17.04.2012

Constantin le Grand, aux racines de l'Europe

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24.05.2010

Des prières pour la Chine, sous le signe de Matteo Ricci

Encore une journée de prière pour l’Église en Chine, en ce 24 mai, mémoire liturgique de la Vierge Marie, Secours des Chrétiens, vénérée avec dévotion dans le sanctuaire marial de Sheshan, près de Shanghai.

 

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Cette journée annuelle a été voulue par Benoît XVI, un souhait exprimé en 2007 dans sa lettre aux catholiques de la République Populaire de Chine. Elle revêt cette année une importance particulière à l'occasion du 4° centenaire de la mort du jésuite Matteo Ricci, missionnaire à Pékin, un précurseur de l’inculturation qui a su tisser des liens solides entre la civilisation occidentale et la culture chinoise.

Romilda Ferrauto (Radio Vatican): >>


09.03.2010

Pourquoi le riche Japon accorde si peu de valeur à la vie

Dans le pays le plus efficace du monde, un suicide toutes les 15 minutes. Une enquête exclusive explique pourquoi. L’évêque et le nonce: il manque à ce peuple qui honore huit millions de dieux la foi en un Dieu personnel


par Sandro Magister





ROME, le 8 mars 2010 – En Italie et en Chine, les célébrations et les expositions se multiplient en l’honneur du jésuite Matteo Ricci, que les Chinois appellent Li Madou, génial annonciateur de la foi chrétienne dans l’Empire Céleste d’il y a quatre siècles.

Le génie de Matteo Ricci a été de comprendre et d’accueillir la part de culture chinoise qui pouvait être acceptée comme préliminaire à la foi chrétienne. Il a vu dans le confucianisme – pas dans le bouddhisme et le taoïsme auxquels il était fermement opposé – les tables de cette loi universelle à laquelle l'annonce chrétienne pouvait ajouter sa nouveauté inouïe. Et cette annonce, quand Matteo Ricci était en Chine, a été suivie par d’importantes conversions aux plus hauts niveaux de la société et de la culture.

Il n’en a pas été de même pour un autre grand pays et une autre grande civilisation d’Orient : le Japon.

L’histoire du christianisme au Japon est une histoire de martyrs. Aucune autre civilisation au monde ne s’est montrée plus imperméable au christianisme que la civilisation japonaise. Dans le passé, elle a tué ceux qui venaient l’annoncer. A des époques plus récentes, elle les a accueillis avec courtoisie, mais sans que ce soit jamais suivi de vagues de conversions.

Mais, de leur côté, ceux qui sont venus annoncer le christianisme au Japon n’ont pas non plus su, jusqu’à maintenant, pénétrer à fond le mystère de cette civilisation, pour y "inculturer" leur annonce.


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Un indice impressionnant du mystère de la culture japonaise est que ce pays est le premier pour le nombre de suicides.

Toutes les quinze minutes, en moyenne, un Japonais met fin à ses jours. En un an, cela fait plus de 30 000 personnes. "Kamikaze" et "harakiri" sont les mots de la langue japonaise les plus connus dans le reste du monde.

Aujourd’hui, au Japon, les raisons de ce phénomène sont discutées beaucoup plus ouvertement que par le passé. Et l’enquête ci-dessous rend justement compte de cette discussion.

L'auteur de cette enquête, Silvio Piersanti, est un journaliste italien qui possède une grande expérience internationale. Il vit à Tokyo et il est marié à une Japonaise qui est écrivain. Il a interrogé sur cette question, entre autres, l’évêque catholique de la capitale et le nonce apostolique au Japon.

Ceux-ci sont d’accord pour indiquer que la question de Dieu constitue la racine ultime de la facilité avec laquelle les Japonais se donnent la mort.

D’après eux, les Japonais "ont huit millions de dieux, des milliers de temples et deux religions officielles, le bouddhisme et le shintoïsme", mais il leur manque la foi en un Dieu personnel, tout-puissant et miséricordieux, proche de tous les hommes et plein d’amour pour eux.

Une fois encore, Benoît XVI a vu juste quand il a indiqué que la question de Dieu était la "priorité" de son pontificat, sous tous les cieux.

Voici l’enquête, menée à Tokyo.



SUICIDES AU JAPON. L’ÉPINE DANS LE CHRYSANTHÈME

par Silvio Piersanti



Il n’est pas rare de voir, à l’entrée d’une station du métro de Tokyo, l'annonce d’un retard provoqué par un "ginshinjico", c’est-à-dire un “accident avec une personne” : c’est là l’euphémisme qui sert à définir le suicide de quelqu’un qui s’est jeté sur les rails au passage d’un train. L’annonce fait désormais partie de la routine. Le corps est rapidement enlevé, les documents de la police sont remplis à toute vitesse et la circulation reprend son cours en très peu de temps, frénétique et efficace comme d’habitude.

Toutes les 15 minutes, un Japonais met fin à ses jours. D’après des données officielles désormais rendues publiques par le commandement central de la police depuis douze années consécutives, plus de 30 000 personnes se donnent la mort chaque année au Japon. Les premières données statistiques pour l’année en cours laissent présager que ce chiffre pourrait atteindre les 35 000 en 2010 : ce serait le nombre de suicides le plus élevé dans le pays le pays le plus avancé du monde au point de vue social.

Yukio Hatoyama, chef du parti démocrate et de l'actuel gouvernement de centre-gauche qui a interrompu des décennies de gouvernements formés par coalitions de centre-droit, a déclaré que ces suicides constituaient un grave problème social qui devait être traité avec énergie et qu’il fallait trouver les moyens financiers mais également stratégiques pour l’endiguer. Il a commencé son discours de début d’année à la nation en déclarant :

“Je veux protéger la vie des gens, la vie de ceux qui sont nés, qui grandissent et qui deviennent adultes".

Et il a continué en prononçant le mot “vie” 24 fois et en affirmant que l’objectif principal de son gouvernement était précisément de “protéger la vie humaine”.

En cinq mois, la task force créée par le gouvernement pour traiter le problème des suicides a affecté aux agences chargées du travail plusieurs milliers de psychologues spécialisés dans le traitement des dépressions dues aux problèmes de travail ou d’argent et l’assistance temporaire aux sans-abri a été étendue, un logement, de la nourriture et des vêtements leur étant fournis pendant les deux semaines de Noël et du Nouvel An, période où le nombre de suicides augmente généralement de manière spectaculaire. L’année dernière, 800 personnes en avaient bénéficié à Tokyo, cette année 230 000. Des brochures ont été distribuées, des lignes téléphoniques amicales ont été mises en place, un entraînement spécifique a été organisé pour des groupes de volontaires. Mais aucune de ces mesures ne semble avoir d’effet.

Un suicide tous les quarts d’heure, c’est un chiffre effrayant ; mais si l’on fait l’analyse des statistiques, l’angoisse augmente encore. On constate en effet qu’un tiers des suicidés est âgé de 20 à 49 ans ; ce sont des hommes et des femmes dans la force de l’âge qui ne voient dans leur présent et dans leur avenir aucune raison de ne pas renoncer à la vie. Et si l’on descend dans la tranche d’âge, on découvre que le Japon est le premier pays au monde pour le nombre de suicides d’étudiants : 552 en 2009. Chaque jour de l’année universitaire, donc, deux étudiants décident de se donner la mort, victimes d’un système scolaire terriblement compétitif et d’actes de harcèlement d’une cruauté impitoyable.

Le résultat le plus important qu’ait obtenu le gouvernement est peut-être d’avoir mis le problème des suicides sous les yeux de tous. En résumé, le message du gouvernement semble être ceci : voyons ensemble ce qu’il est possible de faire, aidez-nous à comprendre ce qui pousse tant de gens à refuser la vie dans notre société qui est pourtant si opulente.

Jusqu’à présent, en effet, le suicide n’était pas perçu par l’opinion publique comme un problème social concernant le pays tout entier. Chacun y voyait un malheur qui touchait la famille du suicidé et à propos duquel il était plus digne de se taire. Mais maintenant - après la divulgation des données statistiques et la promesse du premier ministre Hatoyama d’en faire une priorité de son programme de gouvernement - les télévisions, les journaux, des livres, les universités discutent ouvertement du problème. On cherche à comprendre pourquoi l’un des pays les plus riches et les plus développés, où le taux de criminalité est l’un des plus bas du monde, où la longévité élevée devrait être le signe d’une vie sociale sereine, est au contraire le pays qui connaît le plus grand nombre de suicides.

Les Japonais ne sont pas heureux. Des données officielles, publiées récemment par l’association nationale des psychiatres et des neurologues, révèlent que de 30 à 40 % des personnes qui sont hospitalisées au Japon souffrent de troubles psychiatriques et que les 13 000 psychiatres qui sont en activité dans le pays ne suffisent pas à faire face à l’importante demande d’aide émanant des malades mentaux.


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Dans le message par lequel il a ouvert le Carême de cette année, Benoît XVI a rappelé que le principe du juriste latin Ulpien selon lequel ”dare cuique suum” était la formule qui permettait d’assurer la justice dans le monde s’était en réalité révélé fallacieux. Pour être heureux, l’homme a besoin de quelque chose qui ne peut pas lui être garanti par la loi : il a besoin de l’amour gratuit de Dieu. Le Japon qui, ne connaissant pas un Dieu transcendant, est devenu un pays-guide de la justice sociale est affecté par cette profonde pulsion suicidaire. Il semble donc donner une preuve lumineuse et dramatique de la vérité de cette pensée de Ratzinger : sans Dieu, l’homme ne peut pas être heureux. Les biens matériels sont nécessaires, mais ils ne garantissent pas le bonheur, la pleine jouissance de la vie.

Il serait peut-être simple de lier la forte progression du nombre de suicides à la crise économique dans laquelle le pays se débat depuis la fin de ce que l’on a appelé la "bubble economy" de la seconde moitié des années 80, mais le nombre de faillites et de chômeurs n’est que l’une des causes, et peut-être pas la plus importante, de cette vague de désespoir qui frappe le pays.

Bien évidemment, il y a des causes de suicide universelles, telles que les maladies incurables, les chagrins d’amour, les crises de dépression, etc. Mais ce qu’il faudrait déterminer, c’est ce qu’il y a derrière l’apparente facilité avec laquelle les Japonais arrivent à la décision de mettre fin à leurs jours. Des sociologues et des psychologues estiment qu’il pourrait exister une tendance au suicide dans la culture et dans la tradition des "samouraïs", c’est-à-dire "ceux qui servent", pour qui le suicide – "seppuku", plus connu en Occident sous la forme de son  synonyme "harakiri" – accompli avec une dignité rituelle, en portant un kimono de cérémonie et en s’enfonçant une lame dans le ventre, était considéré comme le seul moyen honorable d’effacer la honte d’une défaite ou d’une humiliation.

Cette tradition a ensuite été reprise par les pilotes "kamikaze", c’est-à-dire "vent divin", qui, au cours de la seconde guerre mondiale, se fracassaient avec leur avion de chasse contre les navires de guerre américains. Peut-être l’ultime manifestation publique de ce stoïcisme exacerbé a-t-elle été le double "seppuku" que le célèbre écrivain Yukio Mishima mit en scène avec son plus fidèle disciple, Morita, le 25 novembre 1970, devant un millier de soldats et des dizaines de caméras, après avoir occupé le ministère de l’Intérieur avec une poignée de ses fidèles. C’était la protestation ultime de Mishima et de sa petite armée privée contre l’accord par lequel le Japon acceptait de ne pas avoir d’armée nationale et confiait la défense de son sol aux forces armées américaines.


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Le nonce apostolique au Japon, l’archevêque Alberto Bottari de Castello, qui dirige la nonciature de Tokyo depuis 5 ans, nous explique :

“Les Japonais n’ont pas un rapport personnel avec Dieu. Le concept d’individu, qui est au centre de la culture occidentale, ne fait pas partie de leur ADN culturel. Ils s’identifient au groupe, à la société, à l'entreprise, au pays. Quand un chrétien en arrive à la décision de mettre fin à ses jours, il sait qu’il va contrevenir à une règle sacrée : c’est Dieu qui lui a donné la vie et seul Dieu peut la lui ôter. Le Japonais qui est tenté par le suicide n’a pas ce frein. Il ne connaît pas le concept de péché. En dehors de son propre monde matériel et culturel, il n’a rien ni personne à qui demander de l’aide. Mais, dans son monde, demander de l’aide est déshonorant. Alors il doit résoudre à l’intérieur de lui-même le drame de son malheur qui est devenu insupportable. Les chrétiens, même aux moments les plus sombres, peuvent toujours tendre la main vers Dieu. Les Japonais, eux, ne le peuvent pas. Ils ont huit millions de dieux, des milliers de merveilleux temples, sanctuaires ou autels, deux religions officielles, le bouddhisme et le shintoïsme, mais ils vivent sans le Dieu unique, tout-puissant et miséricordieux, sans le concept de Dieu père de toute l’humanité et toujours présent en chacun de nous".


Hiroko Nakamura, traductrice appréciée de livres de récits italiens, ne croit pas que la relative facilité avec laquelle les Japonais en arrivent à la décision de renoncer à la vie doive être imputée à leur apparent athéisme :

“Au contraire, je pense que c’est justement notre croyance religieuse la plus répandue, le bouddhisme, qui nous rend l’idée du suicide plus facilement acceptable comme solution extrême à nos problèmes terrestres, aussi bien matériels que spirituels. Le bouddhisme prêche la réincarnation, c’est-à-dire le transfert de l’âme d’un individu dans un autre corps physique, pas nécessairement humain. La vie est considérée comme une épreuve permettant de gagner une nouvelle vie, en progressant d’existence en existence vers le nirvana, l'éternelle béatitude céleste. Lorsque l’on croit à cela, il est plus facile, quand la pression des problèmes de la vie semble insoutenable, de céder à la tentation de tout laisser derrière soi et de tenter de faire mieux dans l'existence suivante. Bouddha, Jésus, saint François, Gandhi, nous les avons connus dans leur dernière existence, avant qu’ils ne parviennent au nirvana".


L’évêque catholique de Tokyo, Paul Kazuhiro Mori, est d’accord avec le nonce Bottari de Castello pour penser que le concept de Dieu et celui du péché font défaut aux Japonais. Lorsqu’un Japonais décide de se donner la mort, il ne considère pas qu’il enfreint une loi divine, il n’éprouve pas de remords de ce qu’il fait. Il n’y voit rien de condamnable, de négatif du point de vue éthique. Au contraire, en se suicidant, le Japonais sauve son honneur et celui de sa famille, s’il en a encore une.

“Lorsque vous, journalistes, venez au Japon”, nous dit Mgr Mori, “vous admirez nos réussites extraordinaires dans le domaine social. Écoles, hôpitaux, abondance de biens matériels, salaires élevés, faible niveau de criminalité, sécurité sur les routes, transports publics admirés par le monde entier, industries florissantes, ordre public très stable. Si vous considérez que c’est le bien-être social qui donne le bonheur, alors vous pouvez conclure que notre pays est un pays heureux, dans les limites humaines. Mais si vous voulez bien regarder en-dessous de cette croûte d’abondance matérielle, alors vous découvrirez l’un des pays les plus pauvres qui soient, quant au respect de l’individu et à sa nourriture spirituelle".


 
Les chiffres officiels, en dépit de leur effrayante cruauté, ne sont rien par rapport à ce qu’ils dissimulent. D’après certaines sources, le nombre réel de suicides est au moins deux fois plus élevé que celui des suicides déclarés ; les tentatives qui échouent sont au moins une douzaine de fois plus nombreuses que celles qui aboutissent à la mort, et ceux qui sont en train de préparer leur suicide sont aussi nombreux. "Vivre au Japon, c’est comme vivre une guerre en première ligne", a dit un jour le célèbre écrivain bouddhiste Hiroyuki Itsukio. Et il se demandait : si l’on a qualifié de "guerre civile sauvage" la guerre entre les catholiques et les protestants en Irlande du Nord, qui a coûté la vie à 5 000 personnes en 40 ans, alors comment faudrait-il qualifier la situation au Japon où, pendant la même période, au moins un million de personnes se sont donné la mort ?

“Je suis tout à fait d’accord avec Itsukio”, commente Mgr Mori. “L’opinion publique s’indignait en prenant connaissance des informations concernant cette guerre fratricide. Mais personne ne semblait se préoccuper de ce carnage qui s’accomplit sous nos yeux tous les jours depuis tant d’années”.


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Le révérend Samuel Koji Arai, 80 ans très bien portés, est pasteur de l’Église protestante interdénominationnelle du quartier de Mabashi. Ses fidèles sont environ un millier et ils appartiennent en grande partie à la couche sociale moyenne-supérieure.

“Mais il n’y en avait qu’une douzaine quand je suis arrivé, il y a 46 ans” nous dit-il. Pour nous souhaiter la bienvenue, il s’est arrêté au milieu d’une fugue de Bach qu’il était en train de jouer à l’orgue. À côté de l’orgue, il y a deux pianos et un violoncelle. “Nous faisons beaucoup de musique”, dit-il en souriant, “du classique avec les vieux, du rock avec les jeunes. Quand je parle à mes fidèles aussi, je dois utiliser deux langages : l’un pour les jeunes et l’autre pour les personnes âgées. Ils vivent dans des mondes différents. Il est plus facile pour les jeunes de comprendre le message de l’Évangile, parce que l’Évangile est révolution. Mais les vieux sont si profondément enracinés dans la tradition japonaise que pour eux l’Évangile est souvent incompréhensible. Les suicides ? Je n’ai pas le moindre doute quant à leur cause : c’est l’absence de Dieu dans la vie des Japonais. Leur vie frénétique, vouée à la consommation, à l’hédonisme, me rappelle les Hébreux qui dansaient autour du veau d’or et oubliaient Dieu. Une fois dissipée l’ivresse de l’alcool ou l’excitation de la danse, on se retrouve seul, sans but, sans valeur qui transcende le bien-être physique. On voit la vie comme une course à qui franchira la dernière ligne d’arrivée. Après la ligne d’arrivée, c’est l’obscurité. Et l’on se demande si cela vaut la peine de continuer à lutter pour gagner toujours plus, pour dépenser toujours plus, pour se soigner toujours plus, pour finir, de toute façon, tout seul dans une résidence pour personnes âgées riches ou dans un hospice. Alors l’idée de se jeter sous un train commence à entrer dans la tête de plus en plus souvent, jusqu’au jour où l’on descend les escaliers du métro pour la dernière fois. Il aurait suffi de pouvoir dire 'Jésus, aide-moi', il aurait suffi de lever les yeux au ciel, sans avoir même besoin de dire ces trois mots, et la vie aurait eu une toute autre saveur, un tout autre sens. Quatre fois par heure je me sens en faute, quatre fois par heure je sens comme un coup de poing dans l’estomac. Ces quatre frères qui, à chaque heure du jour et de la nuit, s’en vont sans connaître Dieu, je les ressens comme quatre échecs de ma mission de pasteur. Nous, Église, devrions faire beaucoup plus".


“L’Église catholique a beaucoup fait au Japon, mais elle peut certainement faire davantage" nous dit le nonce Bottari.

“Nous avons construit des écoles, des hôpitaux, des collèges, des universités. Nos écoles sont très appréciées. L’Université Sophia de Tokyo est l’une des plus prestigieuses du pays. Nous finançons aussi un téléphone amical géré par des protestants pour apporter une assistance psychologique à ceux qui ont décidé de se donner la mort. Mais là nous sommes confrontés à un grand drame national. Pour agir positivement sur le phénomène des suicides, nous devons faire pénétrer dans la culture japonaise le concept de Dieu et celui du caractère sacré de la vie. Pour le moment, c’est un objectif encore lointain. Il y a un peu plus d’un million de catholiques au Japon, dont plus de la moitié sont des immigrés. Nous enregistrons chaque année environ 4 000 conversions, notre vision de Dieu avance, mais lentement. Il y a une question que je me pose depuis des années sans trouver de réponse satisfaisante : pourquoi les Japonais, qui ont fait de la courtoisie et du respect du prochain la base de leur comportement social, sont-ils tellement réfractaires au message d’amour universel de l’Évangile ? Pourquoi ne se convertissent-ils pas ? Je crois que l’obstacle principal est leur profond enracinement dans leur culture millénaire, qui les amène à percevoir la conversion à une foi monothéiste occidentale comme une trahison des traditions, de la patrie et de toute la civilisation orientale en général".



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En effet, les Japonais ont avec l’Occident un classique rapport amour-haine. Ils sont attirés par les valeurs exprimées par la culture occidentale dans tous les domaines : sciences, arts, littérature, architecture, musique, médecine, recherche spatiale, mais en même temps ils se sentent victimes d’une colonisation intellectuelle. “Dans tous les domaines c’est vous qui établissez les règles, les critères de jugement, l’esthétique et même l’éthique”, nous dit Kyoko Asada, japonaise et écrivain. “ C’est vous qui, depuis des siècles, vous arrogez le droit de définir ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est beau et ce qui est laid, quel est le vrai dieu et quel est le faux".

L’évêque Mori lui donne en partie raison quand il nous dit :

"Au Japon, il y a en réalité un grand besoin de valeurs religieuses, il y a même des fidèles qui pratiquent deux religions différentes. Mais l’Église ne parvient pas à satisfaire cette soif de religiosité parce qu’elle se trompe de stratégie : l’Église ne doit pas se limiter à faire connaître la doctrine, la foi et les traditions catholiques, mais elle doit trouver le moyen de les combiner avec la culture et avec les problèmes de la vie quotidienne des Japonais, en évitant la fracture entre l’enseignement de la doctrine et le quotidien de la vie au Japon. Evidemment c’est une tâche très difficile, rendue encore plus ardue par la diminution des vocations et par le vieillissement des prêtres locaux".



L’évêque Mori pense-t-il qu’il y a de l’espoir ?

“Oui, je crois que oui. Il me suffit de penser à l’exemple de mère Teresa, qui a su trouver la manière de parler au cœur des Indiens par-dessus les différences de foi, grâce au simple langage de ses actes. Si nous réussissons, nous aussi, à donner un grand témoignage de l’amour de Jésus, je pense que nous pourrons également ralentir de manière significative l’avalanche de suicides qui afflige ce pays".


Dans un récent débat télévisé auquel participaient trois jeunes femmes ayant tenté de se suicider, l’une d’elles, Shinohara Eiji, 26 ans, a raconté son drame, qui a commencé au lycée où l’on se moquait d’elle parce qu’elle était grosse. Cette humiliation permanente, année après année, l’a conduite à la décision de mettre fin à ses jours. Quand elle est sortie de l’hôpital où elle avait été soignée parce qu’elle s’était tranché les veines, elle a été accueillie, à son retour à la maison, par son père qui l’a embrassée. C’était la première fois de sa vie que son père la prenait dans ses bras. “On ne s’est pas dit un mot, mais à ce moment-là, dans ses bras, j’ai compris que la vie était belle et qu’elle valait la peine d’être vécue".

Les trois jeunes femmes se sont trouvées d’accord pour estimer que ce dont elles auraient eu besoin pour vaincre le désespoir était “ai o kometa osekkai”. "Ai o kometa” signifie “être accompagnées, motivées, par l’amour”, et “osekkai” veut dire “faire l’objet d’intérêt et d’attention” : une manière japonaise de faire comprendre qu’elles auraient eu besoin de quelqu’un qui se serait intéressé avec amour à leurs problèmes. Pour dire les choses plus simplement, un peu d’amour les aurait empêchées de faire ce geste extrême. Et ce ne sont pas les biens matériels et les justes redistributions de richesses qui peuvent garantir cet amour. Dieu le peut.



A propos de la récente béatification de 188 martyrs japonais :

> Le samouraï à la croix. Extrait des actes des martyrs du Japon
(26.11.2008)


A propos de l'inculturation de la foi chrétienne, la conférence faite à Macerata, le 4 mars 2010, par le cardinal Camillo Ruini lors du colloque international consacré à Matteo Ricci :

> Ragione, cultura e fede


Sur la photo de Silvio Piersanti, prières dans un temple bouddhiste du quartier d’Asagaya à Tokyo.



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

28.02.2010

Exposition sur le P. Matteo Ricci à Pékin

ASIE/CHINE - Écho de la presse officielle au sujet de l’exposition sur le P. Matteo Ricci à Pékin

Pékin (Agence Fides) – “Matteo Ricci – Rencontre de la civilisation dans la Chine des Ming”, c’est l’exposition pour commémorer les 400 ans de la mort du missionnaire jésuite italien, qui s’est ouverte à Pékin avec une grande répercussion de la presse officielle en langue chinoise et anglaise, comme l’agence Xin Hua, en soulignant que le grand missionnaire italien a été le premier européen qui a apporté les succès de la technologie et de l’art en Chine.

 

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Du 7 février au 20 mars 2010, au Capital Museum de Pékin, le public chinois peut apprécier le jésuite de Macera qui “s’est fait chinois”, l’étranger le plus estimé, connu et aimé tout au long de ces siècles en Chine. Aujourd’hui sa figure continue de briller dans le pays auquel il a dédié sa vie, où il est mort et où il a été enseveli, il y a exactement 400 ans.

L’exposition, promue par la Région des Marches en Italie, par le Centre d’Échange de la Section archéologique chinoise, par le Capital Museum en collaboration avec l’Institut Italien de la Culture de l’Ambassade Italienne auprès de Pékin, retrace la vie extraordinaire du P. Li Ma Dou, nom par lequel les chinois aiment appeler le P. Matteo Ricci.

Par ailleurs, l’exposition présente aussi deux cents chefs d’œuvre – peintures, incisions, cartes géographiques, montres… – pour raconter le chemin du P. Li Ma Dou dans l’histoire de la dynastie des Ming. L’exposition ira ensuite à Shanghai (Shanghai Museum, du 3 avril au 23 mai) et à Nankin (Nanjing Museum, du 5 juin au 25 juillet). (NZ)

(Agence Fides 24/02/2010)

22.09.2009

Les évêques italiens à l'heure d'un choix décisif

A prendre ou à laisser. Les évêques italiens à l'heure d'un choix décisif

L'enjeu est le "projet culturel" conçu et réalisé par les cardinaux Ruini et Scola. Certains le considèrent comme mort. Mais les faits prouvent qu'il est plus vivant que jamais. Avec trois grandes nouveautés: une proposition au pays sur "l'urgence éducative", une nouvelle école de théologie consacrée à une société "plurielle", un colloque international sur "Dieu aujourd'hui"

par Sandro Magister




ROME, le 21 septembre 2009 – Le groupe dirigeant de la conférence des évêques d’Italie, CEI, se réunit ce soir à Rome pour l’habituelle session de début d’automne, alors qu’est encore fort le choc provoqué par la démission du directeur d’"Avvenire", le journal de la CEI, Dino Boffo, qui a été l’objet, malgré son innocence, d’attaques publiques contre sa personne.

Pendant cette tempête, la hiérarchie de l’Eglise, en Italie comme au Vatican, s’est montrée divisée et désorientée. En effet l'attaque contre "Avvenire" a aussi été employée par certains contre la ligne que représentait le journal : celle du cardinal Camillo Ruini, président de la CEI pendant quinze ans, jusqu’en 2007, et du "projet culturel" qu’il a conçu et réalisé, en grande partie à travers le journal dirigé par Boffo.

Mais que cette ligne soit en voie de liquidation, voilà qui est contredit par divers signaux – tous survenus ces jours-ci – qui en montrent la vitalité.


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L’un de ces signaux est la large diffusion en Italie, à partir 17 septembre, d’un livre réalisé par le comité pour le projet culturel de la CEI, intitulé : "La sfida educativa", le défi de l’éducation.

Ce livre se présente comme un rapport sur ce qui a été appelé, y compris par Benoît XVI, "l’urgence éducative". Un rapport, donc, sur la dramatique incapacité dont fait preuve la société actuelle en matière d’éducation des nouvelles générations.

Mais ce n’est pas qu’un rapport descriptif et analytique, c’est aussi une proposition quant à la façon de faire face à cette urgence et de relever le défi avec succès. Dans la préface, le cardinal Ruini écrit que ce qui est en jeu, ce sont "les bases de l'existence de l'homme et de la femme, le sens même que nous attribuons à l'être humain et à notre civilisation".

Le défi de l’éducation ne concerne donc pas seulement la famille, l’école, l’Eglise, mais la société dans son ensemble. Au fil des chapitres, le livre l’étudie, grâce à différents spécialistes, dans les différents domaines, y compris le travail, l’entreprise, la consommation, les médias de masse, le spectacle, le sport.

La question de l'éducation sera l'axe majeur de l'action pastorale de l’Eglise en Italie pendant la décennie 2010-2020, comme l’a décidé la conférence des évêques. Mais, avec le projet culturel, son but est d’arriver à impliquer tout le pays. Une preuve en est que l’édition de "La sfida educativa" a été confiée à un éditeur non pas catholique mais "laïc" par antonomase, Laterza.

C’est justement dans les bureaux romains de Laterza qu’aura lieu, le mardi 22 septembre, la présentation officielle du livre. Seront présents le cardinal Ruini, le ministre de l’Education Nationale, Mariastella Gelmini, la présidente de la confédérationale patronale Confindustria, Emma Marcegaglia. Le président de la maison d’édition, Giuseppe Laterza, sera le modérateur.



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Un deuxième signal a pour épicentre Venise et pour inspirateur également un cardinal : non pas Ruini mais Angelo Scola, patriarche de la ville.

Les deux prélats – ce n’est pas un hasard – font partie du comité pour le projet culturel institué par la CEI en 2008, avec Ruini comme président. Scola, à Venise, est la preuve vivante que le projet culturel peut être réalisé dans un diocèse type sous des formes originales, avec créativité et avec fruit.

Le 15 septembre le cardinal Scola a ouvert à Venise un congrès international intitulé "La société plurielle", avec comme orateurs des spécialistes italiens et étrangers de diverses disciplines, catholiques ou non, de Massimo Cacciari à David Novak, d’Ottfried Höffe à Cesare Mirabelli, d’Ignazio Musu à Steve Schneck.

Le congrès a marqué les débuts à Venise d’un nouveau centre d’études appelé "Alta Scuola Società Economia Teologia" (ASSET), dont le but est de faire interagir les diverses disciplines, théologie comprise, dans le traitement des questions cruciales d’un monde culturellement "pluriel".

En ouvrant le congrès, Scola a invité les chrétiens à identifier et proposer le "terrain commun" sur lequel pourraient être réalisés des "compromis nobles" entre des positions différentes. Etant entendu que les chrétiens eux-mêmes ont le devoir, à chaque fois que le compromis n’est pas possible, comme dans le cas de l’avortement ou de la famille, de recourir à l'objection de conscience et en tout cas de poursuivre leur "témoignage" à haute voix dans la société, dans l’espérance d’un changement positif.

L’ASSET est la dernière-née d’une série d’initiatives lancées au cours des cinq dernières années par le cardinal Scola et réunies sous l'égide du Studium Marcianum, du nom du saint patron de Venise, l'évangéliste Marc, parmi lesquelles la revue internationale "Oasis". Elle fonctionnera à travers des séminaires, des laboratoires culturels, des cours d’été, des publications, des enseignements annuels. Le cours inaugural, le 17 décembre, sera assuré par le philosophe Robert Spaemann, de l'université de Munich.


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Quelques jours plus tôt, le 10 décembre, le même Spaemann prendra la parole lors d’un grand colloque organisé à Rome par le comité pour le projet culturel de la CEI, c’est-à-dire toujours par Ruini.

Nous arrivons ainsi à un troisième signal.

Ce colloque aura pour titre : "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout". www.chiesa en a déjà parlé. Il y a une impressionnante coïncidence entre le sujet de ce colloque et ce que Joseph Ratzinger a défini comme la "priorité" de son pontificat : "rendre Dieu présent dans ce monde et ouvrir aux hommes l’accès à Dieu". A plus forte raison en un temps "où, dans de vastes régions du monde, la foi risque de s’éteindre, comme une flamme qui ne trouve plus d’aliment".

Le 9 septembre, le cardinal Ruini – présentant à Milan un livre dans lequel il dialogue avec l'intellectuel laïc Ernesto Galli della Loggia – a souligné l'importance de ce prochain colloque sur Dieu.

A cette occasion, le directeur de "L'Osservatore Romano", Giovanni Maria Vian, a rappelé, à sa table, qu’à l’origine, il y a dix ou quinze ans, le projet culturel lancé par Ruini était considéré comme un "oiseau rare", personne ne sachant ce que c’était et où il se trouvait.

Le recteur de l'Université Catholique du Sacré-Cœur, Lorenzo Ornaghi, lui a répondu qu’en réalité le projet culturel s’est ensuite révélé être "un gigantesque effort de transformation du message chrétien en culture populaire".

L'Université Catholique a été et est encore un foyer de ce projet. Ce n’est pas un hasard si la nomination puis la confirmation du "ruinien" Ornaghi comme recteur ont été parmi les épisodes les plus agités de l’histoire de l’Eglise d’Italie au cours des dernières années.

Un autre outil essentiel du projet culturel a été et reste "Avvenire". Ce n’est pas un hasard si les adversaires d’Ornaghi ont aussi été ceux qui, pendant la même période, se sont opposés à Boffo en tant que directeur du journal des évêques, faisant circuler contre l’un et l’autre de fausses accusations infâmantes. www.chiesa en a également parlé dans de récents articles.

Le choix du successeur de Boffo à la direction d’"Avvenire" sera donc révélateur de la volonté ou non de la conférence des évêques d’Italie de continuer dans le sillon du projet de Ruini.

Il est certain que le cardinal Ruini a toujours agi en accord évident et avec le plein appui du pape actuel, mais aussi du prédécesseur de celui-ci.

Il en est de même pour l'actuel président de la CEI, le cardinal Angelo Bagnasco. Il s’est entretenu vendredi dernier avec le pape Benoît XVI, en vue du conseil permanent qui commence ce soir et de son discours inaugural très attendu.



Le site web du "projet culturel" organisé par l’Eglise d’Italie, avec la présentation du rapport-proposition sur l'éducation et le programme du colloque international sur "Dieu aujourd’hui" :

> Progetto culturale


Le nouveau centre d’études inauguré à la mi-septembre à Venise par le cardinal Angelo Scola :

> Alta Scuola Società Economia Teologia. Studi sulla società plurale


Et la fondation qui organise toutes les initiatives culturelles du patriarcat de Venise, entre autres la revue internationale "Oasis" :

> Fondazione Studium Generale Marcianum



Un précédent article de www.chiesa concernant le "projet culturel" de l’Eglise d’Italie et le cardinal qui l’a conçu :

> L'Eglise libre dans l'état libre. Selon Ruini (14.9.2009)


Les articles de www.chiesa à propos de l’affaire "Avvenire" :

> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux : l'épiscopat et le Vatican (10.9.2009)

> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

20.05.2009

Message de Benoît XVI à propos de Matteo Ricci

L’inculturation du christianisme en Chine


ROME, Mardi 19 mai 2009 (ZENIT.org) - Benoît XVI cite le Traité sur l'Amitié (De amicitia - Jiaoyoulun) du P. Matteo Ricci, sj, comme un « modèle de rencontre fructueuse entre les civilisations européenne et chinoise » et pour « l'inculturation du christianisme en Chine ».

Le pape Benoît XVI a adressé un message à Mgr Claudio Giugliodori, évêque de Macerata-Tolentino-Recanati-Cingoli-Treia, à l'occasion de différentes initiatives pour la célébration du IV centenaire de la mort du P. Matteo Ricci, jésuite, apôtre en Chine, et originaire de Macerata.

 

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Message de Benoît XVI

J'ai appris avec joie que sont programmées dans ce diocèse différentes initiatives pour commémorer, dans des milieux ecclésiaux et civils, le IVe centenaire de la mort du P. Matteo Ricci, de la Compagnie de Jésus, survenue à Pékin le 11 mai 1610. A l'occasion de l'ouverture de cette année jubilaire spéciale, je suis heureux de vous adresser ainsi qu'à toute la communauté diocésaine ma salutation cordiale.

Né à Macerata le 6 octobre 1552, le jésuite Matteo Ricci, doté d'une foi profonde et d'un génie culturel et scientifique extraordinaire, a consacré de longues années de son existence à tisser un dialogue fructueux entre l'Occident et l'Orient, en menant de façon contemporaine une action efficace d'enracinement de l'Evangile dans la culture du grand peuple de Chine. Son exemple demeure aujourd'hui encore un modèle de rencontre fructueuse entre les civilisations européenne et chinoise.

Je m'associe donc volontiers à ceux qui considèrent ce généreux fils de votre terre comme un ministre de l'Eglise obéissant, et un messager de l'Evangile du Christ intrépide et intelligent. En considérant son activité scientifique et spirituelle intense, on ne peut pas ne pas rester favorablement frappé de la capacité innovante particulière avec laquelle il a abordé, en tout respect, les traditions culturelles et spirituelles chinoises dans leur ensemble. C'est en effet cette attitude qui a caractérisé sa mission visant à rechercher la possibilité d'une harmonie entre la civilisation chinoise, noble et millénaire, et la nouveauté chrétienne, qui est un ferment de libération et de renouveau authentique à l'intérieur de toute société, l'Evangile étant un message de salut universel, destiné à tous les hommes, à quelque contexte culturel et religieux qu'ils appartiennent.

En outre, ce qui a rendu son apostolat original, et l'on pourrait même dire prophétique, ce fut certainement la sympathie profonde qu'il nourrissait pour les Chinois, pour leur histoire, pour leurs cultures et leurs traditions religieuses. Il suffit de rappeler son Traité sur l'Amitié (De amicitia - Jiaoyoulun), qui remporta un large succès dès sa première édition à Nankin, en 1595. Modèle de dialogue et de respect pour les croyances d'autrui, votre compatriote a fait de l'amitié le style de son apostolat au cours de ses 28 années de séjour en Chine. L'amitié qu'il offrait était réciproque chez les populations locales, grâce justement au climat de respect et d'estime qu'il cherchait à cultiver, en se préoccupant de connaître toujours mieux les traditions de la Chine de cette époque. En dépit des difficultés et des incompréhensions qu'il a rencontrées, le Père Ricci a voulu rester fidèle jusqu'à la mort à ce style d'évangélisation, en mettant en œuvre une méthodologie, si l'on peut dire, scientifique, et une stratégie pastorale fondées d'une part sur le respect des sains usages du lieu, que les néophytes chinois ne devaient pas abandonner en embrassant la foi chrétienne, et d'autre part sur la conscience que la Révélation pouvait les mettre encore plus en valeur et les compléter. Et ce fut justement à partir de ces convictions que, à l'instar des Pères de l'Eglise lors de la rencontre de l'Evangile avec la culture gréco-romaine, il a imposé ce prévoyant travail d'inculturation du christianisme en Chine, en recherchant une constante entente avec les savants de ce pays.

Je souhaite vivement que les manifestations jubilaires en son honneur - rencontres, publications, expositions, congrès et d'autres événements culturels en Italie et en Chine - offrent l'occasion d'approfondir la connaissance de sa personnalité et de son activité. Qu'en suivant son exemple nos communautés, à l'intérieur desquelles vivent des personnes de différentes cultures et religions, puissent grandir dans l'esprit d'accueil et de respect réciproque. Que le souvenir de ce noble fils de Macerata soit aussi pour cette communauté diocésaine un motif de fortifier, à son école, cette aspiration missionnaire qui doit animer la vie de tout disciple du Christ authentique.

Frère vénéré, je formule des vœux fervents pour la pleine réussite des célébrations jubilaires prévues à partir du 11 mai prochain, je vous assure de mon souvenir dans la prière et, en invoquant l'intercession maternelle de Marie, Reine de la Chine, je vous envoie de tout cœur ma bénédiction ainsi qu'à ceux qui sont confiés à vos soins pastoraux.

Du Vatican, 6 mai 2009


© Copyright du texte original en italien : Librairie Editrice du Vatican

Traduit de l'italien par Zenit