20.01.2010
Haïti: les religieux se mettent au travail pour aider les rescapés
Tous les évêques sont à pied d'œuvre dans leurs diocèses respectifs par le biais des organes de la pastorale sociale pour accompagner ceux qui en ont besoin, écrit à la MISNA Mgr Guire Poulard (photo), évêque de Les Cayes (à 196 kilomètres au sud-ouest de Port-au-Prince), ville un peu moins éprouvée par le séisme du 12 janvier dernier que la capitale et d'autres communes limitrophes.

La communauté religieuse n'a pas été épargnée elle non plus par le terrible tremblement de terre et les obsèques de l'une de ses victimes les plus emblématiques, Mgr Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince, seront célébrées samedi 23 janvier dans la capitale, a indiqué Mgr Poulard.
Au total, plus de 100 religieux et religieuses auraient péri ou seraient toujours portés disparus, selon l'agence Fides, citant père Gabriel Naranjo Salazar, secrétaire général de la Confédération d'Amérique Latine et des Caraïbes des religieux et religieuses (Clar).
Des sources missionnaires de la MISNA à Port-au-Prince fournissent de nouvelles informations sur les dégâts subis par les diverses congrégations et rapportent le décès de père Jean-Baptiste Henri Fils (montfortain), de plusieurs séminaristes (de huit à 12, selon les bilans transmis) et de frère Weedy Alexis (oblat). La maison provinciale et le scolasticat des pères Oblats se sont effondrés, de même que l'école gérée par les sœurs de Sainte Hyacinthe, dont la maison provinciale a par ailleurs été coupée en deux.
Le Conseil épiscopal latino-américain (Celam) a appelé toutes les Conférences épiscopales d'Amérique Latine à promouvoir la solidarité en collaboration avec les organisations sociales et caritatives de l'Église et de la société civile de Haïti et de la République Dominicaine. L'organisation Caritas a déjà fait parvenir des aides dans le pays, notamment des couvertures, des tentes, de l'eau, des vivres et des kits pour l'hygiène ; de plus, des services médicaux ont déjà été mis en place et l'organisation prévoit d'installer six hôpitaux de campagne.
"Maintenant, nous devons construire à nouveau pour pouvoir vivre ensemble. Nous devons le faire d’une manière qui élimine les préjugés et la discrimination et qui engendre la confiance. Nous devons le faire de manière à susciter la solidarité et l’ouverture d’esprit", écrit dans un communiqué Mgr Pierre Dumas, président de Caritas Haïti et évêque d'Anse-à-veaux-Miragoâne.
En attendant, les habitants des petites communes elles aussi affectées par le séisme - comme Gressier, Léogâne (détruite à hauteur de 90%), Petit Goâve et Grand Goâve - craignent d'être oubliés par le réseau des premières aides activé à Port-au-Prince. À Jacmel, à 90 kilomètres au sud de la capitale, père Filippo écrit :
"Au centre de pastorale, nous accueillons depuis les événements plus d'une vingtaine de familles dont les maisons sont détruites ou endommagées. Le soir, ils sont nombreux ceux qui viennent seulement coucher chez nous car ils sont encore choqués et ont peur. Nous avons besoin d'aide".
(CC/CN)
MISNA
06:45 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : haiti, seisme, tremblement de terre, missionnaires, dmetrio de la crue jimenez, capucins, ceh, conference episcopale de haiti, religieux, clar |
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15.01.2010
Haïti: 'On aurait dit la fin du monde' - Le séïsme vécu par un missionnaire
Frère Demetrio De la Cruz Jiménez, vice-provincial des missionnaires capucins de Haïti et Santo-Domingo, a assisté au séisme qui a affecté mardi 12 janvier Port-au-Prince, alors qu'il se trouvait au siège de la Conférence épiscopale de Haïti (Ceh), situé au centre de la capitale haïtienne.
"La secousse a été extrêmement forte et longue, au moins 30 ou 40 secondes. Nous nous sommes tous jetés par terre. Quand la secousse a cessé, il y a eu quelques secondes de silence absolu. Ensuite, on a entendu de dehors les cris des gens qui venaient de toutes les directions. On aurait dit que la fin du monde était arrivée",
dit-il à la MISNA.
"Nous étions une centaine de religieux haïtiens et d'autres pays des Caraïbes rassemblés à une réunion de la section Caraïbes de la Clar (Conférence des religieux d'Amérique Latine, Ndlr)",
raconte le missionnaire contacté à Santo-Domingo, où il est revenu mercredi après avoir passé les premières 24 heures du post-séisme à Port-au-Prince.
À la fin de la secousse, tous les religieux et le personnel de la structure ont quitté le bâtiment qui comportaient de grosses fissures bien qu'il ne se soit pas immédiatement effondré, indique encore frère De la Cruz.
"Nous avons vu affluer des dizaines de blessés : ils venaient du siège de la Ceh, où les religieuses gèrent un foyer médical dans une des ailes de l'édifice. Nous les avons installés le mieux possible dans le jardin de l'édifice et nous avons commencé à les soigner, pendant que les religieux haïtiens se sont empressés de rejoindre leurs proches et leurs confrères qu'ils n'avaient pas réussi à joindre par téléphone",
dit encore frère De la Cruz.
Le missionnaire raconte que les religieuses sont parvenues à contacter un médecin chilien et deux doctoresses volontaires, dont une était arrivée dimanche de Suisse, qui se sont mis à soigner les blessés.
"La plupart avaient des blessures à la tête, au visage, aux bras et aux jambes - continue le missionnaire - et les plus graves ont été emmenés à l'hôpital avec les véhicules des religieux. Il était six ou sept heures du soir. Ils sont tous revenus au bout d'une demi-heure seulement parce qu'il n'y avait plus de place à l'hôpital. Alors nous leur avons porté assistance pendant toute la nuit avec le peu de moyens dont nous disposions".
Le missionnaire capucin précise qu'une soixantaine de blessés minimum étaient regroupés dans le jardin.
"La ville n'est plus qu'une étendue de gravats. Pas un quartier de ceux que j'ai traversés n'a été épargné",
raconte le missionnaire à la MISNA, évoquant le trajet de retour vers Santo-Domingo qu'il a fait en voiture mercredi matin par la route qui mène à Croix-des-Bouquets puis à Fond-parisien, deux communes orientales de l'agglomération de la capitale, durement frappées elles aussi.
"Les murs de la plupart des constructions se sont écroulés et ceux qui sont restés debout sont lourdement endommagés",
poursuit-il.
En dehors de la ville, frère De la Cruz et ses accompagnateurs ont trouvé un taxi qui les a emmenés à la frontière, où ils ont pu rentrer à Santo-Domingo en autobus.
(Interview de Barbara Fabiani)
MISNA
07:00 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : seisme, tremblement de terre, missionnaires, capucins, ceh, conference episcopale de haiti, religieux, haiti, dmetrio de la crue jimenez, clar |
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Haïti: le séisme et le monde missionnaire
"Peut-être que cette fois, pour une fois, ce sont les plus pauvres, les habitants des bidonvilles, où rares sont les bâtiments à plusieurs étages, qui auront la vie sauve. Mais en réalité, nous ignorons totalement quelle est la situation à Cité Soleil ou Bel Air, quartiers densément peuplés de Port-au-Prince", dit à la MISNA père Michel Ménard, supérieur général de la Société des pères de Saint Jacques - congrégation missionnaire française fondée vers 1860 à Haïti -, contacté par téléphone en France.

Les habitants de Port-au-Prince ont presque tous abandonné leurs maisons ou ce qui en reste pour se réfugier dans les rues et les places publiques.
"Depuis hier - continue-t-il - nous sommes assaillis par les coups de fil et les messages e-mail de personnes désireuses de recevoir des nouvelles de leurs proches ou de leurs parents. Même si nous pensions au début que tous nos confrères étaient vivants, nous sommes nous-mêmes sans nouvelles d'un de nos missionnaires et d'un diacre à Jacmel. Il semblerait que cette ville aussi, à 90 kilomètres environ de la capitale, ait été violemment frappée".
Entièrement retourné par les événements, père Ménard parvient néanmoins à fournir à la MISNA quelques informations sur les répercussions du séisme qui s'est vérifié mardi 12 janvier à Haïti à 17 heures locales : les sources contactées à Gonaïves, à 110 kilomètres au nord de Port-au-Prince, assurent que les dégâts enregistrés sur place sont relativement superficiels.
"Par contre, aujourd'hui, nous n'avons aucune nouvelle de Port-au-Prince. Nous n'avons pas encore reçu de message de nos confrères. Notre dernier contact remonte à hier soir. À cause des destructions, il est impossible de se déplacer en voiture dans le secteur de notre centre, rue Lafleur Duchêne, qui relie la zone centrale du stade Silvio Cator au quartier de Pacot, un des quartiers les plus nantis et coquets de la ville, avec ses maisons typiquement haïtiennes de style Gingerbread ('pain d'épices') aux multiples ornements en bois. "
"Là-bas aussi - poursuit père Ménard - nous avons trois confrères, qui portent assistance aux personnes réfugiées dans notre jardin. Mais ils sont isolés et ne peuvent se déplacer qu'à pied".
Les missionnaires scalabriniens font état pour leur part de graves dommages subis par leur centre en ville :
"Nous avons pu brièvement parler hier avec notre confrère, père Durante, avant d'être coupés. Mais les quelques secondes de communication nous ont permis de savoir que tous les religieux (dont deux Italiens, Giuseppe Durante et Sergio Marotti, Ndlr) et les séminaristes vont bien, c'est-à-dire 15 personnes en tout. La structure de notre mission a subi de grands dommages tout comme le quartier autour, à Port-au-Prince",
indique père Sergio Geremia, contacté à la maison générale de la congrégation à Rome. Les frères mineurs (capucins) ont eux aussi reçu un e-mail à leur maison générale, confirmant que le tremblement de terre n'a pas touché Les Cayes, dans le Sud du pays, et que tous les missionnaires (deux Français, un Brésilien et quatre Haïtiens) vont bien ; aucun d'entre eux néanmoins n'est en mesure de fournir des renseignements sur la situation dans la capitale haïtienne depuis que les communications ont été interrompues. En revanche, les informations sont plus confuses en provenance de Villa Manrèse, construction moderne où est sise à Haïti la congrégation des Clercs de Saint Viateur et centre d'accueil pour de nombreux voyageurs, qui surplombe le Sud de la capitale.
"Nous avons entendu dire par une source qu'il n'y aurait pas de gros dégâts mais une autre nous a affirmé que le centre avait été détruit et qu'une personne peut-être y aurait trouvé la mort - disent à la MISNA les membres de la congrégation contactés à Rome - et nous aussi attendons avec impatience des nouvelles".
Aucune trace pour l'instant de deux ou trois des 38 religieux, 13 associés et quelques novices de la congrégation présents à Haïti. Les missionnaires spiritains, dont la maison générale a été contactée par téléphone à Rome, sont à la recherche de nouvelles.
"Je suis attristé par l'ampleur de la dévastation, des souffrances, de la mort et du désespoir qu'a laissée derrière lui le séisme",
écrit père Pascual Chávez, recteur majeur des salésiens, dans un message adressé à père Ducange Sylvain, nouveau supérieur de la Quasi-Province “Bienheureux Filippo Rinaldi” de Haïti. La congrégation s'est déjà activée pour organiser un réseau mondial de collecte de fonds et d'aides en collaboration avec Catholic Charities, Catholic Relief Services et Feed the Children. Des informations viennent de parvenir des salésiens de la Quasi-Province “Bienheureux Filippo Rinaldi” de Haïti : père Attilio Stra, directeur de l'œuvre de Port-au-Prince-Enam, aurait été blessé, tandis que père Simon Gatine Joseph Maceus, fondateur du projet “Timkatec” en faveur des enfants des rues de Pétionville, a été emmené à Miami (États-Unis) pour y recevoir des soins bien que les médecins aient assuré qu'il était hors de danger. En revanche, personne ne connaît encore le sort des plus de 200 élèves de l'école de Port-au-Prince-Enam. (CC/CN)
MISNA
03:10 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : catholic charities, catholic relief services, haiti, seisme, tremblement de terre, port-au-prince, misna, bidonvilles, cite soleil, bel air, michel menard, societe des peres de saint jacques, france, jacmel, gonaives, rue lafleur duchene, stade silvio cator, pacot, gingerbread, missionnaires scalabriens, giuseppe durante, sergio marotti, seminaristes, sergio geremia, rome, freres mineurs, capucins, les cayes, villa manrese, clercs de saint viateur, spiritains, missionnaires spiritains, pascual chavez, ducange sylvain, feed the children, attilio stra, simon gatine joseph maceus, timkatec, petionville, miami, etats-unis |
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08.10.2009
La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican
La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican
Dans un article-choc publié à Rome, l'évêque de Denver, Charles J. Chaput, critique le président américain et les hommes d'Eglise qui l'encensent, en particulier le cardinal de curie Cottier. Mais la secrétairerie d'état du Vatican est aussi en discussion
par Sandro Magister
ROME, le 8 octobre 2009 – "Je défendrai toujours avec force le droit des évêques de me critiquer", avait assuré Barack Obama la veille de sa rencontre du 10 juillet avec Benoît XVI.
Certes. Quelque 80 évêques catholiques des Etats-Unis sont ouvertement en désaccord avec lui sur des sujets cruciaux, au premier rang desquels la défense de la vie. Parmi eux, le cardinal Francis George, président de la conférence des évêques et archevêque de Chicago, la ville d’Obama.
Il y a aussi l’évêque de Denver, Charles J. Chaput, 65 ans, indien, franciscain de l'ordre des capucins, auteur, il y a un an, d’un livre au titre révélateur : "Render unto Caesar. Serving the Nation by Living Our Catholic Beliefs in Political Life". Il est juste de rendre à César ce qui lui revient. Mais on sert son pays en vivant sa foi catholique dans la vie politique.
Chaput est mécontent qu’à Rome, le Vatican mette une sourdine aux critiques de l’Eglise des Etats-Unis contre Obama. Il n’a pas aimé, en particulier, les louanges immodérées adressées au président américain en juillet – au moment de la rencontre d’Obama avec le pape – par un vénérable cardinal de curie, le Suisse Georges Cottier, pro-théologien de la maison pontificale, dans un article paru dans la revue "30 Jours".
"30 Jours" est une revue de géopolitique ecclésiastique très lue à la curie et dirigée par le plus "curial" des hommes politiques italiens à longue carrière, le sénateur à vie Giulio Andreotti. Rédigée en six langues, elle touche tous les diocèses du monde et reflète fidèlement les politiques réalistes de la diplomatie vaticane.
Ayant lu l'article enthousiaste du cardinal Cottier – enthousiaste surtout en ce qui concerne le discours d’Obama à l'université catholique Notre Dame – et avant cela un précédent éditorial de "L'Osservatore Romano", très élogieux aussi, sur les 100 premiers jours du président américain, y compris "en faveur de la maternité", Chaput a estimé qu’il était de son devoir d’y répondre.
Il a pris sa plume et répondu point par point. A Obama, au cardinal Cottier, à la secrétairerie d’état du Vatican. Pas dans un journal américain, mais dans un journal imprimé à Rome, pour que le Vatican voie son article.
Sa réponse est parue le 6 octobre dans "il Foglio", le quotidien d'opinion dirigée par Giuliano Ferrara, qui n’est pas catholique mais très attentif au rôle public des religions et de sympathies nettement "ratzingériennes".
L'article de l’évêque de Denver occupait toute la troisième page, sous le titre: "La hache de guerre de l’évêque indien – Charles J. Chaput contre Notre Dame et contre l'illustre cardinal séduit par le pro-avortement Obama".
Le texte est reproduit ci-dessus avec son titre original.
Ce même 6 octobre, "il Foglio" publiait, en première page, une interview du cardinal George, qui était à Rome pour présenter son nouveau livre : "The Difference God Makes - A Catholic Vision of Faith, Communion, and Culture [La différence que fait Dieu - Une vision catholique de la foi, de la communion et de la culture]".
Dans cette interview, le cardinal déclarait notamment :
"Aujourd’hui, notre problème majeur en tant qu’Eglise est de faire savoir à la société qu’il existe une hiérarchie de valeurs. Prenons la question de l'avortement et de la vie en général. La voix de l’Eglise est écoutée aux Etats-Unis mais elle y est également très combattue. Et les critiques contre l’Eglise ont un motif : notre société considère que l'individualisme et la liberté de choix sont la valeur la plus importante à protéger. Aujourd’hui le libre arbitre vaut plus que la vie."
Et aussi :
"La morale de l’Eglise sur certains sujets n’a jamais changé. L'Osservatore Romano – c’est vrai – peut avoir écrit dix lignes favorables à Obama, un cardinal peut avoir parlé avec enthousiasme de l'actuelle administration américaine, mais, au-delà des trouvailles journalistiques, un point reste clair : l’Eglise ne peut se trahir elle-même".
La politique, la morale et un président. Une vision américaine
par Charles J. Chaput
Une grande force de l’Eglise réside dans sa vision globale. A cet égard, le récent essai du cardinal Georges Cottier sur le président Barack Obama ("La politique, la morale et le péché originel", publié dans "30 Jours" n° 5, 2009) a apporté une contribution précieuse au débat catholique sur le nouveau président américain. Notre foi nous unit à travers les frontières. Ce qui se passe dans un pays peut avoir un impact dans beaucoup d’autres. L’opinion du monde sur les leaders américains n’est pas seulement appropriée, elle est bienvenue.
Mais le monde ne vit et ne vote pas aux Etats-Unis. Les Américains, si. Dans chaque pays, ce sont les évêques locaux qui connaissent le mieux les réalités pastorales, parce qu’ils dirigent les fidèles. Donc, à propos des dirigeants américains, les réflexions d’un évêque américain peuvent sûrement avoir un intérêt. Elles peuvent approfondir le jugement positif du cardinal en offrant une perspective différente.
Je précise que je ne parle ici qu’à titre personnel, pas au nom des évêques des Etats-Unis en tant que corps constitué, ni au nom de tout autre évêque. Je n’entends pas non plus me référer au discours du président Obama sur le monde musulman, que le cardinal Cottier mentionne dans son essai. Il faudrait pour cela un autre article.
Je vais me concentrer sur le discours du président à l’Université Notre Dame lors de la cérémonie de remise des diplômes et sur les remarques du cardinal Cottier à propos de la pensée du président. Cela pour deux raisons.
La première : des gens de mon diocèse font partie - en tant qu’étudiants, diplômés ou parents - de la communauté nationale de Notre Dame. Tout évêque s’intéresse à la foi des personnes confiées à ses soins et Notre Dame n’a jamais été une simple université catholique locale. C’est une icône de l’expérience catholique américaine.
La seconde : lorsque l’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame - publiquement soutenu par environ 80 autres évêques et 300 000 laïcs de tout le pays - désapprouve avec vigueur la présence d’un orateur, quel qu’il soit, les gens raisonnables doivent en conclure que cet orateur, ou au moins sa participation à l’événement litigieux, pose un vrai problème. Ces gens raisonnables peuvent aussi décider de s’en remettre au jugement des pasteurs catholiques les plus proches de l’affaire.
Malheureusement, et involontairement, le texte du cardinal Cottier sous-évalue la gravité de ce qui est arrivé à Notre Dame. Il surévalue aussi l’accord de la pensée d’Obama avec la doctrine catholique.
Il faut rappeler ici plusieurs points importants.
Premièrement, l’opposition à l’intervention du président Obama à l’Université Notre Dame n’a rien à voir avec la question de savoir s’il est bon ou mauvais. C’est évidemment un homme très doué. Il a de bons instincts moraux et politiques et son dévouement à sa famille est admirable. Ce sont des choses qui comptent. Mais hélas il en est d’autres qui comptent aussi : sa position sur des sujets de bioéthique essentiels, entre autres l’avortement, diffère nettement de la position catholique. C’est bien pour cela qu’il bénéficie depuis des années de l’appui de grandes organisations qui défendent le “droit à l’avortement”. On parle beaucoup, dans certains cercles religieux, de la sympathie du président pour la doctrine sociale catholique. Mais la défense du fœtus est une exigence de justice sociale. Il n’y a pas de “justice sociale” si les plus jeunes et les plus faibles d’entre nous peuvent être légalement tués. De bons programmes en faveur des pauvres sont sûrement essentiels, mais ils ne peuvent pas constituer une justification de cette violation fondamentale des droits de l’homme.
Deuxièmement, à un autre moment et dans d’autres circonstances, le conflit de Notre Dame aurait pu se dissiper facilement si l’université avait simplement demandé au président de faire une conférence ou un discours. Mais, alors que les évêques américains avaient déjà exprimé leur vive préoccupation face aux politiques pro-avortement de la nouvelle administration, l’Université Notre Dame a fait de la présence du président le clou de la cérémonie de remise des diplômes et lui a en outre remis un diplôme de docteur honoris causa en droit – malgré ses positions très inquiétantes à propos de la loi sur l’avortement et d’autres questions sociales liées à celle-là.
La vraie raison de la préoccupation des catholiques quant à l’intervention d’Obama à Notre Dame se trouve dans ses votes et discours ouvertement négatifs sur l’avortement et autres questions controversées. Par ses initiatives, l’Université Notre Dame a négligé et violé les directives formulées par les évêques américains dans “Catholics in Political Life”. Dans ce texte de 2004, les évêques invitaient les organismes catholiques à ne pas attribuer d’honneurs à des fonctionnaires gouvernementaux en désaccord ouvert avec la doctrine de l’Eglise sur des sujets graves.
Le vif débat qui, au printemps dernier, a divisé les milieux catholiques américains à propos de la distinction attribuée à Barack Obama par l’Université Notre Dame ne portait donc pas sur la politique partisane, mais sur des questions graves de foi catholique, d’identité et de témoignage religieux, ce que le cardinal Cottier, écrivant hors du contexte américain, peut avoir mal perçu.
Troisièmement, le cardinal note à juste titre des points de contact entre la recherche d’un “terrain politique commun” souvent affirmée par Obama et l’aspiration catholique au “bien commun”. Ces deux objectifs (la recherche d’un terrain politique commun et celle du bien commun) peuvent souvent coïncider. Mais ils ne sont pas identiques et peuvent diverger fortement dans la pratique. Ce que l’on appelle les politiques de “terrain commun” en matière d’avortement peut en réalité attaquer le bien commun parce qu’elles impliquent une fausse unité : elles établissent une plate-forme d’accord public trop étroite et trop faible pour supporter le poids d’un véritable consensus moral. Le bien commun ne peut jamais être favorisé par l’acceptation du meurtre des faibles, à commencer par les enfants encore à naître.
Quatrièmement, le cardinal Cottier rappelle avec raison à ses lecteurs le respect mutuel et l’esprit de coopération qu’exige la citoyenneté dans une démocratie pluraliste. Mais le pluralisme n’est jamais une fin en soi ni une excuse de l’inaction. Comme Obama lui-même l’a dit dans son discours à l’Université Notre Dame, la santé de la démocratie dépend de gens de convictions qui se battent fermement sur le terrain public pour ce en quoi ils croient : de façon pacifique et légale, mais avec vigueur et sans s’excuser.
Malheureusement, le président a ajouté une remarque curieuse : “La grande ironie de la foi est qu’elle admet nécessairement le doute… Ce doute ne doit pas nous éloigner de notre foi, mais il doit nous rendre humbles”. Bien sûr, c’est très vrai en un certain sens : de ce côté de l’éternité, le doute fait partie de la condition humaine. Mais le doute est absence de quelque chose ; ce n’est pas une valeur positive. S’il empêche les croyants d’agir sur la base des exigences de leur foi, il devient une faiblesse fatale.
L’habitude du doute s’adapte trop commodément à une sorte de “scepticisme baptisé” : un christianisme qui n’est guère plus qu’une vague loyauté tribale et un vocabulaire spirituel commode. Trop souvent, dans l’histoire américaine récente, le pluralisme et le doute sont devenus un alibi pour la léthargie politique et morale des catholiques. Peut-être l’Europe est-elle différente. Mais il me semble que l’actuel moment de l’Histoire (il réunit les catholiques américains et européens) ne ressemble pas du tout aux circonstances sociales que durent affronter les anciens législateurs chrétiens cités par le cardinal. Ces hommes avaient la foi, mais aussi le zèle nécessaire (tempéré par la patience et l’intelligence) pour incarner dans la culture le contenu moral de leur foi. Autrement dit, ils ont construit une civilisation modelée par la foi chrétienne. Ce qui arrive aujourd’hui est tout à fait différent.
Le texte du cardinal Cottier témoigne de la générosité de son esprit. J’ai notamment été frappé par le bien qu’il pense de l’“humble réalisme” du président Obama. J’espère qu’il a raison. Les catholiques américains veulent qu’il ait raison. L’humilité et le réalisme sont le terrain où une politique de bon sens, modeste, à l’échelle humaine, et morale peut se développer. Reste à savoir si le président Obama sera capable de diriger le pays de cette façon. Nous avons le devoir de prier pour lui, afin qu’il puisse le faire et qu’il le fasse.
Le quotidien romain qui a publié l'article de l’évêque Charles J. Chaput :
> Il Foglio
Et le reportage de www.chiesa avec l'article pro-Obama du cardinal Georges Cottier, publié par la revue internationale "30 Jours", auquel Chaput a répondu :
> Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête (5.7.2009)
A propos du dernier livre de l’évêque Chaput, "Render unto Caesar" :
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)
D’autres reportages de www.chiesa à propos des hauts et des bas dans les relations entre Obama et l’Eglise catholique :
> Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen (26.5.2009)
> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)
A propos des frictions entre la secrétairerie d’état du Vatican et les conférences des évêques des Etats-Unis, d'Italie et d’autres pays :
> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)
Autre texte relatif aux divergences entre la secrétairerie d’état du Vatican et les épiscopats nationaux, une analyse de Sandro Magister dans le quotidien "il Foglio" du 29 septembre 2009 :
> Il j'accuse di Magister. Perché la Realpolitik di Bertone non è in sintonia col papa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
17:25 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : etats-unis, charles j chaput, capucins, renderunto cesar serving the nation by living our catholic beli, politique, foi catholique, rome, the difference god makes - a catholic vision of faith, droits de l homme, cardinaux, 30 jours, giulio andreotti, notre dame, osservatore romano, secretairerie d etat, il foglio, giuliano ferrara, avortement, individualisme, liberte de choix, libre arbitre, morale, president, musulmans, peche originel, catholics in political life, barack obama, benoit xvi, francis george, defense de la vie, chicago, denver, vatican georges cottier, doctrine sociale, justice sociale, pauvres, pluralisme, democratie |
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