27/10/2009

Synode pour l'Afrique, avant-dernier acte. Les propositions finales

Synode pour l'Afrique, avant-dernier acte. Les propositions finales

Sur leurs traces, Benoît XVI écrira le document de conclusion. Parmi les points critiques: les haines interethniques, le défi de l'islam et des religions traditionnelles, la promotion de l'avortement, l'oppression de la femme, le concubinage du clergé


par Sandro Magister




ROME, le 26 octobre 2009 – Avec la messe célébrée hier à la basilique Saint-Pierre, Benoît XVI a conclu le second synode spécial pour l'Afrique, auquel ont participé 231 pères synodaux.

Les médias internationaux ont très peu couvert l’évènement. Pour diverses raisons, dont les dernières ne sont pas la pauvreté du débat et la modestie des propositions finales.

Benoît XVI a assisté en personne à de très nombreuses sessions mais il n’est jamais intervenu directement dans la discussion, contrairement à ce qu’il a fait lors de précédents synodes. Il a prononcé deux homélies, lors des messes d’ouverture et de clôture, donné une méditation après l’heure de tierce du premier jour des travaux et dit quelques mots à la fin du repas qui a conclu les travaux, le samedi 24 octobre (voir photo).

Mais, par ces quelques mots, le pape a mis à nu les limites réelles du synode, dont le thème était : "L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. 'Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde' (Mt 5, 13.14)".

Benoît XVI a dit :

"Le thème, en soi, représentait un défi difficile, avec deux dangers, je dirais. Le thème 'Réconciliation, justice et paix' implique certainement une forte dimension politique, même s’il est évident que la réconciliation, la justice et la paix ne sont pas possibles sans une profonde purification du cœur, sans un renouvellement de la pensée, une 'metanoia', sans une nouveauté qui doit résulter justement de la rencontre avec Dieu. Même si cette dimension spirituelle est profonde et fondamentale, la dimension politique est aussi très réelle, parce que, sans réalisations politiques, ces nouveautés de l’Esprit ne se réalisent habituellement pas. C’est pourquoi la tentation pouvait être de donner une dimension politique au thème, de parler moins en qualité de pasteurs que d’hommes politiques, avec une compétence qui n’est pas la nôtre.

"L’autre danger a été - justement pour échapper à cette tentation - de se retirer dans un monde purement spirituel, dans un monde abstrait et beau, mais qui n’est pas réaliste. Le discours d’un pasteur doit au contraire être réaliste, toucher la réalité, mais dans la perspective de Dieu et de sa Parole. Cette médiation comporte donc d’une part le fait d’être réellement en relation avec la réalité, attentifs à parler de ce qui existe, et d’autre part de ne pas tomber dans des solutions techniquement politiques ; cela veut dire indiquer une parole concrète, mais spirituelle".

Malgré ces dangers, le synode a toutefois été "un bon travail", a dit le pape. Il a suffisamment réussi à trouver une médiation entre la dimension politique et la dimension spirituelle. "Et il représente pour moi une source de gratitude, car l’élaboration du document post-synodal est ainsi beaucoup facilitée".

En effet chaque synode aboutit à une exhortation apostolique post-synodale écrite par le pape, publiée plusieurs mois plus tard, sur la base des propositions formulées par les pères à l’issue du synode.

Autrefois, ces propositions restaient confidentielles, mais depuis que Ratzinger est pape, elles sont du domaine public. C’est lui qui en a décidé ainsi.

Il y a eu cette fois-ci 57 propositions, en latin "propositiones". Voici le lien qui renvoie à leur texte intégral :

> Liste finale des propositions

On en trouvera ci-dessous quelques-unes, avec leur titre, reproduites exactement comme dans le texte diffusé par le Saint-Siège. On est frappé par l’importance donnée à la "réconciliation", que ce soit comme sacrement ou comme acte de pacification entre les peuples, les tribus, les familles et les individus.



Synode 2009. Extrait de la liste finale des propositions


Propositio 5

Le sacrement de la réconciliation

C’est la grâce de Dieu qui nous donne un cœur nouveau et qui nous réconcilie avec lui et avec les autres. Essentiel à la « réconciliation » est le sacrement de la réconciliation. Il doit être célébré selon les normes canoniques et dans l’esprit de l’Exhortation Apostolique post-synodale Reconciliatio et Poenitentia. Il s’agit de redonner toute son importance à la célébration du sacrement de réconciliation dans sa double dimension, personnelle et communautaire.
La réconciliation au niveau social contribue à la paix. Après un conflit, la réconciliation restaure l’union des cœurs et la vie en commun. Grâce à la réconciliation, des nations longtemps en guerre ont retrouvé la paix, des citoyens ruinés par la guerre civile ont reconstruit l’unité; des individus ou des communautés cherchant et accordant le pardon ont guéri leurs mémoires, des familles divisées vivent à nouveau en harmonie. La réconciliation surmonte les crises, restaure la dignité aux gens et ouvre la voie au développement et à la paix durable entre les peuples à tous les niveaux.
Les Pères synodaux lancent maintenant un appel vibrant à tous ceux qui sont en guerre en Afrique et font tant souffrir leurs peuples: “cessez les hostilités et réconciliez-vous!”.
Ils demandent à tous les citoyens et les gouvernements africains de reconnaître leur fraternité et de promouvoir des initiatives en tous genres qui encourageraient la réconciliation et la renforceraient de manière permanente à tous les niveaux de la société.
Ils invitent la communauté internationale à soutenir fortement la lutte contre toutes les manœuvres qui déstabilisent le continent africain et en causent constamment ses conflits.
Ils proposent que les pays africains célébrent chaque année un Jour de la réconciliation.

Propositio 6

La forme non sacramentelle de célébrer la Réconciliation

Que la forme non sacramentelle de célébrer la Pénitence soit aussi favorisée prudemment de telle sorte qu’elle révèle le caractère ecclésial de la pénitence et de la réconciliation. Cela aidera les communautés éloignées, sans prêtre, à vivre un réel cheminement de pénitence et de réconciliation. Cela permettra aussi les chrétiens, dont situation personnelle prive des sacrements, de se joindre au processus pénitentiel de l’Église. Au début de certains temps liturgiques comme l’Avent et le Carême, elle peut aussi servir aux communautés qui ont un prêtre, comme étape vers une réception plus fructueuse du sacrement (cf. Reconciliatio et Poenitentia § 37).

Propositio 7

Inculturation du sacrement de la réconciliation

Un grand nombre de chrétiens en Afrique manifestent une attitude ambiguë face à l’administration de la réconciliation. Alors qu’ils sont très scrupuleux pour ce qui concerne les rites traditionnels de réconciliation, ils accordent peu d’importance au sacrement de Pénitence.
Il s’avère donc nécessaire de conduire une étude sérieuse et profonde des cérémonies traditionnelles africaines de réconciliation, comme la “palabre” (où une équipe de sages fait un arbitrage public des litiges), et l’arbitrage des conflits par une “équipe de médiateurs”. Des organismes similaires peuvent être institués au sein des Commissions « Justice et paix », en vue d’aider le fidèle catholique à opérer une profonde démarche de conversion dans la célébration du sacrement de Pénitence.
La grâce du sacrement de Pénitence célébré dans la foi est suffisant pour nous réconcilier avec Dieu et avec le prochain, et ne requiert aucun rituel traditionnel de réconciliation.

Propositio 8

Pratiques pastorales de réconciliation

En vue de favoriser le développement de la culture de la réconciliation, les Églises locales pourraient prendre des initiatives comme :
1. célébrer chaque année un jour ou une semaine de réconciliation, particulièrement durant l’Avent et le Carême, ou une Année de réconciliation au niveau continental pour demander à Dieu un pardon spécial pour tous les maux et blessures que ses membres se sont affligés les uns aux autres, et pour que se réconcilient les personnes et groupes touchés dans l’Église et dans l’ensemble de la société. Des actes communautaires de réconciliation et de pardon peuvent s’organiser.
2. Une année jubilaire extraordinaire pendant laquelle l’Église en Afrique et dans les Îles adjacentes rend grâce avec l’Église universelle et prie pour recevoir les dons de l’Esprit Saint. Que cette période de réconciliation soit marquée par les éléments suivants :
a. Une conversion personnelle et une confession sacramentelle avec absolution;
b. Un Congrès eucharistique continental;
c. La célébration de rites de réconciliation pendant laquelle les participants se pardonnent les uns aux autres ;
d. Le renouvellement baptismal pendant lequel notre être disciples de Jésus surpasse toutes les formes d’allégeance au clan ou à un parti politique ; et
e. Une vie eucharistique renouvelée.

Propositio 9

La spiritualité de la réconciliation

“Car c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ”(2 Cor 5,19-20). La réconciliation englobe une manière de vivre (spiritualité) et une mission. Pour mettre en œuvre la spiritualité de la réconciliation, de la justice et de la paix, l’Église a besoin de témoins profondément enracinés dans le Christ, nourris de sa Parole et de ses sacrements. Ainsi, tendus vers la sainteté, grâce à une conversion permanente et à une vie de prière intense, ils s’investiront dans l’œuvre de réconciliation, de justice et de paix dans le monde, au besoin jusqu’au martyre, suivant l’exemple du Christ. Par leur courage dans la vérité, leur abnégation et leur joie, ils donneront un témoignage prophétique d’une conduite de vie en cohérence avec leur foi. Marie, Mère de l’Église-Famille de Dieu, qui a su accueillir la Parole de Dieu, être à l’écoute des besoins des hommes et se faire médiatrice, dans sa compassion, sera leur modèle.
Les Pères du Synode recommandent :
- que la mémoire des grands témoins qui ont donné leur vie au service de l’Évangile et du bien commun ou pour la défense de la vérité et des droits humains, soit gardée et fidèlement rappelée ;
- que les membres de l’Église développent le sens de la responsabilité pour leurs actions et une metanoïa permanente, que l’on peut célébrer régulièrement dans le sacrement de la réconciliation ;
- que par la célébration et l’adoration de l’Eucharistie, la prière et la méditation de la Parole de Dieu, l’Église-Famille de Dieu s’enracine profondément dans le Seigneur et trouve la force d’être « sel de la terre » et « lumière du monde ».

Propositio 11

Le dialogue interreligieux

La paix en Afrique et ailleurs dans le monde est conditionnée par les relations interreligieuses, aussi est-il important que soient promues les valeurs du dialogue pour que les croyants travaillent ensemble, par exemple dans les associations orientées vers la paix et la justice, dans un esprit de confiance et d’entraide, et que les familles soient éduquées aux valeurs d’écoute, de fraternité et de respect de l’autre, au-delà de la peur.
Le dialogue avec les autres religions et particulièrement avec l’Islam et les religions tradionnelles fait partie intégrante de l’annonce de l’Évangile et de la pastorale de la réconciliation et de la paix.Par conséquent, l’initiative du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux d’engager le dialogue avec les diverses religions non-Chrétiennes doit être hautement louée.
Cependant, vu que la religion est constamment politisée et qu’elle devient la cause de conflits, on a urgemment besoin de dialogue religieux avec l’Islam et la Religion Traditionnelle Africaine à tous les niveaux. Ce dialogue sera authentique et productif dans la mesure où chaque religion partira des profondeurs de sa foi et rencontrera l’autre dans la vérité et l’ouverture.
Les Pères synodaux prient pour que l’intolérance religieuse et le violence soient réduites et éliminées au moyen du dialogue interreligieux. L’important événement œcuménique et interreligieux d’Assise (1986) nous fournit un modèle à suivre.

Propositio 12

L’Islam

Avec le Concile Vatican II, l’Église-Famille de Dieu “regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de ta terre, qui a parlé aux hommes”(Nostra Ætate, 3).
Pour pouvoir servir la réconciliation, la justice et la paix, chaque forme de discrimination, d’intolérance et de fondamentalisme confessionnel doit être bannie. En ce qui concerne la liberté religieuse, il y a lieu d’insister sur le droit à l’exercice du culte.
Pour ce qui concerne la relation avec les musulmans, il faut:
- Favoriser le dialogue de vie et le partenariat social et de réconciliation;
- Prendre en compte la pluralité des situations et des expériences ;
- Affronter avec honnêteté nos incompréhension et nos difficultés;
- Prévoir dans la formation des prêtres, des religieux et religieuses et des fidèles laïcs une meilleure connaissance de l’Islam; et
- Prendre des initiatives qui favorisent le respect, l’amitié, la collaboration et la réciprocité.

Propositio 13

La Religion Traditionnelle Africaine

Comme en Afrique, l’Église-Famille de Dieu vit encore avec les adeptes de la Religion Traditionnelle Africaine, les Pères synodaux ont rappelé le sage conseil de Vatican II (“Nostra Ætate”) qui traite la Religion Traditionnelle Africaine et les autres religions de la manière suivante: “Depuis les temps anciens jusqu’aujourd’hui, il s’est rouvé chez les différents peuples une certaine perception de ce pouvoir caché dans le cours des choses et des événements de l’histoire humaine ...”.
Les sages convertis deviennent pour l’Église des guides dans la connaissance toujours plus large et précise de la culture et de la religion africaines. Le discernement des vrais points de rupture en deviendra plus aisé. Ils rendront possible la distinction nécessaire entre le culturel et le cultuel et surtout le entre le culturel et les projets malveillants du magico-sorcier, cause d’éclatement et de ruine pour nos familles et nos sociétés.
Par conséquent, avec le Concile (Vatican II), les Pères synodaux ne rejettent rien “qui soit vrai et saint dans les religions ... L’Église, dès lors, exhorte ses fils, qu’à travers le dialogue et la collaboration avec les adeptes des autres religions, menés avec prudence et amour et en témoins de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent,préservent et promeuvent les choses bonnes, spirituelles et morales, ainsi que les valeurs socioculturelles découvertes chez ces personnes”.
Donc, le Synode propose que :
- La Religion Traditionnelle Africaine et les cultures fassent l’objet d’études scientifiques approfondies, sanctionnées par des diplômes, dans les universités catholiques d’Afrique et les facultés des universités Pontificales à Rome;
- un dialogue respectueux se fasse avec les religions traditionnelles africaines. Qu’elles soient aussi étudiées dans nos facultés de théologie et confrontées à la Parole de Dieu;
- les Pasteurs dans leur diocèse engagent une action pastorale énergique contre tous ceux et celles qui sont impliqués dans la sorcellerie et étudient les mesures disciplinaires qui s’imposent;
- chaque évêque désigne un exorciste là où il n’y en pas.
En ce qui concerne les la sorcellerie et les cultes:
- l’Église locale doit s’appuyer sur une approche mesurée qui étudie ce phénomène à la lumière de la foi et de la raison, de telle sorte de libérer les Africains de ce fléau; et
- une équipe pastorale diocésaine pluridisciplinaire devra concevoir un programme pastoral qui soit fondé sur la rationalité, la délivrance et la réconciliation.

Propositio 20

Le protocole de Maputo

Les Pères synodaux reconnaissent les effets problématiques du Protocole de Maputo concernant les femmes et la vie humaine, comme par exemple, ceux concernant la santé reproductive des femmes. Cependant, ils estiment inacceptable sa promotion de l’avortement en son article 14.2.c: “Protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l’avortement médicalisé, en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du foetus”.
Selon l’enseignement de l’Église, l’avortement est contraire à la volonté de Dieu. En outre, cet article est en contradiction avec les droits humains et le droit à la vie. Il banalise le sérieux du crime de l’avortement et dénature la fonction de la grossesse. L’Église condamne cette position sur l’avortement et proclame que la valeur et la dignité de la vie humaine doivent être protégées depuis le moment de la conception jusqu’à la mort naturelle.
Les Pères synodaux appellent l’Eglise en Afrique et dans les Îles adjacentes à s’engager à mettre en oeuvre les moyens et les structures nécessaires pour aider et accompagner les femmes et les couples tentés par l’avortement. En outre, ils saluent le courage des gouvernements qui, dans leur législation, combattent l’avortement.

Propositio 32

Le respect de la diversité ethnique

L’Église, comme servante de la réconciliation, a la mission de“réconcilier toutes choses dans le Christ” (2 Cor 5, 19). L’Église, en accomplissant cette mission, reconnaît et respecte les riches diversités ethniques, culturelles, politiques et religieuses des peuples africains. Elle recherche davantage l’unité dans la diversité que l’uniformité, en mettant en exergue ce qui les unit plutôt que ce qui les devise, et en exploitant les valeurs positives de ces diversités comme une source de vigueur pour édifier l’harmonie sociale, la paix et le progrès.

Propositio 33

L’inculturation

On nécessite d’une étude approfondie des traditions et cultures africaines, à la lumière de l’Évangile en vue d’enrichir la vie chrétienne et d’écarter les aspects qui sont contraires à l’enseignement chrétien, pour animer et soutenir l’oeuvre d’évangélisation in justice to peuples Africains et de leurs cultures.
L’Église en Afrique a enregistré une forte croissance de ses membres et de ceux qui servent parmi la hiérarchie de l’Église. Néanmoins, il y a une dichotomie entre quelques pratiques traditionnelles des cultures africaines et les exigences du message évangélique.
Pour être pertinent et crédible, il est du devoir de l’Église d’entreprendre un discernement approfondi pour identifier les aspects de la culture qui font obstacle à l’incarnation des valeurs de l’Évangile, tout comme ceux qui les promeuvent.
C’est pourquoi le Synode propose:
- que soient promues les valeurs culturelles positives et transmises dans toutes ses institutions d’enseignement et de formation;
- d’encourager et de promouvoir le travail d’authentiques théologiens africains;
- que les éléments positifs des cultures traditionnelles africaines soient incorporés dans les rites de l’Église;
- que les agents pastoraux cherchent à utiliser les langues et les cultures locales afin que les valeurs évangéliques puissent toucher le coeur des peuples et les aider à opter pour une authentique réconciliation que les conduira à une paix durable;
- de traduire en langues locales les documents du Magistère;
- de faciliter l’échange de documents entre les Conférences épiscopales.
- de faire usage de dispositifs canoniques et liturgiques concernant le ministère d’exorciste, dans une pastorale de compassion, de justice et de charité; et
- de dénoncer la simonie chez un certain nombre de prêtres qui manipulent les sacramentaux pour aller au devant de désirs des fidèles friands de symboles religieux: encens, eau bénite, huile d’olive, sel, cierge, etc.
L’enseignement culturel conditionne le développement intégral des individus et des collectivités. Les Africains devront ainsi promouvoir l’héritage culturel de leur terroir et sauvegarder, en les ouvrant à la rencontre d’autres cultures, des valeurs telles que le respect des anciens, de la femme comme mère, de la solidarité, de l’entraide et de l’hospitalité, de l’unité, du respect de la vie, de l’honnêteté et de la vérité et de la parole donnée.

Propositio 35

Communautés Ecclésiales Vivantes

Le Synode renouvelle son soutien à la promotion des Communautés Ecclésiales Vivantes (CEV), qui édifient solidement l’Église-Famille de Dieu en Afrique . Les CEV se fondent sur le partage de l’Évangile où les chrétiens se rassemblent pour célébrer la présence du Seigneur dans leurs vies et au milieu d’eux, à travers la célébration de l’Eucharistie, la lecture de la Parole de Dieu et en témoignant leur foi dans le service de l’amour fraternel mutuel et de leur communautés. Sous la conduite de leurs Pasteurs et de leurs catéchistes, ils cherchent à approfondir leur foi et mûrir dans le témoignage chrétien, alors qu’ils vivent concrètement l’expérience de la paternité, de la maternité, de la parenté, de la fraternité ouverte, où l’on prend soin les uns des autres. Cette Famille de Dieu s’étend au-delà des frontières de sang, d’ethnies, de tribus, de cultures, de races. En cela, elles ouvrent des chemins de réconciliation avec la famille étendue qui ont tendance à imposer aux familles nucléaires chrétiennes leurs us et coutumes syncrétistes.

Propositio 36

Les défis lancés par les nouveaux mouvements religieux

À la lumière des défis lancés par les nouveaux mouvements religieux (“sectes”, mouvements ésotériques, etc.), les Églises locales sont invitées à penser à des formes d’évangélisation plus adaptées aux problèmes que rencontrent les fidèles.
Que les paroisses promeuvent une vie de solidarité fraternelle dans les Communautés Ecclésiales Vivantes. Que les agents apostoliques développent aussi un ministère spirituel d’écoute et de soutien pour accompagner les fidèles afin qu’ils vivent chaque jour en lien avec leur foi.
Le Synode recommande en outre que la catéchèse conduise à une véritable expérience de conversion et qu’elle soit comprise comme une formation à la persévérance dans la foi face aux épreuves (cf. Rm 5,3-5), comme l’initiation traditionnelle prépare les jeunes à affronter toute situation. Que l’on transmette qvec soin aux fidèles les enseignements scripturaires et doctrinaux de l’Église. Les groupes de prière, les mouvements et les nouvelles communautés doivent également intégrer cette dimension dans leurs programmes.

Propositio 39

Prêtres

Par l’ordination sacerdotale, chaque prêtre configuré au Christ, Tête et Bon Pasteur, est appelé à être une image vivante et authentique du Christ qui est venu pour servir et non pour être servi (Mc 10, 45).
Par conséquent, les prêtres doivent cultiver une profonde vie spirituelle qui inclut l’écoute de la Parole de Dieu, la célébration de l’Eucharistie, et la fidélité à la prière, spécialement la liturgie des heures.
Ils doivent résolument s’engager à conduire une vie évangélique, fraternelle et communautaire, à l’abri des pressions familiales, une vie modeste faite de discipline et de renoncement (“Apostolica vivendi forma”), un amour spécial pour les pauvres. Ils doivent être des exemples de gestion responsable et transparente. Ils doivent imitier le courage des prophètes face aux maux de la société. Ce faisant, ils deviendront “sel de la terre” et “lumière du monde”.
La vocation sacerdotale comprend également les vertus évangéliques de pauvreté, chasteté et obéissance. Ce sont là leur plus grand engagement d’amour pour le Christ, pour son Église et pour le prochain. Les Pères synodaux par conséquent invitent fortement les prêtres de rite latin à vivre leur célibat avec générosité et amour.
Selon l’Exhortation Apostolique Pastores dabo vobis (n.29), “Le célibat doit être accepté ... comme un don estimable de Dieu, comme un stimulus pour la charité pastorale, comme participation à la paternité divine, comme témoignage du Royaume pour le monde”
En outre, en cette année sacerdotale de grâce, tous les prêtres sont invités à imiter le zèle de Saint Jean-Marie Vianney pour le ministère sacramentel de la Pénitence (Réconciliation).
Pour cette raison et à cause des ministères que les prêtres exercent dans le Christ et pour les fidèles du Christ, parfois dans des conditions très difficiles, les Pères synodaux ne cessent de rendre grâce à Dieu et de demander par la prière son soutien. Mais les Pères synodaux voudraient aussi garantir aux prêtres une formation continue et solide dans les domaines appropriés de leur vie et de leur ministère. Ils leur recommandent pour leur croissance spirituelle et leur subsistance:
- des retraites annuelles et des récollections mensuelles;
- une vie de prière régulière et la lecture des Écritures;
- une formation continue, spécialement pour les jeunes prêtres, qui ont besoin d’être suivis avec amour, et qui inclut la Doctrine Sociale de l’Église ; et
- surtout pour la sécurité et les moyens de mener une vie honorable pour les prêtres malades et âgés.
En outre, pour les prêtres qui travaillent hors de leurs diocèses, le Synode spécifie qu’un accord (ou contrat) doit être conclu entre le diocèse d’origine et celui d’accueil, définissant clairement les conditions de vie et de travail et la durée de la mission. En plus, ces prêtres doivent être considérés comme des pasteurs à part entière en toute justice et charité chrétiennes, et participant à plein titre au presbyterium.

Propositio 45

L’Eucharistie source de communion et de réconciliation

Le grand défi qui nous attend tous, au début du Troisième millénaire du christianisme ne consiste pas à souligner les différences d’origine ou de culture, mais à construire une unité qui respecte la différence. Des hommes et des femmes d’origines différentes, de caractères différents, de cultures différentes, de religions différentes à l’origine peuvent édifier ensemble la plus grande unité, unité jusqu’à mourir les uns pour les autres, les uns avec les autres, pour la même personne : l’Homme-Dieu, Jésus-Christ qui a dressé sa tente parmi nous et qui a versé son sang pour nous, en profonde solidarité avec nous, se donne à nous chaque jour comme nourriture. Ce sang du Christ versé pour nous est le principe et le lien d’une nouvelle fraternité, contre le tribalisme, le racisme, l’ethnicité, le népotisme, le fétichisme, etc.
Le Synode déplore fortement certaines dérives de la pratique sacramentelle allant à l’encontre des sacrements du Baptême et de l’Eucharistie.
On insiste pour rappeler que l’Eucharistie demeure la source et le sommet de la réconciliation et de toute la vie chrétienne, et que la sainteté se présente comme le moyen le plus efficace de bâtir une société réconciliée, juste et pacifique. On veillera donc avec soin à la Célébration Eucharistique et à ménager de l’espace et du temps pour l’Adoration Eucharistique (individuelle et communautaire) dans tous les diocèses et paroisses.On veillera à ce que les églises et les chapelles soient de manière habituelle réservées à la célébration de l’Eucharistie en évitant autant que possible qu’elles deviennent de simples espaces de socialisation. Les Pères synodaux demandent que les organisations d’aide qui souhaitent soutenir les diocèses pour la construction des lieux de culte, essentiels pour la visibilité de l’Église, le fassent en dialogue sincère avec les évêques locaux, pour garantir un sens du sacré et d’un développement humain authentique et intégral.

Propositio 47

Les femmes en Afrique

Les femmes en Afrique apporte une grande contribution à la famille, à la société et à l’Église avec leur nombreux talents et ressources. Toutefois, non seulement leur dignité et leurs contributions ne sont pas pleinement reconnues et appréciées, mais encore leurs droits sont bafoués. Malgré le progrès réalisé dans l’éducation et le développement des femmes dans certains pays en Afrique, le développement des filles et des femmes en général traînent derrière celui des garçons et des hommes; les filles et les femmes sont généralement traitées de manière injuste.
Les Pères synodaux condamnent tous les actes de violence contre les femmes, par exemple les molestations contre les femmes, le déshéritement des filles, l’oppression des veuves au nom de la tradition, les mariages forcés, les mutilations d’organes génitaux, la traite des femmes et nombreux autres abus tels que l’esclavage sexuel et le tourisme sexuel. Tous les actes d’inhumanité et d’injustice contre les femmes sont également condamnés.
Les Pères proposent:
- la formation humaine intégrale des filles et des femmes (intellectuelle, professionnelle, morale, spirituelle, théologique, etc.);
- la création d’“abris” pour les filles et femmes maltraitées pour qu’elles trouvent refuge et reçoivent un accompagnement psychothérapeutique (counselling).
- la collaboration étroite entre les Conférences épiscopales pour mettre fin à la traite des femmes;
- une plus grande intégration des femmes dans les structures de l’Église et dans les processus de prise de décision;
- la mise en place de commissions aux niveaux diocésain et national pour prendre en charge les problèmes des femmes pour les aider à mieux accomplir leur mission dans l’Église et la société ; et
- la mise en place d’une commission d’étude sur les femmes dans l’Église à l’intérieur du Conseil Pontifical pour la Famille.

Propositio 51

VIH/SIDA

Le Sida est une des grandes pandémies comme le paludisme et la tuberculose qui déciment des populations africaines et compromettent gravement leur vie socio-économique. On ne doit pas le considérer simplement comme un problème médico-pharmaceutique, ou uniquement comme une question de changement de comportement humain. C’est vraiment une question de développement intégral et de justice, qui demande une approche et une réponse globales de la part de l’Église.
Ceux qui sont malades du Sida en Afrique sont victimes d’injustice, parce que souvent ils ne reçoivent pas le même traitement de qualité qu’en d’autres lieux. L’Église demande que les fonds alloués aux malades du Sida soient réellement utilisés à cet effet et recommande que les malades africains reçoivent les traitements de qualité comme en Europe.
L’Église condamne fermement toute tentative, de la part d’individus ou de groupes, de disséminer le virus, soit comme arme de guerre, soit par leur style personnel de vie.
Le Synode prodigue ses encouragements à toutes les institutions et à tous les mouvements ecclésiaux qui travaillent dans le domaine de la santé et spécialement du Sida et demande aux agences internationales de les reconnaître et de les aider dans le respect de leur spécificité.
L’Église recommande vigoureusement l’accélération des recherches thérapeutiques en cours en vue d’éradiquer ce fléau.
En outre, le Synode propose :
- que l’on évite tout ce qui peut contribuer à la diffusion de la maladie, comme la pauvreté, la dissolution de la vie familiale, l’infidélité maritale, la promiscuité et un style de vie vide de valeurs humaines et de vertus évangéliques ;- un service pastoral qui prodigue à ceux qui vivent avec le VIH/SIDA l’accès au traitement médical, à la nourriture, l’accompagnement pour un changement de comportement et une vie sans stigmatisation sociale;
- un service pastoral qui prodigue aux orphelins, aux veufs et aux veuves une authentique espérance de vie sans stigmatisation sociale ni discrimination ; et
- un soutien pastoral qui aide les couples vivant avec un conjoint infecté à s’informer et à former leurs consciences, afin qu’ils choisissent ce qui est juste, en toute responsabilité pour le plus grand bien de l’un et l’autre, de leur union et de leur famille.
- que le SCEAM développe un manuel pastoral sur le VIH/Sida pour tous ceux qui sont engagés dans le ministère ecclésial sur le Sida (prêtres, personnes consacrées, médecins, infirmiers, Conseils, catéchistes, enseignants) qui mette en oeuvre la morale et la Doctrine sociale de l’Église dans les différentes situations où le peuple de Dieu en Afrique est confronté aux multiples défis de la pandémie.

Propositio 55

Abolition de la peine capitale

“L’Église voit comme un signe d’espérance l’opposition croissante du public à la peine de mort, quand bien même une telle peine est perçue comme l’expression de la justice et une sorte de légitime défense de la part de la société. La société moderne, en fait, possède les moyens de supprimer de manière effective la criminalité en rendant les criminels inoffensifs sans devoir leur dénier la chance de se réformer” (Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église Catholique, n.405).
La dignité de la personne exige que ses droits fondamentaux soient respectés quand bien même il ne respecterait pas les droits des autres. La peine capitale empêche un tel but. Parfois, la peine de mort est utilisée pour éliminer les opposants politiques. Par ailleurs, les pauvres gens qui ne peuvent pas se défendre sont plus facilement soumis à cette punition définitive sans appel.
Le Synode appelle à l’abolition totale et universelle de la peine de mort.





Jour par jour, la documentation officielle du synode spécial pour l'Afrique, 4-25 octobre 2009 :

> Synodus Episcoporum 2009 – Bulletin


A propos du voyage du pape, en mars dernier, au Cameroun et en Angola, et des polémiques soulevées par sa phrase concernant le préservatif :

> Bombes à retardement. En Afrique le préservatif, au Brésil l'avortement

Et à propos d’un aspect peu connu du christianisme africain :

> Ethiopie, une étonnante chrétienté en terre d'Afrique (18.3.2009)


Hors de la salle du synode, l'interview la plus intéressante a été donnée à John L. Allen Jr. par l'archevêque d’Accra, la capitale du Ghana, Charles Palmer-Buckle, qui est l’une des figures émergentes de l'épiscopat africain :

> Ghanaian Archbishop Says Church Has Failed Africa


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
(23.3.2009)

www.chiesa