11/02/2009

Mauvaises nouvelles de Chine. Une brèche s'est ouverte à Pékin

Entre l'obéissance au pape et l'obéissance au parti communiste, certains évêques choisissent la seconde. La volte-face la plus marquante a eu lieu dans la capitale. Une lettre secrète du cardinal Bertone. Le cardinal Zen donne l'alarme


par Sandro Magister




ROMA, le 11 février 2009 – Même au Vatican, on avait eu l’illusion que les Jeux Olympiques de Pékin préluderaient à plus de liberté pour l’Eglise catholique. Les nouvelles que Rome reçoit de Chine disent le contraire.

Entre temps, les autorités chinoises ont une fois de plus refusé de laisser sortir de Chine les évêques qui auraient dû participer au synode d’octobre dernier.

Deuxième point, le siège épiscopal de Pékin - occupé pendant les décennies passées par des évêques nommés uniquement par le gouvernement, sans autorisation du pape, mais "reconquis" par Rome à l’été 2007 avec l’arrivée d’un nouvel évêque approuvé à la fois par le gouvernement et par le Saint-Siège – risque fort d’être à nouveau perdu.

En effet le nouvel évêque, Joseph Li Shan (photo), que le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone avait salué comme "un homme très bon et capable", enchaîne les actes de plus en plus serviles envers le régime. Au point que beaucoup de fidèles le considèrent désormais comme un "traître".

Troisième point, le parti communiste a intensifié les pressions pour soumettre l’Eglise et en détacher de Rome une partie significative. Ces pressions s’exercent surtout sur les évêques nommés par le gouvernement. En majorité ils avaient retrouvé, au fil des années, la communion avec le pape. Mais aujourd’hui certains vacillent.

En juillet 2007 Benoît XVI avait écrit une lettre ouverte aux catholiques chinois pour favoriser leur union entre eux et avec Rome. Mais le processus de réconciliation et de reconstruction de l’Eglise chinoise lancé timidement après cette lettre semble maintenant interrompu.

Une seconde lettre, secrète et adressée aux seuls évêques, est partie du Vatican vers la Chine en avril dernier. Certains évêques ont vu dans cette lettre, signée par le cardinal Bertone, un pas en arrière par rapport à celle du pape. Trop conciliante envers les autorités chinoises.

"Asia News", l'agence de presse en ligne spécialiste de la Chine, fondée et dirigée par le père Bernardo Cervellera de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères, a fait un sondage auprès des évêques chinois. Les résultats ont été jugés "décourageants".

Au point que le cardinal Zen Zekiun, fort de sa plus grande liberté de parole en tant que citoyen de Hong-Kong, a mis fin aux atermoiements et donné l'alarme. Il a incité ses confrères du continent à ne pas céder et à résister plus courageusement aux pressions du régime.

On trouvera ci-dessous une reconstitution et une analyse détaillées de tous ces faits, écrites pour "Asia News" par le père Cervellera:



L’évêque de Pékin, le Vatican et les compromis avec l’Association Patriotique


par Bernardo Cervellera


Un peu plus d’un an après son ordination, les catholiques de Pékin sont divisés quant à l’opinion qu’ils ont de leur actuel évêque. Ils sont de plus en plus nombreux à l’accuser de trahir l’Eglise de Rome.

Mgr Joseph Li Shan, 44 ans, a été ordonné le 21 septembre 2007 avec l’approbation du pape. Mais, en un peu plus d’un an, il paraît avoir changé d’attitude envers le Vatican. Les catholiques disent que ce successeur de l’évêque patriotique Michel Fu Tieshan, mort un an plus tôt, marche à grands pas vers une reprise du patriotisme et de l’autonomie vis-à-vis du Saint-Siège.

En effet les fidèles sont choqués par son comportement et ses propos qui semblent glisser de plus en plus vers une servilité totale envers l’Association Patriotique, dont le but est de bâtir et contrôler une Eglise catholique chinoise indépendante de Rome.


ÉVÊQUE ET SERVITEUR DU POUVOIR


Certains de ses discours, notamment, sont très révélateurs. Le premier a été prononcé le 25 novembre pendant un cours de formation pour prêtres et fidèles. L’évêque a commencé par vanter les progrès qu’a connus l’Eglise grâce aux trente ans de réformes de Deng Xiaoping. Les fidèles ont ressenti cette utilisation d’un cours de formation à la foi pour rendre hommage aux modernisations de Deng comme une “taxe versée au pouvoir politique”. Mais la suite a été encore plus déconcertante: Mgr Li Shan a défendu l’oeuvre de Mgr Fu, son prédécesseur, qui a “créé la glorieuse tradition d’amour de la patrie et de l’Eglise” et l’a répandue dans le diocèse de Pékin. “Aimer la patrie, aimer l’Eglise”, c’est justement le slogan de l’Association Patriotique, qui veut que la vie de l’Eglise soit soumise au parti communiste.

Puis Li Shan a dit que “la manifestation de notre amour pour la patrie et l’Eglise a subi de graves interférences de la part du pouvoir politique étranger et de l’Eglise clandestine de Chine”. L’attaque contre le Vatican est ici évidente: dans les discours du parti communiste c’est le Saint Siège qui est considéré comme “un état étranger qui veut interférer dans les affaires intérieures de la Chine, sous couvert de religion”.

Mgr Li a continué: “Certaines personnes ont jeté les yeux sur notre diocèse et sur Mgr Fu, en dépréciant nos progrès de ces dernières années, qui représentent bien plus que ce qui a été fait au cours des 700 ans précédents, en créant des difficultés et en essayant de nous persuader d’abandonner le principe d’autogestion de l’Eglise [lire: d'autonomie vis-à-vis de Rome], en nous faisant revenir au passé”.

Pour l’avenir, Mgr Li a souligné qu’il faut “garder l’idée d’aimer la patrie et l’Eglise, et continuer dans la voie de l’autogestion de l’Eglise”, parce que ces deux directives sont “la garantie fondamentale d’un développement sain de l’œuvre de l’Eglise dans la capitale”.

“Ces deux principes – a-t-il enfin dit – sont le fruit de ce que nous a appris l’existence semi-coloniale [lire: asservie au Vatican] de l’Eglise chinoise du passé. Ils sont aussi l’expérience précieuse de la nouvelle vie et du développement de l’Eglise chinoise dans la société socialiste de la nouvelle Chine”.

Pour tout cela, Li Shan a bien sûr affirmé la nécessité de l’AP et de la “démocratie” dans l’Eglise, en vertu de laquelle les élections d’évêques, la pastorale, la théologie, les choix, sont confiés aux votes d’une assemblée d’évêques, de prêtres et de laïcs étroitement contrôlée par l’AP, dévalorisant le caractère sacramentel de l’Eglise elle-même.

La totalité du discours du 25 novembre était disponible encore récemment, en chinois, sur le site du diocèse de Pékin. On pouvait aussi lire sur ce site le discours prononcé le 19 décembre par Mgr Li Shan pour le 50e anniversaire des premières ordinations épiscopales faites en Chine de manière autonome par rapport au Saint-Siège. Il a aussi disparu ces jours-ci.


CETTE TRISTE VEILLE DE NOËL


La veille de Noël 2008, Mgr Li Shan a prononcé un discours semblable au précédent. A 7 heures du soir, il a reçu la visite de Ye Xiaowen, directeur de l’administration d’Etat pour les affaires religieuses, de Zhou Ning, directeur de la deuxième section du Front Uni, de Tong Genzhu, vice-ministre du département central du Front Uni, et de beaucoup d’autres, dont le maire-adjoint de Pékin, Niu Youcheng.

Cette fois aussi, les fidèles ont frémi. Mgr Li Shan – il paraissait devoir mettre enfin un terme à l’époque de Fu Tieshan qui, soumis au parti, avait toujours refusé la réconciliation avec le Saint-Siège – a remercié le gouvernement de Pékin de son aide et de son appui dans tous les domaines de la vie de l’Eglise. Il a assuré que celle-ci continuait à manifester son "amour de la patrie et de l’Eglise” et à suivre la voie de “l’indépendance et de l’autogestion de l’Eglise” [vis-à-vis de Rome] et cherchait à faire de l’Eglise catholique un modèle dans la construction de la société harmonieuse.

Dans tous ces discours et déclarations, le ton et les slogans sont vraiment typiques du langage du parti et de la Révolution Culturelle, l’époque la plus radicale du communisme chinois. Etonnés, les fidèles se demandent comment leur pasteur a pu, en peu de temps, se changer en Garde Rouge et montrer encore plus de servilité que son prédécesseur envers le pouvoir.

Mgr Li Shan était connu comme un bon prêtre, simple, sans ampleur de vues mais fidèle au pape, sachant enthousiasmer les jeunes et surtout ouvert à l’Eglise clandestine, celle que le gouvernement ne reconnaît pas. Ses discours contre “les états étrangers” et l’Eglise clandestine constituent un virage à 180° dans sa façon de penser.

Selon des informations reçues par "Asia News", l’auteur du discours de la veille de Noël ne serait pas Mgr Li Shan, mais le secrétaire général de l’Association Patriotique de Pékin, Shi Hongxi, connu pour ses idées extrémistes. D’autres informations ajoutent que le texte fut remis à l’évêque au dernier moment, sans qu’il ait pu se rendre compte de ce qui était écrit. Mais la répétition des mêmes slogans dans trois situations différentes fait craindre que l’évêque, en admettant qu’il ne soit pas d’accord avec ce qu’il a lu, ne soit en tout cas dominé par l’Association Patriotique.


LE PAPE: L'AP EST "INCONCILIABLE AVEC LA DOCTRINE CATHOLIQUE"


Fondée en 1958, l’AP tente par tous les moyens, depuis 50 ans, de diviser l’Eglise, en ordonnant des évêques sans l'autorisation du pape. Dans le passé, de nombreux évêques de l’Eglise patriotique ont ensuite demandé pardon pour leur situation de séparation et se sont réconciliés avec le Saint-Siège grâce à la magnanimité de Jean-Paul II puis de Benoît XVI. En janvier 2007, le Vatican lui-même annonçait que désormais la “quasi-totalité” des évêques officiels reconnus par le gouvernement était aussi en pleine communion avec le Saint-Siège.

Dans sa lettre ouverte du 30 juin 2007 aux catholiques chinois, Benoît XVI réaffirmait cette forte communion. Mais il soulignait aussi que l’AP est une structure contraire à la foi catholique et avertissait qu’“appliquer les principes d’indépendance, d’autonomie, d’autogestion et d’administration démocratique de l’Eglise est inconciliable avec la doctrine catholique”.

Que l’évêque de Pékin, ordonné avec l'approbation du pape, se soit mis à défendre ce qui est “inconciliable” avec l’Eglise catholique est donc une grave défaite pour le Vatican. Dans un blog tenu par quelques fidèles, Mgr Li Shan est qualifié de “bombe à retardement” qui va frapper l’Eglise de Rome.

Selon des informations reçues par "Asia News", Mgr Li Shan se serait repenti de ce qu’il a fait et justifie son comportement par les pressions auxquelles il est soumis. En effet, justement à cause de la lettre du pape et de l’unité retrouvée par presque tous les évêques chinois, le Front Uni et l'Association Patriotique ont lancé depuis plus d’un an une série d’initiatives pour ramener à l’obéissance – envers eux – les évêques officiels chinois. Front Uni et AP les convoquent sans arrêt, les forcent à participer à des congrès, rencontres, études, sessions politiques, rendant ainsi très précaire leur travail pastoral. Les évêques n’ont même pas la possibilité de se rencontrer seuls et passent d’une vie solitaire – à la merci des secrétaires de l’AP – à des rencontres soumises au contrôle et à l'endoctrinement du Front Uni et de l’administration d’Etat des affaires religieuses.


LA LETTRE TIMIDE DU CARDINAL BERTONE


Pour maintenir les évêques dans l’unité et freiner l’influence de l’AP, le Vatican a envoyé, le 22 avril 2008, une lettre à tous les évêques chinois en communion avec Rome. La lettre, signée par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone, a mis des mois à parvenir en mains propres aux quelque 90 évêques des Eglises officielle et clandestine. Certains ne l’ont reçue qu’en décembre 2008.

Le cardinal Bertone y rappelle “les principes fondamentaux de la foi catholique” et la valeur de la communion des évêques avec le pape et entre eux. Il demande donc à tous les prélats, au nom du pape, d’“accomplir avec courage leur mission de pasteurs”, en soutenant la nature catholique de l’Eglise et en cherchant à obtenir des autorités civiles, par un dialogue direct et respectueux, plus de liberté d’action. Le cardinal incite les évêques à “agir ensemble” en demandant le droit de se rencontrer en groupe et de pouvoir discuter librement de leurs problèmes, sans intervenants extérieurs. Enfin il suggère aux pasteurs de trouver “une position correcte à adopter vis-à-vis des organismes auxquels se réfère la section 7 du document pontifical”. C’est-à-dire, justement, l’AP et son concept d’Eglise indépendante et autogérée.

L’importance de la lettre du cardinal Bertone tient au fait qu’elle demande pour la première fois aux évêques des églises officielle et clandestine de se rencontrer ensemble. Mais elle évite de leur indiquer une attitude commune à adopter vis-à-vis de l’AP. La précédente lettre du pape affirme que l’AP est contraire à la doctrine catholique, mais ne demande pas aux évêques officiels d’en sortir.

Selon certains évêques clandestins, une attitude plus ferme du Saint-Siège serait plus efficace.

Jusqu’à présent les évêques officiels ont essayé de négliger les pressions de l’AP, mais sans grand succès. Parallèlement certains évêques clandestins ont tenté de se faire reconnaître par le gouvernement sans s’inscrire à l’AP, mais aucun gouvernement local n’a accepté cette solution, réaffirmant au contraire le rôle central de l’AP dans la politique de l’Etat vis-à-vis des religions.

Le problème devient d’autant plus urgent que se préparent des rencontres au niveau national pour élire le nouveau président de l’Association Patriotique et celui du Conseil des évêques chinois, sorte de conférence des évêques, non reconnue par le Saint-Siège, qui ne réunit que les évêques officiels. L’élection aux deux postes devrait avoir lieu lors d’un congrès national de représentants catholiques qui devrait se tenir bientôt, les deux postes étant vacants depuis longtemps: l’évêque patriotique Michel Fu Tieshan, élu président de l’AP en 1998, est mort en 2007; Mgr Joseph Liu Yuanren, évêque patriotique de Nankin, élu président du Conseil des évêques en 2004, est mort en 2005.

La campagne de contrôle sur les évêques, leur participation forcée à toute une série de sessions politiques, les célébrations du 50e anniversaire des premières ordinations d’évêques chinois séparés de Rome organisées par le Front Uni et l’AP visent à briser toute résistance des évêques officiels, pour les soumettre aux structures traditionnelles de contrôle.

Beaucoup de catholiques des Eglises officielle et clandestine craignent que, faute d’indications plus précises et plus fermes du Saint-Siège, les évêques officiels ne se laissent entraîner par les événements et par des interprétations personnelles de la lettre du pape, en acceptant des compromis.


LES ÉVÊQUES CHINOIS SONDÉS


Ces derniers mois, plus d’un an après la lettre du pape aux catholiques chinois, "Asia News" a fait une enquête auprès des évêques de Chine pour savoir comment ils accueillent et appliquent les indications de Benoît XVI. Certaines réponses sont stupéfiantes. D’une part plusieurs évêques font l’éloge de la valeur de la lettre et de l’enseignement du pape, qui les appelle à l’unité avec lui et entre eux. D’autre part ils ne semblent pas du tout émus que le document juge les programmes et la politique de l’AP “inconciliables” avec la doctrine catholique.

Dans leurs réponses, plusieurs évêques officiels se sont ainsi répandus en éloges excessifs de l’Association, de son “aide à l’Eglise” et “aux nécessiteux”, de "son soin de la religion”. Certains évêques de Chine centrale vont jusqu’à affirmer que l’AP “ne fait qu’un avec l’Eglise”.

Un catholique de Chine du Nord a déclaré à "Asia News": “Les évêques officiels manquent de courage. Si Pékin leur demande de se rencontrer, ils se mettent en route tout de suite et se réunissent. Mais, comme cela, ils n’appliquent pas les indications contenues dans la Lettre du pape et risquent de revenir en arrière, à un passé d’esclavage. Ceux de l’Eglise clandestine, qui ont toujours tenu à l’unité avec le pape, même au prix de leur vie et de leur liberté, sont hélas presque tous assignés à résidence; certains ont disparu, d’autres sont en prison”.

D’autres fidèles, surtout à Pékin, accusent les évêques d’être avides de pouvoir et d’argent, ce qui expliquerait leurs compromis. Selon une fidèle de la Nantang, la cathédrale de l’Immaculée Conception de la capitale: " Mgr Li Shan n’est peut-être pas personnellement ambitieux, mais il a des collaborateurs à l’appétit démesuré. Pour réussir à plaire au gouvernement et en tirer profit, ils sont prêts à tous les compromis et même à brader le minimum de liberté qui reste à l’Eglise”.

Un prêtre de l’Eglise clandestine est plus indulgent: “Ces nouveaux évêques de l’Eglise officielle sont jeunes, autour de 40 ans. Ils n’ont jamais vécu sous un régime de pleine liberté et, pour eux, il est évident depuis toujours que les chrétiens doivent être sous le contrôle de l’Etat même pour des questions strictement religieuses. D’autre part, les grandes personnalités de l’Eglise de Chine ont maintenant disparu et ils se retrouvent sans modèles”.

De nombreux évêques et fidèles craignent que, dans cette situation de faiblesse, 2009 ne voie une nouvelle fournée d’ordinations illicites, sans l’autorisation du Saint-Siège, ce qui reconstituerait un noyau de prélats patriotiques obéissant parfaitement au Parti. Cela pourrait aboutir au blocage des nombreuses conversions au christianisme dans la société civile et parmi les intellectuels, qui redécouvrent l’enseignement de l’Eglise comme base de leurs exigences de liberté et de respect de l’individu.


LE CARDINAL ZEN: PLUS AUCUN COMPROMIS


Dans cette situation ambiguë et confuse, une voix claire et nette s’est fait entendre: celle du cardinal Joseph Zen Zekiun, de Hong-Kong, qui a demandé aux évêques et prêtres de l’Eglise officielle d’être plus courageux et de ne pas accepter de compromis avec le régime.

Dans un article paru dans le numéro du 4 janvier 2009 de l’hebdomadaire diocésain "Gong Jiaobao" (publié ensuite en anglais par l’hebdomadaire "Sunday Examiner"), il incite les évêques et les prêtres chinois à imiter les vertus de saint Etienne, premier martyr chrétien, et à ne plus se plier aux ordres de l’Etat contraires à la foi. L’article est intitulé: “Inspirés par le martyre de saint Etienne”. Le cardinal Zen y analyse la vie de l’Eglise catholique en Chine au cours des deux dernières années, à partir des ordinations épiscopales illicites de 2006, auxquelles ont aussi pris part, par peur ou parce qu’on les a trompés, une dizaine d’évêques reconnus par le Vatican.

Puis Zen rappelle le "rayon d’espérance” qui a brillé en 2007, avec la rencontre au Vatican à propos de l’Eglise de Chine et surtout la diffusion de la lettre de Benoît XVI aux catholiques chinois. L’évêque de Hong-Kong souligne que le pape affirme dans sa lettre que l’Association Patriotique chinoise a des buts contraires à la foi catholique et ajoute que l’AP est justement la “cause majeure de tous les problèmes de l’Eglise en Chine”.

A ce sujet, le cardinal critique certaines interprétations de la lettre, notamment celle du missionnaire Jérôme Heyndrickx, pour qui le temps de l’Eglise clandestine est terminé et tous ses évêques devraient rejoindre l’Eglise officielle. En réalité, affirme le cardinal, le pape “admire leur fidélité sans faille et les encourage à persévérer”, comme en témoigne un discours de Benoît XVI lors de l’Angelus de la fête de saint Etienne en 2006.

Face au danger créé par les graves compromis, l’expérience de l’Eglise clandestine acquiert encore plus de valeur, dit Zen. Voilà pourquoi le cardinal critique les célébrations qui, à Pékin, ont marqué, le 19 décembre, le 50e anniversaire des ordinations épiscopales illicites en Chine.

Pour l’évêque de Hong-Kong il n’y a rien à célébrer parce que le système des “auto-ordinations” a été voulu dans les années Cinquante par des forces radicales d’extrême-gauche pour qui le pape était un représentant de l’impérialisme. Or cette façon de voir est dépassée à l’époque actuelle, où la Chine fête ses 30 ans de réformes économiques mises en œuvre par opposition à cette mentalité radicale.

“Forcer les catholiques à agir contre leur conscience – écrit le cardinal – est une grave insulte à la dignité de tout citoyen chinois. Il n’y a donc rien dont il faille être fier, rien à célébrer. Célébrer un tel anniversaire montre que ceux qui sont au pouvoir ne veulent pas abandonner leur emprise et forcent notre grand pays à supporter la honte d’être arriéré sur ce point”.

Pour le prélat, il est clair que toute cette importance donnée aux célébrations des 50 ans de l’AP et des “auto-ordinations” prépare les rencontres pour l’élection des nouveaux présidents de l’Association Patriotique et du Conseil des évêques chinois. Et il suggère aux évêques de boycotter la prochaine réunion à laquelle ils seront convoqués. Il s’interroge: “Participer à cette assemblée, n’est-ce pas un geste de mépris total pour la lettre du pape? N’est-ce pas lui donner une gifle? Votre conscience vous le permet-elle? Le peuple de Dieu l’acceptera-t-il? Est-ce que cela fait honneur à notre pays? Pourra-t-on espérer revenir bientôt à une situation normale et avoir la liberté de foi et de religion?”.

Dans l’article, le cardinal Zen raconte que, dans l’Eglise chinoise, certains font l’éloge du compromis et de l’ambiguïté: “Il semble que quelqu’un, parlant aux frères de la communauté clandestine, ait dit: Nous, nous sommes très intelligents d’accepter le compromis! Nous sommes en communion avec le Saint-Père tout en étant reconnus par le gouvernement qui nous donne de l’argent et nous pouvons prendre soin des fidèles. Vous, vous préférez aller en prison, mourir, et vos fidèles sont abandonnés, sans personne qui prenne soin d’eux”.

Et le prélat d’ajouter: “Le martyre serait donc devenu une sottise? C’est absurde! C’est de la myopie! Le compromis peut être une stratégie provisoire, mais il ne peut pas être durable. Etre unis au Saint-Père en secret tout en faisant partie d’une Eglise qui se dit autonome par rapport à Rome est contradictoire”.

Le cardinal Zen conclut sur un appel fraternel: “Chers frères évêques et prêtres, regardez l’exemple de saint Etienne, de tous les martyrs de notre histoire! Souvenez-vous: nos souffrances pour la foi sont la source de la victoire, même si sur le moment elles ont l’air d’une défaite”.



L'agence de presse de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères qui a publié, le 3 février 2009, l'analyse du père Cervellera:

> Asia News

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Une autre agence de presse en ligne très bien informée sur la Chine:

> UCA News

Cette agence a été la première à donner l’information et à fournir un extrait de la lettre secrète envoyée en 2008 aux évêques de Chine par le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone.

Le vaticaniste Gianni Cardinale a aussi donné un compte-rendu étendu et précis de cette lettre dans le quotidien de la conférence des évêques d’Italie, "Avvenire", du 24 décembre 2008.

La lettre du pape aux catholiques de Chine:

> Lettre du Papa Benoît XVI...


Sur www.chiesa, tous les articles à ce sujet:

> Focus CHINE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.