15/01/2010

Entre tensions et incertitudes - Témoignage de la frontière de Haïti

Des informations confuses relatives à des tensions parviennent de la frontière entre Haïti et la République Dominicaine dont la douane a renforcé les contrôles afin d'éviter un afflux massif de Haïtiens irréguliers.

Des centaines de Haïtiens se sont rassemblés mercredi au point-frontière situé entre Ouanaminthe et Dajabón, en République Dominicaine, sollicitant l'autorisation de franchir la frontière pour pouvoir acheter des vivres et des bougies pour la nuit, suite à la panne du réseau électrique et du ravitaillement en eau potable qui a affecté Haïti après le séisme.

Le Corps spécialisé de sécurité frontalière (Cesfron) et l'armée n'ont laissé passer que les détenteurs d'un passeport haïtien et d'un visa dominicain, précise la presse dominicaine. Jeudi, au lever du jour, les tensions semblaient être rentrées dans l'ordre.

"Je suis à la frontière nord que je vais traverser par Dajabón. Ici tout semble normal. Mais nous savons que de l'autre côté de la frontière, en territoire haïtien, le chaos est total : toute communication tant radiophonique que télévisée ou téléphonique est impossible, la population semble complètement coupée du monde",

dit à la MISNA père Regino Martinez de Solidaridad Fronteriza, organisme des jésuites qui travaille en collaboration avec les Service des Jésuites pour les réfugiés et les migrants (Sjrm).

"À ce que nous avons appris, les Haïtiens du Nord ne semblent même pas avoir idée de ce qui est arrivé à Port-au-Prince, d'autant plus que les déplacements sont entravés par les routes démolies et que les informations ne peuvent pas circuler",

ajoute père Regino, qui attend de pouvoir passer la frontière pour se rendre à Port-au-Prince. Le religieux ajoute quelques mots avant de passer la frontière :

"Dès que je serai en territoire haïtien, mon portable ne captera plus et sera hors service".

Il explique que les vivres et les biens de première nécessité (importés pour la plupart de l'étranger) qui arrive à Port-au-Prince sont ensuite acheminés vers les villages de l'arrière-pays.

"Le paradoxe c'est que la famine risque d'affecter surtout les zones où le séisme n'a pas causé de gros dégâts mais qui dépendent de la capitale pour leur ravitaillement. De plus, l'essence est déjà introuvable en territoire haïtien, les activités des banques ont été suspendues et il est désormais difficile de se procurer de l'argent pour acheter les choses les plus urgentes, qui ont déjà commencé à atteindre des prix fous : on m'a raconté aujourd'hui qu'une bouteille d'eau se vendait 15 dollars dans les rues de la capitale !",

ajoute père Regino, avant de confirmer les informations relatives aux premiers pillages commis dans la nuit de mercredi.

À Port-au-Prince, le jésuite sait que ses confrères, qu'il espère rejoindre bientôt, vont bien :

"Ils ont eu de la chance et n'ont pas subi de gros dégâts, malgré la catastrophe".

Pendant ce temps, à Santo-Domingo, la communauté haïtienne est inquiète : l'ambassade haïtienne croule sous les demandes de ses ressortissants, impatients d'obtenir des nouvelles de leurs proches. En attendant, dans le quartier connu sous le nom de Pequeño Haití, près du marché Modelo, les gens prient et tentent coûte que coûte de se renseigner sur la situation de l'autre côté de la frontière. (FB/CN)

 

(MISNA)