25/06/2009

LA COMMUNICATION DE L’EGLISE - RADIOS CATHOLIQUES ET NOUVELLES TECHNOLOGIES POUR LA MISSION (fin)

Entretien avec le Professeur l'Abbé José Maria La Porte,

expert des Fondements de la Communication Institutionnelle de l'Eglise

à l'Université Pontificale de la Sainte Croix (Santa Croce)

 

 

Comment aborder la communication du point de vue ecclésial ?

            Pour certains aspects, l'Eglise communique depuis deux mille ans, ce n'est pas une nouveauté. Elle a communiqué avec la prédication, avec les Pères de l'Eglise, avec les Saints qui ont écrit, avec les biographies ; elle a communiqué avec l'art.

 

 

Et à présent, quels sont les traits distinctifs de la communication institutionnelle de l'Eglise?

            Il faut voir, à présent, au XXI° siècle, comment réussir à mieux communiquer en exploitant les moyens que nous avons à notre disposition. Communiquer institutionnellement l'Eglise, veut dire approfondir les éléments essentiels de sa propre identité, et chercher à les faire devenir culture ; étant donné que, au XXI° siècle, la culture est « médiatique », il faut communiquer la foi institutionnellement et médiatiquement ; ne pas utiliser seulement les moyens pour proclamer l'Evangile, certes, mais aussi créer une culture. En ce sens, le « projet Culturel » de la Conférence Episcopale Italienne est intéressant.

 

 

Et comment ?

            L'Eglise communique comme sujet de communication quand elle réalise la communication par ses propres canaux officiels, et, comme objet de communication, quand elle devient un thème de la communication, comme dans le cas de journaux ou de radios ou de télévision ou de pages web, qui n'ont rien à voir avec l'Eglise, mais qui parlent d'elle, d'aspects liés à sa mission. En ce sens, si l'Eglise réussit à créer une image adéquate, elle réussira à présenter la foi de manière adéquate, y compris dans des contextes apparemment différents. Dans les deux cas, comme objet et comme sujet, l'Eglise a de très grandes possibilités de communiquer la foi, de manière adéquate.

 

 

De quelle manière l'Eglise Catholiques, par ses représentants, communique-t-elle aujourd'hui le Message dont elle est dépositaire ?

            L'Eglise intervient dans le débat public, de manière officielle, par ses représentants. Cette communication officielle a un rôle, contre contrepoint moral du débat public. Mais il existe aussi une communication non officielle, également importante, en ligne avec le Concile Vatican II, que réalisent les fidèles laïcs, soit parce qu'ils prennent part aux moyens de communication, soit parce qu'ils sont destinataires de l'information.

 

 

Quel est le rôle des laïcs ?

            Par leur rôle professionnel dans les moyens d'information, ils peuvent réaliser un journalisme ouvert à la charité, et réussir à proposer la foi de manière attrayante. Ils ont aussi un rôle essentiel comme destinataires de la communication des moyens de communication, parce qu'ils seront critiques avec les nouvelles qui ne présenteraient les qualités requises, quand on parle de foi.

 

 

Quelle valeur a (et a eu) le langage utilisé, et comme change-t-il selon les différents moments que traversent la société et la culture, et selon les endroits où travaille l'Eglise?

            Le langage est une clef, et il l'a toujours été dans l'histoire de l'Eglise. Il fait partie des problèmes institutionnels, mais il est aussi un point positif ; il y a le fait d'avoir un « dépôt » qui ne peut changer, un dépôt qui est dynamique et statique en même temps ; dynamique, parce qu'il sert de source d'inspiration ; et statique, parce qu'il devient un point ferme, comme un indicateur, comme un signal dans la voie de l'histoire.

 

 

Par exemple ?

            Saint Paul, dont les Lettres ont été décisive dans le genre littéraire épistolaire, de nombreux mouvements artistiques qui se sont créés comme fruit de la foi des gens au cours des siècles, la Chapelle Sixtine elle-même, ont, à la racine une source d'inspiration qui est le Message révélé, une sève qui alimente les possibilités d'expressions et les possibilités artistiques des hommes, et les élève à un niveau supérieur.

 

 

En est-il ainsi au XXI° siècle?

            La particularité du XXI° siècle, c'est que l'Eglise doit parvenir à transmettre ce dépôt qu'elle possède, dans un contexte médiatique, sans avoir peur, tout comme elle n'a pas eu peur auparavant. Actuellement, la société est sécularisée, et il y a des problèmes complexes ; mais, même quand l'Eglise a commencé à se servir de l'imprimerie, de la presse, par exemple, il y avait les guerres de religion, des problèmes sociaux, et tout un continent à peine découvert, et, toutefois, même dans ce contexte difficile, l'imprimerie, la presse,  a servi à répandre la Bible.

 

 

 

Comment se relient le langage des moyens de communication et le langage de la foi?

            La foi est capable de vivifier chaque réalité humaine, y compris les moyens qui se sont développés durant les dernières décennies. Le langage est une clef, et chaque moyen qui doit vivifier ce langage est créé et développé et a un langage propre. Pour sa part, la foi a une dynamique et une nature particulières et elle doit l'amener au-delà ; il ne s'agit pas seulement d'une adaptation mutuelle ; mais la foi devient un vrai moteur de développement des langages de la communication. Il y a un langage des moyens de communication qui doit être vécu, qui doit être relié avec le langage humain et avec le langage de la foi ; il faut les mettre en rapport, parce que tous les trois sont des sources créatives. Le résultat de cette interaction est beaucoup plus que la simple somme de tous les trois.

 

 

Mais la communication du Message chrétien n'est pas seulement institutionnelle...

            Quand l'Eglise communique du point de vue institutionnel, elle doit trouver des moyens pour présenter cette communication, trouver des exemples et des témoignages où ce message est incarné dans les personnes. Pour communiquer la fidélité matrimoniale, un communiqué ne suffit pas ; l'expérience d'un couple qui a célébré 50 années de mariage est probablement plus utile ! De cette manière, on parle d'amour et aussi de foi.

 

 

Quelle est l'influence de l'expérience vécue des nombreux témoins de la foi?

            Quand le chrétien travaille dans les moyens de communication, ou est spectateur de ces moyens de communication, il doit savoir montrer de manière authentique sa propre foi et ne pas avoir peur. Il faut trouver, comme stratégie de communication institutionnelle aussi, la foi incarnée dans les personnes, c'est-à-dire faire voir et toucher comment la Grâce de Dieu agit dans les personnes concrètes, parce qu'elle renvoie à l'Eglise et à Dieu. L'expérience, par exemple, des volontaires ou des missionnaires, exprime non seulement la solidarité et le désir de bien faire leur travail là où ils se trouvent, mais laisse entrevoir une autre perspective, la foi en Dieu, vraie motivation pour consacrer sa vie aux autres. Le problème, c'est de trouver des exemples de ces personnes qui, par leur attitude et leur manière d'agir, te font entrevoir le mystère de Dieu, te changent, et t'aident. Il faut surtout trouver des exemples de jeunes qui travaillent et se dévouent concrètement.

 

 

De nombreux côtés, se manifeste la critique contre l'Eglise Catholique d'être peu moderne et même d'être obscurantiste, trop conservatrice : les méthodes de communication de l'Eglise sont-elles actuelles et adaptées aux exigences de l'homme du Troisième Millénaire ?

            Le thème religieux, y compris pour les moyens de communication, n'a pas vu diminuer son intérêt. Au fond, c'est un préjugé de penser que l'Eglise est obscurantiste, une préjugé fondé sur la logique minorité/majorité. Pour moi, en ce moment, les vrais progressistes sont les chrétiens, parce qu'ils n'ont pas peur de changer des choses que certains considèrent comme inamovibles. S'il y a quelqu'un de progressiste et qui se défie de la raison, c'est précisément le chrétien qui vit la foi de l'Eglise, comme le montre le Discours de Ratisbonne, où Benoît XVI n'a pas eu peur de parler de foi et de raison. Il est obscurantiste celui qui ne veut pas mettre sur le terrain la raison, dialoguer, affronter les vrais problèmes.

 

 

Mais pensez-vous que ces idées sont communiquées ?

            Il y a du chemin à faire. C'est là, certainement, pour l'Eglise, un moment passionnant pour communiquer. La foi n'est pas bien vue de la part d'un secteur de la société, qui, souvent, n'est pas ouvert aux questions essentielles de l'homme, un secteur qui alimente des groupes de pression très souvent minoritaires, alors que les personnes réelles voient la foi d'un bon œil : un exemple est la mort de jean Paul II. Comme le déclare un Consulteur du Conseil Pontifical pour les Communications Sociales, il y a une différence entre l'opinion publique et l'opinion publiée, c'est-à-dire que bien souvent ce qui est publié ne reflète pas du tout l'opinion des gens du commun.

 

 

Les méthodes de communication de l'Eglise sont-elles actuelles et adaptées aux exigences de l'homme du Troisième Millénaire?

            Je crois que les moyens officiels de communication de l'Eglise, même s'ils se sont grandement développés, ont encore du chemin à faire, alors que l'initiative des catholiques pris en particulier est vraiment à l'avant-garde. Sur Internet, par exemple, il y a beaucoup de choses, même petites, une partie de la vie elle-même, des nouvelles, des blogs, des forums sur l'Eglise et sur le pape, un mouvement qui part du bas et qui va de l'avant du point de vue de la communication.

 

 

Dans quelle direction l'Eglise peut-elle améliorer et développer ses capacités dans le domaine de la communication ?

            Avant tout, par la formation des personnes qui travaillent dans les bureaux qui font la communication institutionnelle, par la sensibilité de la communication et par l'amour pour la profession de journaliste ; ensuite, en formant les laïcs qui travaillent dans les milieux de la communication, en leur donnant un soutien pour vivre leur foi en toute intégrité. Enfin, en aidant à la formation d'un critère moral chez tous ceux qui bénéficient des moyens de communication. Le problème consiste à aider les chrétiens à exprimer leur foi de mille manières possibles.

 

 

La nécessité d'utiliser les moyens de communication sociale et les nouvelles technologies risque-t-elle d'affaiblir la force du Message chrétien ?

            Jamais comme aujourd'hui, le Message de la foi n'est parvenu à arriver en tous lieux. L'Eglise réussit à arriver beaucoup plus loin qu'auparavant. De toute façon, les moyens de communication sociale ne sont pas des moyens absolus ; Internet ne pourra pas remplacer la diffusion personnelle de la foi, parce que la foi aura toujours besoin du rapport humain, du témoignage, d'une catéchèse, d'un parcours, d'une communauté des croyants.

 

 

Comment se comporte alors un bon « medium » catholique ?

            Le « medium » par excellence est ce qui se pense et se conçoit comme complément et comme service ; un site Internet catholique peut aider les personnes à s'approcher de la foi, de la prière ; c'est un moyen extraordinaire, très utile, grâce auquel de nombreuses personnes connaissent le Pape, des catholiques d'autres endroits dans le monde, chose qui, jusqu'il y a peu de temps, était impossible. Le problème peut se présenter si l'on fait d'Internet un remplacement des moyens utilisés précédemment, si l'on enlève la dimension interpersonnelle de l'annonce, de la direction, spirituelle, de la formation. L'important, c'est qu'un moyen de communication ne veuille pas remplacer les autres canaux grâce auxquels la foi se développe, mais qu'il en soit un complément et un service. La potentialité est, de toute façon, extraordinaire, y compris du point de vue de la création d'une culture catholique.

 

 

D'où provient une certaine « méfiance » de l'Eglise vis-à-vis de la télévision?

            Les moyens, en soi, ne sont ni négatifs ni positifs; cela dépend du message qu'ils véhiculent. Dans une société sécularisée, la télévision prend un rôle négatif, si les programmes ne sont pas de qualité, et si les personnes passent trop d'heures devant la télévision ; en outre, très souvent, la manière avec laquelle les moyens d'information, et surtout la télévision, regardent les questions de l'Eglise, est superficielle ; souvent, les émissions de télévision veulent un représentant de l'Eglise pour les débats, mais ce n'est pas pour chercher la vérité sur les arguments traités.

 

 

Et cela suppose-t-il une barrière ?

            On se trouve en difficulté devant un moyen de communication qui veut faire du spectacle, qui simplifie, qui dramatise, qui a besoin de synthétiser en une minute deux mille ans d'histoire. La barrière n'est pas avec les moyens, mais avec la culture de la superficialité et du double langage de certaines personnes qui interviennent dans les moyens de communication, et qui y prennent part ; pour eux, fréquemment, les religions et la foi représentent une difficulté, mais cela n'est pas un problème qui touche au moyen de communication. Le vrai problème est culturel et idéologique ; en outre des clichés se sont formés dans la communication, qui ne sont pas vrais.

 

 

Le moyen de la Radio possède-t-il encore la force de communication et la force missionnaire dont l'Eglise a besoin?

            Oui, parce que chaque moyen a son propre public, et surtout en plusieurs endroits d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine. La Radio continue à être le seul et unique moyen, pour des raisons liées à la géographie et à leur propre histoire.

 

 

Et quand arrivera le satellite?

            Je crois que la Radio continuera à avoir son public, même si la télévision arrive en ces endroits, parce qu'elle a un caractère immédiat important ; c'est un moyen chaud, qui permet l'intimité du Message, on se concentre sur les paroles et non pas sur les images ; c'est un véhicule extraordinaire. Le problème vient quand on fonctionnalise trop la Radio et que l'on n'est pas créatif, quand on pense que le moyen de communication en soi, est tout. En revanche, non, la Radio est comme un orchestre : tu dois parvenir à retirer le meilleur de ce moyen de communication ; et si tu es créatif, tu parviendras aussi à avoir une forte audience, un grand nombre d'auditeurs.

 

 

Seulement avec des programmes religieux?

            Faire une Radio chrétienne ne veut pas dire faire une Radio confessionnelle; être des journalistes chrétiens ne veut pas dire parler seulement de foi, mais dire la vérité, et faire un travail de professionnels. Plusieurs Radios Catholiques sont des points de référence en Europe, en Afrique, et en Amérique Latine. La Radio a vraiment une potentialité extraordinaire, aujourd'hui encore.

 

 

En particulier, dans le siècle passé et dans le siècle actuel, le rapport entre la communication et le Pontificat a été très étroit : quels sont, à votre avis, les pas les plus innovateurs qu'on réalisés les Souverains Pontifes dans le domaine de la communication ?

            Me viennent à l'esprit les premières images cinématographiques du, Pape qui se promène dans les Jardins du vatican en 1898 (Léon XIII°) ou la création de Radio Vatican (Pie XI), ou le fait que Paul VI soit le fils d'un directeur de journal ; mais Jean Paul II et Benoît XVI ont eu une grande influence dans les moyens de communication.

 

 

Dans quel sens ?

            Ils sont allés au-delà de vouloir présenter le Magistère de l'Eglise dans les moyens de communication. Jean Paul II a présenté l'Eglise comme thème d'intérêt dans un domaine public ; il a éliminé en partie les préjugés sur la foi, qui existent chez plusieurs professionnels de l'information ; il a beaucoup voyagé, il est allé à l'étranger, il a dialogué avec les journalistes ; en un certain sens, il était lui-même le Message, comme témoin ; et, sous son Pontificat, la communication a été très renforcée et développée.

 

 

Et Benoît XVI ?

            Il s'agit de deux Pontifes différents, mais très médiatiques. Benoît XVI est lié non pas au moyen comme moyen, mais à ses contenus, à la capacité d'entrer dans le débat public sur des arguments spécifiques. Comme le disait récemment un journaliste vaticaniste, la chose qui surprend positivement, c'est que, avec la possibilité d'intervenir sur des questions morales publiques, en même temps, dans son Magistère ordinaire, il met toujours la liturgie au centre ; on peut dire qu'il ne suit pas « le programme des moyens de communication », mais la logique du message proposé par la liturgie. Et, dans le même temps, il n'a pas peur d'aborder certaines questions quand c'est nécessaire, même si cela peut apparaître comme impopulaire, parce qu'il va toujours à l'essentiel.

 

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Réalisé par P.C. - Agence Fides 30/05/2009; Directeur Luca de Mata