25.06.2010

Les crucifix italiens devant le gouvernement des juges

Les crucifix italiens reviennent devant les juges européens. Condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), l’Italie a fait appel. L’enjeu est simple : les nations européennes sont-elles maîtresses de leurs fondements culturels et de leurs symboles ? Ou bien doivent-elles soumettre la liberté d’expression de leur identité et de leur histoire à l’appréciation de magistrats supranationaux ?

 

 

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L’affaire « Lautsi », autrement dit l’affaire des crucifix dans les écoles italiennes, va se résoudre dans cette alternative binaire le 30 juin prochain, date à laquelle la Grande Chambre, formation suprême de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), doit se réunir. Le 3 novembre dernier, statuant en première instance à la demande de Mme Lautsi, la deuxième section de la CEDH avait condamné l’Italie pour avoir laissé subsister l’obligation d’apposer des crucifix dans les salles de classe des écoles publiques.

La décision a fait grand bruit. D’abord en Italie où elle a été rejetée à la quasi-unanimité (à l’exception remarquable des ex-communistes), mais aussi dans de nombreux États qui ne se sont pas privés de la critiquer. L’Italie a donc fait appel. Pour la première fois dans l’histoire de la CEDH, dix États (dont la Russie) ont demandé à intervenir comme tierce partie (ce que la Convention permet lorsqu’une affaire comporte des enjeux dépassant le seul litige), ainsi qu’une douzaine d’ONG — tous en faveur de l’Italie.

 

 

Les failles juridiques du premier jugement

La Cour devait répondre à la question suivante : « Est-ce que la liberté religieuse de l’élève et le droit de ses parents à ce que leur enfant soit élevé dans le respect de leurs convictions ont été violés ? » Si l’on s’en tient aux faits, c’est loin d’être évident dans la mesure où nul ne conteste que le contenu de l’enseignement et les pratiques du corps professoral italiens respectent la neutralité requise. Or la présence d’un crucifix dans les salles de classe d’une école publique ne viole pas le for externe des élèves car elle ne les contraint pas d’agir contre leurs convictions et ne les empêche pas d’agir conformément à celles-ci. En outre, elle ne porte pas davantage atteinte au for interne car, en raison de son caractère passif, elle ne constitue ni une forme d’endoctrinement, ni une manifestation de prosélytisme.

S’en tenant à la Convention et conformément à sa jurisprudence, la Cour aurait dû s’arrêter là. Mais elle a modifié l’objet de la requête en lui substituant la question suivante : « La présence du crucifix est-elle, par elle-même, compatible avec la conception que la Cour se fait de ce que doit être l’environnement scolaire ? » Elle a donc élaboré une théorie en vertu de laquelle la liberté de ne croire en aucune religion nécessite une protection spécifique qui implique l’absence de symbole religieux dans un lieu scolaire public. Les juges prétendent également que a requérante subissait une « perturbation émotionnelle » excessive en raison des « efforts et du sacrifice disproportionnés » qui lui étaient imposés par cette seule présence.

L’État italien avait pourtant fait valoir l’ancienneté de la tradition et montré ses fondements bien établis, jusque dans le droit constitutionnel. Rome rappelait l’importance que la religion catholique avait eue dans la formation de l’identité italienne, sans que cela implique une quelconque prise de position officielle en sa faveur, de sorte que l’apposition des crucifix ressortit bien au substrat culturel de la nation.

 

 

L’enjeu politique sur l’identité culturelle

Cela n’a pas empêché la deuxième section de se lancer dans une construction prétorienne qui constitue l’enjeu de la décision que rendra la Grande Chambre. En s’arrogeant un tel pouvoir d’appréciation, la CEDH se propulserait au cœur d’une question politique clé : lorsque sont en balance les fondements culturels d’une nation et les symboles qui l’expriment, quelles sont les limites des pouvoirs attribués au juge international ?

Il fut un temps, pas si lointain, où l’on se méfiait du « gouvernement des juges ». Encore aujourd’hui, les cours constitutionnelles nationales ne se départissent pas d’une certaine prudence dans leurs appréciations : les organes de la souveraineté demeurent assez proches pour qu’elles n’oublient pas qu’elles ont, peu ou prou, des comptes à rendre puisqu’elles jugent au nom du peuple dont elles émanent.

Ce n’est pas le cas des juridictions internationales : fascinées par le concept d’ « état de droit », elles sont de plus en plus tentées de juger dans l’absolu implacable de leur propre logique. Or elles n’ont de compte à rendre à personne, prononçant des décisions sans recours à l’abri des traités qui les ont instituées. Le moment est venu de tirer le signal d’alarme. À force de pénétrer dans un champ politique qui n’est pas le leur, elles courent le risque de susciter une contestation de principe qui remettrait en cause leur existence même pour abus de pouvoir.

François de Lacoste Lareymondie

libertepolitique.com

22.04.2010

Le calvaire des chrétiens en Inde, entre attaques et recensement

En Inde, les chrétiens réclament le respect des minorités : une grande manifestation s’est déroulée lundi à Bhopal, après l’attaque meurtrière contre des protestants menée par une trentaine d’hindouistes masqués qui ont fait irruption pendant une réunion de prière.

Malgré une forte chaleur, 5.000 manifestants ont répondu à l’appel de l'archevêque catholique de Bhopal, Mgr Cornelio, et de la Confédération des chrétiens pour demander que cessent les violences antichrétiennes et que les agresseurs soient sanctionnés. Les manifestants ont reçu le soutien de dirigeants musulmans et de leaders communistes qui ont loué leur action humanitaire.

Selon l’archevêque de Bhopal, les groupes hindouistes agissent en toute impunité alors que des chrétiens sont arrêtés sur de fausses accusations et jetés en prison
Autre source d’inquiétude pour les chrétiens en Inde, le recensement entamé le 1er avril. En effet, l’appartenance aux catégories dites « répertoriées » devra être déclarée. Un problème pour les chrétiens intouchables, qui sont la majorité de la communauté chrétienne, mais aussi pour les musulmans.

 

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Catherine Clémentin Ojha, spécialiste de l’Inde, auteur de "Les chrétiens de l'Inde", publié chez Albin Michel, nous explique pourquoi.

 

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Elle est interrogée par Bernard Decottignies (Radio Vatican): >>

20.01.2010

La Roaco au secours des Églises d’Europe centrale et orientale

Des représentants des Œuvres d’aide aux Églises orientales, d’Aide à l’Église en détresse, de Misereor, Missio, sont actuellement réunis au Vatican sous les auspices de la Congrégation pour les Églises orientales.

La situation difficile qui prévaut dans des pays comme l’Érythrée ou l’Éthiopie, l’espoir qui renaît en Irak, malgré les violences antichrétiennes, sont bien présents dans tous les esprits. Mais en cette année sacerdotale, l’accent sera mis sur l’aide financière aux prêtres des Églises d’Europe centrale et orientale.

Sur place, la question est plus que jamais pressante. L’effondrement des régimes communistes a entraîné une floraison des vocations, mais les ressources financières sont quasiment inexistantes. Écoutez Mgr Léon Lemmens, secrétaire général de la Roaco. >>

Propos recueillis par Romilda Ferrauto (Radio Vatican)

04.03.2009

Un nouveau document atteste l’action de Pie XII en faveur des juifs

Révélations de l’historien Peter Gumpel

 

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A gauche : Peter Gumpel - à droite : Pie XII


ROME, Mercredi 4 mars 2009 (ZENIT.org) - Un nouveau document atteste l'action de Pie XII en faveur des juifs, révèle aujourd'hui au micro de Radio Vatican l'historien Peter Gumpel, sj, relateur de la cause de béatification du pape Pacelli.

Il s'agit d'une Note extraite du « Mémorial des religieuses Augustines du Monastère de Quatre Saints Couronnés » de Rome, le fameux monastère qui a accueilli des juifs persécutés pendant l'occupation nazie, non loin du Latran, dont le séminaire était aussi plein de réfugiés.

On y lit ceci : « Le Saint-Père veut sauver ses Enfants, y compris les Juifs, et ordonne aux monastères d'accorder l'hospitalité aux persécutés ».

La note date de novembre 1943. Elle comporte une liste de 24 personnes accueillies par le monastère, conformément à la volonté du pape.

Ce genre de témoignage est « rare » commente le P. Gumpel : la clandestinité et le danger impliquait la plupart du temps la destruction de toute trace, ce qui rend difficile la tâche des historiens. Ils doivent, comme le fait Yad Vashem interroger les survivants et enregistrer leurs témoignages.

L'historien ajoute : « Il s'agit d'un document que j'ai moi-même obtenu des sœurs augustines, un document écrit, et important pour cette raison. Ce n'est pas le seul témoignage que l'on ait dans ce sens. Il y a de nombreux témoignages oraux, de religieuses et de prêtres mais aussi d'autres personnes mais souvent on manque de témoignages contemporains écrits, et cela a donné à certains - qui continuent d'attaquer Pie XII - de contester et de dire : « Il n'y a pas de documents attestant qu'il ait jamais fait quelque chose durant la rafle des juifs du 16 octobre 1942. C'est d'une fausseté totale. La seule chose à relever c'est qu'en temps de persécution et dans des situations comme celles dans lesquelles on vivait alors à Rome, quelqu'un de prudent ne mettait pas beaucoup de choses « noir sur blanc », parce qu'il y avait le danger que celles-ci tombent aux mains des ennemis et qu'ils ne prennent des mesures encore plus hostiles contre l'Eglise catholique ».

Le père Gumpel explique comment opérait le pape dans ces conditions : « L'œuvre de sauvetage de Pie XII - par ailleurs attestée aussi par de nombreuses sources juives - a été faite à travers des messagers personnels - des prêtres - qui étaient envoyés à différentes institutions et à des maisons catholiques de Rome - universités, séminaires, paroisses, convents de sœurs, maisons de religieux - avec toujours ce même message : ‘Ouvrez vos portes à tous ceux qui sont persécutés par les nazis', et naturellement, cela valait en premier lieu pour les juifs ».

Pour ce qui est de la « résistance » à accepter ces témoignages, le P. Gumpel explique : « Nous avons affaire à des personnes qui disent en quelque sorte : ‘Nous croirons à l'œuvre de Pie XII en faveur des juifs seulement si nous avons un document écrit'. Nous avons maintenant deux documents écrits : l'un envoyé à l'évêque d'Assise, Mgr Nicolini, qui l'a fait voir à son collaborateur, le Révérend Brugnazzi. Ils ont ensuite été décorés tous les deux par Yad Vashem comme des ‘Justes parmi les Nations' ».

 Le site de Yad Vashem consacre en effet toute une section au « réseau d'Assise » et à l'équipe de Mgr Giuseppe Placido Nicolini.

« Ici, à Rome, continue le P. Gumpel, nous avons maintenant ce document de la chronique des Sœurs Augustines cloîtrées. Je le répète : c'est une nouvelle confirmation qui peut être utile pour ceux qui veulent persister à dénigrer Pie XII et ce faisant attaquer l'Eglise catholique ».

Enfin, pour ce qui concerne la cause de béatification, le P. Gumpel précise : « La cause de canonisation de Pie XII a eu un verdict le 9 mai 2007 : 13 cardinaux et évêques du tribunal le plus haut de la Congrégation pour les causes des saints se sont prononcés à l'unanimité positivement en faveur des vertus du pape Pie XII. On attend la signature du décret par le pape » sur « l'héroïcité » des vertus du pape Pacelli.

Avant une béatification (étape précédant la canonisation), l'enquête de cette congrégation doit établir, rappelons-le, si le baptisé a vécu les vertus humaines et chrétiennes de façon héroïque. Ensuite, pour la béatification, il faut l'authentification d'un miracle dû à l'intercession du candidat à la gloire des autels. Il faudra un nouveau miracle pour que la canonisation aboutisse ensuite : le processus prend des années et parfois des siècles.

Rappelons aussi que l'image de Pie XII était très positive à sa mort, et il a reçu un hommage unanime en particulier dans la communauté juive, comme en témoignage le message de Mme Golda Meir. Cette image a ensuite été brouillée à partir de la publication de la pièce de théâtre « Le Vicaire », dont la documentation est très contestée par une nouvelle génération d'historiens.

Elle était due à l'auteur d'Allemagne de l'Est Rolf Hochhuth. L'œuvre originale, qui durait huit heures, avait été, selon les critiques de théâtre, « manifestement écrite par un débutant ».

Pour améliorer la pièce et faire en sorte qu'elle puisse être jouée, Erwin Piscator, un habile metteur en scène et producteur, est venu en aide à Hochhuth. Selon le père Gumpel, Erwin Piscator était « manifestement communiste. Réfugié en Union soviétique pendant la Deuxième guerre mondiale, il avait travaillé en Allemagne et aux Etats-Unis auprès de bureaux et d'universités notoirement procommunistes ».

Il est évident pour le père Gumpel que « la réduction de la pièce à deux heures et le montage du texte avec les calomnies contre Pie XII sont dus à l'influence de Piscator » (cf. Zenit du 19 février 2007).

Quant à la responsabilité de l'Union soviétique dans cette opération, l'historien explique qu' « au Vatican on savait depuis longtemps que la Russie bolchevique était à l'origine de cette campagne de discrédit contre Pie XII ».

Et de préciser que « dans les pays occupés par les communistes après la seconde guerre mondiale, « Le Vicaire » de Hochhuth était obligatoirement représenté au moins une fois par an dans toutes les grandes villes ».

Il cite « les quotidiens et les revues communistes comme l'Unità en Italie et l'Humanité en France, qui ont fait une grande propagande à l'œuvre de Hochhuth : aucun doute donc quant à son influence communiste ».

« Je ne peux affirmer que Hochhuth était un agent des russes, affirme le père Gumpel, mais il est évident que son œuvre a été fortement influencée par l'appareil communiste »

Anita S. Bourdin