14.01.2010

Haïti: le silence de Phaubert et les mots réconfortants de Charles

Phaubert a 14 ans : il est allongé sur un brancard pendant que son petit frère de 12 ans, Charles, lui serre la main et le console à voix basse. "Tu vas t'en sortir - lui dit-il -, tu verras. Maman et papa vont bientôt arriver".

En silence, Phaubert, dont le jeune visage est défiguré par la souffrance et les blessures, écoute son frère. Pendant qu'autour d'eux - dans le quartier de Delmas, dans la capitale Port-au-Prince, dont un bâtiment sur trois s'est effondré -, les pleurs et les cris désespérés retentissent sans répit, Phaubert et Charles ainsi que deux de leurs frères ont eu la chance de pouvoir être immédiatement secourus par les sauveteurs internationaux, bien que le diagnostic tombe, impitoyable : fracture du crâne dans sa zone frontale.

 

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photo Keystone


Le récit parvient à la MISNA alors qu'il est quatre heures du matin à Haïti. Ce n'est qu'une histoire parmi d'autres, mais une histoire révélatrice des événements qui se produisent actuellement à Port-au-Prince. L'école de Phaubert a été rasée au sol, tout comme sa maison et celle de ses voisins n'existent plus. Quand le séisme a frappé la capitale, les parents de Phaubert n'étaient pas encore rentrés du travail et personne ne sait s'ils sont encore vivants.

"Il y a des tas d'enfants qui n'arrivent pas à trouver leurs parents et vice-versa - dit à la MISNA Fiammetta Cappellini, responsable de l'Avsi (Association Volontaires pour le service international) -, le travail avec les enfants est prioritaire pour reconstruire, quand ce sera possible, les familles…".


Sur le plan humanitaire, à presque 48 heures du séisme, l'urgence se concentre malheureusement sur les cadavres, pendant que les recherches de rescapés ensevelis sous les décombres se poursuivent et que les agents prennent en charge les blessés avec les quelques moyens dont ils disposent.

"Il faut trouver le moyen d'enlever rapidement les corps des rues pour éviter la propagation de maladies - poursuit la responsable de l'Avsi -, de même qu'il est urgent de trouver de l'eau potable et des vivres de première nécessité. On manque de tout : les blessés sont innombrables, je ne saurais même pas dire combien il y en a ; les hôpitaux publics sont pour la plupart gravement endommagés et à court de matériel ; il n'y a pas assez de médecins, de chirurgiens et de matériel chirurgical. Une fois que cette phase sera terminée, le problème le plus important consistera à organiser des refuges provisoires pour les sans-abri et à se procurer des kits d'hygiène et de cuisine. C'est une catastrophe d'une ampleur inimaginable, c'est tout ce que je peux dire".

(GB/CN)

MISNA

13.01.2010

'Les cris au milieu des décombres' - Témoignage de Port-au-Prince

Il fait encore nuit à Port-au-Prince, isolée du reste du monde depuis le séisme d'une magnitude 7 sur l'échelle de Richter qui l'a frappée mardi à 17 heures locales.

 

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Photo Reuters


"Nous sommes tous dans la rue. On entend les appels des gens qui recherchent leurs proches, des parents ou des amis. Les équipes de secours ne sont jamais parties car les dégâts ont immédiatement empêché tout déplacement pendant les trois heures ayant fait suite au séisme. Ensuite, la nuit est tombée et la ville, qui est déjà dépourvue aux trois quarts de tout éclairage, s'est malheureusement retrouvée immobilisée. Ce sont les gens ordinaires qui s'activent à la recherche des disparus et d'éventuels rescapés et les seuls moyens en service, notamment grâce à des dispositifs photoélectriques, appartiennent à la Minustah (mission locale de l'Onu, Ndlr)",

déclare à la MISNA Fiammetta Cappellini, responsable de l'Avsi (Association des Volontaires pour le Service international) à Haïti, contactée à Port-au-Prince.

"En sortant du travail, j'ai traversé la route de Delmas - raconte la responsable humanitaire -, une des rues principales : un immeuble sur trois a été détruit et de nombreuses personnes blessées dans l'effondrement de leurs habitations tentent de gagner les hôpitaux. Le séisme a frappé vers 17 heures, soit une heure après la fermeture des bureaux. Beaucoup ont retrouvé leur maison détruite et leurs proches disparus. Nous avons porté secours à quatre jeunes frères et sœurs ayant perdu leurs parents ; l'un d'eux est grièvement blessé".

"Les téléphones et les portables ne marchent pas - poursuit-elle dans son récit, fourni grâce à une connexion Internet de fortune - de même que la télévision et la radio ne semblent pas retransmettre leurs programmes. Mais nous sommes surtout préoccupés par ce qui nous attend au lever du jour. J'ai vu le commissariat de Delmas de mes propres yeux : il s'est complètement écroulé, comme la prison pour mineurs, la cathédrale, le siège de l'Union européenne et le palais présidentiel. Un communiqué du gouvernement a indiqué que le président était sain et sauf. L'immeuble de l'Onu est gravement endommagé".

L'ampleur du drame que connaît le pays américain le plus pauvre est encore difficile à envisager.

"Dès qu'il fera jour, nous irons à Martissant. C'est la zone qui nous inquiète le plus. À partir des informations que nous possédons, tout le centre-ville a été lourdement touché : Canapé vert, Delmas, Bourdon, Pétionville…",

conclut notre interlocutrice, avant d'aller prendre un peu de repos, en prévision d'une dure journée. (Gianfranco Belgrano  - MISNA)