30.03.2012

Un nouveau document de Justice et Paix sur la vocation du dirigeant d'entreprise

Peter Turkson.JPGLe cardinal Peter Turkson, président du Conseil Pontifical Justice et Paix, est intervenu ce vendredi 30 mars à l'ouverture des 29ème Assises Nationales des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens (UNIAPAC) à Lyon, en France et a présenté un nouveau document « La Vocation du dirigeant d’entreprise : une réflexion ».

Devant 2000 entrepreneurs chrétiens, le cardinal Turkson a souligné un mal commun à beaucoup d’entre eux : la tendance à dissocier la foi de son travail. De là, naît ce mal moderne qu’est une vie divisée. Rappelant combien l’Église voudrait en cela aider les hommes d’affaires à vivre leur vie professionnelle d’une façon plus unifiée et féconde en vue du Bien Commun, le Cardinal a évoqué la Doctrine Sociale de l’Église et le désir de sa mise en acte.

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17.06.2011

Éthique dans le commerce : favoriser le dialogue entre le monde religieux et celui de l'entreprise

commerce.JPGDeux ans après la publication de l’Encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI, un groupe de dirigeants de l’économie et de la finance mondiale s’est retrouvé pendant deux jours au Vatican, les 16 et 17 juin 2011, sous les auspices du Conseil pontifical Justice et Paix, pour réfléchir sur l’importance de l’éthique dans ce domaine. Deux journées de travail intitulées « Sommet exécutif sur l’éthique dans le monde du commerce », en collaboration avec l’université Regina Apostolorum et l’Institut Fidelis International.

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03.12.2010

L'oubli de Dieu menace les sociétés contemporaines

pape.JPGLe Pape a reçu en audience ce vendredi matin les membres de la Commission théologique internationale au terme de leur assemblée plénière. Les travaux, dirigés par le Secrétaire général, le Père Charles Morerod, portaient sur trois sujets : Les principes de la théologie, son sens et sa méthode; L’unicité de Dieu dans les trois religions monothéistes; L’intégration de la doctrine sociale de l’Eglise au sein de la doctrine chrétienne.

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05.09.2010

Entretien avec Marguerite Peeters : le "mauvais" état moral de l'Occident

marguerite peeters.jpgS'il y une voix à contre-courant, politiquement incorrecte, c'est bien celle de Marguerite Peeters (photo), directrice de l’Institut pour les Dynamiques du Dialogue Interculturel. Elle partage l'inquiétude de Benoît XVI face à l'"amnésie de Dieu" dans les sociétés occidentales, un mauvais modèle exporté dans le monde entier avec des conséquences délétères.

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15.06.2010

Le Secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement dénonce la fermeture du HCR en Libye

Le Vatican va publier avant la fin de cette année un document sur les «orientations pastorales» en matière de réfugiés et de migrants. C’est ce qu’a annoncé lundi le Secrétaire du Conseil pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement, Mgr Agostino Marchetto (photo), qui participait à une rencontre promue par les Jésuites à l’occasion de la Journée Mondiale des réfugiés, qui sera célébrée le 20 juin.

 

http://eucharistiemisericor.free.fr/images/260209_mgr_agostino_marchetto.jpg


«La doctrine sociale de l’Église, a-t-il précisé, doit être prise en compte par les leaders politiques catholiques. Ils se doivent d’avoir des comportements cohérents avec leur foi, et c’est pour cette raison qu’ils doivent défendre le principe du non-refoulement des immigrés. Ne pas rejeter est un principe clé de la doctrine sociale de l’Église, mais aussi de la législation internationale.

Mgr Marchetto a par ailleurs regretté la fermeture des bureaux du Haut Commissariat de l’Onu pour les réfugiés en Libye. Il a souhaité que tout soit fait pour sa réouverture. Pour Tripoli qui n’est pas signataire de la Convention de Genève sur les réfugiés, le HCR est illégal. Cette expulsion du HCR de Libye est tombée alors que des négociations avaient repris en vue d’un accord de partenariat entre Tripoli et l’Union européenne.

Diana Eltahawy, chercheuse à Amnesty International sur la Libye, fait le point sur la situation des réfugiés et sur le rôle du HCR en Libye. Propos recueillis par Marie Leila Coussa. (Radio Vatican): >>

22.05.2010

Le monde a besoin de politiques authentiquement chrétiens

Benoît XVI demande aux fidèles laïcs de participer activement à la vie politique, en restant cohérents avec les enseignements de l’Eglise. Il l’a redit ce vendredi matin en s’adressant aux membres et consulteurs du Conseil Pontifical pour les laïcs réunis ces jours-ci à Rome pour leur 24e assemblée plénière.

 

 

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Des pasteurs et des laïcs sont venus du monde entier pour débattre d’une question essentielle pour le Pape : comment être témoins du Christ dans la communauté politique ? Dans son discours Benoît XVI a précisé que les chrétiens n’aspiraient pas à une hégémonie politique ou culturelle, mais qu’ils avaient leur mot à dire car les problèmes aujourd’hui sont complexes.

 

 

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Le relativisme et l’individualisme affaiblissent la démocratie et favorisent la domination des plus forts, alors que l’espérance chrétienne élargit les horizons limités de l’homme : l’Evangile est une garantie de liberté, les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Eglise sont d’une grande actualité pour la promotion de nouvelles voies de développement.

 

 

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Le monde a besoin de politiques authentiquement chrétiens, la société civile a besoin de témoins du Christ et de l’Evangile.

Écoutez le reportage d'Olivier Tosseri (Radio Vatican): >>


30.04.2010

Benoît XVI reçoit les participants à la XVIe assemblée plénière de l’Académie pontificale des sciences sociales

Du 30 avril au 4 mai, l’Académie pontificale des sciences sociales analyse la crise économique globale à la lumière des principes éthiques définis par la doctrine sociale de l’Église. C’est le thème choisi pour cette seizième session plénière, alors que la crise grecque fait trembler la zone euro et que les chiffres du chômage en Espagne sont affolants, atteignant 20 %.

 

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Benoît XVI, qui a consacré une de ses trois encycliques – Caritas in veritate –, aux principes fondamentaux d’un véritable développement humain, s’est adressé aux congressistes ce vendredi matin.

Olivier Tosseri (Radio Vatican): >>


11.12.2009

Entre Rome et Moscou, c'est à nouveau le printemps

Entre Rome et Moscou, c'est à nouveau le printemps

Pour la première fois, l’Eglise orthodoxe russe publie dans un livre les textes d'un pape. L'auteur: Benoît XVI. Le sujet: l'Europe. L'objectif: une sainte alliance pour défendre la tradition chrétienne


par Sandro Magister





ROME, le 11 décembre 2009 – Dans un communiqué laconique, l’Eglise de Rome et la Russie ont annoncé, il y a deux jours, qu’elles allaient "établir entre elles des relations diplomatiques, au niveau d’une nonciature apostolique pour le Saint-Siège et d’une ambassade pour la Fédération de Russie".

Six jours plus tôt, le 3 décembre, le pape Benoît XVI avait reçu en audience Dimitri Medvedev, président de la Fédération de Russie. Il lui avait offert un exemplaire en russe de l'encyclique "Caritas in veritate" et avait discuté avec lui "de sujets culturels et sociaux d’intérêt commun, comme la valeur de la famille, et de la contribution des croyants à la vie de la Russie".

Mais il n’y a pas qu’avec les autorités de l’Etat russe que l’Eglise de Rome entretient aujourd’hui des relations jugées "amicales" par les deux parties.

Le printemps semble aussi se manifester avec l’Eglise orthodoxe de Moscou.

Un signe en a été donné au moment même de la visite de Medvedev en Italie. Le 2 décembre, un livre édité par le patriarcat de Moscou et réunissant les principaux discours sur l'Europe prononcés par Joseph Ratzinger, cardinal et pape, au cours des dix dernières années a été présenté à Rome.

Le volume est entièrement bilingue italien-russe. Son titre reprend une expression employée par Benoît XVI à Prague : "Europe, patrie spirituelle". Et la longue introduction est signée par le président du département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat, l’archevêque Hilarion de Volokolamsk (photo), une autorité de première grandeur : on sait que le précédent titulaire de cette charge, Kirill, est aujourd’hui le patriarche de l’Eglise orthodoxe de Moscou "et de toutes les Russies".

On trouvera ci-dessous un extrait de cette introduction, très intéressant pour comprendre comment le patriarcat de Moscou voit son rôle en Europe.

Une Europe forgée par le christianisme mais aujourd’hui attaquée par un "sécularisme  militant" contre lequel la lutte est surtout menée par deux forces : l’Eglise de Rome en Occident et l’Eglise orthodoxe en Orient.

Ceux qui pensent que l’Eglise orthodoxe est hors du temps, toute en traditions lointaines et en liturgies archaïques, seront stupéfaits en lisant l'introduction de ce livre.

Elle a été inspirée par un document très vigoureux, sans précédent dans toute l’histoire de l'orthodoxie. Intitulé "Les bases de la doctrine sociale de l’église orthodoxe russe", il a été publié en 2000 par le concile des évêques russes.

L'image qui en ressort est celle d’une Eglise russe qui refuse d’être enfermée dans un ghetto et combat au contraire l'assiégeant séculariste avec toutes les armes pacifiques à sa disposition, y compris la désobéissance civile contre les lois "qui obligent à commettre un péché aux yeux de Dieu".

C’est un texte qui frappe aussi par son langage franc, politiquement incorrect, inhabituel sous la plume d’une haute autorité ecclésiastique.

Mais, avant de le lire, il est intéressant de connaître quelques particularités du livre.

Sa publication ne résulte pas de contacts œcuméniques officiels. Ni le conseil pontifical pour l'unité des chrétiens présidé par le cardinal Walter Kasper, ni aucun autre service du Vatican ne sont à son origine.

Les véritables promoteurs et éditeurs sont d’une part le département des relations ecclésiastiques extérieures du patriarcat de Moscou et d’autre part une association internationale ayant son siège à Rome : "Sofia : Idea Russa, Idea d’Europa".

Cette association est animée par Pierluca Azzaro, professeur d’histoire de la pensée politique à l'Université Catholique du Sacré-Cœur et responsable du livre. Elle agit à travers le "Forum de dialogue des sociétés civiles d’Italie et de Russie", coprésidé pour l'Italie par Luisa Todini, propriétaire d’une grande entreprise de construction et ancienne parlementaire européenne du parti de Silvio Berlusconi, et pour la Russie par Vladimir A. Dmitriev, président de la Vnesheconombank.

C’est ce Forum, né à la fin de 2004 d’une initiative conjointe de Berlusconi et du président russe Vladimir Poutine, qui a organisé à Rome, le 2 décembre dernier, la présentation publique du livre de Joseph Ratzinger/Benoît XVI, au ministère du Développement économique. Deux autres ministres, ceux de la Culture et de l'Instruction, étaient présents, ainsi qu’une nombreuse assistance d’industriels, de diplomates et d’experts en géopolitique.

Pour le monde de la culture russe, c’est le recteur de l’Université d’Etat des Relations Internationales de Moscou, Anatoly V. Torkounov qui est intervenu et, pour le monde de la culture italien, le recteur de l'Université Catholique du Sacré-Cœur, Lorenzo Ornaghi.

Le patriarcat de Moscou était représenté par le secrétaire du département des relations ecclésiastiques extérieures, Sergueï Zvonarev, et le conseil pontifical pour l'unité des chrétiens par Mgr Milan Zust, spécialiste des relations avec l'orthodoxie.

La rencontré était intitulée : "Le rôle des Eglises dans l’intégration culturelle de l’Europe".

Voici donc ce que pense, à ce sujet, le "ministre des Affaires étrangères" de l’Eglise de Moscou :
 



L'aide que l’Eglise Orthodoxe Russe peut apporter à l'Europe

par Hilarion Alfeyev, archevêque de Volokolamsk

Introduction à : Joseph Ratzinger/Benoît XVI, "Europe, patrie spirituelle", Moscou/Rome, 2009



Lors de mes voyages en Europe, surtout dans les pays de tradition protestante, je suis toujours étonné de voir un nombre non négligeable d’églises abandonnées par leurs paroissiens, surtout celles qui sont devenues des pubs, des clubs, des magasins ou des lieux d’activité profane d’un autre genre encore. Il y a quelque chose de profondément déplorable dans ce triste spectacle. Je viens d’un pays où, des décennies durant, les églises ont été utilisées à des fins irréligieuses. De très nombreux lieux de culte ont été totalement détruits, d’autres transformés en "musées de l’athéisme", d’autres encore réaménagés pour être confiés à des institutions séculières. C’était l’une des caractéristiques de ce que l’on appelait "l’athéisme militant", qui a prédominé pendant 70 ans dans mon pays et ne s’est effondré qu’à une époque assez récente. Mais quelle est, en Europe occidentale, la cause de tels phénomènes ? Est-ce le fait que la place de la religion au sein de la société occidentale a diminué de façon tellement significative au cours des dernières décennies ? Comment se fait-il que la religion ait de moins en moins de place dans la sphère publique ? Et encore : pourquoi cette réduction de la présence religieuse en Europe a-t-elle coïncidé avec les processus de consolidation en matière politique, financière, économique et sociale ? [...]

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, quand l'Europe était en ruines, la nécessité d’une solidarité paneuropéenne est devenue évidente, pas seulement pour la survie du continent, mais pour celle du monde entier. [...] La présence d’un "grand frère" derrière le rideau di fer poussait aussi l'Occident à agir pour l'intégration et l'unification.

En principe ce processus a eu des dimensions uniquement économiques, militaires et politiques. Et pourtant, au fil du temps, l'exigence d’un espace culturel commun, d’une unique civilisation européenne, est devenue de plus en plus forte. Il a donc paru nécessaire de développer une idéologie nouvelle, universelle, qui, en réduisant les tensions idéologiques et religieuses existant entre les divers peuples, assurerait la coexistence pacifique entre les différentes cultures au sein d’une seule civilisation européenne.

Pour créer une idéologie d’une telle ampleur, il fallait réduire toutes les traditions culturelles, idéologiques et religieuses d'Europe à un dénominateur commun. Le rôle de ce dénominateur a été joué par l’humanisme occidental postchrétien, dont les principes essentiels furent formulés à l’époque des Lumières et "testés" pendant la Révolution française.

Le modèle d’une nouvelle Europe fondée sur cette idéologie présuppose la construction d’une société ouvertement séculariste, dans laquelle la religion ne peut avoir de place que dans la sphère privée. Conformément à ce modèle sécularisé, la religion doit être séparée à la fois de l’Etat et de la société : elle doit être sans aucune influence sur le développement social et ne pas interférer dans la vie politique. Non seulement un tel modèle réduit à zéro la dimension sociale de toute religion mais il constitue un défi pour la vocation missionnaire de beaucoup de communautés religieuses. Pour les Eglises chrétiennes, ce modèle représente une véritable intimidation, parce qu’il leur ôte la possibilité de prêcher l’Evangile à "toutes les nations", d’annoncer le Christ au monde. [...]
 
En Union Soviétique la religion a été persécutée pendant 70 ans. Il y a eu plusieurs vagues de persécution, chacune ayant son caractère particulier. A la fin des années 20 et pendant les années 30, les persécutions ont été plus cruelles. Une grande partie du clergé a été mise à mort ; tous les monastères ont été fermés, ainsi que les écoles de théologie et la majorité des églises. Une période moins brutale a suivi la fin de la seconde guerre mondiale : des monastères ont été rouverts, ainsi que quelques écoles. Dans les années 60, une nouvelle vague de dures persécutions a commencé, visant à l’anéantissement total de la religion qui aurait dû se réaliser avant le début des années 80.

Mais, au milieu des années 80, non seulement l’Eglise était encore vivante mais, en fait, elle se développait, même si c’était lentement. [...] Quelque chose, en tout cas, n’a jamais changé : l’interdiction faite à la religion de sortir du ghetto où elle avait été confinée par le régime athée. [...]

Aujourd’hui, les processus existant en Europe ont une certaine ressemblance avec ceux de l'Union Soviétique. Pour la religion, le sécularisme militant est aussi dangereux que le fut l'athéisme militant. Tous deux tendent à exclure la religion de la sphère publique et politique, à la reléguer dans un ghetto, à la confiner au domaine de la dévotion privée. Les règles non écrites de "political correctness" sont de plus en plus appliquées aux institutions religieuses. Dans bien des cas, cela implique que les croyants ne peuvent plus exprimer leurs convictions ouvertement, dans la mesure où l'expression publique d’une conviction religieuse pourrait être considérée comme une violation des droits de ceux qui ne la partagent pas. [...]

Les résultats de cette politique sont évidents. Dans certains pays, spécialement ceux qui ne sont pas majoritairement catholiques ou orthodoxes, les majestueuses cathédrales qui, il y a encore quelques décennies, contenaient des milliers de fidèles en prière sont à moitié vides ; les séminaires de théologie ferment par manque de vocations ; les communautés religieuses ne se renouvellent pas ; les propriétés des Eglises sont vendues ; les lieux de culte sont transformés en centres pour activités profanes. Encore une fois il est indéniable que, dans bien des cas, les Eglises elles-mêmes sont responsables de la situation, mais il ne faut pas sous-évaluer l'effet destructeur du sécularisme. La religion est vraiment expulsée de la sphère publique, de plus en plus marginalisée par la société sécularisée. Et cela bien que, dans tout l'Occident et en particulier en Europe, la majorité des gens croie encore en Dieu. [...]

L’Eglise orthodoxe russe peut donc aider l'Europe par son expérience unique de survie aux persécutions les plus dures et à la lutte contre l'athéisme militant, elle qui a émergé du ghetto au moment où la situation politique changeait, reprenant sa place dans la société et redéfinissant ses responsabilités sociales [...]. Contrairement à beaucoup de pays d'Europe occidentale, la Russie et les autres républiques de l'ex-Union Soviétique vivent une période de renaissance religieuse : des millions de gens reviennent à Dieu ; partout on construit des églises et des monastères. L’Eglise orthodoxe russe, indiscutablement l’une des Eglises au monde qui croissent le plus vite aujourd’hui, ne souffre pas d’une pénurie de vocations : au contraire, des milliers de jeunes entrent dans ses écoles de théologie pour consacrer leur vie à Dieu. [...]

"Les bases de la doctrine sociale de l’église orthodoxe russe", document que le concile des évêques a adopté en 2000, est la preuve écrite que cette Eglise [...] a un potentiel intellectuel lui permettant de donner des réponses équilibrées et compréhensibles. En lisant ce document - le premier texte de ce genre dans toute l’histoire de la chrétienté orthodoxe - tout le monde comprend qu’il appartient à une Eglise qui ne vit plus dans un ghetto mais est plutôt en pleine force. Durement frappée par l'athéisme militant, cette Eglise n’a jamais été détruite. Au contraire, elle est ressortie renouvelée et rajeunie de l’expérience terrible de la persécution. Descendue aux enfers et ressuscitée des morts, cette Eglise a vraiment beaucoup à dire au monde. [...]

Pour l’Eglise orthodoxe russe, il ne peut y avoir un seul modèle idéologique, ni un unique système de valeurs spirituelles et morales à imposer indistinctement à tous les pays européens. L’Eglise orthodoxe russe souhaite une Europe fondée sur le véritable pluralisme, une Europe où la diversité des traditions culturelles, spirituelles et religieuses soit pleinement représentée. Cette pluralité de traditions doit se refléter dans tous les textes législatifs et être respectée par tous les tribunaux dans leurs jugements. Si les lois et les décisions de justice ne reposent que sur les principes enracinés dans l’humanisme séculariste occidental – avec sa conception particulière de la paix, de la tolérance, de la liberté, de la justice, du respect des droits de l’homme, et ainsi de suite – elles risquent de ne pas être acceptées par une bonne partie de la population européenne, et en particulier par ceux qui, du fait de leur appartenance à une tradition religieuse, ont une vision différente de ces principes. [...]

L’ancienne dictature totalitaire ne doit pas être remplacée par une nouvelle dictature de mécanismes de gouvernement paneuropéens. [...] Pour l’Eglise orthodoxe russe, tout Etat doit avoir le droit de légiférer à sa guise sur le mariage et la famille, les questions de bioéthique et les modèles d’éducation. Les pays de tradition orthodoxe, par exemple, n’acceptent pas de lois légalisant l'euthanasie, les mariages entre homosexuels, le trafic de drogue, le maintien des bordels, la pornographie et ainsi de suite.

De plus, nous croyons que chaque pays doit avoir le droit de développer son propre modèle de rapports entre l’Etat et l’Eglise. Une législation qui se borne à garantir aux citoyens le droit à la liberté religieuse crée, en fait, les conditions d’une concurrence sauvage entre religions et confessions. Nous devons au contraire créer ensemble les conditions pour que les libertés démocratiques d’un individu, y compris son droit à l'autodétermination religieuse, ne s’opposent pas au droit des communautés nationales à préserver leur intégrité, la fidélité à leurs traditions, leur éthique sociale et leur religion. Ce sont des éléments particulièrement importants, surtout quand il s’agit de créer une réglementation relative aux mouvements à caractère religieux destructeurs et extrémistes, ou quand on a la preuve de violations de la liberté religieuse par des religions traditionnelles, dont l’expansion dans certaines parties de l'Europe menace l'ordre public et social. [...]

Des chocs et des affrontements seront inévitables entre les institutions religieuses d’un côté et le monde sécularisé de l'autre si aucune garantie n’est donnée aux communautés religieuses. Ils pourront avoir lieu à différents niveaux et sur différentes questions, mais il n’est pas difficile de prévoir que, dans la plupart des cas, ils porteront sur des problèmes de morale, dont les communautés religieuses ont une vision différente de celle de la société moderne. Il y a déjà une divergence assez claire entre le système de valeurs des religions traditionnelles et celui qui caractérise le monde sécularisé.

"Les bases de la doctrine sociale" n’est pas un manuel à usage privé : c’est un document public dans lequel l’Eglise orthodoxe russe exprime ses positions officielles de manière ouverte et explicite. Le langage du document diffère de celui de la société sécularisée : la notion de péché, par exemple, est pratiquement absente du vocabulaire du sécularisme. Mais l’Eglise estime avoir pleinement le droit d’exprimer ses positions publiquement, non seulement quand elles concordent avec les opinions généralement acceptées, mais aussi en cas de divergence.

Il y a de nombreuses positions développées dans "Les bases de la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe" qui pourraient ne pas correspondre aux standards du sécularisme. Par exemple, l’Eglise voit dans l'avortement "un péché grave", semblable à l'homicide, et déclare que "dès la conception, toute intervention contre la vie du futur être humain est criminelle". L’Eglise refuse aussi, comme "contre nature et moralement inadmissible", le système des "mères porteuses", ainsi que toute forme d'insémination extracorporelle. Le clonage humain est considéré comme un "défi sans équivoque à la nature même de l'être humain et à l'image de Dieu qui s’y trouve, dont font partie intégrante la liberté et l'unicité de la personne". La thérapie qui utilise le fœtus est considérée comme "absolument inadmissible". L'euthanasie est condamnée comme "forme d’homicide ou de suicide". Changer de sexe est considéré comme une "rébellion contre le Créateur" que l’Eglise n’admet pas : si une personne d’un sexe différent de celui qui était le sien à l’origine se présentait pour recevoir le baptême, elle serait baptisée selon le "sexe auquel elle appartenait au moment de sa naissance". [...]
 
Le droit de suivre leurs traditions canoniques plutôt que la loi sécularisée en cas de superpositions ou d’opposition évidente, doit être reconnu aux Eglises. Selon la doctrine sociale de l’Eglise orthodoxe russe, "quand la loi humaine rejette complètement la norme divine qui a une valeur absolue, pour la remplacer par une norme contraire, cette dernière cesse d’être loi et devient illégale, quels que soient les caractères juridiques dont elle est revêtue".

Donc, "pour tout ce qui concerne l'ordre exclusivement terrestre des choses, le chrétien orthodoxe doit obéir à la loi, si imparfaite et défavorable soit-elle. Mais, au cas où le respect de la loi menacerait son salut éternel et impliquerait l'apostasie ou l'obligation de commettre un péché aux yeux de Dieu et du prochain, le chrétien est appelé à professer audacieusement sa foi, pour l'amour de Dieu et de sa vérité et pour le salut de son âme, pour la vie éternelle. Il devra protester par les moyens légaux contre la nette violation des lois et commandements de Dieu commise par la société ou par l’Etat. Et si cela s’avère impossible ou inefficace, alors il devra passer à la désobéissance civile". (IV, 9)

Evidemment, la désobéissance à la loi civile est une mesure extrême, qu’une Eglise particulière peut adopter dans des circonstances exceptionnelles. Mais c’est une possibilité qu’il ne faut pas exclure a priori, au cas où un système de valeurs sécularisées deviendrait le seul en vigueur en Europe. [...]

Je crois que la solidarité entre chrétiens européens doit devenir de plus en plus manifeste au fur et à mesure que progresse le processus de définition d’un système commun de valeurs européen. Ce n’est qu’ensemble que les chrétiens, avec les représentants des autres religions traditionnelles en Europe, seront capables de sauvegarder leur identité, de combattre le sécularisme militant et d’affronter les autres défis de la modernité. L’Eglise orthodoxe russe est prête à collaborer, au niveau interconfessionnel ou interreligieux mais aussi au niveau politique, social et à tous les autres niveaux, avec tous ceux qui ne sont pas indifférents à la future identité de l'Europe, avec tous ceux qui croient que les valeurs religieuses traditionnelles font partie de cette identité.

Je voudrais enfin commenter la récente sentence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre l'Italie, c’est-à-dire l’interdiction de placer des crucifix dans les écoles italiennes. Cette sentence va contre le droit de chaque Etat de préserver ses traditions et son identité ; elle porte donc atteinte à l'inviolable principe de l'authentique pluralisme des traditions. C’est une manifestation inacceptable de sécularisme militant. L'activité de la Cour Européenne ne doit pas se transformer en farce cynique. L'attitude ultralibérale qui a prévalu dans l'adoption de cette décision ne doit pas prédominer en Europe. Les origines de l'Europe sont chrétiennes. Le crucifix est un symbole universel et il est absolument inadmissible que, pour satisfaire aux standards ultralibéraux et athées, on prive l'Europe et ses institutions sociales des symboles qui ont formé et uni les gens pendant tant de siècles. Le crucifix n’est pas un symbole de violence mais de conciliation. Je pense que, dans tous ces domaines, nous pouvons collaborer avec l’Eglise catholique pour défendre la tradition chrétienne face au sécularisme militant et au libéralisme agressif.

Dans ce cadre, je voudrais en conclusion poser la question suivante : sommes-nous en train de construire une Europe complètement athée et séculariste, où Dieu est expulsé de la société et la religion poussée vers le ghetto du privé, ou la nouvelle Europe sera-t-elle vraiment la maison des diverses religions, devenant ainsi authentiquement accueillante et pluraliste ? Je crois que c’est la question que les Eglises d’Europe et les communautés religieuses doivent poser, une question à laquelle les hommes politiques ont le devoir de répondre. C’est sur cette question que le dialogue entre les communautés religieuses et les institutions politiques européennes devrait être centré.


Le texte de l'introduction de l'archevêque Hilarion au livre de Joseph Ratzinger/Benoît XVI "Europe, patrie spirituelle" a été reproduit presque intégralement le 2 décembre par "L'Osservatore Romano":

> L'Europe et les intimidations du sécularisme


Sur ces sujets, voir www.chiesa :

> Focus ÉGLISES ORIENTALES




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

08.10.2009

La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican

La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican

Dans un article-choc publié à Rome, l'évêque de Denver, Charles J. Chaput, critique le président américain et les hommes d'Eglise qui l'encensent, en particulier le cardinal de curie Cottier. Mais la secrétairerie d'état du Vatican est aussi en discussion


par Sandro Magister




ROME, le 8 octobre 2009 – "Je défendrai toujours avec force le droit des évêques de me critiquer", avait assuré Barack Obama la veille de sa rencontre du 10 juillet avec Benoît XVI.

Certes. Quelque 80 évêques catholiques des Etats-Unis sont ouvertement en désaccord avec lui sur des sujets cruciaux, au premier rang desquels la défense de la vie. Parmi eux, le cardinal Francis George, président de la conférence des évêques et archevêque de Chicago, la ville d’Obama.

Il y a aussi l’évêque de Denver, Charles J. Chaput, 65 ans, indien, franciscain de l'ordre des capucins, auteur, il y a un an, d’un livre au titre révélateur : "Render unto Caesar. Serving the Nation by Living Our Catholic Beliefs in Political Life". Il est juste de rendre à César ce qui lui revient. Mais on sert son pays en vivant sa foi catholique dans la vie politique.

Chaput est mécontent qu’à Rome, le Vatican mette une sourdine aux critiques de l’Eglise des Etats-Unis contre Obama. Il n’a pas aimé, en particulier, les louanges immodérées adressées au président américain en juillet – au moment de la rencontre d’Obama avec le pape – par un vénérable cardinal de curie, le Suisse Georges Cottier, pro-théologien de la maison pontificale, dans un article paru dans la revue "30 Jours".

"30 Jours" est une revue de géopolitique ecclésiastique très lue à la curie et dirigée par le plus "curial" des hommes politiques italiens à longue carrière, le sénateur à vie Giulio Andreotti. Rédigée en six langues, elle touche tous les diocèses du monde et reflète fidèlement les politiques réalistes de la diplomatie vaticane.

Ayant lu l'article enthousiaste du cardinal Cottier – enthousiaste surtout en ce qui concerne le discours d’Obama à l'université catholique Notre Dame – et avant cela un précédent éditorial de "L'Osservatore Romano", très élogieux aussi, sur les 100 premiers jours du président américain, y compris "en faveur de la maternité", Chaput a estimé qu’il était de son devoir d’y répondre.

Il a pris sa plume et répondu point par point. A Obama, au cardinal Cottier, à la secrétairerie d’état du Vatican. Pas dans un journal américain, mais dans un journal imprimé à Rome, pour que le Vatican voie son article.

Sa réponse est parue le 6 octobre dans "il Foglio", le quotidien d'opinion dirigée par Giuliano Ferrara, qui n’est pas catholique mais très attentif au rôle public des religions et de sympathies nettement "ratzingériennes".

L'article de l’évêque de Denver occupait toute la troisième page, sous le titre: "La hache de guerre de l’évêque indien – Charles J. Chaput contre Notre Dame et contre l'illustre cardinal séduit par le pro-avortement Obama".

Le texte est reproduit ci-dessus avec son titre original.

Ce même 6 octobre, "il Foglio" publiait, en première page, une interview du cardinal George, qui était à Rome pour présenter son nouveau livre : "The Difference God Makes - A Catholic Vision of Faith, Communion, and Culture [La différence que fait Dieu - Une vision catholique de la foi, de la communion et de la culture]".

Dans cette interview, le cardinal déclarait notamment :


"Aujourd’hui, notre problème majeur en tant qu’Eglise est de faire savoir à la société qu’il existe une hiérarchie de valeurs. Prenons la question de l'avortement et de la vie en général. La voix de l’Eglise est écoutée aux Etats-Unis mais elle y est également très combattue. Et les critiques contre l’Eglise ont un motif : notre société considère que l'individualisme et la liberté de choix sont la valeur la plus importante à protéger. Aujourd’hui le libre arbitre vaut plus que la vie."


Et aussi :


"La morale de l’Eglise sur certains sujets n’a jamais changé. L'Osservatore Romano – c’est vrai – peut avoir écrit dix lignes favorables à Obama, un cardinal peut avoir parlé avec enthousiasme de l'actuelle administration américaine, mais, au-delà des trouvailles journalistiques, un point reste clair : l’Eglise ne peut se trahir elle-même".



La politique, la morale et un président. Une vision américaine

par Charles J. Chaput



Une grande force de l’Eglise réside dans sa vision globale. A cet égard, le récent essai du cardinal Georges Cottier sur le président Barack Obama ("La politique, la morale et le péché originel", publié dans "30 Jours" n° 5, 2009) a apporté une contribution précieuse au débat catholique sur le nouveau président américain. Notre foi nous unit à travers les frontières. Ce qui se passe dans un pays peut avoir un impact dans beaucoup d’autres. L’opinion du monde sur les leaders américains n’est pas seulement appropriée, elle est bienvenue.

Mais le monde ne vit et ne vote pas aux Etats-Unis. Les Américains, si. Dans chaque pays, ce sont les évêques locaux qui connaissent le mieux les réalités pastorales, parce qu’ils dirigent les fidèles. Donc, à propos des dirigeants américains, les réflexions d’un évêque américain peuvent sûrement avoir un intérêt. Elles peuvent approfondir le jugement positif du cardinal en offrant une perspective différente.

Je précise que je ne parle ici qu’à titre personnel, pas au nom des évêques des Etats-Unis en tant que corps constitué, ni au nom de tout autre évêque. Je n’entends pas non plus me référer au discours du président Obama sur le monde musulman, que le cardinal Cottier mentionne dans son essai. Il faudrait pour cela un autre article.

Je vais me concentrer sur le discours du président à l’Université Notre Dame lors de la cérémonie de remise des diplômes et sur les remarques du cardinal Cottier à propos de la pensée du président. Cela pour deux raisons.

La première : des gens de mon diocèse font partie - en tant qu’étudiants, diplômés ou parents - de la communauté nationale de Notre Dame. Tout évêque s’intéresse à la foi des personnes confiées à ses soins et Notre Dame n’a jamais été une simple université catholique locale. C’est une icône de l’expérience catholique américaine.

La seconde : lorsque l’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame - publiquement soutenu par environ 80 autres évêques et 300 000 laïcs de tout le pays - désapprouve avec vigueur la présence d’un orateur, quel qu’il soit, les gens raisonnables doivent en conclure que cet orateur, ou au moins sa participation à l’événement litigieux, pose un vrai problème. Ces gens raisonnables peuvent aussi décider de s’en remettre au jugement des pasteurs catholiques les plus proches de l’affaire.

Malheureusement, et involontairement, le texte du cardinal Cottier sous-évalue la gravité de ce qui est arrivé à Notre Dame. Il surévalue aussi l’accord de la pensée d’Obama avec la doctrine catholique.

Il faut rappeler ici plusieurs points importants.

Premièrement, l’opposition à l’intervention du président Obama à l’Université Notre Dame n’a rien à voir avec la question de savoir s’il est bon ou mauvais. C’est évidemment un homme très doué. Il a de bons instincts moraux et politiques et son dévouement à sa famille est admirable. Ce sont des choses qui comptent. Mais hélas il en est d’autres qui comptent aussi : sa position sur des sujets de bioéthique essentiels, entre autres l’avortement, diffère nettement de la position catholique. C’est bien pour cela qu’il bénéficie depuis des années de l’appui de grandes organisations qui défendent le “droit à l’avortement”. On parle beaucoup, dans certains cercles religieux, de la sympathie du président pour la doctrine sociale catholique. Mais la défense du fœtus est une exigence de justice sociale. Il n’y a pas de “justice sociale” si les plus jeunes et les plus faibles d’entre nous peuvent être légalement tués. De bons programmes en faveur des pauvres sont sûrement essentiels, mais ils ne peuvent pas constituer une justification de cette violation fondamentale des droits de l’homme.

Deuxièmement, à un autre moment et dans d’autres circonstances, le conflit de Notre Dame aurait pu se dissiper facilement si l’université avait simplement demandé au président de faire une conférence ou un discours. Mais, alors que les évêques américains avaient déjà exprimé leur vive préoccupation face aux politiques pro-avortement de la nouvelle administration, l’Université Notre Dame a fait de la présence du président le clou de la cérémonie de remise des diplômes et lui a en outre remis un diplôme de docteur honoris causa en droit – malgré ses positions très inquiétantes à propos de la loi sur l’avortement et d’autres questions sociales liées à celle-là.

La vraie raison de la préoccupation des catholiques quant à l’intervention d’Obama à Notre Dame se trouve dans ses votes et discours ouvertement négatifs sur l’avortement et autres questions controversées. Par ses initiatives, l’Université Notre Dame a négligé et violé les directives formulées par les évêques américains dans “Catholics in Political Life”. Dans ce texte de 2004, les évêques invitaient les organismes catholiques à ne pas attribuer d’honneurs à des fonctionnaires gouvernementaux en désaccord ouvert avec la doctrine de l’Eglise sur des sujets graves.

Le vif débat qui, au printemps dernier, a divisé les milieux catholiques américains à propos de la distinction attribuée à Barack Obama par l’Université Notre Dame ne portait donc pas sur la politique partisane, mais sur des questions graves de foi catholique, d’identité et de témoignage religieux, ce que le cardinal Cottier, écrivant hors du contexte américain, peut avoir mal perçu.

Troisièmement, le cardinal note à juste titre des points de contact entre la recherche d’un “terrain politique commun” souvent affirmée par Obama et l’aspiration catholique au “bien commun”. Ces deux objectifs (la recherche d’un terrain politique commun et celle du bien commun) peuvent souvent coïncider. Mais ils ne sont pas identiques et peuvent diverger fortement dans la pratique. Ce que l’on appelle les politiques de “terrain commun” en matière d’avortement peut en réalité attaquer le bien commun parce qu’elles impliquent une fausse unité : elles établissent une plate-forme d’accord public trop étroite et trop faible pour supporter le poids d’un véritable consensus moral. Le bien commun ne peut jamais être favorisé par l’acceptation du meurtre des faibles, à commencer par les enfants encore à naître.

Quatrièmement, le cardinal Cottier rappelle avec raison à ses lecteurs le respect mutuel et l’esprit de coopération qu’exige la citoyenneté dans une démocratie pluraliste. Mais le pluralisme n’est jamais une fin en soi ni une excuse de l’inaction. Comme Obama lui-même l’a dit dans son discours à l’Université Notre Dame, la santé de la démocratie dépend de gens de convictions qui se battent fermement sur le terrain public pour ce en quoi ils croient : de façon pacifique et légale, mais avec vigueur et sans s’excuser.

Malheureusement, le président a ajouté une remarque curieuse : “La grande ironie de la foi est qu’elle admet nécessairement le doute… Ce doute ne doit pas nous éloigner de notre foi, mais il doit nous rendre humbles”. Bien sûr, c’est très vrai en un certain sens : de ce côté de l’éternité, le doute fait partie de la condition humaine. Mais le doute est absence de quelque chose ; ce n’est pas une valeur positive. S’il empêche les croyants d’agir sur la base des exigences de leur foi, il devient une faiblesse fatale.

L’habitude du doute s’adapte trop commodément à une sorte de “scepticisme baptisé” : un christianisme qui n’est guère plus qu’une vague loyauté tribale et un vocabulaire spirituel commode. Trop souvent, dans l’histoire américaine récente, le pluralisme et le doute sont devenus un alibi pour la léthargie politique et morale des catholiques. Peut-être l’Europe est-elle différente. Mais il me semble que l’actuel moment de l’Histoire (il réunit les catholiques américains et européens) ne ressemble pas du tout aux circonstances sociales que durent affronter les anciens législateurs chrétiens cités par le cardinal. Ces hommes avaient la foi, mais aussi le zèle nécessaire (tempéré par la patience et l’intelligence) pour incarner dans la culture le contenu moral de leur foi. Autrement dit, ils ont construit une civilisation modelée par la foi chrétienne. Ce qui arrive aujourd’hui est tout à fait différent.

Le texte du cardinal Cottier témoigne de la générosité de son esprit. J’ai notamment été frappé par le bien qu’il pense de l’“humble réalisme” du président Obama. J’espère qu’il a raison. Les catholiques américains veulent qu’il ait raison. L’humilité et le réalisme sont le terrain où une politique de bon sens, modeste, à l’échelle humaine, et morale peut se développer. Reste à savoir si le président Obama sera capable de diriger le pays de cette façon. Nous avons le devoir de prier pour lui, afin qu’il puisse le faire et qu’il le fasse.


Le quotidien romain qui a publié l'article de l’évêque Charles J. Chaput :

> Il Foglio

Et le reportage de www.chiesa avec l'article pro-Obama du cardinal Georges Cottier, publié par la revue internationale "30 Jours", auquel Chaput a répondu :

> Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête (5.7.2009)


A propos du dernier livre de l’évêque Chaput, "Render unto Caesar" :

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)



D’autres reportages de www.chiesa à propos des hauts et des bas dans les relations entre Obama et l’Eglise catholique :

> Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen (26.5.2009)

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)


A propos des frictions entre la secrétairerie d’état du Vatican et les conférences des évêques des Etats-Unis, d'Italie et d’autres pays :

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)


Autre texte relatif aux divergences entre la secrétairerie d’état du Vatican et les épiscopats nationaux, une analyse de Sandro Magister dans le quotidien "il Foglio" du 29 septembre 2009 :

> Il j'accuse di Magister. Perché la Realpolitik di Bertone non è in sintonia col papa



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

20.09.2009

Ne pas confondre le rôle des prêtres et des laïcs

Benoît XVI invite à ne pas confondre le rôle des prêtres et des laïcs

Visite ad limina des évêques brésiliens

 

pope


ROME, Vendredi 18 Septembre 2009 (ZENIT.org) - Les « membres » de l'Eglise « n'ont pas tous la même fonction » : « c'est cela qui constitue la beauté et la vie du corps », a affirmé Benoît XVI en invitant à « éviter la sécularisation des prêtres et la cléricalisation des laïcs ».

Devant les évêques brésiliens du nord-est du Brésil, qu'il a reçus en audience à l'occasion de leur visite ad limina, le 17 septembre, le pape a demandé que les fidèles laïcs s'engagent « à exprimer dans la réalité, même à travers un engagement politique, une vision anthropologique chrétienne et la doctrine sociale de l'Eglise ».

Il a ajouté qu'en revanche « les prêtres doivent rester éloignés d'un engagement personnel en politique, afin de favoriser l'unité et la communion de tous les fidèles et de pouvoir ainsi être un point de référence pour tous ».

Pour Benoît XVI, « il est important de faire grandir cette conscience chez les prêtres, chez les religieux et chez les fidèles laïcs, en encourageant et en veillant à ce que chacun puisse se sentir motivé et agir selon son propre état ».

Benoît XVI a expliqué qu'il ne faut pas se résigner à une carence de prêtres en se laissant « consoler » par le fait que cette carence mettrait « mieux en évidence le rôle des fidèles laïcs ».

« Ce n'est pas le manque de prêtres qui justifie une participation plus active et consistante des laïcs », a-t-il dit. « En réalité, plus les fidèles sont conscients de leurs responsabilités dans l'Eglise, plus l'identité spécifique et le rôle irremplaçable du prêtre comme pasteur de la communauté tout entière est évidente », a-t-il ajouté.

Dans son discours, le pape a exhorté les évêques brésiliens à « demander au Seigneur d'envoyer des ouvriers pour sa moisson ». « Il est important d'éviter que la situation actuelle, où beaucoup d'entre vous sont contraints d'organiser la vie ecclésiale avec peu de prêtres, soit considéré comme normale ou typique de l'avenir ».

« Vous devez concentrer vos efforts pour réveiller de nouvelles vocations sacerdotales et trouver les pasteurs indispensables à vos diocèses, vous aidant réciproquement afin que tous disposent de prêtres mieux formés et plus nombreux pour soutenir la vie de foi et la mission apostolique des fidèles », a insisté le pape.

En cette année sacerdotale, Benoît XVI les a enfin invités à prendre exemple sur le curé d'Ars, « modèle actuel pour vos prêtres, en particulier pour vivre le célibat comme une exigence de don total de soi ».