02.06.2009
Portrait de Dan Brown en idiot utile
Il y a trois ans, je voyais à Lima le Da Vinci Code de Ron Howard avec un ami péruvien conseiller du président Garcia. Mon ami, cartésien peu convaincu, me déclara effrayé à la fin du film : « Mais quelle daube ! Mais quelle daube ! »
Le film fit pourtant 800 millions de dollars de recettes. Or on sait que ces chiffres ne signifient rien : le public est incapable de raconter l’histoire d’une de ces âneries tout comme il est incapable de raconter l’Alchimiste de Coelho : la bêtise au front de taureau nous glisse dessus comme une limace.
Je me sentais moi-même beaucoup plus concerné par les nostradaneries de Brown : au-delà de son anticatholicisme incroyable, il y avait cette obsession ésotérique du secret royal, du Grand Monarque, des prophéties à l’eau de rose, les histoires de Rennes-le-Château, le guénonisme (ah cet Orient qui allait ramener l’Occident matérialiste dans la bonne voie traditionnelle…), et toute cette mauvaise eau de Cologne qui nous embaumait depuis un siècle et demi au moins.
J’ai reçu d’ailleurs des menaces de mort pour avoir écrit à ce sujet ; le point original est que j’étais menacé dans cette vie et aussi dans l’autre… Il y a des héros de l’esprit que rien n’arrête…
Et d’un coup, grâce à Dan Brown, je ne me trouvais pas libéré de l’occultisme, c’était fait depuis un temps certain, mais je trouvais la planète libérée tout entière. Soyons clair : grâce à Brown, on sait que le Graal c’est l’intimité de Marie-Madeleine, que Cocteau, Hugo et les chapelains écossais sont membres du prieuré de Sion, et que nos actifs templiers avaient découvert les extra-terrestres à partir de La Rochelle tout en extrayant du temple de Salomon les secrets du nucléaire.
Grâce à cela, sur fond de gauchisme sectaire ou de langues de feu languedociennes dans les années 70, certains se sentaient bien avancés, mais grâce à Dan Brown, tout le monde en 2006 s’est trouvé ramené à la case départ : l’occultisme, c’est de la m… Comme l’a montré Philippe Muray dans son essentiel XIXe siècle à travers les âges (Gallimard), l’occultisme rime avec le socialisme (je ne conseillerai pas la lecture de mon Mitterrand le grand initié (Albin Michel), mais quand même…), et il n’a qu’une obsession : l’anticatholicisme.

Anticatholicisme
Les templiers, les cathares, les bogomiles, les rose-croix, les illuminés, tout y passe chez Dan Brown et les autres cromwelliens de l’intellect comme Leigh et Baigent pour ne montrer qu’un seul fait essentiel pour comprendre la culture puritaine : l’anticatholicisme. Les cathédrales étaient tout sauf des églises, tout comme, n’est-ce-pas, les chapelles romanes : c’étaient des mosquées, des vaisseaux spatiaux, des demeures alchimiques, des temples extra-terrestres venus de l’Ouest et j’en passe.
Le grand mérite du mouvement brownien est d’avoir mis à poil le Baphomet, finalement.
Cela n’est que cela… Des sornettes de serpent avec une bonne vieille obsession orgiaque permettant d’en découdre avec la présumée sexophobie de l’Église. Cette même et pauvre Église se voyait aussi reprocher son trop grand attachement charnel et matériel par les puritains cathares qui ne voulaient voir dans le monde terrestre que la demeure démiurgique et maligne. Comme le remarquait Chesterton, quand ON commence à reprocher à l’Église tout et le contraire de tout, c’est qu’ON a un problème, et pas qu’un seul…
Le dernier opus de Dan Brown, Anges et Démons, est cinématographiquement moins nul que le précédent ; mais le déluge d’affirmations néognostiques est tout aussi bon à dégoûter les hippopotames, comme disait Léon Bloy. Les gardes suisses (qui ne parlent qu’anglais, tout comme l’illuminé Galilée, histoire de ne pas effrayer le lecteur brownien moyen…) sont des néo-nazis patentés ; les cardinaux des monstres assoiffés de pouvoir. Tom Hanks, qui ne parle pas l’italien et ne lit pas le latin (sic, comme disent les ignares), interprète les églises chrétiennes à la vitesse de l’automobiliste qui décode ses panneaux de circulation, et on en oublie de parler des Illuminati de Weishaupt, tout comme on ne citait même pas Rennes-le-château et sa redoutable glose dans le précédent navet.
Cette fois, le public globalisé n’a pas suivi. Il y a perdu son latin de drugstore, et tout l’opéra fabuleux du capharnaüm occultiste s’est délité sous ses yeux. On dit que le ridicule ne tue pas ; je crois que oui, et plus qu’on croit.
Nicolas Bonnal
libertepolitique.com
Lire aussi :
Dossier “Anges et démons” : le démontage |
09:30 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lima, da vinci code, ron howard, film, l alchimiste, coelho, grand monarque, rennes-le-chateau, guenonisme, occultisme, graal, marie-madeleine, cocteau, hugo, prieure de sion, templiers, la rochelle, temple de salomon, philippe muray, socialism, dan brown |
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19.05.2009
Dossier “Anges et démons” : le démontage
Avant le film (en salle le 13 mai), le roman. Un récit passionnant, au suspense génial, la maestria du conteur indiscutable. Il vous empoigne par le revers de la veste et ne vous lâche plus jusqu’à la fin de son histoire : trois heures de lecture trépidante garanties. En outre il surfe sur des images cool : le droit des femmes, l’autorité de la science. Comment ne pas s’y laisser prendre ?
La majorité du public tire son chapeau à l’auteur : bravo l’artiste ! Vous êtes captivé, vous acceptez tout. Sa perversité est là, car combien vont croire que l’Église a réellement pourchassé les hommes de science ? Dan Brown l’annonce comme un fait avéré. Le Vatican est malfaisant par nature, l’Église ment par essence.
La clé du roman
Victor Loupan et Alain Noël (Les Démons de Dan Brown, Presses de la Renaissance) la résument ainsi : « Après avoir bâti et mené tout son suspense autour de la secte des terribles Illuminati, Dan Brown les range au magasin des accessoires et passe aux choses sérieuses ; il ne tire plus à blanc pour faire du bruit et de la fumée, maintenant il tire à balles réelles et c’est sur l’Église catholique. »
Il accuse le Vatican d’être l’ennemi de la science. Car la science est l’amie de l’homme et de l’humanité. Donc l’ennemie de la religion.
C’est donc un roman qui défend la science contre l’obscurantisme du Vatican, qui représente le mal absolu.
L’histoire racontée
Dan Brown décrit une guerre de la foi contre la science, des scientifiques du CERN (Centre européen pour la recherche nucléaire) contre le Vatican. Au-delà de la sottise du propos (faire d’un calme collège de savants des bouffeurs de curés doctrinaires!), notons les contre-vérités historiques manifestes : l’Église n’a jamais persécuté Copernic et l’injustice faite à Galilée est reconnue depuis longtemps par l’Église. Dès 1741, le pape Benoît XIV a exprimé les regrets du Saint-Siège et donné l’imprimatur aux œuvres de Galilée. En 1964, les Editions vaticanes publiaient Vie et Œuvre de Galileo Galilei.
En 1965, le concile Vatican II faisait explicitement référence à Galilée en déplorant « certaines attitudes qui ont existé parmi les chrétiens eux-mêmes insuffisamment avertis de la légitime autonomie de la science ». Ces attitudes, « sources de tensions et de conflits, ont conduit beaucoup à penser que science et foi s’opposaient » (Constitution conciliaire Gaudium et spes, 36). En 1979 Jean-Paul II constitue une commission d’enquête spéciale qui va conduire des travaux, des colloques et des publications, sous la direction du cardinal Poupard (Galileo Galilei, 350 ans d’histoire, 1635-1983, Desclée, 1983). En 1992, enfin, dans un important discours à l’Académie pontificale des sciences, Jean-Paul II revient, une fois de plus, sur le cas Galilée, qu’il a déjà abordé à de nombreuses reprises.
On aimerait que les adversaires de l’Église puissent montrer un égal fair-play.
L’archaïsme de la pensée brownienne est proprement stupéfiant. Affirmer en 2009 que la science est antireligieuse et qu’elle va remplacer la religion, c’est tenir un discours de la fin du XIXe siècle tel que le tenait Ernest Renan vers 1850, des années 1910, ou de l’URSS des années trente. C’est se tromper d’époque. C’est ignorer totalement ce qui a changé depuis soixante-dix ans dans la vision de l’univers. Aujourd’hui, en tous domaines, les savants savent que la science ne saura jamais tout et qu’une partie du réel leur échappera toujours.
L’idéologie de Dan Brown ?
Il faut admettre que les intentions de Dan Brown ne se limitent pas à faire un bon suspense. C’est un idéologue. Son objectif est de discréditer – par tous les moyens – l’Église catholique auprès du grand public. On aimerait en savoir davantage sur cet homme discret qui se cache derrière l’image lisse et fausse d’un jeune prof américain quadragénaire, coiffé sagement, souriant, flanqué d’une épouse historienne de l’art, qui travaille avec lui sur ses livres.
Pour quelles raisons personnelles ce couple tient-il tant à impliquer la religion catholique et le Vatican dans ses scénarios ? Pourquoi y a-t-il tant de catholiques maléfiques, et pourquoi le complot originel est toujours celui de l’Église ? Pourquoi faire de Rome la cité du mensonge et le centre de la haine de l’humanité ?
Da Vinci Code comme Anges et Démons sont des torpilles lancées contre les catholiques, même si beaucoup d’entre eux ne s’en apercevront pas.
De bien étranges savants
Dan Brown nous emmène au CERN (Centre européen de recherche nucléaire), mais dans un CERN totalement imaginaire, car il n’y a certainement jamais mis les pieds. Il imagine que Leonardo Vetra, physicien du CERN et père adoptif de l’excitante Vittoria, a réussi à fabriquer un quart de gramme d’antimatière, soit l’équivalent d’une bombe de 5 kilotonnes. C’est une impossibilité scientifique totale, répondent en chœur les scientifiques (réels) du CERN. Mais Leonardo, le chercheur le plus génial du CERN n’est pas seulement physicien, c’est aussi un prêtre catholique. En travaillant sur l’antimatière, il a recréé le big-bang initial de la création : « Mon père avait réussi à créer un monde à partir de rien », explique Vittoria.
Donc, si le prêtre scientifique Leonardo a fait la même chose que Dieu, c’est que Dieu n’existe pas : « Mon père a prouvé non seulement que l’on peut créer de la matière à partir de rien, mais que le big-bang et la Genèse peuvent s’expliquer en supposant simplement la présence d’une énorme source d’énergie […]. Dieu, Bouddha, la Force ultime, quel que soit le nom qu’on lui donne, le résultat est le même. La science et la religion sont d’accord sur un postulat : l’énergie pure est la matrice de la création. »
Il s’agit donc tout simplement de dissoudre la religion dans la physique. L’énergie et le créateur ne font qu’un. Le créateur judéo-chrétien est une légende. L’origine de la haine de l’auteur a un nom et une signature : elle remonte à l’ange avant celle de l’homme. Nous sommes en pleine gnose. Dan Brown ne serait-il pas tout simplement un gnostique ? D’autres passages de l’ouvrage vont nous confirmer ce diagnostic.
Vittoria, la fille de Leonardo, est une physicienne spécialiste des écosystèmes. C’est aussi une adepte de l’écologie profonde : « La déesse Terre, Gaia… La planète est un organisme, chacun de nous est une cellule de cet organisme » (Lattès, p. 130). En pleine chapelle Sixtine, en short devant tous les cardinaux, elle lance : « Dieu, c’est l’énergie qui circule dans les synapses de notre cerveau » (p. 536). Donc, les catholiques intelligents ne doivent plus croire en un Dieu personnel (Père, Fils et Esprit) dépassant infiniment l’homme, mais en un dieu « énergie ». Nous sommes encore en pleine gnose.
Pages 265 à 267 Dan Brown nous montre l’universitaire Robert Langdon assénant son savoir à ses étudiants américains, relax, « faisant les cent pas devant le tableau en grignotant une pomme ». Sa conclusion : les religions « découlent plus ou moins les unes des autres ». Encore la vieille gnose.
Page 489, le théophysicien Leonardo Vetra nous explique : « De remarquables solutions à des problèmes apparemment insolubles surgissent souvent pendant ces moments de clarté. C’est ce que les gourous appellent conscience spirituelle. Les biologistes nomment cela les transformations d’énergie. Les psychologues ont inventé l’expression d’hyper-réceptivité. (Il s’arrêta). Et les chrétiens disent que c’est une prière exaucée. (Un large sourire aux lèvres, il ajouta : Parfois, révélation divine signifie tout simplement éveiller le cerveau à percevoir ce que le cœur sait déjà. » Encore et toujours la même vieille gnose universelle…
Double ruse
Page 393, que nous annonce Ventresca le camerlingue, prenant la parole devant les cardinaux ? Ceci : L’Église, vaincue, doit cesser de tenter de fournir des repères aux hommes. Elle doit quitter les grands débats sur le destin du monde, et se replier sur sa mission traditionnelle. Apporter la compassion, déclare Ventresca, doit être la « seule » vocation de l’Église catholique. Voilà donc une double ruse. Faire taire l’Église, dont la parole dérange et la cantonner dans un domaine qui n’intéresse pas les riches et les grands de ce monde : s’occuper des pauvres et des petits. D’ailleurs Bouddha aussi est compatissant. Beau tour de passe-passe : on dissout les catholiques dans le grand tout universel des gnostiques.
Dan Brown s’est expliqué sur ses objectifs : « J’expose sérieusement une vieille théorie un peu oubliée sur les origines du christianisme. Qu’elle soit juste ou fausse, elle représente un point de départ pour examiner l’avenir de la religion » (Le Point du 24 février 2005).
Cette théorie vise les origines du christianisme. Il s’agit donc, en mettant en cause son « origine », d’atteindre la validité de cette religion, qui repose sur Quelqu’un, une personne qui est Jésus-Christ.
S’il y a des faussaires, qui sont les faussaires ? Les Églises, et d’abord la première d’entre elles : Rome.
Une ambition néo-païenne
Dan Brown est au service d’une extraordinaire ambition. En réalité, il s’agit d’amener les catholiques à se rallier à l’air du temps et de les cantonner dans le témoignage compassionnel : là au moins, ils ne seront pas gênants. Ils ne parleront pas de ce qui pourrait déranger, et en plus, ils feront ce que personne ne voudra faire à leur place !
Beaucoup aujourd’hui voudraient que l’Église cesse de se mêler de ce qui ne la regarde pas. Le consensus libéral-libertaire réclame avec de plus en plus d’insistance que l’Église supprime ses dogmes pour s’aligner sur la pensée unique. Mais cette position est inacceptable, car contraire à tout l’enseignement de Jésus-Christ : « Vous êtes le sel de la terre. » Que deviendra-t-elle si le sel s’affadit et si nous nous taisons ? Une capitulation des chrétiens laisserait la société sans défense face aux intérêts économiques planétaires, comme ceux de l’industrie biotechnologique.
Seule la pensée judéo-chrétienne a dit que le monde et Dieu sont deux réalités différentes. Selon les juifs et les chrétiens, le monde n’est pas « divin » et Dieu n’est pas « l’âme du monde », comme les néo-païens – dont Dan Brown fait partie – le croient à nouveau aujourd’hui. Il y a la création et le Créateur, et les deux ne se confondent pas. Entre les théologiens et les chercheurs scientifiques il ne doit pas y avoir de conflit, mais un dialogue. L’Église n’a jamais cessé de le répéter de toutes les manières depuis les origines, en passant par Vatican I, saint Thomas d’Aquin, Vatican II et Jean-Paul II, jusqu’à Benoît XVI.
5 mai 2009 |
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Voir notre dossier Anges et Démons :
Sources :
- Victor Loupan, Alain Noël, Les Démons de Dan Brown, Presses de la Renaissance, 2005.
- Dan Brown, Anges et Démons, JC Lattès, 2005 (et Pockett, 2007)
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02:47 Écrit par Père Walter dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, anges et demons, dan brown, film, droit des femmes, science, eglise catholique, vatican, roman, les demons, presses de la renaissance, obscurantisme, cern, centre europeen pour la recherche nucleaire, histoire, contre-verites, benoit xvi, copernic, galilee, saint-siege, imprimatur, editions vaticanes, vie et oeuvre de galileo galilei, concile vatican ii, gaudium et spes, jean paul ii, cardinal poupard, academie pontificale des sciences, desclee, fair-play, archaisme, ernest renan, urss, ideologie, suspense, rome, da vinci code, leonado vetra, antimatiere, bombe, physicien, pretre, big-bang, creation, vittoria, genese, dieu, bouddha, force ultime, energie pure |
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29.04.2009
Ce que la Bible n'a jamais raconté: exposition artistique consacrée aux livres apocryphes
Une grande exposition artistique consacrée aux livres apocryphes. C'est-à-dire aux histoires et aux personnages dont les Ecritures canoniques ne parlent pas. Non pour invalider les Evangiles et l'Eglise, mais pour les rendre plus proches de nous
par Sandro Magister

ROME, le 28 avril 2009 – L’exposition de l’an dernier était consacrée à la Genèse, celle de l’année précédente à l'Apocalypse. Elles ont toutes les deux attiré à Illegio, petit bourg de montagne dans les Alpes Carniques, un grand nombre de visiteurs, ravis d’y admirer des chefs d’œuvre artistiques venus d’importants musées d'Italie et du monde. Le succès a été tel que l’exposition sur l'Apocalypse a été reprise, à Rome, par les Musées du Vatican.
Cette année, du 24 avril au 4 octobre, ce sont les Apocryphes qui sont exposés à Illegio, ces mémoires et ces légendes qui ne figurent pas dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament mais qui sont entrés dans la tradition chrétienne, repris par l'art et représentés aussi dans de nombreuses églises.
Bien des épisodes et des personnages de l’histoire sainte, à commencer par le bœuf et l’âne près de Jésus nouveau-né, ont été transmis en dehors des textes canoniques de la Bible. On peut citer la naissance et l’enfance de Marie avec ses parents Anne et Joachim, son mariage avec Joseph, le nom et les faits et gestes des Mages, les détails de la fuite en Egypte, la "dormition" de la Vierge et son assomption au ciel.
Les 80 œuvres réunies à Illegio, inspirées des Apocryphes, sont dues à des artistes de premier plan comme Brueghel et Le Guerchin, Dürer et Le Caravage. De ce dernier, l’exposition présentera pendant les premières semaines le splendide "Repos pendant la fuite en Egypte" conservé au Musée Doria Pamphili de Rome: tandis que Marie et l’enfant Jésus dorment, un ange accompagne au violon un motet dont le texte est tiré du Cantique des Cantiques. Joseph tient la partition, l’âne regarde et écoute, extasié.
Sur la couverture du catalogue de l’exposition, édité par Skira, figure un tableau du Guerchin datant de 1628 qui représente la rencontre de Jésus ressuscité et de sa mère, ce que les Evangiles ne racontent pas non plus.
Le choix de consacrer l’exposition aux Apocryphes n’est pas sans liens avec l’utilisation actuelle de certains textes extra-scripturaires. Du "Da Vinci Code" à l’histoire de Judas, il y a aujourd’hui tout un pullulement de livres et de films visant essentiellement à invalider les Evangiles: ces livres et films se présentent comme porteurs d’une "vérité cachée", occultée par les Evangiles eux-mêmes et par l’Eglise.
Ce côté "vérité cachée" appartenait déjà aux textes apocryphes de type gnostique des premiers siècles. Il n’est pas étonnant qu’il retrouve du succès aujourd’hui, avec le gnosticisme antichrétien moderne.
Les œuvres d'art exposées à Illegio montrent au contraire qu’une bonne partie des Apocryphes a eu et peut encore avoir un tout autre rôle: pas de s’opposer aux Evangiles canoniques et de les invalider, mais d’en étendre le récit, d’en enrichir la compréhension, de nourrir la dévotion, en continuité pour l’essentiel avec la trame fondatrice des Saintes Ecritures.
Raison de plus pour explorer le vaste ensemble des écrits extra-canoniques. C’est ce que fait ci-dessous, de façon captivante, l'archevêque Gianfranco Ravasi, spécialiste mondialement réputé de la Bible et de la littérature connexe, président du conseil pontifical pour la culture.
Ravasi est l’un de ceux qui ont présenté officiellement au public l’exposition d’Illegio sur les Apocryphes, le 23 avril, à l’ambassade d'Italie près le Saint Siège, à Rome. Son intervention a également été publiée dans "L'Osservatore Romano" du 24 avril 2009, sous le titre: "Le chant du coq rôti et la conversion de Ponce Pilate".
Ravasi étudie surtout les développements que les Apocryphes ont donnés aux récits de la Passion. La conversion de Ponce Pilate est l’un de ces développements: elle est entrée à tel point dans la tradition que l’Eglise d’Ethiopie vénère comme un saint le procurateur romain qui condamna Jésus à mort.
Pâques selon les textes apocryphes. Judas, Pilate, Marie
par Gianfranco Ravasi
Paradoxalement, il n’est pas difficile d’organiser une exposition ayant comme fil conducteur les évangiles apocryphes, comme le prouve justement la grandiose exposition ouverte le 24 avril à Illegio, petite ville du Frioul rendue célèbre par ses événements artistiques extraordinaires.
En effet cette littérature a eu un succès extraordinaire justement dans l'art et la tradition populaires. Le mot "apocryphes" – littéralement, en grec, les livres "cachés – recouvre en effet une immense production littéraire et religieuse, parfois de faible qualité, parallèle mais autonome par rapport à l'Ancien et au Nouveau Testament qui contiennent, eux, les livres "canoniques", ceux que le judaïsme et le christianisme reconnaissent comme textes sacrés, inspirés par Dieu. Ces documents sont aussi présents dans la dernière phase du judaïsme vétérotestamentaire et constituent un chapitre de la littérature religieuse juive elle-même.
Les apocryphes juifs regroupent au moins 65 textes différents, composés entre le IIIe siècle avant Jésus-Christ et le IIe siècle et relevant de contextes et de genres divers. Par exemple, des écrits apocalyptiques comme les trois livres d’Enoch différents sont importants parce qu’ils offrent un témoignage varié mais décisif sur de nombreuses concepts du judaïsme. Egalement significatifs, les "testaments" mis dans la bouche de divers personnages bibliques comme les différents patriarches, ou bien Job, Moïse et Salomon. Il y a aussi une série d’œuvres à caractère philosophique ou sapiential, comme le vieux récit d’Achikar, d’origine babylonienne, adopté et transformé par le monde juif et devenu très populaire. On trouve aussi un grand nombre de prières, d’odes, de psaumes, dont certains ont été retrouvés à Qumran, sur les bords de la mer Morte, lors de l’une des plus célèbres découvertes du siècle dernier. A enregistrer aussi des ajouts ou approfondissements libres de textes bibliques comme la "Vie d’Adam et Eve" ou l’histoire d’amour entre Joseph et Asenet.
L’exposition d’Illegio met en scène des représentations artistiques liées aux apocryphes chrétiens qui cherchent à recréer la vie de Jésus, souvent très librement, créant de nouveaux Evangiles, mais il ne manque pas d’Apocalypses ou d’Actes de différents apôtres et de lettres sur le modèle de celles de saint Paul. Cela forme une masse importante d’écrits chrétiens, nés surtout de la piété populaire mais aussi dans des milieux cultivés: nous pensons aux écrits gnostiques égyptiens. Ils furent très tôt contestés, malgré leur désir affiché de s’aligner et de compléter les livres canoniques. Cette exclusion, d’ailleurs souvent motivée du fait de leur qualité théologique discutable et de leur créativité historique fantaisiste, n’a pas empêché leur entrée dans la dévotion populaire, dans l’histoire même de la théologie, dans la liturgie, et surtout dans la tradition artistique des siècles suivants.
Entrons donc nous aussi, comme des voyageurs étonnés, dans cette forêt de pages, d’images, de coups de théâtre, de symboles, de fantaisies. On découvre, par exemple, les "divines bêtises" de Jésus enfant: il fait mourir et ressusciter ses camarades de jeu ou les transforme en chevreaux, il paralyse le professeur qui va le frapper à cause de son savoir trop pédant, mais il sait guérir les morsures de vipère, il retire de fours ou de puits, par un prodige, des enfants qui y sont tombés, il arrange sans travail manuel un lit sorti de guingois de la menuiserie de Joseph.
Parmi les dizaines de parcours qui s’offrent à nous dans cette forêt littéraire, choisissons-en un qui nous conduise à l’événement de la Pâque du Christ, le temps liturgique que nous vivons. En effet une énorme masse de récits décrit les heures de la semaine que l’on appellera ensuite "sainte". Nous ne suivrons que quelques uns des acteurs de ces jours sombres et glorieux, en faisant donc abstraction des différents sujets présentés à l’exposition frioulane.
***
Le premier que nous rencontrons est le traître Judas Iscariote, un personnage qui a continué à générer de nouveaux "apocryphes" jusqu’à nos jours, avec différents romans et œuvres de divers auteurs modernes. Pour les apocryphes anciens, l’histoire de celui qui trahit Jésus a des racines lointaines et très fantaisistes.
Fils du prêtre Caïphe, Judas montra dès son plus jeune âge – d’après "l’Evangile arabe de l'enfance du Sauveur", un apocryphe très cher aux chrétiens d'Orient et même aux musulmans – des signes de possession diabolique. Mais, selon un texte copte égyptien, sa femme avait pris chez elle pour l’allaiter le fils nouveau-né de Joseph d'Arimathie, l’homme qui allait offrir sa tombe de famille pour y déposer le cadavre de Jésus. Quand Judas rentra chez lui avec les trente deniers de la trahison, ce bébé ne voulut plus téter le lait. Son père Joseph fut alors convoqué: à peine son fils le vit-il que, par un prodige, il se mit à crier: "Viens, papa, tire moi des mains de cette femme qui est une bête sauvage. Hier, à la neuvième heure, ils ont reçu le prix du sang du Juste". En effet, toujours selon les textes apocryphes, c’est sa femme qui avait poussé Judas à trahir par goût du lucre: elle forçait déjà depuis longtemps son mari à voler dans la caisse commune des disciples qui, comme on peut le lire dans l’Evangile canonique de Jean (12, 6), était effectivement gérée par Judas.
Mais la scène la plus étonnante est racontée dans les Mémoires ou Evangile de Nicodème, célèbre apocryphe grec qui nous est aussi parvenu en version copte et latine, peut-être du début du IIe siècle. Judas, après avoir trahi Jésus, rentre chez lui, sombre et décidé à se suicider. Sa femme cherche à le convaincre de ne pas se pendre, sûre que le Christ ne pourra jamais ressusciter. Comme elle fait rôtir un coq pour le repas, elle parie avec son mari: "Si ce coq rôti peut chanter, alors Jésus pourra ressusciter. Mais, tandis qu’elle parlait, le coq écarta les ailes et chanta trois fois. Alors Judas, pleinement convaincu, fit un nœud coulant avec la corde et alla se pendre".
C’est bien sûr une reprise sous une forme surréelle et extrême du thème évangélique du coq qui chante au moment du reniement de Pierre. Mais d’autres apocryphes peignent la mort de Judas comme une explosion de son corps démesurément gonflé – libre référence à Actes des Apôtres 1, 18 – et représentent son âme qui erre désespérément dans l'Amenti, c’est-à-dire aux enfers.
***
Une floraison apocryphe était inévitable en ce qui concerne un autre protagoniste des dernières heures terrestres de Jésus dans le récit évangélique, le procurateur romain Ponce Pilate. Vers 155, l’écrivain et martyr chrétien Justin appelait "Actes de Pilate" ces Mémoires de Nicodème dont nous venons de parler. On y trouve une reconstitution très vivante du procès fait par le Romain au Christ contre qui les chefs d’accusation retenus sont sa naissance illégitime, fruit de relations coupables, et ses violations de la loi, surtout celle du repos sabbatique. Mais cédons la parole au narrateur antique qui exalte déjà la grandeur surhumaine du Christ. "Pilate appela un huissier et lui dit: Amène-moi Jésus ici, mais doucement! L’huissier sortit et, reconnaissant Jésus, il l’adora, étendit par terre le tissu qu’il avait en main et lui dit: Seigneur, marche là-dessus et viens, parce que le gouverneur te demande. [...] Quand Jésus entra chez Pilate, les aigles des enseignes que tenaient les porte-étendard baissèrent la tête et adorèrent Jésus". Puis défilent devant Pilate les témoins à décharge: aveugles, paralytiques, un bossu, l'hémorroïsse, tous guéris par Jésus, ainsi que Nicodème, membre du Sanhédrin juif.
Entre alors en scène la femme même du procurateur, dont les différents apocryphes donnent même le nom, Claudia Procula ou Procla: "Vous savez – dit Pilate aux accusateurs de Jésus – que ma femme est proche de vous par sa vision du judaïsme. Les Juifs répondirent: Oui, nous le savons! Pilate: Et bien ma femme m’a envoyé un message: Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste! Cette nuit, en effet, j’ai beaucoup souffert à cause de lui. Alors les Juifs répondirent à Pilate: Est-ce que nous ne t’avons pas dit que c’était un magicien? C’est lui qui a envoyé un songe à ta femme".
On voit bien, ici, que la base narrative de l’Evangile canonique de Matthieu (27, 19) est étoffée par des ajouts colorés. A ce point du récit, Pilate – selon l’Evangile de Pierre, qui a été appelé "le plus ancien récit non canonique de la Passion du Christ" (écrit vers 100 et retrouvé seulement en 1887 en Haute-Egypte dans la tombe d’un moine) – "se leva; aucun Juif ne se lava les mains, ni Hérode ni aucun des juges". Donc seul Pilate se lave les mains, proclamant symboliquement son innocence. Puis, toujours selon les Mémoires de Nicodème, "il ordonna de tirer le rideau devant sa chaise curule et dit à Jésus: Ton peuple t’accuse de prendre le titre de roi. C’est pourquoi j’ai décrété que, pour respecter la loi des pieux empereurs, tu serais flagellé puis mis en croix dans le jardin où tu as été capturé. Dismas et Gestas, deux malfaiteurs, seront crucifiés avec toi". C’est ainsi qu’apparaissent les noms improbables des deux compagnons de crucifixion de Jésus, anonymes selon Lc 23, 39-43.
Mais c’est surtout la vie ultérieure de Pilate qui déchaînera la fantaisie des apocryphes, y compris aux temps modernes: citons le "Procurateur de Judée" d’Anatole France, "Le point de vue de Ponce Pilate" de Paul Claudel, la "Femme de Pilate" de Gertrud von Le Fort, le "Ponce Pilate" de Roger Caillois, le "Pilate" de Friedrich Dürrenmatt, "Le Maître et Marguerite" de Mikhail A. Boulgakov et d’autres.
On possède depuis l'antiquité chrétienne un rapport apocryphe de Pilate aux empereurs Tibère et Claude avec réponses des destinataires, une lettre de Pilate à Hérode et une "Paradosis" de Pilate, c’est-à-dire une hypothétique "transmission" historique de ses faits et gestes. Il y avait même des apocryphes païens à son sujet : l’historien chrétien Eusèbe de Césarée déplorait que l'empereur Maximin Daïa eût fait distribuer dans les écoles, en 311, de faux mémoires de Pilate "pleins de blasphèmes contre le Christ" et ordonné que les élèves l’apprennent par cœur pour les inciter à la haine du christianisme. Mais les apocryphes chrétiens s’acharnèrent en particulier sur la mort de Pilate avec des résultats contradictoires.
D’une part, la “Paradosis” citée plus haut décrit la fin tragique de Pilate pendant une partie de chasse avec l'empereur. "Un jour, à la chasse, Tibère poursuivait une gazelle; mais celle-ci s’arrêta devant l’entrée d’une caverne. Pilate s’avança pour voir. Tibère, entre temps, avait lancé une flèche pour frapper l'animal, mais celle-ci traversa l'entrée de la caverne et tua Pilate".
Plus impressionnante est la fin racontée par un autre texte et devenue populaire au Moyen Age: Pilate se suicida à Rome d’un coup de son précieux poignard. Jeté avec un poids dans le Tibre, le cadavre dut être repêché: il attirait les esprits mauvais, ce qui rendait dangereuse la navigation sur le fleuve. Transporté à Vienne en France et immergé dans le Rhône, il dut être récupéré pour la même raison et enterré à Lausanne. Mais là aussi, son corps étant plein de démons, il fallut l’exhumer à nouveau et le jeter dans un puits naturel, en haute montagne.
D'autre part, la tradition apocryphe chrétienne loue au contraire la conversion de Pilate, qui meurt martyr, décapité par ordre de Tibère, et est accueilli au ciel par le Christ. Ce n’est pas sans raison que l’Eglise éthiopienne a inscrit à son calendrier liturgique le procurateur romain qu’elle vénère comme saint.
Sa femme Claudia Procula connaîtra le même sort. Voici en effet une autre version de la mort de Pilate, selon la "Paradosis" déjà citée. "Le commandant Labius, chargé de l'exécution capitale, trancha la tête de Pilate et un ange du Seigneur la recueillit. Sa femme Procula, voyant l'ange prêt à prendre la tête de son mari, fut transportée de joie et rendit le dernier soupir. Ainsi elle fut enterrée avec son mari Pilate de par la volonté et la bienveillance de Notre Seigneur Jésus-Christ". La conversion du procurateur avait eu lieu à l’occasion de la résurrection du Christ, d’après l’Evangile de Gamaliel, ouvrage copte du Ve siècle. En effet, "entré dans la tombe du Christ, Pilate prit les bandelettes, les embrassa et, de joie, fondit en larmes. Puis il se tourna vers un de ses capitaines qui avait perdu un œil à la guerre et pensa: Je suis sûr que ces bandelettes rendront la vue à son œil. Approchant de lui les bandelettes, il lui dit: Est-ce que tu ne sens pas, frère, le parfum de ces bandelettes? Cela ne sent pas le cadavre mais la pourpre royale imprégnée d’aromates suaves. [...] Le capitaine prit ces bandelettes et se mit à les embrasser en disant: Je suis sûr que le corps que vous avez enveloppé est ressuscité des morts! A l’instant où son visage les toucha, son œil guérit et vit la joyeuse lumière du soleil comme avant. Ce fut comme si Jésus avait mis sa main sur lui, comme pour l’aveugle-né".
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Dans beaucoup d’Evangiles apocryphes un chapitre particulier est réservé aux témoins de la résurrection, qui sont multipliés par rapport aux Evangiles canoniques et qui deviennent spectateurs d’éclatantes épiphanies. Voici comment Pilate lui-même raconte son expérience d’après l’Evangile de Gamaliel déjà cité: "J’ai vu Jésus à côté de moi! Sa splendeur dépassait celle du soleil et toute la ville en était illuminée, sauf la synagogue des juifs. Il me dit: Pilate, tu pleures peut-être parce que tu as fait flageller Jésus? N’aie pas peur! Je suis le Jésus qui est mort sur la croix et le Jésus qui est ressuscité des morts. Cette lumière que tu vois est la gloire de ma résurrection qui inonde de joie le monde entier! Cours donc à mon tombeau: tu trouveras les bandelettes qui sont restées là et les anges qui les gardent; jette-toi dessus et embrasse-les, deviens le champion de ma résurrection et tu verras à mon tombeau de grands miracles: les paralytiques marchant, les aveugles voyant et les morts ressuscitant. Sois fort, Pilate, pour être illuminé par la splendeur de ma résurrection que les Juifs nieront". Et en effet Pilate, arrivé au tombeau du Christ – comme on l’a déjà vu – ira de surprise en surprise, rencontrant même le larron ressuscité.
Il y a donc, dans les écrits apocryphes, un "autre" Christ ressuscité qui rencontre une foule de gens par rapport au récit bien plus sobre et rigoureux des Evangiles canoniques.
Par exemple une apparition est réservée à l’apôtre Barthélémy dans l’évangile apocryphe qui porte son nom: à cette occasion, Jésus révèle tous les secrets de l'Hadès, où il a passé le temps écoulé entre sa mort et le matin de Pâques. Dans un autre texte, c’est Joseph d'Arimathie qui rencontre le Seigneur ressuscité. Arrêté par les Juifs parce qu’il a offert son tombeau pour Jésus, il voit Jésus et le larron repenti s’avancer dans les ténèbres de sa cellule: "Une lumière aveuglante resplendit dans la pièce, le bâtiment fut soulevé à ses quatre angles, un passage s’ouvrit et je sortis. Nous partîmes pour la Galilée, autour de Jésus brillait une lumière insoutenable pour l’œil humain et le larron dégageait un agréable parfum, celui du paradis". Pierre, au-delà des apparitions pascales "canoniques", fait aussi, sur la route de Rome, une extraordinaire rencontre, racontée par les Actes de Pierre, un apocryphe composé entre 180 et 190, et devenue la base de "Quo Vadis?", le célèbre roman composé par le Polonais Henryk Sienkiewicz entre 1894 et 1896.
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Autre tradition apocryphe particulièrement vivace: celle qui concerne Marie, la mère de Jésus. Les Evangiles canoniques ne disent rien de sa rencontre avec le Ressuscité. En fait, après la scène du Calvaire (Jn 19, 25-27) on passe à celle des Actes des Apôtres selon laquelle les disciples de Jésus "étaient tous d’un même cœur assidus à la prière" avec Marie "à l’étage supérieur de la maison [de Jérusalem] où ils habitaient" (1, 13-14) sans rien ajouter à propos de la rencontre entre le Ressuscité et sa Mère. Les apocryphes suppléent abondamment à ce manque.
Reprenons l’Evangile de Gamaliel. Marie, prostrée de douleur, reste à la maison et c’est Jean qui l’informe de la sépulture de son Fils. Mais elle ne se résigne pas à rester loin du tombeau de Jésus et, en larmes, elle dit à Jean: "Même si le tombeau de mon Fils était glorieux comme l'arche de Noé, je n’éprouverais aucun réconfort si je ne pouvais pas la voir pour y pleurer. Jean répondit: Comment pouvons-nous y aller? Devant le tombeau il y a quatre soldats de l'armée du gouverneur qui montent la garde! [...] Mais la Vierge ne se laissa pas arrêter et, le dimanche de grand matin, elle se rendit au tombeau. Arrivée en courant, elle regarda autour d’elle et vit la pierre qui avait été roulée, dégageant le tombeau! Alors elle s’exclama: Ce miracle a eu lieu en faveur de mon Fils! Elle se pencha en avant, mais ne vit pas le corps de son Fils dans le tombeau. Quand le soleil parut, tandis que le cœur de Marie était mélancolique et triste, elle sentit que le tombeau était envahi par un parfum d’aromates venu de l'extérieur: on aurait dit celui de l'arbre de vie! La Vierge se retourna et, près d’un buisson d’encens, elle vit Dieu debout, habillé d’un splendide vêtement de pourpre céleste".
Mais Marie ne reconnaît pas son Fils dans ce personnage glorieux. Alors commence un dialogue semblable à celui de l’Evangile de Jean (20, 11-18) entre Marie-Madeleine et le Christ ressuscité et le mystère s’éclaircit enfin: "Ne te trouble pas, Marie, regarde bien mon visage et sois convaincue que je suis ton Fils". Et Marie répondra en lui souhaitant une "heureuse résurrection", en s’agenouillant pour l’adorer et lui baiser les pieds.
Un autre témoignage, encore plus fastueux, de l'apparition du Ressuscité à sa mère est conservé dans un fragment copte du Ve-VIIe siècle, traduction d’un texte plus archaïque. "Le Sauveur apparut sur le grand char du Père du monde entier et dit dans la langue de sa divinité: Maricha, marima, Tiath, c’est-à-dire: Mariam, mère du Fils de Dieu! Mariam en comprenait le sens; alors elle se tourna et répondit: Rabbuní, Kathiath, Thamioth, ce qui veut dire: Fils de Dieu! Le Sauveur lui dit: Salut à toi, qui as donné la vie au monde entier! Salut, ma mère, mon arche sainte, ma ville, ma demeure, mon vêtement de gloire dont je me suis habillé en venant au monde! Salut, ma cruche pleine d’eau sainte! Tout le paradis se réjouit de tes mérites. Je te le dis, Marie, ma mère: celui qui t’aime aime la vie. Puis le Sauveur ajouta: Va trouver mes frères et dis-leur que je suis ressuscité des morts et que j’irai à mon Père, qui est le vôtre, à mon Dieu, qui est le vôtre. [...] Marie dit à son Fils: Jésus, mon Seigneur et mon Fils unique, avant de monter aux cieux chez ton Père, bénis-moi parce que je suis ta mère, même si tu ne veux pas que je te touche! Et Jésus, notre vie à tous, lui répondit: Tu seras assise avec moi dans mon royaume. Alors, le Fils de Dieu s’éleva dans son char de chérubins, tandis que des myriades d’anges chantaient: Alléluia! Le Sauveur étendit la main droite et bénit la Vierge".
Avec ce texte, nous nous trouvons désormais dans un autre domaine, celui de la dévotion mariale, particulièrement chère aux Eglise d'Orient. L'accent est mis sur la mariologie, laissant à l’arrière-plan la référence christologique.
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La riche série d’exemples que nous avons donnée – même si elle porte sur une seule phase de l’histoire de Jésus-Christ – n’explique pas tout, à cause du grand nombre de thèmes et des répercussions des diverses situations ecclésiales que révèlent les pages apocryphes. Mais elle démontre de façon indiscutable la qualité radicalement différente - en termes de crédibilité historique et de rigueur théologique - des écrits canoniques néotestamentaires, preuve de leur essentialité thématique et de leur sobriété narrative.
Par contraste, l'élaboration de la "gnose" – selon laquelle le salut n’est donné que par la connaissance – répandue surtout en Egypte, est significative. Elle introduira, par exemple, dans l’Evangile de Thomas une série de phrases ou de paroles de Jésus évangéliques et extra-évangéliques, dont certaines ont un grand intérêt historique, mais elle ouvrira aussi la voie à des spéculations théologiques discutables, souvent très élaborées et sophistiquées et parfois extravagantes.
En positif, on peut dire que ce qui domine c’est un fort sens de la grandeur de l'événement christologique et une vive conscience de l'identité chrétienne. Dans un apocryphe égyptien gnostique, connu sous le nom d’Evangile de Philippe, on lit: "Si tu dis: Je suis Juif! Personne ne s’émeut. Si tu dis: Je suis Romain! Personne ne tremble. Si tu dis: Grec, barbare, esclave, homme libre! Personne ne s’agite. Mais si je dis: Je suis chrétien! Le monde tremble".
Le site de l’exposition, avec toutes les informations:
> Apocrifi. Memorie e leggende oltre i Vangeli
L’organisateur de l’exposition est le Comité de San Floriano, animé par don Alessio Geretti, vicaire de la paroisse et spécialiste de l'art chrétien.
L’article consacré par www.chiesa à la précédente exposition sur la Genèse:
> Miracle à Illegio, petit village de montagne (30.5.2008)
Autres articles de www.chiesa sur des sujets similaires:
> Focus ARTS ET MUSIQUE
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
04:20 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bible, illegio, brueghel, passion, ponce pilate, claudia procula, exposition, livres apocryphes, le guerchin, durer, le caravage, da vinci code, judas, gnose, gnosticisme, antichretien, evangiles canoniques, ecriture, gianfranco ravasi, culture, italie, osservatore romano, ethiopie, justin, anatole france, paul claudel, gertrud von le fort, robert caillois, friedrich durenmatt, mikhail a boulgakov, eusebe de cesaree, gamaliel, quo vadis, henryk sienkiewicz, vierge marie |
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03.08.2008
Les secrets de Saint-Sulpice
Ancien temple païen ? Société secrète ? Trésor caché ? Signes ésotériques ? Pour connaîre tous les secrets, une visites guidée de l'Eglise Saint-Sulpice à Paris, lieu emblématique du Da Vinci Code de Dan Brown.
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