23.05.2010

De nombreux jeunes en pèlerinage au Sénégal pour la Pentecôte

Au Sénégal se déroule, en ce week-end de la Pentecôte, du 22 au 24 mai, le pèlerinage traditionnel à Popenguine, symbole du catholicisme dans un pays majoritairement musulman.

 

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Partis à pieds de la cathédrale de Dakar, les fidèles sénégalais rejoindront le sanctuaire marial de Notre Dame de la Délivrance dimanche.

 

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Une marche au service de la foi et de la paix, au moment où le conflit armé en Casamance reste une inquiétude pour la population, comme nous l’explique l’Abbé Marcel Diouf, Chancelier de l’Archidiocèse de Dakar, proche collaborateur du Cardinal Sarr. Ses propos ont été recueillis par Julie Duclos (Radio Vatican): >>

 

Lire aussi :

 

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08.04.2010

Patrick Kéchichian, Petit éloge du catholicisme

Folio inédit 129 p., 2 €

La ferveur du néophyte

Devenu chrétien, le journaliste Patrick Kéchichian confesse une foi très romaine



Il fut durant près d'un quart de siècle l'une des plumes les plus «écoutées» de la critique littéraire parisienne. Tout juste retraité d’un grand quotidien du soir, Patrick Kéchichian – qui fait désormais profiter les lecteurs de La Croix de sa lecture affûtée – a souhaité publier non plus seulement des recensions faisant autorité, ni même des essais ou pamphlets dont il a le secret, mais une confession. Une confession au sens le plus originel, donc non sacramentel : un témoignage de foi.

Car foi il y a. Ni trouvée au berceau – l'homme n'a nulle honte à se reconnaître d'extraction mécréante –, ni reçue comme un coup de foudre façon Claudel ou Clavel. Mais découverte au tournant de la trentaine, puis mûrie, réfléchie, nourrie et – bien sûr – fière : «À la figure solide et bien dessinée de l'héritier j'oppose celle, inquiète et troublée, joyeuse cependant, enthousiaste même, du converti.»

On objectera (qu'il nous pardonne !) que sa foi n'est pourtant pas dépourvue d'assises consistantes. D'où un alliage rare, qui fait précisément la force de ce Petit éloge du catholicisme qu'aujourd'hui il publie pour que nul n'en ignore plus, entre la passion du néophyte et la sagesse du croyant réfléchi. Cela doit s'appeler la ferveur, telle qu'elle peut résulter du mariage de l'intelligence avec l'ardeur.

Qui dit «éloge» dit plaidoyer. N'allez donc pas chercher ici quelque traité, avec prétention à l'objectivité : tout en ayant la délicatesse d'épargner à son lecteur des épanchements indécents, la parole ici énoncée assume sereinement sa subjectivité.

N'espérez pas davantage d'y trouver de l'exhaustivité : s'assumant «petit», cet éloge procède par touches successives, enchaînant les passages obligés de tout catéchisme (le mal, la liberté, le Christ !) et d'autres plus propres au parcours personnel : conversion, donc, mais aussi littérature et écriture («La parole, comme la conversion (…) n'est pas une propriété, un pouvoir, encore moins une arme ou une source de profit, mais un devoir : celui de se faire bien entendre»), baroque…

Avec une finale digne d'une encyclique papale par assomption mariale ! Chaque sujet est traité sur quelques pages, mais ciselées, denses, que l'on sent riches d'un arrière-fond de lectures, de prière et de mise à l'épreuve.

Il s'agit donc, pour Kéchichian, de dire publiquement non seulement en quoi il croit, mais en quoi cette foi est grande. Situé clairement dans le registre de l'apologétique plutôt que du récit, son propos entend illustrer la grandeur du christianisme en sa version spécifiquement catholique. Non qu'il dénigre en quoi que ce soit d'autres traditions – d'Orthodoxie ou de Réforme – que celle où son chemin est venu s'inscrire. Simplement, il lui paraît juste de fonder, même rétrospectivement, la pertinence de la voie pour laquelle a opté sa foi.

Le résultat se trouve dans une belle constance de références et une réelle cohérence de cette appartenance – sans que l'on puisse dire si ce sont ses auteurs de prédilection qui marquent le «style» de sa foi, ou au contraire si c'est la posture adoptée qui a favorisé certaines lectures et fréquentations plus que d'autres.

Les références ? Pour Patrick Kéchichian, elles sont peu nombreuses, mais fameuses : Newman, De Lubac et Urs von Balthasar et par là Ratzinger et Lustiger, pour les piliers (on connaît fondements plus fragiles) ; pour les plus récents, on trouvera Jean-Louis Chrétien en philosophie, tout aussi solide, et l'atypique bénédictin de Ligugé François Cassingena-Trévedy.

Plus importante cependant que ces figures inspiratrices, la référence première du catholicisme de notre confrère : Rome, centre d'une communion aussi palpable qu'invisible, symbole d'une religion qui fait droit à la beauté et prône, plutôt que le triomphe ou la critique, un agenouillement qui rend humble sans humilier. Une religion d'expérience, sensuelle autant que spirituelle, et qui peut faire un bien fou à qui sait l'accueillir – comme ce que l'on nommait jadis un écrivain catholique.

MICHEL KUBLER

Source: la-croix.com

15.10.2009

Le cardinal Kasper: le mouvement œcuménique n'est pas en panne

Benoît XVI a l’intention de visiter l’église luthérienne de Rome. C’est le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, qui l’a indiqué, au cours d’une conférence de presse au Vatican, tout en précisant qu’aucune date n’a encore été fixée.

 

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Le cardinal Kasper (photo) présentait aux journalistes son dernier livre: « Harvesting the fruits. Basic aspects of Christian faith in ecumenical dialogue », un livre qui entend établir un état des lieux à propos du dialogue œcuménique avec les églises historiques de la Réforme, en mettant en valeur les fruits de ce dialogue.

Pour le président du Conseil pour l’unité, cet ouvrage, qui a reçu l’approbation du Pape ainsi que du Cardinal William Levada, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, peut représenter une réponse claire aux opinions qui ont tendance à se répandre, y compris au sein de la Curie Romaine, selon lesquelles le dialogue a échoué. Le cardinal Kasper a affirmé que personne aujourd’hui n’avait le droit de prétendre que nous traversons un hiver œcuménique. Au contraire, nous sommes en plein dans la belle saison - a-t-il lancé.


Interrogé par les journalistes, le Président du Conseil pontifical a reconnu que parfois les documents publiés par l’Eglise catholique étaient pour ses partenaires difficiles à "digérer". A propos de l’Instruction Dominus Jesus, publiée en 2001 par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, qui était alors dirigée par le cardinal Ratzinger, le cardinal Kasper a admis qu’on aurait pu formuler les choses plus « aimablement », mais en ce qui concerne sa substance, le texte exprime la pensée de l’Eglise.


Enfin, à propos des rumeurs concernant l’imminente entrée massive d’un groupe d’anglicans dans l’Eglise catholique, le cardinal Kasper a répondu que la conversion était une question personnelle. Toute personne qui, à titre individuel, souhaitera se convertir au catholicisme sera accueillie - a-t-il dit - mais pas les groupes. L’Eglise catholique ne fait pas de prosélytisme.

12.10.2009

L'Espagne catholique a un nouveau héraut: Juan Manuel de Prada

L'Espagne catholique a un nouveau héraut: Juan Manuel de Prada

Cet écrivain confirmé est devenu un défenseur infatigable de l'Eglise et du pape, y compris dans "L'Osservatore Romano". Son histoire est celle d'une conversion, comme il y en a tant en Europe, qui l'a fait passer de l'incroyance à la foi chrétienne. Contre la "tyrannie" progressiste


par Sandro Magister





ROME, le 12 octobre 2009 – On trouve depuis quelques jours dans les librairies italiennes un recueil d’interviews de gens convertis à la foi catholique. Certains sont très connus, du Français Jean-Claude Guillebaud à l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères de Norvège, Janne Haaland Matlary, auteur de livres traduits en plusieurs langues, dont un qui a été préfacé par celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger.

Le recueil d’interviews, édité par Lindau, est de Lorenzo Fazzini. Son titre est : "Nuovi cristiani d'Europa. Dieci storie di conversione tra fede e ragione [Nouveaux chrétiens d’Europe. Dix récits de conversion entre foi et raison]".

Mais "L'Osservatore Romano", le journal du Saint-Siège, compte lui aussi un converti célèbre parmi ses signatures de renom.

Il s’agit de l’écrivain espagnol Juan Manuel de Prada, en photo ci-dessus avec la couverture-manifeste du roman qui a consacré définitivement son succès en 2003 : "La vida invisible [La vie invisible]".

De Prada, 39 ans, a réuni dans son dernier livre les articles "de combat" qu’il a écrits pour défendre le catholicisme dans les journaux espagnols "ABC" e "XL Semanal", mais aussi dans "L'Osservatore Romano", auquel il collabore depuis 2007. En cinq mois seulement, le livre en est déjà à sa cinquième édition en Espagne. Depuis un mois, de Prada est aussi l’une des principales voix de "Cope", la plus importante radio catholique espagnole.

Le 2 octobre, "L'Osservatore Romano" a traduit et reproduit la préface du livre, dans laquelle de Prada rappelle comment et quand "le cours de la vie a changé" en lui.

C’était au printemps 2005, au moment de la mort de Jean-Paul II. De Prada était à Rome et "à l’improviste" il a voulu adhérer définitivement à cette "vieille liberté" qui est le trésor religieux et culturel de l’Eglise catholique : une liberté qui est "l'antidote contre toutes les tyrannies du monde".

C’est d’ailleurs le titre du livre : "La nueva tiranía. El sentido común frente al Mátrix progre [La nouvelle tyrannie. Le sentiment commun face à la Matrice progressiste]".

La "Matrice progressiste", c’est le nom que de Prada donne au grand piège qu’il voit à l’œuvre dans la culture dominante en Europe : "Dans le passé, les dictatures réprimaient les libertés personnelles. Aujourd’hui elles incitent l'homme à s’adorer lui-même et à nier ainsi sa nature".

Il écrit aussi :

"La bataille qui s’engage aujourd’hui tend à rendre aux hommes leur véritable nature. En cas de victoire – si la Matrice était désactivée – les hommes découvriraient qu’ils n’ont pas besoin de construire des tours afin d’atteindre le ciel, pour la simple raison que le ciel est déjà en eux, même si la nouvelle tyrannie cherche à le leur arracher".

On pourra lire ci-dessous la traduction de la préface écrite par de Prada pour "La nueva tiranía". Le texte original se trouve dans l'édition espagnole de cette même page de www.chiesa.

De Prada a dédié ce livre à son ami Giovanni Maria Vian, directeur du "journal du pape".



La matrice progressiste de la nouvelle tyrannie

par Juan Manuel de Prada



"Comment peut-on parler de 'nouvelle tyrannie' alors que jamais jusqu’à présent l’homme n’a eu autant de liberté et de droits ?" pourrait se demander un lecteur naïf. En effet les tyrannies classiques se caractérisaient par le fait qu’elles réprimaient la liberté et niaient les droits. Les hommes avaient conscience de cette usurpation parce que, privés de quelque chose qui leur appartenait par nature, ils se sentaient diminués.

Au contraire la nouvelle tyrannie à laquelle nous faisons référence exalte l’homme jusqu’à l'adoration, lui donnant la possibilité de transformer ses intérêts et ses désirs en libertés et en droits. Toutefois ceux-ci ne sont plus inhérents à sa nature mais deviennent des "concessions gracieuses" d’un pouvoir qui les consacre légalement. Ainsi, transformé en enfant qui voit ses caprices grandir démesurément et se réaliser, l'homme de notre temps est plus que jamais l’otage de pouvoirs qui lui garantissent la jouissance d’une liberté globale et de droits en expansion continue. Dans les tyrannies classiques, le sujet gardait au moins la consolation de se savoir opprimé par un pouvoir qui violentait sa nature ; au contraire ceux qui sont soumis à cette nouvelle tyrannie n’ont d’autre consolation que la protection du pouvoir même qui les a élevés sur l’autel de l'adoration. L’homme est ainsi devenu, sans même s’en rendre compte, un instrument dans les mains de ceux qui s’occupent de lui avec un soin minutieux, comme les fourmis s’occupent des pucerons avant de les traire.

En échange de ces "concessions gracieuses", l'homme accepte une vision hégémonique du monde qui lui est imposé et qui le transforme en objet d'ingénierie sociale. Nous appellerons Matrice progressiste cette vision hégémonique : un mirage, une grande illusion, un trompe-l'œil, que l’on accepte avec un esprit grégaire. Celui qui ose mettre en doute le trompe-l’œil est tout de suite frappé d’anathèmes, considéré comme un réprouvé ou un blasphémateur, un ennemi de l'adoration de l'homme. La Matrice progressiste, utilisée par la gauche, a aussi été assimilée par la droite, qui a renoncé à se battre sur le terrain où la confrontation avec l'adversaire s’avérerait efficace et valorisante : celui des principes. Boiteuse, la droite se limite à introduire des variantes insignifiantes dans le fonctionnement de la grande machine, sans oser en utiliser les engrenages. C’est comme labourer sans bœufs.

La Matrice progressiste est ainsi devenue une sorte de foi messianique ; elle a instauré un nouvel ordre, imposé des modèles culturels inattaquables, mis en place une nouvelle anthropologie qui promet à l'homme la libération finale mais ne lui réserve que le suicide pour l’avenir. Seul l'ordre religieux se dresse contre ce nouvel ordre. Il rend à l’homme sa vraie nature et lui propose une vision correcte du monde qui sape les bases du trompe-l'œil sur lequel s’appuie la nouvelle tyrannie, en détruisant ses falsifications. Une vision que le pouvoir combat avec de grands efforts, l'ordre religieux étant la seule forteresse qu’il lui reste à prendre d’assaut pour que son triomphe soit complet.

Le laïcisme rampant accuse l’Eglise de se mêler de la politique. Il prend comme prétexte cette phrase de l’Evangile souvent mise en avant par ceux qui ne le lisent pas : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Mais qu’est-ce qui est vraiment à César ? Les choses temporelles, les réalités terrestres ; mais pas, bien sûr, les principes d’ordre moral qui naissent de la nature humaine elle-même, pas les fondements éthiques de l'ordre temporel. La nouvelle tyrannie, si attentive à accroître les "libertés" de ses sujets, refuse à l’Eglise la liberté de juger la moralité des actions temporelles, parce qu’elle sait que ce jugement inclut un bouleversement radical du trompe-l'œil sur lequel elle fonde son existence même. Le pouvoir souhaite une Eglise pharisaïque et corrompue qui renonce à rendre à l'humanité sa vraie nature et qui accepte ce "mystère d'iniquité" qu’est l'adoration de l'homme ; elle espère une Eglise agenouillée devant César, transformée en cette "grande prostituée qui fornique avec les rois de la terre" dont parle l'Apocalypse.

Aujourd’hui, en Occident, s’engage ce grand conflit que la nouvelle tyrannie présente très habilement sous les apparences d’une "bataille idéologique". Mais si c’était vraiment d’une "bataille idéologique", le pouvoir n’y verrait pas un bouleversement ; parce que l'idéologie est justement le terrain fertile qui favorise sa domination, dans la mesure où elle instaure une "démo-rixe", c’est-à-dire une lutte "démocratique" de tous contre tous, capable de transformer les hommes en enfants irrités qui se battent pour leurs "libertés" et leurs "droits", comme les bâtisseurs de Babel luttaient, dans la confusion, pour construire une tour qui atteignît le ciel.

La bataille qui s’engage aujourd’hui n’est pas idéologique, mais anthropologique, car elle vise à rendre aux hommes leur véritable nature, en leur permettant de sortir de la confusion babélienne fomentée par l'idéologie, jusqu’à atteindre le chemin qui conduit aux principes originels. En cas de victoire – si la Matrice était désactivée – les hommes découvriraient qu’ils n’ont pas besoin de construire des tours afin d’atteindre le ciel, pour la simple raison que le ciel est déjà en eux, même si la nouvelle tyrannie cherche à le leur arracher.

Les articles réunis dans ce volume sont des comptes-rendus de cette bataille, émis depuis les tribunes que le journal "ABC" et la revue "XL Semanal" m’accordent généreusement depuis plus de 13 ans et que "L'Osservatore Romano", "Capital" et "Padres y Colegios" m’ont ouvertes depuis peu. Le lecteur curieux constatera que dans ces "comptes-rendus de bataille" se côtoient la diatribe et l'introspection, l'invective et l'élégie, la réflexion à caractère politique et la divagation artistique. Il trouvera même une sélection de chroniques écrites au cours d’un printemps romain qui a changé le cours de ma vie, puisque c’est alors – dans les jours qui ont suivi la mort de Jean-Paul II – que j’ai adhéré définitivement à la "vieille liberté", l'antidote contre toutes les tyrannies du monde. A une époque d’incertitudes qui laissent l’home égaré dans un océan d'inquiétudes, Rome s’est dressée à l'improviste devant moi comme un rocher de salut : je ne pense pas seulement au salut religieux, mais aussi au salut culturel, parce que je considère la foi de Rome comme une forteresse qui clarifie les termes de notre généalogie spirituelle et nous protège des intempéries dans lesquelles la nouvelle tyrannie voudrait nous jeter. Rejeter cette possession illimitée revient à signer un arrêt de mort sociale ; la faire sienne ne constitue pas un acte de soumission, mais d’orgueilleuse et joyeuse liberté.

L’éternelle révolution du christianisme, c’est de nous révéler le sens de la vie, en nous rendant notre nature ; de cette découverte naît une joie sans date limite. Quand un minimum de sensibilité artistique s’ajoute à cette joie, la vie devient une fête de l'intelligence. Chesterton écrivait que la joie, qui est la petite publicité du païen, devient le gigantesque secret du chrétien. Moi qui suis un chrétien un peu impudique, j’ai cherché dans ces articles à rendre public ou au moins à faire entrevoir ce secret gigantesque qui m’envahit et me transcende.

Madrid, mars 2009.

Les livres :

Juan Manuel de Prada, "La nueva tiranía. El sentido común frente al Mátrix progre", Libros Libres, Madrid, 2009.

Lorenzo Fazzini, "Nuovi cristiani d'Europa. Dieci storie di conversione tra fede e ragione", Lindau, Turin, 2009.


Le journal du Saint-Siège, auquel Juan Manuel de Prada collabore :

> L'Osservatore Romano"

Dans cet article de "L'Osservatore Romano" du 26 juin 2008, il répondait à des polémiques sur les vêtements portés par Benoît XVI en concluant : "Le pape ne s’habille pas en Prada, il a revêtu le Christ" :

> Le vesti liturgiche secondo Ratzinger


Janne Haaland Matlary, une convertie interviewée dans le livre de Lorenzo Fazzini, a été nommée, le 1er octobre, membre de l’Académie Pontificale des Sciences Sociales. A l’occasion de cette nomination, le Vatican a diffusé d’elle le portrait suivant :

"Professeur de politique internationale au département de sciences politiques de l'université d’Oslo et au Collège universitaire de la défense nationale norvégienne, elle a été secrétaire d’état (vice-ministre des Affaires étrangères) aux Affaires étrangères de Norvège de 1997 à 2000. Elle est membre expert de la commission du parlement norvégien chargée de proposer des modifications de la Constitution norvégienne pour son 200e anniversaire en 2014. Elle a aussi été membre de la Commission de défense nationale norvégienne et du conseil d’administration du Centre pour la paix et pour les droits de l’homme d’Oslo. Elle a également été membre norvégien de la task-force de haut niveau pour la Biélorussie. Ses principaux domaines de recherche sont les politiques étrangère et de défense européennes et la politique de sécurité internationale.

"Elle est membre du Conseil pontifical Justice et Paix et consulteur du Conseil pontifical pour la Famille. Elle a aussi fait partie, comme chef de délégation ou comme membre, de délégations du Saint-Siège auprès de diverses conférences internationales. En 2007 elle a reçu le prix Saint Benoît, qui lui a été attribué par la communauté bénédictine de Subiaco pour son engagement en faveur de la culture et de la politique européennes. Madame le professeur Haaland Matlary est mariée, elle a quatre enfants et elle est dame de l’Ordre Souverain Militaire de Malte".

www.chiesa a publié d’elle, il y a quelque temps, une analyse des conflits planétaires en matière d’avortement, d’euthanasie et d’homosexualité :

> Papa resto del mondo. Analisi d'una grande partita (17.4.2001)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

23.05.2009

Tous les chemins mènent à Rome. Même ceux qui viennent d'Asie

C'est ce que l'ambassadeur du Japon a expliqué à des diplomates de 16 pays d'Asie, réunis au Vatican pour étudier la politique internationale du Saint-Siège. Parce que la papauté aussi "est une grande puissance", même si elle est spéciale. Voici le texte inédit de sa conférence


par Sandro Magister






ROME, le 22 mai 2009 – Le cours se terminera demain par la remise des diplômes à 17 diplomates de 16 pays d'Asie. Il a commencé le 11 mai à l’Université Pontificale Grégorienne et s’est poursuivi par des sessions dans les palais du Vatican, les intervenants étant les plus illustres représentants de la politique du Saint-Siège.

Le sujet traité était en effet: "L’Eglise catholique et la politique internationale du Saint-Siège".

Lors du cours de 2007, le premier de la série, les élèves venaient de 19 pays musulmans de la Méditerranée et du Moyen-Orient. L’an dernier, ils venaient de 22 pays d'Afrique. Cette année, c’était le tour de l’Asie, avec des diplomates venus d’Afghanistan, d’Australie, du Bangladesh, du Cambodge, de Timor-Est, d’Indonésie, du Japon, de Corée, du Laos, de Malaysia, du Myanmar, des Philippines, du Sri Lanka, de Taïwan, de Thaïlande, du Vietnam.

Manquaient à l’appel les géants du continent: l'Inde et la Chine. Le Pakistan n’était pas présent non plus. Mais les organisateurs – au premier rang desquels le jésuite Franco Imoda, ancien recteur de l’Université Grégorienne – sont quand même satisfaits. Parmi les élèves figurent les représentants de pays asiatiques qui ne brillent pas par le respect de la liberté religieuse et qui n’ont même pas de relations avec le Vatican, mais qui ont tout de même jugé nécessaire d’étudier le sujet directement à la source, au quartier général du catholicisme mondial.

Le cours a été organisé par la Fondation Grégorienne et par l'Institut International Jacques Maritain, avec l’appui de quatre universités: l’Université Pontificale Grégorienne de Rome, la Georgetown University de Washington, la Libera Università Maria Santissima Assunta de Rome et la Sophia University de Tokyo. Le tout sous le patronage du Saint-Siège.

La partie initiale du cours a eu lieu à Rome et la partie finale à Turin, ville de l'industrie automobile où ont vécu de grands saints "sociaux" comme saint Jean Bosco. Les élèves ont pu y visiter des réalisations catholiques dans les domaines les plus variés, comme le Cottolengo pour l'assistance aux handicapés lourds et l'Arsenal de la Paix. Le dernier jour, ils ont fait une excursion au monastère de Bose et rencontré le prieur, Enzo Bianchi.

L'Asie est le continent le plus imperméable au christianisme, qui n’y est présent en masse que dans des lieux bien délimités, alors que dans d’autres endroits il est l’objet d’une forte opposition.

Le programme, très dense, comportait une conférence de l'ambassadeur près le Saint-Siège d’un grand pays asiatique, le Japon.

Son intervention, qui a eu lieu à l’Université Pontificale Grégorienne le 15 mai, est rapportée ci-dessous presque en entier. Elle est d’un grand intérêt parce qu’elle reflète la vision qu’a du Saint-Siège et de la papauté le représentant d’un pays dont la culture et les traditions sont très éloignées du christianisme.

Kagefumi Ueno, l'ambassadeur, est un penseur de formation bouddhiste et shintoïste. Il est en poste à Rome depuis novembre 2006.



L'Asie et le Saint-Siège

par Kagefumi Ueno

 

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En Asie, où des religions comme le bouddhisme, l'hindouisme, le taoïsme, le shintoïsme et l'islam sont dominants, le christianisme est généralement perçu comme "étranger" et les chrétiens sont minoritaires, sauf exceptions. Au Japon, par exemple, les catholiques représentent moins de 0,5 % de la population et il est très peu probable que ce chiffre augmente dans un proche avenir.

Dans ces conditions, les pays asiatiques ne donnent pas la priorité à leurs relations diplomatiques avec le Saint-Siège (ou avec le Vatican, terme que j’emploierai souvent pour faire court). Beaucoup d’entre eux n’ont établi de relations avec le Vatican que dans les dernières décennies. Le Japon a été l’un des premiers, puisqu’il l’a fait en 1942. Le Vatican y avait déjà établi un représentant 23 ans auparavant, en 1919, mais seulement pour les affaires religieuses, comme c’est aujourd’hui le cas pour la Malaysia, le Myanmar, Brunei et le Laos. De plus, beaucoup des pays asiatiques qui entretiennent des relations diplomatiques avec le Vatican n’ont pas de représentant à Rome. Ils chargent des relations avec le Vatican leurs ambassadeurs dans des pays proches comme la Suisse ou l’Allemagne. Certains pays asiatiques n’ont toujours pas établi de relations diplomatiques, comme la Malaysia, le Myanmar, le Vietnam, le Laos. Et dans les pays qui ont un représentant à Rome, le poste d’ambassadeur près le Saint-Siège est parmi les moins recherchés.

Pour comprendre les relations entre l’Asie et le Vatican, il est donc inévitable d’analyser les différences religieuses et culturelles. Feu le cardinal Hamao, un Japonais, avait souligné, il y a quelques années, qu’entre l’Asie et le Saint-Siège il y a une grande distance non seulement physique mais morale. Cette distance est-elle franchissable? Je crois qu’il est peu probable que ce sentiment de distance soit substantiellement diminué dans l’avenir proche, parce que les deux parties représentent des civilisations très anciennes et ont peu de motifs de les changer d’urgence.

La question est alors de savoir s’il est justifiable pour les Asiatiques de rendre plus prioritaires leurs relations diplomatiques avec le Vatican, étant entendu que le sentiment d’éloignement religieux entre les deux parties apparaît impossible à combler à brève échéance.

Ma réponse est: "Oui, c’est justifiable". Je vais dire pourquoi.


POURQUOI JE SUIS ARRIVE AU VATICAN


Avant d’aborder le sujet, je voudrais parler un peu de moi. Au cours des 10 ou15 dernières années, j’ai écrit bon nombre d’articles et d’essais dans des journaux et des revues, généralement pour comparer des cultures et des civilisations, et j’ai participé à des conférences et des séminaires au Japon et à l’étranger. En général mes interventions sont fondées sur ma philosophie bouddhiste-shintoïste.

J’ai étudié les cultures parce que je pense que, si nous ne connaissons pas les différences culturelles, et surtout les religions qui ont un impact substantiel sur les relations internationales, nous diplomates ne sommes pas capables de comprendre les pays dans lesquels nous travaillons.

Il y a trois ans, j’ai publié un livre d’études comparatives sur les "civilisations polythéistes" et les "civilisations monothéistes", dans lequel j’ai soutenu que, en général, la vision religieuse a un impact non négligeable sur la politique et la diplomatie.

Par un développement naturel de mon livre, j’ai souhaité discuter de sujets de civilisation avec le clergé de l’Eglise catholique, de préférence au Vatican. Voilà pourquoi, il y a trois ans, j’ai demandé à mon gouvernement de m’envoyer à Rome. "Vous êtes sûr?" m’a demandé avec un air étonné le vice-ministre auquel j’avais adressé ma demande. "Tout à fait sûr" ai-je répondu. Un mois plus tard, j’étais nommé.

Une fois en poste, à chaque fois que je rencontrais un responsable du Vatican, je lui parlais de mon souhait de dialoguer sur des questions de civilisation avec des hommes d’Eglise. Un jour, un cardinal m’a dit: "Mon cher ambassadeur, vous êtes vraiment au bon endroit, parce que c’est nous qui avons créé la civilisation occidentale". En quarante ans de vie diplomatique, c’était la première fois que je rencontrais quelqu’un qui s’exprimait avec autant de franchise.

Au cours des deux ans et demi qui ont suivi, j’ai eu des discussions sur des sujets de civilisation avec des personnalités de l’Eglise, à Rome. J’ai donné des interviews, écrit des essais, donné des cours sur les religions et les cultures. J’en suis satisfait. Mais il y a un problème. Je n’ai pas eu assez de temps pour écrire et étudier. Pourquoi?


SURPRISE. LE VATICAN OCCUPE PLUS QU’ON NE LE CROIT


La raison est que le Vatican mène une telle masse d’activités dont Tokyo doit être informé, que j’ai été occupé au-delà de ce que j’avais prévu. Je ne parle pas des activités religieuses mais des activités non religieuses. Après tout, comme ambassadeur d’un pays non chrétien, je ne suis pas tenu de suivre les affaires religieuses, mais seulement les non religieuses. Pourtant, je suis toujours occupé parce que le pape reçoit souvent des chefs d’état ou de gouvernement, des dirigeants d’organismes internationaux. Beaucoup d’entre eux viennent de pays non chrétiens. Je dois donc rédiger un rapport. Au cours des trois dernières années, par exemple, tous les chefs d’état ou de gouvernement des pays du G8 ont été reçus en audience par le pape, sauf le premier ministre japonais. Leurs rencontres avec le pape font l’objet d’une forte couverture par les médias internationaux, en plus de celle des médias nationaux, publicité qui à son tour encourage d’autres leaders à se rendre chez le pape. De ce point de vue, le Vatican exerce une sorte de magnétisme, il est un centre d’action internationale et de diplomatie. Quelques mois après mon entrée en fonctions, j’étais convaincu que le Vatican est un acteur important de la communauté internationale, même quand les aspects religieux sont laissés de côté.


QUATRE RAISONS POUR QU’UN PAYS AIT DES DIPLOMATES A ROME


D’après mon expérience, il y a au moins quatre raisons de penser que le rôle international du Vatican est élevé et significatif, ce qui justifie que même des pays non chrétiens aient des diplomates en poste ici, à Rome. Je vais exposer ces raisons l’une après l’autre.


Facteur 1. Le pouvoir moral


Début janvier 2007, quelques mois après mon arrivée ici, tous les diplomates, dont moi et mon épouse, ont été invités par le pape à écouter son discours de début d’année sur la situation internationale, dans la Salle Royale du Palais Apostolique, là où trois jeunes représentants japonais rencontrèrent le pape Grégoire XIII en 1595, dix ans à peine avant que le Japon n’interdise le christianisme. Dans la Salle Royale, comme chaque année, le pape s’est adressé aux diplomates en français. Son discours a duré environ trois quarts d’heure. Presque toutes les questions importantes ont été abordées, depuis des sujets globaux comme la pauvreté, le désarmement, les actions de paix, le règlement des conflits, les droits de l’homme, les minorités, les migrations, le changement climatique, jusqu’aux problèmes régionaux en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie du Sud et ainsi de suite. Le pape a traité environ 45 sujets importants. Le lendemain, son message était transmis dans le monde entier, avec un impact sur  la société internationale, tandis que mes services rédigeaient un rapport détaillé pour Tokyo.

A travers son message, j’ai vu la volonté du pape de jouer un rôle de "gardien" de la société internationale. Si l’on écoute son discours sans savoir qui parle, on peut penser que l’auteur est le secrétaire général des Nations Unies. Oui, les deux personnages ont un rôle semblable, en ce sens que le pape et le secrétaire général de l'ONU jouent tous les deux un rôle important de "gardiens de la morale internationale".

Bien sûr, les discours du pape retiennent l’attention du monde parce qu’il représente 1,1 milliard de catholiques. Mais, plus fondamentalement, on pense que son pouvoir moral et son autorité morale ont été renforcés à partir du moment où, en 1870, le Vatican a perdu presque tout son territoire. Jusqu’à cette époque, les possessions du Saint-Siège s’étendaient à la moitié de l’Italie et, en ce sens, il était une puissance temporelle comme l’Espagne et la France. En tant qu’état temporel, il avait des intérêts financiers à protéger. Il avait le devoir de protéger des citoyens et un territoire. Il avait des intérêts nationaux dont il devait prendre soin. Mais la perte de son territoire l’a libéré de ses "intérêts nationaux". Quand on écoute le président des Etats-Unis ou celui de l’Inde, on interprète naturellement leurs discours comme concernant leurs intérêts nationaux. Mais quand le pape parle d’affaires internationales, on n’interprète plus ses discours comme cachant les intérêts nationaux du Vatican. Cela permet au Saint-Siège de parler des questions internationales d’un point de vue humanitaire, éthique, moral. Paradoxalement, en perdant son pouvoir séculier, le Vatican a accru son pouvoir moral.

Compte tenu du fait que les discours du pape sont diffusés par les médias à l’échelle mondiale, on peut aussi dire que le pape est l’un des "opinion leaders" les plus significatifs et les plus efficaces.

Les messages du pape retiennent-ils l'attention des grandes puissances et des autres acteurs internationaux majeurs, sa voix a-t-elle un impact sur eux ? Ma réponse est double. C’est "non" à court terme et "oui" dans une perspective plus longue. On sait que Jean-Paul II avait exprimé avec force ses objections au président Bush avant que celui-ci ne décide d’attaquer l'Irak en 2003. Sur le moment, l'appel du pape n’avait pas été pris en considération par les Etats-Unis, mais cela n’avait pas diminué la valeur des paroles et des actes du pape. En fait, le fait que le pape ait fait une proposition que les Etats-Unis n’ont pas voulu écouter démontre le rôle important du Saint-Siège. Je suis convaincu que la communauté internationale a besoin d’un gardien moral comme lui ou le secrétaire général de l'ONU. Personne d’autre ne peut le remplacer dans ce rôle. En ce sens, le pape doit être considéré comme une ressource, un bien public international. Pas parce qu’il est le chef de l’Eglise catholique, mais parce qu’il est capable de diffuser partout des messages humanitaires, moraux.

En mars 2009, mon gouvernement a invité au Japon Mgr Mamberti, le ministre des Affaires étrangères du Vatican. Il a eu deux heures et demie d’entretien avec le ministre japonais des Affaires étrangères, H. Nakasone, qui a abordé presque toutes les grandes questions internationales. Après l’entretien, Nakasone m’a dit qu’il avait apprécié et aimé le dialogue avec le Vatican, qu’il avait trouvé direct et un peu différent des dialogues avec les états temporels. En particulier, il avait été frappé par la vision qu’avait le Vatican de la crise économique mondiale, à savoir que cette crise avait été causée et aggravée parce que les milieux financiers avaient cherché exagérément leur intérêt, en laissant de côté toute considération morale. La visite de Mgr Mamberti a été d’autant plus importante que c’était la première visite officielle d’un ministre des Affaires étrangères du Vatican au Japon depuis l’établissement des relations diplomatiques, il y a 67 ans.


Facteur 2. Le pouvoir de faire circuler les messages


En novembre 2006, j’ai présenté au pape mes lettres de créance émanant de l'empereur du Japon. Pendant environ un quart d’heure, j’ai eu avec lui une agréable conversation en tête à tête dans sa bibliothèque privée. Notre conversation a porté, entre autres, sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Le jour même et le lendemain, une grande partie des médias du monde, nationaux et internationaux, grands et petits, ont parlé de notre conversation, en donnant bien sûr plus d’importance aux propos du pape. En Corée, c’était le sujet d’ouverture des journaux télévisés du soir, avec mon épouse et moi en kimono. Les reportages de la télévision coréenne ont été retransmis par la télévision japonaise.

La nouvelle a été diffusée non seulement par les grands médias mais aussi par de très nombreux médias catholiques locaux du monde entier, en Asie, dans les deux Amériques, en Europe, etc.

Par la suite, j’ai donné des interviews au quotidien du Saint-Siège, "L'Osservatore Romano" et à des sources comme Zenit, "Inside the Vatican" et EWTN. A nouveau, j’ai constaté que les interviews que j’avais accordées à Rome étaient évoquées et diffusées en de nombreux points de chaque continent par les médias catholiques locaux. Par exemple, le réseau télévisuel EWTN est relié à des centaines de chaînes aux USA et en Amérique latine. Donc, une déclaration faite sur EWTN atteint de nombreux endroits des deux Amériques.

De ce point de vue, j’ai découvert que le Vatican a de bonnes raisons d’être "provoqué" par les diplomates asiatiques.


Facteur 3. Le pouvoir intellectuel


Un autre aspect surprenant est la fréquence des séminaires et colloques organisés par divers organismes et institutions du Vatican, avec la participation de cerveaux du monde entier.

Par exemple, l’académie pontificale des sciences tient son assemblée de chercheurs tous les deux ans. En novembre dernier, elle a tenu une session plénière sur "L'évolution de l'univers et des êtres humains", au cours de laquelle d’éminents savants de nombreux pays ont discuté de ce sujet pendant quatre jours selon différents points de vue scientifiques. Ayant assisté à quelques séances, j’ai été impressionné. Après l'inauguration de la session plénière, le pape a remis une médaille à une douzaine de nouveaux membres, dont un chercheur japonais et trois ou quatre prix Nobel.

Ces deux dernières années, des séminaires qui m’ont intéressé concernaient l'islam, les droits de l’homme, le darwinisme, le soin des enfants, l'eugénisme, etc.

Bref, le Vatican dispose d’un système qui donne au pape accès aux opinions des meilleurs cerveaux du monde, ce qui enrichit encore ses messages et renforce ses pouvoirs moraux.

En ce sens, le Vatican n’est pas qu’un état, c’est aussi un ensemble de "think tanks", eux-mêmes en réseau avec de nombreux "think tanks" éminents du monde entier. Le Saint-Siège fonctionne comme un carrefour d’intellectuels, qui donne à ceux-ci l’occasion de discuter et d’échanger des points de vue. Dans ce contexte aussi, le Vatican offre des biens publics.

A ce sujet, une difficulté devrait être traitée, spécialement en ce qui concerne les diplomates asiatiques : beaucoup de ces séminaires ont lieu uniquement en italien, rarement en anglais. Cela peut décourager certains diplomates asiatiques d’y participer. Si ce système était changé, beaucoup d’entre eux seraient plus attirés et s’y rendraient.


Facteur 4. Le pouvoir de l’information


Parce que l’Eglise catholique est présente presque partout dans le monde en tant qu’Eglise universelle et qu’il y a des prêtres et des religieuses catholiques à peu près partout, l’Eglise catholique en général et le Vatican en tant que son "hub" – passent pour être informés de tout ce qu’il se passe d’important dans le monde.

Beaucoup d’ambassadeurs en poste ici disent que c’est le "poste d’écoute". Par exemple, les Etats-Unis ont établi des relations diplomatiques avec le Saint-Siège en 1984. Pas en 1884! En tout cas, dès le milieu du XIXe siècle, on discutait avec animation, à Washington, pour savoir s’il fallait ou non avoir des relations officielles avec le Vatican. Ceux qui étaient pour affirmaient que, au Vatican, si l’on participait à des dîners et des réceptions tous les soirs, on pouvait être informé de la situation en Europe. La majorité des protestants répugnaient beaucoup à se lancer. Il a encore fallu 130 ans avant que les relations officielles ne soient établies.

Même chose au Japon. Le Vatican ayant établi un délégué à Tokyo pour les affaires religieuses en 1919, on a commencé à y discuter pour savoir s’il fallait ou non établir des relations diplomatiques avec le Saint-Siège. Ceux qui étaient pour assuraient que c’était opportun parce que le Vatican passe pour être une source fiable d’informations. Mais les chefs religieux du bouddhisme et du shintoïsme étaient contre. Il a fallu encore 23 ans avant que les relations diplomatiques ne soient finalement établies.

Mais, même si le Vatican a des "oreilles énormes", cela ne garantit pas que tout le monde ait accès à ses informations. Les diplomates du Vatican ressemblent à la description qu’en font beaucoup d’ambassadeurs: calmes, discrets, prudents, mais surtout précautionneux. Il faut être très habile pour leur faire dire quelque chose de substantiel.


UN MOT POUR CONCLURE


Illustres collègues diplomates, Un ambassadeur occidental m’a dit: "Par la taille, le Vatican est petit comme la Principauté de Monaco, mais par l’influence il est grand comme la Chine". Un autre ambassadeur l’a décrit comme "la plus petite des grandes puissances". Compte tenu de cela, les pays d'Asie qui n’ont pas de relations diplomatiques avec le Saint-Siège ou ceux qui n’ont pas à Rome d’ambassadeur résident sont invités à étudier les avantages de s’établir ici, en dehors de la distance religieuse et culturelle qui les sépare.

On pourrait m’objecter que faire abstraction des éléments religieux du Vatican est trop artificiel. Mais je suis convaincu que ma manière de voir peut s’avérer convaincante, en ce sens qu’elle me permet de démontrer qu’il est opportun que le Vatican ait des liens avec les pays d’Asie, pas en tant que quartier général du catholicisme mais en tant qu’important acteur diplomatique.

Bref, la haute stature internationale du Vatican est une "réalité du présent". Jusqu’à maintenant, beaucoup de pays d’Asie semblent l’avoir négligé ou sous-estimé. Il serait bon qu’ils portent sur cette réalité un regard un peu plus stratégique et qu’ils fassent un net pas en avant.

On pourrait en dire autant à propos du Vatican. Le rôle international accru de beaucoup de pays asiatiques est également une "réalité du présent", que le Vatican semble avoir quelque peu négligé jusqu’à présent. Peut-être parce que le Vatican reste trop eurocentrique, bien qu’il se dise universel. La faible présence et la faible représentativité des diplomates asiatiques en poste ici sont peut-être en partie dues à l’attention limitée (je veux dire l’attention diplomatique) que le Vatican a jusqu’à présent accordée à ce continent. Un exemple symbolique est le fait qu’à ce cours pour diplomates asiatiques il n’y a d’ambassadeur ni de New Delhi ni de Pékin. Dans beaucoup d’autres forums internationaux, les Asiatiques sont beaucoup plus présents.

A cet égard, il serait souhaitable que le Vatican prenne des initiatives pour inviter les diplomates asiatiques à se lier d’amitié. Il serait bon qu’il agisse de plus en plus pour accroître et stimuler l’intérêt des Asiatiques pour le Vatican dans les années à venir. Mais comment?

Il y a deux domaines dans lesquels, à mon avis, le Vatican peut intensifier son approche et, par là, accroître l’intérêt qu’il inspire aux Asiatiques.

Le premier élément-clé est de comprendre plus en profondeur les mentalités des Asiatiques, en étudiant leurs langues et leurs cultures, comme le fit au Japon, il y a plus de quatre siècles, A. Valignano, jésuite et missionnaire italien originaire de Chieti.

Le second est une condition minimum, à introduire au moins dans le milieu diplomatique: passer de l'italien à l’anglais comme langue de travail prioritaire ici à Rome. Un recours excessif à l'italien peut décourager les diplomates asiatiques de chercher des contacts avec le Vatican, alors qu’un recours plus important à l’anglais les faciliterait.

En un mot, si le Saint-Siège n’a pas de rapports plus intenses avec l'Asie, il ne peut pas être vraiment "universel".

Cela dit, je ne pense pas que l’effort pour renforcer les relations n’incombe qu’au Vatican. Des initiatives asiatiques sont également indispensables. Il devrait y avoir une symétrie d’initiatives. Après tout, les relations ne peuvent devenir plus profondes, plus larges et plus rapprochées que quand les deux parties, les Asiatiques et le Vatican, et non une seule partie, font davantage pour renforcer et améliorer leurs relations.

Une dernière remarque avant de terminer. Si je ne me suis pas référé aux dialogues interreligieux menés par le Vatican et d’autres institutions catholiques – dialogues en eux-mêmes tout à fait valables – c’est parce que, pour esquisser un modèle simple et compréhensible hors du Vatican, j’ai jugé raisonnable d’exclure les facteurs religieux et de me concentrer uniquement sur les aspects non religieux.



Les articles consacrés par www.chiesa aux deux cours précédents, en 2007 et 2008:

> Une formation pour les diplomates africains: voilà comment est faite l'Eglise (19.6.2008)

> Les diplomates musulmans vont à l'école. Chez les jésuites (18.6.2007)


Les actes du cours de 2007 ont été publiés en un volume, sous la direction de la Fondation Européenne Dragan:

Franco Imoda, Roberto Papini (éd.), "The Catholic Church and the International Policy of the Holy See / L'Eglise Catholique et la Politique Internationale du Saint-Siège", Editions Nagard, Milan, 2008, 344 pp., 10,00 euros.




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

30.03.2009

'Les évangéliques à la conquête du monde', enquête de Patrice de Plunkett

Les leçons à tirer de ce voyage sur les ailes d’un réveil évangélique

ROME, Lundi 30 mars 2009 (ZENIT.org) - « Les évangéliques à la conquête du monde » (Perrin, pour télécharger un extrait) : c'est le titre de la nouvelle enquête passionnante de Patrice de Plunkett. L'auteur explique aux lecteurs de Zenit l'enjeu d'une prise de conscience d'un phénomène complexe et les leçons à tirer de ce voyage sur les ailes d'un réveil évangélique.  


 
Zenit : Patrice de Plunkett, qu'est-ce qui a motivé votre enquête ?  

Patrice de Plunkett : L'ampleur et le dynamisme du phénomène des protestants évangéliques sur les cinq continents, et notamment en France !  D'où vient que les assemblées évangéliques dans l'Hexagone attirent un public nombreux, croissant, jeune, venant des milieux pauvres, alors que beaucoup de paroisses catholiques françaises ont une fréquentation déclinante, âgée et bourgeoise ? Comment se fait-il que le public des cultes évangéliques soit si chaleureux, alors que le public catholique (en France) est souvent froid ? Comment se fait-il que les évangéliques fassent tant de conversions en prêchant sur le péché, les souffrances de la Passion de Jésus, le Ciel et même l'enfer : sujets qu'une certaine pastorale catholique des années 1970-1980 avait éloignés, les jugeant  « rebutants pour l'homme et la femme d'aujourd'hui » ? Est-ce que nous ne nous étions pas trompés à ce moment-là sur les attentes de nos contemporains ?

Je me suis donc lancé dans cette enquête de terrain, et j'ai passé des mois à assister aux cultes évangéliques dans toutes les régions françaises, en discutant avec des convertis. J'ai enquêté à l'étranger, au Brésil, en Corée, aux Etats-Unis. Et aussi dans le passé, pour comprendre d'où vient la spiritualité évangélique avec ses nuances et ses contradictions - qui prennent leur source dès l'époque de Calvin, dont le 500e anniversaire est célébré cette année.

 
Zenit : Il n'y a donc pas seulement la réalité américaine de son influence sur les autres continents ? Quelles sont les origines de l'évangélisme ?  

Patrice de Plunkett : Elles sont en Europe et dès le début de la Réforme. Celle-ci renonce à la Présence réelle eucharistique, qui est le cœur du catholicisme et qui saisit l'homme tout entier, corps, âme et esprit. Pour pallier ce « manque » radical, Calvin propose une religion du Texte et de la prédestination. Mais, tout de suite, une branche du protestantisme cherche autre chose : une religion du Cœur et du choix personnel...  C'est l'aventure des « anabaptistes », d'abord persécutés, donc guerriers, puis écrasés mais renaissant aussitôt sous une nouvelle forme, pacifique... Au fil des siècles, c'est la floraison d'un nombre infini de courants différents, jusqu'à l'incroyable diversité des innombrables Eglises évangéliques en 2009 sur toute la planète. Mais j'insiste : l'évangélisme a des racines historiques anciennes et profondes chez nous. Témoin le phénomène extraordinaire des « petits prophètes » des Cévennes, pendant la guerre des Camisards au tout début du XVIIIe siècle : une explosion de charismes humainement inexplicables, et dont les manifestations ressembleront étonnamment à ce qui se passe dans le pentecôtisme d'aujourd'hui, partout dans le monde.

Bien sûr, mon enquête étudie ce qui s'est passé aux Etats-Unis : le premier Réveil évangélique au XVIIIe siècle, sous l'influence de prédicateurs dont certains venaient d'Angleterre, où Wesley faisait sa révolution en propageant une religion du Cœur et de l'illumination... Puis le XIXe avec de nouveaux Réveils... Puis la genèse du pentecôtisme, qui surgit en 1900, et la « religion américaine », au XXe, avec ses implications politiques particulièrement visibles à l'époque de G. W. Bush. Et maintenant, l'apparition de nouvelles formes évangéliques en rupture avec le conservatisme « bushien » : des évangéliques contestataires, sociaux, écologiques, expérimentaux. C'est le très intéressant mouvement des « emerging churches », que les catholiques ont intérêt à étudier de près. 

Zenit : Comment les évangéliques dont vous parlez s'insèrent-ils dans le  dialogue œcuménique? Proposent-ils un second baptême, lorsque d'autres baptisés les rejoignent? Car, depuis le concile notamment, le baptême est reconnu comme le sacrement de l'unité par excellence...  

Patrice de Plunkett : L'évangélisme est un phénomène gigantesque et contradictoire. Certains courants sont anti-œcuméniques. D'autres sont oecuméniques : on l'a vu par exemple au Forum chrétien mondial de Nairobi (2007), qui a ouvert un domaine de rencontre inédit axé sur l'échange spirituel. Beaucoup d'évangéliques sont « anabaptistes » : ils rebaptisent leurs convertis ex-catholiques, parce qu'ils voient le baptême comme une manifestation du choix de l'adulte ayant « accepté Christ comme Sauveur » - et c'est le contraire de la théologie du baptême selon Rome, mais aussi selon Calvin, qui était partisan du baptême des petits enfants ! Dans certains cultes évangéliques, le pasteur annonce que la Sainte Cène est réservée à ceux qui ont été baptisés adultes par immersion. Dans d'autres, la Sainte Cène est proposée à tous les assistants, sans discrimination... C'est d'ailleurs avec ce dernier courant que les catholiques dialoguent difficilement, parce que ce courant ne comprend pas pourquoi l'Eucharistie catholique est réservée aux catholiques ! Il faut avoir fait l'expérience de ce butoir (pénible pour les deux parties mais incontournable), pour savoir combien douloureux peut être le dialogue sincère. J'en suis témoin, et je le raconte dans le livre. 

Zenit : Un évêque a récemment déploré l'influence des évangéliques  en Irak : doit-on y voir une nouvelle forme de colonialisme, disons,  « ingénue », qui a dû mal à comprendre les anciennes Eglises  orientales ? Ou faut-il y discerner une stratégie politique calculée pour contrôler le pays ?  

Patrice de Plunkett : Il y a une part de manipulation du religieux par la politique de Washington. En revanche, il y a aussi un prosélytisme très sincère de la part des agences missionnaires évangéliques, qui souvent ne sont plus américaines, mais coréennes ou brésiliennes ! En Algérie, où j'ai enquêté, les Kabyles convertis au protestantisme évangélique - je suis en contact avec plusieurs d'entre eux - ne sont nullement des agents de l'étranger (américain ou « sioniste », comme dit le gouvernement d'Alger) : ce sont d'authentiques Algériens, convertis pour des raisons spirituelles... Mais ils sont mis en danger par les déclarations belliqueuses d'agences protestantes américaines, qui divaguent à l'encontre de « l'islam satanique » sans penser une minute à la sécurité des musulmans devenus chrétiens.

 
Zenit : Il y déjà quelques années, mais l'autorité de l'observateur vaut qu'on s'en souvienne, de retour d'Amérique latine, le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, avait  déploré le développement de « sectes » chrétiennes, surtout au Brésil,  « à coups de dollars », comme faisant partie d'une volonté délibérée de limiter l'influence de l'Eglise catholique, surtout dans le domaine de  la contraception... qui représente un marché milliardaire. On peut parler aujourd'hui d'une instrumentalisation « commerciale » ?  

Patrice de Plunkett : Au Brésil on voit, sans doute, certaines « Eglises » déplaisantes : à peine chrétiennes, prêchant « l'Evangile de la prospérité » (« si tu es pauvre ou malade, c'est que tu ne pries pas assez et que tu ne donnes pas assez à ton Eglise »). Mais on voit aussi des agences missionnaires très sincères, qui envoient des groupes de jeunes évangéliser dans la rue jusqu'en Angleterre, pour « rechristianiser l'Europe devenue païenne » ! Gardons-nous de mélanger les uns et les autres. Je raconte que j'ai vu en Seine Saint-Denis des « Eglises » effrayantes, prêchant une religion qui n'a plus de rapport avec l'évangile, et même injuriant le catholicisme pendant leurs cultes. Mais j'ai vu d'autres assemblées très sympathiques, vraiment chrétiennes, ouvertes à l'œcuménisme. Il faut que les catholiques s'informent pour savoir se repérer dans cet univers étrange. C'est la raison pour laquelle j'ai écrit ce livre.

 
Zenit : Les phénomènes religieux que vous relevez ont eu et ont une influence positive aussi sur le Renouveau charismatique catholique et les fruits de conversion et d'évangélisation sont  indéniables. Il n'y a pas si longtemps, à la Sorbonne (Paris IV), seuls  les Evangélistes (GBU) proposaient la Bible aux étudiants et témoignaient ouvertement de leur foi.... Et les évangéliques suisses, par exemple, témoignent de la charité du Christ dans des assemblées fraternelles qu'on rêverait de voir dans certaines paroisses....  

Patrice de Plunkett : Oui, et j'en sais quelque chose puisque je suis un converti de Paray-le-Monial dans les années 1985-1990 ! Les évangéliques réveillent les catholiques. Il y a beaucoup de choses à prendre chez eux. Mais les catholiques doivent veiller à ne pas se tromper : le trésor catholique est la Présence réelle eucharistique, cœur de la paroisse ; c'est à partir de là que la paroisse peut ressusciter, se revitaliser, devenir un véritable creuset d'amitié et de solidarité effective, de vie sociale ! C'est en redécouvrant l'adoration eucharistique - charisme de Paray - que la paroisse catholique perdra sa froideur actuelle, deviendra aussi chaleureuse que les communautés évangéliques, et attirera les conversions. J'ai discuté avec beaucoup de jeunes devenus chrétiens par la découverte d'assemblées évangéliques ; beaucoup d'entre eux avaient commencé par tenter une paroisse catholique, et avaient pris la fuite parce que (disent-ils) « les gens ne se parlaient pas et ne me parlaient pas ». Pour le lecteur catholique, c'est la grande leçon de cette enquête : il faut que nous la méditions tous. 

Propos recueillis par Anita S. Bourdin