18.08.2010

Benoît XVI cite en exemple Pie X, le Pape des réformes

foto_01.jpgDans sa catéchèse, à l’audience générale, ce mercredi, 18 août, à Castelgandolfo, Benoît XVI a évoqué un de ses prédécesseurs, Saint Pie X, élu Pape en 1903. On lui doit entre autres une réorganisation de la Curie romaine et des séminaires et la codification du droit canon.

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10.08.2010

Pédophilie : retrait d'une plainte contre le Saint-Siège

Trois personnes qui affirment avoir été victimes de prêtres pédophiles, il y a des dizaines d’années dans le Kentucky, ont décidé de retirer leur plainte déposée en 2004 contre le Saint-Siège. Le juge doit encore signer le non-lieu mais les deux parties estiment que l’affaire est close. Il s’agissait de l’une des trois affaires mettant en cause directement la responsabilité du Saint-Siège, dans ce dossier.

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01.04.2010

Plusieurs voix s’élèvent dans l’Église pour prendre la défense du Pape dans les affaires d’abus sexuels sur mineurs

En ces jours difficiles, tous les membres de l’Église devraient prier pour le Pape, authentique serviteur de Dieu. C’est l’appel lancé par un cardinal de la Curie romaine, alors que l’avalanche d’attaques contre Benoît XVI dans les affaires de pédophilie ne s’apaise pas.

 

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Au cours d’une messe, le cardinal Canizares (photo), préfet de la congrégation pour le culte divin a demandé aux catholiques de rester aux côtés du Pape avec courage, à faire preuve de confiance et d’espérance.


Ces jours-ci, plusieurs personnalités et hauts prélats ont pris ouvertement la défense de Benoît XVI, victime de calomnies, selon l’expression du cardinal Cottier, et d’attaques menées avec perfidie. Le Primat de Pologne dénonce par ailleurs une attaque médiatique sans précédent contre la personne et la dignité du Pape.


En particulier, les allégations sans fondement du New York Times ont suscité l’indignation du frère Brundage. De l’Alaska, où il est actuellement basé, il a publié ces jours-ci un article virulent après les attaques du New York Times contre Benoît XVI, concernant l’affaire Murphy, ce prêtre coupable d’avoir abusé de près de deux cents enfants sourds dans un centre pour malentendants du Wisconsin. L’occasion de quelques utiles mises au points puisque dans le cas Murphy, le frère Brundage a joué un rôle de premier plan, jugeant pour l’Église, les crimes de ce prêtre américain. Les explications d’Armance Bourgeois: >>


Par ailleurs l’archevêque de Milwaukee, Mgr Jerome E. Listecki, confirme, sur le site de son diocèse, que dans le cas de Lawrence Murphy, les erreurs n’ont pas été commises à Rome, mais bien sur place, aux États-Unis. Sur le banc des accusés, l’ancien archevêque de Milwaukee, Mgr Weakland, un moine bénédictin contraint de présenter sa démission pour des affaires de mœurs. Pour certains observateurs, cet ancien archevêque, qui milite aujourd’hui pour les droits des homosexuels, serait dans cette affaire à l’origine des attaques contre Benoît XVI.

 

(Radio Vatican)

20.03.2010

"Vous devez répondre de cela devant Dieu, ainsi que devant les tribunaux"

La lettre pastorale adressée par le pape aux catholiques d'Irlande à propos des abus sexuels commis sur des mineurs par des prêtres


par Benoît XVI




1. CHERS FRERES ET SŒURS DE L’EGLISE EN IRLANDE,
c’est avec une profonde préoccupation que je vous écris en tant que Pasteur de l’Eglise universelle. Comme vous, j’ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l’abus d’enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l’Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d’entre vous ont ressenti en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l’Eglise en Irlande les ont affrontés.

Comme vous le savez, j’ai récemment invité les évêques irlandais à une rencontre ici, à Rome, pour rendre compte de la façon dont ils ont affronté ces questions par le passé et indiquer les mesures qu’ils ont prises pour répondre à cette grave situation. Avec certains prélats de la Curie romaine, j’ai écouté ce qu’ils avaient à dire, tant individuellement qu’en groupe, tandis qu’ils présentaient une analyse des erreurs commises et des leçons apprises, et une description des programmes et des protocoles aujourd’hui mis en place. Nos réflexions ont été franches et constructives. Je nourris l’espoir que, par conséquent, les évêques se trouvent à présent dans une position plus forte pour accomplir le devoir de réparer les injustices du passé et pour affronter les thèmes plus vastes liés à l’abus des mineurs selon des modalités conformes aux exigences de la justice et aux enseignements de l’Evangile.


2. Pour ma part, compte tenu de la gravité de ces fautes, et de la réponse souvent inadéquate qui leur a été réservée de la part des autorités ecclésiastiques dans votre pays, j’ai décidé d’écrire cette Lettre pastorale pour vous exprimer ma proximité et vous proposer un chemin de guérison, de renouveau et de réparation.


En réalité, comme de nombreuses personnes dans votre pays l’ont observé, le problème de l’abus des mineurs n’est pas propre à l’Irlande, ni à l’Eglise. Toutefois, le devoir qui se présente désormais à vous est celui d’affronter le problème des abus qui ont lieu au sein de la communauté catholique irlandaise et de le faire avec courage et détermination. Personne ne peut imaginer que cette situation douloureuse sera résolue dans de brefs délais. Des progrès positifs ont été accomplis, mais il reste encore beaucoup à faire. La persévérance et la prière sont nécessaires, ainsi qu’une grande confiance dans la force de guérison de la grâce de Dieu.

Dans le même temps, je dois également exprimer ma conviction que, pour se reprendre de cette blessure douloureuse, l’Eglise qui est en Irlande doit en premier lieu reconnaître devant le Seigneur et devant les autres, les graves péchés commis contre des enfants sans défense. Une telle reconnaissance, accompagnée par une douleur sincère pour les préjudices portés à ces victimes et à leurs familles, doit conduire à un effort concerté afin d’assurer la protection des enfants contre de tels crimes à l’avenir.

Tandis que vous affrontez les défis de ce moment, je vous demande de vous rappeler du «rocher d’où l’on vous a taillés» (Is 51, 1). Réfléchissez aux contributions généreuses, souvent héroïques, offertes à l’Eglise et à l’humanité tout entière par les générations passées d’hommes et de femmes irlandais, et faites en sorte que cela constitue un élan pour un examen de conscience honnête et un programme de renouveau ecclésial et personnel convaincu. Je forme la prière que, assistée par l’intercession de ses nombreux saints et purifiée par la pénitence, l’Eglise en Irlande surmontera la crise présente et redeviendra un témoin convaincu de la vérité et de la bonté de Dieu tout-puissant, manifestées dans son Fils Jésus Christ.
 

3. Tout au long de l’histoire, les catholiques d’Irlande se sont révélés une immense force de bien tant dans leur patrie qu’à l’étranger. Des moines celtes comme saint Colomban, diffusèrent l’Evangile en Europe occidentale en jetant les fondements de la culture monastique médiévale. Les idéaux de sainteté, de charité et de sagesse transcendante découlant de la foi chrétienne, ont trouvé une expression dans la construction d’églises et de monastères et dans l’institution d’écoles, de bibliothèques et d’hôpitaux qui contribuèrent à renforcer l’identité spirituelle de l’Europe. Ces missionnaires irlandais ont tiré leur force et leur inspiration de la foi ferme, de la direction solide et des comportements moraux justes de l’Eglise dans leur terre natale.

A partir du XVIe siècle, les catholiques d’Irlande ont subi une longue période de persécution, au cours de laquelle ils ont lutté pour maintenir vivante la flamme de la foi dans des circonstances dangereuses et difficiles. Saint Oliver Plunkett, l’archevêque martyr d’Armagh, est l’exemple le plus célèbre d’une multitude de fils et de filles courageux d’Irlande, prêts à donner leur vie pour la fidélité à l’Evangile. Après l’Emancipation catholique, l’Eglise fut libre de croitre à nouveau. Des familles et d’innombrables personnes qui avaient préservé leur foi au cours de la période de l’épreuve, devinrent le moteur d’une grande renaissance du catholicisme irlandais au XIXe siècle. L’Eglise offrit l’éducation, en particulier aux pauvres, et cela devait apporter une contribution importante à la société irlandaise. Parmi les fruits des nouvelles écoles catholiques, figura une croissance des vocations: des générations de prêtres, de religieuses et de frères missionnaires quittèrent leur patrie pour servir sur chaque continent, en particulier dans le monde anglophone. Ils furent admirables non seulement en raison de leur grand nombre, mais également en raison de la force de leur foi et de la solidité de leur engagement pastoral. De nombreux diocèses, en particulier en Afrique, en Amérique et en Australie, ont bénéficié de la présence de clergé et de religieux irlandais qui prêchèrent l’Evangile et fondèrent des paroisses, des écoles et des universités, des cliniques et des hôpitaux, qui servirent tant les catholiques, que la société en général, avec une attention particulière pour les besoins des pauvres.

Dans presque toutes les familles d’Irlande, il y a eu quelqu’un — un fils ou une fille, une tante ou un oncle — qui a donné sa vie à l’Eglise. Les familles irlandaises nourrissent à juste titre une grande estime et une grande affection pour leurs proches qui ont consacré leur vie au Christ, en partageant le don de la foi avec d’autres et en mettant en pratique cette foi dans le service généreux de Dieu et du prochain.
 

4. Au cours des dernières décennies, toutefois, l’Eglise dans votre pays a dû affronter de nouveaux et graves défis à la foi, découlant de la transformation et de la sécularisation rapides de la société irlandaise. Un changement social très rapide a eu lieu, qui a souvent eu des effets contraires à l’adhésion traditionnelle des personnes à l’égard de l’enseignement et des valeurs catholiques. Très souvent, les pratiques sacramentelles et de dévotion qui soutiennent la foi et lui permettent de croître, comme par exemple la confession fréquente, la prière quotidienne et les retraites annuelles, ont été négligées. Au cours de cette période, apparut également la tendance déterminante, également de la part de prêtres et de religieux, d’adopter des façons de penser et de considérer les réalités séculières sans référence suffisante à l’Evangile. Le programme de renouveau proposé par le Concile Vatican ii fut parfois mal interprété et en vérité, à la lumière des profonds changements sociaux qui avaient lieu, il était très difficile de comprendre comment les appliquer de la meilleure façon possible. En particulier, il y eut une tendance, dictée par de justes intentions, mais erronée, visant à éviter les approches pénales à l’égard de situations canoniques irrégulières. C’est dans ce contexte général que nous devons chercher à comprendre le problème déconcertant de l’abus sexuel des enfants, qui a contribué de façon très importante à l’affaiblissement de la foi et à la perte de respect pour l’Eglise et pour ses enseignements.

Ce n’est qu’en examinant avec attention les nombreux éléments qui ont donné naissance à la crise actuelle qu’il est possible d’entreprendre un diagnostic clair de ses causes et de trouver des remèdes efficaces. Il est certain que parmi les facteurs qui y ont contribué, nous pouvons citer: des procédures inadéquates pour déterminer l’aptitude des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse; une formation humaine, morale, intellectuelle et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats; une tendance dans la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation déplacée pour la réputation de l’Eglise et pour éviter les scandales, qui a eu pour résultat de ne pas appliquer les peines canoniques en vigueur et de ne pas protéger la dignité de chaque personne. Il faut agir avec urgence pour affronter ces facteurs, qui ont eu des conséquences si tragiques pour les vies des victimes et de leurs familles et qui ont assombri la lumière de l’Evangile à un degré tel que pas même des siècles de persécution ne sont parvenus à atteindre.


5. En plusieurs occasions depuis mon élection au Siège de Pierre, j’ai rencontré des victimes d’abus sexuels, de même que je suis disposé à le faire à l’avenir. Je me suis arrêté pour parler avec eux, j’ai écouté leurs récits, j’ai pris acte de leur souffrance, j’ai prié avec eux et pour eux. Auparavant, au cours de mon pontificat, soucieux d’affronter ce thème, j’avais demandé aux évêques d’Irlande, à l’occasion de leur visite ad limina de 2006, d’«établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise à l’avenir, d’assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes monstrueux» (Discours aux évêques d’Irlande, 28 octobre 2006).

Avec cette Lettre, mon intention est de vous exhorter tous, en tant que peuple de Dieu qui est en Irlande, à réfléchir sur les blessures infligées au Corps du Christ, sur les remèdes, parfois douloureux, nécessaires pour les panser et les guérir, et sur le besoin d’unité, de charité et d’aide réciproque dans le long processus de reprise et de renouveau ecclésial. Je m’adresse à présent à vous avec des paroles qui me viennent du cœur, et je désire parler à chacun de vous individuellement et à vous tous en tant que frères et sœurs dans le Seigneur.

 
6. Aux victimes d’abus et à leurs familles

Vous avez terriblement souffert et j’en suis vraiment désolé. Je sais que rien ne peut effacer le mal que vous avez supporté. Votre confiance a été trahie, et votre dignité a été violée. Beaucoup d’entre vous, alors que vous étiez suffisamment courageux pour parler de ce qui vous était arrivé, ont fait l’expérience que personne ne vous écoutait. Ceux d’entre vous qui ont subi des abus dans les collèges doivent avoir ressenti qu’il n’y avait pas moyen d’échapper à leur souffrance. Il est compréhensible que vous trouviez difficile de pardonner ou de vous réconcilier avec l’Eglise. En son nom, je vous exprime ouvertement la honte et le remord que nous éprouvons tous. Dans le même temps, je vous demande de ne pas perdre l’espérance. C’est dans la communion de l’Eglise que nous rencontrons la personne de Jésus Christ, lui-même victime de l’injustice et du péché. Comme vous, il porte encore les blessures de sa souffrance injuste. Il comprend la profondeur de votre peine et la persistance de son effet dans vos vies et dans vos relations avec les autres, y compris vos relations avec l’Eglise. Je sais que certains d’entre vous trouvent également difficile d’entrer dans une église après ce qui s’est passé. Toutefois, les blessures mêmes du Christ, transformées par ses souffrances rédemptrices, sont les instruments grâce auxquels le pouvoir du mal s’est brisé et nous renaissons à la vie et à l’espérance. Je crois fermement dans le pouvoir de guérison de son amour sacrificiel — également dans les situations les plus sombres et sans espérance — qui apporte la libération et la promesse d’un nouveau début.

En m’adressant à vous comme pasteur, préoccupé par le bien de tous les fils de Dieu, je vous demande avec humilité de réfléchir sur ce que je vous ai dit. Je prie afin que, en vous approchant du Christ et en participant à la vie de son Eglise — une Eglise purifiée par la pénitence et renouvelée dans la charité pastorale — vous puissiez parvenir à redécouvrir l’amour infini du Christ pour chacun de vous. Je suis confiant dans le fait que, de cette manière, vous serez capables de trouver la réconciliation, une guérison intérieure profonde et la paix.
 

7. Aux prêtres et aux religieux qui ont abusé des enfants

Vous avez trahi la confiance placée en vous par de jeunes innocents et par leurs parents. Vous devez répondre de cela devant Dieu tout-puissant, ainsi que devant les tribunaux constitués à cet effet. Vous avez perdu l’estime des personnes en Irlande et jeté la honte et le déshonneur sur vos confrères. Ceux d’entre vous qui sont prêtres ont violé la sainteté du sacrement de l’Ordre sacré, dans lequel le Christ se rend présent en nous et dans nos actions. En même temps que le dommage immense causé aux victimes, un grand dommage a été perpétré contre l’Eglise et la perception publique du sacerdoce et de la vie religieuse.

Je vous exhorte à examiner votre conscience, à assumer la responsabilité des péchés que vous avez commis et à exprimer avec humilité votre regret. Le repentir sincère ouvre la porte au pardon de Dieu et à la grâce du véritable rachat. En offrant des prières et des pénitences pour ceux que vous avez offensés, vous devez chercher à faire personnellement amende pour vos actions. Le sacrifice rédempteur du Christ a le pouvoir de pardonner même le plus grave des péchés et de tirer le bien également du plus terrible des maux. Dans le même temps, la justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu.

 
8. Aux parents

Vous avez été profondément bouleversés en apprenant les choses terribles qui eurent lieu dans ce qui aurait dû être le milieu le plus sûr de tous. Dans le monde d’aujourd’hui, il n’est pas facile de construire un foyer domestique et d’éduquer les enfants. Ils méritent de grandir dans un milieu protégé, aimés et désirés, avec un profond sens de leur identité et de leur valeur. Ils ont le droit d’être éduqués aux valeurs morales authentiques, enracinés dans la dignité de la personne humaine, à être inspirés par la vérité de notre foi catholique et à apprendre des manières de se comporter et d’agir qui les conduisent à une saine estime de soi et au bonheur durable. C’est à vous, leurs parents, qu’est confié en premier lieu ce devoir noble et exigeant. Je vous exhorte à accomplir votre part pour assurer le meilleur soin possible des enfants, que ce soit à la maison ou dans la société en général, alors que l’Eglise, pour sa part, continue à mettre en œuvre les mesures adoptées ces dernières années pour protéger les jeunes dans les milieux paroissiaux et éducatifs. Alors que vous exercez vos importantes responsabilités, soyez certains que je suis proche de vous et que je vous assure du soutien de ma prière.
 

9. Aux enfants et aux jeunes d’Irlande

Je désire vous offrir une parole particulière d’encouragement. Votre expérience d’Eglise est très différente de celle de vos parents et de vos grands-parents. Le monde a beaucoup changé depuis qu’ils avaient votre âge. Malgré cela, tous, à chaque génération, sont appelés à parcourir le même chemin de vie; quelles que puissent être les circonstances. Nous sommes tous scandalisés par les péchés et les échecs de certains membres de l’Eglise, en particulier de ceux qui furent choisis de manière particulière pour guider et servir les jeunes. Mais c’est dans l’Eglise que vous trouverez Jésus Christ qui est le même hier, aujourd’hui et à jamais (cf. He 13, 8). Il vous aime et c’est pour cela qu’il s’est offert lui-même sur la Croix. Recherchez une relation personnelle avec lui dans la communion de son Eglise, car il ne trahira jamais votre confiance! Lui seul peut satisfaire vos attentes les plus profondes et donner à vos vies leur signification la plus pleine, en les orientant au service des autres. Gardez les yeux fixés sur Jésus et sur sa bonté et protégez dans votre cœur la flamme de la foi. Avec vos frères catholiques en Irlande, je me tourne vers vous pour que vous soyez de fidèles disciples de notre Dieu et que vous contribuiez, avec votre enthousiasme et votre idéalisme si nécessaires, à la reconstruction et au renouveau de notre Eglise bien-aimée.


10. Aux prêtres et aux religieux d’Irlande


Nous souffrons tous à la suite des péchés de nos confrères qui ont trahi une consigne sacrée ou qui n’ont pas affronté de la manière juste et responsable les accusations d’abus. Face à l’outrage et à l’indignation que cela a provoqué, non seulement parmi les laïcs mais également parmi vous et vos communautés religieuses, un grand nombre d’entre vous se sentent personnellement découragés et même abandonnés. En outre, je suis conscient qu’aux yeux de certains vous apparaissez coupables par association, et que vous êtes vus comme si vous étiez en quelque sorte responsables des méfaits d’autres personnes. En ce temps de souffrance, je veux rendre acte du dévouement de votre vie de prêtres et de religieux et de vos apostolats, et je vous invite à réaffirmer votre foi en Christ, votre amour envers son Eglise et votre confiance dans la promesse de rédemption, de pardon et de renouveau intérieur de l’Evangile. De cette manière, vous démontrerez à tous que, là où le péché abonde, la grâce surabonde (cf. Rm 5, 20).

Je sais qu’un grand nombre d’entre vous sont déçus, déconcertés et fâchés pour la manière dont ces questions ont été affrontées par certains de vos supérieurs. Malgré cela, il est essentiel que vous collaboriez de près avec ceux qui représentent l’autorité et que vous vous prodiguiez pour faire en sorte que les mesures adoptées pour répondre à la crise soient vraiment évangéliques, justes et efficaces. Je vous exhorte en particulier à devenir de manière toujours plus claire des hommes et des femmes de prière, en suivant avec courage la voie de la conversion, de la purification et de la réconciliation. De cette manière, l’Eglise en Irlande tirera une nouvelle vie et vitalité de votre témoignage au pouvoir rédempteur du Seigneur rendu visible dans votre vie.

 
11. A mes frères évêques

On ne peut pas nier que certains d’entre vous et de vos prédécesseurs ont manqué, parfois gravement, dans l’application des normes du droit canonique codifiées depuis longtemps en ce qui concerne les crimes d’abus sur les enfants. De graves erreurs furent commises en traitant les accusations. Je comprends combien il était difficile de saisir l’étendue et la complexité du problème, d’obtenir des informations fiables et de prendre des décisions justes à la lumière de conseils divergents d’experts. Malgré cela, il faut admettre que de graves erreurs de jugement furent commises et que des manquements dans le gouvernement ont eu lieu. Tout cela a sérieusement miné votre crédibilité et efficacité. J’apprécie les efforts que vous avez accomplis pour porter remède aux erreurs du passé et pour assurer qu’elles ne se répètent pas. Outre à mettre pleinement en œuvre les normes du droit canonique en affrontant les cas d’abus sur les enfants, continuez à coopérer avec les autorités civiles dans le domaine de leur compétence. Les supérieurs religieux doivent clairement en faire tout autant. Ils ont, eux aussi, participé aux rencontre récentes, ici à Rome, pour établir une approche claire et cohérente de ces questions. Il est nécessaire que les normes de l’Eglise en Irlande pour la protection des enfants soient constamment revues et mises à jour et qu’elles soient appliquées de manière totale et impartiale, conformément au droit canonique.

Seule une action ferme menée de l’avant de manière pleinement honnête et transparente pourra rétablir le respect et l’affection des Irlandais envers l’Eglise, à laquelle nous avons consacré notre vie. Cela doit naître, avant tout, de l’examen de vos propres personnes, de la purification intérieure et du renouveau spirituel. La population irlandaise attend à juste titre que vous soyez des homme de Dieu, que vous soyez saints, que vous viviez avec simplicité, que vous recherchiez chaque jour la conversion personnelle. Pour elle, selon l’expression de saint Augustin, vous êtes des évêques, et pourtant avec eux vous êtes appelés à être des disciples du Christ (cf. Discours 340, 1). Je vous exhorte donc à renouveler votre sens des responsabilités devant Dieu, à croître dans la solidarité avec votre peuple et à approfondir votre sollicitude pastorale pour tous les membres de votre troupeau. Soyez en particulier sensibles à la vie spirituelle et morale de chacun de vos prêtres. Soyez un exemple à travers vos vies elles-mêmes, soyez proches d’eux, écoutez leurs préoccupations, offrez-leur votre encouragement en ce moment de difficulté et nourrissez la flamme de leur amour pour le Christ et leur engagement dans le service à leurs frères et sœurs.

Les laïcs doivent eux aussi être encouragés à jouer leur rôle dans la vie de l’Eglise. Faites en sorte qu’ils soient formés de telle manière qu’ils puissent rendre raison, de manière articulée et convaincante, de l’Evangile dans la société moderne (cf. 1 P 3, 15), et qu’ils coopèrent plus pleinement à la vie et à la mission de l’Eglise. Cela vous aidera également à recommencer à être des guides et des témoins crédibles de la vérité rédemptrice du Christ.


12. A tous les fidèles d’Irlande


L’expérience qu’un jeune fait de l’Eglise devrait toujours porter du fruit dans une rencontre personnelle et vivifiante avec Jésus Christ dans une communauté qui aime et qui offre une nourriture. Dans ce domaine, les jeunes doivent être encouragés à croître jusqu’à leur pleine stature humaine et spirituelle, à aspirer aux idéaux élevés de sainteté, de charité et de vérité et à tirer inspiration des richesses d’une grande tradition religieuse et culturelle. Dans notre société toujours plus sécularisée, dans laquelle nous aussi chrétiens nous trouvons difficile de parler de la dimension transcendante de notre existence, nous avons besoin de trouver de nouveaux chemins pour transmettre aux jeunes la beauté et la richesse de l’amitié avec Jésus Christ dans la communion de son Eglise. En affrontant la crise présente, les mesures pour faire face de manière juste aux crimes individuels sont essentielles, toutefois elles ne sont pas suffisantes à elles seules: il y a besoin d’une nouvelle vision pour inspirer la génération présente et les générations futures à tirer profit du don de notre foi commune. En marchant sur la voie indiquée par l’Evangile, en observant les commandements et en conformant votre vie de manière toujours plus proche à la personne de Jésus Christ, vous ferez l’expérience du renouveau profond dont il y a aujourd’hui un besoin si urgent. Je vous invite tous à persévérer le long de ce chemin.


13. Chers frères et sœurs dans le Christ, c’est avec une profonde préoccupation envers vous tous en ce temps de douleur, dans lequel la fragilité de la condition humaine a été aussi clairement révélée, que j’ai souhaité vous offrir ces paroles d’encouragement et de soutien. J’espère que vous les accueillerez comme une signe de ma proximité spirituelle et de ma confiance dans votre capacité à répondre aux défis du temps présent en tirant une inspiration renouvelée et une force des nobles traditions de l’Irlande de fidélité à l’Evangile, de persévérance dans la foi et de fermeté dans le recherche de la sainteté. Avec vous tous, je prie avec insistance qu’avec la grâce de Dieu, les blessures qui ont frappé un grand nombre de personnes et de familles puissent être guéries et que l’Eglise qui est en Irlande puisse faire l’expérience d’une saison de renaissance et de renouveau spirituel.
 

14. Je souhaite vous proposer des initiatives concrètes pour affronter la situation.

Au terme de ma rencontre avec les évêques d’Irlande, j’ai demandé que le carême de cette année soit considéré comme un temps de prière pour une effusion de la miséricorde de Dieu et des dons de sainteté et de force de l’Esprit Saint sur l’Eglise dans votre pays. Je vous invite tous à présent à consacrer vos pénitences du vendredi, pour une année entière, d’aujourd’hui jusqu’à la Pâque 2011, à cette fin. Je vous demande d’offrir votre jeûne, votre prière, votre lecture de la Sainte Ecriture et vos œuvres de miséricorde pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l’Eglise qui est en Irlande. Je vous encourage à redécouvrir le sacrement de la Réconciliation et à recourir plus fréquemment à la force transformatrice de sa grâce.

Une attention particulière devra aussi être réservée à l’adoration eucharistique, et dans chaque diocèse, il devra y avoir des églises ou des chapelles spécifiquement réservées à cette fin. Je demande que les paroisses, les séminaires, les maisons religieuses et les monastères organisent des temps d’adoration eucharistique, de manière à ce que tous aient la possibilité d’y prendre part. A travers la prière fervente face à la présence réelle du Seigneur, vous pouvez accomplir la réparation pour les péchés d’abus qui ont fait tant de mal, et dans le même temps implorer la grâce d’une force renouvelée et d’un sens plus profond de la mission de la part de tous les évêques, les prêtres, les religieux et les fidèles.

Je suis confiant dans le fait que ce programme conduira à une renaissance de l’Eglise en Irlande, dans la plénitude de la vérité même de Dieu, car c’est la vérité qui nous rend libres (cf. Jn 8, 32).

En outre, après avoir pris conseil et avoir prié sur la question, j’ai l’intention d’effectuer une Visite apostolique dans plusieurs diocèses d’Irlande, ainsi que dans des séminaires et des congrégations religieuses. La Visite se propose d’aider l’Eglise locale dans son chemin de renouveau et sera établie en coopération avec les bureaux compétents de la Curie romaine et la conférence épiscopale irlandaise. Les détails seront communiqué en temps utile.

Je propose en outre que soit organisée une Mission au niveau national pour tous les évêques, les prêtres et les religieux. Je nourris l’espérance que, en puisant à la compétence d’experts prédicateurs et organisateurs de retraites, venus d’Irlande ou d’ailleurs, et en réexaminant les documents conciliaires, les rites liturgiques de l’ordination et de la profession et les récents enseignements pontificaux, vous parveniez à une analyse plus profonde de vos vocations respectives, de manière à redécouvrir les racines de votre foi en Jésus Christ et à boire abondamment aux sources de l’eau vive qu’il vous offre à travers son Eglise.

En cette Année consacrée aux prêtres, je vous confie de manière toute particulière la figure de saint Jean Marie Vianney, qui eut une compréhension si riche du mystère du sacerdoce. «Le prêtre, écrivit-il, a la clé des trésors du ciel: c’est lui qui ouvre la porte, c’est lui le dispensateur du bon Dieu, l’administrateur de ses biens». Le curé d’Ars comprit parfaitement combien est grandement bénie une communauté lorsqu’elle est servie par un prêtre bon et saint: «Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, est le trésor le plus grand que le bon Dieu peut donner à une paroisse et l’un des dons les plus précieux de la divine miséricorde». Par l’intercession de saint Jean Marie Vianney, puisse le sacerdoce en Irlande reprendre vie et puisse toute l’Eglise en Irlande croître dans l’estime du grand don du ministère sacerdotal.

Je saisis cette opportunité pour remercier dès à présent tous ceux qui seront impliqués dans l’organisation de la Visite apostolique et la Mission, ainsi que les nombreux hommes et femmes qui, dans toute l’Irlande, œuvrent déjà pour la protection des enfants dans les milieux ecclésiaux. Dès le moment où la gravité et l’extension du problème des abus sexuels contre les enfants dans des institutions catholiques commença à être pleinement compris, l’Eglise a accomplie un énorme travail dans de nombreuses régions du monde, afin de l’affronter et d’y trouver remède. Tandis qu’il ne faut épargner aucun effort pour améliorer et mettre à jour les procédures déjà existantes, je suis encouragé par le fait que les pratiques de protection en vigueur, adoptées par les Eglises locales, sont considérées, dans certaines parties du monde, comme un modèle à suivre pour les autres institutions.

Je souhaite conclure cette Lettre avec une Prière pour l’Eglise en Irlande, que je vous envoie avec l’attention qu’un père a pour ses enfants et avec l’affection d’un chrétien comme vous, scandalisé et blessé par ce qui est arrivé dans notre bien-aimée Eglise. Lorsque vous aurez recours à cette prière dans vos familles, vos paroisses et vos communautés, puisse la Bienheureuse Vierge Marie vous protéger et vous guider sur le chemin qui conduit à une union plus étroite avec son Fils, crucifié et ressuscité. Avec une grande affection et une ferme confiance dans les promesses de Dieu, je vous donne à tous de tout cœur ma Bénédiction apostolique en gage de force et de paix dans le Seigneur.
 
Du Vatican, le 19 mars 2010, solennité de saint Joseph
 
BENEDICTUS PP. XVI
 

Prière pour l’Eglise en Irlande

Dieu de nos pères,
renouvelle-nous dans la foi qui est pour nous vie et salut,
dans l’espérance qui promet pardon et renouveau intérieur,
dans la charité qui purifie et ouvre nos cœurs
à t’aimer, et à travers toi, tous nos frères et sœurs.
 
Seigneur Jésus Christ,
puisse l’Eglise en Irlande renouveler son engagement millénaire
à la formation de nos jeunes sur le chemin de la vérité,
de la bonté, de la sainteté et du service généreux à la société.
 
Esprit Saint, consolateur, avocat et guide,
inspire un nouveau printemps de sainteté et de zèle apostolique
pour l’Eglise en Irlande.
 
Puissent notre tristesse et nos larmes,
notre effort sincère de redresser les erreurs du passé,
et notre ferme intention de repentir,
porter des fruits abondants de grâce
pour l’approfondissement de la foi
dans nos familles, nos paroisses, nos écoles et nos communautés,
pour le progrès spirituel de la société irlandaise,
et pour la croissance de la charité, de la justice, de la joie et de la paix,
dans la famille humaine tout entière.
 
A toi, Sainte Trinité,
avec une pleine confiance dans la protection pleine d’amour de Marie,
Reine de l’Irlande, Notre Mère,
et de saint Patrick, de sainte Brigitte et de tous les saints,
nous nous en remettons, ainsi que nos enfants,
et les besoins de l’Eglise en Irlande.
 
Amen.



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21.02.2010

Une semaine d'exercices spirituels pour le Pape et la Curie romaine

Le Pape et ses collaborateurs de la Curie romaine ont entamé ce dimanche soir les exercices spirituels de Carême, qui se poursuivront jusqu’à samedi matin dans la chapelle Redemptoris Mater du palais apostolique.

 

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En cette année sacerdotale les méditations sont proposées par un prêtre, spécialiste des Pères de l'Eglise: le Père Enrico dal Covolo (photo), postulateur des salésiens et professeur à la prestigieuse université pontificale salésienne.

 

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Le thème choisi est celui de la vocation sacerdotale. Agé de 59 ans, le Père dal Covolo a plus de 200 retraites à son actif. Il a annoncé que ses méditations seraient nourries de la lectio divina, centrées sur le chemin de la conversion et qu’il les illustrerait par des figures sacerdotales comme Saint Augustin, le Curé d’Ars, le Pape Jean-Paul II et aussi le curé de campagne de Bernanos.

Jusqu’à samedi matin, toutes les activités publiques du Pape sont suspendues, y compris l’audience générale du mercredi.

 

(Radio Vatican)

03.02.2010

Pie XII ne pouvait pas parler: le récit d'un témoin

L’Osservatore Romano a pris une nouvelle fois la défense de Pie XII contre ceux qui lui reprochent son silence face à la Shoah.

 

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Le journal du Vatican a publié un article écrit en 1964 par un jésuite italien, le père Paolo Dezza (photo), recteur de l’université pontificale grégorienne, mort il y a une dizaine d’années. 1964, c’est un an après la sortie de la pièce de théâtre « Le Vicaire » qui a déclenché la controverse sur l’attitude de Pie XII.

Dans cet article, le père Dezza raconte un entretien qu’il a eu avec Pie XII en 1942, alors qu’il avait été choisi pour prêcher les exercices spirituels de la Curie romaine. Écoutez Xavier Sartre : il nous lit les extraits les plus significatifs de cet article: >>

Pour le père Dezza, la question de savoir si Pie XII a bien fait de se taire ou s’il aurait mieux fait de parler reste ouverte du point de vue historique. Mais on ne peut avoir aucun doute sur ses motivations : il a véritablement cherché à faire ce qu’il y avait de mieux pour ne pas aggraver la situation.

 

(Radio Vatican)

23.12.2009

"Je pense qu'aujourd'hui aussi l'Eglise devrait ouvrir une cour des Gentils"

"Je pense qu'aujourd'hui aussi l'Eglise devrait ouvrir une cour des Gentils"

C'était la cour du temple de Jérusalem pour les non-juifs. Benoît XVI l'a prise comme symbole du dialogue avec ceux qui sont éloignés de la religion, pour garder vivante en eux la recherche de Dieu. Les passages clés de son discours de Noël à la curie romaine


par Sandro Magister




ROME, le 21 décembre 2009 – Lorsqu’il a souhaité, ce matin, un joyeux Noël à la curie romaine, Benoît XVI s’est en réalité adressé à toute l’Eglise et au monde. Comme les années précédentes, il a voulu mettre en évidence dans son discours de vœux – entièrement de sa main – à la curie les lignes directrices de son pontificat.

En 2005, le thème du discours avait été l'interprétation et la mise en œuvre du concile Vatican II, ainsi que le rapport entre continuité et renouvellement, dans l’Eglise :

> "Réveille-toi, homme..."

En 2006 le pape avait mis au centre de son discours la question de Dieu. De plus, s’appuyant sur son voyage à Istanbul, il avait exprimé de la manière la plus claire sa vision des relations avec l'islam et proposé au monde musulman le parcours déjà accompli par le christianisme en réponse au défi des Lumières :

> Bilan de quatre voyages et d’un an de pontificat

En 2007 Benoît XVI avait traité de l'urgence pour l’Eglise de se mettre en état de mission vers tous les peuples de la terre :

> Surprise: le pape amène la curie au Brésil

En 2008 il avait attiré l'attention sur la plus "oubliée" des personnes de la trinité divine, l’Esprit-Saint "créateur", dont l’empreinte se trouve dans la structure ordonnée du cosmos et de l'homme, qu’il faut admirer et respecter :

> "Veni Creator Spiritus". Pour une écologie de l'homme


Cette année Benoît XVI s’est de nouveau appuyé sur ses derniers voyages, en particulier ceux qu’il a faits en Afrique, en Terre Sainte et en République Tchèque, pour en tirer des leçons originales et parfois surprenantes.

Le pape a dit qu’il avait assisté à une vraie "fête de la foi" au Cameroun et en Angola. Et il a proposé comme exemple à l’Eglise tout entière la joie populaire ainsi que la forte sacralité orientée vers Dieu qu’il a vues magnifiquement exprimées là-bas dans les célébrations liturgiques.

Encore à propos de l'Afrique – à laquelle un synode a été consacré en octobre – le pape a insisté sur la spécificité de l'action de l’Eglise au service de la politique. Il a indiqué que cette spécificité résidait dans la "réconciliation" qui naît de Dieu et se réalise aussi chez les hommes dans le sacrement qui porte ce nom, sacrement tombé en désuétude mais qu’il voudrait faire revivre justement comme "sacrement de l’humanité en tant que telle".

En ce qui concerne son voyage en Terre Sainte, Benoît XVI a insisté sur sa visite à Yad Vashem, symbole du plus profond abîme où soit tombé l’homme et de son plus grand éloignement de Dieu, où cependant le Christ est descendu porter la lumière et la vie, de manière non pas mythique mais réelle.

Enfin, s’appuyant sur son voyage en République Tchèque, pays comportant une majorité d’agnostiques et d’athées, Joseph Ratzinger a lancé une nouvelle évangélisation destinée précisément à ceux qui sont loin de Dieu. Le pape a proposé à l’Eglise d’ouvrir pour eux, comme dans l'ancien temple de Jérusalem, "une sorte de cour des Gentils", où pourraient rester vivantes la recherche et la soif de Dieu.

On trouvera ci-dessous quatre passages clés du discours de vœux adressé par Benoît XVI à la curie romaine le matin du lundi 21 décembre 2009 :



1. AU CAMEROUN ET EN ANGOLA. LA FÊTE DE LA FOI



J’ai été ému par la grande cordialité avec laquelle a été accueilli le successeur de Pierre, le "Vicarius Christi". La joie chaleureuse et l’affection cordiale qui m’ont été manifestées tout au long de mon chemin n’étaient pas simplement destinées à un quelconque hôte fortuit. Rencontrer le pape rendait concrète l’Eglise universelle, la communauté qui englobe le monde et qui est réunie par Dieu à travers le Christ. [...] C’est bien Lui qui est parmi nous, nous l’avons perçu à travers le ministère du successeur de Pierre. Nous étions ainsi élevés au-dessus du simple quotidien. Le ciel était ouvert, c’est ce qui fait d’un jour une fête. Et c’est en même temps quelque chose de durable. Il reste vrai, même dans la vie quotidienne, que le ciel n’est plus fermé ; que Dieu est proche ; que, dans le Christ nous nous appartenons tous les uns aux autres.

Le souvenir des célébrations liturgiques s’est gravé dans ma mémoire de façon particulièrement profonde. Les célébrations de la sainte eucharistie étaient de vraies fêtes de la foi. Je voudrais mentionner deux éléments qui me semblent particulièrement importants. Il y avait tout d’abord une grande joie partagée, qui s’exprimait aussi par le corps, mais de façon disciplinée et orientée par la présence du Dieu vivant. Cela indique déjà le second élément : le sens de la sacralité, du mystère présent du Dieu vivant imprégnait, pour ainsi dire, chaque geste. Le Seigneur est présent, le Créateur, Celui à qui tout appartient, de qui nous provenons et vers qui nous allons. J’ai spontanément repensé aux paroles de saint Cyprien dans son commentaire du Notre Père : "Rappelons-nous que nous sommes sous le regard que Dieu porte sur nous. Nous devons plaire aux yeux de Dieu, à la fois par l’attitude de notre corps et par l’usage de notre voix" ("De dominica oratione" 4 CSEL III 1 p. 269). Oui, il y avait cette conscience d’être en présence de Dieu. Il n’en résulte ni peur ni inhibition, pas même une obéissance extérieure aux rubriques, et cela n’amène pas non plus à se mettre en évidence les uns par rapport aux autres ou à crier de façon indisciplinée. Il y avait plutôt ce que les Pères appelaient "sobria ebrietas" : le fait d’être pleins d’une joie qui en tout cas reste sobre et ordonnée, qui unit les gens de l’intérieur, en les conduisant à la louange communautaire de Dieu, louange qui suscite en même temps l’amour du prochain, la responsabilité réciproque.


2. SYNODE SUR L'AFRIQUE. LE SACREMENT DE LA RÉCONCILIATION



Le synode avait choisi comme thème : l’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. C’est un thème théologique et surtout pastoral d’une actualité brûlante, mais on pouvait aussi y voir un thème politique. [...] Les pères synodaux ont-ils réussi à trouver la voie plutôt étroite entre une simple théorie théologique et une action politique immédiate, la voie du "pasteur" ? [...] Des réconciliations sont nécessaires pour une bonne politique, mais elles ne peuvent pas être réalisées uniquement par elle. Ce sont des processus pré-politiques et elles doivent naître d’autres sources.

Le Synode a cherché à examiner en profondeur le concept de réconciliation en tant que devoir pour l’Eglise d’aujourd’hui, en attirant l’attention sur ses diverses dimensions. L’appel de saint Paul aux Corinthiens a aujourd’hui une nouvelle actualité. "Nous sommes en ambassade pour le Christ : c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu ! " (2 Co 5, 20). Si l’homme n’est pas réconcilié avec Dieu, il est en conflit avec la création aussi. Il n’est pas réconcilié avec lui-même, il voudrait être autre qu’il n’est et il n’est donc pas même réconcilié avec son prochain. Un autre élément de la réconciliation est la capacité à reconnaître sa faute et à demander pardon, à Dieu et à autrui. Enfin le processus de réconciliation comporte la disponibilité à la pénitence, la disponibilité à souffrir jusqu’au bout pour une faute et à se laisser transformer. En fait également partie la gratuité, dont parle souvent l’encyclique "Caritas in veritate" : cette disponibilité à aller au-delà du nécessaire, à ne pas calculer, mais à aller au-delà de ce que les simples conditions juridiques demandent. En fait partie cette générosité dont Dieu lui-même nous a donné l’exemple.

Pensons à la phrase de Jésus : "Si tu présentes ton offrande à l’autel et que là tu te rappelles que ton frère a un grief contre toi, laisse ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens présenter alors ton offrande" (Mt 5, 23s.). Dieu qui savait que nous ne sommes pas réconciliés, qui voyait que nous avons un grief contre lui, s’est levé et est venu à notre rencontre, bien qu’étant le seul à avoir raison. Il est venu à notre rencontre jusqu’à la croix, pour se réconcilier avec nous. C’est la gratuité : la disponibilité à faire le premier pas. Aller le premier à la rencontre de l’autre, lui offrir la réconciliation, accepter la souffrance éprouvée quand on renonce à avoir raison. Ne pas fléchir dans la volonté de réconciliation : Dieu nous en a donné l’exemple, et c’est la façon de devenir semblables à lui, une attitude dont nous avons un besoin sans cesse renouvelé dans le monde.

Aujourd’hui nous devons acquérir de nouveau la capacité à reconnaître notre faute, nous devons nous débarrasser de l’illusion que nous sommes innocents. Nous devons acquérir la capacité à faire pénitence, à nous laisser transformer, à aller vers l’autre et à nous faire donner par Dieu le courage et la force d’un tel renouvellement. Dans notre monde actuel nous devons redécouvrir le sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Le fait que celui-ci ait en grande partie disparu des habitudes de vie des chrétiens est le symptôme d’une perte de véracité vis-à-vis de nous-mêmes et de Dieu ; une perte qui met en danger notre humanité et diminue notre capacité de paix. Saint Bonaventure estimait que le sacrement de pénitence était un sacrement de l’humanité en tant que tel, un sacrement que Dieu avait institué dans son essence tout de suite après le péché originel avec la pénitence imposée à Adam, même s’il n’a pu trouver sa forme complète que dans le Christ, qui est personnellement la force réconciliatrice de Dieu et a pris sur lui notre pénitence.


3. TERRE SAINTE. LA DESCENTE DE DIEU DANS L'ABÎME


La visite à Yad Vashem a été une rencontre bouleversante avec la cruauté de la faute humaine, avec la haine d’une idéologie aveugle qui, sans aucune justification, a livré à la mort des millions d’êtres humains et par là, en dernière analyse, a aussi voulu chasser Dieu du monde, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus-Christ. C’est donc en premier lieu un monument commémoratif contre la haine, un appel affligé à la purification, au pardon, à l’amour.

C’est ce monument de la faute humaine qui a ensuite rendu bien plus importante la visite aux lieux de mémoire de la foi et fait percevoir leur actualité intacte. En Jordanie nous avons vu l’endroit le plus bas de la terre, près du Jourdain. Comment pourrait-on ne pas se sentir renvoyés à l’expression de la lettre aux Ephésiens, selon laquelle le Christ est "descendu dans les régions inférieures de la terre" (Ep 4, 9). Dans le Christ, Dieu est descendu jusqu’au fin fond de l’être humain, jusqu’à la nuit de la haine et de l’aveuglement, jusqu’à l’obscurité de l’éloignement de l’homme vis-à-vis de Dieu, pour y allumer la lumière de son amour. Il est présent même dans la nuit la plus profonde : "même aux enfers, te voici" ; cette phrase du psaume 139 [138], 8 est devenue une réalité avec la descente de Jésus.

Se rendre sur les lieux du salut, dans l’église de l’annonciation à Nazareth, dans la grotte de la nativité à Bethléem, au lieu de la crucifixion sur le Calvaire, devant le sépulcre vide, témoignage de la résurrection, a donc été comme toucher l’histoire de Dieu avec nous. La foi n’est pas un mythe. C’est une histoire vraie, dont nous pouvons toucher du doigt les traces. Ce réalisme de la foi nous fait particulièrement du bien dans les difficultés actuelles. Dieu s’est vraiment montré. En Jésus-Christ Il s’est vraiment fait chair. En tant que ressuscité Il reste un vrai homme, il ouvre sans cesse notre humanité à Dieu et il est toujours le garant du fait que Dieu est un Dieu proche.


4. PRAGUE. UNE "COUR" POUR CEUX QUI CHERCHENT LE DIEU INCONNU


Les gens qui se considèrent comme agnostiques ou athées doivent aussi avoir une place dans notre cœur de croyants. Peut-être ces gens ont-ils peur quand nous parlons de nouvelle évangélisation. Ils ne veulent pas se voir comme objet de mission, ni renoncer à leur liberté de pensée et de volonté. Mais la question de Dieu continue à exister pour eux aussi, même s’ils ne peuvent pas croire au caractère concret de son attention pour nous. A Paris, j’ai dit que la recherche de Dieu était la cause fondamentale de la naissance du monachisme occidental et, avec lui, de la culture occidentale. Comme premier pas de l’évangélisation, nous devons essayer de maintenir vivante cette recherche ; nous devons faire en sorte que l’homme ne mette pas de côté la question de Dieu comme question essentielle de sa vie. Faire en sorte qu’il accepte cette question et la nostalgie qui s’y cache.

Cela me rappelle la formule empruntée par Jésus au prophète Isaïe, c’est-à-dire que le temple devrait être une maison de prière pour tous les peuples (cf. Is 56, 7 ; Mc 11, 17). Il pensait à ce que l’on appelait la cour des Gentils, qu’il débarrassa d’affaires venues de l’extérieur afin qu’il y ait de l’espace libre pour les Gentils qui voulaient prier là le Dieu unique, même s’ils ne pouvaient pas prendre part au mystère au service duquel l’intérieur du temple était réservé. Un espace de prière pour tous les peuples : on pensait ainsi à ceux qui ne connaissent Dieu, pour ainsi dire, que de loin ; que leurs dieux, leurs rites, leurs mythes ne satisfont pas ; qui désirent le Pur et le Grand, même si Dieu reste pour eux le "Dieu inconnu" (cf. Ac 17, 23). Ils devaient pouvoir prier le Dieu inconnu et ainsi, cependant, être en relation avec le vrai Dieu, même si c’était au milieu d’obscurités de différentes sortes.

Je pense qu’aujourd’hui l’Eglise devrait aussi ouvrir une sorte de "cour des Gentils" où les hommes puissent en quelque s’accrocher à Dieu, sans le connaître et avant d’avoir trouvé l’accès à son mystère, au service duquel est la vie interne de l’Eglise. Au dialogue avec les religions doit aujourd’hui s’ajouter avant tout le dialogue avec ceux à qui la religion est étrangère, à qui Dieu est inconnu et qui, pourtant, ne voudraient pas simplement rester sans Dieu, mais l’approcher au moins en tant qu’Inconnu.



Le texte intégral du discours, sur le site du Vatican :

> La solennità del Santo Natale...



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

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21.12.2009

Vœux aux membres de la Curie romaine : Benoît XVI souligne les sujets qui lui furent chers en 2009

Benoît XVI s’adressait aux cardinaux, archevêques et évêques de la Curie romaine pour l’échange traditionnel des vœux de Noël, une rencontre toujours très attendue car elle permet au Pape d’attirer l’attention sur les sujets qui lui sont chers et de revenir aussi sur les temps forts de l’année écoulée.

 

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Benoît XVI a ainsi évoqué la fin de l’année paulinienne et le début de l’année sacerdotale, soulignant combien le rôle du prêtre est important, combien, grâce aux services apparemment petits d’un seul homme, en l’occurrence le saint curé d’Ars, Dieu peut faire de grandes choses. Mais ce qui semble avoir marqué Benoît XVI au plus haut point cette année fut sa découverte du continent africain.


Écoutez le compte-rendu de Marie Duhamel (Radio Vatican) : >>

 

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Autre dossier prioritaire abordé par le Pape : l’attention qui doit être accordée aux non-croyants. L’Église catholique devrait ouvrir une sorte de « cour des gentils » où les hommes pourraient d’une manière ou d’une autre rencontrer Dieu. Si le dialogue interreligieux est important, Benoît XVI demande surtout aux catholiques de ne pas négliger le contact avec les personnes qui se considèrent agnostiques ou athées. L’Église doit les aider à ne pas écarter la question de Dieu, qui est essentielle pour chaque existence humaine.


Évoquant quelques temps forts de l’année qui s’achève le Pape a également mentionné sa visite au printemps dernier, à Jérusalem, au mémorial de l’holocauste de Yad Vashem, une rencontre bouleversante avec la cruauté de la faute humaine, avec la haine d’une idéologie aveuglée qui sans aucune justification a livré des millions de personnes à la mort et qui, en dernière analyse, a voulu chasser Dieu de la terre, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus Christ.

16.12.2009

Benoît XVI précise dans un 'motu proprio' la fonction diaconale

“Omnium in mentem” : c’est le titre du motu proprio de Benoît XVI qui a été rendu public ce matin.


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Cette lettre apporte quelques modifications au code de droit canon débattues depuis quelques temps avec les dicastères de la Curie romaine et les conférences épiscopales. Les changements concernent deux dossiers différents : le diaconat et le mariage.


Écoutez le compte-rendu de Romilda Ferrauto (Radio Vatican) : >>

04.12.2009

Chine: La volte-face d'un évêque relance la querelle entre Bertone et Zen

Chine. La volte-face d'un évêque relance la querelle entre Bertone et Zen

Pour le secrétaire d'Etat du Vatican, l'Eglise clandestine doit se montrer au grand jour et se mettre en règle avec les autorités chinoises. Pour le cardinal Zen, elle ne doit pas le faire, car ce serait se livrer à l'ennemi. L'affaire de l'évêque de Baoding


par Sandro Magister





ROME, le 3 décembre 2009 – En deux jours, les catholiques qui vivent en Chine ont reçu deux exhortations très différentes l’une de l’autre, écrites par deux poids lourds de l’Eglise mondiale : le cardinal Tarcisio Bertone et le cardinal Joseph Zen Zekiun.

Bertone et Zen sont tout à fait qualifiés pour s’occuper de la Chine. Le premier est secrétaire d’Etat et donc responsable de toute la géopolitique de l’Eglise, le second est évêque émérite de Hong-Kong et fait partie de la commission voulue par le Vatican pour suivre la mise en application de la lettre-programme écrite par Benoît XVI aux catholiques chinois en juin 2007.

Les cardinaux Bertone et Zen sont tous deux salésiens et se connaissent depuis très longtemps, ce qui ne les empêche pas d’être souvent en désaccord à propos de la Chine. Le premier paraît plus "réaliste", le second plus combatif. Chacun des deux estime faire la bonne interprétation de la lettre du pape.

Ces dernières semaines, une affaire concernant un évêque chinois a de nouveau fait éclater la divergence entre eux.


LES ANTÉCÉDENTS



L’évêque, c’est Francis An Shuxin (photo UCA News), 60 ans, coadjuteur du diocèse de Baoding, dont le premier titulaire, l’évêque James Su Zhimin, 75 ans, est détenu depuis 1996 dans un lieu inconnu.

Mgr An Shuxin a lui aussi été emprisonné. Dix ans. Il a été libéré le 24 août. Mais à un prix élevé : il a dû s’inscrire à l'Association patriotique, l’outil politique utilisé par les autorités chinoises pour contrôler l’Eglise nationale et la séparer de Rome.

La décision de l’évêque An Shuxin a troublé le clergé et les fidèles. Baoding se trouve dans le Hebei, la région de Chine ayant la plus forte concentration de catholiques, au moins un million et demi, pour la plupart non reconnus officiellement. En plus de Su Zhimin, deux autres évêques "clandestins" du Hebei sont actuellement en prison : Cosma Shi Enxiang, évêque de Yixian, 85 ans, arrêté et disparu le 13 avril 2001, et Julius Jia Zhiguo, évêque de Zhengding, 74 ans, de nouveau arrêté le 30 mars.

En même temps que l’évêque An Shuxin, deux prêtres de son diocèse sont sortis de prison en échange d’une inscription à l'Association patriotique. Certains évêques, prêtres et fidèles ont vu dans le geste des trois hommes une trahison, un passage à l’ennemi. Selon d’autres, c’est au contraire nécessaire pour sortir de la clandestinité, que Benoît XVI a définie, dans sa lettre de 2007, comme une situation "pas normale dans la vie de l’Eglise".

Le désarroi n’a pas été limité au Hebei, il a aussi atteint le Vatican. On entend souvent dire que la curie romaine incite les évêques et prêtres clandestins à obtenir la reconnaissance officielle pour normaliser la vie des diocèses, même s’il faut pour cela se plier à certains diktats du régime. Dans le cas de l’évêque An Shuxin, les soupçons se sont portés sur la congrégation vaticane pour l'évangélisation des peuples, au point qu’elle s’est sentie obligée d’affirmer – le 3 novembre, dans un communiqué – qu’elle n’avait jamais exercé de pressions sur lui.


LA LETTRE DE BERTONE



Dans ce contexte, le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat, envoie de Rome, le 16 novembre, une lettre aux prêtres de l’Eglise chinoise.

Le point de départ est l'Année Sacerdotale lancée dans le monde entier par le pape Joseph Ratzinger.

Dans sa lettre, datée du 10 novembre, Bertone ne parle pas de l’affaire de l’évêque de Baoding. Mais il est facile d’y voir une référence quand le cardinal exhorte "à une réconciliation au sein de la communauté catholique et à un dialogue respectueux et constructif avec les autorités civiles, sans renoncer aux principes de la foi catholique".

On peut aussi appliquer facilement aux communautés clandestines l'affirmation de Bertone selon laquelle "une communauté ne peut se replier sur elle-même, comme si elle était autosuffisante, mais elle doit rester en communion avec toutes les autres communautés catholiques".

Toutefois, dans l’ensemble, la lettre de Bertone est intéressante à d’autres titres. En exhortant les prêtres chinois à pratiquer les vertus, elle met en évidence leurs vices : la fréquente infidélité aux vœux de pauvreté et de chasteté, le côté batailleur, le faible zèle pastoral, l’insuffisance des études, le peu d’envie de susciter des vocations, l'absence d’élan missionnaire...

En effet les données chiffrées ne sont pas encourageantes. Sur les dix dernières années, la population catholique en Chine n’a pas varié. Les vocations sacerdotales baissent, ainsi que les vocations religieuses féminines. Les prêtres et les évêques sont trop vieux ou trop jeunes. Il manque la génération intermédiaire et les jeunes prêtres ne sont pas aptes à être évêques. Cet état de faiblesse de l’Eglise est perçu par le régime comme un encouragement à exercer sur elle de fortes pressions et des contrôles. Depuis deux ans, le Saint-Siège n’a pas réussi à nommer un seul nouvel évêque en Chine.


LES INSTRUCTIONS DE ZEN



A en juger d’après les 23 pages d’instructions diffusées le 18 novembre par le cardinal Zen – son énième commentaire de la lettre de Benoît XVI de 2007 – la responsabilité de ce décevant état de fait retombe pour une bonne part sur les autorités vaticanes.

D’après Zen, une idée est en train de prendre pied : l’époque héroïque de l’Eglise clandestine serait finie, tous ses évêques et prêtres devraient entrer dans l’Eglise officielle reconnue par le régime.

Selon Zen, cette idée produit en Chine un asservissement encore pire de l’Eglise vis-à-vis du pouvoir et elle est fondée sur une interprétation abusive de la lettre de Benoît XVI.

Dans son instruction diffusée ces jours-ci, en effet, le cardinal réexamine de fond en comble la lettre du pape, en l’expliquant d’une façon que Zen juge la seule correcte.

D’après Zen, quand Benoît XVI écrit que "la clandestinité est une situation qui n’est pas normale dans la vie de l’Eglise", il n’ordonne pas aux communautés clandestines de céder aux prétentions du gouvernement, mais il leur dit de résister aussi longtemps que la situation anormale qui provoque la clandestinité continuera à exister.

Selon Zen, le pape n’interdit pas aux communautés clandestines de demander et d’obtenir la reconnaissance officielle, mais il ne les incite pas non plus à le faire d’un cœur léger. Au contraire. Le pape les avertit que "presque toujours" le régime concède la reconnaissance à condition que soient accomplis des actes "inconciliables avec la doctrine catholique".

L'inscription à l'Association patriotique est, selon le cardinal Zen, un de ces actes qu’un évêque clandestin ne devrait jamais accomplir, pas même pour obtenir sa liberté.

A l'objection selon laquelle ni le pape ni les autorités vaticanes n’obligent les évêques officiellement reconnus qui se sont déjà inscrits à l'Association patriotique à la quitter, Zen répond que ce compromis est dû à des circonstances historiques. L'Eglise permet aux évêques illégitimes nommés par le gouvernement et qui, se repentant, reviennent à la communion avec Rome, de rester dans l'Association, mais seulement de façon provisoire et avec l’intention sincère de changer au plus tôt cet état de fait.


DERNIÈRES NOUVELLES DE PÉKIN



Au Vatican, l'instruction du cardinal Zen a été accueillie comme son énième acte d'accusation contre la ligne "diplomatique" de la curie.

Il y a encore quelques mois ceux qui, au Vatican, s’occupaient de la Chine étaient surtout Mgr Pietro Parolin, sous-secrétaire pour les rapports avec les Etats, et Mgr Gianfranco Rota Graziosi, chef de service à la même section.

Parolin était le plus compétent en la matière et il suivait aussi la situation de l’Eglise au Vietnam. Mais, cet été, il a été envoyé comme nonce apostolique au Venezuela et personne ne l’a remplacé à la curie avec une compétence égale à la sienne sur le dossier chinois.

Mais à Pékin, les 25 et 26 novembre, une centaine de dirigeants catholiques nommés par le gouvernement, dont 40 évêques, ont renvoyé à une date non précisée la convocation de l'Assemblée nationale des représentants catholiques.

L’Assemblée est la plus haute autorité qui gouverne l’Eglise catholique en Chine, elle est formellement supérieure à l'Association patriotique et à ce faux double de conférence des évêques qu’est le Conseil des évêques chinois. Aucune de ces trois institutions n’est compatible avec l’organisation de l’Eglise catholique. Parmi les pouvoirs de l'Assemblée, il y a celui de nommer les présidents de l'Association patriotique et du Conseil des évêques. Les deux charges sont vacantes depuis des années, parce qu’elles étaient occupées respectivement par l’évêque "patriotique" de Pékin, Michael Fu Tieshan, mort en 2007, et celui de Nankin, Joseph Liu Yuanren, mort en 2004.

Ces derniers mois, le cardinal Zen a tout fait pour inciter les évêques et les prêtres gouvernementaux à boycotter les assises. Il n’y a pas réussi. Mais les autorités chinoises ont renoncé à la contrainte. Et en reportant l'Assemblée nationale des représentants catholiques à plus tard, elles ont laissé place à la possibilité – ou à la tentation – d’un éventuel énième compromis avec les autorités vaticanes.



La lettre du cardinal Tarcisio Bertone aux prêtres chinois, diffusée le 16 novembre 2009 :

> "Cari fratelli nel sacerdozio..."


L'instruction du cardinal Joseph Zen Zekiun diffusée le 18 novembre 2009 :

> An Aid for Reading the Holy Father's Letter to the Church in China


La lettre-programme de base que Benoît XVI a adressée le 27 mai 2007 aux catholiques chinois :

> Lettre du Pape...

Et son "Résumé" sous forme de questions-réponses, diffusé le 23 mai 2009 et fortement voulu par le cardinal Zen :

> Compendium of the Letter of the Holy Father...




Deux agences catholiques très riches en informations et analyses sur l’Eglise en Chine :

> Asia News

> UCA News


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus CHINE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.