25.08.2010

La valeur de la vie – Marie Gaille

marie galle la valeur de la vie.gifAlors qu’en contexte hospitalier, les décisions de maintien ou d’interruption de la vie semblent tracer un seuil entre les vies qui vaudraient d’être vécues et celles qui ne le vaudraient pas, l’ouvrage de Marie Gaille La valeur de la vie entend interroger la légitimité morale de cette notion de "valeur de la vie".

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04.03.2010

Assistance médicale à la procréation : les ambivalences du féminisme

La Revue française de science politique d’avril 2009 a publié un article d’Isabelle Engeli, intitulé "La problématisation de la procréation médicalement assistée en France et en Suisse. Les aléas de la mobilisation féministe".

 

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Isabelle Engeli (photo), docteur en sciences politiques, se livre à une analyse comparée de l’évolution des mouvements féministes et leur impact sur le développement de l’assistance médicale à la procréation (AMP) en France et en Suisse. Elle montre que le discours féministe a eu une influence contrastée relative au contexte social dans lequel il s’est inscrit. Les discours de revendications sociales n’ont en effet aucune chance d’influencer le débat public s’ils n’entrent pas en résonance avec "le système de valeurs et de représentations de sens socialement partagées".


L’ambivalence des féministes

La procréation médicalement assistée et l’avortement, "en se situant chacun à des extrémités opposés du processus reproductif" ont, pour reprendre une expression de Marie-Josèphe Dhavernas lors du colloque L’ovaire-dose, "semé le désordre dans l’ordre reproductif" en perturbant profondément le cadre normatif traditionnel de la reproduction". Ce désordre a permis la remise en question de l’ordre traditionnel de genre "fondé sur la biologisation de la fonction sociale de la femme" destinée à la maternité. L’avortement et l’AMP ont donc posé deux défis importants à la société et aux féministes.


Après la revendication politique de l’avortement au nom du libre choix de la "non maternité", l’avènement des "nouvelles technologies de reproduction a frappé les courants féministes de plein fouet en posant cette fois la question de la réalisation de la maternité", sans qu’ils puissent y apporter une réponse unifiée. Initialement, les techniques d’AMP furent accueillies favorablement et de manière unanime : les féministes y voyaient le moyen de gommer définitivement les différences sexuelles et libérer la femme de la maternité. Rapidement, cependant les positions divergèrent. Pour les radicales et les éco-féministes, le développement des nouvelles technologies renforçait la domination masculine qui prenait les traits du pouvoir médical. Celui-ci accentuait à nouveau l’obligation sociale de maternité et de sexualité pour les femmes. Mais pour les libérales et les post-modernes, l’AMP était dans la continuité directe du contrôle des femmes sur la décision de maternité, inauguré avec la légalisation de l’avortement. Elle portait par ailleurs un fort potentiel de transformation des relations de genre et des structures familiales.


France : échec de la pensée radicale

En France, les courants féministes ont été confrontés à ces contradictions internes. Lors des discussions sur l’AMP au cours de l’élaboration de la loi de bioéthique de 1994, le débat public s’est concentré sur la notion de "désir d’enfant", rejoignant en cela une partie des féministes. Mais peu à peu, le discours féministe dominant s’est articulé autour de l’instrumentalisation du corps de la femme par les nouvelles technologies reproductives. Une telle thèse était en parfaite contradiction avec la consultation publique et le corps médical qui estimaient primordial que la médecine réponde à la souffrance des couples stériles. Leur discours devint "radical" : il allait "à l’encontre du système". Il va alors s’estomper progressivement jusqu’à "être largement oublié durant la suite du processus de décision qui mena aux lois de bioéthique de 1994". La législation adoptée, libérale en matière d’AMP, marque donc un échec du féminisme français à se faire entendre sur la scène législative.


Suisse : jeu des alliances
Alors que l’avènement des nouvelles technologies avait été accueilli avec enthousiasme en France, c’est un scepticisme inquiet de possibles dérives eugéniques qui prévalut en Suisse. Une vaste initiative populaire lancée par un magazine et intitulée "
Contre l’application abusive des techniques de reproduction et de manipulation génétique" fut rapidement rejointe par les mouvements pro-vie et les associations catholiques. La réflexion se fondait sur deux principes : le "respect de la dignité humaine" et la "protection de la famille". Les initiateurs du débat ne tardèrent pas à propulser les féministes radicales et écologistes sous le feu des projecteurs : elles luttaient pour "l’interdiction du don d’ovules et d’embryons en dénonçant l’instrumentalisation du corps de la femme par la médecine, ainsi que la pression maternelle imposée aux femmes stériles". Elles se retrouvaient ainsi en résonance avec un débat beaucoup plus large auquel ne s’opposait que le corps médical, qui passa rapidement d’une position pro-active à une position défensive. Face à cette montée en puissance, les courants féministes libéraux se démobilisèrent très vite. La réflexion des radicales et des éco-féministes, en revanche, s’intensifia rapidement : elle rejoint le Réseau international des femmes contre la procréation médicalement assistée (FINNRAGE) qui regroupe des associations féminines de toutes tendances. Lors de la deuxième phase de l’élaboration de la loi d’application sur la procréation médicalement assistée, leurs idées influencèrent largement le débat parlementaire, reprises par tous les partisans d’une politique restrictive, mais aussi par leurs adversaires. La loi fut finalement "placée sous le sceau d’une large interdiction [bannissant] la plupart des techniques de procréation médicalement assistée, et notamment le don d’ovule ainsi que le don d’embryon". L’assurance maladie ne couvre aucun des frais qui y sont relatifs.

 

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20.11.2009

France: Un pas de plus dans l’eugénisme

France : Un pas de plus dans l’eugénisme

Un avis du Comité national d’éthique

 

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ROME, Jeudi 19 novembre 2009 (ZENIT.org) - Un avis du Comité national d'éthique français constitue un « pas de plus dans l'eugénisme », estime « Gènéthique », la synthèse de presse de la fondation Lejeune.

Hier, le président de la conférence des évêques de France, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a déploré cette dérive dans une déclaration (cf. Zenit du 18 novembre 2009).

L'avis n°107 du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) est largement répercuté par la presse (cf. Synthèse de presse du 17/11/09). Celui-ci préconise d'étendre le diagnostic préimplantatoire (DPI), reconnu comme "transgressif" mais censé éviter "les souffrances attendues d'une vie humaine". Le DPI est autorisé pour permettre la sélection d'embryons exempts de maladies génétiques d'une particulière gravité, reconnues comme incurables au moment du diagnostic. A la question de savoir si cette pratique peut être considérée comme eugénique ainsi que l'avançait le Conseil d'Etat dans son rapport de mai 2009, le philosophe Pierre Le Coz, membre du CCNE, a répondu : "Il ne s'agit pas d'eugénisme au sens juridique du terme, car il n'existe pas d'incitation coercitive de l'Etat obligeant les couples à avorter ou à faire un DPI". Tout au plus pourrait-on parler de "pression du corps social".


Le CCNE préconise donc non de limiter le DPI mais de l'étendre en ajoutant pour tout DPI le dépistage de la trisomie 21. Ceci est jusqu'à présent interdit puisque la loi précise que le DPI ne peut porter que sur la recherche d'une maladie à la fois. Par ailleurs, aucune liste de maladie n'existait jusqu'à maintenant afin de ne pas stigmatiser les patients. En nommant ainsi la trisomie, le CCNE stigmatise donc les personnes trisomiques. "On a les chromosomes sous les yeux, cela ne coûte rien de regarder si l'embryon qu'on veut implanter n'est pas atteint de trisomie 21. Et cela peut éviter de recourir, ensuite, à un éventuel avortement", explique le Pr Israël Nisand, chef du service de gynécologie obstétrique au CHU de Strasbourg.

Le CCNE estime qu'éviter "l'épreuve douloureuse de l'interruption médicale de grossesse, un acte toujours traumatisant" à un couple garantit que l'acte soit éthique.

Ce n'est pas l'avis de certains membres du Comité qui "craignent qu'une telle mesure ne modifie le fond de la pratique du DPI en abolissant une limite".

Le philosophe Xavier Lacroix , membre du groupe de travail ayant rendu cet avis, affirme dans La Croix : " Globalement ce texte a une bonne teneur éthique, et je l'approuve. Sauf sur ce point". Pour lui, s'"il ne s'agit pas d'un eugénisme collectif et coercitif comme l'histoire en a connu dans certains régimes totalitaires", il y a bien "un eugénisme libéral et individuel qui peut aboutir au même résultat qu'une politique collective". La préconisation du CCNE est fondée sur "un argument pragmatique et utilitaire évident. [...] Mais dans la réflexion éthique, la balance utilitaire ne doit pas toujours avoir le dernier mot". "Le DPI est déjà transgressif sur le plan éthique, puisqu'il conduit à éliminer les embryons non conformes. Mais il est limité aux pathologies graves ce qui est déjà un compromis. Si on l'élargit à la recherche de la trisomie, pathologie qui fait déjà l'objet d'une véritable traque, on sort de ce cadre. Et qu'est-ce qui empêchera, après la trisomie, d'étendre encore le DPI, à la recherche de multiples autres affections ?"

Pour Marie-Thérèse Hermange, sénatrice UMP de Paris : '"Le risque est grand, à partir de là, de voir se développer pour tous une procréation systématiquement programmée, avec passage par le DPI. Et d'évoluer vers une société de moins en moins accueillante pour les personnes handicapées".

Dans un communiqué, la Fondation Jérôme Lejeune dénonce, l'année même du cinquantenaire de la découverte de la trisomie 21, "une étape supplémentaire qui confirme la volonté d'éradiquer le plus tôt possible tout être humain atteint de trisomie 21 et renforcera l'eugénisme". Elle "interpelle solennellement la représentation nationale : 13 ans après l'installation d'un dispositif de dépistage systématique des enfants trisomiques, et le constat qu'il a entraîné un eugénisme radical, les citoyens ne pourront se contenter de bons sentiments sur la nécessité d'accueillir et d'insérer les personnes handicapées dans notre société. Il sera demandé aux représentants de la nation cohérence et courage et à l'Etat de prendre des mesures fortes et concrètes, sauf à entériner le choix collectif de l'éradication des enfants trisomiques."

Par ailleurs, le CCNE propose d'élargir le DPI aux prédispositions au cancer et de maintenir l'utilisation du DPI dans le cas d'un bébé-médicament contrairement aux préconisations du Conseil d'Etat dans son rapport.


Sources : La Vie (Claire Legros) 17/11/09 - La Croix (Dominique Quinio- Marianne Gomez) 18/11/09 - Le Monde (Paul Benkimoun) 18/11/09 - Romandie News 18/11/09 - Gènéthique 18/11/09