10.12.2010
Pékin défie jusqu'au bout le Vatican
L’assemblée de l’Eglise patriotique chinoise s’est achevée après trois jours de travaux. Quelque 300 prélats, prêtres et religieux se sont retrouvés à Pékin. Il s’agissait de renouveler dans le plus grand secret la hiérarchie de deux structures : le conseil des évêques et l’association patriotique, étroitement contrôlées par le régime chinois et non reconnues par le Vatican.
15:11 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, vatican, pekin, eglise patriotique, eveques, prelats, pretres, religieux, association patriotique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
06.12.2010
Chine-Vatican : fracture ou statu quo ?
C’est aujourd’hui que s’ouvre à Pékin l’assemblée pour l’élection des responsables de l’Association patriotique des catholiques chinois, créée par le régime et non reconnue par Rome. Cette assemblée, qui se tiendra jusqu’à jeudi, se situe dans « le contexte particulièrement difficile que vit l’Église chinoise actuellement », selon les termes employés par Benoît XVI lors de son audience générale mercredi dernier.
22:44 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, vatican, pekin, beijing, association patriotique, rome, eglise catholique, pape, benoit xvi, eveques, ordinations, jean charbonnier, mission etrangeres, paris, asia news |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
24.11.2010
Quand l'Etat chinois interfère dans les affaires de l'Eglise
20:23 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eglise, chine, eveques, ordinations, guo jincai, saint-siege, regis anouilh, eglises d'asie, association patriotique, solidarite, dialogue, liu bainian |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
04.02.2010
Chine: La trompette de Zen et la cloche de Bertone
Chine. La trompette de Zen et la cloche de Bertone
Deux points de vue s’opposent en ce qui concerne l'avenir de l'Eglise catholique chinoise, celui du cardinal de Hong-Kong et celui de la diplomatie vaticane. Un dossier du mensuel "30 Giorni" donne la parole à la seconde. Avec une interview d'un intellectuel proche du gouvernement de Pékin
par Sandro Magister

ROME, le 4 février 2010 – Le cardinal Joseph Zen Zekiun, évêque émérite de Hong-Kong et stratège passionné de l’Église catholique en Chine, n’a jamais ménagé ses critiques contre la diplomatie vaticane, qu’il trouve trop accommodante vis-à-vis du régime communiste de Pékin, ni aux prêtres et évêques qui lui paraissent trop soumis.
La dernière polémique – relatée par www.chiesa dans un précédent article – a porté sur l’affaire de l’évêque coadjuteur du diocèse Baoding, Joseph An Shuxin, rendu à la liberté après dix années passées en prison et qui s’est inscrit à l’Association Patriotique gouvernementale, geste que beaucoup ont interprété comme une reddition à l’ennemi.
D’après le cardinal Zen, la faiblesse de l’évêque de Baoding et d’autres comme lui serait encouragée de façon coupable par les autorités vaticanes qui considèrent que la période héroïque de l’Église clandestine est terminée et que ses évêques et ses prêtres devraient tous entrer dans l’Église officielle reconnue par le régime.
Mais en est-il vraiment ainsi ? Selon les autorités vaticanes, non : la situation n’est pas du tout celle que décrivent le cardinal Zen et l'agence "Asia News" dirigée par le père Bernardo Cervellera, de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères.
***
La diplomatie vaticane ne s’exprime pas directement mais, pour connaître ses prises de position, il suffit de lire la revue qui reflète le mieux sa pensée : le mensuel international en six langues "30 Giorni", édité à Rome et dirigé par le vieux sénateur Giulio Andreotti, plusieurs fois président du conseil et ministre des Affaires étrangères de la république italienne, de tout temps très introduit à la curie.
![]() |
|
Dans son dernier numéro, "30 Giorni" consacre un dossier à l’Église chinoise. Mais ce n’est pas tout. Il annonce aussi la diffusion en Chine, à un grand nombre d’exemplaires, d’un livret de prières intitulé "Qui prie est sauvé" (voir photo ci-dessus), traduit pour la première fois en mandarin et préfacé par l’évêque de Shanghai, Aloysius Jin Luxian, celui des évêques reconnus à la fois par le régime et par l’Église de Rome qui fait le plus autorité (et par le cardinal Joseph Ratzinger? ndlr).
Pour le moment, le nouveau numéro de "30 Giorni" n’a été publié qu’en italien. Mais bientôt il sortira aussi en anglais, français, espagnol, portugais et allemand, avec la possibilité pour tous de lire intégralement le dossier.
Celui-ci comprend une grande enquête de Gianni Valente qui reconstitue l’affaire de l’évêque de Baoding, avec des détails qui démentent la "trahison" de ce dernier et prouvent sa rectitude. Mais il fournit aussi deux documents d’un grand intérêt, qui appuient cette reconstitution des faits.
Le premier document est une lettre du 29 juin 2008, écrite par le cardinal Ivan Dias, préfet de la congrégation vaticane Propaganda Fide, aux prêtres, aux religieux et aux fidèles du diocèse de Baoding.
Dans cette lettre, le cardinal Dias – dont dépendent formellement les diocèses de Chine – défend pleinement les choix faits par l’évêque An Shuxin après sa sortie de prison et il enjoint au clergé et aux fidèles de faire preuve envers lui de respect et d’obéissance :
"Tout le monde doit savoir que l’estimé évêque jouit de la faveur et de la confiance totale du Saint-Siège. Personne ne peut donc se permettre de suspecter sa sincérité ou de s’opposer à son autorité, en diffusant des jugements inconsidérés qui troublent les fidèles. Non seulement cela réjouit beaucoup les ennemis de l’Église, mais c’est un grave manque de charité devant Dieu et devant l’Église ".
Le second document, datant de novembre dernier, est un long interrogatoire de l’évêque An Shuxin par un prêtre chinois en désaccord avec lui, diffusé par un site web lié à des groupes de l’Église catholique clandestine : www.ccccn.org.
La traduction intégrale du texte chinois de l'interrogatoire sera bientôt disponible sur le site web de "30 Giorni".
Le dossier de la revue comporte de graves critiques contre le cardinal Zen, accusé de se présenter abusivement comme le seul interprète véridique de la lettre adressée par Benoît XVI aux catholiques chinois en 2007, c’est-à-dire du document essentiel pour l’Église catholique de Chine.
Il défend également avec vigueur le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état et donc chef de la diplomatie du Vatican.
Curieusement, Bertone et Zen sont salésiens l’un et l’autre mais se disputent même lors des réunions confidentielles de la commission créée par le Vatican pour suivre la mise en œuvre de la lettre-programme de Benoît XVI en Chine, commission dont ils font partie tous les deux.
On trouvera ci-dessous le texte intégral d’une autre pièce majeure du dossier di "30 Giorni" : l'interview accordée à Gianni Valente par le professeur Ren Yanli. Celui-ci, membre de l’académie chinoise des sciences sociales et de l’institut de recherches sur les religions mondiales, suit depuis des décennies la vie de l’Église catholique chinoise et les rapports entre la Chine et le Vatican.
Ren Yanli exprime le côté "soft" des positions des autorités chinoises en ce qui concerne l’Église catholique.
Mais, bien sûr, d’autres expriment le côté "hard". La Chine aussi a ses Bertone et ses Zen.
Hu Jintao et le pape. Cette audience manquée de peu
Interview de Ren Yanli
Q. – Professeur Ren Yanli, des opinions contradictoires circulent à propos de la situation de l’Église catholique chinoise...
R. – Les catholiques chinois sont des catholiques comme tous les autres. Ils ont la même foi, lisent la même Bible, vont librement à l’église pour la messe, pour prier et recevoir les sacrements. Ils aiment leur patrie, comme les autres catholiques, et ils veulent participer à la vie et à la modernisation de la Chine.
Q. – D’où viennent donc les problèmes ?
R. – Il y a eu un temps où, pour différentes raisons, il ne semblait pas possible d’aimer en même temps la patrie et l’Église. Quand la République Populaire de Chine est née, le Vatican était considéré comme un ennemi politique de la nouvelle Chine communiste. Ainsi, à la fin des années Cinquante, au plus fort du mouvement anti-impérialiste qui dominait alors la politique chinoise, les relations avec le Saint-Siège ont été rompues et l’Église chinoise a été poussée vers la ligne politique de l’indépendance et de la nomination autonome des évêques. Mais déjà alors, ceux qui, par patriotisme ou seulement en paroles, avaient adhéré à cette ligne ont fini par perdre leur tranquillité spirituelle. Ils semblaient profondément partagés. Comment une Église qui n’a pas de lien avec le siège apostolique peut-elle être catholique ? Et en effet, après la malheureuse période de la Révolution Culturelle, le souci principal des catholiques chinois, lors de la réouverture de la Chine réalisée par Deng Xiaoping, a été de rétablir, dans les temps et selon les modalités qui leur étaient possibles, les relations avec le Saint-Siège, le pape et l’Église catholique universelle.
Q. – Un désir qui a trouvé pour se réaliser des voies diverses.
R. – Certains ont serré les rangs autour des évêques ordonnés clandestinement qui étaient en communion avec le pape et qui refusaient tout rapport avec le pouvoir politique et tout contrôle de sa part. Mais les évêques qui avaient été ordonnés sans le consentement du siège apostolique ont commencé eux aussi à prendre cette voie et ont demandé à être reconnus et légitimés par le pape. Eux aussi, de fait, se sont détachés de la perspective de l’indépendance. Cela a été un phénomène général et on doit le considérer dans sa globalité.
Q. – Comment expliquez-vous ce phénomène ? Quelles en sont les causes profondes ?
R. – Il est de plus en plus clair pour moi que le facteur décisif a été la foi des catholiques chinois elle-même, qu’il s’agisse des laïcs ou du clergé. Aujourd’hui les prêtres ne sont pas disposés à devenir évêques si leur nomination ne vient pas du pape et si le mandat apostolique manque. Beaucoup de nouveaux évêques ont voulu, au début et à la fin de leur consécration, montrer en public la lettre de nomination reçue du pape, ne serait-ce que parce qu’ils savent très bien que les fidèles n’écouteront jamais des pasteurs élus et consacrés de façon autonome, sans le consentement du pape. Les derniers évêques nommés sans mandat pontifical restent isolés et personne ne veut recevoir l’eucharistie de leurs mains pendant la messe. Bref, s’il est vrai que certains ont eu par le passé quelque tentation de faire carrière dans une Église indépendante, la foi du peuple a aidé tout le monde à rendre irréalisable ce projet d’indépendance. Et cela a aidé le gouvernement à réorienter sa ligne d’action.
Q. – Où voyez-vous cette réorientation ? Il y a des gens qui disent que la position du pouvoir chinois reste rigoureusement la même.
R. – Le gouvernement a compris que, s’il veut que les évêques soient des pasteurs estimés et suivis par les fidèles et qu’ils ne soient pas perçus comme des fonctionnaires isolés et imposés de l’extérieur, il doit admettre - ce qu’il fait maintenant - que la nomination venant du pape et la pleine communion avec lui sont des éléments absolument indispensables. Cela veut dire que, dans les faits, l’idée d’imposer à l’Église une indépendance qui serait une séparation du pape et de l’Église universelle a été abandonnée. Le processus qui mène à une affirmation de plus en plus explicite de la communion des évêques chinois avec le pape – et de tout ce que cela comporte – est irréversible. Sur cette voie il ne pourra y avoir de retour en arrière.
Q. – Comment voyez-vous la phase récente des rapports entre la Chine et le Vatican ?
R. – Selon moi, continuer à parler de dégel n’a pas de sens parce que la glace est brisée depuis longtemps : il y a des années que les deux parties ont commencé à avoir des contacts directs. Mais il reste entre elles un climat d’agression-riposte : chaque fois qu’une partie considère les initiatives de l’autre comme des tentatives unilatérales pour se débarrasser d’elle, elle répond par des actions qui peuvent être interprétées comme des contre-attaques.
Q. – Un exemple ?
R. – Partons de 2005. Tous les évêques ordonnés cette année-là avaient déjà en poche, avant leur consécration, la nomination du pape. Cette année-là s’est entièrement déroulée dans la paix. En 2006, l’évêque de Hong-Kong, Joseph Zen, a été créé cardinal : aussitôt, en avril et en novembre, l’élection d’évêques sans mandat pontifical a recommencé en Chine. Un nouvel échange de déclarations sévères s’est alors ouvert entre le gouvernement chinois et la curie romaine. Mais en janvier 2007, quand la nouvelle que Benoît XVI allait envoyer une lettre pastorale à l’Église de Chine s’est répandue, les consécrations d’évêques non autorisés par Rome ont cessé. Cette année-là, le nouvel évêque de Pékin a été élu avec le consentement du pape. Mais ensuite le cinquantième anniversaire de l’Association Patriotique et des premières nominations épiscopales sans mandat pontifical qui avaient eu lieu en 1958, a été célébré en grande pompe en Chine. Au cours des cérémonies, les dirigeants politiques ont rappelé la ligne indépendantiste à laquelle doit se tenir l’Église chinoise.
Q. – Bref, un signal de raidissement, un énième retour en arrière.
R. – Dans ce contexte, le Saint-Siège a publié le "Compendium" de la Lettre écrite par Benoît XVI en 2007. Dans un appendice de ce nouveau document, il est indiqué que le Saint-Siège pourra, si c’est nécessaire, concéder de nouveau aux évêques chinois la faculté de consacrer d’autres évêques en demandant l’approbation pontificale dans un second temps. Concrètement, on avertit que les facultés spéciales qui avaient été révoquées par la lettre du Pape pourront être à nouveau attribuées aux communautés clandestines.
Q. – Quelles ont été les réactions du côté chinois ?
R. – On pouvait craindre le début d’une nouvelle phase de conflits. Mais ensuite, quand [en 2009] Hu Jintao est venu en Italie pour participer au G8, le pape lui a fait savoir qu’il serait heureux de le recevoir au Vatican. La rencontre n’a pas pu avoir lieu mais l’invitation du Pape a été appréciée.
Q. – Et maintenant ? Que se passe-t-il ?
R. – Le huitième congrès des catholiques chinois aurait dû se tenir ces derniers mois. Il s’agit de l’assemblée des délégués des diocèses enregistrés auprès de l’administration d’État des affaires religieuses, qui a aussi pour tâche de distribuer les charges à la tête des organismes officiels de l’Église de Chine, comme l’Association Patriotique et le collège des évêques, charges restées vacantes depuis que les évêques qui les occupaient sont morts. Mais les autorités politiques ont décidé de renvoyer le congrès à 2010.
Q. – Comment interprétez-vous ce renvoi ?
R. – Il est possible que l’on ne souhaite pas forcer la main. On a compris à Pékin que les chefs des organismes officiels doivent, pour être vraiment reconnus et respectés, être des évêques en communion avec le pape. Et les évêques légitimes, qui sont déjà un peu réticents, auraient du mal à assumer leur charge s’il y avait une opposition explicite du Saint-Siège. Il faut du temps pour organiser les choses de manière à ce que le choix tombe sur l’homme qui convient et que tout se passe bien. Les hommes politiques chinois d’aujourd’hui sont pragmatiques et tendent à résoudre les problèmes un par un. Sans changements de cap ostentatoires. Cela dit, ma crainte est que, si l’on ne commence pas par résoudre certains problèmes de fond, d’exténuantes phases d’un conflit désormais dépassé ne s’ouvrent à nouveau, ce qui nuirait à tout le monde.
Q. – Que faudrait-il faire en ce moment pour interrompre cette spirale d’actions-réactions que vous avez décrite ?
R. – Le Saint-Siège ferait bien, en ce qui le concerne, de tenir compte de l’Église chinoise et de l’impliquer dans les problèmes actuels : comme je l’ai dit, pendant tout ce temps, la fidélité des catholiques chinois à la foi des apôtres a été le facteur décisif, entre autres dans l’évolution des rapports avec les dirigeants politiques du pays.
Q. – Et qu’attendez-vous des leaders politiques chinois ?
R. – En mai dernier, une personnalité chinoise anonyme mais influente a signalé dans un journal de Hong-Kong que les autorités de Pékin pourraient proposer une révision des catégories d’autonomie, d’indépendance et d’autogouvernement telles qu’elles sont appliquées à l’Église locale. Ce sujet est déjà traité depuis quelque temps dans des séminaires d’étude réservés aux responsables politiques. La question est de savoir comment trouver une nouvelle définition de l’indépendance qui distingue l’aspect ecclésial et celui de la foi de l’aspect politique. Le concept d’indépendance ne peut plus être appliqué aux aspects de la vie de l’Église qui concernent la foi et ne doit être considéré que dans sa perspective politique.
Q. – Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Pouvez-vous donner un exemple concret ?
R. – Le gouvernement veut avoir la garantie que l’Église ne se comporte pas comme un corps politique ; que les évêques chinois sont indépendants d’éventuelles orientations politiques et géopolitiques de la curie romaine. Pratiquement, on veut éviter qu’un évêque ou un nonce puisse attaquer la politique du gouvernement. C’est pourquoi il y a à Pékin des gens qui s’obstinent à vouloir maintenir un certain contrôle sur la nomination des évêques.
L'édition italienne de la revue qui a publié le dossier, avec les liens vers les éditions en d’autres langues
> 30 Giorni
La lettre adressée le 27 mai 2007 par Benoît XVI aux catholiques chinois :
> Lettre du Pape...
Son "Compendium" par questions et réponses, diffusé le 23 mai 2009 :
> Compendium of the Letter of the Holy Father...
Et le guide de lecture de la lettre papale diffusé par le cardinal Zen le 18 novembre 2009 :
> An Aid for Reading the Holy Father's Letter to the Church in China
Tous les articles de www.chiesa sur ce thème :
> Focus CHINE
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
15:14 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, pekin, secretaire d etat, aloysius jin luxian, pape, cardinaux, joseph zen zekiun, hong-kong, eglise catholique, vatican, diplomatie, communisme, pretres, eveques, baoding, dioceses, joseph an shuxin, association patriotique, eglise clandestine, asia news, bernardo cervellera, institut pontifical des missions etrangeres, 30 giorni, rome, giulio andreotti, ministre des affaires etrangeres, italie, curie, eglise chinoise, qui prie est sauve, mandarin, shanghai, italien, anglais, francais, espagnol, portugais, allemand, gianni valente, ivan dias, propaganda fide, religieux, fideles, saint-siege, www ccccn org, benoit xvi, tarcisio bertone, salesiens, ren yanli, academie chinoise des sciences sociales |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
04.12.2009
Chine: La volte-face d'un évêque relance la querelle entre Bertone et Zen
Chine. La volte-face d'un évêque relance la querelle entre Bertone et Zen
Pour le secrétaire d'Etat du Vatican, l'Eglise clandestine doit se montrer au grand jour et se mettre en règle avec les autorités chinoises. Pour le cardinal Zen, elle ne doit pas le faire, car ce serait se livrer à l'ennemi. L'affaire de l'évêque de Baoding
par Sandro Magister
ROME, le 3 décembre 2009 – En deux jours, les catholiques qui vivent en Chine ont reçu deux exhortations très différentes l’une de l’autre, écrites par deux poids lourds de l’Eglise mondiale : le cardinal Tarcisio Bertone et le cardinal Joseph Zen Zekiun.
Bertone et Zen sont tout à fait qualifiés pour s’occuper de la Chine. Le premier est secrétaire d’Etat et donc responsable de toute la géopolitique de l’Eglise, le second est évêque émérite de Hong-Kong et fait partie de la commission voulue par le Vatican pour suivre la mise en application de la lettre-programme écrite par Benoît XVI aux catholiques chinois en juin 2007.
Les cardinaux Bertone et Zen sont tous deux salésiens et se connaissent depuis très longtemps, ce qui ne les empêche pas d’être souvent en désaccord à propos de la Chine. Le premier paraît plus "réaliste", le second plus combatif. Chacun des deux estime faire la bonne interprétation de la lettre du pape.
Ces dernières semaines, une affaire concernant un évêque chinois a de nouveau fait éclater la divergence entre eux.
LES ANTÉCÉDENTS
L’évêque, c’est Francis An Shuxin (photo UCA News), 60 ans, coadjuteur du diocèse de Baoding, dont le premier titulaire, l’évêque James Su Zhimin, 75 ans, est détenu depuis 1996 dans un lieu inconnu.
Mgr An Shuxin a lui aussi été emprisonné. Dix ans. Il a été libéré le 24 août. Mais à un prix élevé : il a dû s’inscrire à l'Association patriotique, l’outil politique utilisé par les autorités chinoises pour contrôler l’Eglise nationale et la séparer de Rome.
La décision de l’évêque An Shuxin a troublé le clergé et les fidèles. Baoding se trouve dans le Hebei, la région de Chine ayant la plus forte concentration de catholiques, au moins un million et demi, pour la plupart non reconnus officiellement. En plus de Su Zhimin, deux autres évêques "clandestins" du Hebei sont actuellement en prison : Cosma Shi Enxiang, évêque de Yixian, 85 ans, arrêté et disparu le 13 avril 2001, et Julius Jia Zhiguo, évêque de Zhengding, 74 ans, de nouveau arrêté le 30 mars.
En même temps que l’évêque An Shuxin, deux prêtres de son diocèse sont sortis de prison en échange d’une inscription à l'Association patriotique. Certains évêques, prêtres et fidèles ont vu dans le geste des trois hommes une trahison, un passage à l’ennemi. Selon d’autres, c’est au contraire nécessaire pour sortir de la clandestinité, que Benoît XVI a définie, dans sa lettre de 2007, comme une situation "pas normale dans la vie de l’Eglise".
Le désarroi n’a pas été limité au Hebei, il a aussi atteint le Vatican. On entend souvent dire que la curie romaine incite les évêques et prêtres clandestins à obtenir la reconnaissance officielle pour normaliser la vie des diocèses, même s’il faut pour cela se plier à certains diktats du régime. Dans le cas de l’évêque An Shuxin, les soupçons se sont portés sur la congrégation vaticane pour l'évangélisation des peuples, au point qu’elle s’est sentie obligée d’affirmer – le 3 novembre, dans un communiqué – qu’elle n’avait jamais exercé de pressions sur lui.
LA LETTRE DE BERTONE
Dans ce contexte, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat, envoie de Rome, le 16 novembre, une lettre aux prêtres de l’Eglise chinoise.
Le point de départ est l'Année Sacerdotale lancée dans le monde entier par le pape Joseph Ratzinger.
Dans sa lettre, datée du 10 novembre, Bertone ne parle pas de l’affaire de l’évêque de Baoding. Mais il est facile d’y voir une référence quand le cardinal exhorte "à une réconciliation au sein de la communauté catholique et à un dialogue respectueux et constructif avec les autorités civiles, sans renoncer aux principes de la foi catholique".
On peut aussi appliquer facilement aux communautés clandestines l'affirmation de Bertone selon laquelle "une communauté ne peut se replier sur elle-même, comme si elle était autosuffisante, mais elle doit rester en communion avec toutes les autres communautés catholiques".
Toutefois, dans l’ensemble, la lettre de Bertone est intéressante à d’autres titres. En exhortant les prêtres chinois à pratiquer les vertus, elle met en évidence leurs vices : la fréquente infidélité aux vœux de pauvreté et de chasteté, le côté batailleur, le faible zèle pastoral, l’insuffisance des études, le peu d’envie de susciter des vocations, l'absence d’élan missionnaire...
En effet les données chiffrées ne sont pas encourageantes. Sur les dix dernières années, la population catholique en Chine n’a pas varié. Les vocations sacerdotales baissent, ainsi que les vocations religieuses féminines. Les prêtres et les évêques sont trop vieux ou trop jeunes. Il manque la génération intermédiaire et les jeunes prêtres ne sont pas aptes à être évêques. Cet état de faiblesse de l’Eglise est perçu par le régime comme un encouragement à exercer sur elle de fortes pressions et des contrôles. Depuis deux ans, le Saint-Siège n’a pas réussi à nommer un seul nouvel évêque en Chine.
LES INSTRUCTIONS DE ZEN
A en juger d’après les 23 pages d’instructions diffusées le 18 novembre par le cardinal Zen – son énième commentaire de la lettre de Benoît XVI de 2007 – la responsabilité de ce décevant état de fait retombe pour une bonne part sur les autorités vaticanes.
D’après Zen, une idée est en train de prendre pied : l’époque héroïque de l’Eglise clandestine serait finie, tous ses évêques et prêtres devraient entrer dans l’Eglise officielle reconnue par le régime.
Selon Zen, cette idée produit en Chine un asservissement encore pire de l’Eglise vis-à-vis du pouvoir et elle est fondée sur une interprétation abusive de la lettre de Benoît XVI.
Dans son instruction diffusée ces jours-ci, en effet, le cardinal réexamine de fond en comble la lettre du pape, en l’expliquant d’une façon que Zen juge la seule correcte.
D’après Zen, quand Benoît XVI écrit que "la clandestinité est une situation qui n’est pas normale dans la vie de l’Eglise", il n’ordonne pas aux communautés clandestines de céder aux prétentions du gouvernement, mais il leur dit de résister aussi longtemps que la situation anormale qui provoque la clandestinité continuera à exister.
Selon Zen, le pape n’interdit pas aux communautés clandestines de demander et d’obtenir la reconnaissance officielle, mais il ne les incite pas non plus à le faire d’un cœur léger. Au contraire. Le pape les avertit que "presque toujours" le régime concède la reconnaissance à condition que soient accomplis des actes "inconciliables avec la doctrine catholique".
L'inscription à l'Association patriotique est, selon le cardinal Zen, un de ces actes qu’un évêque clandestin ne devrait jamais accomplir, pas même pour obtenir sa liberté.
A l'objection selon laquelle ni le pape ni les autorités vaticanes n’obligent les évêques officiellement reconnus qui se sont déjà inscrits à l'Association patriotique à la quitter, Zen répond que ce compromis est dû à des circonstances historiques. L'Eglise permet aux évêques illégitimes nommés par le gouvernement et qui, se repentant, reviennent à la communion avec Rome, de rester dans l'Association, mais seulement de façon provisoire et avec l’intention sincère de changer au plus tôt cet état de fait.
DERNIÈRES NOUVELLES DE PÉKIN
Au Vatican, l'instruction du cardinal Zen a été accueillie comme son énième acte d'accusation contre la ligne "diplomatique" de la curie.
Il y a encore quelques mois ceux qui, au Vatican, s’occupaient de la Chine étaient surtout Mgr Pietro Parolin, sous-secrétaire pour les rapports avec les Etats, et Mgr Gianfranco Rota Graziosi, chef de service à la même section.
Parolin était le plus compétent en la matière et il suivait aussi la situation de l’Eglise au Vietnam. Mais, cet été, il a été envoyé comme nonce apostolique au Venezuela et personne ne l’a remplacé à la curie avec une compétence égale à la sienne sur le dossier chinois.
Mais à Pékin, les 25 et 26 novembre, une centaine de dirigeants catholiques nommés par le gouvernement, dont 40 évêques, ont renvoyé à une date non précisée la convocation de l'Assemblée nationale des représentants catholiques.
L’Assemblée est la plus haute autorité qui gouverne l’Eglise catholique en Chine, elle est formellement supérieure à l'Association patriotique et à ce faux double de conférence des évêques qu’est le Conseil des évêques chinois. Aucune de ces trois institutions n’est compatible avec l’organisation de l’Eglise catholique. Parmi les pouvoirs de l'Assemblée, il y a celui de nommer les présidents de l'Association patriotique et du Conseil des évêques. Les deux charges sont vacantes depuis des années, parce qu’elles étaient occupées respectivement par l’évêque "patriotique" de Pékin, Michael Fu Tieshan, mort en 2007, et celui de Nankin, Joseph Liu Yuanren, mort en 2004.
Ces derniers mois, le cardinal Zen a tout fait pour inciter les évêques et les prêtres gouvernementaux à boycotter les assises. Il n’y a pas réussi. Mais les autorités chinoises ont renoncé à la contrainte. Et en reportant l'Assemblée nationale des représentants catholiques à plus tard, elles ont laissé place à la possibilité – ou à la tentation – d’un éventuel énième compromis avec les autorités vaticanes.
La lettre du cardinal Tarcisio Bertone aux prêtres chinois, diffusée le 16 novembre 2009 :
> "Cari fratelli nel sacerdozio..."
L'instruction du cardinal Joseph Zen Zekiun diffusée le 18 novembre 2009 :
> An Aid for Reading the Holy Father's Letter to the Church in China
La lettre-programme de base que Benoît XVI a adressée le 27 mai 2007 aux catholiques chinois :
> Lettre du Pape...
Et son "Résumé" sous forme de questions-réponses, diffusé le 23 mai 2009 et fortement voulu par le cardinal Zen :
> Compendium of the Letter of the Holy Father...
Deux agences catholiques très riches en informations et analyses sur l’Eglise en Chine :
> Asia News
> UCA News
Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :
> Focus CHINE
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
04:10 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, eveques, tarcisio bertone, joseph zen zekiun, hong-kong, vatican, benoit xvi, pape, salesiens, francis an shuxin, uca news, baoding, james su zhimin, association patriotique, politique, rome, hebei, cosma shi enxiang, yixian, julius jia zhiguo, zhengding, pretres, curie romaine, diktats, congregation poour l evangelisation des peuples, annee sacerdotale, reconciliation, vocations, pekin, pietro parolin, gianfranco rota graziosi, vietnam, nonce apostolique, venezuela, assemblee nationale des representants catholiques, michael fu tieshan, nankin, joseph liu yuan, clerge |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
11.02.2009
Mauvaises nouvelles de Chine. Une brèche s'est ouverte à Pékin
Entre l'obéissance au pape et l'obéissance au parti communiste, certains évêques choisissent la seconde. La volte-face la plus marquante a eu lieu dans la capitale. Une lettre secrète du cardinal Bertone. Le cardinal Zen donne l'alarme
par Sandro Magister

ROMA, le 11 février 2009 – Même au Vatican, on avait eu l’illusion que les Jeux Olympiques de Pékin préluderaient à plus de liberté pour l’Eglise catholique. Les nouvelles que Rome reçoit de Chine disent le contraire.
Entre temps, les autorités chinoises ont une fois de plus refusé de laisser sortir de Chine les évêques qui auraient dû participer au synode d’octobre dernier.
Deuxième point, le siège épiscopal de Pékin - occupé pendant les décennies passées par des évêques nommés uniquement par le gouvernement, sans autorisation du pape, mais "reconquis" par Rome à l’été 2007 avec l’arrivée d’un nouvel évêque approuvé à la fois par le gouvernement et par le Saint-Siège – risque fort d’être à nouveau perdu.
En effet le nouvel évêque, Joseph Li Shan (photo), que le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone avait salué comme "un homme très bon et capable", enchaîne les actes de plus en plus serviles envers le régime. Au point que beaucoup de fidèles le considèrent désormais comme un "traître".
Troisième point, le parti communiste a intensifié les pressions pour soumettre l’Eglise et en détacher de Rome une partie significative. Ces pressions s’exercent surtout sur les évêques nommés par le gouvernement. En majorité ils avaient retrouvé, au fil des années, la communion avec le pape. Mais aujourd’hui certains vacillent.
En juillet 2007 Benoît XVI avait écrit une lettre ouverte aux catholiques chinois pour favoriser leur union entre eux et avec Rome. Mais le processus de réconciliation et de reconstruction de l’Eglise chinoise lancé timidement après cette lettre semble maintenant interrompu.
Une seconde lettre, secrète et adressée aux seuls évêques, est partie du Vatican vers la Chine en avril dernier. Certains évêques ont vu dans cette lettre, signée par le cardinal Bertone, un pas en arrière par rapport à celle du pape. Trop conciliante envers les autorités chinoises.
"Asia News", l'agence de presse en ligne spécialiste de la Chine, fondée et dirigée par le père Bernardo Cervellera de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères, a fait un sondage auprès des évêques chinois. Les résultats ont été jugés "décourageants".
Au point que le cardinal Zen Zekiun, fort de sa plus grande liberté de parole en tant que citoyen de Hong-Kong, a mis fin aux atermoiements et donné l'alarme. Il a incité ses confrères du continent à ne pas céder et à résister plus courageusement aux pressions du régime.
On trouvera ci-dessous une reconstitution et une analyse détaillées de tous ces faits, écrites pour "Asia News" par le père Cervellera:
L’évêque de Pékin, le Vatican et les compromis avec l’Association Patriotique
par Bernardo Cervellera
Un peu plus d’un an après son ordination, les catholiques de Pékin sont divisés quant à l’opinion qu’ils ont de leur actuel évêque. Ils sont de plus en plus nombreux à l’accuser de trahir l’Eglise de Rome.
Mgr Joseph Li Shan, 44 ans, a été ordonné le 21 septembre 2007 avec l’approbation du pape. Mais, en un peu plus d’un an, il paraît avoir changé d’attitude envers le Vatican. Les catholiques disent que ce successeur de l’évêque patriotique Michel Fu Tieshan, mort un an plus tôt, marche à grands pas vers une reprise du patriotisme et de l’autonomie vis-à-vis du Saint-Siège.
En effet les fidèles sont choqués par son comportement et ses propos qui semblent glisser de plus en plus vers une servilité totale envers l’Association Patriotique, dont le but est de bâtir et contrôler une Eglise catholique chinoise indépendante de Rome.
ÉVÊQUE ET SERVITEUR DU POUVOIR
Certains de ses discours, notamment, sont très révélateurs. Le premier a été prononcé le 25 novembre pendant un cours de formation pour prêtres et fidèles. L’évêque a commencé par vanter les progrès qu’a connus l’Eglise grâce aux trente ans de réformes de Deng Xiaoping. Les fidèles ont ressenti cette utilisation d’un cours de formation à la foi pour rendre hommage aux modernisations de Deng comme une “taxe versée au pouvoir politique”. Mais la suite a été encore plus déconcertante: Mgr Li Shan a défendu l’oeuvre de Mgr Fu, son prédécesseur, qui a “créé la glorieuse tradition d’amour de la patrie et de l’Eglise” et l’a répandue dans le diocèse de Pékin. “Aimer la patrie, aimer l’Eglise”, c’est justement le slogan de l’Association Patriotique, qui veut que la vie de l’Eglise soit soumise au parti communiste.
Puis Li Shan a dit que “la manifestation de notre amour pour la patrie et l’Eglise a subi de graves interférences de la part du pouvoir politique étranger et de l’Eglise clandestine de Chine”. L’attaque contre le Vatican est ici évidente: dans les discours du parti communiste c’est le Saint Siège qui est considéré comme “un état étranger qui veut interférer dans les affaires intérieures de la Chine, sous couvert de religion”.
Mgr Li a continué: “Certaines personnes ont jeté les yeux sur notre diocèse et sur Mgr Fu, en dépréciant nos progrès de ces dernières années, qui représentent bien plus que ce qui a été fait au cours des 700 ans précédents, en créant des difficultés et en essayant de nous persuader d’abandonner le principe d’autogestion de l’Eglise [lire: d'autonomie vis-à-vis de Rome], en nous faisant revenir au passé”.
Pour l’avenir, Mgr Li a souligné qu’il faut “garder l’idée d’aimer la patrie et l’Eglise, et continuer dans la voie de l’autogestion de l’Eglise”, parce que ces deux directives sont “la garantie fondamentale d’un développement sain de l’œuvre de l’Eglise dans la capitale”.
“Ces deux principes – a-t-il enfin dit – sont le fruit de ce que nous a appris l’existence semi-coloniale [lire: asservie au Vatican] de l’Eglise chinoise du passé. Ils sont aussi l’expérience précieuse de la nouvelle vie et du développement de l’Eglise chinoise dans la société socialiste de la nouvelle Chine”.
Pour tout cela, Li Shan a bien sûr affirmé la nécessité de l’AP et de la “démocratie” dans l’Eglise, en vertu de laquelle les élections d’évêques, la pastorale, la théologie, les choix, sont confiés aux votes d’une assemblée d’évêques, de prêtres et de laïcs étroitement contrôlée par l’AP, dévalorisant le caractère sacramentel de l’Eglise elle-même.
La totalité du discours du 25 novembre était disponible encore récemment, en chinois, sur le site du diocèse de Pékin. On pouvait aussi lire sur ce site le discours prononcé le 19 décembre par Mgr Li Shan pour le 50e anniversaire des premières ordinations épiscopales faites en Chine de manière autonome par rapport au Saint-Siège. Il a aussi disparu ces jours-ci.
CETTE TRISTE VEILLE DE NOËL
La veille de Noël 2008, Mgr Li Shan a prononcé un discours semblable au précédent. A 7 heures du soir, il a reçu la visite de Ye Xiaowen, directeur de l’administration d’Etat pour les affaires religieuses, de Zhou Ning, directeur de la deuxième section du Front Uni, de Tong Genzhu, vice-ministre du département central du Front Uni, et de beaucoup d’autres, dont le maire-adjoint de Pékin, Niu Youcheng.
Cette fois aussi, les fidèles ont frémi. Mgr Li Shan – il paraissait devoir mettre enfin un terme à l’époque de Fu Tieshan qui, soumis au parti, avait toujours refusé la réconciliation avec le Saint-Siège – a remercié le gouvernement de Pékin de son aide et de son appui dans tous les domaines de la vie de l’Eglise. Il a assuré que celle-ci continuait à manifester son "amour de la patrie et de l’Eglise” et à suivre la voie de “l’indépendance et de l’autogestion de l’Eglise” [vis-à-vis de Rome] et cherchait à faire de l’Eglise catholique un modèle dans la construction de la société harmonieuse.
Dans tous ces discours et déclarations, le ton et les slogans sont vraiment typiques du langage du parti et de la Révolution Culturelle, l’époque la plus radicale du communisme chinois. Etonnés, les fidèles se demandent comment leur pasteur a pu, en peu de temps, se changer en Garde Rouge et montrer encore plus de servilité que son prédécesseur envers le pouvoir.
Mgr Li Shan était connu comme un bon prêtre, simple, sans ampleur de vues mais fidèle au pape, sachant enthousiasmer les jeunes et surtout ouvert à l’Eglise clandestine, celle que le gouvernement ne reconnaît pas. Ses discours contre “les états étrangers” et l’Eglise clandestine constituent un virage à 180° dans sa façon de penser.
Selon des informations reçues par "Asia News", l’auteur du discours de la veille de Noël ne serait pas Mgr Li Shan, mais le secrétaire général de l’Association Patriotique de Pékin, Shi Hongxi, connu pour ses idées extrémistes. D’autres informations ajoutent que le texte fut remis à l’évêque au dernier moment, sans qu’il ait pu se rendre compte de ce qui était écrit. Mais la répétition des mêmes slogans dans trois situations différentes fait craindre que l’évêque, en admettant qu’il ne soit pas d’accord avec ce qu’il a lu, ne soit en tout cas dominé par l’Association Patriotique.
LE PAPE: L'AP EST "INCONCILIABLE AVEC LA DOCTRINE CATHOLIQUE"
Fondée en 1958, l’AP tente par tous les moyens, depuis 50 ans, de diviser l’Eglise, en ordonnant des évêques sans l'autorisation du pape. Dans le passé, de nombreux évêques de l’Eglise patriotique ont ensuite demandé pardon pour leur situation de séparation et se sont réconciliés avec le Saint-Siège grâce à la magnanimité de Jean-Paul II puis de Benoît XVI. En janvier 2007, le Vatican lui-même annonçait que désormais la “quasi-totalité” des évêques officiels reconnus par le gouvernement était aussi en pleine communion avec le Saint-Siège.
Dans sa lettre ouverte du 30 juin 2007 aux catholiques chinois, Benoît XVI réaffirmait cette forte communion. Mais il soulignait aussi que l’AP est une structure contraire à la foi catholique et avertissait qu’“appliquer les principes d’indépendance, d’autonomie, d’autogestion et d’administration démocratique de l’Eglise est inconciliable avec la doctrine catholique”.
Que l’évêque de Pékin, ordonné avec l'approbation du pape, se soit mis à défendre ce qui est “inconciliable” avec l’Eglise catholique est donc une grave défaite pour le Vatican. Dans un blog tenu par quelques fidèles, Mgr Li Shan est qualifié de “bombe à retardement” qui va frapper l’Eglise de Rome.
Selon des informations reçues par "Asia News", Mgr Li Shan se serait repenti de ce qu’il a fait et justifie son comportement par les pressions auxquelles il est soumis. En effet, justement à cause de la lettre du pape et de l’unité retrouvée par presque tous les évêques chinois, le Front Uni et l'Association Patriotique ont lancé depuis plus d’un an une série d’initiatives pour ramener à l’obéissance – envers eux – les évêques officiels chinois. Front Uni et AP les convoquent sans arrêt, les forcent à participer à des congrès, rencontres, études, sessions politiques, rendant ainsi très précaire leur travail pastoral. Les évêques n’ont même pas la possibilité de se rencontrer seuls et passent d’une vie solitaire – à la merci des secrétaires de l’AP – à des rencontres soumises au contrôle et à l'endoctrinement du Front Uni et de l’administration d’Etat des affaires religieuses.
LA LETTRE TIMIDE DU CARDINAL BERTONE
Pour maintenir les évêques dans l’unité et freiner l’influence de l’AP, le Vatican a envoyé, le 22 avril 2008, une lettre à tous les évêques chinois en communion avec Rome. La lettre, signée par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone, a mis des mois à parvenir en mains propres aux quelque 90 évêques des Eglises officielle et clandestine. Certains ne l’ont reçue qu’en décembre 2008.
Le cardinal Bertone y rappelle “les principes fondamentaux de la foi catholique” et la valeur de la communion des évêques avec le pape et entre eux. Il demande donc à tous les prélats, au nom du pape, d’“accomplir avec courage leur mission de pasteurs”, en soutenant la nature catholique de l’Eglise et en cherchant à obtenir des autorités civiles, par un dialogue direct et respectueux, plus de liberté d’action. Le cardinal incite les évêques à “agir ensemble” en demandant le droit de se rencontrer en groupe et de pouvoir discuter librement de leurs problèmes, sans intervenants extérieurs. Enfin il suggère aux pasteurs de trouver “une position correcte à adopter vis-à-vis des organismes auxquels se réfère la section 7 du document pontifical”. C’est-à-dire, justement, l’AP et son concept d’Eglise indépendante et autogérée.
L’importance de la lettre du cardinal Bertone tient au fait qu’elle demande pour la première fois aux évêques des églises officielle et clandestine de se rencontrer ensemble. Mais elle évite de leur indiquer une attitude commune à adopter vis-à-vis de l’AP. La précédente lettre du pape affirme que l’AP est contraire à la doctrine catholique, mais ne demande pas aux évêques officiels d’en sortir.
Selon certains évêques clandestins, une attitude plus ferme du Saint-Siège serait plus efficace.
Jusqu’à présent les évêques officiels ont essayé de négliger les pressions de l’AP, mais sans grand succès. Parallèlement certains évêques clandestins ont tenté de se faire reconnaître par le gouvernement sans s’inscrire à l’AP, mais aucun gouvernement local n’a accepté cette solution, réaffirmant au contraire le rôle central de l’AP dans la politique de l’Etat vis-à-vis des religions.
Le problème devient d’autant plus urgent que se préparent des rencontres au niveau national pour élire le nouveau président de l’Association Patriotique et celui du Conseil des évêques chinois, sorte de conférence des évêques, non reconnue par le Saint-Siège, qui ne réunit que les évêques officiels. L’élection aux deux postes devrait avoir lieu lors d’un congrès national de représentants catholiques qui devrait se tenir bientôt, les deux postes étant vacants depuis longtemps: l’évêque patriotique Michel Fu Tieshan, élu président de l’AP en 1998, est mort en 2007; Mgr Joseph Liu Yuanren, évêque patriotique de Nankin, élu président du Conseil des évêques en 2004, est mort en 2005.
La campagne de contrôle sur les évêques, leur participation forcée à toute une série de sessions politiques, les célébrations du 50e anniversaire des premières ordinations d’évêques chinois séparés de Rome organisées par le Front Uni et l’AP visent à briser toute résistance des évêques officiels, pour les soumettre aux structures traditionnelles de contrôle.
Beaucoup de catholiques des Eglises officielle et clandestine craignent que, faute d’indications plus précises et plus fermes du Saint-Siège, les évêques officiels ne se laissent entraîner par les événements et par des interprétations personnelles de la lettre du pape, en acceptant des compromis.
LES ÉVÊQUES CHINOIS SONDÉS
Ces derniers mois, plus d’un an après la lettre du pape aux catholiques chinois, "Asia News" a fait une enquête auprès des évêques de Chine pour savoir comment ils accueillent et appliquent les indications de Benoît XVI. Certaines réponses sont stupéfiantes. D’une part plusieurs évêques font l’éloge de la valeur de la lettre et de l’enseignement du pape, qui les appelle à l’unité avec lui et entre eux. D’autre part ils ne semblent pas du tout émus que le document juge les programmes et la politique de l’AP “inconciliables” avec la doctrine catholique.
Dans leurs réponses, plusieurs évêques officiels se sont ainsi répandus en éloges excessifs de l’Association, de son “aide à l’Eglise” et “aux nécessiteux”, de "son soin de la religion”. Certains évêques de Chine centrale vont jusqu’à affirmer que l’AP “ne fait qu’un avec l’Eglise”.
Un catholique de Chine du Nord a déclaré à "Asia News": “Les évêques officiels manquent de courage. Si Pékin leur demande de se rencontrer, ils se mettent en route tout de suite et se réunissent. Mais, comme cela, ils n’appliquent pas les indications contenues dans la Lettre du pape et risquent de revenir en arrière, à un passé d’esclavage. Ceux de l’Eglise clandestine, qui ont toujours tenu à l’unité avec le pape, même au prix de leur vie et de leur liberté, sont hélas presque tous assignés à résidence; certains ont disparu, d’autres sont en prison”.
D’autres fidèles, surtout à Pékin, accusent les évêques d’être avides de pouvoir et d’argent, ce qui expliquerait leurs compromis. Selon une fidèle de la Nantang, la cathédrale de l’Immaculée Conception de la capitale: " Mgr Li Shan n’est peut-être pas personnellement ambitieux, mais il a des collaborateurs à l’appétit démesuré. Pour réussir à plaire au gouvernement et en tirer profit, ils sont prêts à tous les compromis et même à brader le minimum de liberté qui reste à l’Eglise”.
Un prêtre de l’Eglise clandestine est plus indulgent: “Ces nouveaux évêques de l’Eglise officielle sont jeunes, autour de 40 ans. Ils n’ont jamais vécu sous un régime de pleine liberté et, pour eux, il est évident depuis toujours que les chrétiens doivent être sous le contrôle de l’Etat même pour des questions strictement religieuses. D’autre part, les grandes personnalités de l’Eglise de Chine ont maintenant disparu et ils se retrouvent sans modèles”.
De nombreux évêques et fidèles craignent que, dans cette situation de faiblesse, 2009 ne voie une nouvelle fournée d’ordinations illicites, sans l’autorisation du Saint-Siège, ce qui reconstituerait un noyau de prélats patriotiques obéissant parfaitement au Parti. Cela pourrait aboutir au blocage des nombreuses conversions au christianisme dans la société civile et parmi les intellectuels, qui redécouvrent l’enseignement de l’Eglise comme base de leurs exigences de liberté et de respect de l’individu.
LE CARDINAL ZEN: PLUS AUCUN COMPROMIS
Dans cette situation ambiguë et confuse, une voix claire et nette s’est fait entendre: celle du cardinal Joseph Zen Zekiun, de Hong-Kong, qui a demandé aux évêques et prêtres de l’Eglise officielle d’être plus courageux et de ne pas accepter de compromis avec le régime.
Dans un article paru dans le numéro du 4 janvier 2009 de l’hebdomadaire diocésain "Gong Jiaobao" (publié ensuite en anglais par l’hebdomadaire "Sunday Examiner"), il incite les évêques et les prêtres chinois à imiter les vertus de saint Etienne, premier martyr chrétien, et à ne plus se plier aux ordres de l’Etat contraires à la foi. L’article est intitulé: “Inspirés par le martyre de saint Etienne”. Le cardinal Zen y analyse la vie de l’Eglise catholique en Chine au cours des deux dernières années, à partir des ordinations épiscopales illicites de 2006, auxquelles ont aussi pris part, par peur ou parce qu’on les a trompés, une dizaine d’évêques reconnus par le Vatican.
Puis Zen rappelle le "rayon d’espérance” qui a brillé en 2007, avec la rencontre au Vatican à propos de l’Eglise de Chine et surtout la diffusion de la lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois. L’évêque de Hong-Kong souligne que le pape affirme dans sa lettre que l’Association Patriotique chinoise a des buts contraires à la foi catholique et ajoute que l’AP est justement la “cause majeure de tous les problèmes de l’Eglise en Chine”.
A ce sujet, le cardinal critique certaines interprétations de la lettre, notamment celle du missionnaire Jérôme Heyndrickx, pour qui le temps de l’Eglise clandestine est terminé et tous ses évêques devraient rejoindre l’Eglise officielle. En réalité, affirme le cardinal, le pape “admire leur fidélité sans faille et les encourage à persévérer”, comme en témoigne un discours de Benoît XVI lors de l’Angelus de la fête de saint Etienne en 2006.
Face au danger créé par les graves compromis, l’expérience de l’Eglise clandestine acquiert encore plus de valeur, dit Zen. Voilà pourquoi le cardinal critique les célébrations qui, à Pékin, ont marqué, le 19 décembre, le 50e anniversaire des ordinations épiscopales illicites en Chine.
Pour l’évêque de Hong-Kong il n’y a rien à célébrer parce que le système des “auto-ordinations” a été voulu dans les années Cinquante par des forces radicales d’extrême-gauche pour qui le pape était un représentant de l’impérialisme. Or cette façon de voir est dépassée à l’époque actuelle, où la Chine fête ses 30 ans de réformes économiques mises en œuvre par opposition à cette mentalité radicale.
“Forcer les catholiques à agir contre leur conscience – écrit le cardinal – est une grave insulte à la dignité de tout citoyen chinois. Il n’y a donc rien dont il faille être fier, rien à célébrer. Célébrer un tel anniversaire montre que ceux qui sont au pouvoir ne veulent pas abandonner leur emprise et forcent notre grand pays à supporter la honte d’être arriéré sur ce point”.
Pour le prélat, il est clair que toute cette importance donnée aux célébrations des 50 ans de l’AP et des “auto-ordinations” prépare les rencontres pour l’élection des nouveaux présidents de l’Association Patriotique et du Conseil des évêques chinois. Et il suggère aux évêques de boycotter la prochaine réunion à laquelle ils seront convoqués. Il s’interroge: “Participer à cette assemblée, n’est-ce pas un geste de mépris total pour la lettre du pape? N’est-ce pas lui donner une gifle? Votre conscience vous le permet-elle? Le peuple de Dieu l’acceptera-t-il? Est-ce que cela fait honneur à notre pays? Pourra-t-on espérer revenir bientôt à une situation normale et avoir la liberté de foi et de religion?”.
Dans l’article, le cardinal Zen raconte que, dans l’Eglise chinoise, certains font l’éloge du compromis et de l’ambiguïté: “Il semble que quelqu’un, parlant aux frères de la communauté clandestine, ait dit: Nous, nous sommes très intelligents d’accepter le compromis! Nous sommes en communion avec le Saint-Père tout en étant reconnus par le gouvernement qui nous donne de l’argent et nous pouvons prendre soin des fidèles. Vous, vous préférez aller en prison, mourir, et vos fidèles sont abandonnés, sans personne qui prenne soin d’eux”.
Et le prélat d’ajouter: “Le martyre serait donc devenu une sottise? C’est absurde! C’est de la myopie! Le compromis peut être une stratégie provisoire, mais il ne peut pas être durable. Etre unis au Saint-Père en secret tout en faisant partie d’une Eglise qui se dit autonome par rapport à Rome est contradictoire”.
Le cardinal Zen conclut sur un appel fraternel: “Chers frères évêques et prêtres, regardez l’exemple de saint Etienne, de tous les martyrs de notre histoire! Souvenez-vous: nos souffrances pour la foi sont la source de la victoire, même si sur le moment elles ont l’air d’une défaite”.
L'agence de presse de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères qui a publié, le 3 février 2009, l'analyse du père Cervellera:
> Asia News
__________
Une autre agence de presse en ligne très bien informée sur la Chine:
> UCA News
Cette agence a été la première à donner l’information et à fournir un extrait de la lettre secrète envoyée en 2008 aux évêques de Chine par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone.
Le vaticaniste Gianni Cardinale a aussi donné un compte-rendu étendu et précis de cette lettre dans le quotidien de la conférence des évêques d’Italie, "Avvenire", du 24 décembre 2008.
La lettre du pape aux catholiques de Chine:
> Lettre du Papa Benoît XVI...
Sur www.chiesa, tous les articles à ce sujet:
> Focus CHINE
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
17:15 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, vatican, barnardo cervellera, pekin, tarcisio bertone, benoit xvi, pape, eveques, cardinal zen, joseph li shan, politique, religion, liberte, association patriotique, asia news, michel fu tieshan, deng siaoping, ap, jean paul ii, www chies |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |









