15.12.2009
Toutes les raisons de Dieu. Une enquête
Toutes les raisons de Dieu. Une enquête
Guide de la rencontre internationale "Dieu aujourd'hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout". On a redécouvert un cardinal Ruini philosophe, avec qui ont discuté Spaemann, Scruton, Van Inwagen. Mais aussi les savants Nowak et Coyne, spécialistes du cosmos. Et des experts en musique, en art, en cinéma...
par Sandro Magister
ROME, le 13 décembre 2009 – L'objectif était de "dissiper cette pénombre qui rend précaire et angoissante pour l'homme de notre temps l'ouverture à Dieu".
C’est ce qu’a dit Benoît XVI dans son message qui a inauguré, le 10 décembre à Rome, la rencontre internationale "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout", conçue et organisée par le comité pour le projet culturel de l’Eglise d’Italie, présidé par le cardinal Camillo Ruini.
A la fin de l'événement, deux jours plus tard, Ruini était rayonnant. Le sujet était difficile, il fallait écouter en se concentrant, les orateurs étaient des philosophes et des savants au langage complexe. Mais la salle a toujours été pleine et le silence était très attentif. 2 500 personnes sont venues au grand auditorium de la via della Conciliazione, à quelques pas de la place Saint-Pierre, pour entendre parler de Dieu. Un public plutôt nouveau et jeune. Visiblement fier de la richesse et du sérieux des propos, dans un monde désorienté qui en a justement soif.
Ce public voulait qu’on lui parle de Dieu et de rien d’autre. Sûrement pas des querelles internes à l’Eglise, de part et d’autre du Tibre. Les prophètes de malheur qui avaient prédit (et secrètement espéré) l'échec de l'événement, entraînant la fin de cet "oiseau rare" qu’était selon eux le projet culturel, et la retraite définitive de son concepteur Ruini, ont été réduits au silence par les faits. Le cardinal a déjà annoncé que ce premier événement serait bientôt suivi d’un autre, toujours "sur des sujets de fond, durs, ni faciles ni à la mode".
Mais que s’est-il passé pendant les trois jours de la rencontre ? Le programme, le compte-rendu, les textes, les vidéos de tout l’événement, ainsi que le portrait des orateurs, sont à portée de clic sur la page web qui lui est consacrée :
> "Dio oggi. Con lui o senza di lui cambia tutto, Rome, 10-12 décembre 2009
On trouvera simplement, ci-dessous, mention de quelques temps forts.
LES TROIS PREUVES DU CARDINAL RUINI
Le jeudi 10 décembre, les premiers orateurs ont été le cardinal Ruini et l’allemand Robert Spaemann, qui ont tous les deux parlé en philosophes.
Ruini a indiqué trois voies d’accès à Dieu, c’est-à-dire trois preuves de son existence, non pas théologiques mais rationnelles. Elles peuvent donc être proposées à tout le monde et pas seulement aux croyants.
La première voie part du fait évident "qu’il existe quelque chose plutôt que rien". La seconde part de la constatation que l'univers peut être connu par l'homme. La troisième est fondée sur l'expérience que l'homme a en lui d’une loi morale.
Ces trois voies se réfèrent donc aux "transcendantaux" de la philosophie classique : l’être, le vrai, le bien. Ruini a voulu dépasser, dans son argumentation, les objections radicales qui leur ont été faites au cours des deux derniers siècles, à partir de Kant. Mais il a admis que, même ainsi, ces voies n’auront pas la force d’une démonstration apodictique qui ne suscite pas de nouveaux doutes. Et alors ? La proposition finale du cardinal est que l'existence de Dieu soit perçue comme "la meilleure hypothèse", selon une formule empruntée à Joseph Ratzinger.
Voici les deux derniers paragraphes du discours de Ruini :
"Les difficultés de l’approche métaphysique dans l’actuel contexte culturel, s’ajoutant à l’aporie découlant de l’existence du mal dans le monde, sont les raisons de fond de cette 'étrange pénombre qui enveloppe la question des réalités éternelles'. Même si on peut la fonder sur des arguments solides, comme nous avons cherché à le faire, l’existence du Dieu personnel n’est donc pas l’objet d’une démonstration apodictique ; mais elle reste 'la meilleure hypothèse, qui nous oblige à renoncer à une position de domination pour prendre le risque de l’écoute humble'. Accepter cela a de grandes implications : d’une part pour les relations entre croyants et non-croyants qui seraient déjà, pour cette raison de fond, marquées par un respect mutuel sincère et convaincu ; mais aussi pour l’attitude personnelle de chaque croyant et notamment pour le rôle fondamental que la prière doit jouer dans notre relation avec Dieu, afin de pouvoir lui demander le don de la foi, qui nous donne cette certitude à la fois inconditionnelle et libre à propos de Dieu qui, comme l’explique saint Thomas, ne supprime pas du tout la possibilité d’autres recherches mais soutient notre fidélité envers lui jusqu’au don de nous-mêmes.
"Je termine par une constatation qui me paraît très caractéristique de notre situation actuelle, à savoir qu’il y a un parallélisme profond entre l’approche de Dieu et l’approche de nous-mêmes, en tant que sujets intelligents et libres. Dans les deux cas, nous sommes actuellement soumis à la pression d’un scientisme épistémologique puissant et envahissant et d’un naturalisme, souvent inconsciemment métaphysique, qui voudrait affirmer que Dieu n’existe pas ou du moins qu’on ne peut pas le connaître rationnellement, et réduire l’homme à un objet naturel parmi d’autres. Aujourd’hui comme peut-être jamais auparavant, il est donc clair que l’affirmation de l’homme en tant que sujet et l’affirmation de Dieu 'simul stant et simul cadunt', existent et tombent ensemble. C’est du reste profondément logique car, d’une part, il est très difficile de fonder une vraie et irréductible émergence de l’homme par rapport au reste de la nature si la nature elle-même est toute la réalité et, d’autre part, il est également difficile de laisser ouverte rationnellement la voie au Dieu personnel, intelligent et libre – de manière véritable même si elle est ineffable pour nous – si l’on ne reconnaît pas au sujet humain cette irréductible spécificité qui est sienne. Rendre témoignage au vrai Dieu et en même temps à la vérité de l’homme est donc peut-être la tâche la plus exaltante qu’il nous soit donné d’accomplir".
SPAEMANN ET LA GRAMMAIRE DE DIEU
Robert Spaemann a consacré le début de sa réflexion à l'identité – plutôt qu’à l’opposition – entre les deux attributs de Dieu, "puissant" et "bon" :
"Qui croit en Dieu croit que la puissance absolue et le bien absolu ont la même référence : la sainteté de Dieu. Les gnostiques des premiers siècles chrétiens niaient cette identité. Ils attribuaient les deux attributs à deux divinités, une puissance mauvaise, le 'deus universi', dieu et créateur de ce monde, et un dieu qui est lumière et apparaît de loin dans l’obscurité de ce monde. [...] Il est important de souligner cela aujourd’hui, puisque les prêtres, plutôt que d’appeler sur nous la bénédiction du Dieu tout-puissant, ne parlent en fait que du 'Dieu bon'. Le discours sur la bonté de Dieu, sur Dieu qui est amour, perd son côté bouleversant s’il n’indique pas qui est celui dont on dit qu’Il est amour, c’est-à-dire s’il n’indique pas qu’Il est la puissance qui dirige notre vie et le monde. [...] Si le bien n’appartenait pas à l’être, l’être ne serait pas tout, il ne serait pas la totalité. [...] Mais le contraire est vrai aussi : si le bien était impuissance, alors il ne serait pas le bien tout court. Parce que l’impuissance du bien n’est pas le bien. La foi en la puissance du bien est ce qui nous permet de nous abandonner activement à la réalité, sans avoir à craindre que, dans un monde absurde, même les bonnes intentions soient considérées comme des absurdités".
A la fin de sa conférence, Spaemann a au contraire inversé la vision de Nietzsche, le philosophe de la "mort de Dieu", qui disait que "la vraie question est seulement de savoir avec quel mensonge on vit le mieux". Et il a proposé une démonstration de Dieu "qui est, pour ainsi dire, Nietzsche-résistante" : une démonstration de Dieu "à partir de la grammaire, ou plus exactement du 'futurum exactum', le futur antérieur". Voici comment :
"Pour nous, le 'futurum exactum' est nécessairement lié au présent. Dire d’une chose qu’elle est maintenant, revient à dire dans l’avenir que cette chose a été. En ce sens, toute vérité est éternelle. Le fait que, le 10 décembre 2009, beaucoup de gens se soient réunis à Rome pour une conférence de Robert Spaemann sur 'Rationalité et foi en Dieu' est vrai non seulement le 10 décembre, mais aussi pour toujours. Si aujourd’hui nous sommes ici, demain nous 'aurons été' ici. En tant que passé, en tant qu’'avoir été' du futur antérieur, le présent reste toujours réel. De quel type est cette réalité ? On pourrait répondre : elle est dans les traces qu’elle laisse. [...]
"Mais, tôt ou tard, le souvenir s’efface. Tôt ou tard, il n’y aura plus un seul homme sur terre. Et, à la fin, même la terre disparaîtra. Puisqu’au passé appartient toujours un présent, dont le passé est passé, nous devrions dire qu’avec le présent dont nous nous souvenons disparaît aussi le passé, et le futur antérieur perd sa signification. Mais c’est justement ce que nous ne pouvons pas penser. La proposition 'dans un avenir plus lointain, il ne sera plus vrai que nous étions réunis ici ce soir' est insensée. Elle ne se laisse pas penser. Si, un jour, nous n’aurons plus été, alors nous ne sommes même pas réels maintenant, ce que le bouddhisme affirme comme une conséquence. Si, un jour, la réalité présente n’aura plus été présente, alors elle n’est pas réelle du tout. Si on élimine le futur antérieur, on élimine le présent.
"Mais, encore une fois, de quel type est cette réalité du passé, l’éternelle vérité de toute vérité ? La seule réponse est la suivante : nous sommes forcés de penser une conscience qui conserve tout ce qui se produit, une conscience absolue. Aucun mot prononcé un jour ne sera non prononcé un jour, aucune douleur non soufferte, aucune joie non vécue. Le passé peut se dissiper, mais on ne peut pas faire en sorte qu’il n’ait pas été. Si la réalité existe, alors le futur antérieur est inévitable et avec lui le postulat du Dieu réel. 'Je crains – écrit Nietzsche – que nous ne puissions nous débarrasser de Dieu, parce que nous croyons encore à la grammaire'. Le problème est que nous ne pouvons pas nous dispenser de croire à la grammaire. Nietzsche lui-même n’a pu écrire ce qu’il a écrit que parce qu’il a confié à la grammaire ce qu’il a voulu dire".
LE "DIEU ABRÉGÉ" DU CARDINAL SCOLA
Le matin du vendredi 11 décembre, le cardinal Angelo Scola, dans un passage de sa conférence bien construite sur "l’éclipse et le retour de Dieu", a repris la critique de Spaemann contre l’opposition entre bonté et toute-puissance de Dieu.
En se demandant "si le problème de la transmission du christianisme n’est pas, surtout aujourd’hui, de prendre le langage évangélique dans son essentialité [...] et son identité les plus authentiques", Scola a critiqué ceux qui identifient cette essentialité avec la "kénosis", cette dépossession de lui-même, y compris de sa "puissance" divine, que Dieu accomplit en Jésus-Christ crucifié :
"Ici, il faut dénoncer une utilisation impropre, non théologique et non respectueuse des données scripturaires, de la 'kénosis' de Dieu à l’intérieur de ce que l’on appelle la 'pensée faible'. Elle fait perdre l’unité des mystères chrétiens et justifie, à travers la 'kénosis' séparée de la résurrection, que l’on renonce à la prise en considération de la vérité et de la transcendance de Dieu et à son être personnel".
En effet :
"C’est seulement dans le Dieu qui est Logos-Amour que le thème décisif de la 'kenosis' divine comme modalité selon laquelle Dieu-Vérité-Bien s’offre aux hommes trouve un sens. Le Dieu kénotique n’est pas un Dieu faible, mais un Dieu qui aime et qui, comme tel, s’offre à la liberté de l’homme".
Quelques instants auparavant, Scola a cité ce passage de l'homélie prononcée par Benoît XVI à Noël 2006, sur le vrai sens de la "kénosis" de Dieu, c’est-à-dire sur Dieu qui parle à l'homme "en s’abrégeant dans le Verbe incarné" :
"Dieu a rendu brève sa Parole, il l'a abrégée (Isaïe 10, 23; Romains 9, 28). Le Fils lui-même est la Parole, le Logos. La Parole éternelle s’est faite petite, elle s’est faite enfant, afin que nous puissions la saisir".
LA "VIA PULCHRITUDINIS" DE ROGER SCRUTON
Toujours le matin du vendredi 11 décembre, le philosophe anglo-américain Roger Scruton a développé le quatrième "transcendantal" de la philosophie classique - le beau - lui aussi comme voie d’accès à Dieu.
"En créant de la beauté, l'artiste rend gloire à la création de Dieu", a-t-il dit. Il en a été ainsi tout au long de l’histoire de l’homme, même quand – dans les abîmes du XXe siècle, par exemple – domine le règne de la souffrance et de la désolation.
Et pourtant "le culte de la laideur et de la désacralisation s’affirme aujourd’hui, à une époque de prospérité sans précédent. [...] La désacralisation est une sorte de défense contre le sacré, une tentative d’en détruire les prétentions. Nos vies sont jugées devant ce qui est sacré ; et pour échapper à ce jugement, nous détruisons ce qui paraît nous accuser. Et comme la beauté nous rappelle le sacré – elle nous en rappelle même une forme particulière – la beauté doit aussi être désacralisée".
La "voie positive" vers la beauté est de toute façon inscrite dans le cœur de l’homme. "Alors pourquoi tant d’artistes se refusent-ils aujourd’hui à marcher sur ce chemin ? Peut-être parce qu’ils savent qu’il conduit à Dieu".
Après l'intervention de Scruton, l'archevêque Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, et le professeur Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican, ont traité de l'apparition de Dieu dans l'art figuratif d’hier et d’aujourd’hui, avec des exemples concrets, parmi lesquels les fresques de Raphaël dans les Salles du Vatican, et en particulier cette "Ecole d’Athènes" que www.chiesa, dans sa présentation de la rencontre "Dieu aujourd’hui", avait proposée comme emblématique de cet événement.
A d’autres moments de la rencontre, la manifestation de Dieu a été présentée à travers la musique, les récits, la poésie, le cinéma, la télévision, par des exécutions, des lectures et des projections évocatrices, commentées par des artistes et des spécialistes.
LE "SUPER-DISNEY" DE PETER VAN INWAGEN
La dernière séance de la rencontre, au matin du samedi 12 décembre, a été consacrée à "Dieu et les sciences". George Coyne, astronome jésuite, directeur de l'Observatory's Research Group de l'Université de l'Arizona, et Martin Nowak, biologiste et mathématicien, professeur à Harvard, ont parlé du rapport entre Dieu créateur et l'évolution du cosmos, en deux exposés éblouissants qui ont enchaîné l’attention de l'auditoire.
Le troisième intervenant, Peter Van Inwagen, de l'Université Notre-Dame, a au contraire parlé en philosophe. Et il a présenté de manière originale et captivante cette "via cosmologica" vers Dieu proposée par Benoît XVI lui-même sous diverses formes à différentes occasions.
Van Inwagen est parti d’une analogie. Imaginons, a-t-il dit, que "Dieu est au monde physique ce que Walt Disney est au monde représenté à l’écran dans Blanche-Neige et les sept nains". Ou plutôt, imaginons que "les aventures du dessin animé soient vraiment l’histoire du monde entier" et appelons leur créateur "Super-Disney".
Du point de vue des habitants du monde, ce Super-Disney n’existe nulle part, mais en un autre sens, il est présent partout.
Il en va de même pour le Dieu de notre monde réel : "Si jamais il existe, il ne peut se trouver plus en lui que Super-Disney ne peut se trouver dans son monde ; et pourtant il n’est pas loin de ses habitants". De plus, on peut supposer que les habitants du monde arrivent à croire que celui-ci est le fruit d’une création par un être intelligent et omniprésent.
Van Inwagen a poursuivi :
"Il y a des gens – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de l'existence d’une intelligence responsable de l'existence de l'univers physique. Il y en a d’autres – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de la non-existence d’un concepteur".
Ces deux thèses "sont non scientifiques et erronées". Mais la seconde, celle qui nie un Dieu créateur sur la base de la théorie darwinienne de l'évolution, est devenue une opinion répandue.
C’est contre les partisans de cette opinion que Van Inwagen formule sa thèse de conclusion, pour défendre l'impossibilité de nier avec des arguments scientifiques l'existence d’un Dieu créateur :
"Vous croyez que le monde réel est darwinien, que c’est un monde dans lequel la théorie de Darwin est vraie. Mais la réalité implique la possibilité : tout ce qui est vrai est possible. Et Dieu, s’il existe, est par définition tout-puissant. Un être tout-puissant peut créer n’importe quel objet possible, même si cet objet est un univers entier ou un cosmos. Eh bien, notre terre darwinienne (comme vous croyez qu’elle l’est) est un objet possible, puisqu’elle existe. Donc, un être tout-puissant pourrait la créer et créer tout l’univers dont elle fait partie. Maintenant, si un être tout-puissant peut créer un monde darwinien, alors pourquoi quelqu’un qui pense que le monde réel est darwinien devrait-il penser que cette caractéristique du monde réel démontre – ou a une tendance quelconque à démontrer – que l'univers n’a pas été créé par un être tout-puissant ?".
PROCHAIN ÉPISODE : BIBLE ET LITURGIE
Concluant la rencontre, l'archevêque Rino Fisichella puis le cardinal Ruini ont fait allusion à d’autres chapitres de la réflexion sur Dieu, qui n’ont pas été traités dans ce premier événement mais ne sont pas moins importants.
Deux en particulier : d’abord une réflexion sur "ce que Dieu dit de lui-même", c’est-à-dire sur la révélation divine ; puis une réflexion sur la liturgie, c’est-à-dire sur les rites, les lieux, les temps, les langages par lesquels l’homme et le chrétien se mettent en rapport avec Dieu.
L’article de www.chiesa présentant l’événement, avec une homélie de Benoît XVI sur le "mystère révélé aux tout-petits" :
> "Dieu est là". Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël (7.12.2009)
Et un article précédent à propos de Robert Spaemann et de la "rumeur immortelle" sur Dieu :
> Un philosophe relance le pari du pape : vivre comme si Dieu existait (31.10.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
11:07 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : universites, cardinal ruini, musique, art, cinema, pape, benoit xvi, rome, italie, culture, camillo ruini, philosophie, via della conciliazione, place saint-pierre, dieu, robert spaemann, morale, transcendantaux, kant, joseph ratzinger, metaphysique, saint thomas, nietzsche, angelo scola, christianisme, kenosis, jesus-christ, noel, logos, verbe incarne, roger scruton, voies d acces a dieu, gianfranco ravasi, antonio paolucci, musees du vatican, television, peter van inwagen, sciiences, jesuites, george coyne, martin nowak, biologie, mathematiques, harvard, creation, evolution, cosmos, notre-dame, via cosmologica |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
15.09.2009
L'Eglise libre dans l'état libre. Selon le cardinal Ruini
L'Eglise libre dans l'état libre. Selon Ruini
Le cardinal relance, avec un livre puis avec un grand colloque à Rome portant sur rien de moins que Dieu, le "projet culturel" de l’Eglise d’Italie. Qui coïncide avec la "priorité" que Benoît XVI a fixée à son pontificat
par Sandro Magister

ROME, le 14 septembre 2009 – La tempête qui a frappé ces jours-ci le journal de la conférence des évêques d’Italie, "Avvenire", a relancé la discussion sur les relations entre Eglise et pouvoir politique.
Au même moment, une circulaire sur l'enseignement de la religion catholique dans les écoles, adressée aux évêques du monde entier par la congrégation vaticane pour l'éducation catholique, a soulevé à nouveau une question sur laquelle la protestation laïque est plus récurrente.
Les relations entre religion et politique sont une question classique de "frontières", comme le dit aussi le titre d’un dialogue, devenu un livre, entre le penseur laïc Ernesto Galli della Loggia et le cardinal Camillo Ruini.
La présentation de son livre au Palazzo Marino de Milan, le 9 septembre, a donné à Ruini l’occasion d’expliquer de manière synthétique comment il conçoit le rôle public de la religion dans les démocraties modernes et quels sont les points d'accord et de désaccord entre l’Eglise et la vision laïque.
Son intervention, que l’on pourra lire intégralement ci-dessous, est d’autant plus intéressante qu’elle porte sur les "fondamentaux" de la controverse sur la laïcité.
Une controverse qui implique forcément la question suprême à propos de Dieu. Parce que "avec Dieu ou sans Dieu, cela change tout", a dit le cardinal. Il a justement choisi la question de Dieu comme thème d’un grand colloque qui aura lieu à Rome du 10 au 12 décembre, à l’initiative de la conférence des évêques d’Italie et en particulier de son comité pour le "projet culturel", dont Ruini est le président.
Le colloque ne sera pas uniquement “d’Eglise”. Il s’étendra de la philosophie à la théologie, de l’art à la musique, de la littérature à la science. Les orateurs seront vraiment de niveau international dans leurs domaines respectifs : catholiques ou non, croyants ou agnostiques, de Robert Spaemann à Aharon Appelfeld, de Roger Scruton à Rémi Brague, de Martin Nowak à Peter van Inwagen.
Ce ne sera pas une succession d’opinions juxtaposées et moins encore une sorte de “chaire des non croyants” comme ce que le cardinal Carlo Maria Martini avait organisé il y a des années. Ciblé, le projet vise à mettre en œuvre cette “priorité” qui, pour Benoît XVI “est au-dessus de toutes les autres”, en un temps “où, dans de vastes régions de la terre, la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus d’aliment”.
La priorité est donc – comme l’a écrit le pape dans sa lettre du 10 mars 2009 aux évêques – “de rendre Dieu présent en ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Pas à n’importe quel dieu, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout, en Jésus-Christ crucifié et ressuscité”.
Pour la conférence des évêques d’Italie un colloque d’une telle importance est une véritable première. Le "projet culturel" dont Ruini a été le concepteur y trouve l’une de ses grandes explications. Parce que ce projet n’est rien d’autre qu’un "effort pour transformer le message de l’Eglise en culture populaire", comme l’a dit Lorenzo Ornaghi, recteur de l'Université Catholique de Milan, en commentant le livre de Ruini et Galli della Loggia. Un effort qui a eu et a toujours dans le quotidien "Avvenire" l’une de ses principales tribunes.
Mais laissons la parole au cardinal.
Une laïcité positive pour l’avenir
par Camillo Ruini
La laïcité est un vaste sujet, dont on débat depuis des années avec un intérêt qui semble inépuisable. Il est donc difficile de proposer des "idées innovantes" en ce domaine, comme cela est souhaité pour cette rencontre.
A propos de l’émergence de quelque chose de nouveau, je voudrais surtout signaler le risque contenu dans le mot italien "laicità". Non pas en lui-même mais parce que, dans le débat culturel et politique italien, il est facilement affecté par sa parenté avec le terme français "laïcité". Ce dernier est historiquement porteur d’un sens très précis et à mon avis assez étroit, par rapport aux problèmes actuels et à l’importance de l’autre courant que, pour plus de clarté, nous appellerons "nord-américain".
Pour qu’une "nouvelle" laïcité soit élaborée conceptuellement et surtout pour qu’elle puisse prendre pied dans la réalité, la matrice américaine me paraît beaucoup plus utile que la française. Mais avant tout il faut mesurer sérieusement l’importance prise par la présence des diverses religions sur la scène publique, ainsi que les questions posées par la transformation des coutumes et modes de vie ou par les développements scientifiques et technologiques, en particulier dans le domaine des biotechnologies.
Je voudrais aussi apporter un élément de réflexion dont on ne parle pas d’habitude, mais qui me paraît indispensable pour mettre en place correctement – ou, si l’on veut, avec honnêteté intellectuelle – toute la discussion sur la laïcité et sur le rôle public des religions.
Cet élément de réflexion est contenu dans le sous-titre du colloque international sur Dieu, organisé pour décembre prochain [à Rome] par le comité pour le projet culturel [de la conférence des évêques d’Italie] : "Avec Lui ou sans Lui, cela change tout ".
En 2001, Robert Spaemann a expliqué le sens de cette affirmation de façon à la fois très synthétique et magistrale, précisant que la réponse à la question "cela fait-il une différence que Dieu existe ou non ?" change profondément selon qu’il s’agit des croyants ou des non croyants, que ceux-ci soient athées ou agnostiques.
Les vrais croyants répondent que non seulement la différence existe mais qu’elle est grande et radicale – c’est même la première et la plus grande – quant à la manière de concevoir la réalité mais aussi quant à l’orientation à donner à notre vie : pour eux, en effet, Dieu est l’origine, le sens et le but de l’homme et de l’univers.
Les non croyants, quant à eux, peuvent se différencier dans leurs réponses, suivant qu’ils considèrent la foi en Dieu comme négative, positive ou indifférente pour la vie de l’homme et de la société, mais à proprement parler ils ne se réfèrent qu’à notre foi en Dieu, pas à la réalité même de Dieu, puisque, selon eux, Dieu n’existe pas ou que, en tout cas, on ne peut rien savoir de lui, pas même s’il existe.
Reconnaître cette profonde différence d’approche entre croyants et non croyants libère le terrain des équivoques des fausses uniformités, mais n’implique pas du tout une impossibilité de converger sur des objectifs concrets et importants, ou même très importants dans les circonstances historiques actuelles. Tout à l’heure, j’en citerai quelques uns.
***
Pour en revenir à la question de la laïcité, je voudrais distinguer, d’une part, les aspects sur lesquels il y a aujourd’hui un large consensus, même s’il est souvent masqué par des polémiques non dépourvues d’arrière-pensées et, d’autre part, les points sur lesquels au contraire l’opposition est profonde et tend peut-être même à s’aviver.
En nous référant, d’une part, à l’entrée "Laïcisme", rédigée par Giovanni Fornero, de la troisième édition du "Dictionnaire de philosophie" d’Abbagnano et, d’autre part, aux documents "Gaudium et spes" et "Dignitatis humanae" du concile Vatican II, nous pouvons identifier les aspects sur lesquels il y a consensus, surtout dans le principe de l’autonomie des activités humaines, c’est-à-dire dans l’exigence qu’elles soient exercées selon des règles propres et non pas imposées de l’extérieur. Derrière ce consensus, on retrouve aussi la différence entre croyants et non croyants : les premiers pensent en effet que cette autonomie trouve en Dieu créateur son origine et sa condition ultime de légitimité ("Gaudium et spes" 36).
Contrairement à beaucoup d’apparences, un second élément de consensus est l’affirmation de la liberté religieuse, comme droit inaliénable de toute personne et, au moins selon l’Eglise catholique, de toute communauté.
A ce sujet, le virage opéré par Vatican II par rapport aux positions précédentes de l’Eglise en ce domaine avec la déclaration "Dignitatis humanae" a été décisif. Une différence par rapport aux opinions répandues dans le monde laïc concerne le fondement ultime de cette liberté, que le concile comprend de manière à exclure une approche relativiste incompatible avec la revendication de vérité du christianisme. J’ajoute que "Dignitatis humanae" (n. 7) affirme nettement que la liberté de l’homme dans la société doit être reconnue de la manière la plus large possible, en la limitant seulement si et dans la mesure où c’est nécessaire.
Sur la base des deux principes partagés de l’autonomie des activités humaines et de la liberté, notamment religieuse, il y a aussi un large consensus – contrairement aux apparences, de nouveau – sur les normes ou les critères de fond qui doivent régler les rapports entre l’état et les communautés religieuses, y compris entre l’état et l’Eglise en Italie.
Concrètement, il s’agit de leur distinction et de leur autonomie réciproque, mais aussi de l’ouverture pluraliste des institutions de l’état démocratique et libéral aux positions les plus diverses – y compris celles à caractère religieux et même confessionnel –, qui ont toutes, par elles-mêmes, les mêmes droits et la même dignité face à l’état.
Mais les motivations et les dimensions de cette ouverture sont très diverses, selon les points de vue des interlocuteurs, comme nous allons le voir.
L’obstacle qui existait en Italie – et qui survit encore d’une certaine manière dans d’autres pays, y compris en Europe – c’est-à-dire la "religion d’état" ou le caractère confessionnel de l’état, a été surmonté institutionnellement grâce à l’accord de 1984 portant révision du Concordat. Dans son protocole additionnel, en relation avec l’art. 1, il stipule : "Le principe de la religion catholique comme seule religion de l’état italien, originellement rappelé dans les Accords de Latran, est considéré comme n’étant plus en vigueur".
A la base de la révision du Concordat il y a, comme chacun sait, d’une part la constitution de la République et de l’autre le concile Vatican II avec la reconnaissance de la liberté religieuse.
L’objection selon laquelle le maintien même du Concordat constitue un privilège, contraire au principe de l’ouverture pluraliste et paritaire de l’état aux diverses confessions religieuses et positions culturelles, ne paraît pas insurmontable après l’accord de révision. En effet les relations concrètes entre un état et les diverses confessions religieuses présentes dans le corps social ne peuvent pas ne pas tenir compte de la situation historique et des façons dont, dans le cadre de celle-ci, l’état peut reconnaître un caractère public, et pas seulement privé, aux diverses confessions, avec les effets concrets découlant d’une telle reconnaissance.
***
Venons-en maintenant aux aspects de la laïcité sur lesquels il y a des divergences profondes, c’est-à-dire aux problèmes qui sont aujourd’hui vraiment ouverts. Dans les pays de démocratie libérale auxquels je limite mon propos, ils se concentrent principalement sur le rôle public que les religions peuvent ou non jouer et sur les conditions dans lesquelles elles peuvent éventuellement le jouer.
La gamme des opinions et positions à ce sujet est vaste et variée, mais il paraît possible d’identifier deux orientations, et je dirais deux sensibilités, de fond.
L’une d’elles tend à réduire le rôle public des religions, parfois jusqu’à une quasi-suppression. On la justifie, d’une part, en soulignant le caractère personnel, spirituel et intime, plutôt que social et institutionnel, de la religiosité authentique ; d’autre part en privilégiant, dans la vie d’une nation, la sphère proprement politique par rapport à celle du social.
L’autre orientation tend, au contraire, à favoriser ou du moins à accueillir sans restrictions mentales le rôle public des religions, en considérant aussi les dimensions sociales et institutionnelles comme essentielles pour les religions et en insistant sur l’autonomie et l’importance irréductible de la sphère du social.
Il faut dire clairement qu’aujourd’hui ces différences d’orientation sont transversales par rapport à la distinction, habituelle en Italie, entre catholiques et laïcs, et entre croyants et non croyants. Parmi les catholiques il y a en effet de nombreux partisans d’une religiosité concentrée sur son aspect spirituel, qui critiquent volontiers le rôle public des religions et en particulier du catholicisme. Parmi les laïcs, surtout depuis l’émergence des nouvelles et grandes questions éthiques et anthropologiques et la présence accrue des religions non chrétiennes sur la scène mondiale, beaucoup de gens admettent volontiers ce rôle et, assez souvent, le souhaitent.
***
Je vais maintenant essayer d’exposer synthétiquement mon point de vue sur ce problème.
Les phénomènes religieux, autrement dit toutes les religions, y compris bien sûr le christianisme, n’ont en eux-mêmes pas moins de titres que tout autre organisme ou phénomène social à influer sur la scène publique, y compris dans le domaine proprement politique. Cela, bien sûr, dans le respect des règles de la démocratie et de l’état de droit ou, pour utiliser une terminologie en vogue aujourd’hui, des procédures à travers lesquelles se forment et s’expriment les décisions politiques.
Il n’y a donc pas de raison d’imposer des conditions spéciales aux religions pour qu’elles jouent un rôle public, par exemple des conditions quant à la rationalité de leur argumentaire. En effet, dans un système démocratique, pour décider si une façon d’argumenter est rationnelle ou peut-être, plus précisément, plausible et convaincante, on s’en remet uniquement, en dernière analyse, à l’appréciation de l’ensemble des citoyens dans les cadres appropriés, surtout le cadre électoral.
Enfin je voudrais indiquer les motifs pour lesquels le rôle public des religions – notamment le christianisme – est important et peut rendre un service positif à la vie de la société. Autrement dit, je voudrais indiquer les raisons pratiques de cette laïcité "saine" ou "positive" dont Benoît XVI a parlé plusieurs fois, c’est-à-dire ouverte aux aspirations éthiques fondamentales et au sens religieux que nous portons en nous.
Une motivation très importante a été indiquée par E.-W. Böckenförde, il y a des années, dans son essai classique "La formation de l’état comme processus de sécularisation" : l’état libéral sécularisé vit en effet de principes que lui-même ne peut garantir, parmi lesquels, comme Hegel le soulignait déjà, les impulsions et les liens moraux dont la religion est la source semblent jouer un rôle particulier.
Récemment, Rémi Brague, dans une intervention sur "Foi et démocratie" publiée par la revue "Aspenia" en 2008, a proposé une mise à jour intéressante et à mon avis acceptable quant au fond, de la thèse de Böckenförde.
En premier lieu il a étendu cette thèse de l’état à l’homme d’aujourd’hui, qui a dans une large mesure cessé de croire en sa propre valeur, à cause de cette tendance à réduire l’homme lui-même à un phénomène de la nature et à cause de ce relativisme total qui sont à la base des interprétations actuelles de la laïcité, contraires à l’ouverture demandée par Benoît XVI. C’est donc l’homme, et pas seulement l’état, qui a besoin aujourd’hui – et même presque toujours, selon moi – d’un soutien qu’il n’est pas capable de s’assurer lui-même.
En second lieu la religion n’est pas uniquement, et même pas principalement, source d’impulsions et de liens éthiques. Aujourd’hui, avant d’assurer des limites et des digues, il s’agit de trouver des raisons de vivre. C’est là, depuis le début, la fonction, ou mieux la mission la plus spécifique du christianisme : ce qu’il nous dit surtout, ce n’est pas "comment" vivre, mais "pourquoi" vivre, pourquoi choisir la vie, pourquoi en profiter et pourquoi la transmettre.
Comme le précise son sous-titre, le livre "Frontières" est un exercice de "dialogue sur le christianisme et le monde contemporain". Il cherche à approfondir dans ses motivations et à rendre concrète cette laïcité non hostile au christianisme, et même largement alimentée par lui, en laquelle le professeur Galli della Loggia et moi, malgré nos points de vue différents, percevons tous les deux une défense essentielle de l’inspiration humaniste de notre civilisation.
Le livre :
Ernesto Galli della Loggia, Camillo Ruini, "Confini. Dialogo sul cristianesimo e il mondo contemporaneo", Mondadori, Milan, 2009.
Le professeur Galli della Loggia est revenu sur l’un des sujets discutés dans ce livre dans un éditorial publié par le "Corriere della Sera" le 30 août 2009 :
> Quelle distanze con la Chiesa
La lettre du Vatican sur l'enseignement de la religion à l’école, citée au début de cet article :
> Lettre circulaire sur l'enseignement de la religion dans l'école, le 5 mai 2009
Les articles de www.chiesa sur l’affaire "Avvenire", concentrés sur les aspects ecclésiaux :
> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)
> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)
> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux : l'épiscopat et le Vatican (10.9.2009)
Et l'analyse d’ensemble de l’affaire, y compris l’aspect politique, par le professeur Pietro De Marco :
> "La questione non finisce qui". Sul caso Boffo e sul suo successore
Un précédent article de www.chiesa sur la question de la laïcité, avec des interventions des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola, et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco:
> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours (23.2.2009)
Et une lecture "américaine" des mêmes questions, dans un livre de l'archevêque Charles J. Chaput:
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
17:43 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, christianisme, religions, relativisme, robert spaemann, culture, aharon appelfeld, italie, eveques, cardinal ruini, vatican, laicite, liberte religieuse, livres a lire, pape, benoit xvi, avvenire, remi braque, roger scruton, martin nowak, peter van inwagen, carlo maria martini, jesus christ, lorenzo ornaghi, milan, galli della loggia |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |





