05.10.2011

Derrière l'idéologie du gender, des questions

gender.jpgMgr Nicolas Brouwet, évêque auxiliaire de Nanterre depuis 2008, analyse, dans le mensuel La Nef, les fondements, les erreurs et les questions posées par la théorie du gender.

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14.10.2009

La théorie du genre préoccupe les pères synodaux, par Mgr Anatrella (1)

La théorie du genre préoccupe les pères synodaux, par Mgr Anatrella (1)

Une théorie « désincarnée », irréaliste », « meurtrière »

 



ROME, Lundi 12 octobre 2009 (ZENIT.org) - « La théorie du genre préoccupe les pères synodaux » : Mgr Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, a bien voulu évoquer pour ZENIT les problèmes que soulève cette nouvelle idéologie et ses incidences sur la famille et la société dans la mesure où elle se répand en Afrique. 

Mgr Anatrella reçoit en consultations et enseigne la psychologie à Paris. Il est consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé. Il travaille, entre autres, les questions relatives à la théorie du genre auprès de plusieurs dicastères romains. Il vient de publier un ouvrage sur ce thème : « La tentation de Capoue, Anthropologie du mariage et de la filiation, éditions Cujas » (cf. ZENIT du 8 octobre 2009). 

 

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Mgr Sarah est intervenu pendant le débat du synode des évêques pour l'Afrique sur ce thème. L'archevêque a évoqué cette théorie « irréaliste et désincarnée » et même « meurtrière », étrangère aux valeurs africaines. Nous avons demandé à Mgr Anatrella d'expliquer ces termes et de préciser comment cette idéologie s'infiltre en Afrique - sans que les présupposés ne soient annoncés - et comment, « l'échange de dons entre l'Afrique et l'Occident » pourrait permettre d'élaborer des « anticorps ». Nous publions aujourd'hui le premier volet de cet entretien exclusif, et demain le second. Il souligne notamment que « les Africains ne veulent pas être colonisés par des idéologies occidentales ». 


ZENIT - Mgr Sarah, qui est le « numéro deux » de la Mission dans l'Eglise à la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, a traité, à la surprise de quelques uns du danger de la théorie du genre pour l'Afrique. Pouvez-vous, Mgr Anatrella, résumer ce que signifie cette théorie? 

Mgr Tony Anatrella - Quelques uns ont été étonnés notamment parmi les observateurs car certains mouvements chrétiens s'habituent à utiliser les concepts du genre sans avoir conscience des enjeux. La théorie du genre présente les relations entre les hommes et les femmes en termes de pouvoir, de rivalité et d'opposition là où, d'une façon réaliste, elles se conçoivent dans la solidarité, la coopération et la complémentarité. Cette théorie désolidarise l'homme de la femme et prétend que les hommes ont, de tout temps, dominé les femmes. Autrement dit, l'inégalité entre les sexes est le produit des relations de pouvoir entre les hommes et les femmes (un genre domine l'autre). Ainsi, on préfère parler de genre masculin ou féminin, voire d'un genre neutre qui inclut les orientations sexuelles, plutôt que d'homme et de femme car on considère que le genre masculin et le genre féminin, ou encore la différence sexuelle, ne sont que des constructions culturelles de pouvoir. L'identité personnelle du sujet est évacuée puisque l'homme et la femme ne sont que des productions sociales. 

La théorie du genre est une idéologie sociologisante produite par les sciences humaines dans laquelle on retrouve des aspects de la dialectique marxiste. La différence sexuelle est devenue la nouvelle caractéristique de la lutte des classes sexuelles dont il faut se libérer. Il faut même délivrer la société de ses normes hétérosexuelles afin de faire droits aux revendications des personnes homosexuelles. Au nom de l'égalité, nous sommes invités à ne plus faire référence à la catégorie même de sexe. Dans un premier temps, on distinguait le sexe du genre, actuellement on franchit une limite supplémentaire en abandonnant le sexe pour le genre. Il faut donc déconstruire tout ce qui peut rappeler les normes d'une société fondée sur la différence sexuelle, ne plus parler de père, de mère, de mariage et de la filiation enracinée sur des rapports biologiques. La famille sociale serait privilégiée au détriment de la famille biologique. Ainsi pour favoriser le mariage entre personnes de même sexe, le Québec a rayé dans son Code civil les notions de « père » et de « mère » au bénéfice de la notion étrange et confuse de « pourvoyeur de forces génétiques ». L'Espagne est dans la même dérive en parlant « de progéniteur 1 » et « de progéniteur 2 ». La France se prépare à créer le statut du beau-parent qui donne un pouvoir relativement parental à toutes les personnes qui se succèdent dans la vie affective de l'un ou l'autre des parents de l'enfant. Le législateur est davantage attentif aux intérêts subjectifs des adultes qu'aux besoins structurels de l'enfant. Il y aurait ainsi matière à réfléchir sur ce qu'est « l'intérêt supérieur de l'enfant » que l'on confond souvent avec des considérations affectives ? Sans avoir à s'interroger sur le sens de ces errances, les responsables politiques morcellent toujours davantage le sens de la filiation. Toutes les manipulations et les tricheries sont possibles avec les mots quand une société ne voit plus l'enjeu de la différence sexuelle et de ce qui structure le lien familial et social. 


ZENIT - Mgr Sarah a contesté cette théorie « irréaliste et désincarnée » au nom des valeurs africaines : quelles valeurs africaines sont en danger? 

Mgr Tony Anatrella - Les Africains ont le sens des réalités là où l'Occident construit des théories idéalistes dans le déni des conditions objectives de l'existence humaine. Les Africains ne sont pas intellectuellement encombrés par des idéologies totalitaires qui se créent à la suite de chaque génération. Ils sont néanmoins confrontés à d'autres maux comme la corruption, le pouvoir usurpé, la polygamie et la maltraitance des femmes (que la théorie du genre ne saura guérir), l'injustice et les crises économiques vecteurs de guerres, les pratiques occultes et la mise en cause de la liberté religieuse. En revanche, ils sont souvent pollués par des idées qui leur parviennent via les paraboles satellitaires et les ONG. Après le marxisme et le nazisme, l'Occident n'a pas retenu la leçon et recommence avec une nouvelle idéologie tout aussi oppressive et imposée aux États par l'ONU et ses agences mais aussi par l'Europe dans l'aveuglement le plus complet des citoyens. Le Traité de Lisbonne (13 décembre 2007) est structuré autour du genre et, en ce sens, cette référence nivelle la famille. 

Engager une lutte entre les hommes et les femmes au nom du genre est incompréhensible pour les Africains et encore davantage lorsqu'il s'agit de privilégier des orientations sexuelles pour initier la vie conjugale et familiale. Dans le meilleur des cas, les Africains savent, comme le rappelle Mgr Robert Sarah, que « l'homme n'est rien sans la femme et la femme n'est rien sans l'homme. L'un et l'autre ne sont rien si l'enfant n'est pas au centre de la famille, constituée seulement par un homme et une femme, cellule de base de la société ». La question n'est pas tant d'appliquer une vision égalitariste, mais de savoir traiter en justice la vie conjugale et familiale. 

La théorie du genre véhicule en Afrique une vision morcelante de la famille qui va à l'encontre de la culture africaine. C'est pourquoi Benoît XVI a souligné avec force cette idée dans son homélie à l'ouverture du Synode : « Naturellement, en Afrique, il y a de multiples cultures différentes, mais elles semblent toutes d'accord sur ce point : Dieu est le Créateur et la source de la vie. Or, la vie - nous le savons bien - se manifeste en premier dans l'union entre l'homme et la femme et dans la naissance des enfants ; la loi divine, écrite dans la nature, est par conséquent plus forte et l'emporte sur toute loi humaine, selon l'affirmation nette et concise de Jésus : « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Mc 10, 9). La perspective n'est pas d'abord morale : avant même le devoir, elle concerne l'être, l'ordre inscrit dans la création ». Cela veut dire que l'identité sponsale de la personne humaine et l'être familial sont constitutifs de la condition humaine. Le pouvoir politique a la responsabilité de les organiser pour le service du bien commun, mais ils ne sont pas à leur libre disposition pour attribuer légalement les caractéristiques du couple et de la famille à des situations qui leur sont contraires. 

En Occident, nous avons une vision cassée de la famille, du père et de la mère alors que les Africains les tiennent en estime et entendent en respecter les fondements et les principes. Une conception fractionnée en plusieurs modèles du couple et la famille leur est étrangère et nous commettons l'erreur de diagnostic de confondre les situations accidentelles et particulières comme autant de références possibles. A l'évidence, nous ne savons plus penser de façon cohérente le couple, le mariage, la famille et la filiation à partir des deux seules identités qui existent celle de l'homme et de la femme, du mariage et de l'être familial. Comment ne pas voir, par exemple en France, que l'idéologie du genre inspire des lois civiles qui, en s'accumulant, tentent de répondre à d'autres lois qui ont produit des effets pathogènes et insécurisants sur le sens de l'engagement dans le mariage et dont il faut maintenant réparer les dégâts en modifiant le sens du couple et de la famille en allant du Pacs à la création d'un statut du beau-parent. Autrement dit, les divorces et les unions de fait créent de multiples confusions et génèrent des troubles du sens de l'engagement, de l'alliance et de la filiation ; et l'on va jusqu'à les inscrire dans la loi. Une fois de plus, les Africains ne veulent pas être colonisés par des idéologies occidentales qui leur imposent des comportements moyennant des aides financières et sanitaires de la part des agences de l'ONU et des ONG. 


ZENIT - Mgr Sarah va jusqu'à dire que c'est une théorie « meurtrière » : elle est donc un vecteur de violence dans les sociétés? 

Mgr Tony Anatrella - Cette théorie au nom de l'égalité de tous devant la loi est en train de paralyser et d'anémier le sens du couple et de la famille. Elle est source d'injustice et ne favorise pas la paix dans la société. 

Entendons-nous bien, les injustices et les violences envers les femmes doivent être dénoncées. Dans sa lettre adressée aux femmes, Mulieris dignitatem, (15 août 1988) Jean-Paul II soulignait qu'il faut tenir compte de l'existence des deux sexes dans le sens où « l'être humain existe toujours et uniquement comme femme et comme homme ». Il est donc indispensable d'éviter « une égalité statique et nivelante » et une « différence abyssale et inexorablement conflictuelle ». Il est tout aussi nécessaire de porter attention aux personnes qui sont dans des conditions particulières de vie et de les soutenir à bien des égards. Cela ne veut pas dire pour autant que ces conditions singulières seront une source pour inspirer des lois en contradiction avec les édifices juridiques majeurs de la société. 

Cette idéologie est meurtrière dans le sens où elle déstabilise et comme le dit Mgr Robert Sarah « s'attaque à l'identité sponsale de la personne humaine, à l'identité masculine et féminine comme réalité intrinsèque à chacun, au mariage, à la maternité, à la paternité, à la famille et à la procréation ». Toucher à ces réalités fondatrices et formatrices de l'humain en chacun de nous, ne peut que produire toujours davantage de violences. Celles-ci ne cessent de se développer dans les sociétés occidentales notamment à partir des enfants et des jeunes. Lorsque, dans ses lois, la société dénie la différence sexuelle, encourage la déliaison du lien conjugal à la moindre difficulté, favorise la mort des enfants en gestation, laisse entendre qu'un couple et une famille se forment dans n'importe quelles conditions alors il ne faut pas s'étonner que, le cadre porteur se fragilisant, les personnalités deviennent instables et impulsives et rencontrent de sérieuses difficultés pour élaborer leur vie pulsionnelle. Plus la société a une vision cohérente du couple, du mariage et de la famille et plus les sujets, à commencer par les plus jeunes, y trouvent de la force, de la sécurité et de l'autonomie pour se construire. L'avenir de la société repose sur la famille lieu premier de socialisation, de transmission et d'apprentissage des savoirs être et des savoirs faire. Il n'y a pas de société stable et paisible sans famille qui soit, elle-même, stable et fondée sur les repères de base de l'humanité : l'homme et la femme, le père et la mère. Laisser entendre autre chose est à la fois une vision idéaliste qui a souvent conduit des pays au totalitarisme, et un comportement contraire aux valeurs conjugales et familiales source de désarroi et de confusion. 
 

(à suivre) 

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

02.01.2009

Pour une écologie de l'homme

 

"Veni Creator Spiritus". Pour une écologie de l'homme


Et de l'être humain créé homme et femme. Dans son discours de vœux à la curie romaine, Benoît XVI conteste l'idéologie du "gender". Et prend la défense de la plus contestée des encycliques, "Humanae Vitae"


par Sandro Magister





ROMA, le 24 décembre 2008 – Quand il a souhaité un joyeux Noël à la curie romaine, il y a deux jours, Benoît XVI s’est en fait adressé à toute l’Eglise et au monde. Comme les années précédentes, il a voulu mettre en évidence, dans son discours de vœux, quelques unes des grandes idées de son pontificat.


En 2005, le cœur du discours avait été l'interprétation et la mise en oeuvre du concile Vatican II, ainsi que le rapport entre continuité et renouveau dans l’Eglise.


En 2006, le pape avait axé son propos sur Dieu. S’inspirant de son voyage à Istanbul, il avait aussi présenté très clairement sa vision du rapport avec l'islam, proposant au monde musulman de suivre le parcours déjà accompli par le christianisme en réponse au défi des Lumières.


En 2007, Benoît XVI avait insisté sur l'urgence pour l’Eglise de partir en mission vers tous les peuples de la terre.


Cette année, partant de la Journée Mondiale de la Jeunesse et du Synode des Evêques sur la Parole de Dieu, le pape a présenté une réflexion sur le Saint-Esprit, la plus "oubliée" – avait-il dit à Sydney – des trois personnes de la trinité divine, malgré sa suprême influence sur la vie de l'homme et du cosmos.


Le discours peut être lu en entier sur le site web du Vatican; il est en cours de traduction en différentes langues. On en trouvera ci-dessous la partie principale, où Benoît XVI médite d’abord sur la Journée Mondiale de la Jeunesse, puis sur le Saint-Esprit.


A propos de la Journée Mondiale de la Jeunesse, le pape contredit le jugement fréquent – y compris de la part de "voix catholiques" – qui réduit ces rencontres à "une sorte de festival rock revu dans un sens ecclésial, avec le pape comme star". Non, dit-il. Le pape est "totalement et uniquement vicaire" de la seule présence qui compte, celle de Jésus crucifié et ressuscité.


Quant au Saint-esprit, Benoît XVI insiste surtout sur le fait qu’il est "créateur". Le cosmos en porte les signes en tant que "structure mathématique", ordonnée, et de ce fait intelligible pour les sciences de la nature modernes. Mais l'homme a aussi en lui les signes de l'ordre de la création. Le fait qu’il soit homme et femme "n’est pas une métaphysique dépassée" et le mariage est "sacrement de la création". L'idéologie du "gender" qui laisse à chaque individu le libre choix de son sexe, finit en réalité par détruire au lieu de protéger. Il faut une "écologie de l'homme" en plus de celle de la nature. Le respect de l'ordre de la création "n’est pas une opposition à notre liberté, mais sa condition".


Sur la base de ces réflexions, le pape termine le passage consacré à l’Esprit créateur par un vibrant hommage à l'encyclique "Humanae Vitae" de Paul VI, parce qu’elle défend "l'amour contre la sexualité comme consommation, l’avenir contre la prétention exclusive du présent et la nature de l'homme contre sa manipulation".


Il repousse ainsi les critiques récemment dirigées contre cette encyclique par un éminent cardinal, Carlo Maria Martini.


Voici donc la majeure partie du discours lu par le pape, le 22 décembre 2008, à la curie romaine réunie à la Salle Clémentine:



"La foi en l’Esprit créateur est un contenu essentiel du Credo chrétien"


par Benoît XVI



[...] Il a été question de la présence de la Parole de Dieu et de Dieu lui-même au moment actuel de l’histoire [au Synode mais aussi] lors des voyages pastoraux de cette année: leur vrai sens ne peut être que de servir cette présence. Ce sont des occasions de rendre l’Eglise publiquement perceptible, à travers elle la foi et donc au moins la question de Dieu. Cette manifestation publique de la foi interpelle désormais tous ceux qui cherchent à comprendre le temps présent et les forces qui y agissent.


Le phénomène des Journées Mondiales de la Jeunesse, notamment, fait de plus en plus l’objet d’analyses. [...] Les analyses en vogue tendent à voir dans ces journées comme une variante de la culture des jeunes d’aujourd’hui, une sorte de festival rock revu dans un sens ecclésial, avec le pape comme star. Au fond ces festivals, avec ou sans la foi, seraient tous pareils: on croit pouvoir ainsi supprimer la question de Dieu. Il y a même des voix catholiques qui s’expriment en ce sens, réduisant le tout à un grand spectacle, beau sans doute, mais peu significatif quant aux questions sur la foi et sur la présence de l’Evangile à notre époque. Ce serait des moments d’extase festive mais, en fin de compte, ils laisseraient tout comme avant, sans influer de manière plus profonde sur la vie.


Mais cela n’explique pas la spécificité de ces journées, le caractère particulier de la joie qu’elles créent ou de leur capacité à créer une communion. Avant tout, il faut tenir compte du fait que les Journées Mondiales de la Jeunesse ne se réduisent pas à la semaine où elles sont vues par le public du monde entier. Elles sont le terme d’un long parcours extérieur et intérieur. La croix, accompagnée de l'image de la Mère du Seigneur, fait un pèlerinage à travers les pays. La foi a besoin, à sa manière, de voir et de toucher. La rencontre avec la croix que l’on touche et que l’on porte devient une rencontre intérieure avec Celui qui est mort pour nous sur la croix. La rencontre avec la croix réveille dans le cœur des jeunes le souvenir de ce Dieu qui a voulu se faire homme et souffrir avec nous. Et nous voyons la femme qu’Il nous a donnée comme Mère. Les Journées solennelles ne sont que le sommet d’un long chemin, par lequel on va les uns vers les autres et ensemble vers le Christ. Ce n’est pas un hasard si, en Australie, le long chemin de croix à travers la ville est devenu l’événement phare de ces journées. Il résumait encore une fois tout ce qui était arrivé les années précédentes et il montrait Celui qui nous réunit tous ensemble: ce Dieu qui nous aime jusqu’à la Croix. Le pape n’est donc pas la star autour de qui tout tourne. Il est totalement et uniquement vicaire. Il renvoie à l'Autre qui est au milieu de nous. Enfin la liturgie solennelle est le centre de l'ensemble, parce que c’est par elle qu’a lieu ce que nous ne pouvons réaliser et que, pourtant, nous attendons toujours. Il est présent. Il vient parmi nous. Le ciel s’ouvre, ce qui éclaire la terre. C’est ce qui rend la vie heureuse et ouverte et unit les uns aux autres dans une joie qui n’est pas comparable à l'extase d’un festival rock. Friedrich Nietzsche a dit: "L'habileté ne consiste pas à organiser une fête, mais à trouver ceux qui seront capables d’en tirer de la joie". Selon les Saintes Ecritures, la joie est fruit du Saint-Esprit (Galates 5, 22): ce fruit était très perceptible aux journées de Sydney. De même qu’un long chemin précède les Journées Mondiales de la Jeunesse, un autre chemin leur fait suite. Des amitiés se forment, incitent à adopter un autre mode de vie et aident, de l’intérieur, à s’y tenir. Ce n’est pas le moindre des buts des grandes Journées que de susciter de telles amitiés et de faire ainsi naître dans le monde des lieux de vie dans la foi, qui sont aussi des lieux d’espérance et de charité vécue.


La joie comme fruit du Saint-Esprit: nous voilà arrivés au thème central de Sydney qui, justement, était le Saint-Esprit. Dans cette rétrospective, je voudrais évoquer de manière résumée l'orientation implicite de ce thème. En se fondant sur le témoignage des Saintes Ecritures et de la Tradition, on trouve facilement quatre dimensions du thème "Saint-Esprit".


1. Il y a tout d’abord l'affirmation qui nous vient du début du récit de la création: on y parle de l’Esprit créateur qui plane sur les eaux, crée le monde et le renouvelle sans cesse. La foi en l’Esprit créateur est un contenu essentiel du Credo chrétien. Le fait que la matière porte en elle-même une structure mathématique et soit pleine d’esprit est la base sur laquelle reposent les sciences de la nature modernes. C’est seulement parce que la matière est structurée de manière intelligente que notre esprit peut l’interpréter et la remodeler activement. Le fait que cette structure intelligente provienne du même Esprit créateur qui nous a donné l’esprit à nous aussi, implique à la fois un devoir et une responsabilité. La foi à propos de la création est le fondement ultime de notre responsabilité envers la terre. Celle-ci n’est pas simplement pour nous une propriété que nous pouvons exploiter selon nos intérêts et nos désirs, mais plutôt un don du Créateur qui en a conçu l’organisation intrinsèque, nous donnant ainsi les orientations auxquelles nous devons nous tenir en tant qu’administrateurs de sa création. Le fait que la terre, le cosmos, reflètent l’Esprit créateur, signifie aussi que leurs structures rationnelles qui, au-delà de l'ordre mathématique, deviennent presque palpables par l'expérience, comportent aussi une orientation éthique. L’Esprit qui les a façonnés est plus que la mathématique: c’est le Bien en personne qui, à travers le langage de la création, nous indique la route de la vie droite.


Puisque la foi en le Créateur est une partie essentielle du Credo chrétien, l’Eglise ne peut pas, ne doit pas se limiter à transmettre à ses fidèles le message du salut. Elle a envers la création une responsabilité qu’elle doit aussi faire valoir en public. Et en le faisant, elle ne doit pas seulement défendre la terre, l'eau et l'air comme dons de la création appartenant à tous. Elle doit aussi protéger l'homme contre la destruction de lui-même. Il faut qu’il y ait quelque chose comme une écologie de l'homme, au vrai sens du mot. Quand l’Eglise parle de la nature de l'être humain comme homme et femme et demande que cet ordre de la création soit respecté, ce n’est pas une métaphysique dépassée. En fait il s’agit ici de croire en le Créateur et d’écouter le langage de la création, dont le mépris serait une autodestruction de l'homme et donc une destruction de l’œuvre même de Dieu. Ce qui est souvent exprimé et compris sous le nom de "gender", aboutit en définitive à ce que l'homme se libère de la création et du Créateur. L'homme veut se faire tout seul et disposer tout seul, toujours et exclusivement, de ce qui le concerne. Mais en cela, il vit contre la vérité, contre l’Esprit créateur. Les forêts tropicales méritent notre protection, certes, mais l'homme ne la mérite pas moins en tant que créature, dans laquelle est inscrit un message qui ne s’oppose pas à notre liberté, mais en est la condition. De grands théologiens de la Scholastique ont défini le mariage, c’est-à-dire le lien de toute une vie entre un homme et une femme, comme le sacrement de la création, institué par le Créateur lui-même et accueilli ensuite par le Christ – sans modifier le message de la création – dans l’histoire de son alliance avec les hommes. Le témoignage en faveur de l’Esprit créateur présent dans la nature dans son ensemble et spécialement dans la nature de l’homme, créé à l’image de Dieu, fait partie de ce que l’Eglise doit annoncer. Partant de cette perspective, il faudrait relire l'encyclique "Humanae vitae": l'intention du pape Paul VI était de défendre l'amour contre la sexualité perçue comme consommation, l’avenir contre la prétention exclusive du présent, et la nature de l’homme contre sa manipulation.


2. Juste quelques mots rapides sur les autres dimensions de la pneumatologie. Si l’Esprit créateur se manifeste surtout dans l’immensité silencieuse de l'univers, dans sa structure intelligente, la foi nous dit en outre quelque chose d’inattendu, à savoir que cet Esprit parle aussi, pour ainsi dire, avec des mots humains, il est entré dans l’histoire et, comme force qui façonne l’histoire, c’est aussi un Esprit parlant, en fait il est la Parole qui, dans les Ecrits de l'Ancien et du Nouveau Testament, vient à nous. Saint Ambroise a merveilleusement exprimé, dans une de ses lettres, ce que cela signifie pour nous: " Maintenant aussi, tandis que je lis les Saintes Ecritures, Dieu se promène au Paradis" (Ep. 49, 3). En lisant les Saintes Ecritures aujourd’hui, nous pouvons presque circuler aussi dans le jardin du Paradis et rencontrer Dieu qui s’y promène: entre le thème de la Journée Mondiale de la Jeunesse en Australie et celui du Synode des Evêques il y a une profonde connexion intérieure. Les deux thèmes "Saint-Esprit" et "Parole de Dieu" vont ensemble. Mais en lisant les Saintes Ecritures nous apprenons aussi que le Christ et le Saint-Esprit sont inséparables. Si Paul affirme, en une synthèse déconcertante: "Le Seigneur est l’Esprit" (2 Corinthiens 3, 17), ce qui apparaît, ce n’est pas seulement, à l’arrière-plan, l'unité trinitaire entre le Fils et le Saint-Esprit, mais surtout leur unité par rapport à l’histoire du salut: dans la passion et la résurrection du Christ, les voiles du sens purement littéral sont arrachés et la présence du Dieu qui parle devient visible. En lisant les Saintes Ecritures avec le Christ, nous apprenons à entendre dans les mots humains la voix du Saint-Esprit et nous découvrons l'unité de la Bible.


3. Nous arrivons ainsi à la troisième dimension de la pneumatologie qui consiste, justement, en l’inséparabilité du Christ et du Saint-Esprit. Sa plus belle manifestation se trouve peut-être dans le récit, par saint Jean, de la première apparition du Ressuscité aux apôtres: le Seigneur souffle sur les apôtres et leur donne ainsi le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est le souffle du Christ. Et de même que le souffle de Dieu, au matin de la création, avait transformé la poussière du sol en un homme vivant, de même le souffle du Christ nous accueille dans la communion ontologique avec le Fils, faisant de nous une nouvelle création. Voilà pourquoi c’est le Saint-Esprit qui nous fait dire avec le Fils: "Abba, Père!" (Jean 20, 22; Romains 8, 15).


4. Alors, la connexion entre l’Esprit et l’Eglise apparaît spontanément comme quatrième dimension. Paul a présenté, en Corinthiens 1, 12 et en Romains 12, l’Eglise comme Corps du Christ et, par là, comme organisme du Saint-Esprit, en laquelle les dons du Saint-Esprit fondent les individus en un tout vivant. Le Saint-Esprit est l’Esprit du Corps du Christ. Dans l'ensemble de ce Corps nous trouvons notre devoir, nous vivons les uns pour les autres et les uns dépendant des autres, vivant en profondeur de Celui qui a vécu et souffert pour nous tous et qui, par son Esprit, nous attire à lui dans l'unité de tous les fils de Dieu. "Veux-tu toi aussi vivre de l’Esprit du Christ? Alors sois dans le Corps du Christ", dit Augustin à ce sujet (Tract. in Jo. 26, 13).


Avec le thème "Saint-Esprit", qui orientait les journées en Australie et aussi, de manière plus cachée, les semaines du Synode, on rend donc perceptible toute l’ampleur de la foi chrétienne, une ampleur qui, depuis la responsabilité envers la création et envers l'existence humaine en harmonie avec la création, conduit, à travers les thèmes des Saintes Ecritures et de l’histoire du salut, jusqu’au Christ et, de là, à la communauté vivante de l’Eglise, dans ses ordres et responsabilités comme aussi dans son ampleur et sa liberté, qui s’exprime aussi bien dans la multiplicité des charismes que dans l'image pentecostale de la multitude des langues et des cultures.


Une partie intégrante de la fête est la joie. On peut organiser la fête, pas la joie. On ne peut que l’offrir en don; et, en fait, elle nous a été donnée en abondance: nous en sommes reconnaissants. De même que Paul dit que la joie est fruit du Saint-Esprit, de même Jean, dans son Evangile, a lié étroitement l’Esprit et la joie. Le Saint-Esprit nous donne la joie. Et Il est la joie. La joie est le don qui résume tous les autres dons. Elle est l'expression du bonheur, de l’harmonie avec soi-même, ce qui ne peut venir que de l’harmonie avec Dieu et avec sa création. Il est dans la nature de la joie de rayonner, de devoir se communiquer. L’esprit missionnaire de l’Eglise n’est rien d’autre que le besoin de communiquer la joie qui nous a été donnée. Qu’elle soit toujours vivante en nous et qu’elle rayonne donc sur le monde dans ses tribulations: voilà mon vœu en cette fin d’année. En vous remerciant vivement pour tous vos efforts et vos travaux, je vous souhaite à tous que cette joie venue de Dieu nous soit donnée en abondance pour cette nouvelle année aussi. [...]

 

 

Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

(www.chiesa)



Merci à ceux qui ont déjà voté pour mon blog pour les Blogs Awards '08. 

Pour les autres vous pouvez encore le faire jusqu'au 7 janvier.

Pour plus d'info, voir dans la colonne de droite, en haut.

 

18:35 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : benoit xvi, curie, gender, ecologie, humanae vitae, pape, cardinaux | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |