23.12.2009
"Je pense qu'aujourd'hui aussi l'Eglise devrait ouvrir une cour des Gentils"
"Je pense qu'aujourd'hui aussi l'Eglise devrait ouvrir une cour des Gentils"
C'était la cour du temple de Jérusalem pour les non-juifs. Benoît XVI l'a prise comme symbole du dialogue avec ceux qui sont éloignés de la religion, pour garder vivante en eux la recherche de Dieu. Les passages clés de son discours de Noël à la curie romaine
par Sandro Magister
ROME, le 21 décembre 2009 – Lorsqu’il a souhaité, ce matin, un joyeux Noël à la curie romaine, Benoît XVI s’est en réalité adressé à toute l’Eglise et au monde. Comme les années précédentes, il a voulu mettre en évidence dans son discours de vœux – entièrement de sa main – à la curie les lignes directrices de son pontificat.
En 2005, le thème du discours avait été l'interprétation et la mise en œuvre du concile Vatican II, ainsi que le rapport entre continuité et renouvellement, dans l’Eglise :
> "Réveille-toi, homme..."
En 2006 le pape avait mis au centre de son discours la question de Dieu. De plus, s’appuyant sur son voyage à Istanbul, il avait exprimé de la manière la plus claire sa vision des relations avec l'islam et proposé au monde musulman le parcours déjà accompli par le christianisme en réponse au défi des Lumières :
> Bilan de quatre voyages et d’un an de pontificat
En 2007 Benoît XVI avait traité de l'urgence pour l’Eglise de se mettre en état de mission vers tous les peuples de la terre :
> Surprise: le pape amène la curie au Brésil
En 2008 il avait attiré l'attention sur la plus "oubliée" des personnes de la trinité divine, l’Esprit-Saint "créateur", dont l’empreinte se trouve dans la structure ordonnée du cosmos et de l'homme, qu’il faut admirer et respecter :
> "Veni Creator Spiritus". Pour une écologie de l'homme
Cette année Benoît XVI s’est de nouveau appuyé sur ses derniers voyages, en particulier ceux qu’il a faits en Afrique, en Terre Sainte et en République Tchèque, pour en tirer des leçons originales et parfois surprenantes.
Le pape a dit qu’il avait assisté à une vraie "fête de la foi" au Cameroun et en Angola. Et il a proposé comme exemple à l’Eglise tout entière la joie populaire ainsi que la forte sacralité orientée vers Dieu qu’il a vues magnifiquement exprimées là-bas dans les célébrations liturgiques.
Encore à propos de l'Afrique – à laquelle un synode a été consacré en octobre – le pape a insisté sur la spécificité de l'action de l’Eglise au service de la politique. Il a indiqué que cette spécificité résidait dans la "réconciliation" qui naît de Dieu et se réalise aussi chez les hommes dans le sacrement qui porte ce nom, sacrement tombé en désuétude mais qu’il voudrait faire revivre justement comme "sacrement de l’humanité en tant que telle".
En ce qui concerne son voyage en Terre Sainte, Benoît XVI a insisté sur sa visite à Yad Vashem, symbole du plus profond abîme où soit tombé l’homme et de son plus grand éloignement de Dieu, où cependant le Christ est descendu porter la lumière et la vie, de manière non pas mythique mais réelle.
Enfin, s’appuyant sur son voyage en République Tchèque, pays comportant une majorité d’agnostiques et d’athées, Joseph Ratzinger a lancé une nouvelle évangélisation destinée précisément à ceux qui sont loin de Dieu. Le pape a proposé à l’Eglise d’ouvrir pour eux, comme dans l'ancien temple de Jérusalem, "une sorte de cour des Gentils", où pourraient rester vivantes la recherche et la soif de Dieu.
On trouvera ci-dessous quatre passages clés du discours de vœux adressé par Benoît XVI à la curie romaine le matin du lundi 21 décembre 2009 :
1. AU CAMEROUN ET EN ANGOLA. LA FÊTE DE LA FOI
J’ai été ému par la grande cordialité avec laquelle a été accueilli le successeur de Pierre, le "Vicarius Christi". La joie chaleureuse et l’affection cordiale qui m’ont été manifestées tout au long de mon chemin n’étaient pas simplement destinées à un quelconque hôte fortuit. Rencontrer le pape rendait concrète l’Eglise universelle, la communauté qui englobe le monde et qui est réunie par Dieu à travers le Christ. [...] C’est bien Lui qui est parmi nous, nous l’avons perçu à travers le ministère du successeur de Pierre. Nous étions ainsi élevés au-dessus du simple quotidien. Le ciel était ouvert, c’est ce qui fait d’un jour une fête. Et c’est en même temps quelque chose de durable. Il reste vrai, même dans la vie quotidienne, que le ciel n’est plus fermé ; que Dieu est proche ; que, dans le Christ nous nous appartenons tous les uns aux autres.
Le souvenir des célébrations liturgiques s’est gravé dans ma mémoire de façon particulièrement profonde. Les célébrations de la sainte eucharistie étaient de vraies fêtes de la foi. Je voudrais mentionner deux éléments qui me semblent particulièrement importants. Il y avait tout d’abord une grande joie partagée, qui s’exprimait aussi par le corps, mais de façon disciplinée et orientée par la présence du Dieu vivant. Cela indique déjà le second élément : le sens de la sacralité, du mystère présent du Dieu vivant imprégnait, pour ainsi dire, chaque geste. Le Seigneur est présent, le Créateur, Celui à qui tout appartient, de qui nous provenons et vers qui nous allons. J’ai spontanément repensé aux paroles de saint Cyprien dans son commentaire du Notre Père : "Rappelons-nous que nous sommes sous le regard que Dieu porte sur nous. Nous devons plaire aux yeux de Dieu, à la fois par l’attitude de notre corps et par l’usage de notre voix" ("De dominica oratione" 4 CSEL III 1 p. 269). Oui, il y avait cette conscience d’être en présence de Dieu. Il n’en résulte ni peur ni inhibition, pas même une obéissance extérieure aux rubriques, et cela n’amène pas non plus à se mettre en évidence les uns par rapport aux autres ou à crier de façon indisciplinée. Il y avait plutôt ce que les Pères appelaient "sobria ebrietas" : le fait d’être pleins d’une joie qui en tout cas reste sobre et ordonnée, qui unit les gens de l’intérieur, en les conduisant à la louange communautaire de Dieu, louange qui suscite en même temps l’amour du prochain, la responsabilité réciproque.
2. SYNODE SUR L'AFRIQUE. LE SACREMENT DE LA RÉCONCILIATION
Le synode avait choisi comme thème : l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. C’est un thème théologique et surtout pastoral d’une actualité brûlante, mais on pouvait aussi y voir un thème politique. [...] Les pères synodaux ont-ils réussi à trouver la voie plutôt étroite entre une simple théorie théologique et une action politique immédiate, la voie du "pasteur" ? [...] Des réconciliations sont nécessaires pour une bonne politique, mais elles ne peuvent pas être réalisées uniquement par elle. Ce sont des processus pré-politiques et elles doivent naître d’autres sources.
Le Synode a cherché à examiner en profondeur le concept de réconciliation en tant que devoir pour l’Eglise d’aujourd’hui, en attirant l’attention sur ses diverses dimensions. L’appel de saint Paul aux Corinthiens a aujourd’hui une nouvelle actualité. "Nous sommes en ambassade pour le Christ : c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu ! " (2 Co 5, 20). Si l’homme n’est pas réconcilié avec Dieu, il est en conflit avec la création aussi. Il n’est pas réconcilié avec lui-même, il voudrait être autre qu’il n’est et il n’est donc pas même réconcilié avec son prochain. Un autre élément de la réconciliation est la capacité à reconnaître sa faute et à demander pardon, à Dieu et à autrui. Enfin le processus de réconciliation comporte la disponibilité à la pénitence, la disponibilité à souffrir jusqu’au bout pour une faute et à se laisser transformer. En fait également partie la gratuité, dont parle souvent l’encyclique "Caritas in veritate" : cette disponibilité à aller au-delà du nécessaire, à ne pas calculer, mais à aller au-delà de ce que les simples conditions juridiques demandent. En fait partie cette générosité dont Dieu lui-même nous a donné l’exemple.
Pensons à la phrase de Jésus : "Si tu présentes ton offrande à l’autel et que là tu te rappelles que ton frère a un grief contre toi, laisse ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter alors ton offrande" (Mt 5, 23s.). Dieu qui savait que nous ne sommes pas réconciliés, qui voyait que nous avons un grief contre lui, s’est levé et est venu à notre rencontre, bien qu’étant le seul à avoir raison. Il est venu à notre rencontre jusqu’à la croix, pour se réconcilier avec nous. C’est la gratuité : la disponibilité à faire le premier pas. Aller le premier à la rencontre de l’autre, lui offrir la réconciliation, accepter la souffrance éprouvée quand on renonce à avoir raison. Ne pas fléchir dans la volonté de réconciliation : Dieu nous en a donné l’exemple, et c’est la façon de devenir semblables à lui, une attitude dont nous avons un besoin sans cesse renouvelé dans le monde.
Aujourd’hui nous devons acquérir de nouveau la capacité à reconnaître notre faute, nous devons nous débarrasser de l’illusion que nous sommes innocents. Nous devons acquérir la capacité à faire pénitence, à nous laisser transformer, à aller vers l’autre et à nous faire donner par Dieu le courage et la force d’un tel renouvellement. Dans notre monde actuel nous devons redécouvrir le sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Le fait que celui-ci ait en grande partie disparu des habitudes de vie des chrétiens est le symptôme d’une perte de véracité vis-à-vis de nous-mêmes et de Dieu ; une perte qui met en danger notre humanité et diminue notre capacité de paix. Saint Bonaventure estimait que le sacrement de pénitence était un sacrement de l’humanité en tant que tel, un sacrement que Dieu avait institué dans son essence tout de suite après le péché originel avec la pénitence imposée à Adam, même s’il n’a pu trouver sa forme complète que dans le Christ, qui est personnellement la force réconciliatrice de Dieu et a pris sur lui notre pénitence.
3. TERRE SAINTE. LA DESCENTE DE DIEU DANS L'ABÎME
La visite à Yad Vashem a été une rencontre bouleversante avec la cruauté de la faute humaine, avec la haine d’une idéologie aveugle qui, sans aucune justification, a livré à la mort des millions d’êtres humains et par là, en dernière analyse, a aussi voulu chasser Dieu du monde, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus-Christ. C’est donc en premier lieu un monument commémoratif contre la haine, un appel affligé à la purification, au pardon, à l’amour.
C’est ce monument de la faute humaine qui a ensuite rendu bien plus importante la visite aux lieux de mémoire de la foi et fait percevoir leur actualité intacte. En Jordanie nous avons vu l’endroit le plus bas de la terre, près du Jourdain. Comment pourrait-on ne pas se sentir renvoyés à l’expression de la lettre aux Ephésiens, selon laquelle le Christ est "descendu dans les régions inférieures de la terre" (Ep 4, 9). Dans le Christ, Dieu est descendu jusqu’au fin fond de l’être humain, jusqu’à la nuit de la haine et de l’aveuglement, jusqu’à l’obscurité de l’éloignement de l’homme vis-à-vis de Dieu, pour y allumer la lumière de son amour. Il est présent même dans la nuit la plus profonde : "même aux enfers, te voici" ; cette phrase du psaume 139 [138], 8 est devenue une réalité avec la descente de Jésus.
Se rendre sur les lieux du salut, dans l’église de l’annonciation à Nazareth, dans la grotte de la nativité à Bethléem, au lieu de la crucifixion sur le Calvaire, devant le sépulcre vide, témoignage de la résurrection, a donc été comme toucher l’histoire de Dieu avec nous. La foi n’est pas un mythe. C’est une histoire vraie, dont nous pouvons toucher du doigt les traces. Ce réalisme de la foi nous fait particulièrement du bien dans les difficultés actuelles. Dieu s’est vraiment montré. En Jésus-Christ Il s’est vraiment fait chair. En tant que ressuscité Il reste un vrai homme, il ouvre sans cesse notre humanité à Dieu et il est toujours le garant du fait que Dieu est un Dieu proche.
4. PRAGUE. UNE "COUR" POUR CEUX QUI CHERCHENT LE DIEU INCONNU
Les gens qui se considèrent comme agnostiques ou athées doivent aussi avoir une place dans notre cœur de croyants. Peut-être ces gens ont-ils peur quand nous parlons de nouvelle évangélisation. Ils ne veulent pas se voir comme objet de mission, ni renoncer à leur liberté de pensée et de volonté. Mais la question de Dieu continue à exister pour eux aussi, même s’ils ne peuvent pas croire au caractère concret de son attention pour nous. A Paris, j’ai dit que la recherche de Dieu était la cause fondamentale de la naissance du monachisme occidental et, avec lui, de la culture occidentale. Comme premier pas de l’évangélisation, nous devons essayer de maintenir vivante cette recherche ; nous devons faire en sorte que l’homme ne mette pas de côté la question de Dieu comme question essentielle de sa vie. Faire en sorte qu’il accepte cette question et la nostalgie qui s’y cache.
Cela me rappelle la formule empruntée par Jésus au prophète Isaïe, c’est-à-dire que le temple devrait être une maison de prière pour tous les peuples (cf. Is 56, 7 ; Mc 11, 17). Il pensait à ce que l’on appelait la cour des Gentils, qu’il débarrassa d’affaires venues de l’extérieur afin qu’il y ait de l’espace libre pour les Gentils qui voulaient prier là le Dieu unique, même s’ils ne pouvaient pas prendre part au mystère au service duquel l’intérieur du temple était réservé. Un espace de prière pour tous les peuples : on pensait ainsi à ceux qui ne connaissent Dieu, pour ainsi dire, que de loin ; que leurs dieux, leurs rites, leurs mythes ne satisfont pas ; qui désirent le Pur et le Grand, même si Dieu reste pour eux le "Dieu inconnu" (cf. Ac 17, 23). Ils devaient pouvoir prier le Dieu inconnu et ainsi, cependant, être en relation avec le vrai Dieu, même si c’était au milieu d’obscurités de différentes sortes.
Je pense qu’aujourd’hui l’Eglise devrait aussi ouvrir une sorte de "cour des Gentils" où les hommes puissent en quelque s’accrocher à Dieu, sans le connaître et avant d’avoir trouvé l’accès à son mystère, au service duquel est la vie interne de l’Eglise. Au dialogue avec les religions doit aujourd’hui s’ajouter avant tout le dialogue avec ceux à qui la religion est étrangère, à qui Dieu est inconnu et qui, pourtant, ne voudraient pas simplement rester sans Dieu, mais l’approcher au moins en tant qu’Inconnu.
Le texte intégral du discours, sur le site du Vatican :
> La solennità del Santo Natale...
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
02:28 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, pape, benoit xvi, dialogue, incroyants, athees, agnostiques, religion, curie romaine, noel, istanbul, islam, musulmans, lumieres, mission, evangelisation, bresil, esprit-saint, cosmos, ecologie, terre sainte, republique tcheque, cameroun, angola, afrique, reconciliation, sacrement, yad vashem, dieu, christ, nouvelle evangelisation, joseph ratzinger |
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15.12.2009
Toutes les raisons de Dieu. Une enquête
Toutes les raisons de Dieu. Une enquête
Guide de la rencontre internationale "Dieu aujourd'hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout". On a redécouvert un cardinal Ruini philosophe, avec qui ont discuté Spaemann, Scruton, Van Inwagen. Mais aussi les savants Nowak et Coyne, spécialistes du cosmos. Et des experts en musique, en art, en cinéma...
par Sandro Magister
ROME, le 13 décembre 2009 – L'objectif était de "dissiper cette pénombre qui rend précaire et angoissante pour l'homme de notre temps l'ouverture à Dieu".
C’est ce qu’a dit Benoît XVI dans son message qui a inauguré, le 10 décembre à Rome, la rencontre internationale "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout", conçue et organisée par le comité pour le projet culturel de l’Eglise d’Italie, présidé par le cardinal Camillo Ruini.
A la fin de l'événement, deux jours plus tard, Ruini était rayonnant. Le sujet était difficile, il fallait écouter en se concentrant, les orateurs étaient des philosophes et des savants au langage complexe. Mais la salle a toujours été pleine et le silence était très attentif. 2 500 personnes sont venues au grand auditorium de la via della Conciliazione, à quelques pas de la place Saint-Pierre, pour entendre parler de Dieu. Un public plutôt nouveau et jeune. Visiblement fier de la richesse et du sérieux des propos, dans un monde désorienté qui en a justement soif.
Ce public voulait qu’on lui parle de Dieu et de rien d’autre. Sûrement pas des querelles internes à l’Eglise, de part et d’autre du Tibre. Les prophètes de malheur qui avaient prédit (et secrètement espéré) l'échec de l'événement, entraînant la fin de cet "oiseau rare" qu’était selon eux le projet culturel, et la retraite définitive de son concepteur Ruini, ont été réduits au silence par les faits. Le cardinal a déjà annoncé que ce premier événement serait bientôt suivi d’un autre, toujours "sur des sujets de fond, durs, ni faciles ni à la mode".
Mais que s’est-il passé pendant les trois jours de la rencontre ? Le programme, le compte-rendu, les textes, les vidéos de tout l’événement, ainsi que le portrait des orateurs, sont à portée de clic sur la page web qui lui est consacrée :
> "Dio oggi. Con lui o senza di lui cambia tutto, Rome, 10-12 décembre 2009
On trouvera simplement, ci-dessous, mention de quelques temps forts.
LES TROIS PREUVES DU CARDINAL RUINI
Le jeudi 10 décembre, les premiers orateurs ont été le cardinal Ruini et l’allemand Robert Spaemann, qui ont tous les deux parlé en philosophes.
Ruini a indiqué trois voies d’accès à Dieu, c’est-à-dire trois preuves de son existence, non pas théologiques mais rationnelles. Elles peuvent donc être proposées à tout le monde et pas seulement aux croyants.
La première voie part du fait évident "qu’il existe quelque chose plutôt que rien". La seconde part de la constatation que l'univers peut être connu par l'homme. La troisième est fondée sur l'expérience que l'homme a en lui d’une loi morale.
Ces trois voies se réfèrent donc aux "transcendantaux" de la philosophie classique : l’être, le vrai, le bien. Ruini a voulu dépasser, dans son argumentation, les objections radicales qui leur ont été faites au cours des deux derniers siècles, à partir de Kant. Mais il a admis que, même ainsi, ces voies n’auront pas la force d’une démonstration apodictique qui ne suscite pas de nouveaux doutes. Et alors ? La proposition finale du cardinal est que l'existence de Dieu soit perçue comme "la meilleure hypothèse", selon une formule empruntée à Joseph Ratzinger.
Voici les deux derniers paragraphes du discours de Ruini :
"Les difficultés de l’approche métaphysique dans l’actuel contexte culturel, s’ajoutant à l’aporie découlant de l’existence du mal dans le monde, sont les raisons de fond de cette 'étrange pénombre qui enveloppe la question des réalités éternelles'. Même si on peut la fonder sur des arguments solides, comme nous avons cherché à le faire, l’existence du Dieu personnel n’est donc pas l’objet d’une démonstration apodictique ; mais elle reste 'la meilleure hypothèse, qui nous oblige à renoncer à une position de domination pour prendre le risque de l’écoute humble'. Accepter cela a de grandes implications : d’une part pour les relations entre croyants et non-croyants qui seraient déjà, pour cette raison de fond, marquées par un respect mutuel sincère et convaincu ; mais aussi pour l’attitude personnelle de chaque croyant et notamment pour le rôle fondamental que la prière doit jouer dans notre relation avec Dieu, afin de pouvoir lui demander le don de la foi, qui nous donne cette certitude à la fois inconditionnelle et libre à propos de Dieu qui, comme l’explique saint Thomas, ne supprime pas du tout la possibilité d’autres recherches mais soutient notre fidélité envers lui jusqu’au don de nous-mêmes.
"Je termine par une constatation qui me paraît très caractéristique de notre situation actuelle, à savoir qu’il y a un parallélisme profond entre l’approche de Dieu et l’approche de nous-mêmes, en tant que sujets intelligents et libres. Dans les deux cas, nous sommes actuellement soumis à la pression d’un scientisme épistémologique puissant et envahissant et d’un naturalisme, souvent inconsciemment métaphysique, qui voudrait affirmer que Dieu n’existe pas ou du moins qu’on ne peut pas le connaître rationnellement, et réduire l’homme à un objet naturel parmi d’autres. Aujourd’hui comme peut-être jamais auparavant, il est donc clair que l’affirmation de l’homme en tant que sujet et l’affirmation de Dieu 'simul stant et simul cadunt', existent et tombent ensemble. C’est du reste profondément logique car, d’une part, il est très difficile de fonder une vraie et irréductible émergence de l’homme par rapport au reste de la nature si la nature elle-même est toute la réalité et, d’autre part, il est également difficile de laisser ouverte rationnellement la voie au Dieu personnel, intelligent et libre – de manière véritable même si elle est ineffable pour nous – si l’on ne reconnaît pas au sujet humain cette irréductible spécificité qui est sienne. Rendre témoignage au vrai Dieu et en même temps à la vérité de l’homme est donc peut-être la tâche la plus exaltante qu’il nous soit donné d’accomplir".
SPAEMANN ET LA GRAMMAIRE DE DIEU
Robert Spaemann a consacré le début de sa réflexion à l'identité – plutôt qu’à l’opposition – entre les deux attributs de Dieu, "puissant" et "bon" :
"Qui croit en Dieu croit que la puissance absolue et le bien absolu ont la même référence : la sainteté de Dieu. Les gnostiques des premiers siècles chrétiens niaient cette identité. Ils attribuaient les deux attributs à deux divinités, une puissance mauvaise, le 'deus universi', dieu et créateur de ce monde, et un dieu qui est lumière et apparaît de loin dans l’obscurité de ce monde. [...] Il est important de souligner cela aujourd’hui, puisque les prêtres, plutôt que d’appeler sur nous la bénédiction du Dieu tout-puissant, ne parlent en fait que du 'Dieu bon'. Le discours sur la bonté de Dieu, sur Dieu qui est amour, perd son côté bouleversant s’il n’indique pas qui est celui dont on dit qu’Il est amour, c’est-à-dire s’il n’indique pas qu’Il est la puissance qui dirige notre vie et le monde. [...] Si le bien n’appartenait pas à l’être, l’être ne serait pas tout, il ne serait pas la totalité. [...] Mais le contraire est vrai aussi : si le bien était impuissance, alors il ne serait pas le bien tout court. Parce que l’impuissance du bien n’est pas le bien. La foi en la puissance du bien est ce qui nous permet de nous abandonner activement à la réalité, sans avoir à craindre que, dans un monde absurde, même les bonnes intentions soient considérées comme des absurdités".
A la fin de sa conférence, Spaemann a au contraire inversé la vision de Nietzsche, le philosophe de la "mort de Dieu", qui disait que "la vraie question est seulement de savoir avec quel mensonge on vit le mieux". Et il a proposé une démonstration de Dieu "qui est, pour ainsi dire, Nietzsche-résistante" : une démonstration de Dieu "à partir de la grammaire, ou plus exactement du 'futurum exactum', le futur antérieur". Voici comment :
"Pour nous, le 'futurum exactum' est nécessairement lié au présent. Dire d’une chose qu’elle est maintenant, revient à dire dans l’avenir que cette chose a été. En ce sens, toute vérité est éternelle. Le fait que, le 10 décembre 2009, beaucoup de gens se soient réunis à Rome pour une conférence de Robert Spaemann sur 'Rationalité et foi en Dieu' est vrai non seulement le 10 décembre, mais aussi pour toujours. Si aujourd’hui nous sommes ici, demain nous 'aurons été' ici. En tant que passé, en tant qu’'avoir été' du futur antérieur, le présent reste toujours réel. De quel type est cette réalité ? On pourrait répondre : elle est dans les traces qu’elle laisse. [...]
"Mais, tôt ou tard, le souvenir s’efface. Tôt ou tard, il n’y aura plus un seul homme sur terre. Et, à la fin, même la terre disparaîtra. Puisqu’au passé appartient toujours un présent, dont le passé est passé, nous devrions dire qu’avec le présent dont nous nous souvenons disparaît aussi le passé, et le futur antérieur perd sa signification. Mais c’est justement ce que nous ne pouvons pas penser. La proposition 'dans un avenir plus lointain, il ne sera plus vrai que nous étions réunis ici ce soir' est insensée. Elle ne se laisse pas penser. Si, un jour, nous n’aurons plus été, alors nous ne sommes même pas réels maintenant, ce que le bouddhisme affirme comme une conséquence. Si, un jour, la réalité présente n’aura plus été présente, alors elle n’est pas réelle du tout. Si on élimine le futur antérieur, on élimine le présent.
"Mais, encore une fois, de quel type est cette réalité du passé, l’éternelle vérité de toute vérité ? La seule réponse est la suivante : nous sommes forcés de penser une conscience qui conserve tout ce qui se produit, une conscience absolue. Aucun mot prononcé un jour ne sera non prononcé un jour, aucune douleur non soufferte, aucune joie non vécue. Le passé peut se dissiper, mais on ne peut pas faire en sorte qu’il n’ait pas été. Si la réalité existe, alors le futur antérieur est inévitable et avec lui le postulat du Dieu réel. 'Je crains – écrit Nietzsche – que nous ne puissions nous débarrasser de Dieu, parce que nous croyons encore à la grammaire'. Le problème est que nous ne pouvons pas nous dispenser de croire à la grammaire. Nietzsche lui-même n’a pu écrire ce qu’il a écrit que parce qu’il a confié à la grammaire ce qu’il a voulu dire".
LE "DIEU ABRÉGÉ" DU CARDINAL SCOLA
Le matin du vendredi 11 décembre, le cardinal Angelo Scola, dans un passage de sa conférence bien construite sur "l’éclipse et le retour de Dieu", a repris la critique de Spaemann contre l’opposition entre bonté et toute-puissance de Dieu.
En se demandant "si le problème de la transmission du christianisme n’est pas, surtout aujourd’hui, de prendre le langage évangélique dans son essentialité [...] et son identité les plus authentiques", Scola a critiqué ceux qui identifient cette essentialité avec la "kénosis", cette dépossession de lui-même, y compris de sa "puissance" divine, que Dieu accomplit en Jésus-Christ crucifié :
"Ici, il faut dénoncer une utilisation impropre, non théologique et non respectueuse des données scripturaires, de la 'kénosis' de Dieu à l’intérieur de ce que l’on appelle la 'pensée faible'. Elle fait perdre l’unité des mystères chrétiens et justifie, à travers la 'kénosis' séparée de la résurrection, que l’on renonce à la prise en considération de la vérité et de la transcendance de Dieu et à son être personnel".
En effet :
"C’est seulement dans le Dieu qui est Logos-Amour que le thème décisif de la 'kenosis' divine comme modalité selon laquelle Dieu-Vérité-Bien s’offre aux hommes trouve un sens. Le Dieu kénotique n’est pas un Dieu faible, mais un Dieu qui aime et qui, comme tel, s’offre à la liberté de l’homme".
Quelques instants auparavant, Scola a cité ce passage de l'homélie prononcée par Benoît XVI à Noël 2006, sur le vrai sens de la "kénosis" de Dieu, c’est-à-dire sur Dieu qui parle à l'homme "en s’abrégeant dans le Verbe incarné" :
"Dieu a rendu brève sa Parole, il l'a abrégée (Isaïe 10, 23; Romains 9, 28). Le Fils lui-même est la Parole, le Logos. La Parole éternelle s’est faite petite, elle s’est faite enfant, afin que nous puissions la saisir".
LA "VIA PULCHRITUDINIS" DE ROGER SCRUTON
Toujours le matin du vendredi 11 décembre, le philosophe anglo-américain Roger Scruton a développé le quatrième "transcendantal" de la philosophie classique - le beau - lui aussi comme voie d’accès à Dieu.
"En créant de la beauté, l'artiste rend gloire à la création de Dieu", a-t-il dit. Il en a été ainsi tout au long de l’histoire de l’homme, même quand – dans les abîmes du XXe siècle, par exemple – domine le règne de la souffrance et de la désolation.
Et pourtant "le culte de la laideur et de la désacralisation s’affirme aujourd’hui, à une époque de prospérité sans précédent. [...] La désacralisation est une sorte de défense contre le sacré, une tentative d’en détruire les prétentions. Nos vies sont jugées devant ce qui est sacré ; et pour échapper à ce jugement, nous détruisons ce qui paraît nous accuser. Et comme la beauté nous rappelle le sacré – elle nous en rappelle même une forme particulière – la beauté doit aussi être désacralisée".
La "voie positive" vers la beauté est de toute façon inscrite dans le cœur de l’homme. "Alors pourquoi tant d’artistes se refusent-ils aujourd’hui à marcher sur ce chemin ? Peut-être parce qu’ils savent qu’il conduit à Dieu".
Après l'intervention de Scruton, l'archevêque Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, et le professeur Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican, ont traité de l'apparition de Dieu dans l'art figuratif d’hier et d’aujourd’hui, avec des exemples concrets, parmi lesquels les fresques de Raphaël dans les Salles du Vatican, et en particulier cette "Ecole d’Athènes" que www.chiesa, dans sa présentation de la rencontre "Dieu aujourd’hui", avait proposée comme emblématique de cet événement.
A d’autres moments de la rencontre, la manifestation de Dieu a été présentée à travers la musique, les récits, la poésie, le cinéma, la télévision, par des exécutions, des lectures et des projections évocatrices, commentées par des artistes et des spécialistes.
LE "SUPER-DISNEY" DE PETER VAN INWAGEN
La dernière séance de la rencontre, au matin du samedi 12 décembre, a été consacrée à "Dieu et les sciences". George Coyne, astronome jésuite, directeur de l'Observatory's Research Group de l'Université de l'Arizona, et Martin Nowak, biologiste et mathématicien, professeur à Harvard, ont parlé du rapport entre Dieu créateur et l'évolution du cosmos, en deux exposés éblouissants qui ont enchaîné l’attention de l'auditoire.
Le troisième intervenant, Peter Van Inwagen, de l'Université Notre-Dame, a au contraire parlé en philosophe. Et il a présenté de manière originale et captivante cette "via cosmologica" vers Dieu proposée par Benoît XVI lui-même sous diverses formes à différentes occasions.
Van Inwagen est parti d’une analogie. Imaginons, a-t-il dit, que "Dieu est au monde physique ce que Walt Disney est au monde représenté à l’écran dans Blanche-Neige et les sept nains". Ou plutôt, imaginons que "les aventures du dessin animé soient vraiment l’histoire du monde entier" et appelons leur créateur "Super-Disney".
Du point de vue des habitants du monde, ce Super-Disney n’existe nulle part, mais en un autre sens, il est présent partout.
Il en va de même pour le Dieu de notre monde réel : "Si jamais il existe, il ne peut se trouver plus en lui que Super-Disney ne peut se trouver dans son monde ; et pourtant il n’est pas loin de ses habitants". De plus, on peut supposer que les habitants du monde arrivent à croire que celui-ci est le fruit d’une création par un être intelligent et omniprésent.
Van Inwagen a poursuivi :
"Il y a des gens – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de l'existence d’une intelligence responsable de l'existence de l'univers physique. Il y en a d’autres – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de la non-existence d’un concepteur".
Ces deux thèses "sont non scientifiques et erronées". Mais la seconde, celle qui nie un Dieu créateur sur la base de la théorie darwinienne de l'évolution, est devenue une opinion répandue.
C’est contre les partisans de cette opinion que Van Inwagen formule sa thèse de conclusion, pour défendre l'impossibilité de nier avec des arguments scientifiques l'existence d’un Dieu créateur :
"Vous croyez que le monde réel est darwinien, que c’est un monde dans lequel la théorie de Darwin est vraie. Mais la réalité implique la possibilité : tout ce qui est vrai est possible. Et Dieu, s’il existe, est par définition tout-puissant. Un être tout-puissant peut créer n’importe quel objet possible, même si cet objet est un univers entier ou un cosmos. Eh bien, notre terre darwinienne (comme vous croyez qu’elle l’est) est un objet possible, puisqu’elle existe. Donc, un être tout-puissant pourrait la créer et créer tout l’univers dont elle fait partie. Maintenant, si un être tout-puissant peut créer un monde darwinien, alors pourquoi quelqu’un qui pense que le monde réel est darwinien devrait-il penser que cette caractéristique du monde réel démontre – ou a une tendance quelconque à démontrer – que l'univers n’a pas été créé par un être tout-puissant ?".
PROCHAIN ÉPISODE : BIBLE ET LITURGIE
Concluant la rencontre, l'archevêque Rino Fisichella puis le cardinal Ruini ont fait allusion à d’autres chapitres de la réflexion sur Dieu, qui n’ont pas été traités dans ce premier événement mais ne sont pas moins importants.
Deux en particulier : d’abord une réflexion sur "ce que Dieu dit de lui-même", c’est-à-dire sur la révélation divine ; puis une réflexion sur la liturgie, c’est-à-dire sur les rites, les lieux, les temps, les langages par lesquels l’homme et le chrétien se mettent en rapport avec Dieu.
L’article de www.chiesa présentant l’événement, avec une homélie de Benoît XVI sur le "mystère révélé aux tout-petits" :
> "Dieu est là". Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël (7.12.2009)
Et un article précédent à propos de Robert Spaemann et de la "rumeur immortelle" sur Dieu :
> Un philosophe relance le pari du pape : vivre comme si Dieu existait (31.10.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
11:07 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : universites, cardinal ruini, musique, art, cinema, pape, benoit xvi, rome, italie, culture, camillo ruini, philosophie, via della conciliazione, place saint-pierre, dieu, robert spaemann, morale, transcendantaux, kant, joseph ratzinger, metaphysique, saint thomas, nietzsche, angelo scola, christianisme, kenosis, jesus-christ, noel, logos, verbe incarne, roger scruton, voies d acces a dieu, gianfranco ravasi, antonio paolucci, musees du vatican, television, peter van inwagen, sciiences, jesuites, george coyne, martin nowak, biologie, mathematiques, harvard, creation, evolution, cosmos, notre-dame, via cosmologica |
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09.06.2009
Le nom de la Trinité imprimé en tout ce qui existe
VATICAN - « Le ‘nom’ de la Sainte Trinité est en un certain sens imprimé dans tout ce qui existe, car tout l’être, jusqu’aux plus petites particules, est être en relation, et ainsi transparaît le Dieu-relation, et en dernier lieu l’Amour créateur » : le Pape à l’Angélus
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“Trois personnes qui sont un seul Dieu –a expliqué le Pape- car le Père est amour, le Fils est amour, le Saint-Esprit est amour. Dieu est tout amour et n’est qu’amour, amour très pur, infini et éternel. Il ne vit pas dans une splendide solitude, mais il est plutôt source intarissable de vie qui sans cesse se donne et se communique. Nous pouvons dans une certaine mesure en avoir l’intuition, en observant autant le macrocosme : notre terre, les planètes, les étoiles, les galaxies ; que le microcosme : les cellules, les atomes, les particules élémentaires. Le ‘nom’ de la Sainte Trinité est en un certain sens imprimé dans tout ce qui existe, car tout l’être, jusqu’aux plus petites particules, est être en relation, et ainsi transparaît le Dieu-relation, et en dernier lieu l’Amour créateur. Tout provient de l’amour, tend à l’amour, et est mu par l’amour, avec naturellement des degrés différents de conscience et de liberté ».
Après avoir cité le Psaume 8 « O Seigneur, Notre Seigneur/ comme ton nom est admirable sur la terre! » (Ps 8,2) Benoît XVI a souligné que « la preuve la plus grande que nous sommes faits à l’image de la Trinité est celle-ci: seul l’amour nous rend heureux, car nous vivons en relation, et nous vivons pour aimer et pour être aimés. Utilisant une analogie suggérée par la biologie, nous pourrions dire que l’être humain porte dans son propre ‘génome’ l’empreinte profonde de la Trinité, de Dieu-Amour ».
16:02 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : createur, pere, fils, saint esprit, cosmos, histoire, trinite, creation, relation, microcosme, amour, conscience, biologie, genome, vierge marie, benoit xvi, macrocosme, pape, angelus |
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