15/01/2010

Port-au-Prince se réveille - récit d'un missionnaire

Nous publions ci-dessous un message transmis il y a quelques instants à la MISNA par frère Manuel Rivero, vicaire apostolique des Dominicains à Haïti.

 

(AP Photo/Lynne Sladky)




Port-au-Prince, le 15 janvier 2010 (7h30 du matin)

Bonjour,

Cette nuit la terre a encore tremblée. Au collège Sainte Rose de Lima nous avons passé une troisième nuit sur le parking, sans pluie heureusement, car nous n’avons pas de tentes. Toute la population demeure dans la rue jour et nuit, devant leurs maisons. Beaucoup commencent à quitter Port-au-Prince vers les provinces. Encore faut-il avoir de la famille dans les autres villes ou villages.

Des milliers de personnes sont encore sous les décombres. Exemple parmi d’autres, à la Faculté de linguistique, toute proche de chez nous, ceux qui sont vivants continuent d’appeler leurs amis : « Faites quelque chose ». La grande présence de cadavres dans les rues et sous les décombres commence à engendrer des problèmes d'ordre sanitaire.

Compte tenu de l’heure du séisme, mardi à 16h53, beaucoup d’étudiants suivaient des cours au centre ville. Des centaines voire des milliers de jeunes gisent sous le béton et les toitures des facultés et des centres d’enseignement. Devant la Faculté Lumière, en face de chez nos sœurs dominicaines de la rue O, un père pleurait son enfant enseveli sous les pierres : « Mon fils, mon fils ».

Les magasins sont soit fermés par crainte de pillage soit presque vides. Il devient difficile de trouver de la nourriture. Les gens ont faim et soif.

Le peuple haïtien garde tout de même l’espérance. Dans le malheur, les familles se rassemblent pour prier et chanter, surtout la nuit.

Mardi, lors d’une conférence, une partie du CIFOR, centre de formation théologique pour les religieuses et les religieux, s’est effondré. Douze jeunes étudiants, religieux montfortains, sont morts. Des prêtres et des religieuses (aucun bilan des religieux morts dans le séisme n'est encore disponible, Ndlr) seraient morts dans leurs paroisses ou dans leurs couvents.

L’insécurité grandit. Des détenus du Pénitencier se sont échappés lors du séisme. On entend de temps en temps des coups de feu aussi bien le jour que la nuit.

En vous remerciant pour votre soutien, je vous garde avec tous les frères dominicains d’Haïti dans ma prière au Christ.

Fr. Manuel

 

(MISNA)