20.05.2012
Liberté de conscience et de religion : un droit violé ou sournoisement limité
La Conférence des évêques catholiques du Canada a publié, le 14 mai, une lettre sur la liberté de conscience et de religion. Le Conseil permanent de la Conférence a voulu exprimer son inquiétude à propos du « relativisme agressif » qui cherche, au Canada, à reléguer la religion dans la sphère privée. Le texte insiste sur la différence qui existe entre la laïcité légitime, et le laïcisme radical qui veut empêcher les confessions religieuses et les communautés de croyants de participer au débat public et à la vie citoyenne.
18:44 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : conference des eveques, eveques, canada, liberte de conscience, liberte de religion, relativisme, laicite, laicite legitime, laicisme agressif, confessions religieuses, debat public, bien commun, diversite religieuse, droits, eglise, etat, conscience, souffrances, paul-andre durocher, gatineau |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
14.10.2011
Donner à César ce que Dieu veut que nous donnions à César
L’Evangile de ce dimanche s’achève par une phrase lapidaire de Jésus, désormais bien connue :
« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Non pas ou bien César ou bien Dieu, mais l’un et l’autre, chacun à son niveau. C’est le principe de la séparation entre religion et politique, jusqu’alors inséparables chez tous les peuples et sous tous les régimes.
Les juifs, eux aussi, étaient habitués à concevoir le futur règne de Dieu, instauré par le Messie, comme une théocratie, c’est-à-dire comme un gouvernement direct de Dieu sur la terre à travers son peuple. Le Christ, en revanche, révèle un règne de Dieu qui est dans le monde, mais pas de ce monde, un règne qui avance sur une longueur d’onde différente, et qui peut, par conséquent, coexister avec n’importe quel régime, qu’il soit de type sacré ou « laïc ».
Deux types différents de souveraineté de Dieu sur le monde sont ainsi révélés : la souveraineté spirituelle (le règne de Dieu, exercé directement en Jésus Christ), et la souveraineté temporelle ou politique que Dieu exerce indirectement, en la confiant au libre choix des personnes et au jeu des causes secondaires.
César et Dieu ne sont toutefois pas situés sur le même plan, car César dépend lui aussi de Dieu et doit lui rendre des comptes, alors que Dieu ne dépend pas de lui, et n’a de compte à rendre à personne. « Rendre à César ce qui est à César », signifie donc : donner à César ce que Dieu lui-même veut que soit donné à César. C’est Dieu qui est le souverain ultime de tous.
Ainsi, nous ne sommes pas divisés entre deux appartenances...
18:20 Écrit par Père Walter dans Homélies 2010-2011 (année A) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : evangile, bible, ecriture, lectures, homelie, liturgie, dimanche, temps ordinaire, politique, cesar, impots, justice, etat, separation eglise etat |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
20.07.2010
Sedcontra.fr vacances 2010
Chers amis,
Voici l’édition de Sedcontra.fr mis en ligne ce matin, avec des réflexions de fond pour commencer de nourrir nos vacances d’été.
Merci à ceux d’entre vous qui prennent le temps de lire, puis s’intéressent aux éclairages de philosophie chrétienne du site des “chercheurs de sens” et les font connaître autour d’eux, en reroutant ce message dans le cercle de leurs relations.
Bonnes vacances à tous ceux qui en prennent !
Bien cordialement,
Hugues de Blignières, dit Kéraly
Adresse du site : http://sedcontra.fr
14:39 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sedcontra, sedcontra.fr, roselyne bachelot, sida, vaccin, concours général, abbé le gendre, paris, france, droits de l'homme, état, enseignement, médias |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
18.05.2010
Benoît XVI et Evo Morales parlent des relations Église/État en Bolivie
Benoît XVI a reçu lundi 17 mai en audience au Vatican le Président de la Bolivie, Evo Morales (photo), actuellement en voyage à travers l’Europe. C’est la première fois qu’Evo Morales rencontre le Pape.

Des entretiens qualifiés par le Vatican de cordiaux sur des thèmes d’actualité internationale et régionale, et notamment sur la nécessité de développer une plus grande sensibilité sociale pour la protection de l’environnement.
Le Pape et le président Bolivien ont échangé également sur la collaboration entre l’Église et l’État en Bolivie, en matière d’éducation, de santé et de politiques sociales dans la défense des droits de plus faibles. Une rencontre importante, en effet :les relations Église/État en Bolivie sont souvent tendues, la hiérarchie catholique locale critiquant régulièrement la politique menée par le gouvernement.
La semaine dernière, à quelques jours de cette rencontre avec le Pape, le président socialiste s’est pour la première fois ouvertement déclaré comme catholique. Président d’un pays où 85% de la population est catholique, le dirigeant de la gauche radicale n'avait jamais fait part publiquement de sa foi, mais il a cru bon de préciser qu’il croyait aussi à la Terre Mère. Une référence à l’un des défis auxquels fait face l’Église bolivienne, le syncrétisme entre la foi chrétienne et les rites indigènes, très courant en Bolivie, pays où près des deux tiers de la population sont indiens.
(Radio Vatican)
18:45 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pape, benoit xvi, indiens, evo morales, bolivie, vatican, environnement, ecologie, eglise, etat, education, sante, social, politique, terre mere, syncretisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
12.04.2010
Il faut sauver le catholique Kennedy. Une réponse à Mgr Chaput
L'archevêque de Denver a accusé ce président d'avoir fait sortir la religion de la sphère publique. Le professeur Diotallevi répond : "L'Église ne gagne rien à trop s'appuyer sur le pouvoir politique, même quand il est amical"
par Sandro Magister

ROME, le 11 avril 2010 – La réfutation par l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, du célèbre discours où John Kennedy avait expliqué aux Américains, il y a juste cinquante ans, que le catholique qu’il était pouvait être un bon président, est de celles qui laissent une trace.
Le réquisitoire de Chaput a été publié intégralement quelques heures après que l'archevêque l'eut prononcé, le 1er mars 2010, à la Baptist University de Houston, la ville même où Kennedy avait prononcé son discours :
> La doctrine du catholique Kennedy? À oublier
Chaput compte parmi les personnalités les plus influentes de l'épiscopat des États-Unis. Avec le cardinal Francis George, archevêque de Chicago et président de la conférence des évêques des États-Unis, il est l’un des leaders du nouveau courant de l’Église catholique américaine, en grande harmonie avec Benoît XVI. Un groupe dont fait également partie le nouvel archevêque coadjuteur de Los Angeles, José Horacio Gómez, nommé il y a quelques jours par le pape dans ce diocèse qui est le plus grand du pays.
Et bien, d’après Chaput, le catholique Kennedy aurait contribué par ce discours non pas à assurer une présence plus efficace de la foi chrétienne dans la sphère publique, mais à provoquer une désastreuse séparation de l’Église et de l’État, à confiner la foi religieuse dans le secret des consciences et en définitive à la vider de son contenu.
Autrement dit, le catholique Kennedy aurait favorisé un modèle de société s’inspirant davantage de la "laïcité" [en français dans le texte] agressive à la française que de la "religious freedom" qui caractérise l'Amérique.
La controverse n’est pas seulement académique. Depuis que Barack Obama est président, elle est au centre de la confrontation entre la politique qu’il mène et les prises de position de l'épiscopat catholique américain, surtout en ce qui concerne la vie, la famille et l'éducation.
C’est une controverse qui traverse et divise également le monde catholique, aux États-Unis et ailleurs. Chaput a-t-il raison de réfuter aussi durement Kennedy ?
Depuis Rome, un chercheur très compétent en ce domaine, le professeur Luca Diotallevi, répond à l’archevêque de Denver à travers la note publiée ci-dessous.
Diotallevi enseigne la sociologie à l'Université Rome III et il a été senior fellow du Center for the Study of World Religions de la Harvard Divinity School. Il a publié récemment, aux éditions Rubbettino, un livre consacré précisément aux questions discutées par Chaput : "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité].
Dans cet ouvrage et dans d’autres, Diotallevi a toujours accordé une attention et une prédilection particulières au modèle américain de "religious freedom".
Il ne prend pas, à proprement parler, la défense de Kennedy mais il critique la critique que Chaput fait de celui-ci. C’est d’autant plus intéressant que le professeur Diotallevi est le vice-président du comité scientifique des "Settimane sociali" [Semaines sociales] des catholiques italiens et le spécialiste des sciences politiques le plus écouté par la conférence des évêques d’Italie, présidée hier par le cardinal Camillo Ruini et aujourd’hui par le cardinal Angelo Bagnasco.
ON PEUT SÉPARER L’EGLISE DE L’ETAT, C’EST MÊME UN DEVOIR
par Luca Diotallevi
Dans une conférence, Mgr Charles J. Chaput a affirmé qu’il y a un lien de cause à effet entre le célèbre discours prononcé par John F. Kennedy en 1960 à Houston, devant une assistance de pasteurs protestants, et le courant "secular" qui s’est ensuite répandu dans la culture américaine à la fin des années 60 et dans les années 70. Cette conférence mérite d’être commentée.
Pour faire court, je me limiterai à proposer deux observations critiques et deux axes de recherches.
La première observation critique concerne le caractère "secular" du discours de Kennedy. Nous savons par les historiens que l’une des sources de ce texte était une note préparée pour le futur président par le théologien jésuite John Courtney Murray qui, au cours du concile Vatican II, allait jouer un rôle décisif dans la rédaction de la déclaration "Dignitatis humanae". C’était déjà alors l’un des grands spécialistes des rapports entre la doctrine sociale de l’Église et la théorie et la pratique politiques contemporaines ; John Kennedy lui avait donc demandé dans quelles conditions un catholique pouvait ou non assumer une fonction publique comme celle de président des Etats-Unis d'Amérique, pour laquelle il s’apprêtait à faire campagne. Le discours ayant été influencé par cette source – facile à retrouver – on peut difficilement le considérer comme "secular". Bien entendu, l’influence d’une source ne dispense pas d’analyser le texte en soi, mais elle justifie une certaine prudence dans son interprétation.
La seconde observation critique concerne la “culture protestante” dont Kennedy se serait rapproché par ce discours. Les pasteurs protestants auxquels il s’adressait à cette occasion étaient tout sauf “laïcistes", tout sauf tièdes quant à la possibilité de manifester l'expérience chrétienne dans tous les aspects de la vie publique. Un homme politique expérimenté comme John Kennedy n’aurait jamais affronté un public de ce genre, dont il espérait obtenir l’approbation, en proposant une atténuation ou une suppression de la dimension publique de l’expérience chrétienne. Il serait tout à fait nécessaire de faire une analyse approfondie des sources, y compris religieuses bien sûr, de la culture "secular" qui, au cours des années qui ont suivi, se sont manifestées avec vigueur dans la vie publique aux Etats-Unis. Mais une telle analyse devrait menée en étant capable de faire une distinction entre les nombreuses composantes du “monde protestant” d’Amérique du Nord et en particulier de celui des années 50.
Voici maintenant deux réflexions à caractère plus général qui constituent une invitation à poursuivre et à approfondir la recherche et la confrontation.
La première est que le mot "Église" revient souvent dans le discours de Mgr Chaput. Son utilisation dans le domaine empirique – si on veut l’employer en lui donnant un sens compatible avec celui qui lui est attribué dans le domaine théologique par le magistère catholique – est très compliquée, même si elle n’est certainement pas impossible. Mgr Chaput rejette la séparation absolue entre l’Église et l’État ; il insiste sur l’opposition entre ceux qui veulent marginaliser l’Église et ceux qui, au contraire, veulent la remettre en position d’influencer plus ou moins directement tous les domaines de la vie sociale. Dans mon essai "Una alternativa alla laicità" [Une alternative à la laïcité], pour faire apparaître la différence entre le modèle français de la "laïcité" [en français dans le texte] et le modèle anglo-saxon de la liberté religieuse, j’ai jugé opportun de ne jamais utiliser le concept d’Église, parce qu’il est trop vaste. En effet, pour ne donner que trois exemples, l'action du baptisé qui prend et exerce des responsabilités politiques est une manifestation de l’Église ; une intervention publique de l'épiscopat est une manifestation de l’Église ; l'exercice d’un pouvoir ecclésiastique comme la nomination d’un évêque ou la validité dans l'ordre civil d’un mariage célébré selon un rite religieux est une manifestation de l’Église. La séparation des pouvoirs politiques et des pouvoirs religieux – question dont je me suis occupé et à laquelle Mgr Chaput donne également de l’importance – n’implique en aucune manière une séparation radicale entre toute forme d’action chrétienne (et par là même ecclésiale) et toute forme d’action politique ou plus généralement publique.
Les deux premiers exemples que je viens de citer (l’action du baptisé qui fait de la politique et la déclaration publique faite par l’épiscopat) ne sont absolument pas remis en cause par la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. C’est seulement dans des cas analogues à ceux du troisième exemple que le critère de séparation des pouvoirs devient significatif. Donc, pour en revenir à l’intervention de Mgr Chaput, parler d’"Église" en général n’aide pas à comprendre quelles organisations on imagine pour l’espace public et en particulier quels sont les modèles de rapports entre politique et religion qui sont soutenus et quels sont ceux qui sont critiqués. Chaput propose notamment une interprétation des deux premiers points du premier amendement de la constitution des États-Unis d’Amérique qui pourrait s’avérer contre-productive et constituer une sorte de “but marqué contre son camp”.
La question est encore plus urgente aujourd’hui parce que l’extraordinaire et constant engagement de l’Église catholique en faveur de la liberté religieuse – depuis la déclaration "Dignitatis humanae" de Vatican II jusqu’à Benoît XVI, en passant par Paul VI et Jean-Paul II – fait que l’Église voit précisément dans la formation et la mise en œuvre d’un régime de séparation entre pouvoir politique et pouvoir religieux ("ne pas obliger, ne pas empêcher") un signe des racines et de l’influence chrétienne sur le contexte social qui adopte ce régime.
La seconde réflexion concerne le risque que certaines des prises de position "evangelical" ou néoconservatrices les plus répandues dans le monde protestant américain, mais aussi dans certaines franges du monde catholique, adoptent le modèle de la Westphalie, c’est-à-dire qu’elles tendent à proposer un rapport entre politique et religion dans lequel la religion devient un instrument (même s’il est précieux et bien rémunéré) de la politique.
Dans certains passages de sa conférence, Mgr Chaput semble accepter le schéma selon lequel il faut renoncer à la séparation de l’Église et de l’État si l’on ne veut pas d’institutions politiques neutres. Mais ce qui fait de la liberté religieuse une alternative à la "laïcité" [en français dans le texte], c’est justement, avant tout, le fait qu’elle montre le caractère trompeur de cette alternative sèche entre séparation et non-neutralité. Si on l’abandonne, on s’expose en outre à un risque grave. Accepter ou demander qu’un État ne soit pas séparé d’une Église signifie ouvrir de nouveau les portes à une possible soumission de la religion - et éventuellement de l’Église - à ce pouvoir politique.
La liberté religieuse – dans la version de la constitution et de l’histoire des Etats-Unis, comme dans la version britannique ou dans celle de "Dignitatis humanae" – montre au contraire la possibilité d’une séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux sans neutralité des institutions politiques et sans insignifiance publique de l’Église.
La liberté religieuse refuse les bases mêmes de la "laïcité" [en français dans le texte]. Alexis de Tocqueville a probablement été le premier Européen à comprendre qu’aux États-Unis l’Église “régnait” sur les consciences de manière différente parce qu’on y trouvait une entente entre esprit religieux et esprit de liberté qui était inconnue en Europe continentale.
Une caractéristique du christianisme est qu’il relativise tout pouvoir politique par sa simple présence sur la scène publique sous la forme d’une Église (cf. J. Ratzinger, "L’unità delle nazioni" [L’unité des nations], Éditions Morcelliana, Brescia, 2009, p. 34). Au-delà des apparences, l’Église et l’Évangile ne gagnent rien à faire trop de concessions au pouvoir politique, même quand il est amical. L’Église et l’Évangile doivent continuer à animer une attitude – comme on a défini celle de Jésus et de la génération apostolique – "ni anarchiste ni zélote".
C’est précisément là que se trouve l’une des racines du modèle de la liberté religieuse et de son fonctionnement. Ce régime est le signe de la source chrétienne d’une cohabitation courtoise. Il est, en même temps, la condition pour que participent à cette cohabitation d’autres gens qui ne partagent pas la même foi, mais qui – dans les limites de ce que l’enseignement social de l’Église appelle "ordre public" – peuvent jouir des hauts niveaux de liberté que cette foi et sa force historique accordent à toute personne en vertu de sa dignité.
Le texte intégral du discours prononcé par John F. Kennedy, le 12 septembre 1960, devant la Greater Houston Ministerial Association :
> "While the so called religious issue..."
Le plus récent essai du professeur Diotallevi sur ces questions :
Luca Diotallevi, "Una alternativa alla laicità", Éditions Rubbettino, Soveria Mannelli, 2010, 162 pages, 14,00 euros.
Et une synthèse de cet ouvrage par l’auteur lui-même, publiée dans la revue "Vita e Pensiero" [Vie et Pensée] de l'Université Catholique de Milan :
> Se possiamo non dirci laici [Si nous pouvons ne pas nous dire laïcs]
A propos du livre "Render Unto Caesar" [Rendez à César] de l'archevêque Charles J. Chaput :
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver
A propos d’un récent appel de personnalités américaines de différentes confessions chrétiennes :
> La "Déclaration de Manhattan" : le manifeste qui secoue l'Amérique (25.11.2009)
Un article paru sur www.chiesa, il y a un an, à propos de la question de la laïcité, avec des références à la visite de Nancy Pelosi à Benoît XVI et à l’affaire Eluana Englaro, et aussi avec des textes des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco :
> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours (23.2.2009)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou. (13.8.2008)
www.chiesa
17:42 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : universites, barack obama, denver, john f kennedy, baptist university, houston, francis george, chicago, vie, famille, education, rome, luca diotallevi, sociologie, rome iii, senior fellow, center for the study of world religions, harvard divinity school, editions rubbettino, archeveques, religion, etat, professeur diotallevi, eglise, politique, charles j chaput, etats-unis, catholiques, conference des eveques, eglise catholique, pape, benoit xvi, jose horacio gomez, los angeles, separation de l eglise et de l etat, foi, societe, episcopat, una alternativa alla laicita, religious freedom, settimani sociali, italie, sciences politiques, camillo ruini, angelo bagnasco, secular, histoire, theologie, theologiens, jesuites |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
21.04.2009
Mgr. Giuseppe Betori: défenseur spécial de la ville de Florence
La ville de Florence a un défenseur spécial: son évêque
Nommé récemment, Giuseppe Betori a inauguré un nouveau style pastoral, très engagé dans la sphère publique, avec la défense de la vie humaine comme priorité. En fait il a actualisé un modèle épiscopal classique dans l'histoire de l’Eglise. Pietro De Marco l'analyse et l'interprète
par Sandro Magister

ROME, le 21 avril 2009 – Florence est pour le monde entier une ville phare. Comme capitale artistique, mais aussi comme laboratoire de fortes expériences chrétiennes, individuelles ou collectives. Elle l’a sûrement été pendant une grande partie du XXe siècle.
Le nouvel exemple qu’offre aujourd’hui Florence au monde catholique – et pas qu’en Italie – est lié au rôle joué par son archevêque.
Originaire d'Ombrie et bibliste de formation, Giuseppe Betori, 62 ans, est archevêque de Florence depuis le 8 septembre 2008. Antérieurement, il a été, en tant que secrétaire général de la conférence des évêques d’Italie, CEI, le bras droit du cardinal Camillo Ruini qui en était président, puis de son successeur, le cardinal Angelo Bagnasco.
L'été dernier, alors que sa nomination était dans l’air mais pas encore officiellement décidée, bon nombre de prêtres et de laïcs florentins ont signé une lettre ouverte demandant que le nouvel évêque soit un homme de "patience" et de "pardon", qu’il renonce à "parler avec aigreur et pour condamner" et qu’il instaure "un climat de liberté et de respect réciproque" entre l’Eglise et la société civile.
On devine facilement que ce profil d’évêque ne correspondait pas à celui que les signataires de la lettre attribuaient de manière polémique à Betori.
En tout cas, c’est lui que Benoît XVI a envoyé à Florence. Dans sa première interview au journal du diocèse, Betori a annoncé qu’il agirait pour "une foi capable d’être un élément de culture". Et d’ajouter: "Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’Eglise. Il y aura donc une parole de l’Eglise à propos de toute la vie de la ville. Ce qui est humain peut et doit être éclairé par l’Evangile".
Début octobre, peu de temps avant son entrée en fonctions, il a eu un débat public avec la philosophe Roberta de Monticelli. Elle avait annoncé qu’elle quittait l’Eglise catholique précisément à cause de Betori qui, "au nom de l’Eglise d’Italie", avait condamné l'autodétermination à propos de l'interruption anticipée de la vie. Elle l’a accusé de nier "diaboliquement" "la possibilité même de toute morale: la conscience et sa liberté". Betori lui a répondu, dans le quotidien de la CEI, "Avvenire", par un éditorial calme intitulé: "Moi aussi, je demande la liberté de conscience, qui est autre chose que l'autodétermination".
Le 26 octobre, peu après son entrée en fonctions, il a été voir des petits malades à l'hôpital pédiatrique "Enrico Meyer" de Florence où un congrès avait lieu sur le thème: "Le nouveau-né est-il une personne?" avec comme orateur le néonatologiste néerlandais Eduard Verhagen, promoteur de "traitements de fin de vie" pour les bébés. L'archevêque a critiqué l'orientation du congrès qu’il a jugée "inquiétante".
Le soir du 20 novembre, il a participé à une veillée de prière pour Eluana Englaro, la jeune femme réduite à l’état végétatif que la justice italienne avait permis de faire mourir par interruption de l'alimentation et de l'hydratation, comme l’avait demandé son père: un cas très semblable à celui de Terri Schiavo aux Etats-Unis. A cette occasion, Betori a prononcé une allocution défendant avec force le maintien en vie d’Eluana: son premier acte public solennel de nouvel archevêque de la ville, sur une question également politique.
Le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, prêchant sur la place du Dôme, il a dit: "Nous sommes troublés de voir différentes personnes mettre en question, de différentes façons, la dignité intangible de l’être humain, surtout là ou il vit dans la fragilité, lors de l’apparition et de l’achèvement naturel de la vie".
Le 23 janvier, au conseil pastoral diocésain, il a cité, parmi les objectifs de l’Eglise de Florence, le retour à "la visibilité de la vie croyante au quotidien" et la réduction de la fracture survenue entre foi et culture au cours des décennies précédentes.
Dans l’intervalle, on avait mis fin à la vie d’Eluana Englaro. Elle n’était pas de Florence. Mais quelques jours après, le 9 mars, le conseil municipal de cette ville, sur proposition d’un conseiller socialiste, a décidé de faire Giuseppe Englaro, le père d’Eluana qui avait voulu sa mort, citoyen d’honneur "en tant que symbole d’excellent enseignement, de grande intégrité morale, de courage humain et civil, pour la défense de la légalité de la laïcité de l’Etat, de l’humanité, de la civilisation". Une décision prise de justesse, avec beaucoup de voix contre.
Moins d’une heure plus tard, la réponse de l’archevêché arrivait: une note officielle, résolument critique:
"Cette décision est offensante pour la partie non négligeable de la ville qui, au cours du drame d’Eluana, a exprimé des orientations bien différentes de celles dont M. Giuseppe Englaro et le groupe qui l’a soutenu étaient porteurs. Mais l’offense la plus grave a été commise envers les parents, frères, amis et volontaires qui, en Italie, se rassemblent autour de plus de 2 500 êtres chers vivant des situations proches de celle à laquelle Eluana a été arrachée de force, des gens qui ont au contraire besoin qu’on les soutienne dans leur dévouement, leurs efforts et leur espérance".
Il en est résulté une discussion publique très vive. Le président du conseil municipal, Eros Cruccolini, a écrit à l’archevêché une lettre pour défendre la justesse de la décision. Betori a répondu en confirmant "que c’est justement l’amour pour cette ville qui exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire, comme dans le cas présent".
Un autre échange par écrit a eu lieu juste avant la cérémonie où Giuseppe Englaro a été fait citoyen d’honneur. L'archevêque, invité à assister à la cérémonie, a refusé.
La dispute est encore vive. Au niveau national, elle se mêle à la discussion qui accompagne l'élaboration par le parlement italien d’une loi sur la fin de vie, accélérée précisément par la décision de justice concernant Eluana Englaro.
Mais ce qui est nouveau à Florence, c’est justement le rôle, sans précédent au cours des dernières décennies, que joue l’évêque.
La nouveauté est double. Tout d’abord par l'engagement direct de l’évêque dans la ville, y compris sur le terrain politique. Ensuite par le sujet de son engagement public, qui est la défense de la vie humaine en tant que telle: un sujet sur lequel une partie des évêques, du clergé et des laïcs catholiques est très peu désireuse de s’opposer à "l’esprit du temps".
Cette double nouveauté doit être analysée et interprétée, notamment en raison de sa valeur d’exemple. C’est ce que fait ci-dessous le professeur Pietro De Marco, florentin et expert reconnu du catholicisme de sa ville:
Sur l’évêque comme défenseur de la ville, lors des invasions modernes de barbares
par Pietro De Marco
1. La situation actuelle de l’Eglise de Florence que dirige l'archevêque Giuseppe Betori me paraît présenter un caractère exemplaire pouvant avoir des répercussions internationales. Ce que l’on voit à Florence, c’est la renaissance d’un ancien rôle: celui de l’évêque comme "defensor civitatis", défenseur de la ville, et "consul Dei", consul de Dieu, cette dernière appellation ayant été donnée au pape Grégoire le Grand.
Bien sûr, quelque chose de ce rôle de l’évêque apparaît périodiquement, en temps de guerre ou de révolution. Le cardinal Clemens August von Galen fut lui aussi appelé, pour son témoignage dans l’Allemagne hitlérienne, "defensor civitatis" et "consul Dei", comme jadis les Pères de l’Eglise "parmi les hordes de barbares". Ou bien cela apparaît dans des situations de grave conflit social, comme pour l’évêque Oscar Romero en Amérique Latine. Mais le cas de Florence est intéressant aussi parce qu’il n’a ni le côté exceptionnel d’un acte héroïque ni ce style "engagé" aussi cher aux cultures de libération que rarement original, avec souvent des effets doctrinaux et pastoraux négatifs.
Au centre du cas de Florence, il y a des questions anthropologiques, bioéthiques et biopolitiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec les sujets habituels de discussion politique et économique. Sur les questions de la vie, l’Eglise est tout à fait originale et seule; elle est irremplaçable. En ce sens, le cas de Florence a une portée exemplaire, qui pourrait provoquer ou encourager des agitations du même genre dans d’autres diocèses.
2. Les médias laïcs ont utilisé la métaphore footballistique de l'intervention "croche-pied" pour définir la forme et le fond du communiqué que l’archevêché de Florence a publié le 9 mars et qui critique l’attribution, par la municipalité, de la citoyenneté d’honneur à Giuseppe Englaro, père d’Eluana, la jeune femme réduite à l’état végétatif et qu’une décision de justice avait fait mourir de faim et de soif quelques semaines plus tôt.
Ce geste public de critique est cohérent avec le style de gouvernement de l’Eglise qui se dessine de semaine en semaine à Florence. Le communiqué de l’archevêché affirmait: "La prétention d’un groupe de conseillers municipaux de faire un choix au nom de toute une ville est un acte de mépris envers les représentants du peuple minoritaires et envers une minorité présumée de citoyens, ce qui provoque une profonde déchirure de la cohabitation". Et encore: on a voulu "montrer par un dernier acte d’arrogance [d’un conseil municipal en fin de mandat – ndlr] qu’il était possible d’exercer le pouvoir de façon abusive, en méprisant ceux qui ont d’autres idées et pensent que la vie est un bien dont on ne peut disposer parce qu’il est sacré”.
Certains ont même comparé le communiqué de la curie épiscopale à une proclamation intimidatrice, à un "diktat" auquel le conseil municipal de la ville aurait dû se soumettre. Des mots comme "proclamation" et "diktat" ne sont pas nouveaux. Des commentateurs faisant autorité les ont également utilisés contre le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques d’Italie, qui est intervenu au même moment dans l’affaire d’Eluana. Désormais, en Italie, le mécanisme et le vocabulaire d’opposition à l’Eglise catholique sont standardisés et automatiques.
On en vient donc à se demander aussi pourquoi ceux qui, plus modérés, ont utilisé la métaphore sportive du "croche-pied" ont en tout cas évoqué un comportement qui oblige l'arbitre à siffler une faute. La réponse implique l’histoire civile et religieuse de l’Italie au cours du dernier demi-siècle.
Pour plusieurs raisons, toute intervention publique de la hiérarchie catholique est perçue et censurée comme un comportement fautif ou "uncorrect". Depuis des décennies, les catholiques italiens se sont habitués au silence de leur clergé et de leurs évêques dans le domaine public. En fait, ils se sont habitués à quelque chose de plus: à ce que les évêques ne parlent en public, éventuellement, que pour approuver les valeurs et rhétoriques civiles dominantes, comme pour affirmer leur accord, leur conformité à celles-ci. En effet, les voix d’évêques n’ont pas manqué pour dénoncer les "maux" du pays, mais elles évoquaient principalement des sujets civils à propos desquels l’Eglise s’alignait, souvent avec un certain retard, sur les forces politiques et morales "crtitiques".
Mais sur les sujets directement liés à l'anthropologie chrétienne, c’est le silence qui prévaut. Les évêques ont longtemps confié le "discernement critique" sur ces sujets, ainsi que son expression publique, au magistère ordinaire des derniers papes et aux déclarations de la conférence des évêques d’Italie. Ainsi, sans s’en rendre compte, les évêques laissent à la société civile – et notamment aux cultures politiques d’opposition et de protestation – la mission de donner la légitimité "politique" à l'autorité épiscopale.
Même si les exceptions n’ont pas manqué, ce "politiquement correct" existe depuis longtemps, à la satisfaction visible des administrations et des forces politiques. Une telle façon d’agir a fait naître des règles du jeu tacites. L'opinion publique les a assimilées de manière variable, tel ou tel arbitre estimant qu’il peut donner un coup de sifflet dès qu’un évêque semble "incorrect".
Mais il y a plus. Une opinion publique qualifiée, y compris catholique, a confondu cette "correctness" ecclésiastique dans la sphère publique avec un équilibre idéal entre autorités politiques et spirituelles. Réalisant ainsi dans les faits et les coutumes une "privatisation" abusive de la nature publique spécifique de l’Eglise, à laquelle celle-ci ne peut pas renoncer.
La doctrine moderne de la "laïcité" fait dépendre la neutralité de l’Etat du caractère privé de l’Eglise et de sa non-ingérence, de son innocuité politique, dont l’Etat serait juge. Mais l’Eglise catholique n’est pas ainsi par essence, elle n’est pas réductible à cela. Elle ne l’était pas quand elle a innervé l'Europe et l'Occident, elle ne l’est pas devenue après Luther ou Locke, ni avec la Révolution française ou sous la menace des religions politiques et des révolutions totales du XXe siècle.
Cette présence magistérielle et civilisatrice de l’Eglise catholique, la nécessité qu’elle apparaisse comme telle dans la sphère publique, n’ont jamais tout à fait disparu ; en fait, depuis plusieurs années, elles sont à nouveau présentes et visibles sur la scène mondiale. Selon les sociologues, c’est l’un des phénomènes les plus symptomatiques de l'âge "post-séculier". Le pontificat de Jean-Paul II et, en Italie, le gouvernement innovant de la conférence des évêques exercé par le cardinal Camillo Ruini ont mis sous nos yeux cette présence publique renouvelée de l’Eglise. Mais l'accoutumance de certaines parties de la société civile et la neutralisation de la visibilité et de l’autorité de l’Eglise tentée par les cultures laïcistes aboutissent encore à faire ressentir la présence magistérielle et civilisatrice de la hiérarchie catholique comme une exception, une transgression et même une contrainte.
3. Passons à Florence et à son évêque. Dès les premiers siècles du christianisme, l’évêque est à la fois le centre de la vie liturgique, par elle-même publique, et une autorité civile particulière, en cohérence avec son ministère qui est de "superviser". Bernard Flusin, historien de l’antiquité tardive, a écrit: "La liste des domaines où l’évêque est appelé à intervenir est impressionnante". Même s’il n’est pas un seigneur territorial, l’évêque est un "defensor civitatis", avec un rôle d’équilibrage par rapport aux fonctionnaires impériaux. A travers les évêques, l’Eglise donne aux fonctions d’assistance et de gouvernement une nouvelle visibilité institutionnelle par rapport aux systèmes préchrétiens: les évêques organisent le culte, instruisent, secourent les pauvres, influencent l’espace urbain. L’évêque, dans le cadre de sa ville, détient des pouvoirs définis juridiquement qui le mettent à la tête de la communauté urbaine face au pouvoir civil. D’autres historiens, dont Luce Pietri, le confirment: "Ses titres le proclament garant de la justice et protecteur des faibles, souvent en opposition avec la juridiction" civile. C’est le ministre de l'aide.
Par la suite, ces caractéristiques de longue période ont été actualisées et adaptées aux organisations de l’état moderne et des démocraties pluralistes, mais elles n’ont pas disparu et restent des éléments constitutifs. C’est si vrai, si évident pour la conscience publique et les calculs des gouvernants que, quand les devoirs de l’évêque envers la "polis" s’expriment sous forme d’activités sociales de "suppléance", ils sont appréciés, recherchés, loués. Quand au contraire la sollicitude de l’évêque – qui en elle-même ne vise pas au bien-être mais répond au commandement évangélique absolu et tend en définitive au salut des âmes même quand elle secourt les corps – s’adresse à d’autres protecteurs, décisifs, du bien-être spirituel et moral des citoyens, et qu’elle le fait avec autorité, à voix haute, elle est sifflée comme "incorrecte".
Ce ne sont pourtant que des moments distincts du même mandat et de la même fonction. Le communiqué de l’archevêché est, quant au fond, la première lettre de l’archevêque Giuseppe Betori à la ville et à propos de la ville. C’’est un acte de sollicitude du pasteur, qui se fait "garant de la justice et protecteur des faibles" sur le terrain anthropologique, y compris en opposition avec les pouvoirs. Il analyse la réalité et met en garde contre les dangers. Le rappel au "respect des rôles et des autonomies réciproques" que comporte la lettre envoyée à l’archevêque par le président du conseil municipal de Florence, montre une médiocre connaissance de ce devoir épiscopal.
4. Le débat public qui en est résulté – inédit à Florence comme est inédite dans cette ville, depuis un demi-siècle, la prise publique de responsabilités par un évêque en opposition avec les autorités civiles – constitue un modèle de nouveau style ecclésial, au moins en Europe. Ce changement n’a pas manqué de susciter des objections.
On a remarqué que le style "orthodoxe" de Betori n’est pas en harmonie avec Florence, parce que "Florence est atypique, ce n’est pas la ville de l'orthodoxie". Cette conviction relève d’une sorte de mythe romantique et Renaissance d’une Florence "hérétique", qui a eu un certain succès même au XXe siècle. Mais justement l’histoire récente du catholicisme florentin, que beaucoup de gens connaissent y compris hors d’Italie, n’a rien à voir avec ce mythe. Giorgio La Pira, maire de Florence, dont le procès de béatification est en cours, était un "pleureur" (mot qui désignait au XVe siècle les disciples du moine rigoriste Savonarole) très orthodoxe, très soumis à l’Eglise et au pape. Après l’ère La Pira, ce puissant courant catholique s’est dissous dans le silence public, entre marginalité, clandestinité à la Nicodème et conformisme progressiste. Mais aujourd’hui, Betori étant évêque, le temps des silences et des chuchotements est passé pour l’Eglise.
Le président du conseil municipal de la ville a affirmé que les décisions prises à la majorité d’un organisme électif, "expression concrète de la volonté de la ville", ne peuvent jamais être considérées comme "négatives". Mais il a ainsi confondu légalité et légitimité politique. La lutte entre groupes et courants de la majorité progressiste qui administre Florence a produit une décision à portée idéologique, militante, prise pour influencer par des rites civils (l’attribution de la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro) l'opinion publique et la conduire à un choix irréfléchi en faveur de l'euthanasie, donc sur des frontières éthiques d’une extrême gravité. De plus une petite majorité de conseillers a utilisé des pouvoirs et outils légaux pour s’opposer au gouvernement national et à l’Eglise alors même qu’à Rome le parlement était en train d’élaborer une loi sur le "testament biologique". Un geste politique dans lequel il est difficile de ne pas voir – comme l’a fait l’évêque – "un prétexte, une offense, une destruction" pour le gouvernement de la ville, autant que pour l'éthique publique. Demain, quelles autres décisions pourront être prises en prenant appui, symboliquement, sur le "citoyen Englaro", et avec l'apport de ce qu’il reste de désapprobation catholique?
L’évêque de Florence, désireux de voir se réaliser la "iustitia" au sens profond de la politique chrétienne, a rendu ses concitoyens conscients de cette anomalie éthico-politique. Il a agi malgré la pression contraire exercée par une opinion publique comprenant même des membres de l’Eglise: celle qui s’oppose à l’Eglise "des condamnations" au nom de la "médecine de la miséricorde".
Cette dernière pression est une alliée objective des polémiques laïques contre "l’Eglise du non", ridiculement montrée du doigt comme une Eglise de la peur et du conservatisme. De même ce que l’on appelle "l’opinion publique ecclésiale" fait preuve d’une surdité totale (souvent traduite en pratique pastorale) en ce qui concerne le combat bioéthique de l’Eglise et des derniers papes. Toujours encline à parler d’ouverture à l’espérance, cette opposition intra-ecclésiale ignore que l’espérance de l'homme repose sur la cohérence anthropologique et la responsabilité universaliste, pas sur un minimalisme de modèles destiné à pourvoir miséricordieusement aux cas particuliers. Elle ignore que, du point de vue ecclésiologique, la responsabilité d’un curé, conditionnée par l'immédiateté des "mondes vitaux" de ses fidèles est une chose et celle du pape et des évêques en est une autre. L'immédiateté des mondes vitaux ne peut pas devenir un article de foi.
5. Il y a une autre objection: pourquoi le récent réveil des hiérarchies catholiques se produit-il seulement ou prioritairement dans le domaine de la bioéthique et de la biopolitique? Je réponds qu’il n’est pas important de dire ici que ce n’est pas le cas, comme on pourrait pourtant le faire. Je crois en effet que cette priorité doit exister.
Le domaine bioéthique et biopolitique est si crucial que c’est plutôt l'absence de ces questions dans la prédication chrétienne ordinaire qui paraîtrait coupable. Il y a des milieux, y compris catholiques, à qui les questions de bioéthique semblent brûler les lèvres et qui préfèrent qu’on en parle ailleurs, c’est-à-dire que ce soit la hiérarchie qui en parle, suivie par des groupes "fondamentalistes". Mais le silence sur ces questions est coupable, parce qu’aucun catholique n’est dispensé de comprendre que le défi des biotechnologies ne résulte pas seulement de besoins thérapeutiques et n’aboutit pas seulement à réduire une pathologie ou une souffrance. C’est un défi anthropologique au plein sens du terme, c’est-à-dire un défi à l'existence et au sens de l'homme comme créature.
Ce que nous appelons depuis quelque temps anthropologie théologique a été pendant des siècles une partie du traité "de Deo creante et elevante". Il ne peut en être autrement. Si elles ne sont pas fondées sur le Dieu créateur, les sciences et les philosophies de l'homme et du "bios" deviennent les connaissances et les techniques d’un jeu vidéo joué sur l'homme réel.
Les implications du défi, le fréquent cynisme nihiliste à la Peter Singer, la rêverie sur le post-humain sont si récurrents et explicites aujourd’hui que seule une "différence chrétienne" émerveillée par l'innocence du monde peut ne pas en prendre acte. Au contraire cette frontière est d’une priorité absolue pour la responsabilité chrétienne. Si l'homme n’est pas pensé comme créature, on ne peut raisonner de manière sensée sur ses actes. La théorie qui calcule, avant ou après la naissance, le "meilleur intérêt" de l'être humain porteur d’un handicap ou gravement malade, est encore plus exemplaire par sa vacuité théorique que par son inhumanité. Quel serait le meilleur intérêt pour un être imparfait ou en mauvaise santé? De ne plus exister. Quelle merveilleuse perfection, quel bonheur nous rendrions au fœtus, au bébé, au malade, au vieillard, en les supprimant! La conviction irraisonnée que le meilleur intérêt d’un être exigerait et justifierait son élimination est, à elle seule, l’indice extraordinaire d’une dérive suicidaire. Benoît XVI l'a montré.
6. A tout cela l’évêque catholique a pour premier devoir de dire avec autorité "non", "je m’oppose" (comme dans le "Court récit sur l'Antéchrist" de Soloviev), sans être surpris s’il se trouve seul dans sa sollicitude ultime pour l'homme: parce que l’Eglise est unique et universelle dans la communauté des hommes, comme son mandat et sa certitude, depuis l'origine. Un "non" dit sans pathos apocalyptique. Avec des arguments et des analyses, en distinguant celles qui sont techniques et celles qui sont méthodiques. Avec la sagesse de ceux qui ont construit et assuré la raison de l'Occident.
Il n’y a donc aucune "sacralisation du biologique" dans la réponse catholique à la crise bioéthique, contrairement à ce que disent certains critiques. Toute vie dont s’occupent la raison et l'amour catholique est toujours l’homme entier, ce qui est beaucoup plus que le vivant qui apparaît au biologiste ou au clinicien en tant que tels. Et il n’y a rien à sacraliser, puisque cet entier est déjà "sacré".
Ce sont des évidences difficilement contestables. Mais il reste, préoccupante, l’incapacité répandue – pour ne pas dire la réticence catholique – à comprendre et à expliquer la primauté radicale, aujourd’hui, de l'annonce anthropologique. Le lien avec la grande tradition apologétique semble coupé. La docilité confuse d’une grande partie de la culture catholique envers les campagnes médiatiques contre "l’Eglise du non" n’est pas la preuve d’un fructueux "dialogue avec le monde", mais plutôt celle d’une situation de dépendance intellectuelle et politique. Mais des évêques combattants pourront nous faire sortir d’Egypte.
La méditation de l'archevêque de Florence, Giuseppe Betori, à la veillée de prière du 20 novembre 2008 pour la défense de la vie d’Eluana Englaro:
> La prima volta di Betori a Firenze. Su Eluana
Les textes intégraux de la décision par laquelle, le 9 mars 2009, le conseil municipal de Florence a conféré la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro qui a voulu la mort de celle-ci. Et la réponse de l’archevêché:
> Firenze ha un cittadino in più, "ad honorem". L'arcivescovo vota contro
Le dialogue d’octobre dernier entre l'archevêque de Florence et la philosophe Roberta de Monticelli, sur la liberté de décider l'interruption anticipée de la vie:
> Roberta de Monticelli sbatte la porta e se ne va. Betori la riapre
Les deux précédents articles de www.chiesa sur la spécificité du catholicisme florentin, comportant tous les deux des commentaires du professeur Pietro De Marco:
> Florence contre Rome: un catholicisme mal à l'aise (25.6.2007)
> A Florence, les catholiques réécrivent leur histoire (26.6.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou
(www.chiesa)
17:07 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anthropologie, liberte, avvenire, eduard verhagen, culture, eros cruccolini, clerge, laics, esprit du temps, consul dei, clemens august von galen, barbares, oscar romero, amerique latine, bioethique, biopolitique, luther, florence, italie, giuseppe bertori, pietro di marco, sandro magister, camillo ruini, angelo bagnasco, eveque, benoit xvi, eglise, etat, laicite, evangile, roberta de monticelli, philosophie, conscience, autodetermination, enrico meyer, pediatrie, eluana englaro, terri schiavo, etats-unis, defense de la vie, euthanasie, defensor civitatitis, gregoire le grand, economie, medias, conseillers municipaux, football, locke, revolution francaise, jean paul ii |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |
23.03.2009
En Afrique le préservatif, au Brésil l'avortement: Bombes à retardement
... Et, dans la seconde affaire, il y a conflit non seulement entre l'Eglise et l'Etat, mais aussi au sein de la hiérarchie. Rome désavoue un diocèse brésilien, qui répond en accusant le Vatican de ne pas connaître les faits et de mettre la doctrine en doute. Les documents de la dispute
par Sandro Magister

ROME, le 23 mars 2009 – Dans les médias d'Europe et d'Amérique, le voyage de Benoît XVI au Cameroun et en Angola, qui s’achève aujourd’hui, a pratiquement été éclipsé par les polémiques nées d’une phrase qu’il a prononcée à son départ, dans l'avion qui le conduisait à Yaoundé, en réponse à la question d’un journaliste:
"On ne peut pas régler le problème du sida par la distribution de préservatifs: au contraire, le risque est d’aggraver le problème".
Lire :
Ce que Benoît XVI a vraiment dit à propos du SIDA
Au même moment, une seconde polémique éclatait à partir d’un autre pays du Sud, le Brésil, à cause de l'avortement d’une fillette.
Les contraceptifs et l’avortement sont deux des sujets les plus controversés dans les rapports entre l’Eglise et la modernité. L’Eglise catholique s’est notamment prononcée sur les contraceptifs dans l'encyclique "Humanae vitae" de Paul VI et sur l'avortement dans l'encyclique "Evangelium vitae" de Jean-Paul II.
Sur le premier sujet, la polémique de ces jours derniers a été grossie surtout par les réactions irritées que les propos du pape ont suscitées chez les gouvernements français, allemand, belge et espagnol, la Commission Européenne et des dirigeants de l'ONU et du FMI.
Mais, dans le cas de l’avortement de la petite brésilienne, un conflit au plus haut niveau de la hiérarchie catholique s’est ajouté à la polémique entre l’Etat et l’Eglise.
***
A propos du sida, l’Eglise a été accusée pour la énième fois d’en favoriser la diffusion en interdisant le préservatif.
Mais les faits disent qu’en Afrique les initiatives de lutte contre la propagation du sida sont dues pour près d’un tiers à des catholiques. Les préservatifs sont diffusés massivement par des gouvernements, organismes internationaux et ONG; on ne constate pas que les catholiques en empêchent la distribution et l'utilisation, notamment dans le cas d’époux dont l’un est porteur du virus. Mais tout responsable avisé sait qu’ils ne suffisent pas, comme le prouve la diffusion du sida dans les pays riches du Nord où les préservatifs sont à la disposition de tous. L’avis de l’Eglise, confirmé par l'expérience sur le terrain, est qu’à eux seuls les préservatifs ne freinent pas la promiscuité sexuelle, vraie cause de la diffusion du fléau; au contraire ils l’encouragent parfois en créant un sentiment de sécurité trompeur.
C’est pourquoi l’Eglise catholique agit surtout de deux façons contre le sida, comme Benoît XVI l’a rappelé dans sa réponse qui a lancé la polémique: à travers une "humanisation de la sexualité", invitant à limiter celle-ci à l'amour conjugal fidèle, et à travers les soins aux malades. Les enquêtes prouvent que quand l’emploi du préservatif est précédé par une formation au contrôle de la sexualité et par des soins adaptés et gratuits, les résultats sont réconfortants.
Rencontrant à Yaoundé des responsables de la lutte contre le sida puis des malades en traitement, Benoît XVI a comparé l'action de l’Eglise à celle de Simon de Cyrène, le paysan africain qui aida Jésus à porter la croix.
Cette image de proximité vis-à-vis de ceux qui souffrent amène tout droit au second conflit qui a éclaté, ces jours-ci, à propos de l’avortement d’une petite fille.
***
"Du côté de la fillette brésilienne": c’est le titre, dans "L'Osservatore Romano" du 15 mars, d’une note en première page signée par l'archevêque Rino Fisichella, président de l’académie pontificale pour la vie et recteur de l’Université Pontificale du Latran.
L'autorité du signataire, l’emplacement du texte et plus encore son contenu font que l’article est sûrement l’un de ceux que la secrétairerie d’état du Vatican a contrôlés et autorisés.
L’article partait du cas d’une fillette brésilienne déjà fertile à 9 ans qui a été violée à plusieurs reprises par son jeune beau-père, s’est trouvée enceinte de jumeaux et que l’on a fait avorter au quatrième mois de grossesse.
Ce cas, a écrit Fisichella, "n’a été rendu public dans les journaux que parce que l’archevêque d’Olinda et Recife s’est empressé d’annoncer l’excommunication des médecins qui ont aidé à interrompre la grossesse". Mais "avant de penser à l’excommunication", il fallait "avant tout défendre, embrasser, caresser" la fillette avec cette "humanité dont nous, hommes d’Eglise, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres". Mais "il n’en a pas été ainsi".
L'attaque contre l'archevêque d’Olinda et Recife – diocèse qui fut celui de Helder Camara – ne pouvait pas être plus dure.
En effet les déclarations de l'archevêque sur l’excommunication des auteurs du double avortement ont aggravé le conflit déjà en cours depuis longtemps au Brésil entre l’Eglise et le gouvernement, la première engagée dans une grande campagne de défense de la vie naissante, le second orienté vers une libéralisation encore plus large de l’avortement.
A Rome, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation des évêques, a pris la défense de l'archevêque d’Olinda et Recife dans une interview à "La Stampa".
Au Brésil, la conférence des évêques a fait de même par une note diffusée le 13 mars et par des déclarations de son président, l'archevêque Geraldo Lyrio Rocha, et de son secrétaire, Dimas Lara.
Le nouvel archevêque de Rio de Janeiro, Orani João Tempesta, s’est aussi exprimé dans ce sens, notant entre autres que la mère de la fillette avait dit que "le seul endroit où elle s’était sentie non pas maltraitée mais respectée avait été le bureau de Caritas".
Un soutien autorisé à ce qu’a fait l’Eglise brésilienne est même venu de France. L’évêque de Toulon, Dominique Rey, de retour du Brésil, a déclaré avoir vu de ses yeux "les nombreux témoignages de miséricorde vécue par les communautés chrétiennes qui ont entouré et accompagné la fillette et sa mère".
Mais le Saint-Siège a réagi autrement. En publiant l'article de Fisichella dans "L'Osservatore Romano", il a montré que l’objectif d’aplanir le différend avec l’opinion laïque, le président Luiz Inácio Lula da Silva et son gouvernement passait avant la défense de l’Eglise brésilienne et de sa campagne "pro vie".
Ce qui a eu pour résultat de transporter totalement le conflit à l’intérieur de la hiérarchie et, qui plus est, en ouvrant une controverse sur le jugement à porter sur l’avortement dans des cas semblables.
L'article de Fisichella, en effet, continuait ainsi:
"Du fait de son très jeune âge et de son état de santé précaire, la vie [de la fillette] était sérieusement mise en danger par la grossesse en cours. Que faire en pareil cas? Décision difficile pour le médecin et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-là se présentent chaque jour [...] et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même face à l’obligation de décider ce qu’il y a de mieux à faire".
En fin d’article, Fisichella applaudissait ceux qui "ont permis à la fillette de vivre".
Il est vrai que, dans un autre passage, le président de l’académie pontificale pour la vie rappelait que "l'avortement provoqué a toujours été condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement reste inchangé de nos jours".
Mais les doutes exprimés précédemment restaient et donnaient sa tonalité à tout l’article. Des doutes visiblement en opposition avec la solidité granitique de ce passage du paragraphe 62 de l'encyclique "Evangelium vitae" de Jean-Paul II:
"Aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite dans le cœur de tout homme, discernable par la raison elle-même et proclamée par l’Eglise".
***
Le 16 mars, le diocèse d’Olinda et Recife a répliqué à l'article de Fisichella paru dans "L'Osservatore Romano" par des "Eclaircissements" officiels, annoncés très visiblement sur la home page de son site web.
Rome n’a en aucune façon accusé réception. Pas même quand, le 21 mars, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, est revenu sur l’affaire.
Le père Lombardi était ce jour-là à Luanda, à l’occasion du voyage de Benoît XVI au Cameroun et en Angola.
La veille, parlant au corps diplomatique et se référant à l'article 14 du Protocole de Maputo sur la "santé maternelle et reproductive", le pape s’était exclamé sur un ton polémique:
"Combien est amère l’ironie de ceux qui promeuvent l’avortement au rang des soins de la santé des mamans! Combien est déconcertante la thèse de ceux qui prétendent que la suppression de la vie serait une question de santé reproductive!".
Rencontrant les journalistes, le père Lombardi a exclu tout lien entre les propos du pape et l’affaire de la fillette brésilienne. Et il a continué ainsi:
"A ce sujet, ce qui compte, ce sont les propos de Mgr Rino Fisichella qui, dans 'L'Osservatore Romano' a déploré l’excommunication annoncée trop rapidement par l'archevêque de Recife. Aucun cas-limite ne doit masquer le vrai sens du discours du Saint-Père, qui se référait à quelque chose de très différent. [...] Le pape n’a absolument pas parlé de l’avortement thérapeutique et n’a pas dit qu’il doit toujours être refusé".
Il est frappant que, près d’une semaine après la diffusion des "Eclaircissements" du diocèse brésilien, le porte-parole officiel du Saint-Siège ait fait comme s’il les ignorait totalement, que ce soit en ce qui concerne la reconstruction des faits opposée ou les objections à caractère doctrinal et moral.
On trouvera ci-après le texte intégral du document du diocèse brésilien:
Eclaircissements du diocèse d’Olinda et Recife
A propos de l’article intitulé "Dalla parte della bambina brasiliana", publié dans "L’Osservatore Romano" du 15 mars, les soussignés déclarent:
1. Les faits de viol n’ont pas eu lieu à Recife comme il est écrit dans l’article, mais dans la ville d’Alagoinha, diocèse de Pesqueira. C’est l'avortement qui a été pratiqué à Recife.
2. Tous – à commencer par le curé d’Alagoinha, soussigné – nous avons traité la fillette enceinte et sa famille avec toute la charité et la tendresse possibles. Dès qu’il a été au courant des événements survenus sur le territoire de sa paroisse, le curé, par sollicitude pastorale, s’est rendu immédiatement au domicile de la famille. Il y a rencontré la fillette et l’a assurée de son soutien et de sa présence face à la situation grave et difficile où elle était. Cette attitude s’est poursuivie chaque jour, d’Alagoinha jusqu’à Recife où a eu lieu le triste événement de l’avortement des deux bébés innocents. Il est donc évident et indubitable que personne n’a pensé en premier lieu à une “excommunication”. Nous avons utilisé tous les moyens à notre disposition pour éviter l’avortement afin de sauver les trois existences. Le curé de la paroisse s’est personnellement associé à tous les efforts du Conseil des Enfants local en vue du bien-être de la fillette et de ses deux enfants. À l’hôpital, lors de ses visites quotidiennes, il a eu une attitude, faite d’attention et de sollicitude, qui a clairement manifesté à l’enfant et à sa mère qu’elles n’étaient pas seules mais que l’Église, représentée par le curé de leur paroisse, leur garantissait toute l’aide nécessaire et la certitude que tout serait fait pour le bien-être de la fillette et pour sauver ses deux enfants.
3. Une fois la fillette transférée dans un hôpital de Recife, nous avons tenté d’utiliser tous les moyens légaux pour éviter l’avortement. L’Église n’a à aucun moment failli dans cet hôpital. Le curé de la paroisse de l’enfant lui a rendu visite chaque jour à l’hôpital, venant d’une ville située à 230 km de Recife, faisant tous les efforts possibles pour que l’enfant et sa mère ressentent la présence de Jésus, le Bon Pasteur qui part à la recherche de la brebis qui a le plus besoin d’aide. L’affaire a donc été traitée par l’Église avec toute l’attention voulue et pas de manière "expéditive" comme le dit l’article.
4. Nous ne sommes pas d’accord avec l’affirmation que "la décision est difficile... pour la loi morale elle-même". La Sainte Église ne cesse de proclamer que la loi morale est très claire: il n’est jamais licite de détruire la vie d’une personne innocente pour sauver une autre vie. Voici les faits objectifs: il y a des médecins qui déclarent explicitement qu’ils pratiquent l’avortement et qu’ils continueront à le pratiquer, tandis que d’autres déclarent avec une fermeté identique qu’ils ne pratiqueront jamais l’avortement. Voici la déclaration écrite et signée d’un médecin catholique brésilien: "Comme obstétricien pendant 50 ans, diplômé de la Faculté nationale de médecine de l’Université du Brésil et ancien directeur du service d’obstétrique de l’hôpital d’Andarai où j’ai exercé pendant 35 ans jusqu’au moment où j’ai pris ma retraite pour me consacrer au diaconat, j’ai accouché 4 524 bébés, dont beaucoup sont nés de mères mineures, et je n’ai jamais eu besoin de recourir à l’avortement pour 'sauver des vies', de même que tous mes confrères, professionnellement sincères et honnêtes et fidèles à leur serment d’Hippocrate".
5. L’affirmation que le fait n’a été rendu public dans les journaux que parce que l’archevêque d’Olinda et Recife s’est empressé d’annoncer l’excommunication, est fausse. Il suffit de constater que l’affaire a été rendue publique à Alagoinha le mercredi 25 février, que l’archevêque a fait sa déclaration à la presse le 3 mars et que l’avortement a été pratiqué le 4 mars. Il serait absurde d’imaginer que, devant un fait aussi grave, la presse brésilienne aurait pu rester silencieuse pendant six jours. Donc, les informations sur la fillette enceinte – "Carmen" – ont été rendues publiques dans les journaux avant que l’avortement n’ait été pratiqué. Ce n’est qu’ensuite que l’archevêque, interrogé par les journalistes le 3 mars, a évoqué le canon 1398 [du code de droit canonique]. Nous sommes convaincus que la révélation de cette peine thérapeutique, l’excommunication, fera du bien à beaucoup de catholiques en les incitant à éviter ce péché grave. Le silence de l’Église aurait été préjudiciable, surtout quand on pense que, chaque année, 50 millions d’avortements sont pratiqués dans le monde et que, rien qu’au Brésil, un million de vies innocentes sont supprimées. Le silence peut être interprété comme une connivence ou une complicité. Si un médecin éprouve une "perplexité de conscience" avant de pratiquer un avortement (ce qui nous semble très improbable), il devrait, s’il est catholique et entend suivre la loi de Dieu, consulter un conseiller spirituel.
6. Autrement dit, cet article constitue une attaque directe contre la défense de la vie de ces trois enfants assurée avec ardeur par l’archevêque José Cardoso Sobrinho. Il montre combien son auteur manquait des bases et des informations nécessaires pour s’exprimer sur ce sujet, en raison de sa totale ignorance des faits. L’hôpital où a été pratiqué l’avortement de cette petite fille est, dans notre état, l’un de ceux où cette opération est constamment pratiquée sous couvert de la "légalité". Les médecins qui ont pratiqué l'avortement de ces jumeaux ont déclaré et continuent à déclarer dans les médias qu’ils ont fait ce qu’ils ont l’habitude de faire "avec une grande fierté". L’un d’entre eux a même déclaré: "Et alors, j’ai déjà été excommunié de nombreuses fois".
7. L’auteur a cru pouvoir parler de ce qu’il ne connaissait pas et, plus grave encore, il n’a pas même pris la peine d’en parler préalablement avec son frère dans l’épiscopat. À cause de cette attitude imprudente, il a provoqué un grand désarroi chez les fidèles catholiques du Brésil. Plutôt que de solliciter son frère dans l’épiscopat, il a choisi de croire à notre presse, souvent anticléricale.
Recife, le 16 mars 2009.
Edvaldo Bezerra da Silva
Vicaire général de l'archidiocèse d’Olinda et Recife
Cicero Ferreira de Paula
Chancelier de l'archidiocèse d’Olinda et Recife
Moisés Ferreira de Lima
Recteur du séminaire archidiocésain
Marcio Miranda
Avocat de l’archidiocèse d’Olinda et Recife
Edson Rodrigues
Curé de la paroisse d’Alagoinha, diocèse de Pesqueira
L'article, paru dans "L'Osservatore Romano" du 15 mars 2009, qui a donné lieu à la déclaration du diocèse d’Olinda et Recife:
Du côté de la fillette brésilienne
par Rino Fisichella
Le débat sur certaines questions est souvent serré et les points de vue différents ne permettent pas toujours de mesurer à quel point l’enjeu est vraiment important. C'est alors qu'il faut s’en tenir à l'essentiel et laisser de côté un moment ce qui ne concerne pas directement le problème. Cette affaire, tout en étant dramatique, est simple. Il y a une fillette innocente que nous devons regarder droit dans les yeux, sans détourner le regard un seul instant, pour lui faire comprendre à quel point on l'aime. Nous l'appellerons Carmen. Ces derniers mois, à Recife, au Brésil, elle a été violée à plusieurs reprises, à l'âge de neuf ans, par son jeune beau-père, et s’est retrouvée enceinte de jumeaux ; sa vie ne sera plus facile. La blessure est profonde car cette violence totalement gratuite l'a détruite intérieurement et lui laissera peu de possibilités, à l'avenir, de regarder les autres avec amour.
Carmen représente une histoire de violence quotidienne; elle n'est apparue dans les pages des journaux que parce que l'archevêque de Recife s'est empressé d'annoncer l'excommunication des médecins qui ont aidé à interrompre sa grossesse. Une histoire de violence qui, hélas, serait passée inaperçue - tellement nous sommes habitués à supporter chaque jour des faits d'une gravité sans égale - sans le tapage et les réactions suscitées par l'intervention de l'évêque. La violence sur une femme, déjà grave en soi, devient encore plus condamnable lorsque celle qui la subit est une petite fille sans défense, avec la circonstance aggravante de la pauvreté et de la misère sociale dans lesquelles elle vit. Il n’y a pas de langage approprié pour condamner de tels faits : ils inspirent souvent un mélange de colère et de rancœur, sentiments qui ne s'apaisent que lorsque la justice est réellement rendue et quand on est sûr que le criminel en question purgera sa peine.
Carmen devait avant tout être défendue, embrassée, caressée avec douceur, pour qu’elle sente que nous étions tous avec elle; tous, sans aucune distinction. Avant de penser à l'excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Eglise, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres. Il n'en a pas été ainsi et la crédibilité de notre enseignement s'en ressent, hélas: beaucoup de gens le trouvent insensible, incompréhensible et dépourvu de miséricorde. Il est vrai que Carmen portait en elle d’autres vies, innocentes comme la sienne bien qu'elles aient été le fruit de la violence, qui ont été détruites; mais cela ne suffit pas pour rendre un jugement qui pèse comme un couperet.
Dans son cas, la vie et la mort se sont affrontées. Du fait de son très jeune âge et de son état de santé précaire, sa vie était sérieusement mise en danger par la grossesse en cours. Que faire en pareil cas? Décision difficile pour le médecin et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-là, même si les cas sont différents, se présentent chaque jour dans les salles de réanimation et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même face à l’obligation de décider ce qu’il y a de mieux à faire. En tout cas, personne n'arrive à une décision de ce genre avec désinvolture; le seul fait de le penser est injuste et blessant.
Le respect dû au professionnalisme du médecin est une règle qui doit s’appliquer à tous et qui ne peut pas permettre de parvenir à un jugement négatif sans avoir préalablement réfléchi au conflit qui s'est créé en lui. Le médecin porte avec lui son histoire et son expérience. Devoir sauver une vie en sachant que l’on en met une autre en grand danger n’est jamais un choix facile à vivre. Bien sûr, certains s'habituent à ces situations au point de ne plus éprouver la moindre émotion; mais alors le choix d'être médecin se réduit à n'être qu'un métier vécu sans enthousiasme et subi passivement. Mais il serait non seulement incorrect mais injuste de faire d'un seul cas une généralité.
L’histoire de Carmen a posé, une nouvelle fois, un problème moral des plus délicats; le traiter de manière expéditive ne rendrait justice ni à sa personne fragile ni à ceux qui sont impliqués à divers titres dans cette histoire. Comme chaque problème particulier et concret, il mérite cependant qu’on l’analyse dans sa spécificité, sans généralisations. La morale catholique a des principes dont elle ne pourrait pas faire abstraction même si elle le voulait: la défense de la vie humaine dès sa conception en est un. Elle se justifie par le caractère sacré de la vie; en effet, dès le premier instant, chaque être humain porte l'image du Créateur imprimée en lui; c'est pourquoi nous sommes convaincus qu’on doit lui reconnaître la dignité et les droits de tout être humain, le premier d'entre eux étant son intangibilité et son inviolabilité.
L'avortement provoqué a toujours été condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement reste inchangé de nos jours, depuis l'aube de l'Eglise. Dans "Gaudium et spes" - document qui manifeste beaucoup d’ouverture et de perspicacité envers le monde contemporain - le concile Vatican II utilise de manière inattendue des mots très clairs et très durs contre l'avortement direct. La collaboration formelle elle-même constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est commise, conduit directement hors de la communauté chrétienne. Techniquement, le code de droit canonique utilise l'expression "latae sententiae" pour indiquer que l'excommunication a lieu au moment même ou le fait se produit.
A notre avis, il n'était pas nécessaire d’annoncer aussi vite et avec autant de publicité un fait qui se produit de manière automatique. Ce qui paraît le plus nécessaire en ce moment, c’est un geste témoignant que l’on est proche de ceux qui souffrent. Un acte de miséricorde qui, tout en maintenant fermement le principe, soit capable de regarder au-delà de l’aspect juridique pour parvenir à ce que le droit lui-même prévoit comme but de son existence: le bien et le salut de ceux qui croient à l'amour du Père et de ceux qui accueillent l'Evangile du Christ comme les enfants que Jésus appelait à ses côtés et serrait dans ses bras en disant que le royaume des cieux appartient à ceux qui sont comme eux.
Carmen, nous sommes de ton côté. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l'amour dont tu auras encore plus besoin; ce sont d'autres personnes qui méritent l'excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t'ont permis de vivre et qui t'aideront à retrouver l'espérance et la confiance, malgré la présence du mal et la méchanceté de beaucoup de personnes.
Le site web du journal du Saint-Siège:
> L'Osservatore Romano
Le texte original, en portugais, de la déclaration du diocèse d’Olinda et Recife:
> Esclaricimentos sobre o artigo publicado no "L'Osservatore Romano"...
Le commentaire de l’évêque de Fréjus-Toulon, Dominique Rey:
> À propos de l’affaire de la petite fille brésilienne
Tous les discours et homélies du voyage de Benoît XVI en Afrique, sur le site du Vatican:
> Voyage apostolique au Cameroun et en Angola, 17-23 mars 2009
A propos de l’Eglise catholique et du sida, sur www.chiesa:
> Preservativo sì o no: “La Civiltà Cattolica” sbarra la strada (22.5.2006)
Ce que Benoît XVI a vraiment dit à propos du SIDA
Traduction française par Charles de Pechpeyrou
13:31 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vatican, fmi, polemique, verite, modernite, evangelium vitae, france, ong, simon de cyrene, osservatore romano, rino fisichella, universite pontificale du latran, olinda, excommunication, helder camara, preservatif, sida, avortement, bresil, afrique, eglise, charite, etat, medias, benoit xvi, cameroun, angola, yaounde, journalistes, contraceptifs, humanae vitae, paul vi, jean paul ii, hierarchie, onu, commission europeenne, allemagne, belgique, espagne, recife, giovanni battista re, la stampa, eveques, geraldo lyrio rocha, dimas lara, rio de janeiro, orani jo o tempesta, toulon, dominique rey, saint-siege |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook |






