12.04.2010
Il faut sauver le catholique Kennedy. Une réponse à Mgr Chaput
L'archevêque de Denver a accusé ce président d'avoir fait sortir la religion de la sphère publique. Le professeur Diotallevi répond : "L'Église ne gagne rien à trop s'appuyer sur le pouvoir politique, même quand il est amical"
par Sandro Magister

ROME, le 11 avril 2010 – La réfutation par l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, du célèbre discours où John Kennedy avait expliqué aux Américains, il y a juste cinquante ans, que le catholique qu’il était pouvait être un bon président, est de celles qui laissent une trace.
Le réquisitoire de Chaput a été publié intégralement quelques heures après que l'archevêque l'eut prononcé, le 1er mars 2010, à la Baptist University de Houston, la ville même où Kennedy avait prononcé son discours :
> La doctrine du catholique Kennedy? À oublier
Chaput compte parmi les personnalités les plus influentes de l'épiscopat des États-Unis. Avec le cardinal Francis George, archevêque de Chicago et président de la conférence des évêques des États-Unis, il est l’un des leaders du nouveau courant de l’Église catholique américaine, en grande harmonie avec Benoît XVI. Un groupe dont fait également partie le nouvel archevêque coadjuteur de Los Angeles, José Horacio Gómez, nommé il y a quelques jours par le pape dans ce diocèse qui est le plus grand du pays.
Et bien, d’après Chaput, le catholique Kennedy aurait contribué par ce discours non pas à assurer une présence plus efficace de la foi chrétienne dans la sphère publique, mais à provoquer une désastreuse séparation de l’Église et de l’État, à confiner la foi religieuse dans le secret des consciences et en définitive à la vider de son contenu.
Autrement dit, le catholique Kennedy aurait favorisé un modèle de société s’inspirant davantage de la "laïcité" [en français dans le texte] agressive à la française que de la "religious freedom" qui caractérise l'Amérique.
La controverse n’est pas seulement académique. Depuis que Barack Obama est président, elle est au centre de la confrontation entre la politique qu’il mène et les prises de position de l'épiscopat catholique américain, surtout en ce qui concerne la vie, la famille et l'éducation.
C’est une controverse qui traverse et divise également le monde catholique, aux États-Unis et ailleurs. Chaput a-t-il raison de réfuter aussi durement Kennedy ?
Depuis Rome, un chercheur très compétent en ce domaine, le professeur Luca Diotallevi, répond à l’archevêque de Denver à travers la note publiée ci-dessous.
Diotallevi enseigne la sociologie à l'Université Rome III et il a été senior fellow du Center for the Study of World Religions de la Harvard Divinity School. Il a publié récemment, aux éditions Rubbettino, un livre consacré précisément aux questions discutées par Chaput : "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité].
Dans cet ouvrage et dans d’autres, Diotallevi a toujours accordé une attention et une prédilection particulières au modèle américain de "religious freedom".
Il ne prend pas, à proprement parler, la défense de Kennedy mais il critique la critique que Chaput fait de celui-ci. C’est d’autant plus intéressant que le professeur Diotallevi est le vice-président du comité scientifique des "Settimane sociali" [Semaines sociales] des catholiques italiens et le spécialiste des sciences politiques le plus écouté par la conférence des évêques d’Italie, présidée hier par le cardinal Camillo Ruini et aujourd’hui par le cardinal Angelo Bagnasco.
ON PEUT SÉPARER L’EGLISE DE L’ETAT, C’EST MÊME UN DEVOIR
par Luca Diotallevi
Dans une conférence, Mgr Charles J. Chaput a affirmé qu’il y a un lien de cause à effet entre le célèbre discours prononcé par John F. Kennedy en 1960 à Houston, devant une assistance de pasteurs protestants, et le courant "secular" qui s’est ensuite répandu dans la culture américaine à la fin des années 60 et dans les années 70. Cette conférence mérite d’être commentée.
Pour faire court, je me limiterai à proposer deux observations critiques et deux axes de recherches.
La première observation critique concerne le caractère "secular" du discours de Kennedy. Nous savons par les historiens que l’une des sources de ce texte était une note préparée pour le futur président par le théologien jésuite John Courtney Murray qui, au cours du concile Vatican II, allait jouer un rôle décisif dans la rédaction de la déclaration "Dignitatis humanae". C’était déjà alors l’un des grands spécialistes des rapports entre la doctrine sociale de l’Église et la théorie et la pratique politiques contemporaines ; John Kennedy lui avait donc demandé dans quelles conditions un catholique pouvait ou non assumer une fonction publique comme celle de président des Etats-Unis d'Amérique, pour laquelle il s’apprêtait à faire campagne. Le discours ayant été influencé par cette source – facile à retrouver – on peut difficilement le considérer comme "secular". Bien entendu, l’influence d’une source ne dispense pas d’analyser le texte en soi, mais elle justifie une certaine prudence dans son interprétation.
La seconde observation critique concerne la “culture protestante” dont Kennedy se serait rapproché par ce discours. Les pasteurs protestants auxquels il s’adressait à cette occasion étaient tout sauf “laïcistes", tout sauf tièdes quant à la possibilité de manifester l'expérience chrétienne dans tous les aspects de la vie publique. Un homme politique expérimenté comme John Kennedy n’aurait jamais affronté un public de ce genre, dont il espérait obtenir l’approbation, en proposant une atténuation ou une suppression de la dimension publique de l’expérience chrétienne. Il serait tout à fait nécessaire de faire une analyse approfondie des sources, y compris religieuses bien sûr, de la culture "secular" qui, au cours des années qui ont suivi, se sont manifestées avec vigueur dans la vie publique aux Etats-Unis. Mais une telle analyse devrait menée en étant capable de faire une distinction entre les nombreuses composantes du “monde protestant” d’Amérique du Nord et en particulier de celui des années 50.
Voici maintenant deux réflexions à caractère plus général qui constituent une invitation à poursuivre et à approfondir la recherche et la confrontation.
La première est que le mot "Église" revient souvent dans le discours de Mgr Chaput. Son utilisation dans le domaine empirique – si on veut l’employer en lui donnant un sens compatible avec celui qui lui est attribué dans le domaine théologique par le magistère catholique – est très compliquée, même si elle n’est certainement pas impossible. Mgr Chaput rejette la séparation absolue entre l’Église et l’État ; il insiste sur l’opposition entre ceux qui veulent marginaliser l’Église et ceux qui, au contraire, veulent la remettre en position d’influencer plus ou moins directement tous les domaines de la vie sociale. Dans mon essai "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité], pour faire apparaître la différence entre le modèle français de la "laïcité" [en français dans le texte] et le modèle anglo-saxon de la liberté religieuse, j’ai jugé opportun de ne jamais utiliser le concept d’Église, parce qu’il est trop vaste. En effet, pour ne donner que trois exemples, l'action du baptisé qui prend et exerce des responsabilités politiques est une manifestation de l’Église ; une intervention publique de l'épiscopat est une manifestation de l’Église ; l'exercice d’un pouvoir ecclésiastique comme la nomination d’un évêque ou la validité dans l'ordre civil d’un mariage célébré selon un rite religieux est une manifestation de l’Église. La séparation des pouvoirs politiques et des pouvoirs religieux – question dont je me suis occupé et à laquelle Mgr Chaput donne également de l’importance – n’implique en aucune manière une séparation radicale entre toute forme d’action chrétienne (et par là même ecclésiale) et toute forme d’action politique ou plus généralement publique.
Les deux premiers exemples que je viens de citer (l’action du baptisé qui fait de la politique et la déclaration publique faite par l’épiscopat) ne sont absolument pas remis en cause par la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. C’est seulement dans des cas analogues à ceux du troisième exemple que le critère de séparation des pouvoirs devient significatif. Donc, pour en revenir à l’intervention de Mgr Chaput, parler d’"Église" en général n’aide pas à comprendre quelles organisations on imagine pour l’espace public et en particulier quels sont les modèles de rapports entre politique et religion qui sont soutenus et quels sont ceux qui sont critiqués. Chaput propose notamment une interprétation des deux premiers points du premier amendement de la constitution des États-Unis d’Amérique qui pourrait s’avérer contre-productive et constituer une sorte de “but marqué contre son camp”.
La question est encore plus urgente aujourd’hui parce que l’extraordinaire et constant engagement de l’Église catholique en faveur de la liberté religieuse – depuis la déclaration "Dignitatis humanae" de Vatican II jusqu’à Benoît XVI, en passant par Paul VI et Jean-Paul II – fait que l’Église voit précisément dans la formation et la mise en œuvre d’un régime de séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux ("ne pas obliger, ne pas empêcher") un signe des racines et de l’influence chrétienne sur le contexte social qui adopte ce régime.
La seconde réflexion concerne le risque que certaines des prises de position "evangelical" ou néoconservatrices les plus répandues dans le monde protestant américain, mais aussi dans certaines franges du monde catholique, adoptent le modèle de la Westphalie, c’est-à-dire qu’elles tendent à proposer un rapport entre politique et religion dans lequel la religion devient un instrument (même s’il est précieux et bien rémunéré) de la politique.
Dans certains passages de sa conférence, Mgr Chaput semble accepter le schéma selon lequel il faut renoncer à la séparation de l’Église et de l’État si l’on ne veut pas d’institutions politiques neutres. Mais ce qui fait de la liberté religieuse une alternative à la "laïcité" [en français dans le texte], c’est justement, avant tout, le fait qu’elle montre le caractère trompeur de cette alternative sèche entre séparation et non-neutralité. Si on l’abandonne, on s’expose en outre à un risque grave. Accepter ou demander qu’un État ne soit pas séparé d’une Église signifie ouvrir de nouveau les portes à une possible soumission de la religion - et éventuellement de l’Église - à ce pouvoir politique.
La liberté religieuse – dans la version de la constitution et de l’histoire des Etats-Unis, comme dans la version britannique ou dans celle de "Dignitatis humanae" – montre au contraire la possibilité d’une séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux sans neutralité des institutions politiques et sans insignifiance publique de l’Église.
La liberté religieuse refuse les bases mêmes de la "laïcité" [en français dans le texte]. Alexis de Tocqueville a probablement été le premier Européen à comprendre qu’aux États-Unis l’Église “régnait” sur les consciences de manière différente parce qu’on y trouvait une entente entre esprit religieux et esprit de liberté qui était inconnue en Europe continentale.
Une caractéristique du christianisme est qu’il relativise tout pouvoir politique par sa simple présence sur la scène publique sous la forme d’une Église (cf. J. Ratzinger, "L’unità delle nazioni" [L’unité des nations], Éditions Morcelliana, Brescia, 2009, p. 34). Au-delà des apparences, l’Église et l’Évangile ne gagnent rien à faire trop de concessions au pouvoir politique, même quand il est amical. L’Église et l’Évangile doivent continuer à animer une attitude – comme on a défini celle de Jésus et de la génération apostolique – "ni anarchiste ni zélote".
C’est précisément là que se trouve l’une des racines du modèle de la liberté religieuse et de son fonctionnement. Ce régime est le signe de la source chrétienne d’une cohabitation courtoise. Il est, en même temps, la condition pour que participent à cette cohabitation d’autres gens qui ne partagent pas la même foi, mais qui – dans les limites de ce que l’enseignement social de l’Église appelle "ordre public" – peuvent jouir des hauts niveaux de liberté que cette foi et sa force historique accordent à toute personne en vertu de sa dignité.
Le texte intégral du discours prononcé par John F. Kennedy, le 12 septembre 1960, devant la Greater Houston Ministerial Association :
> "While the so called religious issue..."
Le plus récent essai du professeur Diotallevi sur ces questions :
Luca Diotallevi, "Una alternativa alla laicità", Éditions Rubbettino, Soveria Mannelli, 2010, 162 pages, 14,00 euros.
Et une synthèse de cet ouvrage par l’auteur lui-même, publiée dans la revue "Vita e Pensiero" [Vie et Pensée] de l'Université Catholique de Milan :
> Se possiamo non dirci laici [Si nous pouvons ne pas nous dire laïcs]
A propos du livre "Render Unto Caesar" [Rendez à César] de l'archevêque Charles J. Chaput :
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver
A propos d’un récent appel de personnalités américaines de différentes confessions chrétiennes :
> La "Déclaration de Manhattan" : le manifeste qui secoue l'Amérique (25.11.2009)
Un article paru sur www.chiesa, il y a un an, à propos de la question de la laïcité, avec des références à la visite de Nancy Pelosi à Benoît XVI et à l’affaire Eluana Englaro, et aussi avec des textes des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco :
> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours (23.2.2009)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou. (13.8.2008)
www.chiesa
17:42 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : universites, barack obama, denver, john f kennedy, baptist university, houston, francis george, chicago, vie, famille, education, rome, luca diotallevi, sociologie, rome iii, senior fellow, center for the study of world religions, harvard divinity school, editions rubbettino, archeveques, religion, etat, professeur diotallevi, eglise, politique, charles j chaput, etats-unis, catholiques, conference des eveques, eglise catholique, pape, benoit xvi, jose horacio gomez, los angeles, separation de l eglise et de l etat, foi, societe, episcopat, una alternativa alla laicita, religious freedom, settimani sociali, italie, sciences politiques, camillo ruini, angelo bagnasco, secular, histoire, theologie, theologiens, jesuites |
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02.03.2010
La doctrine du catholique Kennedy? À oublier
La doctrine du catholique Kennedy? À oublier
En 1960 il s'était fait le théoricien de la plus stricte séparation entre l'Église et l'État, afin de se faire accepter comme président. Un demi-siècle plus tard, l'archevêque Chaput l'accuse d'avoir provoqué de gros dégâts. Un essai du professeur Diotallevi sur les limites et les échecs de la laïcité
par Sandro Magister

ROME, le 2 mars 2010 – Cinquante ans tout juste après le mémorable discours, entré dans les anthologies, que John F. Kennedy prononça devant les pasteurs protestants de Houston afin de les convaincre, et avec eux tout le pays, qu’en tant que catholique il pouvait être un bon président (photo), l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, est revenu sur les lieux du délit, à Houston, où il a fait une conférence aux protestants baptistes sur le rôle des chrétiens dans la vie publique.
Le "délit", c’est celui qu’a commis Kennedy justement en prononçant ce discours, a déclaré Chaput au cours de sa conférence, faite hier soir à la Houston Baptist University et reproduite intégralement ci-dessous.
"Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, nous en payons encore les dégâts", a déclaré Chaput, qui est, parmi les évêques des États-Unis, l’un des plus actifs en ce qui concerne la question des relations entre l’Église et le pouvoir. Il a écrit à ce sujet un livre, "Render Unto Caesar", dont la thèse centrale est qu’il faut rendre à César ce qui lui est dû, mais qu’un chrétien sert son pays en vivant sa foi dans la vie politique de manière tout à fait cohérente et visible, sans la cacher ni la diluer.
Chaput est d’avis que la stricte séparation entre l’Église et l’État prônée par Kennedy n’a rien à voir avec l'origine et avec l’histoire des États-Unis. C’est un concept qui a été introduit seulement au milieu du XXe siècle par un courant laïciste auquel le catholique Kennedy a adhéré, ouvrant ainsi la voie à la privatisation de la croyance religieuse au sein des consciences et, en définitive, à l’élimination de son contenu, y compris chez les catholiques.
Aujourd’hui, le paradoxe de ces catholiques envoûtés par la laïcité, aux Etats-Unis et ailleurs, est qu’ils adoptent et prônent ce modèle de manière non critique, en l’appliquant aussi à l’Eglise, alors même que, partout, il apparaît comme étant de plus en plus en difficulté.
Dans la culture courante, le mot "laïcité" renvoie à la "laïcité" spécifique de la France, très agressive vis-à-vis de la religion et bien décidée à chasser celle-ci de l’espace public ou en tout cas à la soumettre à son autorité.
Mais, en France même, ce concept est en cours de révision et, ailleurs, il est décliné avec des variantes sensibles, toutes plutôt instables.
Ce n’est pas tout. En Europe même, comme en Amérique du Nord, la "laïcité" a toujours été confrontée à un modèle très différent de relations entre l’Église et l’État, celui de la "religious freedom", la liberté religieuse à l’anglo-saxonne, qui a connu son plus grand épanouissement aux États-Unis.
L’un et l’autre de ces deux modèles sont nés au sein du christianisme mais ils ont généré des formes différentes de rôle de l’Église dans la société.
Les États-Unis sont le pays où la confrontation entre "laïcité" et "religious freedom" est aujourd’hui la plus vive et la plus décisive. Et l’Église catholique en fait partie.
En Italie, le chercheur qui attire l’attention sur cette confrontation avec le plus de perspicacité est Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l'Université Rome III, vice-président du comité scientifique des Semaines Sociales des catholiques italiens et expert très consulté par les dirigeants de la conférence des évêques d’Italie.
Diotallevi a intitulé son plus récent essai, édité chez Rubbettino et disponible en librairie depuis un mois, "Una alternativa alla laicità".
Il a publié, comme préalable à cet essai, un texte très éclairant, avec des références à l'Europe et à l'Amérique, dans "Vita e Pensiero", la revue de l'Université Catholique de Milan :
> Se possiamo non dirci laici
Mais voici la conférence faite, le soir du 1er mars 2010, à la Baptist University de Houston par l’archevêque de Denver, traduite par nos soins.
LA VOCATION DES CHRÉTIENS DANS LA VIE PUBLIQUE AMÉRICAINE
par Charles J. Chaput
L’une des ironies de ma conférence de ce soir est que moi, évêque catholique, je prends la parole dans une université baptiste, au cœur de l'Amérique protestante. Mais j’y ai été accueilli avec plus de chaleur et d’amitié que je n’en trouverais dans bien des lieux catholiques. Le fait mérite d’être discuté. J’y reviendrai à la fin de ma conférence. [...]
Avant d’aborder le fond de notre discussion, je voudrais attirer votre attention sur trois points.
Le premier, c’est que ce que je vais dire ce soir m’est strictement personnel. Je ne vais pas parler au nom du Saint-Siège, au nom des évêques américains ou au nom de la communauté catholique de Houston. Dans la tradition catholique, l’évêque local est le principal prêcheur et enseignant de la foi et le pasteur de l’Église locale. Ici, à Houston, vous avez un évêque remarquable – un homme d’une grande foi chrétienne et d’une grande intelligence – en la personne du cardinal Daniel DiNardo. En tout ce qui est catholique, ce soir, je suis heureux de lui laisser la primauté.
Le deuxième, c’est que je suis ici en tant que chrétien catholique et en tant que citoyen américain, dans cet ordre. Ces deux identités sont importantes. Il ne s’agit pas de les opposer l’une à l’autre, mais elles ne sont pas identiques et elles n’ont pas le même poids. J’aime mon pays. Je révère le génie qui s’exprime dans ses documents fondateurs et dans ses institutions publiques. Mais aucun pays, même celui que j’aime, n’a droit à ma soumission ou à mon silence dans les domaines qui appartiennent à Dieu ou qui sapent la dignité des êtres humains que Dieu a créés.
Le troisième, c’est que les catholiques et les protestants se souviennent différemment de l’histoire des États-Unis. L’historien Paul Johnson a écrit que l'Amérique "est née protestante" (1). C’est sûrement vrai. Quoi que soit l'Amérique d’aujourd’hui, quoi qu’elle puisse devenir demain, son origine a été profondément modelée par un esprit chrétien protestant et, tout compte fait, ce qu’a produit cet esprit a été un grand bienfait pour l'humanité. Mais il est également vrai que, même si les catholiques ont toujours prospéré aux États-Unis, ils ont été en butte pendant deux siècles à des discriminations, à du fanatisme religieux et à des violences intermittentes. Bien entendu, les protestants voient les choses de manière tout à fait différente. Ils se rappellent la persécution de dissidents par les catholiques en Europe, les liens entre l’Église romaine et les pouvoirs temporels, la méfiance des papes vis-à-vis de la démocratie et de la liberté religieuse.
Nous ne pouvons pas effacer ces souvenirs. Nous ne pouvons pas non plus dissimuler – il ne faut d’ailleurs pas le faire – les sujets qui nous divisent encore, en tant que croyants, quant à la doctrine, à l’autorité ou à la conception de l’Église. Un œcuménisme fondé sur la politesse et non sur la vérité est vide. C’est aussi une forme de mensonge. Si nous avons en commun l'amour pour Jésus-Christ et un lien familial dans le baptême et dans la Parole de Dieu, alors nous sommes, à un niveau fondamental, frères et sœurs. Les membres d’une famille se doivent les uns aux autres plus que des politesses superficielles. Nous nous devons les uns aux autres cette sorte de respect fraternel qui "dit la vérité dans l'amour" (Ephésiens 4, 15). Nous nous devons aussi les uns aux autres, d’urgence, la solidarité et le soutien pour affronter une culture qui se moque de plus en plus de la foi religieuse en général et de la foi chrétienne en particulier. Cela m’amène au cœur de ce que je voudrais vous dire.
***
Notre sujet de ce soir est la vocation des chrétiens dans la vie publique américaine. C’est un sujet plutôt vaste, assez vaste pour que je lui aie consacré un livre. Ce soir, je veux me concentrer spécialement sur le rôle des chrétiens dans notre vie civique et politique. Le mot-clé de notre discussion va être "vocation". Il vient du mot latin "vocare", qui signifie "appeler". Nous, chrétiens, croyons que Dieu appelle chacun de nous individuellement et nous tous en tant que communauté croyante, à le connaître, à l’aimer et à le servir dans nos vies quotidiennes.
Mais il n’y a pas que cela. Dieu nous demande également de faire des disciples de toutes les nations. Cela veut dire que nous avons le devoir de prêcher Jésus-Christ. Nous sommes chargés de partager son Évangile de vérité, de miséricorde, de justice et d’amour. Ce sont des mots de mission, des mots qui appellent à l’action. Ils ne sont pas facultatifs. Et ils ont des conséquences pratiques sur notre manière de penser, de parler, de faire des choix et de vivre nos vies, pas seulement à la maison mais aussi sur la place publique. La véritable foi chrétienne est toujours personnelle, mais elle n’est jamais privée. Et nous devons réfléchir à ce simple fait à la lumière d’un anniversaire particulier.
Il y aura 50 ans cet automne, en septembre 1960, le sénateur John F. Kennedy, candidat démocrate à la présidence, fit un discours à la Greater Houston Ministerial Association. Il avait un seul but : il devait convaincre 300 pasteurs protestants plutôt méfiants et le pays dans son ensemble, qu’un catholique comme lui pouvait servir loyalement notre pays en tant que chef de l’exécutif. S’il n’a pas convaincu les pasteurs, Kennedy a convaincu le pays et il a réussi à être élu. Et son discours a laissé une empreinte durable dans la politique américaine. Ce discours a été sincère, convaincant, argumenté... et erroné. Pas erroné à propos du patriotisme des catholiques, mais erroné à propos de l’histoire des Etats-Unis et très erroné à propos du rôle de la foi religieuse dans la vie de notre pays. Et Kennedy n’a pas été simplement "erroné". Son discours de Houston a sapé en profondeur le rôle non seulement des catholiques, mais de tous ceux qui ont une foi religieuse, dans la vie publique et dans la discussion politique aux États-Unis. Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, nous en payons encore les dégâts.
Voilà des affirmations fortes. Je vais donc essayer de les expliquer de trois façons. D’abord, je voudrais analyser les problèmes à partir de ce que Kennedy a vraiment dit. Ensuite, je voudrais réfléchir à ce que peut être une juste approche chrétienne de la politique et du service public. Enfin je voudrais examiner où nous a conduits le discours de Kennedy. Autrement dit : les réalités auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui et ce que les chrétiens doivent faire en ce qui concerne ces réalités.
***
John Kennedy était un grand orateur. Ted Sorensen, qui l’a aidé à élaborer le discours de Houston, était un écrivain talentueux. C’est pourquoi, si on lit rapidement le discours de Kennedy à Houston, il est facile d’y voir un appel passionné à la tolérance. Mais le texte a au moins deux gros défauts (2). Le premier est politique et historique. Le second est religieux.
Au début de son exposé, Kennedy a déclaré : "Je crois en une Amérique où la séparation entre l’Église et l’État est absolue". Etant donnée la méfiance historiquement témoignée aux catholiques dans notre pays, ces mots étaient habilement choisis. Le problème est que la constitution ne dit pas cela, que les Pères Fondateurs ne le croyaient pas et que l’histoire des Etats-Unis l’infirme. À la différence des chefs révolutionnaires européens, les Pères Fondateurs des Etats-Unis avaient une opinion favorable de la religion. Beaucoup d’entre étaient eux-mêmes croyants. En fait, l’une des principales raisons qui ont conduit à la rédaction de la Clause d’Établissement du premier amendement, qui interdit toute aide fédérale à une Église, est que plusieurs des rédacteurs de la constitution voulaient protéger les Églises protestantes aidées par des fonds publics qui étaient déjà installées dans leurs états. A vrai dire John Adams préférait un "établissement modéré et équitable de la religion", ce qu’il contribua à faire inclure dans la constitution du Massachusetts en 1780 (3).
Les Pères Fondateurs des États-Unis encourageaient le soutien mutuel entre la religion et le gouvernement. Leurs motivations étaient d’ordre pratique. À leurs yeux, une république comme les États-Unis avait besoin d’un peuple vertueux pour survivre. La foi religieuse, correctement vécue, forme des gens vertueux. Donc le concept moderne, drastique, de "séparation de l’Église et de l’État" avait peu de poids dans la conscience américaine, jusqu’au jour où le juge Hugo Black l’a déniché dans une lettre privée écrite en 1802 par le président Thomas Jefferson à la Danbury Baptist Association (4). Le juge Black a ensuite utilisé la phrase de Jefferson dans l’arrêt de la Cour Suprême Everson v. Board of Education, en 1947.
La date de cet arrêt de la Cour Suprême est importante, parce qu’un an plus tard – en 1948 – les évêques catholiques américains ont écrit une magnifique lettre pastorale intitulée "Le chrétien en action". Elle mérite d’être lue. Dans cette lettre, les évêques faisaient deux choses. Ils soutenaient avec force la démocratie américaine et la liberté religieuse. Et ils contestaient vigoureusement la logique du juge Black dans l’arrêt Everson.
Les évêques écrivaient que "ce serait une véritable distorsion de l’histoire et du droit américains" que de forcer les institutions publiques du pays à une "indifférence vers la religion et au refus de la coopération entre la religion et le gouvernement". Ils rejetaient la nouvelle et brutale conception de la séparation de l’Église et de l’État créée par le juge Black come "pierre de touche du laïcisme doctrinaire" (5). Et ils fondaient leur argumentation sur les faits de l’histoire des États-Unis.
Il est intéressant de rappeler, ce soir, cette prise de position pastorale parce que Kennedy a évoqué la lettre des évêques de 1948 dans son discours de Houston. Il voulait démontrer que les catholiques soutenaient profondément la démocratie américaine. En cela il avait raison. Mais il a omis de dire que ces mêmes évêques, dans cette même lettre, rejetaient la nouvelle et radicale doctrine de la séparation qu’il prêchait.
Le discours de Houston a aussi créé un problème religieux. Il faut reconnaître à Kennedy le mérite d’avoir dit que, si jamais ses devoirs de président "me demandaient de violer ma conscience ou l'intérêt national, je démissionnerais". Il affirmait aussi : "Je renierai pas mes convictions ou mon Église pour gagner ces élections". Mais, par ses effets, c’est exactement ce qu’a fait le discours de Houston. Il a lancé le projet de dresser un mur entre la religion et la pratique du gouvernement, de façon nouvelle et agressive. Il a aussi séparé les croyances privées d’un individu de ses devoirs publics. Et il a mis "l'intérêt national" au-dessus et contre "les pressions ou préceptes religieux extérieurs".
Pour son auditoire de pasteurs protestants, l’accent mis par Kennedy sur la conscience personnelle peut avoir semblé familier et rassurant. Mais ce que Kennedy a vraiment fait, d’après le chercheur jésuite Mark Massa, c’est quelque chose d’extérieur et de nouveau. Il "a sécularisé la présidence américaine pour la conquérir". Autrement dit, "précisément parce que Kennedy ne faisait pas partie de ce courant dominant de religiosité protestante qui avait créé et soutenu les 'structures de plausibilité' de la culture politique [américaine] au moins depuis Lincoln, il a dû 'privatiser' les croyances religieuses présidentielles – y compris et surtout les siennes – pour conquérir ce poste" (6).
D’après Massa, le type de laïcité mis en avant par le discours de Houston "représentait une privatisation presque totale des croyances religieuses : une privatisation si poussée que des observateurs religieux aussi bien du côté catholique que du côté protestant ont commenté ses remarquables implications athées pour la vie et le discours publics". Et l'ironie – toujours du point de vue de Massa – est que certains de ceux qui s’inquiétaient publiquement de la foi catholique de Kennedy, ont obtenu un résultat très différent de ce qu’ils attendaient. En effet, "le fait même de poser la question [du catholicisme] a représenté une grande avancée vers une ‘laïcisation’ de la place publique américaine, par la privatisation des croyances personnelles. L’effort même consenti pour 'sauvegarder' l'aura religieuse [essentiellement protestante] de la présidence... a contribué de manière significative à sa laïcisation".
Cinquante ans après le discours de Houston, il y a plus de catholiques qui occupent des fonctions publiques nationales qu’il n’y en a jamais eu auparavant. Mais je me demande s’il y en a déjà eu aussi peu qui soient capables d’expliquer de manière cohérente comment leur foi influe sur leur travail, ou qui se sentent au moins obligés d’essayer. La vie de notre pays n’est pas plus "catholique" ou "chrétienne" qu’il y a cent ans. En fait, on peut soutenir qu’elle l’est moins. Et il y a au moins un motif à cela : trop de catholiques prennent leurs opinions personnelles pour une véritable conscience chrétienne. Trop d’entre eux vivent leur foi comme si c’était une particularité privée qu’ils empêcheront toujours de devenir une gêne pour autrui. Et trop d’entre eux ne sont pas vraiment croyants. Peut-être en va-t-il autrement dans les milieux protestants. Mais j’espère que vous me pardonnerez si je dis : "J’en doute".
***
John Kennedy n’a pas créé les tendances de la vie américaine que je viens de décrire. Mais, au moins pour les catholiques, son discours de Houston les a indiscutablement alimentées. Cela m’amène au deuxième point de ma conférence : à quoi pourrait ressembler une approche chrétienne convenable de la politique ? John Courtney Murray, le chercheur jésuite qui a parlé si vigoureusement de la dignité de la démocratie américaine et de la liberté religieuse, a écrit un jour : "Le Saint-Esprit ne descend pas sur la Cité de l’Homme sous la forme d’une colombe. Il ne vient que dans l’esprit de justice et d’amour à l'énergie infinie qui est présent dans l’homme de la Cité, le laïc" (7).
Voici ce que cela signifie. Le christianisme n’est pas principalement – ni même significativement – une affaire de politique. Il s’agit de vivre et de partager l'amour de Dieu. Et l'engagement politique chrétien, quand il existe, n’est jamais principalement le travail du clergé. C’est le travail des croyants laïcs qui vivent plus pleinement dans le monde. La foi chrétienne n’est pas un assortiment de règles morales ou de doctrines. Ce n’est pas un groupe de théories sur la justice sociale et économique. Toutes ces choses ont leur place. Elles peuvent toutes être importantes. Mais la vie chrétienne commence par une relation avec Jésus-Christ et elle donne des fruits dans la justice, dans la miséricorde et dans l’amour que nous témoignons aux autres à cause de cette relation.
Jésus a dit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le plus grand et le premier commandement. Le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. A ces deux commandements se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes" (Matthieu 22, 37-40). C’est la pierre de touche de notre foi. Et s’il n’y a pas une passion pour Jésus-Christ dans nos cœurs pour remodeler nos vies, le christianisme n’est qu’un jeu de mots et une légende. Une relation a des conséquences. Un homme marié se décidera à certaines actions et attitudes, quel qu’en soit le coût, par amour pour sa femme. Il en est de même de notre relation avec Dieu. Nous devons vivre et prouver notre amour par nos actions, pas seulement dans nos vies personnelles et familiales, mais aussi dans la sphère publique. C’est pourquoi les chrétiens en tant qu’individus, l’Église en tant que communauté croyante, abordent l’ordre politique comme une obligation découlant de la Parole de Dieu. Le droit humain enseigne et forme tout en fixant des règles ; et la politique humaine est l'exercice du pouvoir : ce qui veut dire que l’un et l’autre ont des implications morales que le chrétien ne peut feindre d’ignorer, s’il veut rester fidèle à sa vocation de lumière du monde (Matthieu 5, 14-16).
Robert Dodaro, prêtre augustin et chercheur, a écrit, il y a quelques années, un livre merveilleux intitulé : "Christ and the just society in the thought of Augustine". Dans ce livre et dans d’autres textes, Dodaro fait apparaître quatre points clés de la vision qu’a Augustin du christianisme et de la politique (8).
Premièrement, Augustin ne propose jamais vraiment une théorie politique. Il y a une raison à cela. Il ne croit pas que les êtres humains puissent connaître ou créer une justice parfaite en ce monde. Notre jugement est toujours affecté par notre état de pécheurs. Le bon point de départ de toute politique chrétienne est donc l'humilité, la modestie et un réalisme très mesuré.
Deuxièmement, aucun ordre politique, si bon qu’il puisse paraître, ne peut jamais constituer une société juste. Des erreurs dans le jugement moral ne peuvent être évitées. Ces erreurs augmentent aussi de manière exponentielle en complexité lorsqu’elles passent des niveaux bas de la société et du gouvernement à ceux qui sont plus élevés. Le chrétien doit donc être loyal à son pays et obéir à ses dirigeants légitimes, mais il doit également cultiver une vigilance critique vis-à-vis de l’un et des autres.
Troisièmement, en dépit de ces préoccupations, les chrétiens continuent à avoir le devoir de prendre part à la vie publique en fonction des capacités qu’ils ont reçues de Dieu, même lorsque leur foi les met en conflit avec les pouvoirs publics. Nous ne pouvons pas simplement feindre d’ignorer les affaires publiques ou nous en retirer. La raison en est simple. Les classiques vertus civiques énumérées par Cicéron – la prudence, la justice, la force d’âme, la modération – peuvent être renouvelées et développées, à l’avantage de tous les citoyens, par les vertus chrétiennes de foi, d’espérance et de charité. C’est pourquoi l'engagement politique est une tâche digne d’un chrétien, et une fonction publique est une vocation honorable pour un chrétien.
Quatrièmement, en gouvernant aussi bien qu’ils le peuvent, tout en conformant leurs vies et leur jugement au contenu de l’Évangile, les chrétiens qui occupent une fonction de dirigeant dans la vie publique peuvent vraiment faire du bien et ils peuvent représenter une différence. Leur succès sera toujours limité et toujours mêlé. Il ne sera jamais idéal. Mais, avec l’aide de Dieu, ils peuvent améliorer la qualité morale de la société, ce qui donne à leur effort une valeur inestimable.
L’opinion d’Augustin à propos des dirigeants chrétiens, nous pouvons raisonnablement l’étendre à la vocation de tous les citoyens chrétiens. Les dons du citoyen chrétien sont en définitive très simples : un zèle pour Jésus-Christ et pour son Église ; une conscience formée dans l’humilité, enracinée dans les Écritures et dans la communauté croyante ; la prudence pour déterminer quels sont, parmi les problèmes qui se posent dans la vie publique, ceux qui sont essentiels et fondamentaux pour la dignité humaine et ceux qui ne le sont pas ; et le courage de travailler à ce qui est juste. Nous ne cultivons pas ces dons tout seuls. Nous les développons ensemble en tant que chrétiens, dans la prière, à genoux, en présence de Jésus-Christ... et aussi lors de discussions comme ce soir.
***
Maintenant, avant de conclure, je voudrais dire quelques mots à propos du troisième point que j’ai indiqué au début de cette conférence : les situations concrètes auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui et ce que les chrétiens doivent faire pour les traiter. Quand je préparais ce que j’allais dire ce soir, j’ai fait la liste de toutes les questions urgentes qui demandent notre attention en tant que croyants : l’avortement ; l’immigration ; nos obligations envers les pauvres, les personnes âgées et les handicapés ; les problèmes de la guerre et de la paix ; la confusion qui règne dans notre pays à propos de l'identité sexuelle et de la nature humaine, ainsi que les attaques contre le mariage et contre la famille qui découlent de cette confusion ; la séparation croissante entre notre science et notre technologie et la véritable réflexion morale ; l'érosion de la liberté de conscience dans nos débats sur le système de santé national ; le contenu et la qualité du système scolaire qui forme nos enfants.
La liste est longue. Je crois que l'avortement est le problème fondamental de droits de l’homme pour l’époque que nous vivons. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour aider les femmes pendant leur grossesse et pour faire cesser le meurtre légal d’enfants avant leur naissance. Nous pourrions, au besoin, rappeler que les Romains éprouvaient pour Carthage une haine profonde, non parce que Carthage était leur rivale commerciale ou parce que son peuple avait une langue et des coutumes différentes. Les Romains haïssaient Carthage surtout parce que ses habitants sacrifiaient leurs enfants à Baal. Pour les Romains, qui étaient eux-mêmes un peuple dur, c’était là une forme unique de cruauté et de barbarie. En tant que pays, nous aurions tout intérêt à nous demander qui ou ce que nous avons vraiment adoré depuis 1973, avec nos 40 millions d’avortements "légaux".
Toutes ces questions que j’ai citées tout à l’heure divisent notre pays et nos Églises d’une manière qu’Augustin aurait trouvée tout à fait compréhensible. La Cité de Dieu et la Cité de l'Homme se superposent en ce monde. Seul Dieu sait à quelle Cité chacun appartient. Mais entre-temps, quand nous cherchons à vivre l’Évangile auquel nous disons croire, il nous arrive de trouver des amis et des frères dans des endroits imprévus, des endroits improbables ; et quand cela se produit, même un endroit étranger peut nous donner l’impression que nous sommes à la maison.
La vocation des chrétiens dans la vie publique américaine n’a pas une étiquette spécifique, baptiste, catholique, grecque orthodoxe, ou autre. Les paroles rapportées par Jean 14, 6 – "Je suis la voie, la vérité et la vie ; nul ne va au Père que par moi" – qui sont la clé de l'identité de la Houston Baptist University, brûlent comme du feu dans ce cœur et dans le cœur de tout catholique qui comprend vraiment sa foi. Notre travail est d’aimer Dieu, de prêcher Jésus-Christ, de servir et de défendre le peuple de Dieu et de sanctifier le monde en tant que ses envoyés. Pour faire ce travail, nous avons besoin d’être unis. Non pas "unis" en mots pieux ou en bonnes intentions, mais vraiment unis, parfaitement unis, par l’esprit, par le cœur et par l'action, comme le Christ l’a voulu. C’est ce que Jésus voulait dire quand il a déclaré: "Je ne prie pas pour ceux-ci seulement, mais pour ceux-là aussi qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un ; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé" (Jean 17, 20-21).
Nous vivons dans un pays qui, à un moment donné, a été – en dépit de ses péchés et de ses faiblesses – profondément modelé par la foi chrétienne. Il peut l’être de nouveau. Mais nous ferons cela ensemble ou nous ne le ferons pas du tout. Nous devons nous rappeler ce que saint Hilaire disait, il y a si longtemps : "Unum sunt, qui invicem sunt", [Sont un ceux qui sont tout l’un pour l’autre] (9). Que Dieu veuille nous accorder la grâce de nous aimer l’un l’autre, de nous soutenir l'un l'autre et de vivre pleinement l'un pour l'autre en Jésus-Christ, de manière à ce que nous puissions travailler ensemble au renouvellement de ce pays qui a si bien servi la liberté humaine.
(1) Paul Johnson, “An Almost-Chosen People", First Things, juin-juillet 2006 ; texte tiré de son Erasmus Lecture.
(2) Le texte intégral du discours de Kennedy à Houston est disponible en ligne sur le site de la John F. Kennedy Presidential Library and Museum.
(3) John Witte, Jr., “From Establishment to Freedom of Public Religion“, Emory University School of Law, Public Law and Legal Theory Research Paper Series, Research Paper No. 04-1, 2003, p. 5.
(4) Ibid., p. 2-3.
(5) Évêques catholiques des États-Unis, lettre pastorale “The Christian in Action", n° 11, 1948 ; voir aussi n° 12-18 ; réimpression dans "Pastoral Letters of the American Hierarchy 1792-1970", Hugh J. Nolan, Our Sunday Visitor, 1971.
(6) Mark Massa, S.J. ; les citations de Massa sont tirées de “A Catholic for President ? John F. Kennedy and the ‘Secular’ Theology of the Houston Speech, 1960", Journal of Church and State, Spring 1997.
(7) John Courtney Murray, S.J., “The Role of Faith in the Renovation of the World", 1948 ; les œuvres de Murray sont disponibles en ligne sur le site de la Woodstock Theological Center Library.
(8) Robert Dodaro, O.S.A. ; voir sa correspondance privée avec l’auteur de cette conférence, avec les essais "Christ and the Just Society in the Thought of Augustine", Cambridge University Press, 2008 (première édition 2004), et “Ecclesia and Res Publica : How Augustinian Are Neo-Augustinian Politics?", réunis dans "Augustine and Post-Modern Thought : A New Alliance Against Modernity?", Peeters, Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium, 2009.
(9) Cité dans Murray, “The Construction of a Christian Culture" ; essai initialement publié sous la forme de trois conférences en 1940, disponibles comme indiqué ci-dessus.
Le texte intégral du discours de John F. Kennedy, le 12 septembre 1960, à la Greater Houston Ministerial Association :
> "While the so called religious issue..."
À propos du livre "Render Unto Caesar" de l’archevêque Charles J. Chaput :
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)
À propos d’un récent appel de représentants de diverses confessions chrétiennes des Etats-Unis :
> La "Déclaration de Manhattan" : le manifeste qui secoue l'Amérique (25.11.2009)
Le plus récent essai du professeur Diotallevi à propos de ces questions :
Luca Diotallevi, "Una alternativa alla laicità", Rubbettino, Soveria Mannelli, 2010, 162 pages, 14,00 euros.
Un article publié il y a un an par www.chiesa à propos de la question de la laïcité, avec des références à la visite de Nancy Pelosi à Benoît XVI et à l’affaire Eluana Englaro, et avec des textes des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco :
> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours (23.2.2009)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
18:45 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, vie politique, john f kennedy, pasteurs protestants, houston, etats-unis, archeveques, denver, charles j chaput, baptistes, chretiens, vie publique, houston baptist university, eveques, render unto caesar, separation de l eglise et de l etat |
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08.10.2009
La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican
La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican
Dans un article-choc publié à Rome, l'évêque de Denver, Charles J. Chaput, critique le président américain et les hommes d'Eglise qui l'encensent, en particulier le cardinal de curie Cottier. Mais la secrétairerie d'état du Vatican est aussi en discussion
par Sandro Magister
ROME, le 8 octobre 2009 – "Je défendrai toujours avec force le droit des évêques de me critiquer", avait assuré Barack Obama la veille de sa rencontre du 10 juillet avec Benoît XVI.
Certes. Quelque 80 évêques catholiques des Etats-Unis sont ouvertement en désaccord avec lui sur des sujets cruciaux, au premier rang desquels la défense de la vie. Parmi eux, le cardinal Francis George, président de la conférence des évêques et archevêque de Chicago, la ville d’Obama.
Il y a aussi l’évêque de Denver, Charles J. Chaput, 65 ans, indien, franciscain de l'ordre des capucins, auteur, il y a un an, d’un livre au titre révélateur : "Render unto Caesar. Serving the Nation by Living Our Catholic Beliefs in Political Life". Il est juste de rendre à César ce qui lui revient. Mais on sert son pays en vivant sa foi catholique dans la vie politique.
Chaput est mécontent qu’à Rome, le Vatican mette une sourdine aux critiques de l’Eglise des Etats-Unis contre Obama. Il n’a pas aimé, en particulier, les louanges immodérées adressées au président américain en juillet – au moment de la rencontre d’Obama avec le pape – par un vénérable cardinal de curie, le Suisse Georges Cottier, pro-théologien de la maison pontificale, dans un article paru dans la revue "30 Jours".
"30 Jours" est une revue de géopolitique ecclésiastique très lue à la curie et dirigée par le plus "curial" des hommes politiques italiens à longue carrière, le sénateur à vie Giulio Andreotti. Rédigée en six langues, elle touche tous les diocèses du monde et reflète fidèlement les politiques réalistes de la diplomatie vaticane.
Ayant lu l'article enthousiaste du cardinal Cottier – enthousiaste surtout en ce qui concerne le discours d’Obama à l'université catholique Notre Dame – et avant cela un précédent éditorial de "L'Osservatore Romano", très élogieux aussi, sur les 100 premiers jours du président américain, y compris "en faveur de la maternité", Chaput a estimé qu’il était de son devoir d’y répondre.
Il a pris sa plume et répondu point par point. A Obama, au cardinal Cottier, à la secrétairerie d’état du Vatican. Pas dans un journal américain, mais dans un journal imprimé à Rome, pour que le Vatican voie son article.
Sa réponse est parue le 6 octobre dans "il Foglio", le quotidien d'opinion dirigée par Giuliano Ferrara, qui n’est pas catholique mais très attentif au rôle public des religions et de sympathies nettement "ratzingériennes".
L'article de l’évêque de Denver occupait toute la troisième page, sous le titre: "La hache de guerre de l’évêque indien – Charles J. Chaput contre Notre Dame et contre l'illustre cardinal séduit par le pro-avortement Obama".
Le texte est reproduit ci-dessus avec son titre original.
Ce même 6 octobre, "il Foglio" publiait, en première page, une interview du cardinal George, qui était à Rome pour présenter son nouveau livre : "The Difference God Makes - A Catholic Vision of Faith, Communion, and Culture [La différence que fait Dieu - Une vision catholique de la foi, de la communion et de la culture]".
Dans cette interview, le cardinal déclarait notamment :
"Aujourd’hui, notre problème majeur en tant qu’Eglise est de faire savoir à la société qu’il existe une hiérarchie de valeurs. Prenons la question de l'avortement et de la vie en général. La voix de l’Eglise est écoutée aux Etats-Unis mais elle y est également très combattue. Et les critiques contre l’Eglise ont un motif : notre société considère que l'individualisme et la liberté de choix sont la valeur la plus importante à protéger. Aujourd’hui le libre arbitre vaut plus que la vie."
Et aussi :
"La morale de l’Eglise sur certains sujets n’a jamais changé. L'Osservatore Romano – c’est vrai – peut avoir écrit dix lignes favorables à Obama, un cardinal peut avoir parlé avec enthousiasme de l'actuelle administration américaine, mais, au-delà des trouvailles journalistiques, un point reste clair : l’Eglise ne peut se trahir elle-même".
La politique, la morale et un président. Une vision américaine
par Charles J. Chaput
Une grande force de l’Eglise réside dans sa vision globale. A cet égard, le récent essai du cardinal Georges Cottier sur le président Barack Obama ("La politique, la morale et le péché originel", publié dans "30 Jours" n° 5, 2009) a apporté une contribution précieuse au débat catholique sur le nouveau président américain. Notre foi nous unit à travers les frontières. Ce qui se passe dans un pays peut avoir un impact dans beaucoup d’autres. L’opinion du monde sur les leaders américains n’est pas seulement appropriée, elle est bienvenue.
Mais le monde ne vit et ne vote pas aux Etats-Unis. Les Américains, si. Dans chaque pays, ce sont les évêques locaux qui connaissent le mieux les réalités pastorales, parce qu’ils dirigent les fidèles. Donc, à propos des dirigeants américains, les réflexions d’un évêque américain peuvent sûrement avoir un intérêt. Elles peuvent approfondir le jugement positif du cardinal en offrant une perspective différente.
Je précise que je ne parle ici qu’à titre personnel, pas au nom des évêques des Etats-Unis en tant que corps constitué, ni au nom de tout autre évêque. Je n’entends pas non plus me référer au discours du président Obama sur le monde musulman, que le cardinal Cottier mentionne dans son essai. Il faudrait pour cela un autre article.
Je vais me concentrer sur le discours du président à l’Université Notre Dame lors de la cérémonie de remise des diplômes et sur les remarques du cardinal Cottier à propos de la pensée du président. Cela pour deux raisons.
La première : des gens de mon diocèse font partie - en tant qu’étudiants, diplômés ou parents - de la communauté nationale de Notre Dame. Tout évêque s’intéresse à la foi des personnes confiées à ses soins et Notre Dame n’a jamais été une simple université catholique locale. C’est une icône de l’expérience catholique américaine.
La seconde : lorsque l’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame - publiquement soutenu par environ 80 autres évêques et 300 000 laïcs de tout le pays - désapprouve avec vigueur la présence d’un orateur, quel qu’il soit, les gens raisonnables doivent en conclure que cet orateur, ou au moins sa participation à l’événement litigieux, pose un vrai problème. Ces gens raisonnables peuvent aussi décider de s’en remettre au jugement des pasteurs catholiques les plus proches de l’affaire.
Malheureusement, et involontairement, le texte du cardinal Cottier sous-évalue la gravité de ce qui est arrivé à Notre Dame. Il surévalue aussi l’accord de la pensée d’Obama avec la doctrine catholique.
Il faut rappeler ici plusieurs points importants.
Premièrement, l’opposition à l’intervention du président Obama à l’Université Notre Dame n’a rien à voir avec la question de savoir s’il est bon ou mauvais. C’est évidemment un homme très doué. Il a de bons instincts moraux et politiques et son dévouement à sa famille est admirable. Ce sont des choses qui comptent. Mais hélas il en est d’autres qui comptent aussi : sa position sur des sujets de bioéthique essentiels, entre autres l’avortement, diffère nettement de la position catholique. C’est bien pour cela qu’il bénéficie depuis des années de l’appui de grandes organisations qui défendent le “droit à l’avortement”. On parle beaucoup, dans certains cercles religieux, de la sympathie du président pour la doctrine sociale catholique. Mais la défense du fœtus est une exigence de justice sociale. Il n’y a pas de “justice sociale” si les plus jeunes et les plus faibles d’entre nous peuvent être légalement tués. De bons programmes en faveur des pauvres sont sûrement essentiels, mais ils ne peuvent pas constituer une justification de cette violation fondamentale des droits de l’homme.
Deuxièmement, à un autre moment et dans d’autres circonstances, le conflit de Notre Dame aurait pu se dissiper facilement si l’université avait simplement demandé au président de faire une conférence ou un discours. Mais, alors que les évêques américains avaient déjà exprimé leur vive préoccupation face aux politiques pro-avortement de la nouvelle administration, l’Université Notre Dame a fait de la présence du président le clou de la cérémonie de remise des diplômes et lui a en outre remis un diplôme de docteur honoris causa en droit – malgré ses positions très inquiétantes à propos de la loi sur l’avortement et d’autres questions sociales liées à celle-là.
La vraie raison de la préoccupation des catholiques quant à l’intervention d’Obama à Notre Dame se trouve dans ses votes et discours ouvertement négatifs sur l’avortement et autres questions controversées. Par ses initiatives, l’Université Notre Dame a négligé et violé les directives formulées par les évêques américains dans “Catholics in Political Life”. Dans ce texte de 2004, les évêques invitaient les organismes catholiques à ne pas attribuer d’honneurs à des fonctionnaires gouvernementaux en désaccord ouvert avec la doctrine de l’Eglise sur des sujets graves.
Le vif débat qui, au printemps dernier, a divisé les milieux catholiques américains à propos de la distinction attribuée à Barack Obama par l’Université Notre Dame ne portait donc pas sur la politique partisane, mais sur des questions graves de foi catholique, d’identité et de témoignage religieux, ce que le cardinal Cottier, écrivant hors du contexte américain, peut avoir mal perçu.
Troisièmement, le cardinal note à juste titre des points de contact entre la recherche d’un “terrain politique commun” souvent affirmée par Obama et l’aspiration catholique au “bien commun”. Ces deux objectifs (la recherche d’un terrain politique commun et celle du bien commun) peuvent souvent coïncider. Mais ils ne sont pas identiques et peuvent diverger fortement dans la pratique. Ce que l’on appelle les politiques de “terrain commun” en matière d’avortement peut en réalité attaquer le bien commun parce qu’elles impliquent une fausse unité : elles établissent une plate-forme d’accord public trop étroite et trop faible pour supporter le poids d’un véritable consensus moral. Le bien commun ne peut jamais être favorisé par l’acceptation du meurtre des faibles, à commencer par les enfants encore à naître.
Quatrièmement, le cardinal Cottier rappelle avec raison à ses lecteurs le respect mutuel et l’esprit de coopération qu’exige la citoyenneté dans une démocratie pluraliste. Mais le pluralisme n’est jamais une fin en soi ni une excuse de l’inaction. Comme Obama lui-même l’a dit dans son discours à l’Université Notre Dame, la santé de la démocratie dépend de gens de convictions qui se battent fermement sur le terrain public pour ce en quoi ils croient : de façon pacifique et légale, mais avec vigueur et sans s’excuser.
Malheureusement, le président a ajouté une remarque curieuse : “La grande ironie de la foi est qu’elle admet nécessairement le doute… Ce doute ne doit pas nous éloigner de notre foi, mais il doit nous rendre humbles”. Bien sûr, c’est très vrai en un certain sens : de ce côté de l’éternité, le doute fait partie de la condition humaine. Mais le doute est absence de quelque chose ; ce n’est pas une valeur positive. S’il empêche les croyants d’agir sur la base des exigences de leur foi, il devient une faiblesse fatale.
L’habitude du doute s’adapte trop commodément à une sorte de “scepticisme baptisé” : un christianisme qui n’est guère plus qu’une vague loyauté tribale et un vocabulaire spirituel commode. Trop souvent, dans l’histoire américaine récente, le pluralisme et le doute sont devenus un alibi pour la léthargie politique et morale des catholiques. Peut-être l’Europe est-elle différente. Mais il me semble que l’actuel moment de l’Histoire (il réunit les catholiques américains et européens) ne ressemble pas du tout aux circonstances sociales que durent affronter les anciens législateurs chrétiens cités par le cardinal. Ces hommes avaient la foi, mais aussi le zèle nécessaire (tempéré par la patience et l’intelligence) pour incarner dans la culture le contenu moral de leur foi. Autrement dit, ils ont construit une civilisation modelée par la foi chrétienne. Ce qui arrive aujourd’hui est tout à fait différent.
Le texte du cardinal Cottier témoigne de la générosité de son esprit. J’ai notamment été frappé par le bien qu’il pense de l’“humble réalisme” du président Obama. J’espère qu’il a raison. Les catholiques américains veulent qu’il ait raison. L’humilité et le réalisme sont le terrain où une politique de bon sens, modeste, à l’échelle humaine, et morale peut se développer. Reste à savoir si le président Obama sera capable de diriger le pays de cette façon. Nous avons le devoir de prier pour lui, afin qu’il puisse le faire et qu’il le fasse.
Le quotidien romain qui a publié l'article de l’évêque Charles J. Chaput :
> Il Foglio
Et le reportage de www.chiesa avec l'article pro-Obama du cardinal Georges Cottier, publié par la revue internationale "30 Jours", auquel Chaput a répondu :
> Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête (5.7.2009)
A propos du dernier livre de l’évêque Chaput, "Render unto Caesar" :
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)
D’autres reportages de www.chiesa à propos des hauts et des bas dans les relations entre Obama et l’Eglise catholique :
> Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen (26.5.2009)
> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)
A propos des frictions entre la secrétairerie d’état du Vatican et les conférences des évêques des Etats-Unis, d'Italie et d’autres pays :
> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)
Autre texte relatif aux divergences entre la secrétairerie d’état du Vatican et les épiscopats nationaux, une analyse de Sandro Magister dans le quotidien "il Foglio" du 29 septembre 2009 :
> Il j'accuse di Magister. Perché la Realpolitik di Bertone non è in sintonia col papa
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
17:25 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : etats-unis, charles j chaput, capucins, renderunto cesar serving the nation by living our catholic beli, politique, foi catholique, rome, the difference god makes - a catholic vision of faith, droits de l homme, cardinaux, 30 jours, giulio andreotti, notre dame, osservatore romano, secretairerie d etat, il foglio, giuliano ferrara, avortement, individualisme, liberte de choix, libre arbitre, morale, president, musulmans, peche originel, catholics in political life, barack obama, benoit xvi, francis george, defense de la vie, chicago, denver, vatican georges cottier, doctrine sociale, justice sociale, pauvres, pluralisme, democratie |
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26.05.2009
Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen
La conférence des évêques des Etats-Unis veut que, dans la lutte contre l'avortement, le président passe des promesses aux faits. Beaucoup de catholiques n'ont pas confiance en lui et accusent aussi le Vatican de céder. Ont-ils raison? Une analyse à contre-courant par le théologien Robert Imbelli
Par Sandro Magister
ROME, le 26 mai 2009 – Le diplôme "honoris causa" remis, la semaine dernière, au président Barack Obama par l'université catholique de Notre Dame, à South Bend, dans l’Indiana, a provoqué un nouveau sursaut de protestations.
Mais elle a aussi donné des motifs de réflexion et d’action plus calmes.
Les protestataires les plus sévères ont été les chefs de file de la pensée catholique néoconservatrice: Michael Novak, George Weigel, Deal Hudson.
Leur protestation a surtout visé le Vatican et "L'Osservatore Romano", accusés d’être trop indulgents pour Obama malgré ses positions contraires à la doctrine de l’Eglise en matière de bioéthique.
Deal Hudson, depuis le site "Insidecatholic.com" dont il est le fondateur, a demandé la tête de Giovanni Maria Vian, directeur du quotidien du Saint-Siège et il a invité ses lecteurs à en réclamer la destitution en écrivant au secrétaire d’état du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone. D’après Hudson il faudrait aussi renvoyer le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican.
George Weigel, sur "National Review Online", a dit que "L'Osservatore Romano" n’exprime pas automatiquement à chaque ligne les positions du Saint-Siège mais qu’il a en tout cas démontré, par son attitude dans cette affaire, la présence au Vatican d’un fort courant pro-Obama et une "triste ignorance de l’histoire américaine récente" et de l'attaque du nouveau président contre la doctrine de l’Eglise en matière de vie.
Michael Novak, dans un commentaire publié par le quotidien italien "Liberal", a lui aussi accusé "L'Osservatore Romano" de ne pas comprendre la réalité américaine, ce qui fait qu’il "s’est mis du côté des pro-avortement et contre la minorité marginalisée des fidèles catholiques pratiquants". C’est comme si les papes qui ont qualifié l'avortement de "mal intrinsèque" avaient parlé en vain: "Nous avons demandé du pain à Rome et 'L'Osservatore Romano' nous a donné des pierres".
Hudson, Weigel et Novak n’ont montré aucune confiance en l’offre de dialogue lancée par Obama aux défenseurs de la vie naissante, dans son discours du 17 mai à l'université de Notre Dame. Selon eux, le nouveau président reste ferme sur ses positions pro-avortement. Aux "pro life" et à eux seuls il demande d’accepter des compromis: ainsi, en fin de compte, ce qu’il appelle dialogue "n’est qu’une demande de reddition sans conditions".
***
Certains évêques – parmi ceux qui, à plus de 70, avaient critiqué avant le 17 mai la décision de l'université catholique de Notre Dame de récompenser le président "pro-avortement" – ont aussi réagi négativement à l’offre de dialogue lancée par Obama dans son discours à la cérémonie de remise de diplômes.
Au contraire les dirigeants de la conférence des évêques des Etats-Unis ont montré qu’ils trouvaient dans le discours d’Obama des éléments positifs, tout en gardant de fortes réserves sur certaines décisions déjà prises par le président.
Dans une note officielle du 22 mai, le président de la conférence, le cardinal Francis E. George, archevêque de Chicago, a remercié le président de ce qu’il avait dit à propos du droit à l'objection de conscience pour les opérateurs sanitaires opposés à l’avortement. Il a ajouté que personne ne doit être obligé de financer les avortements avec l’argent de ses impôts. Il l’a invité à concrétiser ses promesses et l’a assuré de la volonté de la conférence des évêques de "travailler avec l'administration et les législateurs" pour réduire le plus possible les avortements.
Le même jour, le secrétaire général de la conférence des évêques, Mgr David Malloy a de nouveau critiqué le décret par lequel, le 9 mars, Obama a levé l’interdiction de détruire des embryons à des fins de recherche: une décision dans laquelle "ni la science ni l'éthique n’ont été prises en compte".
"L'Osservatore Romano", dans son édition du 24 mai, a parlé de ces deux prises de position, sous le titre, repris en première page: "Les évêques des Etats-Unis parlent de recherche et d’objection de conscience. Les limites infranchissables du dialogue avec la Maison Blanche et le Congrès en matière d’éthique".
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La note du 22 mai du cardinal George fait donc naître cette question naturelle: qu’a dit précisément Obama dans son discours à Notre Dame, pour amener le président des évêques des Etats-Unis à lui faire confiance, même si c’est avec prudence et dans des limites "infranchissables"?
En effet, dans le feu des polémiques, le discours d’Obama a été peu lu et analysé. Il doit pourtant s’y trouver quelque chose de significatif pour qu’en Italie un commentateur au-dessus de tout soupçon comme Giuliano Ferrara – le plus "ratzingerien" des défenseurs laïcs de la vie naissante – l'ait publié intégralement dans le quotidien "il Foglio" qu’il dirige et qu’il y ait reconnu un terrain commun sur lequel "pro life" et "pro choice" puissent agir ensemble pour réduire le nombre de femmes qui cherchent à avorter.
Un autre discours important du 17 mai à Notre Dame a été encore moins lu et analysé: celui du juge John T. Noonan, qui a reçu en 1984 la plus haute distinction de cette université catholique, la médaille "Laetare".
La note ci-dessous comble ce manque. Elle analyse les discours d’Obama et de Noonan. Elle en fait ressortir les éléments de conflit mais surtout d’espoir. Avec des observations aiguës et surprenantes.
Son auteur, Robert Imbelli, prêtre du diocèse de New-York, enseigne la théologie au Boston College.
Mais il écrit aussi pour "L'Osservatore Romano". Le 28 janvier 2009, il y a publié un commentaire du discours de prise de fonctions du nouveau président, intitulé "Obama, Lincoln et les anges", qui se terminait ainsi:
"Cela reste l’espérance et la prière de l'Amérique. Mais nous prions aussi pour que les anges des enfants conçus mais pas encore nés ne soient pas négligés. Nous prions pour que les liens d'amour du pays aillent jusqu’à eux. Pour qu’ils ne soient pas exclus du pacte de citoyenneté".
Précédemment, le 12 août 2008, toujours dans "L'Osservatore Romano", Imbelli avait fait un compte-rendu favorable du livre "Render Unto Caesar" de l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, qui est aujourd’hui l’un des critiques les plus sévères de la présidence Obama.
C’est donc un commentateur équitable qui écrit...
Conflit et espoir à l'université de Notre Dame
par Robert Imbelli
Cette année, la cérémonie de remise des diplômes à l'université de Notre Dame, dans l'Indiana, a été l’une des plus controversées de la prestigieuse histoire de cette éminente université catholique. Le motif: Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, a été invité à faire un discours aux diplômés et à recevoir un diplôme "honoris causa" en droit. Ce qui a provoqué une explosion de critiques, c’est notamment l’attribution d’une récompense honorifique à un président dont la politique défend le droit à l’avortement et soutient la recherche sur les cellules souches embryonnaires.
En un blâme public sans précédent, plus de 70 évêques catholiques des Etats-Unis ont sévèrement reproché à Notre Dame d’avoir violé les indications de la conférence des évêques sur l’attribution de récompenses honorifiques à ceux qui s’opposent à l'enseignement de l’Eglise catholique sur des points fondamentaux. L’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame a boycotté la cérémonie en signe de protestation. De plus, Mary Ann Glendon, ex-ambassadeur près le Saint-Siège et professeur de droit à Harvard, qui avait été choisie pour recevoir la médaille "Laetare", la plus haute récompense à Notre Dame, l’a refusée en raison de la désobéissance de Notre Dame à la directive des évêques.
La polémique, ayant fait rage pendant plusieurs semaines avant la cérémonie, a été l’objet d’une large couverture par les médias laïcs et religieux. Puis le débat a continué avec la même vigueur sur des sites web catholiques, des journaux et des revues. Je propose ici quelques réflexions inspirées à la fois par le discours du président et par celui qu’a prononcé, pour la médaille "Laetare", John Noonan, juge à la cour d'appel des Etats-Unis, ancien professeur de droit à Notre Dame et auteur apprécié de nombreux essais sur le développement de l’enseignement moral catholique.
Comme on pouvait s’y attendre, le président Obama a fait un discours à la rhétorique puissante et efficace. Il a combiné d’émouvantes références à son histoire personnelle et un appel passionné à la courtoisie et au dialogue, notamment quand des citoyens ont des croyances et des points de vue différents. Il en a fait une condition préalable pour un échange constructif dans une démocratie et pour créer un "terrain commun". Il a mis en garde contre la tentation de diaboliser ceux avec qui l’on n’est pas d’accord.
Obama a dit que, jeune travailleur social à Chicago, il avait été inspiré par feu le cardinal Joseph Bernardin, qu’il a qualifié d’"homme gentil, bon et sage". Il a aussi indiqué combien il avait été impressionné par les Eglises chrétiennes qui, dans la zone de Chicago, travaillaient ensemble au service des pauvres et des marginaux. C’est leur témoignage qui l’a incité à devenir membre de l’une des paroisses protestantes.
Même ceux qui ont critiqué l’invitation de Notre Dame et le discours du président reconnaissent qu’il a fait des gestes en direction des préoccupations de ceux qui le critiquent. Il a parlé d’un effort commun pour réduire le nombre d’avortements, promouvoir l'adoption d’enfants en bas âge et protéger par une "clause de conscience" les médecins et infirmiers opposés à l’avortement. Ce serait des pas significatifs, s’ils entraient en vigueur.
Mais les critiques soulignent que l'appel du président au dialogue, s’il est habile stratégiquement, sert à camoufler des questions d’une importance considérable. Selon eux, son appel à une discussion courtoise masque un soutien inflexible au droit à l’avortement, qui frappe le droit à la vie des plus vulnérables créatures de Dieu. Et, clairement, l'invitation à continuer le dialogue peut être un expédient commode puisque, en définitive, le pouvoir de décision et de mise en œuvre est uniquement aux mains de celui qui lance l'appel et détient l’impressionnant pouvoir de la présidence.
Alors, dans cette impasse apparente, où se trouve l’espoir? Je voudrais attirer l'attention sur trois points du discours présidentiel qui ont été peu commentés jusqu’à présent. D’abord, il n’a pas simplement dit que, grâce au témoignage de chrétiens socialement engagés, il était devenu membre d’une Eglise. Il a dit une chose plus remarquable: que, grâce à leur témoignage, "il avait été conduit au Christ". Aller au Christ, bien sûr, comporte des conséquences morales, mais, au-delà de la morale, cela implique un nouvel ordre de relations et une conversion permanente.
Deuxième point: est-ce à la lumière de cette venue au Christ que le président Obama a pu parler, de façon presque augustinienne, de "péché originel"? Je ne me souviens pas d’avoir entendu le concept de péché originel dans la bouche d’un précédent président américain et sûrement pas avec la force et la conviction dont Obama a fait preuve. Il a parlé de "notre égoïsme, notre orgueil, notre obstination, notre volonté de posséder, nos incertitudes, nos egos", tout ce qui nous atteint tous, brouille notre intelligence et diminue notre amour.
Enfin, le président Obama a fait appel à la "loi qui unit tous les peuples croyants et incroyants... C’est bien sûr la règle d’or: l'appel à traiter l'autre comme nous voulons être traités, l'appel à l'amour, l'appel à servir". Même s’il n’a pas employé le mot, c’est ce que dit la tradition catholique quand elle parle de la loi naturelle inscrite dans le cœur des hommes par leur Créateur.
Donc, si à un premier niveau le président a paru se concentrer surtout sur un dialogue respectueux et sur des "mots impartiaux", à un niveau plus profond il a semblé chercher des principes unificateurs, peut-être même différents de ses positions précédemment exprimées. En effet ces principes, s’ils étaient pleinement développés, pourraient même amener le président – non sans sacrifices personnels – à revoir certaines des pratiques qu’il soutient actuellement.
En un généreux hommage, le président Obama a appelé Notre Dame un "phare spécifique, qui apporte les lumières de la sagesse de la tradition catholique". Un bel exemple de cette sagesse catholique est le juge John Noonan, qui a fait le discours "Laetare" à la place de l'ambassadeur Glendon. Il est regrettable que son discours mesuré n’ait presque pas été cité dans les comptes-rendus des médias, obsédés par les célébrités et les polémiques. Mais ses propos, concis, respectueux, mais ciblés, méritent une grande attention. Il a parlé d’une voix douce et calme, comme un murmure de la conscience.
Le juge Noonan a parlé du développement de la sensibilité morale de l’homme, qui a amené le monde civilisé à dénoncer les génocides, les tortures, l’esclavage comme d’inqualifiables maux moraux. Mais il a bien montré que cette netteté morale est le fruit de siècles de conflits, d’expériences, d’intuitions douloureuses et "de la lumière qu’irradie l’Evangile". Et il a insisté sur le fait que, si la "conscience" doit être toujours respectée et jamais contrainte, toutes les consciences ne sont pas aussi éclairées moralement et aussi droites.
De manière significative, Noonan a choisi un exemple frappant pour expliquer sa pensée: le débat entre le président Abraham Lincoln et l'ancien esclave Frederick Douglass. La clarté morale et la conviction de Douglass contribuèrent à guider la démarche morale de Lincoln jusqu’à ce qu’il publie la "Proclamation d’émancipation" qui donna la liberté aux esclaves dans les Etats sécessionnistes. Cela implique, de manière subtile mais tout à fait claire, que le président Obama peut, comme Lincoln qu’il vénère, parvenir à plus de clarté à propos de la grave question morale de l'avortement.
Un autre aspect du discours du juge Noonan, qui a échappé même à ceux qui ont pris la peine de l’écouter, est la référence implicite à John Henry Newman. Dans une phrase qui fait écho à Newman à la fois quant au fond et à la forme, Noonan a dit: "Par la conscience nous percevons ce que Dieu attend de nous... Ce guide mystérieux, impalpable, imprescriptible, indestructible et indispensable gouverne notre vie morale". Pour Newman comme pour Noonan, la conscience n’est ni un besoin atavique, ni une impulsion émotionnelle, ni une création de l’homme, mais la voix de Dieu. Ainsi comprise, la conscience est, pour reprendre la forte formule de Newman, "le premier de tous les vicaires du Christ". Comme Newman l’écrivit dans sa célèbre lettre au duc de Norfolk: "La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs; mais aujourd’hui, pour bien des gens, la conscience a tout à fait le droit et la liberté de faire abstraction de la conscience, de ne pas tenir compte du Législateur et Juge, de se libérer des obligations invisibles".
L’enjeu du conflit sur l’avortement, aux Etats-Unis et ailleurs, est de savoir quelle forme de conscience prévaudra: la conscience comme volonté de Dieu ou comme volonté personnelle? L’espoir qui soutient ceux qui ont été formés dans la tradition de la sagesse catholique est la formule inscrite sur la médaille "Laetare", citée par le juge Noonan en conclusion de son discours: "Magna est Veritas et praevalebit", la Vérité est grande et elle prévaudra.
Mais il y a un autre espoir, tissé presque imperceptiblement dans le tissu des toges académiques de Notre Dame, y compris celle que portait le président Obama pour recevoir son diplôme honoraire. Trois mots latins - Vita, Dulcedo, Spes - qui viennent, bien sûr, de la vieille prière à la Vierge, le "Salve Regina". Marie est vie, douceur et espérance, trois valeurs incarnées dans le fruit de ses entrailles et des entrailles de toutes les mères: "benedictum fructum ventris". Puisse la Mère de Dieu, Siège de la Sagesse, guider et inspirer son université afin que la Vérité de l’Evangile puisse effectivement prévaloir.
Le texte intégral du discours d’Obama à l'université de Notre Dame:
> Commencement Address
Et celui du juge John T. Noonan:
> "Laetare" Remarks
Trois commentaires critiques contre le Vatican et "L'Osservatore Romano". Celui de Deal Hudson sur "Insidecatholic.com":
> "L'Osservatore Romano" Needs a New Editor
Celui de George Weigel sur "National Review Online":
> Parsing the Vatican Newspaper
Celui de Michael Novak dans le quotidien italien "Liberal":
> Osservatore traditore
La note (22 mai) du cardinal Francis E. George, président de la conférence des évêques des Etats-Unis:
> Cardinal George grateful for Obama promise...
Et celle du secrétaire de la conférence, David Malloy:
> USCCB General Secretary urges respect for human life...
Le commentaire de Robert Imbelli sur le discours de prise de fonctions d’Obama, dans "L'Osservatore Romano" du 28 janvier 2009:
> Obama, Lincoln e gli angeli
Et son analyse du livre "Render Unto Caesar" de l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, dans "L'Osservatore Romano" du 12 août 2008:
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver
A propos d’Obama, Notre Dame et "L'Osservatore Romano", le précédent article de www.chiesa:
> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
16:29 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pro life, eveques, francis e george, embryons, insidecatholic com, barack obama, notre dame, honoris causa, south bend, indiana, usa, etats-unis, michael novak, george weigel, deal hudson, osservatore romano, vatican, bioethique, chicago, objection de conscience, david malloy, recherche, science, giovanni maria vian, tarcisio bertone, federico lombardi, national review online, liberal, maison blanche, pro choice, john t noonan, laetare, robert imbelli, new york, boston college, render unto caesar, denver, charles j chaput, mary ann glendon, saint-siege, harvard, joseph bernardin, clause de conscience, avortement, evangile, abraham lincoln, ethique, italie, giuliano ferrara, il foglio |
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