09.02.2012

Jésus notre contemporain

jesus notre contemporain.jpgC'est le titre de l'événement international qui va avoir lieu à Rome dans quelques jours. Un événement conçu par le cardinal Ruini en pleine harmonie avec la "priorité suprême" que Benoît XVI a fixée à son pontificat 

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15.06.2011

Des penseurs chrétiens récompensés par la Fondation Ratzinger

Manlio Simonetti.jpgLe prix Ratzinger sera remis à trois théologiens européens : un allemand, un espagnol, et un italien, deux religieux et un laïc. Il s’agira de la première édition de ce prix pour la théologie institué par la Fondation vaticane Joseph Ratzinger – Benoît XVI. Le comité scientifique de cette fondation est présidée par le cardinal Camillo Ruini. Les trois lauréats seront récompensés personnellement par le Pape le 30 juin prochain, dans la salle Clémentine, au Vatican. Il s’agit de Manlio Simonetti (photo), 85 ans, spécialiste du christianisme des premiers siècles ; du Père Olegario Gonzalez de Cardedal, 77 ans, théologien dogmatique à Salamanque, ancien membre de la Commission théologique internationale, qui a étudié le rapport entre théologie et anthropologie et la confrontation entre la foi chrétienne et l’incroyance ; et de Maximilian Hein, abbé du monastère cistercien de Heiligenkreuz en Autriche, âgé de 50 ans, qui a consacré ses études à la pensée de Joseph Ratzinger. Le prix est assorti d’un chêque de 50.000 euros.

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26.11.2010

Une nouvelle entité pour promouvoir la théologie de Joseph Ratzinger

La nouvelle fondation Joseph Ratzinger-Benoît XVI a été officiellement présentée ce vendredi matin au Vatican. Le Président du comité scientifique de la nouvelle institution, le Cardinal Camillo Ruini, vicaire émérite de Rome, était assisté de Mgr. Scotti, Président de la fondation, et du Père Horn, Président du Ratzinger Schülerkreis et de la Fondation Joseph Ratzinger - Benoît XVI de Munich.

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14.04.2010

Medjugorje: les promesses de la commission d’enquête

La Commission internationale d’enquête sur Medjugorje a tenu sa première session le 26 mars dernier. Elle est présidée par le cardinal Camillo Ruini, vicaire général émérite du diocèse de Rome. Les débats se déroulent à huis clos. Les conclusions de la Commission seront soumises à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Écoutez les explications de Thomas Chabolle (Radio Vatican): >>

 

http://www.medjugorje.ws/data/olm/images/secdocs/apparitions/medjugorje-map-mostar.jpg

 

Retranscription intégrale du compte rendu 
Cela fait presque trente ans que la question des « apparitions » mariales présumées à Medjugorje suscite dans l’Église de nombreuses interrogations et des avis partagés. Le diocèse de Mostar a toujours été contre. Rome n’a pas encore tranché sans pouvoir cependant ignorer le rayonnement international de ce lieu qui résiste au temps et aux strictes restrictions pastorales. Situé en Bosnie-Herzégovine, Medjugorje revendique plusieurs millions de pèlerins depuis vingt ans. À Medjugorje, la ferveur est authentique, les conversions sont fréquentes, les confessionnaux ne désemplissent pas. Au fil des ans, les relations sont devenues de plus en plus difficiles entre l’évêché de Mostar, convaincu qu’il s’agit d’une supercherie et l’ordre des franciscains, historiquement présents sur les lieux depuis des siècles et qui bénéficient de l’appui de la population. Officiellement les apparitions mariales, qui se poursuivraient selon les voyants, n’ont jamais été authentifiées par l’Église. En 2009, Benoît XVI a même réduit à l’état laïc le directeur spirituel des voyants, le père Vlasic, franciscain, accusé d’« immoralité sexuelle » et de « manipulation des consciences ». Dans ce contexte délicat, le déplacement à Medjugorje du cardinal Schönborn, prélat influent proche de Benoît XVI, avait suscité, en décembre dernier, la colère de l’évêque local. D’autant que l’archevêque de Vienne s’était dit fasciné. Avec la mise en place, en mars dernier, d’une commission composée de cardinaux, d’évêques et d’experts, l’affaire passe de la juridiction de l’évêque local sous celle de Rome qui avait jusqu’ici préféré adopter une position d’attente. Reste à savoir si cela permettra de décrisper le dossier.

12.04.2010

Il faut sauver le catholique Kennedy. Une réponse à Mgr Chaput

L'archevêque de Denver a accusé ce président d'avoir fait sortir la religion de la sphère publique. Le professeur Diotallevi répond : "L'Église ne gagne rien à trop s'appuyer sur le pouvoir politique, même quand il est amical"


par Sandro Magister




ROME, le 11 avril 2010 – La réfutation par l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, du célèbre discours où John Kennedy avait expliqué aux Américains, il y a juste cinquante ans, que le catholique qu’il était pouvait être un bon président, est de celles qui laissent une trace.

Le réquisitoire de Chaput a été publié intégralement  quelques heures après que l'archevêque l'eut prononcé, le 1er mars 2010, à la Baptist University de Houston, la ville même où Kennedy avait prononcé son discours :

> La doctrine du catholique Kennedy? À oublier

Chaput compte parmi les personnalités les plus influentes de l'épiscopat des États-Unis. Avec le cardinal Francis George, archevêque de Chicago et président de la conférence des évêques des États-Unis, il est l’un des leaders du nouveau courant de l’Église catholique américaine, en grande harmonie avec Benoît XVI. Un groupe dont fait également partie le nouvel archevêque coadjuteur de Los Angeles, José Horacio Gómez, nommé il y a quelques jours par le pape dans ce diocèse qui est le plus grand du pays.

Et bien, d’après Chaput, le catholique Kennedy aurait contribué par ce discours non pas à assurer une présence plus efficace de la foi chrétienne dans la sphère publique, mais à provoquer une désastreuse séparation de l’Église et de l’État, à confiner la foi religieuse dans le secret des consciences et en définitive à la vider de son contenu.

Autrement dit, le catholique Kennedy aurait favorisé un modèle de société s’inspirant davantage de la "laïcité" [en français dans le texte] agressive à la française que de la "religious freedom" qui caractérise l'Amérique.

La controverse n’est pas seulement académique. Depuis que Barack Obama est président, elle est au centre de la confrontation entre la politique qu’il mène et les prises de position de l'épiscopat catholique américain, surtout en ce qui concerne la vie, la famille et l'éducation.

C’est une controverse qui traverse et divise également le monde catholique, aux États-Unis et ailleurs. Chaput a-t-il raison de réfuter aussi durement Kennedy ?

Depuis Rome, un chercheur très compétent en ce domaine, le professeur Luca Diotallevi, répond à l’archevêque de Denver à travers la note publiée ci-dessous.

Diotallevi enseigne la sociologie à l'Université Rome III et il a été senior fellow du Center for the Study of World Religions de la Harvard Divinity School. Il a publié récemment, aux éditions Rubbettino, un livre consacré précisément aux questions discutées par Chaput : "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité].

Dans cet ouvrage et dans d’autres, Diotallevi a toujours accordé une attention et une prédilection particulières au modèle américain de "religious freedom".

Il ne prend pas, à proprement parler, la défense de Kennedy mais il critique la critique que Chaput fait de celui-ci. C’est d’autant plus intéressant que le professeur Diotallevi est le vice-président du comité scientifique des "Settimane sociali" [Semaines sociales] des catholiques italiens et le spécialiste des sciences politiques le plus écouté par la conférence des évêques d’Italie, présidée hier par le cardinal Camillo Ruini et aujourd’hui par le cardinal Angelo Bagnasco.



ON PEUT SÉPARER L’EGLISE DE L’ETAT, C’EST MÊME UN DEVOIR

par Luca Diotallevi



Dans une conférence, Mgr Charles J. Chaput a affirmé qu’il y a un lien de cause à effet entre le célèbre discours prononcé par John F. Kennedy en 1960 à Houston, devant une assistance de pasteurs protestants, et le courant "secular" qui s’est ensuite répandu dans la culture américaine à la fin des années 60 et dans les années 70. Cette conférence mérite d’être commentée.

Pour faire court, je me limiterai à proposer deux observations critiques et deux axes de recherches.

La première observation critique concerne le caractère "secular" du discours de Kennedy. Nous savons par les historiens que l’une des sources de ce texte était une note préparée pour le futur président par le théologien jésuite John Courtney Murray qui, au cours du concile Vatican II, allait jouer un rôle décisif dans la rédaction de la déclaration "Dignitatis humanae". C’était déjà alors l’un des grands spécialistes des rapports entre la doctrine sociale de l’Église et la théorie et la pratique politiques contemporaines ; John Kennedy lui avait donc demandé dans quelles conditions un catholique pouvait ou non assumer une fonction publique comme celle de président des Etats-Unis d'Amérique, pour laquelle il s’apprêtait à faire campagne. Le discours ayant été influencé par cette source – facile à retrouver – on peut difficilement le considérer comme "secular". Bien entendu, l’influence d’une source ne dispense pas d’analyser le texte en soi, mais elle justifie une certaine prudence dans son interprétation.

La seconde observation critique concerne la “culture protestante” dont Kennedy se serait rapproché par ce discours. Les pasteurs protestants auxquels il s’adressait à cette occasion étaient tout sauf “laïcistes", tout sauf tièdes quant à la possibilité de manifester l'expérience chrétienne dans tous les aspects de la vie publique. Un homme politique expérimenté comme John Kennedy n’aurait jamais affronté un public de ce genre, dont il espérait obtenir l’approbation, en proposant une atténuation ou une suppression de la dimension publique de l’expérience chrétienne. Il serait tout à fait nécessaire de faire une analyse approfondie des sources, y compris religieuses bien sûr, de la culture "secular" qui, au cours des années qui ont suivi, se sont manifestées avec vigueur dans la vie publique aux Etats-Unis. Mais une telle analyse devrait menée en étant capable de faire une distinction entre les nombreuses composantes du “monde protestant” d’Amérique du Nord et en particulier de celui des années 50.

Voici maintenant deux réflexions à caractère plus général qui constituent une invitation à poursuivre et à approfondir la recherche et la confrontation.

La première est que le mot "Église" revient souvent dans le discours de Mgr Chaput. Son utilisation dans le domaine empirique – si on veut l’employer en lui donnant un sens compatible avec celui qui lui est attribué dans le domaine théologique par le magistère catholique – est très compliquée, même si elle n’est certainement pas impossible. Mgr Chaput rejette la séparation absolue entre l’Église et l’État ; il insiste sur l’opposition entre ceux qui veulent marginaliser l’Église et ceux qui, au contraire, veulent la remettre en position d’influencer plus ou moins directement tous les domaines de la vie sociale. Dans mon essai "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité], pour faire apparaître la différence entre le modèle français de la "laïcité" [en français dans le texte] et le modèle anglo-saxon de la liberté religieuse, j’ai jugé opportun de ne jamais utiliser le concept d’Église, parce qu’il est trop vaste. En effet, pour ne donner que trois exemples, l'action du baptisé qui prend et exerce des responsabilités politiques est une manifestation de l’Église ; une intervention publique de l'épiscopat est une manifestation de l’Église ; l'exercice d’un pouvoir ecclésiastique comme la nomination d’un évêque ou la validité dans l'ordre civil d’un mariage célébré selon un rite religieux est une manifestation de l’Église. La séparation des pouvoirs politiques et des pouvoirs religieux – question dont je me suis occupé et à laquelle Mgr Chaput donne également de l’importance – n’implique en aucune manière une séparation radicale entre toute forme d’action chrétienne (et par là même ecclésiale) et toute forme d’action politique ou plus généralement publique.

Les deux premiers exemples que je viens de citer (l’action du baptisé qui fait de la politique et la déclaration publique faite par l’épiscopat) ne sont absolument pas remis en cause par la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. C’est seulement dans des cas analogues à ceux du troisième exemple que le critère de séparation des pouvoirs devient significatif. Donc, pour en revenir à l’intervention de Mgr Chaput, parler d’"Église" en général n’aide pas à comprendre quelles organisations on imagine pour l’espace public et en particulier quels sont les modèles de rapports entre politique et religion qui sont soutenus et quels sont ceux qui sont critiqués. Chaput propose notamment une interprétation des deux premiers points du premier amendement de la constitution des États-Unis d’Amérique qui pourrait s’avérer contre-productive et constituer une sorte de “but marqué contre son camp”.

La question est encore plus urgente aujourd’hui parce que l’extraordinaire et constant engagement de l’Église catholique en faveur de la liberté religieuse – depuis la déclaration "Dignitatis humanae" de Vatican II jusqu’à Benoît XVI, en passant par Paul VI et Jean-Paul II – fait que l’Église voit précisément dans la formation et la mise en œuvre d’un régime de séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux ("ne pas obliger, ne pas empêcher") un signe des racines et de l’influence chrétienne sur le contexte social qui adopte ce régime.

La seconde réflexion concerne le risque que certaines des prises de position "evangelical" ou néoconservatrices les plus répandues dans le monde protestant américain, mais aussi dans certaines franges du monde catholique, adoptent le modèle de la Westphalie, c’est-à-dire qu’elles tendent à proposer un rapport entre politique et religion dans lequel la religion devient un instrument (même s’il est précieux et bien rémunéré) de la politique.

Dans certains passages de sa conférence, Mgr Chaput semble accepter le schéma selon lequel il faut renoncer à la séparation de l’Église et de l’État si l’on ne veut pas d’institutions politiques neutres. Mais ce qui fait de la liberté religieuse une alternative à la "laïcité" [en français dans le texte], c’est justement, avant tout, le fait qu’elle montre le caractère trompeur de cette alternative sèche entre séparation et non-neutralité. Si on l’abandonne, on s’expose en outre à un risque grave. Accepter ou demander qu’un État ne soit pas séparé d’une Église signifie ouvrir de nouveau les portes à une possible soumission de la religion - et éventuellement de l’Église - à ce pouvoir politique.

La liberté religieuse – dans la version de la constitution et de l’histoire des Etats-Unis, comme dans la version britannique ou dans celle de "Dignitatis humanae" – montre au contraire la possibilité d’une séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux sans neutralité des institutions politiques et sans insignifiance publique de l’Église.

La liberté religieuse refuse les bases mêmes de la "laïcité" [en français dans le texte]. Alexis de Tocqueville a probablement été le premier Européen à comprendre qu’aux États-Unis l’Église “régnait” sur les consciences de manière différente parce qu’on y trouvait une entente entre esprit religieux et esprit de liberté qui était inconnue en Europe continentale.

Une caractéristique du christianisme est qu’il relativise tout pouvoir politique par sa simple présence sur la scène publique sous la forme d’une Église (cf. J. Ratzinger, "L’unità delle nazioni" [L’unité des nations], Éditions Morcelliana, Brescia, 2009, p. 34). Au-delà des apparences, l’Église et l’Évangile ne gagnent rien à faire trop de concessions au pouvoir politique, même quand il est amical. L’Église et l’Évangile doivent continuer à animer une attitude – comme on a défini celle de Jésus et de la génération apostolique – "ni anarchiste ni zélote".

C’est précisément là que se trouve l’une des racines du modèle de la liberté religieuse et de son fonctionnement. Ce régime est le signe de la source chrétienne d’une cohabitation courtoise. Il est, en même temps, la condition pour que participent à cette cohabitation d’autres gens qui ne partagent pas la même foi, mais qui – dans les limites de ce que l’enseignement social de l’Église appelle "ordre public" – peuvent jouir des hauts niveaux de liberté que cette foi et sa force historique accordent à toute personne en vertu de sa dignité.


Le texte intégral du discours prononcé par John F. Kennedy, le 12 septembre 1960, devant la Greater Houston Ministerial Association :

> "While the so called religious issue..."


Le plus récent essai du professeur Diotallevi sur ces questions :

Luca Diotallevi, "Una alternativa alla laicità", Éditions Rubbettino, Soveria Mannelli, 2010, 162 pages, 14,00 euros.

Et une synthèse de cet ouvrage par l’auteur lui-même, publiée dans la revue "Vita e Pensiero" [Vie et Pensée] de l'Université Catholique de Milan :

> Se possiamo non dirci laici [Si nous pouvons ne pas nous dire laïcs]


A propos du livre "Render Unto Caesar" [Rendez à César] de l'archevêque Charles J. Chaput :

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver


A propos d’un récent appel de personnalités américaines de différentes confessions chrétiennes :

> La "Déclaration de Manhattan" : le manifeste qui secoue l'Amérique (25.11.2009)



Un article paru sur www.chiesa, il y a un an, à propos de la question de la laïcité, avec des références à la visite de Nancy Pelosi à Benoît XVI et à l’affaire Eluana Englaro, et aussi avec des textes des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco :

> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours
(23.2.2009)


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
(13.8.2008)

www.chiesa


15.12.2009

Toutes les raisons de Dieu. Une enquête

Toutes les raisons de Dieu. Une enquête

Guide de la rencontre internationale "Dieu aujourd'hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout". On a redécouvert un cardinal Ruini philosophe, avec qui ont discuté Spaemann, Scruton, Van Inwagen. Mais aussi les savants Nowak et Coyne, spécialistes du cosmos. Et des experts en musique, en art, en cinéma...


par Sandro Magister




ROME, le 13 décembre 2009 – L'objectif était de "dissiper cette pénombre qui rend précaire et angoissante pour l'homme de notre temps l'ouverture à Dieu".

C’est ce qu’a dit Benoît XVI dans son message qui a inauguré, le 10 décembre à Rome, la rencontre internationale "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout", conçue et organisée par le comité pour le projet culturel de l’Eglise d’Italie, présidé par le cardinal Camillo Ruini.

A la fin de l'événement, deux jours plus tard, Ruini était rayonnant. Le sujet était difficile, il fallait écouter en se concentrant, les orateurs étaient des philosophes et des savants au langage complexe. Mais la salle a toujours été pleine et le silence était très attentif. 2 500 personnes sont venues au grand auditorium de la via della Conciliazione, à quelques pas de la place Saint-Pierre, pour entendre parler de Dieu. Un public plutôt nouveau et jeune. Visiblement fier de la richesse et du sérieux des propos, dans un monde désorienté qui en a justement soif.

Ce public voulait qu’on lui parle de Dieu et de rien d’autre. Sûrement pas des querelles internes à l’Eglise, de part et d’autre du Tibre. Les prophètes de malheur qui avaient prédit (et secrètement espéré) l'échec de l'événement, entraînant la fin de cet "oiseau rare" qu’était selon eux le projet culturel, et la retraite définitive de son concepteur Ruini, ont été réduits au silence par les faits. Le cardinal a déjà annoncé que ce premier événement serait bientôt suivi d’un autre, toujours "sur des sujets de fond, durs, ni faciles ni à la mode".

Mais que s’est-il passé pendant les trois jours de la rencontre ? Le programme, le compte-rendu, les textes, les vidéos de tout l’événement, ainsi que le portrait des orateurs, sont à portée de clic sur la page web qui lui est consacrée :

> "Dio oggi. Con lui o senza di lui cambia tutto, Rome, 10-12 décembre 2009

On trouvera simplement, ci-dessous, mention de quelques temps forts.



LES TROIS PREUVES DU CARDINAL RUINI


Le jeudi 10 décembre, les premiers orateurs ont été le cardinal Ruini et l’allemand Robert Spaemann, qui ont tous les deux parlé en philosophes.

Ruini a indiqué trois voies d’accès à Dieu, c’est-à-dire trois preuves de son existence, non pas théologiques mais rationnelles. Elles peuvent donc être proposées à tout le monde et pas seulement aux croyants.

La première voie part du fait évident "qu’il existe quelque chose plutôt que rien". La seconde part de la constatation que l'univers peut être connu par l'homme. La troisième est fondée sur l'expérience que l'homme a en lui d’une loi morale.

Ces trois voies se réfèrent donc aux "transcendantaux" de la philosophie classique : l’être, le vrai, le bien. Ruini a voulu dépasser, dans son argumentation, les objections radicales qui leur ont été faites au cours des deux derniers siècles, à partir de Kant. Mais il a admis que, même ainsi, ces voies n’auront pas la force d’une démonstration apodictique qui ne suscite pas de nouveaux doutes. Et alors ? La proposition finale du cardinal est que l'existence de Dieu soit perçue comme "la meilleure hypothèse", selon une formule empruntée à Joseph Ratzinger.

Voici les deux derniers paragraphes du discours de Ruini :


"Les difficultés de l’approche métaphysique dans l’actuel contexte culturel, s’ajoutant à l’aporie découlant de l’existence du mal dans le monde, sont les raisons de fond de cette 'étrange pénombre qui enveloppe la question des réalités éternelles'. Même si on peut la fonder sur des arguments solides, comme nous avons cherché à le faire, l’existence du Dieu personnel n’est donc pas l’objet d’une démonstration apodictique ; mais elle reste 'la meilleure hypothèse, qui nous oblige à renoncer à une position de domination pour prendre le risque de l’écoute humble'. Accepter cela a de grandes implications : d’une part pour les relations entre croyants et non-croyants qui seraient déjà, pour cette raison de fond, marquées par un respect mutuel sincère et convaincu ; mais aussi pour l’attitude personnelle de chaque croyant et notamment pour le rôle fondamental que la prière doit jouer dans notre relation avec Dieu, afin de pouvoir lui demander le don de la foi, qui nous donne cette certitude à la fois inconditionnelle et libre à propos de Dieu qui, comme l’explique saint Thomas, ne supprime pas du tout la possibilité d’autres recherches mais soutient notre fidélité envers lui jusqu’au don de nous-mêmes.

"Je termine par une constatation qui me paraît très caractéristique de notre situation actuelle, à savoir qu’il y a un parallélisme profond entre l’approche de Dieu et l’approche de nous-mêmes, en tant que sujets intelligents et libres. Dans les deux cas, nous sommes actuellement soumis à la pression d’un scientisme épistémologique puissant et envahissant et d’un naturalisme, souvent inconsciemment métaphysique, qui voudrait affirmer que Dieu n’existe pas ou du moins qu’on ne peut pas le connaître rationnellement, et réduire l’homme à un objet naturel parmi d’autres. Aujourd’hui comme peut-être jamais auparavant, il est donc clair que l’affirmation de l’homme en tant que sujet et l’affirmation de Dieu 'simul stant et simul cadunt', existent et tombent ensemble. C’est du reste profondément logique car, d’une part, il est très difficile de fonder une vraie et irréductible émergence de l’homme par rapport au reste de la nature si la nature elle-même est toute la réalité et, d’autre part, il est également difficile de laisser ouverte rationnellement la voie au Dieu personnel, intelligent et libre – de manière véritable même si elle est ineffable pour nous – si l’on ne reconnaît pas au sujet humain cette irréductible spécificité qui est sienne. Rendre témoignage au vrai Dieu et en même temps à la vérité de l’homme est donc peut-être la tâche la plus exaltante qu’il nous soit donné d’accomplir".




SPAEMANN ET LA GRAMMAIRE DE DIEU


Robert Spaemann a consacré le début de sa réflexion à l'identité – plutôt qu’à l’opposition – entre les deux attributs de Dieu, "puissant" et "bon" :


"Qui croit en Dieu croit que la puissance absolue et le bien absolu ont la même référence : la sainteté de Dieu. Les gnostiques des premiers siècles chrétiens niaient cette identité. Ils attribuaient les deux attributs à deux divinités, une puissance mauvaise, le 'deus universi', dieu et créateur de ce monde, et un dieu qui est lumière et apparaît de loin dans l’obscurité de ce monde. [...] Il est important de souligner cela aujourd’hui, puisque les prêtres, plutôt que d’appeler sur nous la bénédiction du Dieu tout-puissant, ne parlent en fait que du 'Dieu bon'. Le discours sur la bonté de Dieu, sur Dieu qui est amour, perd son côté bouleversant s’il n’indique pas qui est celui dont on dit qu’Il est amour, c’est-à-dire s’il n’indique pas qu’Il est la puissance qui dirige notre vie et le monde. [...] Si le bien n’appartenait pas à l’être, l’être ne serait pas tout, il ne serait pas la totalité. [...] Mais le contraire est vrai aussi : si le bien était impuissance, alors il ne serait pas le bien tout court. Parce que l’impuissance du bien n’est pas le bien. La foi en la puissance du bien est ce qui nous permet de nous abandonner activement à la réalité, sans avoir à craindre que, dans un monde absurde, même les bonnes intentions soient considérées comme des absurdités".


A la fin de sa conférence, Spaemann a au contraire inversé la vision de Nietzsche, le philosophe de la "mort de Dieu", qui disait que "la vraie question est seulement de savoir avec quel mensonge on vit le mieux". Et il a proposé une démonstration de Dieu "qui est, pour ainsi dire, Nietzsche-résistante" : une démonstration de Dieu "à partir de la grammaire, ou plus exactement du 'futurum exactum', le futur antérieur". Voici comment :


"Pour nous, le 'futurum exactum' est nécessairement lié au présent. Dire d’une chose qu’elle est maintenant, revient à dire dans l’avenir que cette chose a été. En ce sens, toute vérité est éternelle. Le fait que, le 10 décembre 2009, beaucoup de gens se soient réunis à Rome pour une conférence de Robert Spaemann sur 'Rationalité et foi en Dieu' est vrai non seulement le 10 décembre, mais aussi pour toujours. Si aujourd’hui nous sommes ici, demain nous 'aurons été' ici. En tant que passé, en tant qu’'avoir été' du futur antérieur, le présent reste toujours réel. De quel type est cette réalité ? On pourrait répondre : elle est dans les traces qu’elle laisse. [...]

"Mais, tôt ou tard, le souvenir s’efface. Tôt ou tard, il n’y aura plus un seul homme sur terre. Et, à la fin, même la terre disparaîtra. Puisqu’au passé appartient toujours un présent, dont le passé est passé, nous devrions dire qu’avec le présent dont nous nous souvenons disparaît aussi le passé, et le futur antérieur perd sa signification. Mais c’est justement ce que nous ne pouvons pas penser. La proposition 'dans un avenir plus lointain, il ne sera plus vrai que nous étions réunis ici ce soir' est insensée. Elle ne se laisse pas penser. Si, un jour, nous n’aurons plus été, alors nous ne sommes même pas réels maintenant, ce que le bouddhisme affirme comme une conséquence. Si, un jour, la réalité présente n’aura plus été présente, alors elle n’est pas réelle du tout. Si on élimine le futur antérieur, on élimine le présent.

"Mais, encore une fois, de quel type est cette réalité du passé, l’éternelle vérité de toute vérité ? La seule réponse est la suivante : nous sommes forcés de penser une conscience qui conserve tout ce qui se produit, une conscience absolue. Aucun mot prononcé un jour ne sera non prononcé un jour, aucune douleur non soufferte, aucune joie non vécue. Le passé peut se dissiper, mais on ne peut pas faire en sorte qu’il n’ait pas été. Si la réalité existe, alors le futur antérieur est inévitable et avec lui le postulat du Dieu réel. 'Je crains – écrit Nietzsche – que nous ne puissions nous débarrasser de Dieu, parce que nous croyons encore à la grammaire'. Le problème est que nous ne pouvons pas nous dispenser de croire à la grammaire. Nietzsche lui-même n’a pu écrire ce qu’il a écrit que parce qu’il a confié à la grammaire ce qu’il a voulu dire".




LE "DIEU ABRÉGÉ" DU CARDINAL SCOLA


Le matin du vendredi 11 décembre, le cardinal Angelo Scola, dans un passage de sa conférence bien construite sur "l’éclipse et le retour de Dieu", a repris la critique de Spaemann contre l’opposition entre bonté et toute-puissance de Dieu.

En se demandant "si le problème de la transmission du christianisme n’est pas, surtout aujourd’hui, de prendre le langage évangélique dans son essentialité [...] et son identité les plus authentiques", Scola a critiqué ceux qui identifient cette essentialité avec la "kénosis", cette dépossession de lui-même, y compris de sa "puissance" divine, que Dieu accomplit en Jésus-Christ crucifié :

 


"Ici, il faut dénoncer une utilisation impropre, non théologique et non respectueuse des données scripturaires, de la 'kénosis' de Dieu à l’intérieur de ce que l’on appelle la 'pensée faible'. Elle fait perdre l’unité des mystères chrétiens et justifie, à travers la 'kénosis' séparée de la résurrection, que l’on renonce à la prise en considération de la vérité et de la transcendance de Dieu et à son être personnel".

En effet :

"C’est seulement dans le Dieu qui est Logos-Amour que le thème décisif de la 'kenosis' divine comme modalité selon laquelle Dieu-Vérité-Bien s’offre aux hommes trouve un sens. Le Dieu kénotique n’est pas un Dieu faible, mais un Dieu qui aime et qui, comme tel, s’offre à la liberté de l’homme".


Quelques instants auparavant, Scola a cité ce passage de l'homélie prononcée par Benoît XVI à Noël 2006, sur le vrai sens de la "kénosis" de Dieu, c’est-à-dire sur Dieu qui parle à l'homme "en s’abrégeant dans le Verbe incarné" :


"Dieu a rendu brève sa Parole, il l'a abrégée (Isaïe 10, 23; Romains 9, 28). Le Fils lui-même est la Parole, le Logos. La Parole éternelle s’est faite petite, elle s’est faite enfant, afin que nous puissions la saisir".




LA "VIA PULCHRITUDINIS" DE ROGER SCRUTON


Toujours le matin du vendredi 11 décembre, le philosophe anglo-américain Roger Scruton a développé le quatrième "transcendantal" de la philosophie classique - le beau - lui aussi comme voie d’accès à Dieu.

 

"En créant de la beauté, l'artiste rend gloire à la création de Dieu", a-t-il dit. Il en a été ainsi tout au long de l’histoire de l’homme, même quand – dans les abîmes du XXe siècle, par exemple – domine le règne de la souffrance et de la désolation.

Et pourtant "le culte de la laideur et de la désacralisation s’affirme aujourd’hui, à une époque de prospérité sans précédent. [...] La désacralisation est une sorte de défense contre le sacré, une tentative d’en détruire les prétentions. Nos vies sont jugées devant ce qui est sacré ; et pour échapper à ce jugement, nous détruisons ce qui paraît nous accuser. Et comme la beauté nous rappelle le sacré – elle nous en rappelle même une forme particulière – la beauté doit aussi être désacralisée".

La "voie positive" vers la beauté est de toute façon inscrite dans le cœur de l’homme. "Alors pourquoi tant d’artistes se refusent-ils aujourd’hui à marcher sur ce chemin ? Peut-être parce qu’ils savent qu’il conduit à Dieu".


Après l'intervention de Scruton, l'archevêque Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, et le professeur Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican, ont traité de l'apparition de Dieu dans l'art figuratif d’hier et d’aujourd’hui, avec des exemples concrets, parmi lesquels les fresques de Raphaël dans les Salles du Vatican, et en particulier cette "Ecole d’Athènes" que www.chiesa, dans sa présentation de la rencontre "Dieu aujourd’hui", avait proposée comme emblématique de cet événement.

A d’autres moments de la rencontre, la manifestation de Dieu a été présentée à travers la musique, les récits, la poésie, le cinéma, la télévision, par des exécutions, des lectures et des projections évocatrices, commentées par des artistes et des spécialistes.



LE "SUPER-DISNEY" DE PETER VAN INWAGEN



La dernière séance de la rencontre, au matin du samedi 12 décembre, a été consacrée à "Dieu et les sciences". George Coyne, astronome jésuite, directeur de l'Observatory's Research Group de l'Université de l'Arizona, et Martin Nowak, biologiste et mathématicien, professeur à Harvard, ont parlé du rapport entre Dieu créateur et l'évolution du cosmos, en deux exposés éblouissants qui ont enchaîné l’attention de l'auditoire.

Le troisième intervenant, Peter Van Inwagen, de l'Université Notre-Dame, a au contraire parlé en philosophe. Et il a présenté de manière originale et captivante cette "via cosmologica" vers Dieu proposée par Benoît XVI lui-même sous diverses formes à différentes occasions.

Van Inwagen est parti d’une analogie. Imaginons, a-t-il dit, que "Dieu est au monde physique ce que Walt Disney est au monde représenté à l’écran dans Blanche-Neige et les sept nains". Ou plutôt, imaginons que "les aventures du dessin animé soient vraiment l’histoire du monde entier" et appelons leur créateur "Super-Disney".

Du point de vue des habitants du monde, ce Super-Disney n’existe nulle part, mais en un autre sens, il est présent partout.

Il en va de même pour le Dieu de notre monde réel : "Si jamais il existe, il ne peut se trouver plus en lui que Super-Disney ne peut se trouver dans son monde ; et pourtant il n’est pas loin de ses habitants". De plus, on peut supposer que les habitants du monde arrivent à croire que celui-ci est le fruit d’une création par un être intelligent et omniprésent.

Van Inwagen a poursuivi :


"Il y a des gens – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de l'existence d’une intelligence responsable de l'existence de l'univers physique. Il y en a d’autres – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de la non-existence d’un concepteur".


Ces deux thèses "sont non scientifiques et erronées". Mais la seconde, celle qui nie un Dieu créateur sur la base de la théorie darwinienne de l'évolution, est devenue une opinion répandue.

C’est contre les partisans de cette opinion que Van Inwagen formule sa thèse de conclusion, pour défendre l'impossibilité de nier avec des arguments scientifiques l'existence d’un Dieu créateur :


"Vous croyez que le monde réel est darwinien, que c’est un monde dans lequel la théorie de Darwin est vraie. Mais la réalité implique la possibilité : tout ce qui est vrai est possible. Et Dieu, s’il existe, est par définition tout-puissant. Un être tout-puissant peut créer n’importe quel objet possible, même si cet objet est un univers entier ou un cosmos. Eh bien, notre terre darwinienne (comme vous croyez qu’elle l’est) est un objet possible, puisqu’elle existe. Donc, un être tout-puissant pourrait la créer et créer tout l’univers dont elle fait partie. Maintenant, si un être tout-puissant peut créer un monde darwinien, alors pourquoi quelqu’un qui pense que le monde réel est darwinien devrait-il penser que cette caractéristique du monde réel démontre – ou a une tendance quelconque à démontrer – que l'univers n’a pas été créé par un être tout-puissant ?".




PROCHAIN ÉPISODE : BIBLE ET LITURGIE


Concluant la rencontre, l'archevêque Rino Fisichella puis le cardinal Ruini ont fait allusion à d’autres chapitres de la réflexion sur Dieu, qui n’ont pas été traités dans ce premier événement mais ne sont pas moins importants.

Deux en particulier : d’abord une réflexion sur "ce que Dieu dit de lui-même", c’est-à-dire sur la révélation divine ; puis une réflexion sur la liturgie, c’est-à-dire sur les rites, les lieux, les temps, les langages par lesquels l’homme et le chrétien se mettent en rapport avec Dieu.


L’article de www.chiesa présentant l’événement, avec une homélie de Benoît XVI sur le "mystère révélé aux tout-petits" :

> "Dieu est là". Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël
(7.12.2009)

Et un article précédent à propos de Robert Spaemann et de la "rumeur immortelle" sur Dieu :

> Un philosophe relance le pari du pape : vivre comme si Dieu existait (31.10.2008)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

08.12.2009

'Dieu est là'. Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël

"Dieu est là". Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël

En organisant une réunion internationale de philosophes, de savants et d'artistes, avec l'objectif de replacer Dieu au centre d'une culture qui le nie. Tandis que Benoît XVI enseigne que Dieu se révèle non aux savants mais aux "tout-petits"

par Sandro Magister




ROME, le 7 décembre 2009 – Au milieu de ce temps de l’Avent, un événement international a lieu à Rome. Il est centré justement sur ce Dieu "qui est venu, qui vient et qui viendra".

L'événement est organisé par la conférence des évêques d’Italie, plus précisément par le comité pour le projet culturel présidé par le cardinal Camillo Ruini.

Intitulé "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout", il est étroitement lié à ce que Benoît XVI, dans sa mémorable lettre du 10 mars 2009 aux évêques, a indiqué comme "la priorité au-dessus de toutes les autres : rendre Dieu présent dans ce monde et ouvrir aux hommes l'accès à Dieu".

Concrètement, du 10 au 12 décembre, évêques et philosophes, théologiens et savants, artistes et musiciens, poètes et lettrés, hommes et femmes d’orientations mais aussi de croyances différentes, proches ou éloignés de Dieu, se rencontreront devant un vaste public. Mais ils parleront tous de Lui, le Dieu de la Bible, le Dieu trinitaire, le Dieu chrétien, celui qui a le visage humain de Jésus. Ce Dieu qui est exilé de la culture postmoderne, refusé par la science, et qui est pourtant de plus en plus présent dans la réalité que vivent tant d’hommes et de femmes de notre temps.

Parmi les orateurs, des noms connus : le cardinal Ruini, bien sûr, créateur de l’événement, Robert Spaemann, le philosophe allemand qui a justement consacré à la question de Dieu ses essais les plus pénétrants, puis Roger Scruton, Emanuele Severino, Rémi Brague, Aldo Schiavone, Robert Schneider, Antonio Paolucci, Denis Alexander, Giuliano Ferrara, Martin Nowak, Giorgio Israel, Peter van Inwagen, et bien d’autres encore.

Ils parleront de Dieu sous divers angles. "Dieu dans la musique" et "Dieu et la violence", "Création et évolution" et "Dieu au cinéma et à la télévision", "Dieu et les sciences" et "Dieu dans la beauté".

Ce sera aussi un dialogue sans frontières géographiques. "La question de Dieu n’est pas exclusivement occidentale" a déclaré le cardinal Ruini quand il a présenté l'événement à la presse, vendredi 4 décembre au Palais du Capitole. "Le langage scientifique est de plus en plus universel ; il universalise donc aussi sa négation de Dieu. C’est pourquoi l'Occident a une dette envers le monde entier : il doit non pas supprimer les raisons de la foi en Dieu mais se les rendre plus claires. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra dialoguer aussi avec les autres cultures, surtout celles de l'Asie, et ne pas se replier sur soi".

En somme, le pari de l'événement sur "Dieu aujourd’hui", c’est de redonner vie à une rencontre positive entre la foi et la culture d’aujourd’hui, en une sorte d’Aréopage moderne, en recréant l'aventure que Raphaël peignit si merveilleusement à fresque, il y a 500 ans, dans son "Ecole d’Athènes" (photo ci-dessus : détail).

Ses maîtres philosophes vont, chacun à sa façon et par des chemins parfois tortueux, vers ce qu’ils voient sur le mur d’en face : le mystère de l'hostie sacrée, l’Eglise terrestre et céleste, la magnificence de Dieu.

 

***

 

Le programme de l'événement est disponible sur la page web qui lui est consacrée, avec la présentation des orateurs et, au fur et à mesure, le compte-rendu et les textes :

> "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout ", Rome, 10-12 décembre 2009

L’ensemble bénéficiera d’une couverture médiatique par le journal et la chaîne de télévision appartenant à la conférence des évêques d’Italie :

> Avvenire

> TV 2000

Benoît XVI est bien sûr informé de cet événement organisé par l’Eglise italienne et qui aura lieu à quelques pas des palais du Vatican. Il n’y prendra pas la parole. Mais l’harmonie entre cet événement et le magistère de ce pape est si forte qu’elle se manifeste toute seule, y compris sous les formes et aux moments les plus inattendus.

Un exemple très fort de cette harmonie est l'homélie improvisée par Benoît XVI, mardi 1er décembre de bon matin, à la messe qu’il a célébrée avec les membres de la commission théologique internationale, à la Chapelle Pauline.

Le pape a commencé son homélie en commentant l’Evangile du jour, précisément le passage où Jésus rend grâce au Père céleste "parce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et que tu les as révélées aux tout-petits".

Ce mystère de Dieu ignoré et repoussé par la culture dominante et au contraire vivant dans le cœur et l’esprit des "tout-petits" – prêché par le pape Benoît dans cette passionnante homélie – c’est celui qui sera au cœur de l'événement romain de ces jours prochains.



Le mystère révélé aux tout-petits

par Benoît XVI

Rome, Palais Apostolique du Vatican, Chapelle Pauline, le 1er décembre 2009



Chers frères et sœurs, les paroles du Seigneur que nous venons d’entendre dans le passage de l’évangile (Luc 10, 21-24) sont pour nous, théologiens, un défi ou peut-être, pour mieux dire, une invitation à faire un examen de conscience : qu’est-ce que la théologie ? Nous, théologiens, que sommes-nous ? Comment bien faire de la théologie ? Nous avons entendu le Seigneur louer le Père d’avoir caché le grand mystère du Fils, le mystère trinitaire, le mystère christologique, aux sages, aux savants - ils ne l’ont pas connu - mais de l’avoir révélé aux tout-petits, aux "nèpioï", à ceux qui ne sont pas savants, qui n’ont pas une grande culture. C’est à eux qu’a été révélé ce grand mystère.

Par ces paroles, le Seigneur décrit simplement un fait de sa vie ; un fait qui commence dès l’époque de sa naissance, quand les Mages de l’Orient demandent aux gens compétents, aux scribes, aux exégètes, quel est le lieu de la naissance du Sauveur, du Roi d’Israël. Les scribes le savent parce que ce sont de grands spécialistes ; ils peuvent dire tout de suite où naît le Messie : à Bethléem ! Mais ils ne se sentent pas invités à y aller : pour eux cela reste une connaissance académique, qui ne touche pas leur vie ; ils restent en dehors. Ils peuvent donner des informations, mais l’information ne devient pas formation de leur vie.

Puis, pendant toute la vie publique du Seigneur, on trouve la même chose. Il est impossible, pour les savants, de comprendre que cet homme qui n’est pas savant, qui est un galiléen, puisse être vraiment le Fils de Dieu. Il reste inacceptable, pour eux, que Dieu, le grand, l’unique, le Dieu du ciel et de la terre, puisse être présent en cet homme. Ils savent tout, ils connaissent aussi Isaïe 53, toutes les grandes prophéties, mais le mystère reste caché. Au contraire il est révélé aux petits, depuis la Vierge Marie jusqu’aux pêcheurs du lac de Galilée. Ils savent, comme le capitaine romain sous la croix sait : celui-ci est le Fils de Dieu.

Les faits essentiels de la vie de Jésus n’appartiennent pas qu’au passé : ils sont présents, de différentes manières, à toutes les générations. Et ainsi, même à notre époque, au cours des 200 dernières années, on observe la même chose. Il y a de grands savants, de grands spécialistes, de grands théologiens, des maîtres de la foi, qui nous ont enseigné beaucoup de choses. Ils ont pénétré dans les détails de la Sainte Ecriture, de l’histoire du salut, mais ils n’ont pas pu voir le mystère lui-même, le vrai noyau, à savoir que Jésus était réellement Fils de Dieu, que le Dieu trinitaire entre dans notre histoire, à un moment historique déterminé, dans un homme comme nous. L’essentiel est resté caché ! On pourrait facilement citer de grands noms de l’histoire de la théologie de ces 200 dernières années, dont nous avons beaucoup appris, mais pour qui le mystère n’a pas été ouvert aux yeux du cœur.

Au contraire, il y a aussi, à notre époque, des petits qui ont connu ce mystère. Pensons à sainte Bernadette Soubirous ; à sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible, "non scientifique" mais qui va jusqu’au cœur de la Sainte Ecriture ; et aussi aux saints et bienheureux de notre de notre temps : sainte Joséphine Bakhita, la bienheureuse Teresa de Calcutta, saint Damien de Veuster. On pourrait en citer tant !

Mais de tout cela naît la question : pourquoi est-ce ainsi ? Le christianisme est-il la religion des sots, des gens sans culture, non formés ? La foi s'éteint-elle là où la raison se réveille ? Comment cela s’explique-t-il ?

Peut-être faut-il regarder encore une fois l’histoire. Ce que Jésus a dit, ce que l’on peut observer dans tous les siècles, reste vrai. Mais il y a une "espèce" de petits qui sont également savants. Au pied de la croix se tient la Vierge Marie, humble servante de Dieu et grande dame éclairée par Dieu. Et aussi Jean, pêcheur du lac de Galilée ; mais c’est ce Jean qui sera appelé à juste titre «le théologien» par l’Eglise, parce qu’il a vraiment su voir et annoncer le mystère de Dieu : avec l’œil de l’aigle il est entré dans l’inaccessible lumière du mystère divin.

Même après sa résurrection, le Seigneur touche, sur le chemin de Damas, le cœur de Saül, un de ces savants qui ne voient pas. Celui-ci, dans la première lettre à Timothée, dit qu’il était «ignorant» à cette époque, malgré sa science. Mais le Ressuscité le touche : il perd la vue et, en même temps, il devient vraiment voyant, il commence à voir. Le grand savant devient un tout-petit et c’est justement pour cela qu’il voit la sottise de Dieu qui est sagesse, une sagesse plus grande que toutes les sagesses humaines.

On pourrait continuer à lire toute l’histoire de cette façon. Encore une seule observation. Ces savants et ces sages, "sophoï" et "synètoï", apparaissent dans la première lecture sous un autre aspect (cf. Isaïe 11, 1-10). Ici "sophia" et "synèsis" sont des dons de l’Esprit-Saint qui reposent sur le Messie, sur le Christ. Qu’est-ce que cela signifie ? On comprend qu’il y a un double usage de la raison et une double manière d’être sages ou petits.

Il y a une façon d’utiliser la raison qui est autonome et se place au-dessus de Dieu, dans toute la gamme des sciences, à commencer par les sciences naturelles, où une méthode adaptée à la recherche de la matière est généralisée : Dieu n’entre pas dans cette méthode, donc Dieu n’existe pas. Il en est ainsi, enfin, même en théologie : on pêche dans les eaux de la Sainte Ecriture avec un filet qui ne permet de prendre que des poissons d’une certaine taille ; ce qui est au-delà de cette taille n’entre pas dans le filet et ne peut donc pas exister. Le grand mystère de Jésus, du Fils fait homme, est ainsi réduit à un Jésus historique : une figure tragique, un fantôme sans chair ni os, un homme qui est resté dans le sépulcre, s’est corrompu et est vraiment un mort. Cette méthode parvient à "capter" certains poissons mais exclut le grand mystère, parce que l’homme se fait lui-même mesure : il a cet orgueil, qui est en même temps une grande sottise parce qu’il absolutise des méthodes qui ne sont pas adaptées aux grandes réalités ; il entre dans cet esprit académique que nous avons vu chez les scribes qui répondent aux Rois mages : cela ne me concerne pas; je reste enfermé dans ma vie, qui n’en est pas changée. C’est la spécialisation qui voit les détails, mais perd de vue l’ensemble.

Et puis il y a l’autre façon d’utiliser la raison, d’être savant : celle de l’homme qui reconnaît qui il est ; il reconnaît sa propre taille et la grandeur de Dieu, en s’ouvrant humblement à la nouveauté de l’action de Dieu. Ainsi, justement parce qu’il accepte sa petitesse, qu’il se fait aussi petit qu’il l’est réellement, il arrive à la vérité. De cette façon, la raison aussi peut exprimer toutes ses possibilités, elle ne s’éteint pas, mais elle s’élargit et devient plus grande. Il s’agit d’une autre "sophia", d’une autre "synèsis", qui n’exclut pas du mystère mais qui est vraiment communion avec le Seigneur en qui résident le savoir, la sagesse, et leur vérité.

Maintenant, nous voulons prier pour que le Seigneur nous donne la vraie humilité. Qu’il nous donne la grâce d’être tout-petits pour pouvoir être vraiment sages ; qu’il nous éclaire, nous fasse voir son mystère de la joie du Saint-Esprit, nous aide à être de vrais théologiens, capables d’annoncer son mystère parce qu’ils sont touchés au fond de leur cœur, au fond de leur vie. Amen.


LES LECTURES COMMENTÉES PAR LE PAPE


Du livre du prophète Isaïe (11, 1-10)

Un rameau sortira du tronc de Jessé
et de ses racines croîtra un rejeton.
Sur lui reposera l'Esprit de Yahweh,
esprit de sagesse et d'intelligence,
esprit de conseil et de force,
esprit de connaissance et de crainte de Yahweh ;
il mettra ses délices dans la crainte de Yahweh.
Il ne jugera point sur ce qui paraîtra à ses yeux
et il ne prononcera point sur ce qui frappera ses oreilles.
Il jugera les petits avec justice,
et prononcera selon le droit pour les humbles de la terre.
Il frappera la terre de la verge de sa bouche
et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant.
La justice ceindra ses flancs
et la fidélité sera la ceinture de ses reins.
Le loup habitera avec l'agneau,
la panthère reposera avec le chevreau ;
le veau, le lion et le bœuf gras vivront ensemble
et un jeune enfant les conduira.
La vache et l'ourse iront au même pâturage,
leurs petits auront un même gîte ;
et le lion mangera du fourrage comme le bœuf.
Le nourrisson s'ébattra sur le trou de la vipère
et dans le repaire du basilic l'enfant à peine sevré mettra sa main.
On ne fera point de mal et on ne détruira plus
sur toute ma montagne sainte ;
car le pays sera rempli de la connaissance de Yahweh,
comme le fond des mers par les eaux qui le couvrent.
Et il arrivera en ce jour-là :
a racine de Jessé, élevée comme un étendard pour les peuples,
sera recherchée par les nations,
et son séjour sera glorieux.


De l’Evangile selon Luc (10, 21-24)

Au même moment, il tressaillit de joie par l'Esprit-Saint et il dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux savants et les as révélées aux tout-petits. Oui, Père, car tel fut ton bon plaisir. Toutes choses m'ont été remises par mon Père ; et personne ne sait ce qu'est le Fils, si ce n'est le Père, ni ce qu'est le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils aura bien voulu le révéler".

Et se tournant vers les disciples, il leur dit en particulier : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu".

 

 


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

01.10.2009

La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi

La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi

Le nouveau président de l’IOR est fermement partisan d'un capitalisme d'inspiration chrétienne. Selon lui, les naissances nombreuses sont le premier moteur de l'économie. Au même moment, en Italie, un autre changement important se prépare à la tête des médias appartenant à l'épiscopat


par Sandro Magister





ROME, le 1er octobre 2009 – En août et septembre a eu lieu la dramatique éviction de Dino Boffo, directeur unique des médias appartenant à l’Eglise catholique en Italie. Pendant ce temps-là, sur l’autre rive du Tibre, se préparait, en silence et calmement, le changement de patron d’un autre organisme clé, l’IOR, Institut pour les Œuvres de Religion, la banque du Vatican.

A vrai dire, l’IOR vit lui aussi des moments difficiles. Un livre décrivant ses méfaits - nombreux documents irréfutables à l’appui - figure depuis des mois parmi les best-sellers. Ce n’est pas l’IOR en tant que tel qui y est montré du doigt, mais ses moutons noirs de naguère, messeigneurs Paul Marcinkus et Donato De Bonis. Le livre présente le banquier Angelo Caloia, président de l’IOR depuis 15 ans, comme un chevalier blanc, un homme courageux qui a chassé les crapules, nettoyé les écuries d’Augias et rendu à la banque du pape une image de vertu. Son départ et la nomination de son successeur Ettore Gotti Tedeschi (photo) ont été annoncés sur fond de paix et d’estime mutuelle entre les deux hommes, le 23 septembre au matin.

Le même jour, les dirigeants - 30 cardinaux et évêques de premier plan - de la conférence des évêques d’Italie (CEI) étaient réunis à Rome à huis clos pour discuter de nombreux sujets et notamment de la succession de Boffo. Mais jusqu’à présent aucune orientation unitaire n’est sortie de ce sommet ou des conciliabules des jours suivants.

Boffo était bien plus qu’un professionnel des médias : c’était le "projet culturel" du cardinal Camillo Ruini en termes de communication, l’intermédiaire à travers lequel le message de l’Eglise devenait "culture populaire".

Pendant 16 ans, de 1991 à 2007, Ruini a été président de la CEI. Avec lui, l’Eglise est redevenue un acteur majeur dans la sphère publique, comme elle ne l’avait jamais été auparavant. Son projet était la transposition parfaite à l’Italie de la vision planétaire de Jean-Paul II.

Son départ a redonné du tonus à ceux qui, parmi les évêques, le clergé, les laïcs catholiques et à la secrétairerie d’état du Vatican, sont opposés à son projet. C’est Boffo qui leur résistait, aux commandes du quotidien "Avvenire", de la télévision Sat 2000, des radios. Maintenant qu’il est parti lui aussi - renversé par le "Giornale" de Vittorio Feltri et Silvio Berlusconi mais également attaqué par des catholiques influents qui ont figuré parmi ses meilleures signatures, de Vittorio Messori à Giovanni Maria Vian, l’actuel directeur de "L'Osservatore Romano" - le choix de son successeur indiquera aussi dans quelle direction la hiérarchie catholique italienne veut marcher.


***


A l’IOR, c’est tout différent. Le changement a déjà été réalisé, en toute transparence, par la volonté de la secrétairerie d’état et avec l’accord de Benoît XVI.

Les biographies d’Angelo Caloia étaient succinctes, ses actes publics rarissimes et sa pensée insondable. Son successeur à la tête de la banque du Vatican est à l’opposé : d’Ettore Gotti Tedeschi on connaît toute la vie, les sympathies, les fréquentations, l’agenda et les idées.

Son dernier acte public avant sa nomination date du 19 septembre, au Palazzo della Borsa, à Gênes. Lui et le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de la ville et président de la CEI, ont discuté de l'encyclique "Caritas in veritate" de Benoît XVI. Il a affirmé que l'actuelle crise mondiale de l'économie "vient de ce que l’on n’a pas suivi les indications d’'Humanae vitae', c’est-à-dire qu’elle vient de la négation de la vie et du blocage des naissances".

Gotti Tedeschi avait déjà exprimé cette idée dans un éditorial publié par "L'Osservatore Romano" du 6 juin. Si la domination économique du monde va passer de l'Occident à la Chine, écrivait-il, c’est en raison de la différence dans les taux de natalité et de densité de population. L'évolution démographique détermine l’augmentation ou la diminution de la capacité de production d’une économie.

Gotti Tedeschi a cinq enfants, "d’un seul mariage" précise-t-il. Il vit à la campagne près de Piacenza, dans la région où il est né il y a 64 ans, à Pontenure, non loin du Pô. Le matin, il se lève très tôt, comme un moine. A l’aube, il arrive à Milan dans sa BMW. Il lit les journaux dans son bureau de président pour l’Italie de Banco Santander, la première banque privée d'Europe, appartenant à une famille laïque espagnole, les Botín. Puis il va à la messe, tous les matins sans exception.

Il enseigne l’éthique de la finance à l'Université Catholique de Milan. Mais il est aussi conseiller de la banque San Paolo de Turin et de la Cassa Depositi e Prestiti, bras opérationnel du ministère du Trésor.

Le 23 septembre, alors que le Vatican annonçait qu’il était nommé président de l’IOR, Gotti Tedeschi participait, à Rome, à une réunion décisive de la Cassa, portant sur l’approbation d’un plan industriel de 50 milliards d’euros en infrastructures et en logements populaires. La Cassa est l’enfant chéri de Giulio Tremonti, l'actuel ministre du Trésor, dont Gotti Tedeschi est le conseiller "pour les problèmes économiques, financiers et éthiques dans les systèmes internationaux", un poste créé spécialement pour lui.

Avant sa nomination, Gotti Tedeschi n’avait jamais mis les pieds à l’IOR et ne s’en était jamais occupé. Mais, depuis quelque temps, on le voyait souvent au Vatican. Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état, l'avait appelé à l’aide, il y a un an, pour redresser la gestion financière du Gouvernorat de la Cité du Vatican, dont les comptes ont été dans le rouge en 2008 pour plus de 15 millions d’euros.

Le traitement paraît avoir réussi. Le principal responsable de la mauvaise gestion, Mgr Renato Boccardo, secrétaire général du Gouvernorat, a été nommé évêque de Spolète et Norcia, alors qu’il espérait une nonciature de tout premier plan et avait refusé pour cette raison celle de Vienne. Il a été remplacé par le lombard Carlo Maria Viganò, qui sera bientôt promu au poste le plus élevé du Gouvernorat, à la place de l'actuel numéro un, le cardinal Giovanni Lajolo.

En tant que banquier, Gotti Tedeschi s’est formé sur ce bateau-école de la grande finance internationale qu’est l'américain McKinsey. En tant que catholique, de "superficiel" qu’il était, il est devenu fervent dans les années 60, sous la direction spirituelle de Giovanni Cantoni. Deux livres ont fait connaître sa pensée au grand public : "Denaro e Paradiso" (Argent et Paradis), publié en 2004 avec une préface du cardinal Giovanni Battista Re, et "Spiriti animali. La concorrenza giusta", (Esprits animaux. La bonne concurrence), édité par l'université Bocconi et préfacé par Alessandro Profumo, président d’Unicredit, la première banque italienne en Europe,.

Parmi ses actes publics, d’autres sont moins importants mais tout aussi révélateurs. En 2007 Gotti Tedeschi, le plus catholique des banquiers, a signé un manifeste ultralibéral en 13 points lancé par l'ancien secrétaire du très laïc parti radical, Daniele Capezzone. Ce manifeste proposait une "flat tax" unique à 20 %, le présidentialisme sur le modèle américain ou français, le crédit d'impôt pour la santé et l’école, l'obligation pour les agents de la fonction publique de payer les dégâts qu’ils auraient causés, la retraite à 65 ans, la détaxation des heures supplémentaires, l'abolition des ordres professionnels et de la valeur légale des diplômes.

Gotti Tedeschi a proposé, il y a quelques années, d’attribuer le Nobel d'économie à Jean-Paul II pour l’encyclique "Centesimus annus" et, plus récemment, à Benoît XVI pour "Caritas in veritate", texte à la rédaction duquel il a lui-même participé.

Cette année, il a aussi proposé pour le Nobel le premier ministre britannique Gordon Brown, parce que celui-ci a appuyé dans "L'Osservatore Romano" sa proposition, grandiose et "avantageuse" pour tous, d’investir dans les pays pauvres en faveur de ces deux ou trois milliards d’hommes qui n’attendent que d’améliorer leur vie.

L’IOR paraît trop limité pour un nouveau président aux projets si vastes et si explosifs. Mais l'aventure ne fait que commencer.



Les précédents articles de www.chiesa à propos de l’IOR et d’Ettore Gotti Tedeschi :

> Tout l'argent de Pierre. Vices et vertus de la banque du Vatican
(15.6.2009)

> Crise financière. La bonne nouvelle arrive du Vatican (27.2.2009)

> Pour l'argent de Pierre, c'est le calme dans la tempête (30.1.2009)

> L'encyclique sur la doctrine sociale peut attendre. Pas le pari sur les pays pauvres (5.12.2008)

> Un banchiere cattolico insegna come produrre ricchezza per il Regno dei Cieli (11.10.2004)


Et les précédents articles de www.chiesa à propos de l’affaire "Avvenire":

> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux: l'épiscopat et le Vatican
(10.9.2009)

> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir
(31.8.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa


22.09.2009

Les évêques italiens à l'heure d'un choix décisif

A prendre ou à laisser. Les évêques italiens à l'heure d'un choix décisif

L'enjeu est le "projet culturel" conçu et réalisé par les cardinaux Ruini et Scola. Certains le considèrent comme mort. Mais les faits prouvent qu'il est plus vivant que jamais. Avec trois grandes nouveautés: une proposition au pays sur "l'urgence éducative", une nouvelle école de théologie consacrée à une société "plurielle", un colloque international sur "Dieu aujourd'hui"

par Sandro Magister




ROME, le 21 septembre 2009 – Le groupe dirigeant de la conférence des évêques d’Italie, CEI, se réunit ce soir à Rome pour l’habituelle session de début d’automne, alors qu’est encore fort le choc provoqué par la démission du directeur d’"Avvenire", le journal de la CEI, Dino Boffo, qui a été l’objet, malgré son innocence, d’attaques publiques contre sa personne.

Pendant cette tempête, la hiérarchie de l’Eglise, en Italie comme au Vatican, s’est montrée divisée et désorientée. En effet l'attaque contre "Avvenire" a aussi été employée par certains contre la ligne que représentait le journal : celle du cardinal Camillo Ruini, président de la CEI pendant quinze ans, jusqu’en 2007, et du "projet culturel" qu’il a conçu et réalisé, en grande partie à travers le journal dirigé par Boffo.

Mais que cette ligne soit en voie de liquidation, voilà qui est contredit par divers signaux – tous survenus ces jours-ci – qui en montrent la vitalité.


***


L’un de ces signaux est la large diffusion en Italie, à partir 17 septembre, d’un livre réalisé par le comité pour le projet culturel de la CEI, intitulé : "La sfida educativa", le défi de l’éducation.

Ce livre se présente comme un rapport sur ce qui a été appelé, y compris par Benoît XVI, "l’urgence éducative". Un rapport, donc, sur la dramatique incapacité dont fait preuve la société actuelle en matière d’éducation des nouvelles générations.

Mais ce n’est pas qu’un rapport descriptif et analytique, c’est aussi une proposition quant à la façon de faire face à cette urgence et de relever le défi avec succès. Dans la préface, le cardinal Ruini écrit que ce qui est en jeu, ce sont "les bases de l'existence de l'homme et de la femme, le sens même que nous attribuons à l'être humain et à notre civilisation".

Le défi de l’éducation ne concerne donc pas seulement la famille, l’école, l’Eglise, mais la société dans son ensemble. Au fil des chapitres, le livre l’étudie, grâce à différents spécialistes, dans les différents domaines, y compris le travail, l’entreprise, la consommation, les médias de masse, le spectacle, le sport.

La question de l'éducation sera l'axe majeur de l'action pastorale de l’Eglise en Italie pendant la décennie 2010-2020, comme l’a décidé la conférence des évêques. Mais, avec le projet culturel, son but est d’arriver à impliquer tout le pays. Une preuve en est que l’édition de "La sfida educativa" a été confiée à un éditeur non pas catholique mais "laïc" par antonomase, Laterza.

C’est justement dans les bureaux romains de Laterza qu’aura lieu, le mardi 22 septembre, la présentation officielle du livre. Seront présents le cardinal Ruini, le ministre de l’Education Nationale, Mariastella Gelmini, la présidente de la confédérationale patronale Confindustria, Emma Marcegaglia. Le président de la maison d’édition, Giuseppe Laterza, sera le modérateur.



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Un deuxième signal a pour épicentre Venise et pour inspirateur également un cardinal : non pas Ruini mais Angelo Scola, patriarche de la ville.

Les deux prélats – ce n’est pas un hasard – font partie du comité pour le projet culturel institué par la CEI en 2008, avec Ruini comme président. Scola, à Venise, est la preuve vivante que le projet culturel peut être réalisé dans un diocèse type sous des formes originales, avec créativité et avec fruit.

Le 15 septembre le cardinal Scola a ouvert à Venise un congrès international intitulé "La société plurielle", avec comme orateurs des spécialistes italiens et étrangers de diverses disciplines, catholiques ou non, de Massimo Cacciari à David Novak, d’Ottfried Höffe à Cesare Mirabelli, d’Ignazio Musu à Steve Schneck.

Le congrès a marqué les débuts à Venise d’un nouveau centre d’études appelé "Alta Scuola Società Economia Teologia" (ASSET), dont le but est de faire interagir les diverses disciplines, théologie comprise, dans le traitement des questions cruciales d’un monde culturellement "pluriel".

En ouvrant le congrès, Scola a invité les chrétiens à identifier et proposer le "terrain commun" sur lequel pourraient être réalisés des "compromis nobles" entre des positions différentes. Etant entendu que les chrétiens eux-mêmes ont le devoir, à chaque fois que le compromis n’est pas possible, comme dans le cas de l’avortement ou de la famille, de recourir à l'objection de conscience et en tout cas de poursuivre leur "témoignage" à haute voix dans la société, dans l’espérance d’un changement positif.

L’ASSET est la dernière-née d’une série d’initiatives lancées au cours des cinq dernières années par le cardinal Scola et réunies sous l'égide du Studium Marcianum, du nom du saint patron de Venise, l'évangéliste Marc, parmi lesquelles la revue internationale "Oasis". Elle fonctionnera à travers des séminaires, des laboratoires culturels, des cours d’été, des publications, des enseignements annuels. Le cours inaugural, le 17 décembre, sera assuré par le philosophe Robert Spaemann, de l'université de Munich.


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Quelques jours plus tôt, le 10 décembre, le même Spaemann prendra la parole lors d’un grand colloque organisé à Rome par le comité pour le projet culturel de la CEI, c’est-à-dire toujours par Ruini.

Nous arrivons ainsi à un troisième signal.

Ce colloque aura pour titre : "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout". www.chiesa en a déjà parlé. Il y a une impressionnante coïncidence entre le sujet de ce colloque et ce que Joseph Ratzinger a défini comme la "priorité" de son pontificat : "rendre Dieu présent dans ce monde et ouvrir aux hommes l’accès à Dieu". A plus forte raison en un temps "où, dans de vastes régions du monde, la foi risque de s’éteindre, comme une flamme qui ne trouve plus d’aliment".

Le 9 septembre, le cardinal Ruini – présentant à Milan un livre dans lequel il dialogue avec l'intellectuel laïc Ernesto Galli della Loggia – a souligné l'importance de ce prochain colloque sur Dieu.

A cette occasion, le directeur de "L'Osservatore Romano", Giovanni Maria Vian, a rappelé, à sa table, qu’à l’origine, il y a dix ou quinze ans, le projet culturel lancé par Ruini était considéré comme un "oiseau rare", personne ne sachant ce que c’était et où il se trouvait.

Le recteur de l'Université Catholique du Sacré-Cœur, Lorenzo Ornaghi, lui a répondu qu’en réalité le projet culturel s’est ensuite révélé être "un gigantesque effort de transformation du message chrétien en culture populaire".

L'Université Catholique a été et est encore un foyer de ce projet. Ce n’est pas un hasard si la nomination puis la confirmation du "ruinien" Ornaghi comme recteur ont été parmi les épisodes les plus agités de l’histoire de l’Eglise d’Italie au cours des dernières années.

Un autre outil essentiel du projet culturel a été et reste "Avvenire". Ce n’est pas un hasard si les adversaires d’Ornaghi ont aussi été ceux qui, pendant la même période, se sont opposés à Boffo en tant que directeur du journal des évêques, faisant circuler contre l’un et l’autre de fausses accusations infâmantes. www.chiesa en a également parlé dans de récents articles.

Le choix du successeur de Boffo à la direction d’"Avvenire" sera donc révélateur de la volonté ou non de la conférence des évêques d’Italie de continuer dans le sillon du projet de Ruini.

Il est certain que le cardinal Ruini a toujours agi en accord évident et avec le plein appui du pape actuel, mais aussi du prédécesseur de celui-ci.

Il en est de même pour l'actuel président de la CEI, le cardinal Angelo Bagnasco. Il s’est entretenu vendredi dernier avec le pape Benoît XVI, en vue du conseil permanent qui commence ce soir et de son discours inaugural très attendu.



Le site web du "projet culturel" organisé par l’Eglise d’Italie, avec la présentation du rapport-proposition sur l'éducation et le programme du colloque international sur "Dieu aujourd’hui" :

> Progetto culturale


Le nouveau centre d’études inauguré à la mi-septembre à Venise par le cardinal Angelo Scola :

> Alta Scuola Società Economia Teologia. Studi sulla società plurale


Et la fondation qui organise toutes les initiatives culturelles du patriarcat de Venise, entre autres la revue internationale "Oasis" :

> Fondazione Studium Generale Marcianum



Un précédent article de www.chiesa concernant le "projet culturel" de l’Eglise d’Italie et le cardinal qui l’a conçu :

> L'Eglise libre dans l'état libre. Selon Ruini (14.9.2009)


Les articles de www.chiesa à propos de l’affaire "Avvenire" :

> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux : l'épiscopat et le Vatican (10.9.2009)

> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

10.09.2009

Avvenire, l'épiscopat italien et le Vatican

"Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux: l'épiscopat et le Vatican

Le journal des évêques italiens est attaqué et son directeur a démissionné. Mais les hiérarchies de l'Eglise sont divisées. Et "Avvenire" est aussi pris pour cible par des amis. Qui appartiennent à la secrétairerie d'état


par Sandro Magister





ROME, le 10 septembre 2009 – Dans la lettre, datée du 3 septembre, par laquelle il a démissionné de ses fonctions de directeur d’"Avvenire", le journal de la conférence des évêques d’Italie, Dino Boffo a critiqué la formation de "territoires ecclésiastiques" qui se font la guerre, excités par son cas.

Benoît XVI a été encore plus direct, il y a quelques mois, dans une lettre aux évêques : "Si vous vous mordez et vous dévorez mutuellement, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres".

Il y a entre les hautes hiérarchies de l’Eglise des divisions et des oppositions, qui explosent parfois et provoquent des dégâts : c’est un fait incontesté et bien connu. A propos de la politique italienne, la principale divergence se manifeste aujourd'hui entre les deux rives du Tibre : d’un côté la secrétairerie d’état du Vatican, de l’autre la conférence des évêques.

"Avvenire" est le quotidien des évêques. Mais l'attaque lancée contre la vie privée de son directeur, Boffo, par le quotidien "il Giornale", appartenant au frère du premier ministre Silvio Berlusconi, a été jugée et vécue de manière opposée de part et d’autre du Tibre.



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Selon la secrétairerie d’état, la vraie attaque était et est autre chose. Elle est menée par un pouvoir anticatholique qui a pour fer de lance "la Repubblica", le grand journal de la gauche laïque, et pour cible d’abord le pape et accessoirement son secrétaire d’état, le cardinal Tarcisio Bertone.

Le matin du 28 août, Bertone est bien plus irrité par un article du théologien Vito Mancuso dans "la Repubblica" que par le déchaînement, au même moment, de la campagne d’"il Giornale" contre Boffo et ses critiques contre le premier ministre. Mancuso accuse Bertone de s’asseoir avec servilité à la table d’Hérode – il va rencontrer Berlusconi, d’après son programme pour ce jour-là – au lieu de critiquer sa vie de débauche avec le courage d’un saint Jean-Baptiste.

Quelques heures plus tard, en effet, au début de l’après-midi de ce 28 août, "L'Osservatore Romano" paraît avec, en première page, une note bien visible contre l'article de "la Repubblica", signée par sa commentatrice de pointe, Lucetta Scaraffia. Mais il ne consacre à l'offensive d’"il Giornale" contre le directeur d’"Avvenire" que deux lignes en pages intérieures, tirées d’un communiqué de la CEI, bien que la rencontre entre Bertone et Berlusconi ait été annulée entre temps à cause de cette agression et pas pour d’autres raisons.

Les jours suivants, en pleine tempête contre Boffo, le cardinal Bertone s’en tient fermement à cette lecture des faits.

Selon lui, le vrai sommet de l'agression contre l’Eglise se situe au 1er septembre, sous la forme d’un titre de "la Repubblica" affirmant que Benoît XVI était intervenu en personne pour soutenir Boffo et donc ses critiques contre Berlusconi.

En effet, le premier et unique communiqué officiel du Vatican sur l’affaire Boffo sort quelques heures plus tard, justement pour démentir l’intervention du pape dans la mêlée. Le communiqué confirme que seul Bertone a exprimé sa solidarité à Boffo, le pape s’étant – selon un communiqué parallèle de la CEI – limité à téléphoner au cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques, pour lui demander "des informations et une évaluation de la situation actuelle" et lui exprimer, ainsi qu’aux évêques italiens "son estime, sa gratitude et sa bienveillance".

Si l’on feuillette "L'Osservatore Romano", le journal dont le professeur Giovanni Maria Vian est le directeur et le cardinal Bertone l’éditeur de référence, il semble que la semaine de la passion de Boffo se soit écoulée presque sans laisser de traces. Sa démission y a été annoncée le 3 septembre sur une colonne en 22 lignes, à la page 7, sous le titre aseptisé : "Bureau national pour les communications sociales de la CEI", dont le communiqué était présenté succinctement.

Mais Vian a été beaucoup loquace dans une interview au "Corriere della Sera" du 31 août. Il ressortait clairement de ses propos que la secrétairerie d’état du Vatican était mécontente d’"Avvenire", des "imprudences et exagérations" de sa critique du gouvernement et de sa censure des débauches privées du premier ministre. Sur ce dernier sujet "L'Osservatore Romano" n’a jamais écrit un mot, par choix délibéré.

Cette volonté de "sérénité institutionnelle" dans les rapports avec les gouvernements en place, quels qu’ils soient, de gauche ou de droite, est une constante de la diplomatie vaticane envers tous les états du monde, dictée par le réalisme politique.

Mais le gouvernement central de l’Eglise catholique est une chose, les effervescentes Eglises nationales, avec leurs évêques, leur clergé, leurs fidèles, en sont une autre.



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Sous la présidence du cardinal Camillo Ruini, la conférence des évêques d’Italie avait pris en charge, en plein accord avec Jean-Paul II et son successeur Benoît XVI, la conduite des relations avec le monde politique, obtenant d’indéniables succès. "Avvenire", dirigé par Boffo, était l'organe de pointe du leadership de Ruini.

Mais après le départ de Ruini, le cardinal Bertone a voulu diriger lui-même la politique de l’Eglise en Italie et l’a écrit noir sur blanc dans une lettre du 25 mars 2007 au nouveau président de la CEI, le cardinal Bagnasco. Les évêques n’ayant pas du tout accepté d’être dépouillés de leur autorité, il y a depuis lors entre le Vatican et la CEI des frictions allant parfois jusqu’au conflit ouvert.

Mais, entre temps, la CEI a changé. Elle n’est plus l’équipe ordonnée qu’elle était à l’apogée de Ruini.

Fidèle continuateur de celui-ci, le cardinal Bagnasco n’a pas la même autorité. On a vite constaté que le nouveau secrétaire de la CEI, l’évêque Mariano Crociata, n’était pas à la hauteur de son rôle. L'actuelle CEI a de multiples têtes et de nombreuses voix, souvent discordantes. Raison de plus pour que, depuis le Vatican, Bertone développe ses ambitions de direction. Il y est encouragé par les politiques, qui voient en lui un interlocuteur plus sûr que cette CEI qui se montre pleine d’incertitudes et de confusion.

Confusion notamment dans sa réaction à l'offensive lancée contre "Avvenire" et son directeur. Depuis le début de la polémique en Italie sur la vie privée du premier ministre Berlusconi, il y a plusieurs mois, le journal dirigé par Boffo s’était mis à naviguer dans une tempête. Les pressions des lecteurs et, plus encore, celles d’une partie de cet éditeur collectif qu’est l'épiscopat italien, ont forcé Boffo à faire ce qu’il n’aurait jamais fait si Ruini avait été aux commandes : des sermons contre l'immoralité privée du premier ministre. Des sermons mesurés, respectueux, dosés avec soin, mais qui mécontentaient beaucoup de gens, parce qu’ils étaient trop ou trop peu vigoureux selon les points de vue. A la secrétairerie d’état, bien sûr, l'imprudence "moraliste" du journal de la CEI paraissait n’annoncer que des ennuis, ce que les terribles représailles d’"il Giornale" allaient confirmer.

Vécue par la CEI comme une attaque contre la ligne de Ruini, l'offensive anti-Boffo a donc vu, au premier rang des défenseurs de l’agressé, d’abord le cardinal Ruini et son successeur Bagnasco, puis l'armée de cette "Eglise du peuple" que Boffo a en effet su présenter et représenter de manière extraordinaire pendant ses 15 ans à la tête du journal.

Mais parmi les cardinaux, les évêques et le clergé, certains se sont tenus à l’écart ou ont tout de suite demandé la démission de Boffo, bien que les accusations initiales contre lui se soient vite révélées largement infondées. Boffo lui-même a donné prise aux soupçons en tardant plusieurs jours à rédiger une défense détaillée, avant de démissionner par choix très personnel, contre la volonté du président de la CEI et indépendamment de toute sollicitation du pape, qui n’a jamais existé.

D’ici la fin septembre, les dirigeants de la CEI nommeront son successeur. Ce sera probablement Domenico Delle Foglie, un véritable pro-Ruini. Un choix dû, entre autres, au fait que, paradoxalement, ni les anti-Ruini ni le cardinal Bertone n’ont un autre candidat à proposer.



Un article de www.chiesa qui donne la toile de fond et les antécédents de la démission de Dino Boffo :

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir
(31.8.2009)



La lettre par laquelle, le 3 septembre 2009, Boffo a annoncé et motivé sa démission :

> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa"



Le quotidien de la conférence des évêques d’Italie :

> Avvenire

Et celui du Saint-Siège :

> L'Osservatore Romano


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa