30.03.2012

Un nouveau document de Justice et Paix sur la vocation du dirigeant d'entreprise

Peter Turkson.JPGLe cardinal Peter Turkson, président du Conseil Pontifical Justice et Paix, est intervenu ce vendredi 30 mars à l'ouverture des 29ème Assises Nationales des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens (UNIAPAC) à Lyon, en France et a présenté un nouveau document « La Vocation du dirigeant d’entreprise : une réflexion ».

Devant 2000 entrepreneurs chrétiens, le cardinal Turkson a souligné un mal commun à beaucoup d’entre eux : la tendance à dissocier la foi de son travail. De là, naît ce mal moderne qu’est une vie divisée. Rappelant combien l’Église voudrait en cela aider les hommes d’affaires à vivre leur vie professionnelle d’une façon plus unifiée et féconde en vue du Bien Commun, le Cardinal a évoqué la Doctrine Sociale de l’Église et le désir de sa mise en acte.

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17.06.2011

Éthique dans le commerce : favoriser le dialogue entre le monde religieux et celui de l'entreprise

commerce.JPGDeux ans après la publication de l’Encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI, un groupe de dirigeants de l’économie et de la finance mondiale s’est retrouvé pendant deux jours au Vatican, les 16 et 17 juin 2011, sous les auspices du Conseil pontifical Justice et Paix, pour réfléchir sur l’importance de l’éthique dans ce domaine. Deux journées de travail intitulées « Sommet exécutif sur l’éthique dans le monde du commerce », en collaboration avec l’université Regina Apostolorum et l’Institut Fidelis International.

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16.12.2010

Le Pape aux ambassadeurs : 'L’Eglise s’interdit d’agir comme un lobby et appelle à la formation d’une communauté plus fraternelle entre tous les êtres humains'

pape.JPG« L’Eglise veut honorer la dignité de tout un chacun ». Le thème de la fraternité humaine était au cœur du message du Pape aux nouveaux ambassadeurs du Népal, de la Zambie, de la Principauté d’Andorre, de la République des Seychelles et du Mali. Benoît XVI a reçu les cinq ambassadeurs ce jeudi à 11h dans le Palais Apostolique. Ils étaient venus lui présenter leurs lettres de créances.

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15.09.2010

Des parlementaires européens planchent sur "Caritas in Veritate"

caritas in veritate.jpgA Bruxelles, à l’initiative du Groupe du parti populaire européen en collaboration avec la Commission des épiscopats de la Communauté Européenne, une conférence sur l’encyclique de Benoît XVI “Caritas in veritate”, a été organisée. L’objectif de cette étude, réalisée sous sous les angles politique, économique et théologique, était de souligner les valeurs qui doivent marquer le développement humain intégral, le respect de la vie, la protection de la famille et de l’environnement, la liberté de culte, la lutte contre la faim et la pauvreté, ainsi que la gestion des dossiers sensibles comme l’immigration, l’énergie, la bonne gouvernance économique.

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30.04.2010

Benoît XVI reçoit les participants à la XVIe assemblée plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales

Du 30 avril au 4 mai, l’Académie pontificale des sciences sociales analyse la crise économique globale à la lumière des principes éthiques définis par la doctrine sociale de l’Église. C’est le thème choisi pour cette seizième session plénière, alors que la crise grecque fait trembler la zone euro et que les chiffres du chômage en Espagne sont affolants, atteignant 20 %.

 

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Benoît XVI, qui a consacré une de ses trois encycliques – Caritas in veritate –, aux principes fondamentaux d’un véritable développement humain, s’est adressé aux congressistes ce vendredi matin.

Olivier Tosseri (Radio Vatican): >>


20.12.2009

"Cultiver la création": la révolution verte de Benoît XVI

"Cultiver la création": la révolution verte de Benoît

L'écologie de l'homme vient avant l'écologie de la nature, dit le pape. Les experts du Vatican critiquent la conférence de Copenhague sur le climat: c'est un "faux départ". Pire, elle ne reconnaît pas de valeur à la vie humaine


par Sandro Magister




ROME, le 17 décembre 2009 – "Foreign Policy", la prestigieuse revue américaine de géopolitique, a classé Benoît XVI à la 17e place des "100 plus grands penseurs mondiaux" de l'année : ceux qui, par leurs "grandes idées, ont modelé notre monde en 2009".

"Foreign Policy" reconnaît que le pape, entre autres mérites, "a mis l’Eglise, de façon imprévue, au premier rang de la défense de l'environnement et de la dénonciation des dangers du changement climatique".

Mais quelle "révolution verte" propose Benoît XVI ?

La réponse est donnée dans le message qui accompagnera la prochaine Journée Mondiale de la Paix, que l’Eglise de Rome célèbre chaque année le 1er janvier.

Ce message pour le 1er janvier 2010 a été signé par le pape le 8 décembre. Il a été rendu public il y a deux jours, tandis qu’à Copenhague les représentants de tous les pays étaient réunis pour une litigieuse et infructueuse conférence mondiale sur le climat.

On peut lire le texte intégral du message en sept langues sur le site web du Vatican. Son titre est déjà tout un programme :

> "Si tu veux construire la paix, protège la création"

On peut en lire, ci-dessous, trois passages importants, tirés des paragraphes 6, 12 et 13 du document.

Au centre du message il y a une image biblique : celle du jardin de la création, confié par Dieu à l’homme et à la femme pour qu’ils le gardent et le cultivent.

La nature n’a donc aucune primauté sur l'homme et celui-ci n’est pas un élément de la nature. En revanche l’homme ne peut pas s’arroger le droit de piller la nature au lieu d’en prendre soin.

Le juste rapport entre l'être humain et la terre a été admirablement représenté dans le chef d’œuvre peint en 1472 par Piero della Francesca dont on peut voir un détail ci-dessus. Le paysage qui forme le décor est cultivé, ordonné et lumineux, comme est noblement "éclairée" par des perles la femme qui est au premier plan, l’épouse de Frédéric de Montefeltro, seigneur de ces terres.

Un concept essentiel du message du pape est qu’il y a une identité de destin entre l'écologie de la nature et celle de l'homme. Le soin de la création ne doit faire qu’un avec le soin de l’"inviolabilité de la vie humaine à toutes ses phases et dans tous ses états".

Tout se tient : soin de la nature, respect de la dignité de l’homme, paix entre les peuples. Là où éclatent la haine et la violence, la nature gémit aussi. Un paysage dévasté, une ville inhabitable, c’est ce que donne une humanité qui a fait le désert dans son âme.

Voici donc les trois paragraphes clés du message pour la Journée de la Paix 2010 : "Si tu veux construire la paix, protège la création".



LE COMMANDEMENT DE CULTIVER ET GARDER LA TERRE



[6] À l’origine de ce que nous appelons la «nature» dans son sens cosmique, il y a «un dessein d’amour et de vérité». Le monde «n’est pas le fruit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ou du hasard. Le monde tire son origine de la libre volonté de Dieu, qui a voulu faire participer les créatures à son être, à sa sagesse et à sa bonté» (Catéchisme de l'Eglise catholique, 295).

Dans ses premières pages, le livre de la Genèse nous reconduit au sage projet du cosmos, fruit de la pensée de Dieu, au sommet duquel sont placés l’homme et la femme, créés à l’image et à la ressemblance du Créateur pour «remplir la terre» et pour «la soumettre» comme des «intendants» de Dieu lui-même (cf. Gn 1, 28). L’harmonie entre le Créateur, l’humanité et la création, que l’Écriture Sainte décrit, a été rompue par le péché d’Adam et d’Ève, de l’homme et de la femme, qui ont désiré prendre la place de Dieu, refusant de se reconnaître comme ses créatures. En conséquence, la tâche de «soumettre» la terre, de la «cultiver et de la garder» a été altérée, et entre eux et le reste de la création est né un conflit (cf. Gn 3, 17-19). L’être humain s’est laissé dominer par l’égoïsme, en perdant le sens du mandat divin, et dans sa relation avec la création, il s’est comporté comme un exploiteur, voulant exercer sur elle une domination absolue.

Toutefois, la véritable signification du commandement premier de Dieu, bien mis en évidence dans le Livre de la Genèse, ne consistait pas en une simple attribution d’autorité, mais plutôt en un appel à la responsabilité. Du reste, la sagesse des anciens reconnaissait que la nature est à notre disposition, non pas comme «un tas de choses répandues au hasard» (Héraclite, 535-475 av. J.C.), alors que la Révélation biblique nous a fait comprendre que la nature est un don du Créateur, qui en a indiqué les lois intrinsèques, afin que l’homme puisse en tirer les orientations nécessaires pour «la garder et la cultiver » (cf. Gn 2, 15).

Tout ce qui existe appartient à Dieu, qui l’a confié aux hommes, mais non pour qu’ils en disposent arbitrairement. Quand, au lieu d’accomplir son rôle de collaborateur de Dieu, l’homme se substitue à Lui, il finit par provoquer la rébellion de la nature «plus tyrannisée que gouvernée par lui» (Centesimus annus, 48). L’homme a donc le devoir d’exercer un gouvernement responsable de la création, en la protégeant et en la cultivant (Caritas in veritate, 50).



ÉCOLOGIE DE LA NATURE, MAIS D’ABORD ÉCOLOGIE DE L'HOMME



[12] L’Église a une responsabilité vis-à-vis de la création et elle pense qu’elle doit l’exercer également dans le domaine public, pour défendre la terre, l’eau et l’air, dons du Dieu Créateur à tous, et, avant tout, pour protéger l’homme du danger de sa propre destruction.

La dégradation de la nature est, en effet, étroitement liée à la culture qui façonne la communauté humaine, c’est pourquoi «quand l’“écologie humaine” est respectée dans la société, l’écologie proprement dite en tire aussi avantage» (Caritas in veritate, 51).

On ne peut exiger des jeunes qu’ils respectent l’environnement si on ne les aide pas, en famille et dans la société, à se respecter eux-mêmes : le livre de la nature est unique, aussi bien à propos de l’environnement que de l’éthique personnelle, familiale et sociale (Caritas in veritate, 15.51). Les devoirs vis-à-vis de l’environnement découlent des devoirs vis-à-vis de la personne considérée en elle-même, et en relation avec les autres.

J’encourage donc volontiers l’éducation à une responsabilité écologique, qui, comme je l’ai indiqué dans l’encyclique "Caritas in veritate", préserve une authentique «écologie humaine», et affirme ensuite avec une conviction renouvelée l’inviolabilité de la vie humaine à toutes ses étapes et quelle que soit sa condition, la dignité de la personne et la mission irremplaçable de la famille, au sein de laquelle on est éduqué à l’amour envers le prochain et au respect de la nature (Caritas in veritate, 28.51.61).

Il faut sauvegarder le patrimoine humain de la société. Ce patrimoine de valeurs a son origine et est inscrit dans la loi morale naturelle, qui est à la base du respect de la personne humaine et de la création



CE QUI DIFFÉRENCIE L'HOMME DES AUTRES ÊTRES VIVANTS


[13] Enfin, un fait hautement significatif à ne pas oublier est que beaucoup trouvent la tranquillité et la paix, se sentent renouvelés et fortifiés lorsqu’ils sont en contact étroit avec la beauté et l’harmonie de la nature. Il existe donc une sorte de réciprocité : si nous prenons soin de la création, nous constatons que Dieu, par l’intermédiaire de la création, prend soin de nous.

Par ailleurs, une conception correcte de la relation de l’homme avec l’environnement ne conduit pas à absolutiser la nature ni à la considérer comme plus importante que la personne elle-même. Si le Magistère de l’Église exprime sa perplexité face à une conception de l’environnement qui s’inspire de l’éco-centrisme et du bio-centrisme, il le fait parce que cette conception élimine la différence ontologique et axiologique qui existe entre la personne humaine et les autres êtres vivants.

De cette manière, on en arrive à éliminer l’identité et la vocation supérieure de l’homme, en favorisant une vision égalitariste de la «dignité» de tous les êtres vivants. On se prête ainsi à un nouveau panthéisme aux accents néo-païens qui font découler le salut de l’homme de la seule nature, en son sens purement naturaliste.

L’Église invite au contraire à aborder la question de façon équilibrée, dans le respect de la «grammaire» que le Créateur a inscrite dans son œuvre, en confiant à l’homme le rôle de gardien et d’administrateur responsable de la création, rôle dont il ne doit certes pas abuser, mais auquel il ne peut se dérober. En effet, la position contraire, qui absolutise la technique et le pouvoir humain, finit par être aussi une grave atteinte non seulement à la nature, mais encore à la dignité humaine elle-même (Caritas in veritate, 70).



PREMIÈRE REMARQUE. DE MOSCOU AVEC AMOUR


Le message "Si tu veux construire la paix, protège la création" cite plusieurs fois l'encyclique "Caritas in veritate", document le plus récent du magistère de l’Eglise de Rome en matière de doctrine sociale.

Il est intéressant de mettre en parallèle le document à contenu analogue que le patriarcat de Moscou a publié en 2000, sous le titre "Les bases de la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe", dont www.chiesa a présenté des développements dans un article récent.

L’harmonie entre ce document et le message de Benoît XVI pour la Journée Mondiale de la Paix 2010 est très forte. Par exemple dans le passage suivant :


"Les problèmes écologiques ont un caractère essentiellement anthropologique, car ils sont générés par l'homme et non par la nature. La base anthropogénique des problèmes écologiques démontre que nous tendons à modifier le monde qui nous entoure pour le conformer à notre monde intérieur. C’est bien pour cela que la transformation de la nature doit partir d’une transformation de l'âme. Selon la pensée de Maxime le Confesseur, l'homme ne pourra transformer la terre entière en paradis que lorsqu’il aura mis le paradis en lui-même".



DEUXIÈME REMARQUE. LE "FAUX DÉPART" DE COPENHAGUE



Dans son paragraphe 4, le message "Si tu veux construire la paix, protège la création" cite parmi les signes de danger "les changements climatiques, la désertification, la dégradation et la perte de productivité de vastes surfaces agricoles, la pollution des fleuves et des nappes phréatiques, l’appauvrissement de la biodiversité, l’augmentation des phénomènes naturels extrêmes, le déboisement des zones équatoriales et tropicales".

Mais le document ne rentre pas dans les détails. Il ne formule pas de diagnostics scientifiques et ne propose pas de solutions.

Cela a été fait, en revanche, dans un commentaire publié en première page de "L'Osservatore Romano" du 7-8 décembre 2009, signé par le professeur Franco Prodi, membre de l'Institut des sciences de l'atmosphère et du climat du Conseil national des recherches, frère de Romano Prodi, ancien chef du gouvernement italien et président de la Commission européenne.

Le professeur Prodi montre qu’il ne partage pas du tout le mantra écologiste selon lequel l’émission croissante de CO2 et autres gaz dans l'atmosphère par l’homme est la cause du réchauffement de la planète et de l'élévation du niveau des mers.

D’après Prodi, ce n’est pas une certitude, seulement une probabilité. Et en tout cas elle concernerait une augmentation de la température moyenne de l'air sur toute la planète "qui depuis le début du XIXe siècle est de 7 dixièmes de degré par siècle".

D’autres phénomènes influent bien plus sur le climat, selon Prodi, mais ils sont encore largement à étudier. On peut citer le flux de chaleur à l’intérieur de la terre, l'apport des volcans en CO2 et surtout le rôle des aérosols, c’est-à-dire des particules en suspension dans l’air mises en circulation par l’homme, qui aujourd’hui représentent déjà "20 % de celles que produit la nature" et modifient les nuages et les pluies.

Mais Prodi avertit qu’il faudra au moins "30 à 40 ans" d’études avant d’avoir des "modèles complets de climat qui donnent l’explication du système et la prévision sûre de son évolution".

Et entre temps ? Entre temps, on a présenté à Copenhague un "faux départ", entièrement fondé sur le "calcul des émissions dans le cadre d’une économie strictement de marché". Selon le professeur Prodi, il vaudrait beaucoup mieux que les Etats s’occupent plus simplement de la dégradation de la nature qui est sous les yeux de tous : air pollué, rivières et eaux souterraines maltraitées, espèces animales et végétales menacées.

Le texte complet de l'article de Franco Prodi, dans "L'Osservatore Romano" du 7-8 décembre 2009 :

> La Conferenza dell'ONU sull'ambiente. Aggiustamento mercantile o accordo mondiale?


TROISIÈME REMARQUE. LES ATTAQUES DU BANQUIER DU PAPE



Le 17 décembre, "L'Osservatore Romano" est revenu sur la Conférence de Copenhague avec un second commentaire en première page, confié cette fois à Ettore Gotti Tedeschi, économiste et banquier, qui est aussi, depuis quelques mois, président de l'Institut pour les Œuvres de Religion (IOR), la banque du Vatican.

Gotti Tedeschi est encore plus radicalement critique que le professeur Prodi envers les orientations de la Conférence. Et de plus il s’appuie sur le message de Benoît XVI "Si tu veux construire la paix, protège la création", rendu public deux jours plus tôt.

Voici ce qu’il écrit :


"La pensée nihiliste, avec son refus de toute valeur et de toute vérité objectives, cause de très graves dégâts si elle est appliquée à l’économie. [...] Mais en matière d’environnement la pensée nihiliste produit des dégâts peut-être encore plus graves. [...] Elle prétend résoudre les problèmes climatiques – où règne une grande confusion – à travers la dénatalité et la désindustrialisation, plutôt qu’à travers la promotion de valeurs qui rendent sa dignité originelle à l'individu. La conférence de Copenhague sur le climat confirme ce parcours, provoquant plus d’oppositions que de solutions. [...]

"En réalité, ce qui manque, c’est une vision stratégique du problème, justement à cause du nihilisme répandu qui arrive à théoriser l'absence de valeur de la vie humaine par rapport à une présumée centralité de la nature – l'éco-centrisme dénoncé par Benoît XVI – que l’homme ne fait que détériorer. [...]

"En matière d'environnement, on cherche donc des accords vagues sur les émissions nocives, en renonçant à des prémisses éthiques et à des considérations scientifiques partagées. La pensée nihiliste risque ainsi de transformer le processus de mondialisation – en réalité, il est positif pour les pays pauvres – en un désordre dû à l'homme économique, qui est aussi la cause des maux environnementaux et qui est donc un candidat à l'auto-élimination. [...] Les environnementalistes ont raison de demander plus d’attention envers la nature. Mais ils feraient mieux de lire aussi 'Caritas in veritate'. Ils comprendraient pourquoi – mais surtout pour qui – il faut respecter l'environnement".


Le texte intégral de l'article d’Ettore Gotti Tedeschi dans "L'Osservatore Romano" du 17 décembre 2009 :

> Incertezze del vertice di Copenaghen. Per chi salvare l'ambiente




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

16.12.2009

Le Pape appelle à renforcer l’alliance entre l’humanité et la création

« Si tu veux construire la paix, protège la création » : c’est le thème que Benoît XVI a choisi pour la Journée mondiale de la paix célébrée chaque année le premier janvier.

 

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Le message a été rendu public ce mardi alors que les représentants de plus de 190 pays participent actuellement à Copenhague à des négociations décisives sur le climat. Comme il l’a déjà fait à plusieurs reprises, et notamment dans sa dernière encyclique « Caritas in Veritate », le Pape appelle au respect de la création, mais il le fait, dans ce texte, dans des termes particulièrement forts et explicites.

Benoît XVI invite à une véritable prise de conscience soulignant que la sauvegarde de la terre et des biens naturels est essentielle à la coexistence pacifique de l’humanité ; il réclame par ailleurs l’adoption d’un modèle de développement basé sur le caractère central de l’être humain, appelant à une solidarité nouvelle.


Écoutez le compte-rendu d’Olivier Bonnel (Radio Vatican) : >>

11.12.2009

Entre Rome et Moscou, c'est à nouveau le printemps

Entre Rome et Moscou, c'est à nouveau le printemps

Pour la première fois, l’Eglise orthodoxe russe publie dans un livre les textes d'un pape. L'auteur: Benoît XVI. Le sujet: l'Europe. L'objectif: une sainte alliance pour défendre la tradition chrétienne


par Sandro Magister





ROME, le 11 décembre 2009 – Dans un communiqué laconique, l’Eglise de Rome et la Russie ont annoncé, il y a deux jours, qu’elles allaient "établir entre elles des relations diplomatiques, au niveau d’une nonciature apostolique pour le Saint-Siège et d’une ambassade pour la Fédération de Russie".

Six jours plus tôt, le 3 décembre, le pape Benoît XVI avait reçu en audience Dimitri Medvedev, président de la Fédération de Russie. Il lui avait offert un exemplaire en russe de l'encyclique "Caritas in veritate" et avait discuté avec lui "de sujets culturels et sociaux d’intérêt commun, comme la valeur de la famille, et de la contribution des croyants à la vie de la Russie".

Mais il n’y a pas qu’avec les autorités de l’Etat russe que l’Eglise de Rome entretient aujourd’hui des relations jugées "amicales" par les deux parties.

Le printemps semble aussi se manifester avec l’Eglise orthodoxe de Moscou.

Un signe en a été donné au moment même de la visite de Medvedev en Italie. Le 2 décembre, un livre édité par le patriarcat de Moscou et réunissant les principaux discours sur l'Europe prononcés par Joseph Ratzinger, cardinal et pape, au cours des dix dernières années a été présenté à Rome.

Le volume est entièrement bilingue italien-russe. Son titre reprend une expression employée par Benoît XVI à Prague : "Europe, patrie spirituelle". Et la longue introduction est signée par le président du département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat, l’archevêque Hilarion de Volokolamsk (photo), une autorité de première grandeur : on sait que le précédent titulaire de cette charge, Kirill, est aujourd’hui le patriarche de l’Eglise orthodoxe de Moscou "et de toutes les Russies".

On trouvera ci-dessous un extrait de cette introduction, très intéressant pour comprendre comment le patriarcat de Moscou voit son rôle en Europe.

Une Europe forgée par le christianisme mais aujourd’hui attaquée par un "sécularisme  militant" contre lequel la lutte est surtout menée par deux forces : l’Eglise de Rome en Occident et l’Eglise orthodoxe en Orient.

Ceux qui pensent que l’Eglise orthodoxe est hors du temps, toute en traditions lointaines et en liturgies archaïques, seront stupéfaits en lisant l'introduction de ce livre.

Elle a été inspirée par un document très vigoureux, sans précédent dans toute l’histoire de l'orthodoxie. Intitulé "Les bases de la doctrine sociale de l’église orthodoxe russe", il a été publié en 2000 par le concile des évêques russes.

L'image qui en ressort est celle d’une Eglise russe qui refuse d’être enfermée dans un ghetto et combat au contraire l'assiégeant séculariste avec toutes les armes pacifiques à sa disposition, y compris la désobéissance civile contre les lois "qui obligent à commettre un péché aux yeux de Dieu".

C’est un texte qui frappe aussi par son langage franc, politiquement incorrect, inhabituel sous la plume d’une haute autorité ecclésiastique.

Mais, avant de le lire, il est intéressant de connaître quelques particularités du livre.

Sa publication ne résulte pas de contacts œcuméniques officiels. Ni le conseil pontifical pour l'unité des chrétiens présidé par le cardinal Walter Kasper, ni aucun autre service du Vatican ne sont à son origine.

Les véritables promoteurs et éditeurs sont d’une part le département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou et d’autre part une association internationale ayant son siège à Rome : "Sofia : Idea Russa, Idea d’Europa".

Cette association est animée par Pierluca Azzaro, professeur d’histoire de la pensée politique à l'Université Catholique du Sacré-Cœur et responsable du livre. Elle agit à travers le "Forum de dialogue des sociétés civiles d’Italie et de Russie", coprésidé pour l'Italie par Luisa Todini, propriétaire d’une grande entreprise de construction et ancienne parlementaire européenne du parti de Silvio Berlusconi, et pour la Russie par Vladimir A. Dmitriev, président de la Vnesheconombank.

C’est ce Forum, né à la fin de 2004 d’une initiative conjointe de Berlusconi et du président russe Vladimir Poutine, qui a organisé à Rome, le 2 décembre dernier, la présentation publique du livre de Joseph Ratzinger/Benoît XVI, au ministère du Développement économique. Deux autres ministres, ceux de la Culture et de l'Instruction, étaient présents, ainsi qu’une nombreuse assistance d’industriels, de diplomates et d’experts en géopolitique.

Pour le monde de la culture russe, c’est le recteur de l’Université d’Etat des Relations Internationales de Moscou, Anatoly V. Torkounov qui est intervenu et, pour le monde de la culture italien, le recteur de l'Université Catholique du Sacré-Cœur, Lorenzo Ornaghi.

Le patriarcat de Moscou était représenté par le secrétaire du département des relations ecclésiastiques extérieures, Sergueï Zvonarev, et le conseil pontifical pour l'unité des chrétiens par Mgr Milan Zust, spécialiste des relations avec l'orthodoxie.

La rencontré était intitulée : "Le rôle des Eglises dans l’intégration culturelle de l’Europe".

Voici donc ce que pense, à ce sujet, le "ministre des Affaires étrangères" de l’Eglise de Moscou :
 



L'aide que l’Eglise Orthodoxe Russe peut apporter à l'Europe

par Hilarion Alfeyev, archevêque de Volokolamsk

Introduction à : Joseph Ratzinger/Benoît XVI, "Europe, patrie spirituelle", Moscou/Rome, 2009



Lors de mes voyages en Europe, surtout dans les pays de tradition protestante, je suis toujours étonné de voir un nombre non négligeable d’églises abandonnées par leurs paroissiens, surtout celles qui sont devenues des pubs, des clubs, des magasins ou des lieux d’activité profane d’un autre genre encore. Il y a quelque chose de profondément déplorable dans ce triste spectacle. Je viens d’un pays où, des décennies durant, les églises ont été utilisées à des fins irréligieuses. De très nombreux lieux de culte ont été totalement détruits, d’autres transformés en "musées de l’athéisme", d’autres encore réaménagés pour être confiés à des institutions séculières. C’était l’une des caractéristiques de ce que l’on appelait "l’athéisme militant", qui a prédominé pendant 70 ans dans mon pays et ne s’est effondré qu’à une époque assez récente. Mais quelle est, en Europe occidentale, la cause de tels phénomènes ? Est-ce le fait que la place de la religion au sein de la société occidentale a diminué de façon tellement significative au cours des dernières décennies ? Comment se fait-il que la religion ait de moins en moins de place dans la sphère publique ? Et encore : pourquoi cette réduction de la présence religieuse en Europe a-t-elle coïncidé avec les processus de consolidation en matière politique, financière, économique et sociale ? [...]

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand l'Europe était en ruines, la nécessité d’une solidarité paneuropéenne est devenue évidente, pas seulement pour la survie du continent, mais pour celle du monde entier. [...] La présence d’un "grand frère" derrière le rideau di fer poussait aussi l'Occident à agir pour l'intégration et l'unification.

En principe ce processus a eu des dimensions uniquement économiques, militaires et politiques. Et pourtant, au fil du temps, l'exigence d’un espace culturel commun, d’une unique civilisation européenne, est devenue de plus en plus forte. Il a donc paru nécessaire de développer une idéologie nouvelle, universelle, qui, en réduisant les tensions idéologiques et religieuses existant entre les divers peuples, assurerait la coexistence pacifique entre les différentes cultures au sein d’une seule civilisation européenne.

Pour créer une idéologie d’une telle ampleur, il fallait réduire toutes les traditions culturelles, idéologiques et religieuses d'Europe à un dénominateur commun. Le rôle de ce dénominateur a été joué par l’humanisme occidental postchrétien, dont les principes essentiels furent formulés à l’époque des Lumières et "testés" pendant la Révolution française.

Le modèle d’une nouvelle Europe fondée sur cette idéologie présuppose la construction d’une société ouvertement séculariste, dans laquelle la religion ne peut avoir de place que dans la sphère privée. Conformément à ce modèle sécularisé, la religion doit être séparée à la fois de l’Etat et de la société : elle doit être sans aucune influence sur le développement social et ne pas interférer dans la vie politique. Non seulement un tel modèle réduit à zéro la dimension sociale de toute religion mais il constitue un défi pour la vocation missionnaire de beaucoup de communautés religieuses. Pour les Eglises chrétiennes, ce modèle représente une véritable intimidation, parce qu’il leur ôte la possibilité de prêcher l’Evangile à "toutes les nations", d’annoncer le Christ au monde. [...]
 
En Union Soviétique la religion a été persécutée pendant 70 ans. Il y a eu plusieurs vagues de persécution, chacune ayant son caractère particulier. A la fin des années 20 et pendant les années 30, les persécutions ont été plus cruelles. Une grande partie du clergé a été mise à mort ; tous les monastères ont été fermés, ainsi que les écoles de théologie et la majorité des églises. Une période moins brutale a suivi la fin de la seconde guerre mondiale : des monastères ont été rouverts, ainsi que quelques écoles. Dans les années 60, une nouvelle vague de dures persécutions a commencé, visant à l’anéantissement total de la religion qui aurait dû se réaliser avant le début des années 80.

Mais, au milieu des années 80, non seulement l’Eglise était encore vivante mais, en fait, elle se développait, même si c’était lentement. [...] Quelque chose, en tout cas, n’a jamais changé : l’interdiction faite à la religion de sortir du ghetto où elle avait été confinée par le régime athée. [...]

Aujourd’hui, les processus existant en Europe ont une certaine ressemblance avec ceux de l'Union Soviétique. Pour la religion, le sécularisme militant est aussi dangereux que le fut l'athéisme militant. Tous deux tendent à exclure la religion de la sphère publique et politique, à la reléguer dans un ghetto, à la confiner au domaine de la dévotion privée. Les règles non écrites de "political correctness" sont de plus en plus appliquées aux institutions religieuses. Dans bien des cas, cela implique que les croyants ne peuvent plus exprimer leurs convictions ouvertement, dans la mesure où l'expression publique d’une conviction religieuse pourrait être considérée comme une violation des droits de ceux qui ne la partagent pas. [...]

Les résultats de cette politique sont évidents. Dans certains pays, spécialement ceux qui ne sont pas majoritairement catholiques ou orthodoxes, les majestueuses cathédrales qui, il y a encore quelques décennies, contenaient des milliers de fidèles en prière sont à moitié vides ; les séminaires de théologie ferment par manque de vocations ; les communautés religieuses ne se renouvellent pas ; les propriétés des Eglises sont vendues ; les lieux de culte sont transformés en centres pour activités profanes. Encore une fois il est indéniable que, dans bien des cas, les Eglises elles-mêmes sont responsables de la situation, mais il ne faut pas sous-évaluer l'effet destructeur du sécularisme. La religion est vraiment expulsée de la sphère publique, de plus en plus marginalisée par la société sécularisée. Et cela bien que, dans tout l'Occident et en particulier en Europe, la majorité des gens croie encore en Dieu. [...]

L’Eglise orthodoxe russe peut donc aider l'Europe par son expérience unique de survie aux persécutions les plus dures et à la lutte contre l'athéisme militant, elle qui a émergé du ghetto au moment où la situation politique changeait, reprenant sa place dans la société et redéfinissant ses responsabilités sociales [...]. Contrairement à beaucoup de pays d'Europe occidentale, la Russie et les autres républiques de l'ex-Union Soviétique vivent une période de renaissance religieuse : des millions de gens reviennent à Dieu ; partout on construit des églises et des monastères. L’Eglise orthodoxe russe, indiscutablement l’une des Eglises au monde qui croissent le plus vite aujourd’hui, ne souffre pas d’une pénurie de vocations : au contraire, des milliers de jeunes entrent dans ses écoles de théologie pour consacrer leur vie à Dieu. [...]

"Les bases de la doctrine sociale de l’église orthodoxe russe", document que le concile des évêques a adopté en 2000, est la preuve écrite que cette Eglise [...] a un potentiel intellectuel lui permettant de donner des réponses équilibrées et compréhensibles. En lisant ce document - le premier texte de ce genre dans toute l’histoire de la chrétienté orthodoxe - tout le monde comprend qu’il appartient à une Eglise qui ne vit plus dans un ghetto mais est plutôt en pleine force. Durement frappée par l'athéisme militant, cette Eglise n’a jamais été détruite. Au contraire, elle est ressortie renouvelée et rajeunie de l’expérience terrible de la persécution. Descendue aux enfers et ressuscitée des morts, cette Eglise a vraiment beaucoup à dire au monde. [...]

Pour l’Eglise orthodoxe russe, il ne peut y avoir un seul modèle idéologique, ni un unique système de valeurs spirituelles et morales à imposer indistinctement à tous les pays européens. L’Eglise orthodoxe russe souhaite une Europe fondée sur le véritable pluralisme, une Europe où la diversité des traditions culturelles, spirituelles et religieuses soit pleinement représentée. Cette pluralité de traditions doit se refléter dans tous les textes législatifs et être respectée par tous les tribunaux dans leurs jugements. Si les lois et les décisions de justice ne reposent que sur les principes enracinés dans l’humanisme séculariste occidental – avec sa conception particulière de la paix, de la tolérance, de la liberté, de la justice, du respect des droits de l’homme, et ainsi de suite – elles risquent de ne pas être acceptées par une bonne partie de la population européenne, et en particulier par ceux qui, du fait de leur appartenance à une tradition religieuse, ont une vision différente de ces principes. [...]

L’ancienne dictature totalitaire ne doit pas être remplacée par une nouvelle dictature de mécanismes de gouvernement paneuropéens. [...] Pour l’Eglise orthodoxe russe, tout Etat doit avoir le droit de légiférer à sa guise sur le mariage et la famille, les questions de bioéthique et les modèles d’éducation. Les pays de tradition orthodoxe, par exemple, n’acceptent pas de lois légalisant l'euthanasie, les mariages entre homosexuels, le trafic de drogue, le maintien des bordels, la pornographie et ainsi de suite.

De plus, nous croyons que chaque pays doit avoir le droit de développer son propre modèle de rapports entre l’Etat et l’Eglise. Une législation qui se borne à garantir aux citoyens le droit à la liberté religieuse crée, en fait, les conditions d’une concurrence sauvage entre religions et confessions. Nous devons au contraire créer ensemble les conditions pour que les libertés démocratiques d’un individu, y compris son droit à l'autodétermination religieuse, ne s’opposent pas au droit des communautés nationales à préserver leur intégrité, la fidélité à leurs traditions, leur éthique sociale et leur religion. Ce sont des éléments particulièrement importants, surtout quand il s’agit de créer une réglementation relative aux mouvements à caractère religieux destructeurs et extrémistes, ou quand on a la preuve de violations de la liberté religieuse par des religions traditionnelles, dont l’expansion dans certaines parties de l'Europe menace l'ordre public et social. [...]

Des chocs et des affrontements seront inévitables entre les institutions religieuses d’un côté et le monde sécularisé de l'autre si aucune garantie n’est donnée aux communautés religieuses. Ils pourront avoir lieu à différents niveaux et sur différentes questions, mais il n’est pas difficile de prévoir que, dans la plupart des cas, ils porteront sur des problèmes de morale, dont les communautés religieuses ont une vision différente de celle de la société moderne. Il y a déjà une divergence assez claire entre le système de valeurs des religions traditionnelles et celui qui caractérise le monde sécularisé.

"Les bases de la doctrine sociale" n’est pas un manuel à usage privé : c’est un document public dans lequel l’Eglise orthodoxe russe exprime ses positions officielles de manière ouverte et explicite. Le langage du document diffère de celui de la société sécularisée : la notion de péché, par exemple, est pratiquement absente du vocabulaire du sécularisme. Mais l’Eglise estime avoir pleinement le droit d’exprimer ses positions publiquement, non seulement quand elles concordent avec les opinions généralement acceptées, mais aussi en cas de divergence.

Il y a de nombreuses positions développées dans "Les bases de la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe" qui pourraient ne pas correspondre aux standards du sécularisme. Par exemple, l’Eglise voit dans l'avortement "un péché grave", semblable à l'homicide, et déclare que "dès la conception, toute intervention contre la vie du futur être humain est criminelle". L’Eglise refuse aussi, comme "contre nature et moralement inadmissible", le système des "mères porteuses", ainsi que toute forme d'insémination extracorporelle. Le clonage humain est considéré comme un "défi sans équivoque à la nature même de l'être humain et à l'image de Dieu qui s’y trouve, dont font partie intégrante la liberté et l'unicité de la personne". La thérapie qui utilise le fœtus est considérée comme "absolument inadmissible". L'euthanasie est condamnée comme "forme d’homicide ou de suicide". Changer de sexe est considéré comme une "rébellion contre le Créateur" que l’Eglise n’admet pas : si une personne d’un sexe différent de celui qui était le sien à l’origine se présentait pour recevoir le baptême, elle serait baptisée selon le "sexe auquel elle appartenait au moment de sa naissance". [...]
 
Le droit de suivre leurs traditions canoniques plutôt que la loi sécularisée en cas de superpositions ou d’opposition évidente, doit être reconnu aux Eglises. Selon la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe, "quand la loi humaine rejette complètement la norme divine qui a une valeur absolue, pour la remplacer par une norme contraire, cette dernière cesse d’être loi et devient illégale, quels que soient les caractères juridiques dont elle est revêtue".

Donc, "pour tout ce qui concerne l'ordre exclusivement terrestre des choses, le chrétien orthodoxe doit obéir à la loi, si imparfaite et défavorable soit-elle. Mais, au cas où le respect de la loi menacerait son salut éternel et impliquerait l'apostasie ou l'obligation de commettre un péché aux yeux de Dieu et du prochain, le chrétien est appelé à professer audacieusement sa foi, pour l'amour de Dieu et de sa vérité et pour le salut de son âme, pour la vie éternelle. Il devra protester par les moyens légaux contre la nette violation des lois et commandements de Dieu commise par la société ou par l’Etat. Et si cela s’avère impossible ou inefficace, alors il devra passer à la désobéissance civile". (IV, 9)

Evidemment, la désobéissance à la loi civile est une mesure extrême, qu’une Eglise particulière peut adopter dans des circonstances exceptionnelles. Mais c’est une possibilité qu’il ne faut pas exclure a priori, au cas où un système de valeurs sécularisées deviendrait le seul en vigueur en Europe. [...]

Je crois que la solidarité entre chrétiens européens doit devenir de plus en plus manifeste au fur et à mesure que progresse le processus de définition d’un système commun de valeurs européen. Ce n’est qu’ensemble que les chrétiens, avec les représentants des autres religions traditionnelles en Europe, seront capables de sauvegarder leur identité, de combattre le sécularisme militant et d’affronter les autres défis de la modernité. L’Eglise orthodoxe russe est prête à collaborer, au niveau interconfessionnel ou interreligieux mais aussi au niveau politique, social et à tous les autres niveaux, avec tous ceux qui ne sont pas indifférents à la future identité de l'Europe, avec tous ceux qui croient que les valeurs religieuses traditionnelles font partie de cette identité.

Je voudrais enfin commenter la récente sentence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre l'Italie, c’est-à-dire l’interdiction de placer des crucifix dans les écoles italiennes. Cette sentence va contre le droit de chaque Etat de préserver ses traditions et son identité ; elle porte donc atteinte à l'inviolable principe de l'authentique pluralisme des traditions. C’est une manifestation inacceptable de sécularisme militant. L'activité de la Cour Européenne ne doit pas se transformer en farce cynique. L'attitude ultralibérale qui a prévalu dans l'adoption de cette décision ne doit pas prédominer en Europe. Les origines de l'Europe sont chrétiennes. Le crucifix est un symbole universel et il est absolument inadmissible que, pour satisfaire aux standards ultralibéraux et athées, on prive l'Europe et ses institutions sociales des symboles qui ont formé et uni les gens pendant tant de siècles. Le crucifix n’est pas un symbole de violence mais de conciliation. Je pense que, dans tous ces domaines, nous pouvons collaborer avec l’Eglise catholique pour défendre la tradition chrétienne face au sécularisme militant et au libéralisme agressif.

Dans ce cadre, je voudrais en conclusion poser la question suivante : sommes-nous en train de construire une Europe complètement athée et séculariste, où Dieu est expulsé de la société et la religion poussée vers le ghetto du privé, ou la nouvelle Europe sera-t-elle vraiment la maison des diverses religions, devenant ainsi authentiquement accueillante et pluraliste ? Je crois que c’est la question que les Eglises d’Europe et les communautés religieuses doivent poser, une question à laquelle les hommes politiques ont le devoir de répondre. C’est sur cette question que le dialogue entre les communautés religieuses et les institutions politiques européennes devrait être centré.


Le texte de l'introduction de l'archevêque Hilarion au livre de Joseph Ratzinger/Benoît XVI "Europe, patrie spirituelle" a été reproduit presque intégralement le 2 décembre par "L'Osservatore Romano":

> L'Europe et les intimidations du sécularisme


Sur ces sujets, voir www.chiesa :

> Focus ÉGLISES ORIENTALES




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

01.10.2009

La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi

La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi

Le nouveau président de l’IOR est fermement partisan d'un capitalisme d'inspiration chrétienne. Selon lui, les naissances nombreuses sont le premier moteur de l'économie. Au même moment, en Italie, un autre changement important se prépare à la tête des médias appartenant à l'épiscopat


par Sandro Magister





ROME, le 1er octobre 2009 – En août et septembre a eu lieu la dramatique éviction de Dino Boffo, directeur unique des médias appartenant à l’Eglise catholique en Italie. Pendant ce temps-là, sur l’autre rive du Tibre, se préparait, en silence et calmement, le changement de patron d’un autre organisme clé, l’IOR, Institut pour les Œuvres de Religion, la banque du Vatican.

A vrai dire, l’IOR vit lui aussi des moments difficiles. Un livre décrivant ses méfaits - nombreux documents irréfutables à l’appui - figure depuis des mois parmi les best-sellers. Ce n’est pas l’IOR en tant que tel qui y est montré du doigt, mais ses moutons noirs de naguère, messeigneurs Paul Marcinkus et Donato De Bonis. Le livre présente le banquier Angelo Caloia, président de l’IOR depuis 15 ans, comme un chevalier blanc, un homme courageux qui a chassé les crapules, nettoyé les écuries d’Augias et rendu à la banque du pape une image de vertu. Son départ et la nomination de son successeur Ettore Gotti Tedeschi (photo) ont été annoncés sur fond de paix et d’estime mutuelle entre les deux hommes, le 23 septembre au matin.

Le même jour, les dirigeants - 30 cardinaux et évêques de premier plan - de la conférence des évêques d’Italie (CEI) étaient réunis à Rome à huis clos pour discuter de nombreux sujets et notamment de la succession de Boffo. Mais jusqu’à présent aucune orientation unitaire n’est sortie de ce sommet ou des conciliabules des jours suivants.

Boffo était bien plus qu’un professionnel des médias : c’était le "projet culturel" du cardinal Camillo Ruini en termes de communication, l’intermédiaire à travers lequel le message de l’Eglise devenait "culture populaire".

Pendant 16 ans, de 1991 à 2007, Ruini a été président de la CEI. Avec lui, l’Eglise est redevenue un acteur majeur dans la sphère publique, comme elle ne l’avait jamais été auparavant. Son projet était la transposition parfaite à l’Italie de la vision planétaire de Jean-Paul II.

Son départ a redonné du tonus à ceux qui, parmi les évêques, le clergé, les laïcs catholiques et à la secrétairerie d’état du Vatican, sont opposés à son projet. C’est Boffo qui leur résistait, aux commandes du quotidien "Avvenire", de la télévision Sat 2000, des radios. Maintenant qu’il est parti lui aussi - renversé par le "Giornale" de Vittorio Feltri et Silvio Berlusconi mais également attaqué par des catholiques influents qui ont figuré parmi ses meilleures signatures, de Vittorio Messori à Giovanni Maria Vian, l’actuel directeur de "L'Osservatore Romano" - le choix de son successeur indiquera aussi dans quelle direction la hiérarchie catholique italienne veut marcher.


***


A l’IOR, c’est tout différent. Le changement a déjà été réalisé, en toute transparence, par la volonté de la secrétairerie d’état et avec l’accord de Benoît XVI.

Les biographies d’Angelo Caloia étaient succinctes, ses actes publics rarissimes et sa pensée insondable. Son successeur à la tête de la banque du Vatican est à l’opposé : d’Ettore Gotti Tedeschi on connaît toute la vie, les sympathies, les fréquentations, l’agenda et les idées.

Son dernier acte public avant sa nomination date du 19 septembre, au Palazzo della Borsa, à Gênes. Lui et le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de la ville et président de la CEI, ont discuté de l'encyclique "Caritas in veritate" de Benoît XVI. Il a affirmé que l'actuelle crise mondiale de l'économie "vient de ce que l’on n’a pas suivi les indications d’'Humanae vitae', c’est-à-dire qu’elle vient de la négation de la vie et du blocage des naissances".

Gotti Tedeschi avait déjà exprimé cette idée dans un éditorial publié par "L'Osservatore Romano" du 6 juin. Si la domination économique du monde va passer de l'Occident à la Chine, écrivait-il, c’est en raison de la différence dans les taux de natalité et de densité de population. L'évolution démographique détermine l’augmentation ou la diminution de la capacité de production d’une économie.

Gotti Tedeschi a cinq enfants, "d’un seul mariage" précise-t-il. Il vit à la campagne près de Piacenza, dans la région où il est né il y a 64 ans, à Pontenure, non loin du Pô. Le matin, il se lève très tôt, comme un moine. A l’aube, il arrive à Milan dans sa BMW. Il lit les journaux dans son bureau de président pour l’Italie de Banco Santander, la première banque privée d'Europe, appartenant à une famille laïque espagnole, les Botín. Puis il va à la messe, tous les matins sans exception.

Il enseigne l’éthique de la finance à l'Université Catholique de Milan. Mais il est aussi conseiller de la banque San Paolo de Turin et de la Cassa Depositi e Prestiti, bras opérationnel du ministère du Trésor.

Le 23 septembre, alors que le Vatican annonçait qu’il était nommé président de l’IOR, Gotti Tedeschi participait, à Rome, à une réunion décisive de la Cassa, portant sur l’approbation d’un plan industriel de 50 milliards d’euros en infrastructures et en logements populaires. La Cassa est l’enfant chéri de Giulio Tremonti, l'actuel ministre du Trésor, dont Gotti Tedeschi est le conseiller "pour les problèmes économiques, financiers et éthiques dans les systèmes internationaux", un poste créé spécialement pour lui.

Avant sa nomination, Gotti Tedeschi n’avait jamais mis les pieds à l’IOR et ne s’en était jamais occupé. Mais, depuis quelque temps, on le voyait souvent au Vatican. Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état, l'avait appelé à l’aide, il y a un an, pour redresser la gestion financière du Gouvernorat de la Cité du Vatican, dont les comptes ont été dans le rouge en 2008 pour plus de 15 millions d’euros.

Le traitement paraît avoir réussi. Le principal responsable de la mauvaise gestion, Mgr Renato Boccardo, secrétaire général du Gouvernorat, a été nommé évêque de Spolète et Norcia, alors qu’il espérait une nonciature de tout premier plan et avait refusé pour cette raison celle de Vienne. Il a été remplacé par le lombard Carlo Maria Viganò, qui sera bientôt promu au poste le plus élevé du Gouvernorat, à la place de l'actuel numéro un, le cardinal Giovanni Lajolo.

En tant que banquier, Gotti Tedeschi s’est formé sur ce bateau-école de la grande finance internationale qu’est l'américain McKinsey. En tant que catholique, de "superficiel" qu’il était, il est devenu fervent dans les années 60, sous la direction spirituelle de Giovanni Cantoni. Deux livres ont fait connaître sa pensée au grand public : "Denaro e Paradiso" (Argent et Paradis), publié en 2004 avec une préface du cardinal Giovanni Battista Re, et "Spiriti animali. La concorrenza giusta", (Esprits animaux. La bonne concurrence), édité par l'université Bocconi et préfacé par Alessandro Profumo, président d’Unicredit, la première banque italienne en Europe,.

Parmi ses actes publics, d’autres sont moins importants mais tout aussi révélateurs. En 2007 Gotti Tedeschi, le plus catholique des banquiers, a signé un manifeste ultralibéral en 13 points lancé par l'ancien secrétaire du très laïc parti radical, Daniele Capezzone. Ce manifeste proposait une "flat tax" unique à 20 %, le présidentialisme sur le modèle américain ou français, le crédit d'impôt pour la santé et l’école, l'obligation pour les agents de la fonction publique de payer les dégâts qu’ils auraient causés, la retraite à 65 ans, la détaxation des heures supplémentaires, l'abolition des ordres professionnels et de la valeur légale des diplômes.

Gotti Tedeschi a proposé, il y a quelques années, d’attribuer le Nobel d'économie à Jean-Paul II pour l’encyclique "Centesimus annus" et, plus récemment, à Benoît XVI pour "Caritas in veritate", texte à la rédaction duquel il a lui-même participé.

Cette année, il a aussi proposé pour le Nobel le premier ministre britannique Gordon Brown, parce que celui-ci a appuyé dans "L'Osservatore Romano" sa proposition, grandiose et "avantageuse" pour tous, d’investir dans les pays pauvres en faveur de ces deux ou trois milliards d’hommes qui n’attendent que d’améliorer leur vie.

L’IOR paraît trop limité pour un nouveau président aux projets si vastes et si explosifs. Mais l'aventure ne fait que commencer.



Les précédents articles de www.chiesa à propos de l’IOR et d’Ettore Gotti Tedeschi :

> Tout l'argent de Pierre. Vices et vertus de la banque du Vatican
(15.6.2009)

> Crise financière. La bonne nouvelle arrive du Vatican (27.2.2009)

> Pour l'argent de Pierre, c'est le calme dans la tempête (30.1.2009)

> L'encyclique sur la doctrine sociale peut attendre. Pas le pari sur les pays pauvres (5.12.2008)

> Un banchiere cattolico insegna come produrre ricchezza per il Regno dei Cieli (11.10.2004)


Et les précédents articles de www.chiesa à propos de l’affaire "Avvenire":

> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux: l'épiscopat et le Vatican
(10.9.2009)

> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir
(31.8.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa


01.09.2009

Réflexion du card. Bertone sur l’encyclique « Caritas in veritate » 4

« Sur les causes lointaines de la crise financière », par le card. Bertone (4)

Réflexions sur « Caritas in veritate »

 

http://www.forumconfraternitatum.org/blog/wp-content/uploads/2009/02/bertone.jpg


ROME, Jeudi 27 août 2009 (ZENIT.org) - « La proposition de l'encyclique n'est ni à caractère idéologique, ni uniquement réservée à ceux qui partagent la foi dans la Révélation divine, mais se fonde sur des réalités anthropologiques fondamentales, comme le sont précisément la vérité et la charité entendues au sens droit, ou, comme le dit l'encyclique elle-même, données à l'homme et reçues par lui, et non pas produites par lui de façon arbitraire », déclare le cardinal secrétaire d'Etat Tarcisio Bertone, lors d'une rencontre au Sénat de la République italienne.

Le texte intégral a été publié en français par L'Osservatore Romano en français du 4 août, sous le titre : « Efficacité et justice ne suffisent pas : pour être heureux, le don est nécessaire ». Nous le publions en quatre volets. Les trois premiers volets ont été publiés les 24, 25 et 26 août 2009 (voir ci-dessous). Dans ce quatrième et dernier volet, le cardinal Bertone évoque « les causes lointaines de la crise financière ».

Le cardinal Bertone a prononcé ce discours dans la salle du chapitre de la bibliothèque du sénat de la République italienne, le mardi 28 juillet 2009 au matin, à propos de l'enseignement de l'encyclique de Benoît XVI, « Caritas in veritate ».

« Pour être heureux, le don est nécessaire »,

par le card. Tarcisio Bertone

(...)

4. Sur les causes lointaines de la crise financière

Caritas in veritate s'arrête sur les causes profondes (et pas uniquement sur les causes proches) de la crise encore en cours. Je n'ai pas l'intention de les passer en revue et je me limiterai à résumer les trois facteurs principaux de crise identifiés et pris en considération.

Le premier concerne le changement radical dans la relation entre finance et production de biens et services qui s'est consolidé au cours des trente dernières années. A partir du milieu des années 1970, divers pays occidentaux ont conditionné leurs promesses en matière de retraite à des investissements qui dépendaient de la capacité des nouveaux instruments financiers à engendrer un profit durable exposant ainsi l'économie réelle aux caprices de la finance et engendrant le besoin croissant de destiner à la rémunération de l'épargne investie dans ces derniers des parts croissantes de valeur ajoutée. Les pressions sur les entreprises, dérivant des bourses et des fonds de private equity, se sont répercutées dans plusieurs directions: sur les dirigeants poussés à améliorer continuellement les performances de leur gestion, dans le but d'en tirer des volumes croissants de stocks options; sur les consommateurs, pour les convaincre à acheter toujours plus, même en l'absence de pouvoir d'achat; sur les entreprises de l'économie réelle, pour les convaincre à augmenter la valeur pour l'actionnaire. C'est ainsi que l'exigence constante de résultats financiers toujours plus excellents s'est répercutée sur tout le système économique, jusqu'à devenir un véritable modèle culturel.

Le deuxième facteur qui explique la crise est la diffusion, au niveau de la culture populaire, de l'éthos de l'efficacité comme critère ultime de jugement et de justification de la réalité économique. D'un côté, cela a fini par légitimer l'avidité - qui est la forme la plus connue et la plus répandue de l'avarice - comme une sorte de vertu civique: le greed market qui remplace le free market. "Greed is good, greed is right" (l'avidité est bonne, l'avidité est juste), prêchait Gordon Gekko, le personnage principal du célèbre film de 1987, Wall Street.

Enfin, Caritas in veritate ne manque pas de s'arrêter sur la cause des causes de la crise: les spécificités du modèle culturel qui s'est consolidé au cours des dernières décennies dans le sillage, d'un côté, du processus de mondialisation, et, de l'autre, de l'avènement de la troisième révolution industrielle, celle des technologies info-télématiques. Un aspect spécifique de ce modèle concerne l'insatisfaction, toujours plus étendue, en ce qui concerne la façon d'interpréter le principe de liberté. Comme on le sait, il existe trois dimensions constitutives de la liberté: l'autonomie, l'immunité, la capacité d'action. Qui dit autonomie dit liberté de choix: on n'est pas libre si l'on n'est pas placé dans la condition de choisir. L'immunité, en revanche, implique l'absence de coercition de la part d'un agent extérieur. C'est, en définitive, la liberté négative (ou encore la "liberté par rapport à"). La capacité d'action enfin, signifie capacité de choix, c'est-à-dire de poursuivre des objectifs, du moins en partie ou dans une certaine mesure, que le sujet se fixe. L'on n'est pas libre si l'on ne réussit jamais à réaliser (pas même en partie) son projet de vie.

Comme on peut le comprendre, le défi à relever consiste à réunir côte à côte les trois dimensions de la liberté: telle est la raison pour laquelle le paradigme du bien commun apparaît comme une perspective extrêmement intéressante à explorer.

A la lumière de ce qui précède, nous pouvons comprendre pourquoi la crise financière ne peut pas prétendre être un événement inattendu, ni inexplicable. Voilà pourquoi, sans rien ôter aux interventions indispensables en matière de réglementation et aux nouvelles formes nécessaires de contrôle, nous ne réussirons pas à empêcher l'apparition d'épisodes analogues à l'avenir si l'on n'attaque pas le mal à sa racine, c'est-à-dire si l'on n'intervient pas sur le modèle culturel qui soutient le système économique. Cette crise lance un double message aux autorités gouvernementales. En premier lieu, que la sacro-sainte critique à l'"Etat interventionniste" ne peut en aucun cas revenir à méconnaître le rôle central de l'"Etat régulateur". En second lieu, que les autorités publiques situées aux divers niveaux des gouvernements doivent permettre, et même favoriser, la naissance et le renforcement d'un marché financier pluraliste, c'est-à-dire d'un marché dans lequel puissent opérer dans des conditions de parité objective des sujets différents, sur l'objectif spécifique qu'ils attribuent à leur activité. Je pense aux banques du territoire, aux banques de crédit coopératif, aux banques éthiques, aux divers fonds éthiques. Il s'agit d'organismes qui ne proposent pas seulement à leurs guichets une finance créative, mais qui jouent surtout un rôle complémentaire, et donc, d'équilibre, par rapport aux agents de la finance spéculative. Si, au cours des dernières décennies, les autorités financières avaient éliminé les nombreux conditionnements qui pesaient sur les acteurs de la finance alternative, la crise actuelle n'aurait pas eu la puissance dévastatrice que nous connaissons.


5. Conclusion

Avant de conclure, je souhaite remercier le président du Sénat de la République italienne, M. Schifani, de m'avoir permis d'illustrer devant cet auditoire qualifié certains traits de la dernière encyclique de Benoît XVI.

Il s'agit d'une certaine façon d'un retour du Saint-Père dans ce siège du Sénat de la République, où celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger tint le 13 mai 2004 dans la bibliothèque du sénat précisément, une "lectio magistralis" restée dans les mémoires sur le thème: "L'Europe. Ses fondements spirituels, hier, aujourd'hui et demain".

Il est intéressant de noter que dans cette intervenion, entre autres, le futur Souverain Pontife abordait certains thèmes que l'on retrouve aujourd'hui dans sa dernière encyclique. Pensons, par exemple, à l'affirmation de la raison profonde de la dignité de la personne et de ses droits: ceux-ci - disait le cardinal Ratzinger - "ne sont pas créés par le législateur, ni conférés aux citoyens, "mais ils existent plutôt de par leur droit propre, ils doivent toujours être respectés de la part du législateur, ils lui sont donnés au préalable comme des valeurs d'ordre supérieur". Cette validité de la dignité humaine préalable à toute action politique et à toute décision politique renvoie en ultime analyse au Créateur: Lui seul peut établir des valeurs qui se fondent sur l'essence de l'homme et qui sont intangibles. Le fait qu'il existe des valeurs qui ne puissent être manipulées par personne est la véritable garantie de notre liberté et de la grandeur humaine; la foi chrétienne voit en cela le mystère du Créateur et de la condition d'image de Dieu qu'il a conférée à l'homme". Dans Caritas in veritate, Benoît XVI répète que "les droits humains risquent de ne pas être respectés" lorsqu'"ils sont privés de leur fondement transcendant" (n. 56), c'est-à-dire lorsqu'on oublie que "Dieu est le garant du véritable développement de l'homme, dans la mesure où, l'ayant créé à son image, il en fonde aussi la dignité transcendante" (n. 29).

Dans la "lectio magistralis" tenue il y a cinq ans, l'actuel Souverain Pontife rappelait encore qu'"un deuxième point dans lequel apparaît l'identité européenne est le mariage et la famille. Le mariage monogame, comme structure fondamentale de la relation entre un homme et une femme et dans le même temps comme cellule dans la formation de la communauté de l'Etat, a été forgé à partir de la foi biblique. Il a donné à l'Europe, tant occidentale qu'orientale, son visage spécifique et son humanité spécifique, également et précisément parce que la forme de fidélité et de renoncement définie ici a toujours dû être à nouveau conquise, au prix de nombreux efforts et difficultés. L'Europe ne serait plus l'Europe, si cette cellule fondamentale de son édifice social disparaissait ou était changée dans son essence". Dans Caritas in veritate, cet avertissement s'étend jusqu'à devenir universel, nous pourrions dire mondial, et s'adresse à tous les responsables de la vie publique; nous lisons en effet, dans celle-ci: "Continuer à proposer aux nouvelles générations la beauté de la famille et du mariage, la correspondance de ces institutions aux exigences les plus profondes du coeur et de la dignité de la personne devient ainsi une nécessité sociale, et même économique. Dans cette perspective, les Etats sont appelés à mettre en oeuvre des politiques qui promeuvent le caractère central et l'intégrité de la famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, cellule première et vitale de la société, prenant en compte ses problèmes économiques et fiscaux, dans le respect de sa nature relationnelle" (n. 44).

Certes, Caritas in veritate s'adresse, comme cela est affirmé dans son titre officiel, à tous les membres de l'Eglise catholique et "à tous les hommes de bonne volonté". Pourtant, en vertu des principes qu'il éclaire, des problèmes qu'il affronte et des indications qu'il offre, ce document pontifical, qui a d'abord suscité tant d'attentes, puis tant d'attention et de reconnaissance, en particulier dans le domaine social, politique et économique, peut trouver, me semble-t-il, un écho particulier dans ce siège institutionnel qu'est le Sénat de la République. Je suis convaincu que, au-delà des différences de formation et de convictions personnelles, ceux qui possèdent la responsabilité délicate et honorifique de représenter le peuple italien et d'exercer par son mandat le pouvoir législatif, peuvent trouver dans les paroles du Pape une noble et profonde inspiration dans l'accomplissement de leur mission, afin de répondre de façon adéquate aux défis éthiques, culturels et sociaux qui nous interpellent aujourd'hui et que l'encyclique Caritas in veritate place devant nous de façon extrêmement lucide et exhaustive. Je forme le voeu que ce document du Magistère ecclésial, que j'ai tenté de vous illustrer du moins en partie aujourd'hui, puisse trouver en ce siège l'attention qu'il mérite et porter ainsi des fruits positifs et abondants pour le bien de chaque personne et de toute la famille humaine, en commençant par la chère nation italienne.

(FIN)

© L'Osservatore Romano - 4 août 2009