13/01/2010

'Les cris au milieu des décombres' - Témoignage de Port-au-Prince

Il fait encore nuit à Port-au-Prince, isolée du reste du monde depuis le séisme d'une magnitude 7 sur l'échelle de Richter qui l'a frappée mardi à 17 heures locales.

 

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Photo Reuters


"Nous sommes tous dans la rue. On entend les appels des gens qui recherchent leurs proches, des parents ou des amis. Les équipes de secours ne sont jamais parties car les dégâts ont immédiatement empêché tout déplacement pendant les trois heures ayant fait suite au séisme. Ensuite, la nuit est tombée et la ville, qui est déjà dépourvue aux trois quarts de tout éclairage, s'est malheureusement retrouvée immobilisée. Ce sont les gens ordinaires qui s'activent à la recherche des disparus et d'éventuels rescapés et les seuls moyens en service, notamment grâce à des dispositifs photoélectriques, appartiennent à la Minustah (mission locale de l'Onu, Ndlr)",

déclare à la MISNA Fiammetta Cappellini, responsable de l'Avsi (Association des Volontaires pour le Service international) à Haïti, contactée à Port-au-Prince.

"En sortant du travail, j'ai traversé la route de Delmas - raconte la responsable humanitaire -, une des rues principales : un immeuble sur trois a été détruit et de nombreuses personnes blessées dans l'effondrement de leurs habitations tentent de gagner les hôpitaux. Le séisme a frappé vers 17 heures, soit une heure après la fermeture des bureaux. Beaucoup ont retrouvé leur maison détruite et leurs proches disparus. Nous avons porté secours à quatre jeunes frères et sœurs ayant perdu leurs parents ; l'un d'eux est grièvement blessé".

"Les téléphones et les portables ne marchent pas - poursuit-elle dans son récit, fourni grâce à une connexion Internet de fortune - de même que la télévision et la radio ne semblent pas retransmettre leurs programmes. Mais nous sommes surtout préoccupés par ce qui nous attend au lever du jour. J'ai vu le commissariat de Delmas de mes propres yeux : il s'est complètement écroulé, comme la prison pour mineurs, la cathédrale, le siège de l'Union européenne et le palais présidentiel. Un communiqué du gouvernement a indiqué que le président était sain et sauf. L'immeuble de l'Onu est gravement endommagé".

L'ampleur du drame que connaît le pays américain le plus pauvre est encore difficile à envisager.

"Dès qu'il fera jour, nous irons à Martissant. C'est la zone qui nous inquiète le plus. À partir des informations que nous possédons, tout le centre-ville a été lourdement touché : Canapé vert, Delmas, Bourdon, Pétionville…",

conclut notre interlocutrice, avant d'aller prendre un peu de repos, en prévision d'une dure journée. (Gianfranco Belgrano  - MISNA)