18/01/2010

A la synagogue de Rome le pape relit les "Dix Commandements"

A la synagogue de Rome le pape relit les "Dix Commandements"

Il a proposé le décalogue de Moïse comme "étoile polaire" pour Israël, les chrétiens et l'humanité tout entière. Mais les propos tenus par Benoît XVI aux juifs tombent sur un terrain très accidenté. Anna Foa et Mordechay Lewy: le judaïsme aussi doit faire son autocritique

par Sandro Magister



ROME, le 18 janvier 2010 – Les propos de Benoît XVI, hier, à la synagogue de Rome – voir ci-dessous le texte intégral – sont d’autant plus significatifs qu’ils ont été tenus dans un contexte pas tout à fait amical, comme c’est inévitable entre deux croyances aussi unies par leur origine et en même temps aussi radicalement divisées par ce Jésus de Nazareth qui, pour les chrétiens, est le Fils de Dieu.


Le pape Joseph Ratzinger a été accueilli à la synagogue par le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, et par presque toute la communauté juive de Rome, la plus nombreuse d'Italie, héritière de celle qui vivait dans la ville "caput mundi" avant même qu’y viennent les apôtres Pierre et Paul, Juifs convertis à Jésus.

Mais l'autre rabbin italien très connu, Giuseppe Laras, de la communauté juive de Milan, n’était pas là. Il n’a pas cru à cette rencontre et il l'a dit : "Il n’y a que l’Église qui va en tirer profit". A son avis, avec Benoît XVI, les relations fraternelles entre juifs et catholiques ne se sont pas renforcées mais "elles se sont sans cesse affaiblies".

Le rabbin Di Segni lui a répondu : "C’est le temps qui dira laquelle de [nos] deux visions opposées aura été la bonne".

En effet, il y a encore beaucoup de questions "indécises", entre les juifs et l’Église de Rome.


LE JOUR DU "MOED DE PLOMB"


Déjà, la date choisie pour la visite était à double tranchant. Pour les juifs de Rome, le 17 janvier est le jour du "Moed de plomb", souvenir de l'incendie allumé en 1793 par haine contre leur ghetto et heureusement éteint par une violente averse tombée d’un ciel couleur "de plomb".

Pendant des siècles, la présence des juifs dans la Rome pontificale a pris la forme du ghetto clos de murs. Au terme de sa visite à la synagogue, Benoît XVI a inauguré au Musée Juif une exposition montrant qu’au XVIIIe siècle, les juifs romains étaient forcés à participer à la cérémonie d’intronisation de chaque nouveau pape, en décorant de fleurs, de tentures et de bannières la zone allant du Colisée à l'Arc de Titus qui célèbre la destruction définitive du temple de Jérusalem par l’empire romain.


LE REFUS DU RABBIN LARAS


Mais, en Italie, le 17 janvier c’est aussi la "Journée pour l'approfondissement et le développement du dialogue entre catholiques et juifs". Depuis 2001, la communauté juive et les évêques italiens l’organisent ensemble. Depuis 2005, après le discours prononcé cette année-là par Benoît XVI à la synagogue de Cologne, les deux parties sont convenues de la consacrer chaque année à l’un des dix commandements.

Cependant, l’an dernier, les juifs sont revenus sur leur adhésion à la Journée, principalement à l’instigation du rabbin Laras. Ils ont dit que la faute en incombait à Benoît XVI lui-même et notamment à sa décision d’introduire dans l’ancien rite romain du Vendredi Saint la prière pour que Dieu "éclaire" le cœur des juifs, "afin qu’ils reconnaissent Jésus-Christ sauveur de tous les hommes". Prière jugée inacceptable par Laras dans la mesure où elle a pour but la conversion des juifs à la foi chrétienne.

Les juifs italiens n’ont pas tous approuvé ce geste de rupture. Mais la polémique contre Benoît XVI s’est durcie et elle s’est étendue au monde entier quand il a levé l’excommunication de quatre évêques lefebvristes à orientation antisémite, dont l’un, l'anglais Richard Williamson, a nié impudemment la Shoah.

Le pape a expliqué les raisons de son geste dans une lettre aux évêques catholiques, le 10 mars 2009. Dans un passage de cette lettre il a remercié "les amis juifs" qui – plus que bien des hommes d’Église – l'avaient "aidé à mettre fin au malentendu et à rétablir l’amitié et la confiance".

La tempête s’est un peu calmée. Et, en ce 17 janvier 2010, les juifs italiens organisent de nouveau avec les évêques la Journée du dialogue, en la mettant sous le signe du commandement : "Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier", le quatrième dans le classement juif.

Le voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, au mois de mai dernier, a contribué à améliorer le climat.

Mais même après ce voyage les questions prêtant à controverse sont restées ouvertes. Deux en particulier, qui sont liées entre elles : Pie XII et la Shoah.


LES SILENCES DE PIE XII ET DES JUIFS



L'accusation principale portée contre Pie XII par une grande partie du judaïsme mondial – mais aussi par une fraction du catholicisme – est qu’il s’est tu face à l’extermination nazie.

Hier, avant d’entrer dans la synagogue, Benoît XVI s’est arrêté devant la plaque qui commémore la déportation à Auschwitz d’un millier de juifs de Rome, le 16 octobre 1943. Pie XII est accusé de s’être tu même à cette occasion, comme l’a redit le président de la communauté juive de Rome, Riccardo Pacifici, dans le discours par lequel il a accueilli le pape à la synagogue.


"Le silence de Pie XII face à la Shoah fait encore mal comme un acte manqué. Peut-être n’aurait-il pas arrêté les trains de la mort, mais il aurait émis un signal, un mot de très grand réconfort, de solidarité humaine, pour ceux de nos frères qui ont été transportés vers les cheminées d’Auschwitz".


Pour défendre Pie XII, on affirme qu’il s’est tu pour ne pas augmenter le nombre des victimes en protestant publiquement. Et qu’au contraire, il a beaucoup fait pour sauver la vie de nombreux juifs, qui ont en effet trouvé refuge dans des églises, des couvents, des instituts catholiques. Une protection admise avec des mots émus par Pacifici lui-même, dont le père trouva refuge dans un couvent de religieuses à Florence.

Quelques jours avant la visite de Benoît XVI à la synagogue, justement, d’autres cas de juifs sauvés ont été découverts. Pendant la guerre, certains d’entre eux avaient trouvé refuge à l'abbaye romaine de Tre Fontane, construite sur le lieu du martyre de saint Paul. Les Allemands s’y étaient installés mais ils ne s’aperçurent pas que parmi les moines, il y avait des juifs qui, cachés par la bure, furent sauvés en fin de compte.

Sur le plan historiographique, présenter Pie XII comme "le pape de Hitler" paraît de plus en plus infondé. Mais les critiques sur ses silences publics à propos de la Shoah restent fortes et répandues. Cela explique les réactions négatives de nombreux juifs à la poursuite du procès de béatification de Pie XII, dont une étape importante a été la proclamation de ses "vertus héroïques", le 19 décembre dernier.

Selon le rabbin Laras, cette décision de Benoît XVI aurait été un motif suffisant pour que les juifs de Rome annulent sa visite à la synagogue.

Mais la question du silence à propos de la Shoah est plus complexe qu’il n’y paraît. A côté des silences de Pie XII, il y a aussi eu ceux d’autres gens, qui ont duré longtemps après la seconde guerre mondiale. Les accusations contre Pie XII ne sont devenues bruyantes et persistantes qu’à partir des années 60, après sa mort. Avant, le monde juif se taisait aussi, non seulement à propos de ce pape, mais de la Shoah elle-même :


"Les quinze ans qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont été en Europe le temps du silence et de la grande évacuation de la Shoah. Ce fut aussi pour Israël une période de silence".


C’est ce qu’Anna Foa, juive, professeur d’histoire à l'Université "La Sapienza" de Rome, a écrit dans un article publié dans "L'Osservatore Romano" le 15 janvier 2010, avant-veille de la visite de Benoît XVI à la synagogue.

Un article important en raison du support et de la date de publication.


ANNA FOA ET LE "PÉCHÉ ORIGINEL" D’ISRAËL



Dans son article, Anna Foa fait siennes les thèses de l’un des grands spécialistes du sionisme, Georges Bensoussan. Ils pensent tous deux que l’état d'Israël n’est pas né en tant que "rédemption" de l’extermination des juifs par Hitler. Le vrai créateur de cet état a été le sionisme, dès l’époque du mandat britannique, quand des juifs qui voulaient construire un homme nouveau se sont installés sur cette terre. L’idée de la Shoah comme base de l’état d'Israël ne s’est développée que bien plus tard, après le procès d’Eichmann et surtout après la guerre du Kippour, au cours des récentes décennies. Cette idée – écrit Anna Foa – a été préparée justement par les quinze ans de silence après la guerre : un silence "habité de souvenirs refoulés, de nouvelles peurs identifiées aux vieilles peurs concrétisées dans la Shoah, de sentiments de culpabilité et de volonté de revanche".

Vue ainsi, la naissance de l’état d'Israël n’est plus ce "péché originel" que lui reprochent encore aujourd’hui tant de ses amis et de ses ennemis. Parmi ces derniers, beaucoup de catholiques, au premier rang desquels les arabes vivant dans la région. Celui d’entre eux qui fait le plus autorité, le patriarche latin de Jérusalem Fouad Twal, était lui aussi à la synagogue de Rome hier, à l'arrivée du pape.

Selon cette "vulgate", l’état d'Israël a été créé par les grandes puissances pour porter remède à l’extermination de six millions de juifs qui venait d’avoir lieu en Europe ; on a ainsi réparé une injustice en en commettant une autre au détriment des populations arabes du lieu. En 1964, quand Paul VI s’est rendu en Terre Sainte, l’Église de Rome n’avait pas encore accepté l'existence du nouvel état. Et, trente ans plus tard, en 1993, quand le Saint-Siège a enfin reconnu l’état d'Israël et établi avec lui des relations diplomatiques, les arabo-chrétiens y ont vu une trahison.

Mais pour Jean-Paul II et maintenant pour Benoît XVI, la reconnaissance d'Israël est sans aucune réserve.

En revanche, de l’autre côté, le souvenir de la Shoah sans cesse utilisé comme chef d’accusation contre l’Église de Pie XII et de ses successeurs empêche le judaïsme de sortir de son identité de victime.

C’est justement ainsi qu’Anna Foa achève son article dans "L'Osservatore Romano". En prenant la Shoah et pas le sionisme comme base de son identité politique et religieuse, Israël risque "de se replier sur la catastrophe plutôt que sur l’espérance de l’avenir" et s’enferme dans "une identité douloureuse qui oscille constamment entre Auschwitz et Jérusalem".


MORDECHAY LEWY ET L'INCAPACITÉ DE PARDONNER



Toujours dans "L'Osservatore Romano", quelques jours avant la visite de Benoît XVI à la synagogue, un autre juif qualifié a traité encore plus à fond cette même question.

C’est Mordechay Lewy, ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège. Son article a été publié par le journal du Vatican le 13 janvier, mais aussi par "Pagine ebraiche" [Pages juives], le mensuel des juifs italiens.

Lewy admet que "seuls quelques rares représentants du judaïsme sont vraiment engagés dans l'actuel dialogue avec les catholiques". Ce sont surtout des juifs réformés, les courants orthodoxes étant plus réticents.

La raison en est – écrit-il – que le dialogue entre juifs et chrétiens est asymétrique. Alors que les chrétiens ont à la fois l'Ancien et le Nouveau Testament, les juifs tendent à définir leur identité religieuse en termes d’"autosuffisance théologique". Ils se sentent les seuls à être "élus" par Dieu. Ils ont vaillamment lutté pour survivre au milieu de chrétiens qui, pendant des siècles, ont tout fait pour les convertir, "avec douceur ou, dans la majorité des cas, par la force".

Ainsi, "une blessure grave et douloureuse, infligée dans le passé, s’ouvre à chaque fois que la victime est confrontée aux symboles du bourreau".

Aujourd’hui encore, écrit Lewy, voici ce qui arrive à beaucoup de juifs :


"Ils désirent éviter toute situation où il faut pardonner à quelqu’un, surtout si celui-ci est identifié, à tort ou à raison, comme représentant du bourreau. La victime juive semble incapable de donner l'absolution pour des méfaits anciens ou récents commis contre ses frères et ses sœurs".


Une autocritique qui va loin. Mais justement dans le discours qu’il a adressé à Benoît XVI en l’accueillant à la synagogue, le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, a tenu des propos qui suscitent l’espoir, à propos de la "fraternité" entre juifs et chrétiens :


"Le récit du Sefer Bereshit, la Genèse, donne de précieuses indications à ce sujet. Comme l’explique rav Sachs, il y a dans le livre, du début à la fin, un fil conducteur qui relie des histoires différentes. Les relations fraternelles commencent très mal, Caïn tue Abel. Deux autres frères, Isaac et Ismaël, vivent séparés, victimes de rivalités héritées, mais se réunissent pour un geste de piété devant la sépulture de leur père commun Abraham. Une troisième paire de frères, Esaü et Jacob, également conflictuelle, se retrouve pour une brève réconciliation et un baiser, mais les chemins des deux hommes se séparent. Enfin l’histoire de Joseph et de ses frères, qui commence dramatiquement par une tentative de meurtre et une vente comme esclave, s’achève par une réconciliation finale quand les frères de Joseph reconnaissent leur erreur et prouvent qu’ils veulent se sacrifier pour l'autre. Si nos relations sont des relations entre frères, il faut se demander avec sincérité à quel point nous sommes de ce parcours et ce qui nous empêche encore de retrouver de véritables relations de fraternité et de compréhension ; et ce que nous devons faire pour y parvenir".


***


Dans ce contexte, voici ce que le pape Joseph Ratzinger a dit à la synagogue de Rome, le 17 janvier 2010.



LES "DIX COMMANDEMENTS" QUI ÉCLAIRENT LE MONDE


par Benoît XVI



“Merveilles que fit pour eux le Seigneur.
Merveilles que fit pour nous le Seigneur :
nous étions dans la joie” (Psaume 126).

“Voyez, qu’il est bon, qu’il est doux
d’habiter en frères tous ensemble!” (Psaume 133).

1. Au début de cette rencontre au grand temple des juifs de Rome, les psaumes que nous avons écoutés nous suggèrent l’attitude spirituelle la plus authentique pour vivre ce moment de grâce particulier et joyeux : la louange du Seigneur, qui a fait des merveilles pour nous, qui nous a réunis ici par son Hèsed, son amour miséricordieux, et l’action de grâces parce qu’il nous a donné de nous retrouver pour renforcer les liens qui nous unissent et continuer à parcourir le chemin de la réconciliation et de la fraternité. […]

En venant parmi vous pour la première fois comme chrétien et comme pape, il y a presque 24 ans, mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II avait voulu apporter une vraie contribution à la consolidation des bonnes relations entre nos communautés, pour dépasser toute incompréhension et tout préjugé. Ma visite d’aujourd’hui se place sur le chemin ainsi tracé, pour le confirmer et le renforcer. C’est avec des sentiments très cordiaux que je me trouve parmi vous pour vous manifester l’estime et l’affection que l’évêque et l’Église de Rome, ainsi que l’Eglise catholique toute entière, ont pour votre communauté et pour les Communautés juives répandues dans le monde.

2. La doctrine du Concile Vatican II a représenté pour les catholiques un point fixe auquel se référer constamment quant à leur attitude et leurs relations avec le peuple juif, marquant une nouvelle et significative étape. L’événement conciliaire a donné une impulsion décisive à l’engagement de parcourir un chemin irrévocable de dialogue, de fraternité et d’amitié, chemin qui s’est approfondi et développé pendant ces quarante ans avec des pas et des gestes importants et significatifs. Parmi ceux-ci, je veux citer à nouveau la visite historique de mon vénérable prédécesseur en ce lieu, le 13 avril 1986, ses nombreuses rencontres avec des dirigeants juifs, y compris lors de ses voyages apostoliques internationaux, le pèlerinage jubilaire en Terre Sainte de l’an 2000, les documents du Saint-Siège qui, après la déclaration Nostra Aetate, ont donné de précieuses orientations pour un développement positif des relations entre catholiques et juifs. Moi aussi, au cours de ces années de pontificat, j’ai voulu montrer ma proximité et mon affection envers le peuple de l’Alliance. Je garde bien vivants dans mon cœur tous les moments du pèlerinage que j’ai eu la joie de faire en Terre Sainte, en mai de l’an dernier, ainsi que mes nombreuses rencontres avec des communautés et organisations juives, en particulier celles qui ont eu lieu dans les synagogues de Cologne et de New-York.

De plus, l’Eglise n’a pas manqué de déplorer les fautes de ses fils et filles, en demandant pardon pour tout ce qui a pu favoriser en quelque façon les plaies de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme (cf. Commission pour les Rapports Religieux avec le judaïsme, "Nous rappelons : une réflexion sur la Shoah", 16 mars 1998). Puissent ces plaies être guéries pour toujours ! Je repense à la prière pleine de tristesse du pape Jean-Paul II au Mur du Temple à Jérusalem, le 26 mars 2000, si vraie et sincère au fond de notre cœur : "Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton nom soit porté aux peuples : nous regrettons profondément le comportement de ceux qui, au cours de l’histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et t’en demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une authentique fraternité avec le peuple de l’Alliance".


[La version française intégrale sera mise en ligne au plus tôt]



3. Il passare del tempo ci permette di riconoscere nel ventesimo secolo un’epoca davvero tragica per l’umanità: guerre sanguinose che hanno seminato distruzione, morte e dolore come mai era avvenuto prima; ideologie terribili che hanno avuto alla loro radice l’idolatria dell’uomo, della razza, dello stato e che hanno portato ancora una volta il fratello ad uccidere il fratello. Il dramma singolare e sconvolgente della Shoah rappresenta, in qualche modo, il vertice di un cammino di odio che nasce quando l’uomo dimentica il suo Creatore e mette se stesso al centro dell’universo. Come dissi nella visita del 28 maggio 2006 al campo di concentramento di Auschwitz, ancora profondamente impressa nella mia memoria, “i potentati del Terzo Reich volevano schiacciare il popolo ebraico nella sua totalità” e, in fondo, “con l’annientamento di questo popolo, intendevano uccidere quel Dio che chiamò Abramo, che parlando sul Sinai stabilì i criteri orientativi dell’umanità che restano validi in eterno”.

In questo luogo, come non ricordare gli Ebrei romani che vennero strappati da queste case, davanti a questi muri, e con orrendo strazio vennero uccisi ad Auschwitz? Come è possibile dimenticare i loro volti, i loro nomi, le lacrime, la disperazione di uomini, donne e bambini? Lo sterminio del popolo dell’Alleanza di Mosè, prima annunciato, poi sistematicamente programmato e realizzato nell’Europa sotto il dominio nazista, raggiunse in quel giorno tragicamente anche Roma. Purtroppo, molti rimasero indifferenti, ma molti, anche fra i cattolici italiani, sostenuti dalla fede e dall’insegnamento cristiano, reagirono con coraggio, aprendo le braccia per soccorrere gli ebrei braccati e fuggiaschi, a rischio spesso della propria vita, e meritando una gratitudine perenne. Anche la Sede Apostolica svolse un’azione di soccorso, spesso nascosta e discreta.

La memoria di questi avvenimenti deve spingerci a rafforzare i legami che ci uniscono perché crescano sempre di più la comprensione, il rispetto e l’accoglienza.

4. La nostra vicinanza e fraternità spirituali trovano nella Sacra Bibbia – in ebraico "Sifre Qodesh" o “Libri di Santità” – il fondamento più solido e perenne, in base al quale veniamo costantemente posti davanti alle nostre radici comuni, alla storia e al ricco patrimonio spirituale che condividiamo. È scrutando il suo stesso mistero che la Chiesa, popolo di Dio della Nuova Alleanza, scopre il proprio profondo legame con gli ebrei, scelti dal Signore primi fra tutti ad accogliere la sua parola. “A differenza delle altre religioni non cristiane, la fede ebraica è già risposta alla rivelazione di Dio nella Antica Alleanza. È al popolo ebraico che appartengono ‘l’adozione a figli, la gloria, le alleanze, la legislazione, il culto, le promesse, i patriarchi; da essi proviene Cristo secondo la carne’ (Romani 9, 4-5) perché ‘i doni e la chiamata di Dio sono irrevocabili!’ (Romani 11, 29)” (Catechismo della Chiesa Cattolica, 839).

5. Numerose possono essere le implicazioni che derivano dalla comune eredità tratta dalla Legge e dai Profeti. Vorrei ricordarne alcune: innanzitutto, la solidarietà che lega la Chiesa e il popolo ebraico “a livello della loro stessa identità” spirituale e che offre ai cristiani l’opportunità di promuovere “un rinnovato rispetto per l’interpretazione ebraica dell’Antico Testamento” (cfr. Pontificia Commissione Biblica, "Il popolo ebraico e le sue Sacre Scritture nella Bibbia cristiana", 2001, pp. 12 e 55); la centralità del Decalogo come comune messaggio etico di valore perenne per Israele, la Chiesa, i non credenti e l’intera umanità; l’impegno per preparare o realizzare il Regno dell’Altissimo nella “cura del creato” affidato da Dio all’uomo perché lo coltivi e lo custodisca responsabilmente (cfr. Genesi 2, 15).

6. In particolare il Decalogo – le “Dieci Parole” o dieci comandamenti (cfr. Esodo 20, 1-17; Deuteronomio 5, 1- 21) – che proviene dalla Torah di Mosè, costituisce la fiaccola dell’etica, della speranza e del dialogo, stella polare della fede e della morale del popolo di Dio, e illumina e guida anche il cammino dei cristiani. Esso costituisce un faro e una norma di vita nella giustizia e nell’amore, un “grande codice” etico per tutta l’umanità. Le “Dieci Parole” gettano luce sul bene e il male, sul vero e il falso, sul giusto e l’ingiusto, anche secondo i criteri della coscienza retta di ogni persona umana. Gesù stesso lo ha ripetuto più volte, sottolineando che è necessario un impegno operoso sulla via dei comandamenti: “Se vuoi entrare nella vita, osserva i comandamenti” (Matteo 19, 17). In questa prospettiva, sono vari i campi di collaborazione e di testimonianza. Vorrei ricordarne tre particolarmente importanti per il nostro tempo.

Le “Dieci Parole” chiedono di riconoscere l’unico Signore, contro la tentazione di costruirsi altri idoli, di farsi vitelli d’oro. Nel nostro mondo molti non conoscono Dio o lo ritengono superfluo, senza rilevanza per la vita; sono stati fabbricati così altri e nuovi dei a cui l’uomo si inchina. Risvegliare nella nostra società l’apertura alla dimensione trascendente, testimoniare l’unico Dio è un servizio prezioso che ebrei e cristiani possono offrire assieme.

Le “Dieci Parole” chiedono il rispetto, la protezione della vita, contro ogni ingiustizia e sopruso, riconoscendo il valore di ogni persona umana, creata a immagine e somiglianza di Dio. Quante volte, in ogni parte della terra, vicina e lontana, vengono ancora calpestati la dignità, la libertà, i diritti dell’essere umano! Testimoniare insieme il valore supremo della vita contro ogni egoismo, è offrire un importante apporto per un mondo in cui regni la giustizia e la pace, lo “shalom” auspicato dai legislatori, dai profeti e dai sapienti di Israele.

Le “Dieci Parole” chiedono di conservare e promuovere la santità della famiglia, in cui il “sì” personale e reciproco, fedele e definitivo dell’uomo e della donna, dischiude lo spazio per il futuro, per l’autentica umanità di ciascuno, e si apre, al tempo stesso, al dono di una nuova vita. Testimoniare che la famiglia continua ad essere la cellula essenziale della società e il contesto di base in cui si imparano e si esercitano le virtù umane è un prezioso servizio da offrire per la costruzione di un mondo dal volto più umano.

7. Come insegna Mosè nello "Shemà" (cfr. Deuteronomio 6, 5; Levitico 19, 34) – e Gesù riafferma nel Vangelo (cfr. Marco 12, 19-31), tutti i comandamenti si riassumono nell’amore di Dio e nella misericordia verso il prossimo. Tale regola impegna ebrei e cristiani ad esercitare, nel nostro tempo, una generosità speciale verso i poveri, le donne, i bambini, gli stranieri, i malati, i deboli, i bisognosi. Nella tradizione ebraica c’è un mirabile detto dei Padri d’Israele: “Simone il Giusto era solito dire: Il mondo si fonda su tre cose: la Torah, il culto e gli atti di misericordia” (Aboth 1, 2). Con l’esercizio della giustizia e della misericordia, ebrei e cristiani sono chiamati ad annunciare e a dare testimonianza al Regno dell’Altissimo che viene, e per il quale preghiamo e operiamo ogni giorno nella speranza.

8. In questa direzione possiamo compiere passi insieme, consapevoli delle differenze che vi sono tra noi, ma anche del fatto che se riusciremo ad unire i nostri cuori e le nostre mani per rispondere alla chiamata del Signore, la sua luce si farà più vicina per illuminare tutti i popoli della terra. I passi compiuti in questi quarant’anni dal comitato internazionale congiunto cattolico-ebraico e, in anni più recenti, dalla commissione mista della Santa Sede e del Gran Rabbinato d’Israele, sono un segno della comune volontà di continuare un dialogo aperto e sincero. Proprio domani la commissione mista terrà qui a Roma il suo IX incontro su “L’insegnamento cattolico ed ebraico sul creato e l’ambiente”; auguriamo loro un proficuo dialogo su un tema tanto importante e attuale.

9. Cristiani ed Ebrei hanno una grande parte di patrimonio spirituale in comune, pregano lo stesso Signore, hanno le stesse radici, ma rimangono spesso sconosciuti l’uno all’altro. Spetta a noi, in risposta alla chiamata di Dio, lavorare affinché rimanga sempre aperto lo spazio del dialogo, del reciproco rispetto, della crescita nell’amicizia, della comune testimonianza di fronte alle sfide del nostro tempo, che ci invitano a collaborare per il bene dell’umanità in questo mondo creato da Dio, l’Onnipotente e il Misericordioso.

10. Infine un pensiero particolare per questa nostra città di Roma, dove, da circa due millenni, convivono, come disse il papa Giovanni Paolo II, la comunità cattolica con il suo vescovo e la comunità ebraica con il suo rabbino capo. Questo vivere assieme possa essere animato da un crescente amore fraterno, che si esprima anche in una cooperazione sempre più stretta per offrire un valido contributo nella soluzione dei problemi e delle difficoltà da affrontare.

Invoco dal Signore il dono prezioso della pace in tutto il mondo, soprattutto in Terra Santa. Nel mio pellegrinaggio del maggio scorso, a Gerusalemme, presso il Muro del Tempio, ho chiesto a Colui che può tutto: “Manda la tua pace in Terra Santa, nel Medio Oriente, in tutta la famiglia umana; muovi i cuori di quanti invocano il tuo nome, perché percorrano umilmente il cammino della giustizia e della compassione”.

Nuovamente elevo a Lui il ringraziamento e la lode per questo nostro incontro, chiedendo che Egli rafforzi la nostra fraternità e renda più salda la nostra intesa.

“Genti tutte, lodate il Signore,
popoli tutti, cantate la sua lode,
perché forte è il suo amore per noi
e la fedeltà del Signore dura per sempre.
Alleluia” (Salmo 117).


Le discours adressé au pape à la synagogue le 17 janvier par le président de la communauté juive de Rome, Riccardo Pacifici:

> "Ho l'onore di porgere a lei, papa Benedetto XVI..."

Et celui du grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni:

> "Un saluto grato di benvenuto..."



L'article d’Anna Foa dans "L'Osservatore Romano" du 15 janvier 2010 :

> Tra Auschwitz e Gerusalemme. Il sionismo, la Shoah e lo Stato d'Israele

Et celui de Mordechay Lewy dans "L'Osservatore Romano" du 13 janvier 2010 :

> I rischi dell'autosufficienza. Perché per molti ebrei ortodossi il dialogo con i cattolici è ancora difficile


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La photo de cette page est de Stefano Meloni.


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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