17/04/2010

Une religieuse française reçoit le prix « Henri de Lubac »

Pour sa sixième édition, le prix « Henri de Lubac » a été attribué mercredi à la Française Alexandra Diriart, religieuse apostolique de Saint-Jean, pour sa thèse sur « L’inséparabilité du Christ, de l’Esprit Saint et de l’Eglise dans l’unique mission du salut ».

Le prix a été remis une nouvelle fois par le cardinal Paul Poupard, ancien président du Conseil Pontifical de la Culture, à l’Ambassade de France près le Saint-Siège. La religieuse, dont la thèse s’appuie sur la constitution conciliaire Lumen Gentium, estime que « l’Eglise corps du Christ a été oubliée et que l’on a assisté depuis lors à “une interprétation réductrice du Concile Vatican II », et que l’on réduit trop souvent l’Eglise à son institution.

Ecoutons-la au micro de Romilda Ferrauto: >>


À l'occasion du Prix de Lubac 2010

14 avril 2010

Éminence,

Monsieur l'Ambassadeur,

Éminents membres du jury,

 

Dans ses Carnets du Concile, à la date du 5 décembre 1965, Henri de Lubac (1896-1991) note les souvenirs de son déjeuner avec le Pape Paul VI qui l'avait invité. Il écrit notamment, je cite : « [Le Pape nous dit] que Mgr Journet, à l'annonce de son cardinalat, lui a expédié un télégramme pour lui dire son angoisse. »[1] Dans ce fameux télégramme, Journet avait écrit : « C'est l'agonie, l'agonie »[2]. Alors, même si l'on sait que le cardinal Journet (1891-1975) fuyait les honneurs plus que tout, au moment où vous me faites l'honneur de me remettre ce Prix de Lubac, je le reçois avec joie et, rassurez-vous, je ne suis pas à l'agonie, mais au contraire très heureuse.

Je suis heureuse qu'avec ce prix, l'ecclésiologie du cardinal Journet soit elle aussi à l'honneur, car je suis persuadée de son importance aujourd'hui pour la compréhension du mystère de l'Église.

À cette joie, j'associe avec gratitude mon directeur de thèse, le P. Charles Morerod. Non seulement celui-ci m'a fait découvrir et aimer l'œuvre de son compatriote, mais il a accompagné ce travail de façon stimulante, avec une disponibilité et une patience inégalables.

Il peut paraître paradoxal de recevoir le Prix de Lubac pour un travail sur Journet, car on sait que les deux grands théologiens n'ont pas toujours été d'accord. Mais s'il est un thème qui les réunissait, c'est bien celui de l'Église - thème qui a justement fait l'objet de ma thèse. Les deux hommes étaient pleinement épris du mystère de l'Église et en profonde syntonie à cet égard. Lumen Gentium doit d'ailleurs beaucoup à leurs travaux, aussi bien de l'un que de l'autre.

Je terminerai par une petite anecdote qui, aujourd'hui, prend une signification touchante. Lorsque j'ai commencé ma thèse, l'abbaye bénédictine de Saint-Wandrille, qui offrait la bourse d'études de ce doctorat à ma Congrégation, m'avait proposé l'hospitalité pour les mois d'été, me permettant ainsi de fuir la chaleur romaine tout en ne perdant pas le rythme de travail. Et pour rendre l'offre plus attrayante encore, le frère cellérier m'avait vanté les mérites de la bibliothèque de Saint-Wandrille et il avait ajouté encore un autre argument : le cardinal de Lubac, m'expliquait-il, avait souvent pris ses quartiers d'été à l'abbaye de Saint-Wandrille pour y travailler dans le calme de la vallée de Fontenelle tout en jouissant de la belle liturgie grégorienne des moines[3]. Trois étés durant, lors de mes séjours studieux dans cette belle abbaye normande, je ne pouvais m'empêcher de penser au Père de Lubac. Vous comprendrez donc qu'après avoir travaillé cette thèse dans un cadre familier au cardinal de Lubac, je sois heureuse de recevoir un prix qui porte son nom.

Alors, je vous remercie de tout cœur et forme les meilleurs vœux pour vos propres travaux au service ou au contact de l'Église.

Sr Alexandra Diriart


[1]      H. de Lubac, Carnets du Concile, II, Cerf, Paris, 2007, 5 décembre 1965, pp. 479-480.

[2]        Ch. Journet, Télégramme à Paul VI, 25 janvier 1965, in Ch. Journet / J. Maritain, Correspondance (1965-1973), vol. VI, Éditions Universitaires - Fribourg (Suisse) / Éditions Saint-Paul - Paris, 2008, p. 926.

[3]        Henri de Lubac a effectué quatre longs séjours à l'abbaye de Saint-Wandrille : du  29 juillet au 2 septembre 1983, du 15 juillet au 17 août 1984, du 8 juillet au 16 août 1985 et du 30 mai au 1er juillet 1986.