de Terre Sainte, qui sont confrontés chaque jour à de nombreuses difficultés. En tant que successeur de l’apôtre Pierre, je leur ferai sentir la proximité et l’appui de tout le corps de l’Eglise. Je me ferai aussi pèlerin de paix, au nom du Dieu unique, Père de tous les hommes. Je témoignerai de l’engagement de l’Eglise catholique en faveur de ceux qui cherchent à pratiquer le dialogue et la réconciliation, pour arriver à une paix stable et durable dans la justice et le respect mutuel. Enfin ce voyage ne pourra pas ne pas avoir une grande importance œcuménique et interreligieuse. Jérusalem est, à cet égard, la ville-symbole par excellence: c’est là que le Christ est mort pour réunir tous les enfants de Dieu dispersés".

D’après ces propos – répétés à l'audience générale du mercredi 6 mai – le pape compte d’abord, pour promouvoir en Terre Sainte la paix et le dialogue entre les peuples et les religions, sur les chrétiens qui vivent là-bas.

Un pari audacieux. D’une part parce que, dans cette région, les chrétiens sont une infime minorité, moins de 2% de la population juive et arabe. Mais aussi parce que ces chrétiens locaux sont ceux qui ont montré le plus de scepticisme à l'annonce du voyage du pape. Beaucoup, y compris des prêtres et des évêques, ont contesté l'opportunité de sa visite.

Il a fallu un gros travail pour adoucir ce front du refus. Le patriarche latin de Jérusalem, Fouad Twal, l'a confirmé dans une interview: les raisons des opposants ont été exposées à Benoît XVI lui-même.

La grande crainte des opposants était que le voyage du pape – y compris en raison de ses positions très avancées dans le dialogue religieux avec le judaïsme – ne tourne à l’avantage politique d’Israël.

Benoît XVI a fermement résisté. De son côté, la diplomatie vaticane a tout fait pour tranquilliser les opposants.

Voilà qui explique, par exemple, la bienveillance témoignée par le Vatican au grand ennemi d’Israël, l'Iran, pendant et après la très controversée conférence de Genève sur le racisme, bienveillance que beaucoup d’observateurs ont jugée excessive.

Cela explique peut-être aussi le silence des autorités vaticanes et du pape lui-même à propos de la pendaison furtive de la jeune iranienne Delara Dalabi à Téhéran. Dans ces cas à retentissement mondial, le Saint-Siège prend presque toujours la parole pour défendre les victimes de violations des droits de l’homme: cette fois, il a décidé de se taire.


***


A noter que l'Iran traite à son tour le Saint-Siège avec une bienveillance inhabituelle. En avril 2008, recevant le nouveau nonce apostolique à Téhéran, l'archevêque Jean-Paul Gobel, le président Ahmadinejad a défini le Vatican comme une force positive pour la justice et la paix dans le monde.

Peu après il a envoyé à Rome une délégation de haut niveau dirigée par un descendant direct du prophète Mahomet, Mahdi Mostafavi, président de l'Islamic Culture and Relations Organization de Téhéran et ancien vice-ministre des Affaires étrangères, un homme de confiance et "conseiller spirituel" qu’il rencontre "au moins deux fois par semaine".

Pendant trois jours, du 28 au 30 avril, cette délégation iranienne a eu avec une délégation vaticane compétente des entretiens à huis clos sur le thème "Foi et raison dans le christianisme et dans l'islam", qui se sont conclus par une rencontre avec Benoît XVI.

Il y a en Iran une toute petite communauté catholique, soumise à un contrôle étouffant. Cela aussi explique le "réalisme" que manifeste la diplomatie vaticane dans ce pays, comme dans d’autres pays musulmans. Pour sauver ce qui peut l’être, la réserve est jugée plus efficace que la protestation ouverte.

Par exemple, le Vatican n’a stigmatisé les anathèmes répétés d’Ahmadinejad contre l'existence d’Israël qu’une fois, à mots couverts, dans un communiqué de la salle de presse, le 28 octobre 2005. Depuis cette date lointaine, silence.

Mais le "réalisme" diplomatique n’explique pas tout. Les anathèmes antijuifs d’Ahmadinejad sont familiers à une partie significative des chrétiens arabes qui vivent en Terre Sainte. Pour eux aussi, l'existence même d’Israël est la cause de tous les maux.

Il faut se rappeler que de telles idées existent non seulement chez les chrétiens arabes, mais aussi chez des représentants connus de l’Eglise catholique qui vivent hors de la Terre Sainte et à Rome.

L’un d’eux, par exemple, est le jésuite Samir Khalil Samir, égyptien de naissance, islamologue des plus écoutés au Vatican, qui a écrit, il y a deux ans, dans un "décalogue" pour la paix au Moyen-Orient:


"La racine du problème israélo-palestinien n’est ni religieuse ni ethnique, elle est purement politique. Le problème remonte à la création de l’état d’Israël et au partage de la Palestine en 1948 – après la persécution organisée systématiquement contre les juifs – décidé par les grandes puissances sans tenir compte des populations présentes en Terre Sainte. Voilà la vraie cause de toutes les guerres qui ont suivi. Pour remédier à une grave injustice commise en Europe contre un tiers de la population juive mondiale, l’Europe elle-même, appuyée par les autres nations les plus puissantes, a décidé et commis une nouvelle injustice contre la population palestinienne, innocente du martyre des juifs".


Cela dit, le père Samir affirme en tout cas que l'existence d’Israël est aujourd’hui un fait indéniable, indépendamment de son péché originel. C’est aussi la position officielle du Saint-Siège, depuis longtemps favorable à ce qu’il y ait deux états, israélien et palestinien.

Ce n’est pas tout. D’après le père Samir, les chrétiens arabes qui vivent en Terre Sainte sont, bien que peu nombreux, "les seuls qui puissent promouvoir la paix dans la région, parce qu’ils ne veulent pas aborder la question en termes religieux, mais en termes de justice et de légalité".

En effet, selon le père Samir, le conflit arabo-israélien ne cessera pas tant qu’il continuera à être une guerre religieuse entre le judaïsme et l’islam. Ce n’est qu’en le ramenant à ses aspects politiques et "laïcs" que l’on pourra parvenir à la paix. Et les chrétiens sont les mieux outillés pour cela.


***


A la veille du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, le père Samir a développé ces idées quant au rôle des chrétiens dans la région dans une interview à l’hebdomadaire italien "Tempi".

Il a notamment dit:

"Déjà la Nahdah, la renaissance arabe qui a eu lieu au XIXe siècle et au début du XXe, a été essentiellement l’œuvre des chrétiens. Aujourd’hui, un siècle plus tard, cela recommence, même si les chrétiens sont minoritaires dans les pays arabes. Aujourd’hui le 'nouveau' dans la pensée arabe provient du Liban, où l’interaction entre chrétiens et musulmans est plus vive. Il y a ici cinq universités catholiques, en plus des universités islamiques et d’état. Des radios, des télévisions, des journaux et revues chrétiens fonctionnent, où s’expriment musulmans, laïcs et chrétiens. Aujourd’hui l’impact culturel des chrétiens au Moyen-Orient passe par les moyens de communication: le Liban est devenu le plus grand centre de publication de livres de tout le monde arabe; on y imprime des livres saoudiens, marocains… Les musulmans eux-mêmes comprennent que les chrétiens sont les groupes les plus actifs et les éléments les plus dynamiques culturellement, comme c’est souvent le cas pour les minorités. Les chrétiens du Liban ou des autres pays du Moyen-Orient ont aussi des liens et des contacts avec l’Occident, ce qui rend fondamental leur rôle culturel. Au Liban, en Jordanie, mais aussi en Arabie Saoudite, de nombreux musulmans, y compris des leaders faisant autorité, l’ont dit publiquement: nous ne voulons pas que les chrétiens s’en aillent de nos pays parce qu’ils sont une partie essentielle de nos sociétés".

A cette vision optimiste le père Samir ajoute naturellement un avertissement: dans les pays musulmans, les chrétiens sont presque partout menacés. A commencer par l'Arabie Saoudite, autre état vis-à-vis duquel le Saint Siège mène sans préjugés une politique "réaliste" dont le point culminant a été, le 6 novembre 2007, l'accueil de son roi au Vatican avec tous les honneurs, en passant sous silence les violations systématiques des droits de l’homme dans ce pays.

Pour revenir au dossier israélo-palestinien, un autre grand connaisseur de la région, le franciscain Pierbattista Pizzaballa, Custode de Terre Sainte, porte un jugement plus pessimiste sur le rôle des chrétiens. Aujourd’hui, selon lui, "politiquement, les chrétiens ne comptent plus" dans le conflit israélo-palestinien.

De plus, ils sont les plus froids dans leur réaction à la visite du pape, bien que celui-ci les ait mis en tête des objectifs de son voyage.

Une tâche difficile attend Benoît XVI en Terre Sainte. Plus que les Israéliens qui l’ont invité, plus que la monarchie jordanienne qui lui ouvre grand les portes, il devra surtout conquérir les chrétiens locaux.



Le programme du voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, minute par minute, sur le site du Vatican:

> Pélerinage 8-15 mai 2009. Programme



A propos des rapports politiques entre le Vatican et Israël, sur www.chiesa:

> A Gaza le Vatican hisse le drapeau blanc (4.1.2009)

Et entre le Vatican et l'Iran:

> Quand les turbans iraniens rendent hommage au pasteur de Rome (7.5.2008)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

29.07.2008

Conférence mondiale pour le dialogue à Madrid: consigne du Pape

Le card. Tauran rappelle que le dialogue entre les croyants est le meilleur service à la paix


ROME, Lundi 28 juillet 2008 (ZENIT.org) - Benoît XVI a adressé une consigne à la Conférence mondiale pour le dialogue, qui s'est déroulée à Madrid. La Conférence était convoquée par la Ligue du monde islamique : le meilleur service des croyants à la paix est le dialogue sur l'amour et la vérité.

C'est le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux qui a transmis le message du pape aux personnes présentes, et qui a prononcé l'intervention de clôture de la rencontre.

http://www.interet-general.info/IMG/Abdallah-Roi-1-2.jpg

 

La conférence s'est déroulé du 16 au 18 juillet derniers à l'initiative du roi Abdallah d'Arabie saoudite (photo) avec la participation du roi d'Espagne, Juan Carlos, et de représentants religieux de pratiquement toutes les confessions.

Dans son allocution, le cardinal français a transmis le salut du pape aux participants et a assuré que le Saint-Père « considère que le dialogue basé sur l'amour et sur la vérité entre les croyants est la meilleure manière de contribuer à l'harmonie, au bonheur et à la paix des peuples de la terre ».

Le cardinal a remercié le roi Abdallah pour le courage avec lequel il a présenté les objectifs de la conférence. « Si nous souhaitons le succès de cette rencontre historique nous devons nous concentrer sur nos dénominateurs communs, c'est-à-dire la foi profonde en Dieu, les nobles principes et les valeurs morales élevées qui constituent l'essence de la religion », avait-il dit.

« En ces jours, on montre de manière évidente qu'il est possible de se rencontrer, de se regarder et de respecter nos fois réciproques, d'apprendre une nouvelle manière de parcourir le chemin du dialogue », a dit le cardinal Tauran, dans son intervention publiée dans L'Osservatore Romano.

« Nous avons souligné les nombreuses convictions que nous partageons : la foi dans l'unicité de Dieu auteur de la vie ; la responsabilité de sauvegarder la création et les ressources de la terre ; le caractère sacré de la personne humaine et de sa dignité et les droits fondamentaux qui en découlent ; la préoccupation commune d'offrir aux jeunes des principes éthiques et religieux : la force de l'amour que possède chaque croyant ; le caractère central de la loi naturelle », a constaté le prélat, ajoutant vouloir partager avec les participants « deux considérations personnelles ».

« La première est que nous avons mis à disposition de tous les membres des sociétés auxquelles nous appartenons, la richesse de nos convictions et de nos pensées », a-t-il dit. « Ma deuxième conviction est que, en tant que chrétiens, nous sommes un don pour la société », a-t-il ajouté.

« Cette réalité implique de manière impérative que la liberté religieuse soit reconnue, au-delà de la nécessité importante d'avoir des lieux de culte, ce qui est le minimum auquel on puisse prétendre », a-t-il expliqué.

« La liberté religieuse doit aussi inclure la possibilité pour les croyants de prendre une part active au dialogue public à travers des responsabilités sociales, politiques et culturelles qui doivent servir de modèle », a affirmé le représentant pontifical.

En considérant l'avenir, le cardinal a présenté trois objectifs urgents : « Promouvoir la connaissance réciproque ; encourager l'étude des religions de manière objective ; former les personnes au dialogue interreligieux ».

« Je ne veux pas dire que toutes les religions sont plus ou moins égales. Je veux dire que tous ceux qui cherchent Dieu ont la même dignité », a-t-il expliqué.

« Benoît XVI a toujours mis en garde contre un dialogue interreligieux qui débouche sur le syncrétisme, a-t-il rappelé. Nous savons tous que le dialogue interreligieux ne peut être fondé sur l'ambiguïté ».

« En tant que croyants, juifs, chrétiens et musulmans nous croyons dans les faits, a-t-il conclu. Ayant reçu de Dieu un coeur et une intelligence, nous savons que nous pouvons changer, avec Son aide, le cours de l'histoire ».

 

Jesús Colina

18:15 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : espagne, arabie saoudite, vie de l eglise, cardinaux, paix, religions, dialogue | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |