02/06/2009

Benoît XVI: Je n’aurais jamais pensé devenir pape

Benoît XVI répond aux enfants de l’Enfance missionnaire


« Je n’aurais jamais pensé devenir pape »



ROME, Lundi 1er juin 2009 (ZENIT.org) - « Je n'aurais jamais pensé devenir pape, parce que, comme je l'ai déjà dit, j'ai été un garçon assez ingénu dans un petit village très loin des centres, dans une province oubliée », a confié Benoît XVI en répondant aux enfants italiens de l'Enfance missionnaire. 

 


Le Pape avec les enfants de l'Enfance Missionnaire
source: PhK


Benoît XVI a rencontré, samedi 30 mai, dans la salle Paul VI au Vatican près de 7000 enfants de l'Enfance missionnaire auxquels il a répondu d'abondance du coeur. 

Le pape a été accueilli par le cardinal-préfet de la congrégation pour l'évangélisation des peuples, Ivan Dias.  
 

Première question - Je m'appelle Anna Filippone, j'ai 12 ans, je suis servante de messe, je viens de Calabre, du diocèse d'Oppido Mamertina-Palmi. Pape Benoît, mon ami Giovanni a un papa italien et une maman de l'Equateur, et il est très heureux. Tu penses que les différentes cultures pourront un jour vivre sans se disputer au Nom de Jésus ? 

Benoît XVI - J'ai compris que vous voulez savoir comment nous, lorsque nous étions enfants, nous avons fait pour nous aider réciproquement. Je dois dire que j'ai vécu mes années d'école élémentaire dans un petit village de 400 habitants, très loin des grands centres. Nous étions donc un peu ingénus et dans ce village, il y avait d'une part les agriculteurs très riches et d'autres moins riches, mais à l'aise, et d'autre part, des employés pauvres, des artisans.

Un peu avant le début de l'école élémentaire, notre famille était arrivée dans ce village provenant d' un autre village, donc nous étions un peu des étrangers, le dialecte aussi était différent. Dans cette école, se reflétaient des situations sociales très différentes. Cependant il y avait entre nous une belle communion.

Ils m'ont enseigné leur dialecte, que je ne connaissais pas encore. Nous avons bien collaboré, et je dois dire que parfois naturellement, nous nous sommes aussi disputés, mais ensuite, nous nous sommes réconciliés et nous avons oublié ce qui était arrivé. Cela me semble important. Parfois, dans la vie humaine, il semble inévitable de se disputer ; mais ce qui est important, de toute façon, c'est l'art de se réconcilier, le pardon, le fait de recommencer et de ne pas garder d'amertume dans le cœur. Je me souviens avec gratitude de la façon dont nous avons tous collaboré : l'un aidait l'autre et l'on marchait ensemble sur notre route.

Nous étions tous catholiques, et ceci, naturellement, était d'une grande aide. Nous avons ainsi appris ensemble à connaître la Bible, en commençant par la création jusqu'au sacrifice de Jésus sur la croix, et aussi les débuts de l'Eglise. Nous avons appris le catéchisme ensemble, nous avons appris ensemble à prier, nous nous sommes préparés ensemble à la première confession, pour la première communion : ce jour-là a été splendide. Nous avons compris que Jésus lui-même vient chez nous, qu'il n'est pas un Dieu lointain : il entre dans ma vie, dans mon âme. Et si le même Jésus entre en chacun de nous, nous sommes frères, sœurs, amis et nous devons donc nous comporter en tant que tels. Pour nous, cette préparation à la première confession comme purification de notre conscience, de notre vie, et ensuite aussi à la première communion, comme rencontre concrète avec Jésus qui vient chez moi, qui vient chez nous tous, ont été des facteurs qui ont contribué à former nos communautés. Ils nous ont aidés à marcher ensemble, à apprendre ensemble à se réconcilier lorsque c'était nécessaire. Nous avons fait aussi des petits spectacles : il est important aussi de collaborer, de montrer de l'attention les uns envers les autres.

Puis, à huit ou neuf ans, je suis devenu enfant de chœur. A cette époque il n'y avait pas encore de filles, mais les filles lisaient mieux que nous. Elles faisaient donc les lectures de la liturgie et nous nous faisions les enfants de chœur. A cette époque, il y avait encore de nombreux textes en latin à apprendre, et chacun a eu ainsi sa part de fatigue.

Comme je l'ai dit, nous n'étions pas des saints : nous avons eu nos disputes, mais cependant, il y avait une belle communion, dans laquelle les distinctions entre riches et pauvres, intelligents et moins intelligents ne comptaient pas. C'était la communion avec Jésus sur le chemin de la foi commune et dans la responsabilité commune, dans les jeux, dans le travail commun. Nous avons trouvé la capacité de vivre ensemble, d'être amis, et bien qu'à partir de 1937, c'est-à-dire depuis plus de 70 ans, je n'ai plus été dans ce village, nous sommes restés amis. Nous avons donc appris à nous accepter l'un l'autre, à porter le poids l'un de l'autre. Cela me semble important : en dépit de nos faiblesses, nous nous acceptons et avec Jésus Christ, avec l'Eglise, nous trouvons ensemble la route de la paix, et nous apprenons à bien vivre. 


Deuxième question - Je m'appelle Letizia et je voulais te poser une question. Cher pape Benoît XVI, qu'est-ce que cela voulait dire pour toi lorsque tu étais enfant la formule : « Les enfants aident les enfants ». Est-ce que tu as jamais pensé à devenir pape ? 

Benoît XVI - A dire la vérité, je n'aurais jamais pensé devenir pape, parce que, comme je l'ai déjà dit, j'ai été un garçon assez ingénu dans un petit village très loin des centres, dans une province oubliée. On était heureux d'être dans cette province et nous ne pensions pas à autre chose. Naturellement, nous avons connu, vénéré et aimé le pape - c'était Pie XI - mais pour nous, il était à une hauteur impossible à atteindre, quasi dans un autre monde : un père pour nous, mais cependant une réalité très supérieure à nous tous. Et je dois dire qu'aujourd'hui encore, j'ai du mal à comprendre comment le Seigneur a bien pu penser à moi, me destiner à ce ministère. Mais je l'accepte de ses mains, même si c'est une chose surprenante et qui me semble bien au-delà de mes forces. Mais le Seigneur m'aide. 


Troisième question - Cher pape Benoît, je suis Alessandro. Je voulais te demander : tu es le premier missionnaire, nous, enfants, comment pouvons-nous t'aider à annoncer l'Evangile 

Benoît XVI -   Je dirais qu'une première façon est la suivante : collaborer avec l'Œuvre pontificale de l'Enfance missionnaire. Vous faites ainsi partie d'une grande famille, qui apporte l'Evangile au monde. Vous appartenez ainsi à un grand réseau. Nous voyons ici comment se reflète une famille de peuples différents. Vous êtes dans cette grande famille : chacun fait sa part, et ensemble vous êtes missionnaires, porteurs de l'œuvre missionnaire de l'Eglise. Vous avez un beau programme, indiqué par votre porte-parole : écouter, prier, connaître, partager, être solidaire. Ce sont des éléments essentiels qui sont réellement une façon d'être missionnaire, de faire grandir l'Eglise et la présence de l'Evangile dans le monde. Je voudrais souligner certains de ces points.

Avant tout prier. La prière est une réalité : Dieu nous écoute, et, lorsque nous prions, Dieu entre dans notre vie, devient présent au milieu de nous, agissant. Prier est une chose très importante, qui peut changer le monde, parce que cela rend présente la force de Dieu. Et il est important de s'aider à prier : prions ensemble dans la liturgie, prions ensemble en famille. Et je dirais qu'il est important de commencer la journée par une petite prière et aussi de finir la journée par une petite prière : se souvenir de nos parents dans la prière. Prier avant le déjeuner, avant le dîner, et à l'occasion de la célébration commune du dimanche. Un dimanche sans messe, la grande prière commune de l'Eglise, n'est pas un vrai dimanche : il manque le cœur même du dimanche et ainsi aussi la lumière pour la semaine. Et vous pouvez aussi aider les autres - spécialement lorsque peut-être on ne prie pas à la maison, qu'on ne connaît pas la prière - enseigner aux autres à prier : prier avec eux et ainsi introduire les autres dans la communion avec Dieu.

Et puis écouter, c'est-à-dire apprendre réellement qu'est-ce que Jésus nous dit. En outre, connaître l'Ecriture Sainte, la Bible. Dans l'histoire de Jésus, nous apprenons - comme l'a dit le cardinal - le visage de Dieu, on apprend comment est Dieu. Il est important de connaître Jésus profondément, personnellement. Ainsi, il entre dans notre vie, il entre dans le monde.

Et aussi partager, ne pas vouloir les choses seulement pour soi, mais pour tous ; partager avec les autres. Et si nous voyons l'autre qui peut-être est dans le besoin, qui est moins doué, nous devons l'aider et rendre ainsi l'amour de Dieu présent sans grandes paroles, dans notre petit monde personnel, qui fait partie du grand monde. Et ainsi, on devient ensemble une famille, où chacun respecte l'autre : supporter l'autre dans son diversité, accepter justement même ceux que l'on aime moins, ne pas laisser l'autre être marginalisé, mais l'aider à s'unir à la communauté.

Tout ceci veut simplement dire vivre dans cette grande famille de l'Eglise, dans cette grande famille missionnaire. Vivre les points essentiels comme le partage, la connaissance de Jésus, la prière, l'écoute réciproque, et la solidarité, est une œuvre missionnaire, parce que cela aide à faire en sorte que l'Evangile devienne réalité dans notre monde.