18.05.2012
Un Parvis des Gentils à Barcelone sous le signe de l'Art
Après Paris, Florence, Tirana, Palerme….le parvis des gentils est à Barcelone, en Espagne. Sous les auspices du Conseil pontifical de la Culture, cette initiative vise à promouvoir le dialogue entre croyants et non croyants sur les grandes questions qui interpellent le monde contemporain. A Palerme, au mois de mars, la réflexion s’était focalisée sur la culture de la légalité et sur la société multireligieuse. A Barcelone, terre natale d’artistes de renommée internationale : Dalì, Gaudì, Mirò, Tapiès…, cette nouvelle édition est placée sous le thème « Art, beauté et transcendance ». Deux jours de débats, les 17 et 18 mai, au Musée national d’art de la Catalogne, à l’Université de Barcelone, en la basilique de la Sagrada Familia, chef d’œuvre d’Antonì Gaudì.
17:03 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : artistes, dali, gaudi, miro, tapies, art, beaute, transcendance, debats, catalogne, musees, universite, basilique, sagrada familia, antoni gaudi, laurent mazas, incarnation, spiritualite, cardinaux, gianfranco ravasi, metaphysique, bible, liturgie, esthetique, choristes, musique, polyphinie, jeunes, laics, intellectuels, paris, florence, tirana, palerme, barcelone, espagne, conseil pontifical de la culture, dialogue, non croyants, croyants, monde contemporain, societe |
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24.02.2010
Le rabbin qui étudiait Jésus
Ce juif Jésus qui changea la vie du grand rabbin de Rome
Il la changea au point que celui-ci se fit baptiser dans l'Église catholique. Son livre "Le Nazaréen" a été réédité et a fait dans "L'Osservatore Romano" l'objet d'une critique signée par une chercheuse juive. Au même moment, le second volume du "Jésus de Nazareth" du pape va être imprimé
par Sandro Magister

ROME, le 24 février 2010 – Le premier à qui il a annoncé qu’il avait fini d’écrire son livre sur Jésus a été un rabbin juif. C’était le jour après sa visite à la synagogue de Rome, le 18 janvier dernier.
Le rabbin, c’est l'Américain Jacob Neusner ; l'auteur du livre, c’est Benoît XVI.
Le premier volume du "Jésus de Nazareth" du pape Joseph Ratzinger a été publié il y a trois ans. Le second et dernier volume de cet ouvrage, consacré à la passion et à la résurrection de Jésus et aux Évangiles de l'enfance, est maintenant prêt à être traduit et imprimé.
Mais au même moment, par une coïncidence significative, la réimpression d’un autre livre important sur Jésus, intitulé "Il Nazareno" et écrit il y a plus de 70 ans par un grand rabbin italien, est sortie ces jours-ci en Italie.
Ce n’est pas tout. Le 20 février, "L'Osservatore Romano" a publié, sous la signature d’une chercheuse réputée, Anna Foa, professeur d’histoire à l'Université de Rome "La Sapienza" et juive, une critique très positive de cette nouvelle édition du livre.
Cette critique marque aussi un changement important. L'auteur du livre, Israel Zoller, fut grand rabbin de la communauté juive de Rome et, en 1945, il se convertit à la foi catholique.
Sa conversion retentissante troubla fortement la communauté juive de Rome et d’Italie. Qui laissa tomber sur lui un silence qui a duré des décennies.
Par sa critique dans le "journal du pape", Anna Foa a définitivement mis fin à ce silence, mais elle a aussi indiqué que déjà "une reconnaissance de la messianité du Christ semblait paraître entre les lignes" de ce livre, même s’il avait été écrit plusieurs années avant la conversion de son auteur.
***
Israel Zoller naît en 1881 à Brody, alors village de la Galicie austro-hongroise et aujourd’hui situé en territoire polonais. À 6 ans, il émigre avec sa famille à Stanislavov, l'actuelle Ivano-Frankovsk, en Ukraine. Il étudie à Lviv puis à Florence. Il s’installe en Italie et change son nom en Zolli. Il devient grand rabbin de Trieste et enseigne la littérature juive à l'université de Padoue. S’étant installé à Rome, il est élu grand rabbin et directeur du collège rabbinique. Il démissionne au début de 1945 et demande en février de cette année à être baptisé dans l’Église catholique, sous le prénom d’Eugenio, celui du pape d’alors, Pie XII. Il meurt en 1956.
Son autobiographie, écrite en 1947 et réimprimée en Italie il y a six ans, aide beaucoup à comprendre le parcours et la signification de sa conversion à la foi chrétienne.
Dès l’enfance, pour lui, Jésus était présent avec tout son mystère, dans un monde rappelant les tableaux de Chagall, le peintre juif qui est né et a aussi vécu dans les régions aux confins de l'Europe orientale et de la Russie (photo) : il y a le village, la synagogue, le maïs sur la neige, l’école juive avec son maître sévère, les coqs sur les toits... Et beaucoup de figures volantes dans le ciel étoilé : les personnages de la Bible.
Mais, justement, il y a aussi Jésus, dès le début. Il y a le crucifix dans la maison du camarade de classe :
"Pourquoi a-t-il été crucifié, Lui ? Pourquoi nous, garçons, devenons-nous si différents devant Lui ? Non, non, Il ne peut pas avoir été méchant. Peut-être était-il, peut-être n’était-il pas – qui sait ? – le Serviteur de Dieu dont nous avons lu les chants à l’école. Je ne sais rien, mais je suis sûr d’une chose : Lui, il était bon, et alors... Et alors, pourquoi l’ont-ils crucifié?".
Il y a dès le début les Évangiles et le Nouveau Testament :
"Tout seul, je lisais l’Évangile et j’en éprouvais un plaisir infini. Quelle surprise pour moi au milieu du pré verdoyant : 'Mais moi je vous dis : aimez vos ennemis'. Et du haut de la croix : 'Père, pardonne-leur'. Le Nouveau Testament est vraiment un testament... nouveau ! Tout cela me paraissait extraordinairement important. Des enseignements du type : 'Bienheureux les cœurs purs' et la prière sur la croix traçaient une ligne de démarcation entre le monde des idées anciennes et un nouveau cosmos moral. Eh oui ! Ici surgit un monde nouveau. Les formes sublimes du Royaume des Cieux se dessinent, celles des persécutés qui n’ont pas persécuté, mais aimé".
Le baptême viendra plusieurs années après. Et il apparaît dans l'autobiographie comme la floraison messianique naturelle d’une souche juive restée vivace, riche en destinée dès l’origine.
Israel Zoller, devenu ensuite Eugenio Zolli, a préfiguré dans sa vie l’apparition d’une relation fraternelle entre christianisme et judaïsme qui est aujourd’hui devenue le programme du chef suprême de l’Église.
Une relation fraternelle qui se joue entièrement sur la différence capitale entre les deux croyances : la reconnaissance de Jésus comme "mon Seigneur et mon Dieu".
Cette même différence est mise en lumière par Benoît XVI dans le chapitre relatif au Discours sur la Montagne du premier volume de son "Jésus de Nazareth", où son ami le rabbin Jacob Neusner symbolise le juif pieux qui refuse d’accepter la divinité de Jésus, alors comme aujourd’hui.
Mais voici, ci-dessous, la critique d’"Il Nazareno" du rabbin Zolli par Anna Foa, juive, publiée dans "L'Osservatore Romano" du 20 février 2010.
Le rabbin qui étudiait Jésus
par Anna Foa
Le livre "Il Nazareno" d’Eugenio Zolli a été publié en 1938, par l'Istituto delle Edizioni Accademiche d’Udine. Israel Zolli, qui deviendra ensuite Eugenio, était alors grand rabbin de Trieste et n’avait pas encore succédé – ce serait un an plus tard – comme grand rabbin de Rome au rabbin David Prato, chassé en 1938 parce que sioniste. Quelques mois après la publication de ce livre, les lois racistes de Mussolini firent de Zolli - né à Brody, en Galicie, mais qui avait grandi en Italie - un apatride et le jetèrent dans les dures années de la persécution. Sept ans plus tard, en février 1945, Israel Zolli se convertit au catholicisme, provoquant un grand scandale dans le monde juif italien et aussi beaucoup de bruit chez les non-juifs. Il prit comme prénom de baptême celui du pape Pacelli et devint ainsi Eugenio Zolli.
Il s’agit donc d’un livre sur Jésus-Christ écrit par un rabbin de premier plan qui était destiné à devenir peu après - malgré ce livre et malgré le vague parfum d’hérésie qui l’entourait depuis plusieurs années - grand rabbin de la communauté juive de Rome.
Le livre est-il une préfiguration du parcours postérieur de l'auteur, une anticipation de son baptême ultérieur ? Ou reflète-t-il un parcours d’études exégétiques largement répandu dans le monde juif, avec cette attention portée à la figure de Jésus-Christ qui caractérise une grande partie de la pensée exégétique juive européenne à partir de la seconde moitié du XIXe siècle ?
C’est dans cette seconde perspective qu’Alberto Latorre, l’éditeur du livre, place celui-ci lorsqu’il analyse, dans son ample et précieuse postface, les études juives et chrétiennes sur le Christ au cours des décennies cruciales du début du XXe siècle et qu’il replace le travail de Zolli dans ce contexte.
Le rabbin de Trieste parle de Jésus et des rapports entre le premier christianisme et la culture rabbinique de l’époque avec des accents et des thèses qui ne diffèrent pas de celles de Chayes et Margulies, ses maîtres du collège rabbinique de Florence. Il a suscité bien moins de polémiques que le livre de Joseph Klausner sur "Jésus le Nazaréen" qui fut attaqué, lors de sa parution en hébreu à Jérusalem en 1921, à la fois par les juifs orthodoxes et par les chrétiens, comme l’écrivain Amos Oz, petit-neveu de Klausner, le rappelle dans un intéressant passage de l’un de ses romans que Latorre reprend dans sa postface.
Ce domaine d’études était abondamment abordé par les chercheurs juifs de toute l’Europe, en particulier ceux de la zone allemande, héritiers de la Science du Judaïsme et liés aux courants réformés, qui soulignaient fortement la judéité de Jésus et mettaient en relief les correspondances entre le judaïsme rabbinique et le premier christianisme. Mais il était également privilégié par les chercheurs chrétiens, protestants en particulier, dans l’Allemagne du XIXe siècle, au sein de l’école de Tubingen et des écoles de théologie libérale ultérieures, et, au début du nouveau siècle, les chercheurs catholiques modernistes se l’étaient approprié.
Ce contexte était lié à la méthode historico-critique d’exégèse biblique, qui intéressait vivement les deux parties.
Si tel était le climat culturel dans lequel est né le puissant ouvrage de Zolli, il faut aussi dire que c’est un climat qui recevait très peu d’apports du monde juif italien. Font exception le collège rabbinique de Livourne où Élie Benamozegh enseigna pendant la seconde moitié du XIXe siècle, celui de Florence avec son noyau de professeurs venus de Galicie et Trieste, ville de l’empire des Habsbourg culturellement et jusqu’en 1918 politiquement, ouverte à tous les courants culturels de la Mitteleuropa, dont le courant psychanalytique, avec Weiss, n’était pas le moindre. Zolli, qui avait fait ses études à Florence et avait été rabbin pendant vingt ans à Trieste, eut des rapports très étroits avec ces deux villes.
Mais la culture juive italienne était loin de ces courants culturels plus vastes, liés à l'expérience des études allemandes et à l'empreinte que leur a laissée le mouvement réformé juif.
Elle ne partageait pas leur intérêt pour la figure historique de Jésus, pour les catégories juives de sa prédication et, en général, pour les racines juives du christianisme. Son approche était plus traditionnelle et locale ; à ce moment de l’histoire, elle réunissait judaïsme italien et études exégétiques catholiques, elles aussi très éloignées - sauf pour quelques personnalités plus liées au modernisme - du système exégétique historico-critique répandu dans le reste de l'Europe.
Dans son livre, qui réunissait des contributions déjà en partie publiées dans la revue de Raffaele Pettazzoni, "Studi e materiali di storia delle religioni" [Études et matériaux d’histoire des religions], et dans celle du moderniste Ernesto Buonaiuti, "Ricerche religiose" [Recherches religieuses], Zolli utilisait, en plus de la méthode historico-critique, l'analyse comparative des religions.
Dans ses conclusions, il s’écartait significativement à la fois de l'exégèse juive consolidée et des dogmes de l’Église catholique. Il soulignait fortement la ressemblance de la prédication de Jésus avec le judaïsme, il affirmait l’existence d’une rédaction originelle des Évangiles en hébreu et en araméen, il disait que le terme nazaréen ne venait pas de Nazareth – argument utilisé par les tenants de la non-historicité de Jésus – et il faisait dériver l'eucharistie d’une évolution du "seder" pascal juif.
De plus, dans le texte, une reconnaissance de la messianité du Christ semblait paraître entre les lignes. Sûrement, il y aurait eu de quoi susciter les réactions opposées des juifs et des catholiques. Mais ces réactions ne se sont pas produites. Selon l’éditeur du livre, Latorre, le monde catholique ne souhaitait pas attirer l'attention sur un livre "si difficile à déchiffrer et à classer", à un moment où la crise moderniste s’était calmée depuis peu et où le climat antisémite rendait dangereux tout débat sur des sujets aussi brûlants.
L’Église préféra donc passer le livre sous silence ou presque (si l’on excepte les critiques globalement positives des jésuites de "La Civiltà Cattolica"), allant jusqu’à renoncer à faire un usage apologétique d’un texte dans lequel un rabbin connu semblait admettre de manière voilée la messianité du Christ.
En ce qui concerne l’absence d’objections du côté juif, le contexte historique de la parution du livre - celui des lois raciales de 1938 - n’incitait pas à poser des questions si délicates, surtout dans les mois cruciaux de 1938-1939 où il y avait dans l’Église des gens qui, comme le père Agostino Gemelli, semblaient souhaiter une rencontre entre les doctrines racistes et l’Église catholique.
En revanche le livre fut très apprécié par le monde universitaire, en Italie et à l’étranger. En novembre 1938, Ernesto Buonaiuti en publia une critique enthousiaste dans "Ricerche Religiose".
Au-delà des questions strictement exégétiques, le livre met sous les yeux du lecteur actuel de nombreux points strictement historiques et renvoie de nombreuses questions sur l’histoire d’Israel/Eugenio Zolli et sur la nature même de sa conversion.
Cette conversion a certainement été le fruit d’un choix médité, le résultat d’un parcours long et difficile. C’est aussi une conversion qui s’est limitée à accentuer et à mettre en valeur d’autres points mais n’a pas paru changer profondément la qualité de son discours de base : une analyse rigoureusement critique des textes bibliques, qui le mettait au-dessus de toute orthodoxie, qui le conduisait à accentuer les liens historiques entre judaïsme rabbinique et christianisme et à trouver dans la figure du juif Jésus la clé de ce moment complexe de passage et de transformation.
"Le Nazaréen" appartient à la phase juive des travaux de recherche de Zolli, mais les changements introduits par la conversion dans ses travaux de critique ultérieurs ont été très rares et peut-être motivés uniquement par des raisons d’obéissance et de prudence.
Ainsi se démêlait, entre Wissenschaft juive et modernisme chrétien, le parcours religieux et scientifique, deux moments indissolublement entrelacés, de l'œuvre de Zolli.
Un personnage-frontière que les juifs, blessés à juste titre par sa défection, n’ont pas compris, et que l’Eglise de l’après-guerre, à une époque qui était encore à des années-lumière des ouvertures judéo-chrétiennes, a préféré laisser de côté.
"Le Nazaréen" est le fruit le plus élevé de cet être qui se situait aux confins, parmi les diverses orthodoxies.
Le livre :
Eugenio Zolli, "Il Nazareno. Studi di esegesi neotestamentaria alla luce dell'aramaico e del pensiero rabbinico", sous la direction d’Alberto Latorre, San Paolo, Milan, 2009, 618 pages, 42,00 euros.
Le journal du Saint-Siège qui a publié, le 20 février, la critique du livre de Zolli par Anna Foa :
> L'Osservatore Romano
A propos de ces sujets, sur www.chiesa :
> Focus JUIFS
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
14:38 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jesus, college rabbinique, jacob neusner, rabbins, juifs, pape, benoit xvi, jesus de nazareth, passion, resurrection, evangile, evangiles de l enfance, il nazareno, italie, osservatore romano, anna foa, universite de rome, rome, la sapienza, livres a lire, israel zoller, conversion, messianite, messie, christ, brody, galicie, autriche, hongrie, stanislavov, ivano-frankovsk, ukraine, lviv, florence, trieste, grand rabbins, bapteme, pie xii, histoire, autobiographie, chagall, peintres, russie, synagogue, bible, crucifix, nouveau testament, croix, royaume des cieux, persecutions |
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18.01.2010
A la synagogue de Rome le pape relit les "Dix Commandements"
A la synagogue de Rome le pape relit les "Dix Commandements"
Il a proposé le décalogue de Moïse comme "étoile polaire" pour Israël, les chrétiens et l'humanité tout entière. Mais les propos tenus par Benoît XVI aux juifs tombent sur un terrain très accidenté. Anna Foa et Mordechay Lewy: le judaïsme aussi doit faire son autocritique
par Sandro Magister
ROME, le 18 janvier 2010 – Les propos de Benoît XVI, hier, à la synagogue de Rome – voir ci-dessous le texte intégral – sont d’autant plus significatifs qu’ils ont été tenus dans un contexte pas tout à fait amical, comme c’est inévitable entre deux croyances aussi unies par leur origine et en même temps aussi radicalement divisées par ce Jésus de Nazareth qui, pour les chrétiens, est le Fils de Dieu.
Le pape Joseph Ratzinger a été accueilli à la synagogue par le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, et par presque toute la communauté juive de Rome, la plus nombreuse d'Italie, héritière de celle qui vivait dans la ville "caput mundi" avant même qu’y viennent les apôtres Pierre et Paul, Juifs convertis à Jésus.
Mais l'autre rabbin italien très connu, Giuseppe Laras, de la communauté juive de Milan, n’était pas là. Il n’a pas cru à cette rencontre et il l'a dit : "Il n’y a que l’Église qui va en tirer profit". A son avis, avec Benoît XVI, les relations fraternelles entre juifs et catholiques ne se sont pas renforcées mais "elles se sont sans cesse affaiblies".
Le rabbin Di Segni lui a répondu : "C’est le temps qui dira laquelle de [nos] deux visions opposées aura été la bonne".
En effet, il y a encore beaucoup de questions "indécises", entre les juifs et l’Église de Rome.
LE JOUR DU "MOED DE PLOMB"
Déjà, la date choisie pour la visite était à double tranchant. Pour les juifs de Rome, le 17 janvier est le jour du "Moed de plomb", souvenir de l'incendie allumé en 1793 par haine contre leur ghetto et heureusement éteint par une violente averse tombée d’un ciel couleur "de plomb".
Pendant des siècles, la présence des juifs dans la Rome pontificale a pris la forme du ghetto clos de murs. Au terme de sa visite à la synagogue, Benoît XVI a inauguré au Musée Juif une exposition montrant qu’au XVIIIe siècle, les juifs romains étaient forcés à participer à la cérémonie d’intronisation de chaque nouveau pape, en décorant de fleurs, de tentures et de bannières la zone allant du Colisée à l'Arc de Titus qui célèbre la destruction définitive du temple de Jérusalem par l’empire romain.
LE REFUS DU RABBIN LARAS
Mais, en Italie, le 17 janvier c’est aussi la "Journée pour l'approfondissement et le développement du dialogue entre catholiques et juifs". Depuis 2001, la communauté juive et les évêques italiens l’organisent ensemble. Depuis 2005, après le discours prononcé cette année-là par Benoît XVI à la synagogue de Cologne, les deux parties sont convenues de la consacrer chaque année à l’un des dix commandements.
Cependant, l’an dernier, les juifs sont revenus sur leur adhésion à la Journée, principalement à l’instigation du rabbin Laras. Ils ont dit que la faute en incombait à Benoît XVI lui-même et notamment à sa décision d’introduire dans l’ancien rite romain du Vendredi Saint la prière pour que Dieu "éclaire" le cœur des juifs, "afin qu’ils reconnaissent Jésus-Christ sauveur de tous les hommes". Prière jugée inacceptable par Laras dans la mesure où elle a pour but la conversion des juifs à la foi chrétienne.
Les juifs italiens n’ont pas tous approuvé ce geste de rupture. Mais la polémique contre Benoît XVI s’est durcie et elle s’est étendue au monde entier quand il a levé l’excommunication de quatre évêques lefebvristes à orientation antisémite, dont l’un, l'anglais Richard Williamson, a nié impudemment la Shoah.
Le pape a expliqué les raisons de son geste dans une lettre aux évêques catholiques, le 10 mars 2009. Dans un passage de cette lettre il a remercié "les amis juifs" qui – plus que bien des hommes d’Église – l'avaient "aidé à mettre fin au malentendu et à rétablir l’amitié et la confiance".
La tempête s’est un peu calmée. Et, en ce 17 janvier 2010, les juifs italiens organisent de nouveau avec les évêques la Journée du dialogue, en la mettant sous le signe du commandement : "Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier", le quatrième dans le classement juif.
Le voyage de Benoît XVI en Terre Sainte, au mois de mai dernier, a contribué à améliorer le climat.
Mais même après ce voyage les questions prêtant à controverse sont restées ouvertes. Deux en particulier, qui sont liées entre elles : Pie XII et la Shoah.
LES SILENCES DE PIE XII ET DES JUIFS
L'accusation principale portée contre Pie XII par une grande partie du judaïsme mondial – mais aussi par une fraction du catholicisme – est qu’il s’est tu face à l’extermination nazie.
Hier, avant d’entrer dans la synagogue, Benoît XVI s’est arrêté devant la plaque qui commémore la déportation à Auschwitz d’un millier de juifs de Rome, le 16 octobre 1943. Pie XII est accusé de s’être tu même à cette occasion, comme l’a redit le président de la communauté juive de Rome, Riccardo Pacifici, dans le discours par lequel il a accueilli le pape à la synagogue.
"Le silence de Pie XII face à la Shoah fait encore mal comme un acte manqué. Peut-être n’aurait-il pas arrêté les trains de la mort, mais il aurait émis un signal, un mot de très grand réconfort, de solidarité humaine, pour ceux de nos frères qui ont été transportés vers les cheminées d’Auschwitz".
Pour défendre Pie XII, on affirme qu’il s’est tu pour ne pas augmenter le nombre des victimes en protestant publiquement. Et qu’au contraire, il a beaucoup fait pour sauver la vie de nombreux juifs, qui ont en effet trouvé refuge dans des églises, des couvents, des instituts catholiques. Une protection admise avec des mots émus par Pacifici lui-même, dont le père trouva refuge dans un couvent de religieuses à Florence.
Quelques jours avant la visite de Benoît XVI à la synagogue, justement, d’autres cas de juifs sauvés ont été découverts. Pendant la guerre, certains d’entre eux avaient trouvé refuge à l'abbaye romaine de Tre Fontane, construite sur le lieu du martyre de saint Paul. Les Allemands s’y étaient installés mais ils ne s’aperçurent pas que parmi les moines, il y avait des juifs qui, cachés par la bure, furent sauvés en fin de compte.
Sur le plan historiographique, présenter Pie XII comme "le pape de Hitler" paraît de plus en plus infondé. Mais les critiques sur ses silences publics à propos de la Shoah restent fortes et répandues. Cela explique les réactions négatives de nombreux juifs à la poursuite du procès de béatification de Pie XII, dont une étape importante a été la proclamation de ses "vertus héroïques", le 19 décembre dernier.
Selon le rabbin Laras, cette décision de Benoît XVI aurait été un motif suffisant pour que les juifs de Rome annulent sa visite à la synagogue.
Mais la question du silence à propos de la Shoah est plus complexe qu’il n’y paraît. A côté des silences de Pie XII, il y a aussi eu ceux d’autres gens, qui ont duré longtemps après la seconde guerre mondiale. Les accusations contre Pie XII ne sont devenues bruyantes et persistantes qu’à partir des années 60, après sa mort. Avant, le monde juif se taisait aussi, non seulement à propos de ce pape, mais de la Shoah elle-même :
"Les quinze ans qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont été en Europe le temps du silence et de la grande évacuation de la Shoah. Ce fut aussi pour Israël une période de silence".
C’est ce qu’Anna Foa, juive, professeur d’histoire à l'Université "La Sapienza" de Rome, a écrit dans un article publié dans "L'Osservatore Romano" le 15 janvier 2010, avant-veille de la visite de Benoît XVI à la synagogue.
Un article important en raison du support et de la date de publication.
ANNA FOA ET LE "PÉCHÉ ORIGINEL" D’ISRAËL
Dans son article, Anna Foa fait siennes les thèses de l’un des grands spécialistes du sionisme, Georges Bensoussan. Ils pensent tous deux que l’état d'Israël n’est pas né en tant que "rédemption" de l’extermination des juifs par Hitler. Le vrai créateur de cet état a été le sionisme, dès l’époque du mandat britannique, quand des juifs qui voulaient construire un homme nouveau se sont installés sur cette terre. L’idée de la Shoah comme base de l’état d'Israël ne s’est développée que bien plus tard, après le procès d’Eichmann et surtout après la guerre du Kippour, au cours des récentes décennies. Cette idée – écrit Anna Foa – a été préparée justement par les quinze ans de silence après la guerre : un silence "habité de souvenirs refoulés, de nouvelles peurs identifiées aux vieilles peurs concrétisées dans la Shoah, de sentiments de culpabilité et de volonté de revanche".
Vue ainsi, la naissance de l’état d'Israël n’est plus ce "péché originel" que lui reprochent encore aujourd’hui tant de ses amis et de ses ennemis. Parmi ces derniers, beaucoup de catholiques, au premier rang desquels les arabes vivant dans la région. Celui d’entre eux qui fait le plus autorité, le patriarche latin de Jérusalem Fouad Twal, était lui aussi à la synagogue de Rome hier, à l'arrivée du pape.
Selon cette "vulgate", l’état d'Israël a été créé par les grandes puissances pour porter remède à l’extermination de six millions de juifs qui venait d’avoir lieu en Europe ; on a ainsi réparé une injustice en en commettant une autre au détriment des populations arabes du lieu. En 1964, quand Paul VI s’est rendu en Terre Sainte, l’Église de Rome n’avait pas encore accepté l'existence du nouvel état. Et, trente ans plus tard, en 1993, quand le Saint-Siège a enfin reconnu l’état d'Israël et établi avec lui des relations diplomatiques, les arabo-chrétiens y ont vu une trahison.
Mais pour Jean-Paul II et maintenant pour Benoît XVI, la reconnaissance d'Israël est sans aucune réserve.
En revanche, de l’autre côté, le souvenir de la Shoah sans cesse utilisé comme chef d’accusation contre l’Église de Pie XII et de ses successeurs empêche le judaïsme de sortir de son identité de victime.
C’est justement ainsi qu’Anna Foa achève son article dans "L'Osservatore Romano". En prenant la Shoah et pas le sionisme comme base de son identité politique et religieuse, Israël risque "de se replier sur la catastrophe plutôt que sur l’espérance de l’avenir" et s’enferme dans "une identité douloureuse qui oscille constamment entre Auschwitz et Jérusalem".
MORDECHAY LEWY ET L'INCAPACITÉ DE PARDONNER
Toujours dans "L'Osservatore Romano", quelques jours avant la visite de Benoît XVI à la synagogue, un autre juif qualifié a traité encore plus à fond cette même question.
C’est Mordechay Lewy, ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège. Son article a été publié par le journal du Vatican le 13 janvier, mais aussi par "Pagine ebraiche" [Pages juives], le mensuel des juifs italiens.
Lewy admet que "seuls quelques rares représentants du judaïsme sont vraiment engagés dans l'actuel dialogue avec les catholiques". Ce sont surtout des juifs réformés, les courants orthodoxes étant plus réticents.
La raison en est – écrit-il – que le dialogue entre juifs et chrétiens est asymétrique. Alors que les chrétiens ont à la fois l'Ancien et le Nouveau Testament, les juifs tendent à définir leur identité religieuse en termes d’"autosuffisance théologique". Ils se sentent les seuls à être "élus" par Dieu. Ils ont vaillamment lutté pour survivre au milieu de chrétiens qui, pendant des siècles, ont tout fait pour les convertir, "avec douceur ou, dans la majorité des cas, par la force".
Ainsi, "une blessure grave et douloureuse, infligée dans le passé, s’ouvre à chaque fois que la victime est confrontée aux symboles du bourreau".
Aujourd’hui encore, écrit Lewy, voici ce qui arrive à beaucoup de juifs :
"Ils désirent éviter toute situation où il faut pardonner à quelqu’un, surtout si celui-ci est identifié, à tort ou à raison, comme représentant du bourreau. La victime juive semble incapable de donner l'absolution pour des méfaits anciens ou récents commis contre ses frères et ses sœurs".
Une autocritique qui va loin. Mais justement dans le discours qu’il a adressé à Benoît XVI en l’accueillant à la synagogue, le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, a tenu des propos qui suscitent l’espoir, à propos de la "fraternité" entre juifs et chrétiens :
"Le récit du Sefer Bereshit, la Genèse, donne de précieuses indications à ce sujet. Comme l’explique rav Sachs, il y a dans le livre, du début à la fin, un fil conducteur qui relie des histoires différentes. Les relations fraternelles commencent très mal, Caïn tue Abel. Deux autres frères, Isaac et Ismaël, vivent séparés, victimes de rivalités héritées, mais se réunissent pour un geste de piété devant la sépulture de leur père commun Abraham. Une troisième paire de frères, Esaü et Jacob, également conflictuelle, se retrouve pour une brève réconciliation et un baiser, mais les chemins des deux hommes se séparent. Enfin l’histoire de Joseph et de ses frères, qui commence dramatiquement par une tentative de meurtre et une vente comme esclave, s’achève par une réconciliation finale quand les frères de Joseph reconnaissent leur erreur et prouvent qu’ils veulent se sacrifier pour l'autre. Si nos relations sont des relations entre frères, il faut se demander avec sincérité à quel point nous sommes de ce parcours et ce qui nous empêche encore de retrouver de véritables relations de fraternité et de compréhension ; et ce que nous devons faire pour y parvenir".
***
Dans ce contexte, voici ce que le pape Joseph Ratzinger a dit à la synagogue de Rome, le 17 janvier 2010.
LES "DIX COMMANDEMENTS" QUI ÉCLAIRENT LE MONDE
par Benoît XVI
“Merveilles que fit pour eux le Seigneur.
Merveilles que fit pour nous le Seigneur :
nous étions dans la joie” (Psaume 126).
“Voyez, qu’il est bon, qu’il est doux
d’habiter en frères tous ensemble!” (Psaume 133).
1. Au début de cette rencontre au grand temple des juifs de Rome, les psaumes que nous avons écoutés nous suggèrent l’attitude spirituelle la plus authentique pour vivre ce moment de grâce particulier et joyeux : la louange du Seigneur, qui a fait des merveilles pour nous, qui nous a réunis ici par son Hèsed, son amour miséricordieux, et l’action de grâces parce qu’il nous a donné de nous retrouver pour renforcer les liens qui nous unissent et continuer à parcourir le chemin de la réconciliation et de la fraternité. […]
En venant parmi vous pour la première fois comme chrétien et comme pape, il y a presque 24 ans, mon vénéré prédécesseur Jean-Paul II avait voulu apporter une vraie contribution à la consolidation des bonnes relations entre nos communautés, pour dépasser toute incompréhension et tout préjugé. Ma visite d’aujourd’hui se place sur le chemin ainsi tracé, pour le confirmer et le renforcer. C’est avec des sentiments très cordiaux que je me trouve parmi vous pour vous manifester l’estime et l’affection que l’évêque et l’Église de Rome, ainsi que l’Eglise catholique toute entière, ont pour votre communauté et pour les Communautés juives répandues dans le monde.
2. La doctrine du Concile Vatican II a représenté pour les catholiques un point fixe auquel se référer constamment quant à leur attitude et leurs relations avec le peuple juif, marquant une nouvelle et significative étape. L’événement conciliaire a donné une impulsion décisive à l’engagement de parcourir un chemin irrévocable de dialogue, de fraternité et d’amitié, chemin qui s’est approfondi et développé pendant ces quarante ans avec des pas et des gestes importants et significatifs. Parmi ceux-ci, je veux citer à nouveau la visite historique de mon vénérable prédécesseur en ce lieu, le 13 avril 1986, ses nombreuses rencontres avec des dirigeants juifs, y compris lors de ses voyages apostoliques internationaux, le pèlerinage jubilaire en Terre Sainte de l’an 2000, les documents du Saint-Siège qui, après la déclaration Nostra Aetate, ont donné de précieuses orientations pour un développement positif des relations entre catholiques et juifs. Moi aussi, au cours de ces années de pontificat, j’ai voulu montrer ma proximité et mon affection envers le peuple de l’Alliance. Je garde bien vivants dans mon cœur tous les moments du pèlerinage que j’ai eu la joie de faire en Terre Sainte, en mai de l’an dernier, ainsi que mes nombreuses rencontres avec des communautés et organisations juives, en particulier celles qui ont eu lieu dans les synagogues de Cologne et de New-York.
De plus, l’Eglise n’a pas manqué de déplorer les fautes de ses fils et filles, en demandant pardon pour tout ce qui a pu favoriser en quelque façon les plaies de l’antisémitisme et de l’antijudaïsme (cf. Commission pour les Rapports Religieux avec le judaïsme, "Nous rappelons : une réflexion sur la Shoah", 16 mars 1998). Puissent ces plaies être guéries pour toujours ! Je repense à la prière pleine de tristesse du pape Jean-Paul II au Mur du Temple à Jérusalem, le 26 mars 2000, si vraie et sincère au fond de notre cœur : "Dieu de nos pères, tu as choisi Abraham et sa descendance pour que ton nom soit porté aux peuples : nous regrettons profondément le comportement de ceux qui, au cours de l’histoire, les ont fait souffrir, eux qui sont tes fils, et t’en demandant pardon, nous voulons nous engager à vivre une authentique fraternité avec le peuple de l’Alliance".
[La version française intégrale sera mise en ligne au plus tôt]
3. Il passare del tempo ci permette di riconoscere nel ventesimo secolo un’epoca davvero tragica per l’umanità: guerre sanguinose che hanno seminato distruzione, morte e dolore come mai era avvenuto prima; ideologie terribili che hanno avuto alla loro radice l’idolatria dell’uomo, della razza, dello stato e che hanno portato ancora una volta il fratello ad uccidere il fratello. Il dramma singolare e sconvolgente della Shoah rappresenta, in qualche modo, il vertice di un cammino di odio che nasce quando l’uomo dimentica il suo Creatore e mette se stesso al centro dell’universo. Come dissi nella visita del 28 maggio 2006 al campo di concentramento di Auschwitz, ancora profondamente impressa nella mia memoria, “i potentati del Terzo Reich volevano schiacciare il popolo ebraico nella sua totalità” e, in fondo, “con l’annientamento di questo popolo, intendevano uccidere quel Dio che chiamò Abramo, che parlando sul Sinai stabilì i criteri orientativi dell’umanità che restano validi in eterno”.
In questo luogo, come non ricordare gli Ebrei romani che vennero strappati da queste case, davanti a questi muri, e con orrendo strazio vennero uccisi ad Auschwitz? Come è possibile dimenticare i loro volti, i loro nomi, le lacrime, la disperazione di uomini, donne e bambini? Lo sterminio del popolo dell’Alleanza di Mosè, prima annunciato, poi sistematicamente programmato e realizzato nell’Europa sotto il dominio nazista, raggiunse in quel giorno tragicamente anche Roma. Purtroppo, molti rimasero indifferenti, ma molti, anche fra i cattolici italiani, sostenuti dalla fede e dall’insegnamento cristiano, reagirono con coraggio, aprendo le braccia per soccorrere gli ebrei braccati e fuggiaschi, a rischio spesso della propria vita, e meritando una gratitudine perenne. Anche la Sede Apostolica svolse un’azione di soccorso, spesso nascosta e discreta.
La memoria di questi avvenimenti deve spingerci a rafforzare i legami che ci uniscono perché crescano sempre di più la comprensione, il rispetto e l’accoglienza.
4. La nostra vicinanza e fraternità spirituali trovano nella Sacra Bibbia – in ebraico "Sifre Qodesh" o “Libri di Santità” – il fondamento più solido e perenne, in base al quale veniamo costantemente posti davanti alle nostre radici comuni, alla storia e al ricco patrimonio spirituale che condividiamo. È scrutando il suo stesso mistero che la Chiesa, popolo di Dio della Nuova Alleanza, scopre il proprio profondo legame con gli ebrei, scelti dal Signore primi fra tutti ad accogliere la sua parola. “A differenza delle altre religioni non cristiane, la fede ebraica è già risposta alla rivelazione di Dio nella Antica Alleanza. È al popolo ebraico che appartengono ‘l’adozione a figli, la gloria, le alleanze, la legislazione, il culto, le promesse, i patriarchi; da essi proviene Cristo secondo la carne’ (Romani 9, 4-5) perché ‘i doni e la chiamata di Dio sono irrevocabili!’ (Romani 11, 29)” (Catechismo della Chiesa Cattolica, 839).
5. Numerose possono essere le implicazioni che derivano dalla comune eredità tratta dalla Legge e dai Profeti. Vorrei ricordarne alcune: innanzitutto, la solidarietà che lega la Chiesa e il popolo ebraico “a livello della loro stessa identità” spirituale e che offre ai cristiani l’opportunità di promuovere “un rinnovato rispetto per l’interpretazione ebraica dell’Antico Testamento” (cfr. Pontificia Commissione Biblica, "Il popolo ebraico e le sue Sacre Scritture nella Bibbia cristiana", 2001, pp. 12 e 55); la centralità del Decalogo come comune messaggio etico di valore perenne per Israele, la Chiesa, i non credenti e l’intera umanità; l’impegno per preparare o realizzare il Regno dell’Altissimo nella “cura del creato” affidato da Dio all’uomo perché lo coltivi e lo custodisca responsabilmente (cfr. Genesi 2, 15).
6. In particolare il Decalogo – le “Dieci Parole” o dieci comandamenti (cfr. Esodo 20, 1-17; Deuteronomio 5, 1- 21) – che proviene dalla Torah di Mosè, costituisce la fiaccola dell’etica, della speranza e del dialogo, stella polare della fede e della morale del popolo di Dio, e illumina e guida anche il cammino dei cristiani. Esso costituisce un faro e una norma di vita nella giustizia e nell’amore, un “grande codice” etico per tutta l’umanità. Le “Dieci Parole” gettano luce sul bene e il male, sul vero e il falso, sul giusto e l’ingiusto, anche secondo i criteri della coscienza retta di ogni persona umana. Gesù stesso lo ha ripetuto più volte, sottolineando che è necessario un impegno operoso sulla via dei comandamenti: “Se vuoi entrare nella vita, osserva i comandamenti” (Matteo 19, 17). In questa prospettiva, sono vari i campi di collaborazione e di testimonianza. Vorrei ricordarne tre particolarmente importanti per il nostro tempo.
Le “Dieci Parole” chiedono di riconoscere l’unico Signore, contro la tentazione di costruirsi altri idoli, di farsi vitelli d’oro. Nel nostro mondo molti non conoscono Dio o lo ritengono superfluo, senza rilevanza per la vita; sono stati fabbricati così altri e nuovi dei a cui l’uomo si inchina. Risvegliare nella nostra società l’apertura alla dimensione trascendente, testimoniare l’unico Dio è un servizio prezioso che ebrei e cristiani possono offrire assieme.
Le “Dieci Parole” chiedono il rispetto, la protezione della vita, contro ogni ingiustizia e sopruso, riconoscendo il valore di ogni persona umana, creata a immagine e somiglianza di Dio. Quante volte, in ogni parte della terra, vicina e lontana, vengono ancora calpestati la dignità, la libertà, i diritti dell’essere umano! Testimoniare insieme il valore supremo della vita contro ogni egoismo, è offrire un importante apporto per un mondo in cui regni la giustizia e la pace, lo “shalom” auspicato dai legislatori, dai profeti e dai sapienti di Israele.
Le “Dieci Parole” chiedono di conservare e promuovere la santità della famiglia, in cui il “sì” personale e reciproco, fedele e definitivo dell’uomo e della donna, dischiude lo spazio per il futuro, per l’autentica umanità di ciascuno, e si apre, al tempo stesso, al dono di una nuova vita. Testimoniare che la famiglia continua ad essere la cellula essenziale della società e il contesto di base in cui si imparano e si esercitano le virtù umane è un prezioso servizio da offrire per la costruzione di un mondo dal volto più umano.
7. Come insegna Mosè nello "Shemà" (cfr. Deuteronomio 6, 5; Levitico 19, 34) – e Gesù riafferma nel Vangelo (cfr. Marco 12, 19-31), tutti i comandamenti si riassumono nell’amore di Dio e nella misericordia verso il prossimo. Tale regola impegna ebrei e cristiani ad esercitare, nel nostro tempo, una generosità speciale verso i poveri, le donne, i bambini, gli stranieri, i malati, i deboli, i bisognosi. Nella tradizione ebraica c’è un mirabile detto dei Padri d’Israele: “Simone il Giusto era solito dire: Il mondo si fonda su tre cose: la Torah, il culto e gli atti di misericordia” (Aboth 1, 2). Con l’esercizio della giustizia e della misericordia, ebrei e cristiani sono chiamati ad annunciare e a dare testimonianza al Regno dell’Altissimo che viene, e per il quale preghiamo e operiamo ogni giorno nella speranza.
8. In questa direzione possiamo compiere passi insieme, consapevoli delle differenze che vi sono tra noi, ma anche del fatto che se riusciremo ad unire i nostri cuori e le nostre mani per rispondere alla chiamata del Signore, la sua luce si farà più vicina per illuminare tutti i popoli della terra. I passi compiuti in questi quarant’anni dal comitato internazionale congiunto cattolico-ebraico e, in anni più recenti, dalla commissione mista della Santa Sede e del Gran Rabbinato d’Israele, sono un segno della comune volontà di continuare un dialogo aperto e sincero. Proprio domani la commissione mista terrà qui a Roma il suo IX incontro su “L’insegnamento cattolico ed ebraico sul creato e l’ambiente”; auguriamo loro un proficuo dialogo su un tema tanto importante e attuale.
9. Cristiani ed Ebrei hanno una grande parte di patrimonio spirituale in comune, pregano lo stesso Signore, hanno le stesse radici, ma rimangono spesso sconosciuti l’uno all’altro. Spetta a noi, in risposta alla chiamata di Dio, lavorare affinché rimanga sempre aperto lo spazio del dialogo, del reciproco rispetto, della crescita nell’amicizia, della comune testimonianza di fronte alle sfide del nostro tempo, che ci invitano a collaborare per il bene dell’umanità in questo mondo creato da Dio, l’Onnipotente e il Misericordioso.
10. Infine un pensiero particolare per questa nostra città di Roma, dove, da circa due millenni, convivono, come disse il papa Giovanni Paolo II, la comunità cattolica con il suo vescovo e la comunità ebraica con il suo rabbino capo. Questo vivere assieme possa essere animato da un crescente amore fraterno, che si esprima anche in una cooperazione sempre più stretta per offrire un valido contributo nella soluzione dei problemi e delle difficoltà da affrontare.
Invoco dal Signore il dono prezioso della pace in tutto il mondo, soprattutto in Terra Santa. Nel mio pellegrinaggio del maggio scorso, a Gerusalemme, presso il Muro del Tempio, ho chiesto a Colui che può tutto: “Manda la tua pace in Terra Santa, nel Medio Oriente, in tutta la famiglia umana; muovi i cuori di quanti invocano il tuo nome, perché percorrano umilmente il cammino della giustizia e della compassione”.
Nuovamente elevo a Lui il ringraziamento e la lode per questo nostro incontro, chiedendo che Egli rafforzi la nostra fraternità e renda più salda la nostra intesa.
“Genti tutte, lodate il Signore,
popoli tutti, cantate la sua lode,
perché forte è il suo amore per noi
e la fedeltà del Signore dura per sempre.
Alleluia” (Salmo 117).
Le discours adressé au pape à la synagogue le 17 janvier par le président de la communauté juive de Rome, Riccardo Pacifici:
> "Ho l'onore di porgere a lei, papa Benedetto XVI..."
Et celui du grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni:
> "Un saluto grato di benvenuto..."
L'article d’Anna Foa dans "L'Osservatore Romano" du 15 janvier 2010 :
> Tra Auschwitz e Gerusalemme. Il sionismo, la Shoah e lo Stato d'Israele
Et celui de Mordechay Lewy dans "L'Osservatore Romano" du 13 janvier 2010 :
> I rischi dell'autosufficienza. Perché per molti ebrei ortodossi il dialogo con i cattolici è ancora difficile
Tous les articles de www.chiesa sur ce thème :
> Focus JUIFS
La photo de cette page est de Stefano Meloni.
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
16:14 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jesus, rome, pierre, paul, benoit xvi, synagogue, italie, cologne, moines, seconde guerre mondiale, europe, pape, joseph ratzinger, riccardo di segni, caput mundi, juifs, giuseppe laras, milan, moed de plomb, ghetto, colisee, arc de titus, jerusalem, empire romain, journee pour l approfondissement, dialogue, eveques, vendredi saint, excommunication, richard williamson, shoah, sabbat, terre sainte, pie xii, silence de pie xii, judaisme, auschwitz, riccardo pacifici, florence, tre fontane, allemands, histoire, le pape d hitler, beatification, vertus heroiques, anna foa, la sapienza, osservatore romano, sionisme |
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25.12.2009
Joyeuse fête de Noël!
Joyeuse fête de Noël!
de la part de Sandro Magister
Michel-Ange Buonarroti, 1505, Tondo Pitti, Florence, Musée du Bargello.
Marie, assise sur une pierre équarrie, tient sur ses genoux un livre ouvert sur lequel Jésus appuie son bras droit. Derrière eux, saint Jean-Baptiste enfant regarde.
Et dans le livre il est écrit...
"Le Seigneur met à nu son bras de sainteté" (Isaïe 52, 10).
"Le salut lui vint de sa droite, de son bras de sainteté" (Psaume 98, 1).
"Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils" (Hébreux 1, 1-2).
"Et le Verbe s’est fait chair et il a demeuré parmi nous" (Jean 1, 14).
"Jean lui rend témoignage. Il proclame : Voici celui dont j’ai dit : lui qui vient après moi est passé devant moi, parce qu’avant moi il était". (Jean 1, 15).
"Voici que je pose à Sion une pierre témoin, angulaire, précieuse, fondamentale. Celui qui croit ne bronchera pas" (Isaïe 28, 16).
"La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle" (Psaume 118, 22).
"Approchez-vous de lui, la pierre vivante, rejetée par les hommes mais choisie, précieuse auprès de Dieu. Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus-Christ" (1 Pierre 2, 4-5).
00:02 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : joyeux noel, michelangelo, michel-ange buonarotti, tondo pitti, florence, musee du bargello, bible, vierge marie, noel, jesus, saint jean-baptiste |
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21.04.2009
Mgr. Giuseppe Betori: défenseur spécial de la ville de Florence
La ville de Florence a un défenseur spécial: son évêque
Nommé récemment, Giuseppe Betori a inauguré un nouveau style pastoral, très engagé dans la sphère publique, avec la défense de la vie humaine comme priorité. En fait il a actualisé un modèle épiscopal classique dans l'histoire de l’Eglise. Pietro De Marco l'analyse et l'interprète
par Sandro Magister

ROME, le 21 avril 2009 – Florence est pour le monde entier une ville phare. Comme capitale artistique, mais aussi comme laboratoire de fortes expériences chrétiennes, individuelles ou collectives. Elle l’a sûrement été pendant une grande partie du XXe siècle.
Le nouvel exemple qu’offre aujourd’hui Florence au monde catholique – et pas qu’en Italie – est lié au rôle joué par son archevêque.
Originaire d'Ombrie et bibliste de formation, Giuseppe Betori, 62 ans, est archevêque de Florence depuis le 8 septembre 2008. Antérieurement, il a été, en tant que secrétaire général de la conférence des évêques d’Italie, CEI, le bras droit du cardinal Camillo Ruini qui en était président, puis de son successeur, le cardinal Angelo Bagnasco.
L'été dernier, alors que sa nomination était dans l’air mais pas encore officiellement décidée, bon nombre de prêtres et de laïcs florentins ont signé une lettre ouverte demandant que le nouvel évêque soit un homme de "patience" et de "pardon", qu’il renonce à "parler avec aigreur et pour condamner" et qu’il instaure "un climat de liberté et de respect réciproque" entre l’Eglise et la société civile.
On devine facilement que ce profil d’évêque ne correspondait pas à celui que les signataires de la lettre attribuaient de manière polémique à Betori.
En tout cas, c’est lui que Benoît XVI a envoyé à Florence. Dans sa première interview au journal du diocèse, Betori a annoncé qu’il agirait pour "une foi capable d’être un élément de culture". Et d’ajouter: "Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’Eglise. Il y aura donc une parole de l’Eglise à propos de toute la vie de la ville. Ce qui est humain peut et doit être éclairé par l’Evangile".
Début octobre, peu de temps avant son entrée en fonctions, il a eu un débat public avec la philosophe Roberta de Monticelli. Elle avait annoncé qu’elle quittait l’Eglise catholique précisément à cause de Betori qui, "au nom de l’Eglise d’Italie", avait condamné l'autodétermination à propos de l'interruption anticipée de la vie. Elle l’a accusé de nier "diaboliquement" "la possibilité même de toute morale: la conscience et sa liberté". Betori lui a répondu, dans le quotidien de la CEI, "Avvenire", par un éditorial calme intitulé: "Moi aussi, je demande la liberté de conscience, qui est autre chose que l'autodétermination".
Le 26 octobre, peu après son entrée en fonctions, il a été voir des petits malades à l'hôpital pédiatrique "Enrico Meyer" de Florence où un congrès avait lieu sur le thème: "Le nouveau-né est-il une personne?" avec comme orateur le néonatologiste néerlandais Eduard Verhagen, promoteur de "traitements de fin de vie" pour les bébés. L'archevêque a critiqué l'orientation du congrès qu’il a jugée "inquiétante".
Le soir du 20 novembre, il a participé à une veillée de prière pour Eluana Englaro, la jeune femme réduite à l’état végétatif que la justice italienne avait permis de faire mourir par interruption de l'alimentation et de l'hydratation, comme l’avait demandé son père: un cas très semblable à celui de Terri Schiavo aux Etats-Unis. A cette occasion, Betori a prononcé une allocution défendant avec force le maintien en vie d’Eluana: son premier acte public solennel de nouvel archevêque de la ville, sur une question également politique.
Le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, prêchant sur la place du Dôme, il a dit: "Nous sommes troublés de voir différentes personnes mettre en question, de différentes façons, la dignité intangible de l’être humain, surtout là ou il vit dans la fragilité, lors de l’apparition et de l’achèvement naturel de la vie".
Le 23 janvier, au conseil pastoral diocésain, il a cité, parmi les objectifs de l’Eglise de Florence, le retour à "la visibilité de la vie croyante au quotidien" et la réduction de la fracture survenue entre foi et culture au cours des décennies précédentes.
Dans l’intervalle, on avait mis fin à la vie d’Eluana Englaro. Elle n’était pas de Florence. Mais quelques jours après, le 9 mars, le conseil municipal de cette ville, sur proposition d’un conseiller socialiste, a décidé de faire Giuseppe Englaro, le père d’Eluana qui avait voulu sa mort, citoyen d’honneur "en tant que symbole d’excellent enseignement, de grande intégrité morale, de courage humain et civil, pour la défense de la légalité de la laïcité de l’Etat, de l’humanité, de la civilisation". Une décision prise de justesse, avec beaucoup de voix contre.
Moins d’une heure plus tard, la réponse de l’archevêché arrivait: une note officielle, résolument critique:
"Cette décision est offensante pour la partie non négligeable de la ville qui, au cours du drame d’Eluana, a exprimé des orientations bien différentes de celles dont M. Giuseppe Englaro et le groupe qui l’a soutenu étaient porteurs. Mais l’offense la plus grave a été commise envers les parents, frères, amis et volontaires qui, en Italie, se rassemblent autour de plus de 2 500 êtres chers vivant des situations proches de celle à laquelle Eluana a été arrachée de force, des gens qui ont au contraire besoin qu’on les soutienne dans leur dévouement, leurs efforts et leur espérance".
Il en est résulté une discussion publique très vive. Le président du conseil municipal, Eros Cruccolini, a écrit à l’archevêché une lettre pour défendre la justesse de la décision. Betori a répondu en confirmant "que c’est justement l’amour pour cette ville qui exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire, comme dans le cas présent".
Un autre échange par écrit a eu lieu juste avant la cérémonie où Giuseppe Englaro a été fait citoyen d’honneur. L'archevêque, invité à assister à la cérémonie, a refusé.
La dispute est encore vive. Au niveau national, elle se mêle à la discussion qui accompagne l'élaboration par le parlement italien d’une loi sur la fin de vie, accélérée précisément par la décision de justice concernant Eluana Englaro.
Mais ce qui est nouveau à Florence, c’est justement le rôle, sans précédent au cours des dernières décennies, que joue l’évêque.
La nouveauté est double. Tout d’abord par l'engagement direct de l’évêque dans la ville, y compris sur le terrain politique. Ensuite par le sujet de son engagement public, qui est la défense de la vie humaine en tant que telle: un sujet sur lequel une partie des évêques, du clergé et des laïcs catholiques est très peu désireuse de s’opposer à "l’esprit du temps".
Cette double nouveauté doit être analysée et interprétée, notamment en raison de sa valeur d’exemple. C’est ce que fait ci-dessous le professeur Pietro De Marco, florentin et expert reconnu du catholicisme de sa ville:
Sur l’évêque comme défenseur de la ville, lors des invasions modernes de barbares
par Pietro De Marco
1. La situation actuelle de l’Eglise de Florence que dirige l'archevêque Giuseppe Betori me paraît présenter un caractère exemplaire pouvant avoir des répercussions internationales. Ce que l’on voit à Florence, c’est la renaissance d’un ancien rôle: celui de l’évêque comme "defensor civitatis", défenseur de la ville, et "consul Dei", consul de Dieu, cette dernière appellation ayant été donnée au pape Grégoire le Grand.
Bien sûr, quelque chose de ce rôle de l’évêque apparaît périodiquement, en temps de guerre ou de révolution. Le cardinal Clemens August von Galen fut lui aussi appelé, pour son témoignage dans l’Allemagne hitlérienne, "defensor civitatis" et "consul Dei", comme jadis les Pères de l’Eglise "parmi les hordes de barbares". Ou bien cela apparaît dans des situations de grave conflit social, comme pour l’évêque Oscar Romero en Amérique Latine. Mais le cas de Florence est intéressant aussi parce qu’il n’a ni le côté exceptionnel d’un acte héroïque ni ce style "engagé" aussi cher aux cultures de libération que rarement original, avec souvent des effets doctrinaux et pastoraux négatifs.
Au centre du cas de Florence, il y a des questions anthropologiques, bioéthiques et biopolitiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec les sujets habituels de discussion politique et économique. Sur les questions de la vie, l’Eglise est tout à fait originale et seule; elle est irremplaçable. En ce sens, le cas de Florence a une portée exemplaire, qui pourrait provoquer ou encourager des agitations du même genre dans d’autres diocèses.
2. Les médias laïcs ont utilisé la métaphore footballistique de l'intervention "croche-pied" pour définir la forme et le fond du communiqué que l’archevêché de Florence a publié le 9 mars et qui critique l’attribution, par la municipalité, de la citoyenneté d’honneur à Giuseppe Englaro, père d’Eluana, la jeune femme réduite à l’état végétatif et qu’une décision de justice avait fait mourir de faim et de soif quelques semaines plus tôt.
Ce geste public de critique est cohérent avec le style de gouvernement de l’Eglise qui se dessine de semaine en semaine à Florence. Le communiqué de l’archevêché affirmait: "La prétention d’un groupe de conseillers municipaux de faire un choix au nom de toute une ville est un acte de mépris envers les représentants du peuple minoritaires et envers une minorité présumée de citoyens, ce qui provoque une profonde déchirure de la cohabitation". Et encore: on a voulu "montrer par un dernier acte d’arrogance [d’un conseil municipal en fin de mandat – ndlr] qu’il était possible d’exercer le pouvoir de façon abusive, en méprisant ceux qui ont d’autres idées et pensent que la vie est un bien dont on ne peut disposer parce qu’il est sacré”.
Certains ont même comparé le communiqué de la curie épiscopale à une proclamation intimidatrice, à un "diktat" auquel le conseil municipal de la ville aurait dû se soumettre. Des mots comme "proclamation" et "diktat" ne sont pas nouveaux. Des commentateurs faisant autorité les ont également utilisés contre le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques d’Italie, qui est intervenu au même moment dans l’affaire d’Eluana. Désormais, en Italie, le mécanisme et le vocabulaire d’opposition à l’Eglise catholique sont standardisés et automatiques.
On en vient donc à se demander aussi pourquoi ceux qui, plus modérés, ont utilisé la métaphore sportive du "croche-pied" ont en tout cas évoqué un comportement qui oblige l'arbitre à siffler une faute. La réponse implique l’histoire civile et religieuse de l’Italie au cours du dernier demi-siècle.
Pour plusieurs raisons, toute intervention publique de la hiérarchie catholique est perçue et censurée comme un comportement fautif ou "uncorrect". Depuis des décennies, les catholiques italiens se sont habitués au silence de leur clergé et de leurs évêques dans le domaine public. En fait, ils se sont habitués à quelque chose de plus: à ce que les évêques ne parlent en public, éventuellement, que pour approuver les valeurs et rhétoriques civiles dominantes, comme pour affirmer leur accord, leur conformité à celles-ci. En effet, les voix d’évêques n’ont pas manqué pour dénoncer les "maux" du pays, mais elles évoquaient principalement des sujets civils à propos desquels l’Eglise s’alignait, souvent avec un certain retard, sur les forces politiques et morales "crtitiques".
Mais sur les sujets directement liés à l'anthropologie chrétienne, c’est le silence qui prévaut. Les évêques ont longtemps confié le "discernement critique" sur ces sujets, ainsi que son expression publique, au magistère ordinaire des derniers papes et aux déclarations de la conférence des évêques d’Italie. Ainsi, sans s’en rendre compte, les évêques laissent à la société civile – et notamment aux cultures politiques d’opposition et de protestation – la mission de donner la légitimité "politique" à l'autorité épiscopale.
Même si les exceptions n’ont pas manqué, ce "politiquement correct" existe depuis longtemps, à la satisfaction visible des administrations et des forces politiques. Une telle façon d’agir a fait naître des règles du jeu tacites. L'opinion publique les a assimilées de manière variable, tel ou tel arbitre estimant qu’il peut donner un coup de sifflet dès qu’un évêque semble "incorrect".
Mais il y a plus. Une opinion publique qualifiée, y compris catholique, a confondu cette "correctness" ecclésiastique dans la sphère publique avec un équilibre idéal entre autorités politiques et spirituelles. Réalisant ainsi dans les faits et les coutumes une "privatisation" abusive de la nature publique spécifique de l’Eglise, à laquelle celle-ci ne peut pas renoncer.
La doctrine moderne de la "laïcité" fait dépendre la neutralité de l’Etat du caractère privé de l’Eglise et de sa non-ingérence, de son innocuité politique, dont l’Etat serait juge. Mais l’Eglise catholique n’est pas ainsi par essence, elle n’est pas réductible à cela. Elle ne l’était pas quand elle a innervé l'Europe et l'Occident, elle ne l’est pas devenue après Luther ou Locke, ni avec la Révolution française ou sous la menace des religions politiques et des révolutions totales du XXe siècle.
Cette présence magistérielle et civilisatrice de l’Eglise catholique, la nécessité qu’elle apparaisse comme telle dans la sphère publique, n’ont jamais tout à fait disparu ; en fait, depuis plusieurs années, elles sont à nouveau présentes et visibles sur la scène mondiale. Selon les sociologues, c’est l’un des phénomènes les plus symptomatiques de l'âge "post-séculier". Le pontificat de Jean-Paul II et, en Italie, le gouvernement innovant de la conférence des évêques exercé par le cardinal Camillo Ruini ont mis sous nos yeux cette présence publique renouvelée de l’Eglise. Mais l'accoutumance de certaines parties de la société civile et la neutralisation de la visibilité et de l’autorité de l’Eglise tentée par les cultures laïcistes aboutissent encore à faire ressentir la présence magistérielle et civilisatrice de la hiérarchie catholique comme une exception, une transgression et même une contrainte.
3. Passons à Florence et à son évêque. Dès les premiers siècles du christianisme, l’évêque est à la fois le centre de la vie liturgique, par elle-même publique, et une autorité civile particulière, en cohérence avec son ministère qui est de "superviser". Bernard Flusin, historien de l’antiquité tardive, a écrit: "La liste des domaines où l’évêque est appelé à intervenir est impressionnante". Même s’il n’est pas un seigneur territorial, l’évêque est un "defensor civitatis", avec un rôle d’équilibrage par rapport aux fonctionnaires impériaux. A travers les évêques, l’Eglise donne aux fonctions d’assistance et de gouvernement une nouvelle visibilité institutionnelle par rapport aux systèmes préchrétiens: les évêques organisent le culte, instruisent, secourent les pauvres, influencent l’espace urbain. L’évêque, dans le cadre de sa ville, détient des pouvoirs définis juridiquement qui le mettent à la tête de la communauté urbaine face au pouvoir civil. D’autres historiens, dont Luce Pietri, le confirment: "Ses titres le proclament garant de la justice et protecteur des faibles, souvent en opposition avec la juridiction" civile. C’est le ministre de l'aide.
Par la suite, ces caractéristiques de longue période ont été actualisées et adaptées aux organisations de l’état moderne et des démocraties pluralistes, mais elles n’ont pas disparu et restent des éléments constitutifs. C’est si vrai, si évident pour la conscience publique et les calculs des gouvernants que, quand les devoirs de l’évêque envers la "polis" s’expriment sous forme d’activités sociales de "suppléance", ils sont appréciés, recherchés, loués. Quand au contraire la sollicitude de l’évêque – qui en elle-même ne vise pas au bien-être mais répond au commandement évangélique absolu et tend en définitive au salut des âmes même quand elle secourt les corps – s’adresse à d’autres protecteurs, décisifs, du bien-être spirituel et moral des citoyens, et qu’elle le fait avec autorité, à voix haute, elle est sifflée comme "incorrecte".
Ce ne sont pourtant que des moments distincts du même mandat et de la même fonction. Le communiqué de l’archevêché est, quant au fond, la première lettre de l’archevêque Giuseppe Betori à la ville et à propos de la ville. C’’est un acte de sollicitude du pasteur, qui se fait "garant de la justice et protecteur des faibles" sur le terrain anthropologique, y compris en opposition avec les pouvoirs. Il analyse la réalité et met en garde contre les dangers. Le rappel au "respect des rôles et des autonomies réciproques" que comporte la lettre envoyée à l’archevêque par le président du conseil municipal de Florence, montre une médiocre connaissance de ce devoir épiscopal.
4. Le débat public qui en est résulté – inédit à Florence comme est inédite dans cette ville, depuis un demi-siècle, la prise publique de responsabilités par un évêque en opposition avec les autorités civiles – constitue un modèle de nouveau style ecclésial, au moins en Europe. Ce changement n’a pas manqué de susciter des objections.
On a remarqué que le style "orthodoxe" de Betori n’est pas en harmonie avec Florence, parce que "Florence est atypique, ce n’est pas la ville de l'orthodoxie". Cette conviction relève d’une sorte de mythe romantique et Renaissance d’une Florence "hérétique", qui a eu un certain succès même au XXe siècle. Mais justement l’histoire récente du catholicisme florentin, que beaucoup de gens connaissent y compris hors d’Italie, n’a rien à voir avec ce mythe. Giorgio La Pira, maire de Florence, dont le procès de béatification est en cours, était un "pleureur" (mot qui désignait au XVe siècle les disciples du moine rigoriste Savonarole) très orthodoxe, très soumis à l’Eglise et au pape. Après l’ère La Pira, ce puissant courant catholique s’est dissous dans le silence public, entre marginalité, clandestinité à la Nicodème et conformisme progressiste. Mais aujourd’hui, Betori étant évêque, le temps des silences et des chuchotements est passé pour l’Eglise.
Le président du conseil municipal de la ville a affirmé que les décisions prises à la majorité d’un organisme électif, "expression concrète de la volonté de la ville", ne peuvent jamais être considérées comme "négatives". Mais il a ainsi confondu légalité et légitimité politique. La lutte entre groupes et courants de la majorité progressiste qui administre Florence a produit une décision à portée idéologique, militante, prise pour influencer par des rites civils (l’attribution de la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro) l'opinion publique et la conduire à un choix irréfléchi en faveur de l'euthanasie, donc sur des frontières éthiques d’une extrême gravité. De plus une petite majorité de conseillers a utilisé des pouvoirs et outils légaux pour s’opposer au gouvernement national et à l’Eglise alors même qu’à Rome le parlement était en train d’élaborer une loi sur le "testament biologique". Un geste politique dans lequel il est difficile de ne pas voir – comme l’a fait l’évêque – "un prétexte, une offense, une destruction" pour le gouvernement de la ville, autant que pour l'éthique publique. Demain, quelles autres décisions pourront être prises en prenant appui, symboliquement, sur le "citoyen Englaro", et avec l'apport de ce qu’il reste de désapprobation catholique?
L’évêque de Florence, désireux de voir se réaliser la "iustitia" au sens profond de la politique chrétienne, a rendu ses concitoyens conscients de cette anomalie éthico-politique. Il a agi malgré la pression contraire exercée par une opinion publique comprenant même des membres de l’Eglise: celle qui s’oppose à l’Eglise "des condamnations" au nom de la "médecine de la miséricorde".
Cette dernière pression est une alliée objective des polémiques laïques contre "l’Eglise du non", ridiculement montrée du doigt comme une Eglise de la peur et du conservatisme. De même ce que l’on appelle "l’opinion publique ecclésiale" fait preuve d’une surdité totale (souvent traduite en pratique pastorale) en ce qui concerne le combat bioéthique de l’Eglise et des derniers papes. Toujours encline à parler d’ouverture à l’espérance, cette opposition intra-ecclésiale ignore que l’espérance de l'homme repose sur la cohérence anthropologique et la responsabilité universaliste, pas sur un minimalisme de modèles destiné à pourvoir miséricordieusement aux cas particuliers. Elle ignore que, du point de vue ecclésiologique, la responsabilité d’un curé, conditionnée par l'immédiateté des "mondes vitaux" de ses fidèles est une chose et celle du pape et des évêques en est une autre. L'immédiateté des mondes vitaux ne peut pas devenir un article de foi.
5. Il y a une autre objection: pourquoi le récent réveil des hiérarchies catholiques se produit-il seulement ou prioritairement dans le domaine de la bioéthique et de la biopolitique? Je réponds qu’il n’est pas important de dire ici que ce n’est pas le cas, comme on pourrait pourtant le faire. Je crois en effet que cette priorité doit exister.
Le domaine bioéthique et biopolitique est si crucial que c’est plutôt l'absence de ces questions dans la prédication chrétienne ordinaire qui paraîtrait coupable. Il y a des milieux, y compris catholiques, à qui les questions de bioéthique semblent brûler les lèvres et qui préfèrent qu’on en parle ailleurs, c’est-à-dire que ce soit la hiérarchie qui en parle, suivie par des groupes "fondamentalistes". Mais le silence sur ces questions est coupable, parce qu’aucun catholique n’est dispensé de comprendre que le défi des biotechnologies ne résulte pas seulement de besoins thérapeutiques et n’aboutit pas seulement à réduire une pathologie ou une souffrance. C’est un défi anthropologique au plein sens du terme, c’est-à-dire un défi à l'existence et au sens de l'homme comme créature.
Ce que nous appelons depuis quelque temps anthropologie théologique a été pendant des siècles une partie du traité "de Deo creante et elevante". Il ne peut en être autrement. Si elles ne sont pas fondées sur le Dieu créateur, les sciences et les philosophies de l'homme et du "bios" deviennent les connaissances et les techniques d’un jeu vidéo joué sur l'homme réel.
Les implications du défi, le fréquent cynisme nihiliste à la Peter Singer, la rêverie sur le post-humain sont si récurrents et explicites aujourd’hui que seule une "différence chrétienne" émerveillée par l'innocence du monde peut ne pas en prendre acte. Au contraire cette frontière est d’une priorité absolue pour la responsabilité chrétienne. Si l'homme n’est pas pensé comme créature, on ne peut raisonner de manière sensée sur ses actes. La théorie qui calcule, avant ou après la naissance, le "meilleur intérêt" de l'être humain porteur d’un handicap ou gravement malade, est encore plus exemplaire par sa vacuité théorique que par son inhumanité. Quel serait le meilleur intérêt pour un être imparfait ou en mauvaise santé? De ne plus exister. Quelle merveilleuse perfection, quel bonheur nous rendrions au fœtus, au bébé, au malade, au vieillard, en les supprimant! La conviction irraisonnée que le meilleur intérêt d’un être exigerait et justifierait son élimination est, à elle seule, l’indice extraordinaire d’une dérive suicidaire. Benoît XVI l'a montré.
6. A tout cela l’évêque catholique a pour premier devoir de dire avec autorité "non", "je m’oppose" (comme dans le "Court récit sur l'Antéchrist" de Soloviev), sans être surpris s’il se trouve seul dans sa sollicitude ultime pour l'homme: parce que l’Eglise est unique et universelle dans la communauté des hommes, comme son mandat et sa certitude, depuis l'origine. Un "non" dit sans pathos apocalyptique. Avec des arguments et des analyses, en distinguant celles qui sont techniques et celles qui sont méthodiques. Avec la sagesse de ceux qui ont construit et assuré la raison de l'Occident.
Il n’y a donc aucune "sacralisation du biologique" dans la réponse catholique à la crise bioéthique, contrairement à ce que disent certains critiques. Toute vie dont s’occupent la raison et l'amour catholique est toujours l’homme entier, ce qui est beaucoup plus que le vivant qui apparaît au biologiste ou au clinicien en tant que tels. Et il n’y a rien à sacraliser, puisque cet entier est déjà "sacré".
Ce sont des évidences difficilement contestables. Mais il reste, préoccupante, l’incapacité répandue – pour ne pas dire la réticence catholique – à comprendre et à expliquer la primauté radicale, aujourd’hui, de l'annonce anthropologique. Le lien avec la grande tradition apologétique semble coupé. La docilité confuse d’une grande partie de la culture catholique envers les campagnes médiatiques contre "l’Eglise du non" n’est pas la preuve d’un fructueux "dialogue avec le monde", mais plutôt celle d’une situation de dépendance intellectuelle et politique. Mais des évêques combattants pourront nous faire sortir d’Egypte.
La méditation de l'archevêque de Florence, Giuseppe Betori, à la veillée de prière du 20 novembre 2008 pour la défense de la vie d’Eluana Englaro:
> La prima volta di Betori a Firenze. Su Eluana
Les textes intégraux de la décision par laquelle, le 9 mars 2009, le conseil municipal de Florence a conféré la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro qui a voulu la mort de celle-ci. Et la réponse de l’archevêché:
> Firenze ha un cittadino in più, "ad honorem". L'arcivescovo vota contro
Le dialogue d’octobre dernier entre l'archevêque de Florence et la philosophe Roberta de Monticelli, sur la liberté de décider l'interruption anticipée de la vie:
> Roberta de Monticelli sbatte la porta e se ne va. Betori la riapre
Les deux précédents articles de www.chiesa sur la spécificité du catholicisme florentin, comportant tous les deux des commentaires du professeur Pietro De Marco:
> Florence contre Rome: un catholicisme mal à l'aise (25.6.2007)
> A Florence, les catholiques réécrivent leur histoire (26.6.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou
(www.chiesa)
17:07 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anthropologie, liberte, avvenire, eduard verhagen, culture, eros cruccolini, clerge, laics, esprit du temps, consul dei, clemens august von galen, barbares, oscar romero, amerique latine, bioethique, biopolitique, luther, florence, italie, giuseppe bertori, pietro di marco, sandro magister, camillo ruini, angelo bagnasco, eveque, benoit xvi, eglise, etat, laicite, evangile, roberta de monticelli, philosophie, conscience, autodetermination, enrico meyer, pediatrie, eluana englaro, terri schiavo, etats-unis, defense de la vie, euthanasie, defensor civitatitis, gregoire le grand, economie, medias, conseillers municipaux, football, locke, revolution francaise, jean paul ii |
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