18.05.2012

Un Parvis des Gentils à Barcelone sous le signe de l'Art

1_0_588717.jpegAprès Paris, Florence, Tirana, Palerme….le parvis des gentils est à Barcelone, en Espagne. Sous les auspices du Conseil pontifical de la Culture, cette initiative vise à promouvoir le dialogue entre croyants et non croyants sur les grandes questions qui interpellent le monde contemporain. A Palerme, au mois de mars, la réflexion s’était focalisée sur la culture de la légalité et sur la société multireligieuse. A Barcelone, terre natale d’artistes de renommée internationale : Dalì, Gaudì, Mirò, Tapiès…, cette nouvelle édition est placée sous le thème « Art, beauté et transcendance ». Deux jours de débats, les 17 et 18 mai, au Musée national d’art de la Catalogne, à l’Université de Barcelone, en la basilique de la Sagrada Familia, chef d’œuvre d’Antonì Gaudì. 

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01.04.2012

Non pas de la musique sacrée, mais des bruits d'assaut

musique.sacree.jpegAprès le chœur de la Chapelle Sixtine, le conservatoire du Saint-Siège est à son tour sur le point d'être conquis par les responsables de la dérive musicale de ces dernières décennies. Le pape garde le silence ...

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24.07.2011

L'Eglise catholique navigue sur Twitter avec le Cardinal Ravasi

gianfranco ravasi.jpgROME, Mercredi 20 juillet 2011 (ZENIT.org) – « Le langage synthétique et incisif de Twitter peut beaucoup enseigner à la communication religieuse » : c’est ce qu’affirme sur Radio Vatican le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, qui depuis le 20 juin dernier « tweete » quotidiennement. Chaque jour, le cardinal envoie une citation biblique sur le réseau social.


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28.03.2011

Rome à l'heure de l'œcuménisme. Chrysostomos II a été reçu par le Pape

pape chrysostomos ii.JPGL’entretien privé du Pape avec le Primat de l’Église orthodoxe de Chypre, ce lundi matin, s’est focalisé sur la situation des chrétiens au Moyen Orient. Une rencontre amicale : Benoît XVI a accueilli Chrysostomos II en lui a donnant l’accolade et il l’a invité à déjeuner. La question de la liberté religieuse à Chypre était également au cœur des discussions.

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23.12.2009

La légende noire sur Pie XII expliquée

Communisme et fractures idéologiques expliquent la légende noire sur Pie XII

Entretien avec le directeur de L´Osservatore Romano

 

ROME, Mardi 23 juin 2009 (ZENIT.org) - La « légende noire » sur le pape Pie XII (Eugenio Pacelli), accusé de complicité avec le nazisme, a deux causes, selon le directeur de "L'Osservatore Romano" : la propagande communiste et les divisions récurrentes au sein de l'Eglise.

Giovanni Maria Vian les expose dans une interview accordée à ZENIT à l'occasion de la publication, sous sa direction, du livre intitulé « In difesa di Pio XII. Le ragioni della storia » (Pour défendre Pie XII. Les raisons de l'histoire), Venise, Marsilio, 2009, 168 pages, 13,00 euros).

 

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Le livre a été présenté le 10 juin par le cardinal secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone, le président de Marsilio Editori, Cesare De Michelis (Université de Padoue), et par les historiens Giorgio Israel (Université de Roma La Sapienza), Paolo Mieli (Université de Milan), par deux fois directeur du « Corriere della sera », et Roberto Pertici (Université de Bergame).

Le directeur du quotidien du Vatican, historien, n'hésite pas à reprendre l'expression « légende noire » , car le pape Pacelli qui, à sa mort en 1958, avait été unanimement encensé pour l'œuvre qu'il avait accomplie pendant la Seconde guerre mondiale, fut ensuite véritablement « diabolisé ». 

Comment une telle déformation de son image a-t-elle été possible, en quelques années, plus ou moins à partir de 1963 ? 


Propagande communiste 

Vian attribue cette campagne contre le pape en premier lieu à la propagande communiste qui s'est intensifiée à l'époque de la guerre froide.

Il fait remarquer que « la ligne adoptée dans les années de guerre par le pape et par le Saint-Siège, hostile aux totalitarismes mais traditionnellement neutre, se révéla en revanche, dans les faits, favorable à l'alliance contre Hitler, se caractérisant par un effort humanitaire sans précédent, qui a sauvé de très nombreuses vies humaines ». 

« Cette ligne fut de toute façon anti-communiste, ce qui explique que, déjà durant la guerre, le pape était pointé du doigt par la propagande communiste comme complice du nazisme et de ses atrocités ». 

L'historien considère que « même si Eugenio Pacelli a toujours été anti-communiste, il n'a jamais pensé que le nazisme pouvait être utile pour stopper le communisme, bien au contraire », et il en apporte la preuve en se fondant sur des faits historiques. 

Tout d'abord, « entre l'automne de 1939 et le printemps de 1940, dans les premiers mois de la guerre, le pape appuya la tentative de coup d'Etat contre le régime hitlérien fomenté par certains cercles militaires allemands en contact avec les Britanniques ». 

Ensuite, affirme G.M. Vian, après l'attaque de l'Allemagne contre l'Union soviétique au milieu de l'année 1941, Pie XII refusa dans un premier temps l'alignement du Saint-Siège sur la « croisade » contre le communisme, comme elle était présentée, et ensuite il a beaucoup fait pour tempérer l'opposition de nombreux catholiques américains à l'alliance des Etats-Unis avec l'Union soviétique stalinienne. 

La propagande soviétique, rappelle le spécialiste, a été efficacement reprise dans la pièce « Le Vicaire » ("Der Stellvertreter ") de Rolf Hochhuth, jouée pour la première fois à Berlin le 20 février 1963, et qui présentait le silence du pape comme de l'indifférence face à l'extermination des juifs. 

Déjà alors, constate G. M. Vian, on a considéré que ce drame relance nombre des accusations portées par Mikhail Markovich Scheinmann dans son livre Der Vatican im Zweiten Weltkrieg (« Le Vatican dans la seconde guerre mondiale »), d'abord publié en russe par l'Institut historique de l'Académie soviétique des sciences, organe de propagande de l'idéologie communiste. 

Et, nouvelle preuve de l'opposition de Pie XII au nazisme : le fait que les chefs du Troisième Reich aient considéré le pape comme un authentique ennemi, ainsi que l'attestent les documents des archives allemandes qui, non par hasard, avaient été fermées au public par l'Allemagne communiste et n'ont été que depuis peu rouvertes et étudiées, comme l'a souligné un article de Marco Ansaldo dans "la Repubblica" du 29 mars 2007

Le livre édité par G. M. Vian reprend successivement un texte du journaliste et historien Paolo Mieli, un écrit posthume de Saul Israël, biologiste, médecin et écrivain juif, des articles de Andrea Riccardi, historien et fondateur de la Communauté de Sant'Egidio, des archevêques Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, et de Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat au Vatican et, enfin, l'homélie et les deux discours de Benoît XVI prononcés en mémoire de son prédécesseur Pie XII. 


Division ecclésiale 

Bien des gens ont contribué à ce discrédit de Pie XII, y compris au sein de l'Eglise catholique, en raison de la division entre progressistes et conservateurs, qui s'accentua pendant et après le Concile Vatican II, annoncé en 1959 et clos en 1965, affirme le directeur de L'Osservatore Romano.

« Son successeur, Jean XXIII, Angelo Giuseppe Roncalli, fut très vite salué comme 'le bon pape' que, sans nuances, on opposait de plus en plus à son prédécesseur : en raison de son caractère et de son style radicalement différents, mais aussi de sa décision inattendue et retentissante de convoquer un concile ». 

Les critiques catholiques contre le pape Pacelli avaient été précédées, dès 1939, des questions et accusations du philosophe catholique français Emmanuel Mounier, reprochant au pape son « silence » à propos de l'agression italienne en Albanie. 

Pie XII fut, en outre, critiqué par des « cercles de Polonais en exil », qui lui reprochaient son silence face à l'occupation allemande. 

C'est ainsi que, lorsque la polarisation s'accrut dans l'Eglise à partir des années soixante, tous ceux qui s'opposaient aux conservateurs attaquaient Pie XII, considéré comme un symbole de ces derniers, alimentant ou utilisant des arguments repris de la « légende noire ». 


Justice historique

Le directeur de « L'Osservatore Romano » souligne que ce livre n'est pas né de l'intention de prendre la défense a priori du pape, « car Pie XII n'a que faire d'apologistes qui n'aident pas à clarifier la question historique ». 

En ce qui concerne les silences de Pie XII, non seulement sur la persécution des juifs (dénoncée sans bruit mais sans équivoque dans son message de Noël en 1942 et dans son allocution aux cardinaux du 2 juin 1943), mais aussi face aux autres crimes des nazis, l'historien souligne que cette ligne de conduite visait à ne pas aggraver la situation des victimes, tandis que le souverain Pontife se mobilisait pour les aider sur le terrain. 

« Pacelli lui-même s'interrogea à plusieurs reprises sur son attitude. Ce fut donc un choix conscient et difficile que de chercher à sauver le plus grand nombre possible de vies humaines au lieu de dénoncer continuellement le mal avec le risque réel de provoquer des horreurs encore plus grandes », explique G. M. Vian. 

Dans son livre, Paolo Mieli, d'origine juive, affirme dans ce sens : « Prendre pour argent comptant les accusations contre Pacelli, c'est comme traîner sur le banc des coupables présumés, avec les mêmes chefs d'accusation, Roosevelt et Churchill, en les accusant de ne pas avoir parlé plus clairement des persécutions antisémites ». 

Rappelant que des membres de sa famille sont morts dans l'Holocauste, Paolo Mieli a déclaré textuellement : « Je refuse d'imputer la mort des miens à une personne qui n'en est pas responsable ». 

Le livre publie aussi un texte inédit de Saul Israel écrit en 1944 lorsque, avec d'autres juifs, il avait trouvé refuge dans le couvent de San Antonio, via Merulana, à Rome. 

Son fils, Giorgio Israel, qui a participé à la présentation du livre, a ajouté : « Ce ne fut pas tel ou tel couvent ou le geste de compassion de quelques-uns, et personne ne peut penser que toute cette solidarité dont témoignèrent les églises et les couvents, ait pu avoir lieu à l'insu du pape, voire sans son consentement. La légende de Pie XII est la plus absurde de toutes celles qui circulent ». 


Au-delà de la légende noire

G. M. Vian explique ensuite que le livre édité sous sa responsabilité n'a pas l'intention de se focaliser sur la légende noire, mais que, « un demi siècle après la mort de Pie XII (9 octobre 1958) et soixante ans après son élection (2 mars 1939), un nouveau consensus historiographique semble se dessiner sur l'importance historique de la figure et du pontificat de Eugenio Pacelli ». 

L'objectif du livre est surtout de contribuer à restituer à l'histoire et à la mémoire des catholiques un pape et un pontificat d'une importance capitale sous maints aspects qui, dans l'opinion publique, sont encore éclipsés par la polémique suscitée par la « légende noire ».

Propos recueillis par Jesús Colina

Traduit de l'italien par Elisabeth de Lavigne

15.12.2009

Toutes les raisons de Dieu. Une enquête

Toutes les raisons de Dieu. Une enquête

Guide de la rencontre internationale "Dieu aujourd'hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout". On a redécouvert un cardinal Ruini philosophe, avec qui ont discuté Spaemann, Scruton, Van Inwagen. Mais aussi les savants Nowak et Coyne, spécialistes du cosmos. Et des experts en musique, en art, en cinéma...


par Sandro Magister




ROME, le 13 décembre 2009 – L'objectif était de "dissiper cette pénombre qui rend précaire et angoissante pour l'homme de notre temps l'ouverture à Dieu".

C’est ce qu’a dit Benoît XVI dans son message qui a inauguré, le 10 décembre à Rome, la rencontre internationale "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout", conçue et organisée par le comité pour le projet culturel de l’Eglise d’Italie, présidé par le cardinal Camillo Ruini.

A la fin de l'événement, deux jours plus tard, Ruini était rayonnant. Le sujet était difficile, il fallait écouter en se concentrant, les orateurs étaient des philosophes et des savants au langage complexe. Mais la salle a toujours été pleine et le silence était très attentif. 2 500 personnes sont venues au grand auditorium de la via della Conciliazione, à quelques pas de la place Saint-Pierre, pour entendre parler de Dieu. Un public plutôt nouveau et jeune. Visiblement fier de la richesse et du sérieux des propos, dans un monde désorienté qui en a justement soif.

Ce public voulait qu’on lui parle de Dieu et de rien d’autre. Sûrement pas des querelles internes à l’Eglise, de part et d’autre du Tibre. Les prophètes de malheur qui avaient prédit (et secrètement espéré) l'échec de l'événement, entraînant la fin de cet "oiseau rare" qu’était selon eux le projet culturel, et la retraite définitive de son concepteur Ruini, ont été réduits au silence par les faits. Le cardinal a déjà annoncé que ce premier événement serait bientôt suivi d’un autre, toujours "sur des sujets de fond, durs, ni faciles ni à la mode".

Mais que s’est-il passé pendant les trois jours de la rencontre ? Le programme, le compte-rendu, les textes, les vidéos de tout l’événement, ainsi que le portrait des orateurs, sont à portée de clic sur la page web qui lui est consacrée :

> "Dio oggi. Con lui o senza di lui cambia tutto, Rome, 10-12 décembre 2009

On trouvera simplement, ci-dessous, mention de quelques temps forts.



LES TROIS PREUVES DU CARDINAL RUINI


Le jeudi 10 décembre, les premiers orateurs ont été le cardinal Ruini et l’allemand Robert Spaemann, qui ont tous les deux parlé en philosophes.

Ruini a indiqué trois voies d’accès à Dieu, c’est-à-dire trois preuves de son existence, non pas théologiques mais rationnelles. Elles peuvent donc être proposées à tout le monde et pas seulement aux croyants.

La première voie part du fait évident "qu’il existe quelque chose plutôt que rien". La seconde part de la constatation que l'univers peut être connu par l'homme. La troisième est fondée sur l'expérience que l'homme a en lui d’une loi morale.

Ces trois voies se réfèrent donc aux "transcendantaux" de la philosophie classique : l’être, le vrai, le bien. Ruini a voulu dépasser, dans son argumentation, les objections radicales qui leur ont été faites au cours des deux derniers siècles, à partir de Kant. Mais il a admis que, même ainsi, ces voies n’auront pas la force d’une démonstration apodictique qui ne suscite pas de nouveaux doutes. Et alors ? La proposition finale du cardinal est que l'existence de Dieu soit perçue comme "la meilleure hypothèse", selon une formule empruntée à Joseph Ratzinger.

Voici les deux derniers paragraphes du discours de Ruini :


"Les difficultés de l’approche métaphysique dans l’actuel contexte culturel, s’ajoutant à l’aporie découlant de l’existence du mal dans le monde, sont les raisons de fond de cette 'étrange pénombre qui enveloppe la question des réalités éternelles'. Même si on peut la fonder sur des arguments solides, comme nous avons cherché à le faire, l’existence du Dieu personnel n’est donc pas l’objet d’une démonstration apodictique ; mais elle reste 'la meilleure hypothèse, qui nous oblige à renoncer à une position de domination pour prendre le risque de l’écoute humble'. Accepter cela a de grandes implications : d’une part pour les relations entre croyants et non-croyants qui seraient déjà, pour cette raison de fond, marquées par un respect mutuel sincère et convaincu ; mais aussi pour l’attitude personnelle de chaque croyant et notamment pour le rôle fondamental que la prière doit jouer dans notre relation avec Dieu, afin de pouvoir lui demander le don de la foi, qui nous donne cette certitude à la fois inconditionnelle et libre à propos de Dieu qui, comme l’explique saint Thomas, ne supprime pas du tout la possibilité d’autres recherches mais soutient notre fidélité envers lui jusqu’au don de nous-mêmes.

"Je termine par une constatation qui me paraît très caractéristique de notre situation actuelle, à savoir qu’il y a un parallélisme profond entre l’approche de Dieu et l’approche de nous-mêmes, en tant que sujets intelligents et libres. Dans les deux cas, nous sommes actuellement soumis à la pression d’un scientisme épistémologique puissant et envahissant et d’un naturalisme, souvent inconsciemment métaphysique, qui voudrait affirmer que Dieu n’existe pas ou du moins qu’on ne peut pas le connaître rationnellement, et réduire l’homme à un objet naturel parmi d’autres. Aujourd’hui comme peut-être jamais auparavant, il est donc clair que l’affirmation de l’homme en tant que sujet et l’affirmation de Dieu 'simul stant et simul cadunt', existent et tombent ensemble. C’est du reste profondément logique car, d’une part, il est très difficile de fonder une vraie et irréductible émergence de l’homme par rapport au reste de la nature si la nature elle-même est toute la réalité et, d’autre part, il est également difficile de laisser ouverte rationnellement la voie au Dieu personnel, intelligent et libre – de manière véritable même si elle est ineffable pour nous – si l’on ne reconnaît pas au sujet humain cette irréductible spécificité qui est sienne. Rendre témoignage au vrai Dieu et en même temps à la vérité de l’homme est donc peut-être la tâche la plus exaltante qu’il nous soit donné d’accomplir".




SPAEMANN ET LA GRAMMAIRE DE DIEU


Robert Spaemann a consacré le début de sa réflexion à l'identité – plutôt qu’à l’opposition – entre les deux attributs de Dieu, "puissant" et "bon" :


"Qui croit en Dieu croit que la puissance absolue et le bien absolu ont la même référence : la sainteté de Dieu. Les gnostiques des premiers siècles chrétiens niaient cette identité. Ils attribuaient les deux attributs à deux divinités, une puissance mauvaise, le 'deus universi', dieu et créateur de ce monde, et un dieu qui est lumière et apparaît de loin dans l’obscurité de ce monde. [...] Il est important de souligner cela aujourd’hui, puisque les prêtres, plutôt que d’appeler sur nous la bénédiction du Dieu tout-puissant, ne parlent en fait que du 'Dieu bon'. Le discours sur la bonté de Dieu, sur Dieu qui est amour, perd son côté bouleversant s’il n’indique pas qui est celui dont on dit qu’Il est amour, c’est-à-dire s’il n’indique pas qu’Il est la puissance qui dirige notre vie et le monde. [...] Si le bien n’appartenait pas à l’être, l’être ne serait pas tout, il ne serait pas la totalité. [...] Mais le contraire est vrai aussi : si le bien était impuissance, alors il ne serait pas le bien tout court. Parce que l’impuissance du bien n’est pas le bien. La foi en la puissance du bien est ce qui nous permet de nous abandonner activement à la réalité, sans avoir à craindre que, dans un monde absurde, même les bonnes intentions soient considérées comme des absurdités".


A la fin de sa conférence, Spaemann a au contraire inversé la vision de Nietzsche, le philosophe de la "mort de Dieu", qui disait que "la vraie question est seulement de savoir avec quel mensonge on vit le mieux". Et il a proposé une démonstration de Dieu "qui est, pour ainsi dire, Nietzsche-résistante" : une démonstration de Dieu "à partir de la grammaire, ou plus exactement du 'futurum exactum', le futur antérieur". Voici comment :


"Pour nous, le 'futurum exactum' est nécessairement lié au présent. Dire d’une chose qu’elle est maintenant, revient à dire dans l’avenir que cette chose a été. En ce sens, toute vérité est éternelle. Le fait que, le 10 décembre 2009, beaucoup de gens se soient réunis à Rome pour une conférence de Robert Spaemann sur 'Rationalité et foi en Dieu' est vrai non seulement le 10 décembre, mais aussi pour toujours. Si aujourd’hui nous sommes ici, demain nous 'aurons été' ici. En tant que passé, en tant qu’'avoir été' du futur antérieur, le présent reste toujours réel. De quel type est cette réalité ? On pourrait répondre : elle est dans les traces qu’elle laisse. [...]

"Mais, tôt ou tard, le souvenir s’efface. Tôt ou tard, il n’y aura plus un seul homme sur terre. Et, à la fin, même la terre disparaîtra. Puisqu’au passé appartient toujours un présent, dont le passé est passé, nous devrions dire qu’avec le présent dont nous nous souvenons disparaît aussi le passé, et le futur antérieur perd sa signification. Mais c’est justement ce que nous ne pouvons pas penser. La proposition 'dans un avenir plus lointain, il ne sera plus vrai que nous étions réunis ici ce soir' est insensée. Elle ne se laisse pas penser. Si, un jour, nous n’aurons plus été, alors nous ne sommes même pas réels maintenant, ce que le bouddhisme affirme comme une conséquence. Si, un jour, la réalité présente n’aura plus été présente, alors elle n’est pas réelle du tout. Si on élimine le futur antérieur, on élimine le présent.

"Mais, encore une fois, de quel type est cette réalité du passé, l’éternelle vérité de toute vérité ? La seule réponse est la suivante : nous sommes forcés de penser une conscience qui conserve tout ce qui se produit, une conscience absolue. Aucun mot prononcé un jour ne sera non prononcé un jour, aucune douleur non soufferte, aucune joie non vécue. Le passé peut se dissiper, mais on ne peut pas faire en sorte qu’il n’ait pas été. Si la réalité existe, alors le futur antérieur est inévitable et avec lui le postulat du Dieu réel. 'Je crains – écrit Nietzsche – que nous ne puissions nous débarrasser de Dieu, parce que nous croyons encore à la grammaire'. Le problème est que nous ne pouvons pas nous dispenser de croire à la grammaire. Nietzsche lui-même n’a pu écrire ce qu’il a écrit que parce qu’il a confié à la grammaire ce qu’il a voulu dire".




LE "DIEU ABRÉGÉ" DU CARDINAL SCOLA


Le matin du vendredi 11 décembre, le cardinal Angelo Scola, dans un passage de sa conférence bien construite sur "l’éclipse et le retour de Dieu", a repris la critique de Spaemann contre l’opposition entre bonté et toute-puissance de Dieu.

En se demandant "si le problème de la transmission du christianisme n’est pas, surtout aujourd’hui, de prendre le langage évangélique dans son essentialité [...] et son identité les plus authentiques", Scola a critiqué ceux qui identifient cette essentialité avec la "kénosis", cette dépossession de lui-même, y compris de sa "puissance" divine, que Dieu accomplit en Jésus-Christ crucifié :

 


"Ici, il faut dénoncer une utilisation impropre, non théologique et non respectueuse des données scripturaires, de la 'kénosis' de Dieu à l’intérieur de ce que l’on appelle la 'pensée faible'. Elle fait perdre l’unité des mystères chrétiens et justifie, à travers la 'kénosis' séparée de la résurrection, que l’on renonce à la prise en considération de la vérité et de la transcendance de Dieu et à son être personnel".

En effet :

"C’est seulement dans le Dieu qui est Logos-Amour que le thème décisif de la 'kenosis' divine comme modalité selon laquelle Dieu-Vérité-Bien s’offre aux hommes trouve un sens. Le Dieu kénotique n’est pas un Dieu faible, mais un Dieu qui aime et qui, comme tel, s’offre à la liberté de l’homme".


Quelques instants auparavant, Scola a cité ce passage de l'homélie prononcée par Benoît XVI à Noël 2006, sur le vrai sens de la "kénosis" de Dieu, c’est-à-dire sur Dieu qui parle à l'homme "en s’abrégeant dans le Verbe incarné" :


"Dieu a rendu brève sa Parole, il l'a abrégée (Isaïe 10, 23; Romains 9, 28). Le Fils lui-même est la Parole, le Logos. La Parole éternelle s’est faite petite, elle s’est faite enfant, afin que nous puissions la saisir".




LA "VIA PULCHRITUDINIS" DE ROGER SCRUTON


Toujours le matin du vendredi 11 décembre, le philosophe anglo-américain Roger Scruton a développé le quatrième "transcendantal" de la philosophie classique - le beau - lui aussi comme voie d’accès à Dieu.

 

"En créant de la beauté, l'artiste rend gloire à la création de Dieu", a-t-il dit. Il en a été ainsi tout au long de l’histoire de l’homme, même quand – dans les abîmes du XXe siècle, par exemple – domine le règne de la souffrance et de la désolation.

Et pourtant "le culte de la laideur et de la désacralisation s’affirme aujourd’hui, à une époque de prospérité sans précédent. [...] La désacralisation est une sorte de défense contre le sacré, une tentative d’en détruire les prétentions. Nos vies sont jugées devant ce qui est sacré ; et pour échapper à ce jugement, nous détruisons ce qui paraît nous accuser. Et comme la beauté nous rappelle le sacré – elle nous en rappelle même une forme particulière – la beauté doit aussi être désacralisée".

La "voie positive" vers la beauté est de toute façon inscrite dans le cœur de l’homme. "Alors pourquoi tant d’artistes se refusent-ils aujourd’hui à marcher sur ce chemin ? Peut-être parce qu’ils savent qu’il conduit à Dieu".


Après l'intervention de Scruton, l'archevêque Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, et le professeur Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican, ont traité de l'apparition de Dieu dans l'art figuratif d’hier et d’aujourd’hui, avec des exemples concrets, parmi lesquels les fresques de Raphaël dans les Salles du Vatican, et en particulier cette "Ecole d’Athènes" que www.chiesa, dans sa présentation de la rencontre "Dieu aujourd’hui", avait proposée comme emblématique de cet événement.

A d’autres moments de la rencontre, la manifestation de Dieu a été présentée à travers la musique, les récits, la poésie, le cinéma, la télévision, par des exécutions, des lectures et des projections évocatrices, commentées par des artistes et des spécialistes.



LE "SUPER-DISNEY" DE PETER VAN INWAGEN



La dernière séance de la rencontre, au matin du samedi 12 décembre, a été consacrée à "Dieu et les sciences". George Coyne, astronome jésuite, directeur de l'Observatory's Research Group de l'Université de l'Arizona, et Martin Nowak, biologiste et mathématicien, professeur à Harvard, ont parlé du rapport entre Dieu créateur et l'évolution du cosmos, en deux exposés éblouissants qui ont enchaîné l’attention de l'auditoire.

Le troisième intervenant, Peter Van Inwagen, de l'Université Notre-Dame, a au contraire parlé en philosophe. Et il a présenté de manière originale et captivante cette "via cosmologica" vers Dieu proposée par Benoît XVI lui-même sous diverses formes à différentes occasions.

Van Inwagen est parti d’une analogie. Imaginons, a-t-il dit, que "Dieu est au monde physique ce que Walt Disney est au monde représenté à l’écran dans Blanche-Neige et les sept nains". Ou plutôt, imaginons que "les aventures du dessin animé soient vraiment l’histoire du monde entier" et appelons leur créateur "Super-Disney".

Du point de vue des habitants du monde, ce Super-Disney n’existe nulle part, mais en un autre sens, il est présent partout.

Il en va de même pour le Dieu de notre monde réel : "Si jamais il existe, il ne peut se trouver plus en lui que Super-Disney ne peut se trouver dans son monde ; et pourtant il n’est pas loin de ses habitants". De plus, on peut supposer que les habitants du monde arrivent à croire que celui-ci est le fruit d’une création par un être intelligent et omniprésent.

Van Inwagen a poursuivi :


"Il y a des gens – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de l'existence d’une intelligence responsable de l'existence de l'univers physique. Il y en a d’autres – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de la non-existence d’un concepteur".


Ces deux thèses "sont non scientifiques et erronées". Mais la seconde, celle qui nie un Dieu créateur sur la base de la théorie darwinienne de l'évolution, est devenue une opinion répandue.

C’est contre les partisans de cette opinion que Van Inwagen formule sa thèse de conclusion, pour défendre l'impossibilité de nier avec des arguments scientifiques l'existence d’un Dieu créateur :


"Vous croyez que le monde réel est darwinien, que c’est un monde dans lequel la théorie de Darwin est vraie. Mais la réalité implique la possibilité : tout ce qui est vrai est possible. Et Dieu, s’il existe, est par définition tout-puissant. Un être tout-puissant peut créer n’importe quel objet possible, même si cet objet est un univers entier ou un cosmos. Eh bien, notre terre darwinienne (comme vous croyez qu’elle l’est) est un objet possible, puisqu’elle existe. Donc, un être tout-puissant pourrait la créer et créer tout l’univers dont elle fait partie. Maintenant, si un être tout-puissant peut créer un monde darwinien, alors pourquoi quelqu’un qui pense que le monde réel est darwinien devrait-il penser que cette caractéristique du monde réel démontre – ou a une tendance quelconque à démontrer – que l'univers n’a pas été créé par un être tout-puissant ?".




PROCHAIN ÉPISODE : BIBLE ET LITURGIE


Concluant la rencontre, l'archevêque Rino Fisichella puis le cardinal Ruini ont fait allusion à d’autres chapitres de la réflexion sur Dieu, qui n’ont pas été traités dans ce premier événement mais ne sont pas moins importants.

Deux en particulier : d’abord une réflexion sur "ce que Dieu dit de lui-même", c’est-à-dire sur la révélation divine ; puis une réflexion sur la liturgie, c’est-à-dire sur les rites, les lieux, les temps, les langages par lesquels l’homme et le chrétien se mettent en rapport avec Dieu.


L’article de www.chiesa présentant l’événement, avec une homélie de Benoît XVI sur le "mystère révélé aux tout-petits" :

> "Dieu est là". Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël
(7.12.2009)

Et un article précédent à propos de Robert Spaemann et de la "rumeur immortelle" sur Dieu :

> Un philosophe relance le pari du pape : vivre comme si Dieu existait (31.10.2008)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

29.04.2009

Ce que la Bible n'a jamais raconté: exposition artistique consacrée aux livres apocryphes

Une grande exposition artistique consacrée aux livres apocryphes. C'est-à-dire aux histoires et aux personnages dont les Ecritures canoniques ne parlent pas. Non pour invalider les Evangiles et l'Eglise, mais pour les rendre plus proches de nous

par Sandro Magister

 

 

illegio

 



ROME, le 28 avril 2009 – L’exposition de l’an dernier était consacrée à la Genèse, celle de l’année précédente à l'Apocalypse. Elles ont toutes les deux attiré à Illegio, petit bourg de montagne dans les Alpes Carniques, un grand nombre de visiteurs, ravis d’y admirer des chefs d’œuvre artistiques venus d’importants musées d'Italie et du monde. Le succès a été tel que l’exposition sur l'Apocalypse a été reprise, à Rome, par les Musées du Vatican.

Cette année, du 24 avril au 4 octobre, ce sont les Apocryphes qui sont exposés à Illegio, ces mémoires et ces légendes qui ne figurent pas dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament mais qui sont entrés dans la tradition chrétienne, repris par l'art et représentés aussi dans de nombreuses églises.

Bien des épisodes et des personnages de l’histoire sainte, à commencer par le bœuf et l’âne près de Jésus nouveau-né, ont été transmis en dehors des textes canoniques de la Bible. On peut citer la naissance et l’enfance de Marie avec ses parents Anne et Joachim, son mariage avec Joseph, le nom et les faits et gestes des Mages, les détails de la fuite en Egypte, la "dormition" de la Vierge et son assomption au ciel.

Les 80 œuvres réunies à Illegio, inspirées des Apocryphes, sont dues à des artistes de premier plan comme Brueghel et Le Guerchin, Dürer et Le Caravage. De ce dernier, l’exposition présentera pendant les premières semaines le splendide "Repos pendant la fuite en Egypte" conservé au Musée Doria Pamphili de Rome: tandis que Marie et l’enfant Jésus dorment, un ange accompagne au violon un motet dont le texte est tiré du Cantique des Cantiques. Joseph tient la partition, l’âne regarde et écoute, extasié.

Sur la couverture du catalogue de l’exposition, édité par Skira, figure un tableau du Guerchin datant de 1628 qui représente la rencontre de Jésus ressuscité et de sa mère, ce que les Evangiles ne racontent pas non plus.

Le choix de consacrer l’exposition aux Apocryphes n’est pas sans liens avec l’utilisation actuelle de certains textes extra-scripturaires. Du "Da Vinci Code" à l’histoire de Judas, il y a aujourd’hui tout un pullulement de livres et de films visant essentiellement à invalider les Evangiles: ces livres et films se présentent comme porteurs d’une "vérité cachée", occultée par les Evangiles eux-mêmes et par l’Eglise.

Ce côté "vérité cachée" appartenait déjà aux textes apocryphes de type gnostique des premiers siècles. Il n’est pas étonnant qu’il retrouve du succès aujourd’hui, avec le gnosticisme antichrétien moderne.

Les œuvres d'art exposées à Illegio montrent au contraire qu’une bonne partie des Apocryphes a eu et peut encore avoir un tout autre rôle: pas de s’opposer aux Evangiles canoniques et de les invalider, mais d’en étendre le récit, d’en enrichir la compréhension, de nourrir la dévotion, en continuité pour l’essentiel avec la trame fondatrice des Saintes Ecritures.

Raison de plus pour explorer le vaste ensemble des écrits extra-canoniques. C’est ce que fait ci-dessous, de façon captivante, l'archevêque Gianfranco Ravasi, spécialiste mondialement réputé de la Bible et de la littérature connexe, président du conseil pontifical pour la culture.

Ravasi est l’un de ceux qui ont présenté officiellement au public l’exposition d’Illegio sur les Apocryphes, le 23 avril, à l’ambassade d'Italie près le Saint Siège, à Rome. Son intervention a également été publiée dans "L'Osservatore Romano" du 24 avril 2009, sous le titre: "Le chant du coq rôti et la conversion de Ponce Pilate".

Ravasi étudie surtout les développements que les Apocryphes ont donnés aux récits de la Passion. La conversion de Ponce Pilate est l’un de ces développements: elle est entrée à tel point dans la tradition que l’Eglise d’Ethiopie vénère comme un saint le procurateur romain qui condamna Jésus à mort.



Pâques selon les textes apocryphes. Judas, Pilate, Marie


par Gianfranco Ravasi


Paradoxalement, il n’est pas difficile d’organiser une exposition ayant comme fil conducteur les évangiles apocryphes, comme le prouve justement la grandiose exposition ouverte le 24 avril à Illegio, petite ville du Frioul rendue célèbre par ses événements artistiques extraordinaires.

En effet cette littérature a eu un succès extraordinaire justement dans l'art et la tradition populaires. Le mot "apocryphes" – littéralement, en grec, les livres "cachés – recouvre en effet une immense production littéraire et religieuse, parfois de faible qualité, parallèle mais autonome par rapport à l'Ancien et au Nouveau Testament qui contiennent, eux, les livres "canoniques", ceux que le judaïsme et le christianisme reconnaissent comme textes sacrés, inspirés par Dieu. Ces documents sont aussi présents dans la dernière phase du judaïsme vétérotestamentaire et constituent un chapitre de la littérature religieuse juive elle-même.

Les apocryphes juifs regroupent au moins 65 textes différents, composés entre le IIIe siècle avant Jésus-Christ et le IIe siècle et relevant de contextes et de genres divers. Par exemple, des écrits apocalyptiques comme les trois livres d’Enoch différents sont importants parce qu’ils offrent un témoignage varié mais décisif sur de nombreuses concepts du judaïsme. Egalement significatifs, les "testaments" mis dans la bouche de divers personnages bibliques comme les différents patriarches, ou bien Job, Moïse et Salomon. Il y a aussi une série d’œuvres à caractère philosophique ou sapiential, comme le vieux récit d’Achikar, d’origine babylonienne, adopté et transformé par le monde juif et devenu très populaire. On trouve aussi un grand nombre de prières, d’odes, de psaumes, dont certains ont été retrouvés à Qumran, sur les bords de la mer Morte, lors de l’une des plus célèbres découvertes du siècle dernier. A enregistrer aussi des ajouts ou approfondissements libres de textes bibliques comme la "Vie d’Adam et Eve" ou l’histoire d’amour entre Joseph et Asenet.

L’exposition d’Illegio met en scène des représentations artistiques liées aux apocryphes chrétiens qui cherchent à recréer la vie de Jésus, souvent très librement, créant de nouveaux Evangiles, mais il ne manque pas d’Apocalypses ou d’Actes de différents apôtres et de lettres sur le modèle de celles de saint Paul. Cela forme une masse importante d’écrits chrétiens, nés surtout de la piété populaire mais aussi dans des milieux cultivés: nous pensons aux écrits gnostiques égyptiens. Ils furent très tôt contestés, malgré leur désir affiché de s’aligner et de compléter les livres canoniques. Cette exclusion, d’ailleurs souvent motivée du fait de leur qualité théologique discutable et de leur créativité historique fantaisiste, n’a pas empêché leur entrée dans la dévotion populaire, dans l’histoire même de la théologie, dans la liturgie, et surtout dans la tradition artistique des siècles suivants.

Entrons donc nous aussi, comme des voyageurs étonnés, dans cette forêt de pages, d’images, de coups de théâtre, de symboles, de fantaisies. On découvre, par exemple, les "divines bêtises" de Jésus enfant: il fait mourir et ressusciter ses camarades de jeu ou les transforme en chevreaux, il paralyse le professeur qui va le frapper à cause de son savoir trop pédant, mais il sait guérir les morsures de vipère, il retire de fours ou de puits, par un prodige, des enfants qui y sont tombés, il arrange sans travail manuel un lit sorti de guingois de la menuiserie de Joseph.

Parmi les dizaines de parcours qui s’offrent à nous dans cette forêt littéraire, choisissons-en un qui nous conduise à l’événement de la Pâque du Christ, le temps liturgique que nous vivons. En effet une énorme masse de récits décrit les heures de la semaine que l’on appellera ensuite "sainte". Nous ne suivrons que quelques uns des acteurs de ces jours sombres et glorieux, en faisant donc abstraction des différents sujets présentés à l’exposition frioulane.


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Le premier que nous rencontrons est le traître Judas Iscariote, un personnage qui a continué à générer de nouveaux "apocryphes" jusqu’à nos jours, avec différents romans et œuvres de divers auteurs modernes. Pour les apocryphes anciens, l’histoire de celui qui trahit Jésus a des racines lointaines et très fantaisistes.

Fils du prêtre Caïphe, Judas montra dès son plus jeune âge – d’après "l’Evangile arabe de l'enfance du Sauveur", un apocryphe très cher aux chrétiens d'Orient et même aux musulmans – des signes de possession diabolique. Mais, selon un texte copte égyptien, sa femme avait pris chez elle pour l’allaiter le fils nouveau-né de Joseph d'Arimathie, l’homme qui allait offrir sa tombe de famille pour y déposer le cadavre de Jésus. Quand Judas rentra chez lui avec les trente deniers de la trahison, ce bébé ne voulut plus téter le lait. Son père Joseph fut alors convoqué: à peine son fils le vit-il que, par un prodige, il se mit à crier: "Viens, papa, tire moi des mains de cette femme qui est une bête sauvage. Hier, à la neuvième heure, ils ont reçu le prix du sang du Juste". En effet, toujours selon les textes apocryphes, c’est sa femme qui avait poussé Judas à trahir par goût du lucre: elle forçait déjà depuis longtemps son mari à voler dans la caisse commune des disciples qui, comme on peut le lire dans l’Evangile canonique de Jean (12, 6), était effectivement gérée par Judas.

Mais la scène la plus étonnante est racontée dans les Mémoires ou Evangile de Nicodème, célèbre apocryphe grec qui nous est aussi parvenu en version copte et latine, peut-être du début du IIe siècle. Judas, après avoir trahi Jésus, rentre chez lui, sombre et décidé à se suicider. Sa femme cherche à le convaincre de ne pas se pendre, sûre que le Christ ne pourra jamais ressusciter. Comme elle fait rôtir un coq pour le repas, elle parie avec son mari: "Si ce coq rôti peut chanter, alors Jésus pourra ressusciter. Mais, tandis qu’elle parlait, le coq écarta les ailes et chanta trois fois. Alors Judas, pleinement convaincu, fit un nœud coulant avec la corde et alla se pendre".

C’est bien sûr une reprise sous une forme surréelle et extrême du thème évangélique du coq qui chante au moment du reniement de Pierre. Mais d’autres apocryphes peignent la mort de Judas comme une explosion de son corps démesurément gonflé – libre référence à Actes des Apôtres 1, 18 – et représentent son âme qui erre désespérément dans l'Amenti, c’est-à-dire aux enfers.


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Une floraison apocryphe était inévitable en ce qui concerne un autre protagoniste des dernières heures terrestres de Jésus dans le récit évangélique, le procurateur romain Ponce Pilate. Vers 155, l’écrivain et martyr chrétien Justin appelait "Actes de Pilate" ces Mémoires de Nicodème dont nous venons de parler. On y trouve une reconstitution très vivante du procès fait par le Romain au Christ contre qui les chefs d’accusation retenus sont sa naissance illégitime, fruit de relations coupables, et ses violations de la loi, surtout celle du repos sabbatique. Mais cédons la parole au narrateur antique qui exalte déjà la grandeur surhumaine du Christ. "Pilate appela un huissier et lui dit: Amène-moi Jésus ici, mais doucement! L’huissier sortit et, reconnaissant Jésus, il l’adora, étendit par terre le tissu qu’il avait en main et lui dit: Seigneur, marche là-dessus et viens, parce que le gouverneur te demande. [...] Quand Jésus entra chez Pilate, les aigles des enseignes que tenaient les porte-étendard baissèrent la tête et adorèrent Jésus". Puis défilent devant Pilate les témoins à décharge: aveugles, paralytiques, un bossu, l'hémorroïsse, tous guéris par Jésus, ainsi que Nicodème, membre du Sanhédrin juif.

Entre alors en scène la femme même du procurateur, dont les différents apocryphes donnent même le nom, Claudia Procula ou Procla: "Vous savez – dit Pilate aux accusateurs de Jésus – que ma femme est proche de vous par sa vision du judaïsme. Les Juifs répondirent: Oui, nous le savons! Pilate: Et bien ma femme m’a envoyé un message: Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste! Cette nuit, en effet, j’ai beaucoup souffert à cause de lui. Alors les Juifs répondirent à Pilate: Est-ce que nous ne t’avons pas dit que c’était un magicien? C’est lui qui a envoyé un songe à ta femme".

On voit bien, ici, que la base narrative de l’Evangile canonique de Matthieu (27, 19) est étoffée par des ajouts colorés. A ce point du récit, Pilate – selon l’Evangile de Pierre, qui a été appelé "le plus ancien récit non canonique de la Passion du Christ" (écrit vers 100 et retrouvé seulement en 1887 en Haute-Egypte dans la tombe d’un moine) – "se leva; aucun Juif ne se lava les mains, ni Hérode ni aucun des juges". Donc seul Pilate se lave les mains, proclamant symboliquement son innocence. Puis, toujours selon les Mémoires de Nicodème, "il ordonna de tirer le rideau devant sa chaise curule et dit à Jésus: Ton peuple t’accuse de prendre le titre de roi. C’est pourquoi j’ai décrété que, pour respecter la loi des pieux empereurs, tu serais flagellé puis mis en croix dans le jardin où tu as été capturé. Dismas et Gestas, deux malfaiteurs, seront crucifiés avec toi". C’est ainsi qu’apparaissent les noms improbables des deux compagnons de crucifixion de Jésus, anonymes selon Lc 23, 39-43.

Mais c’est surtout la vie ultérieure de Pilate qui déchaînera la fantaisie des apocryphes, y compris aux temps modernes: citons le "Procurateur de Judée" d’Anatole France, "Le point de vue de Ponce Pilate" de Paul Claudel, la "Femme de Pilate" de Gertrud von Le Fort, le "Ponce Pilate" de Roger Caillois, le "Pilate" de Friedrich Dürrenmatt, "Le Maître et Marguerite" de Mikhail A. Boulgakov et d’autres.

On possède depuis l'antiquité chrétienne un rapport apocryphe de Pilate aux empereurs Tibère et Claude avec réponses des destinataires, une lettre de Pilate à Hérode et une "Paradosis" de Pilate, c’est-à-dire une hypothétique "transmission" historique de ses faits et gestes. Il y avait même des apocryphes païens à son sujet : l’historien chrétien Eusèbe de Césarée déplorait que l'empereur Maximin Daïa eût fait distribuer dans les écoles, en 311, de faux mémoires de Pilate "pleins de blasphèmes contre le Christ" et ordonné que les élèves l’apprennent par cœur pour les inciter à la haine du christianisme. Mais les apocryphes chrétiens s’acharnèrent en particulier sur la mort de Pilate avec des résultats contradictoires.

D’une part, la “Paradosis” citée plus haut décrit la fin tragique de Pilate pendant une partie de chasse avec l'empereur. "Un jour, à la chasse, Tibère poursuivait une gazelle; mais celle-ci s’arrêta devant l’entrée d’une caverne. Pilate s’avança pour voir. Tibère, entre temps, avait lancé une flèche pour frapper l'animal, mais celle-ci traversa l'entrée de la caverne et tua Pilate".

Plus impressionnante est la fin racontée par un autre texte et devenue populaire au Moyen Age: Pilate se suicida à Rome d’un coup de son précieux poignard. Jeté avec un poids dans le Tibre, le cadavre dut être repêché: il attirait les esprits mauvais, ce qui rendait dangereuse la navigation sur le fleuve. Transporté à Vienne en France et immergé dans le Rhône, il dut être récupéré pour la même raison et enterré à Lausanne. Mais là aussi, son corps étant plein de démons, il fallut l’exhumer à nouveau et le jeter dans un puits naturel, en haute montagne.

D'autre part, la tradition apocryphe chrétienne loue au contraire la conversion de Pilate, qui meurt martyr, décapité par ordre de Tibère, et est accueilli au ciel par le Christ. Ce n’est pas sans raison que l’Eglise éthiopienne a inscrit à son calendrier liturgique le procurateur romain qu’elle vénère comme saint.

Sa femme Claudia Procula connaîtra le même sort. Voici en effet une autre version de la mort de Pilate, selon la "Paradosis" déjà citée. "Le commandant Labius, chargé de l'exécution capitale, trancha la tête de Pilate et un ange du Seigneur la recueillit. Sa femme Procula, voyant l'ange prêt à prendre la tête de son mari, fut transportée de joie et rendit le dernier soupir. Ainsi elle fut enterrée avec son mari Pilate de par la volonté et la bienveillance de Notre Seigneur Jésus-Christ". La conversion du procurateur avait eu lieu à l’occasion de la résurrection du Christ, d’après l’Evangile de Gamaliel, ouvrage copte du Ve siècle. En effet, "entré dans la tombe du Christ, Pilate prit les bandelettes, les embrassa et, de joie, fondit en larmes. Puis il se tourna vers un de ses capitaines qui avait perdu un œil à la guerre et pensa: Je suis sûr que ces bandelettes rendront la vue à son œil. Approchant de lui les bandelettes, il lui dit: Est-ce que tu ne sens pas, frère, le parfum de ces bandelettes? Cela ne sent pas le cadavre mais la pourpre royale imprégnée d’aromates suaves. [...] Le capitaine prit ces bandelettes et se mit à les embrasser en disant: Je suis sûr que le corps que vous avez enveloppé est ressuscité des morts! A l’instant où son visage les toucha, son œil guérit et vit la joyeuse lumière du soleil comme avant. Ce fut comme si Jésus avait mis sa main sur lui, comme pour l’aveugle-né".


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Dans beaucoup d’Evangiles apocryphes un chapitre particulier est réservé aux témoins de la résurrection, qui sont multipliés par rapport aux Evangiles canoniques et qui deviennent spectateurs d’éclatantes épiphanies. Voici comment Pilate lui-même raconte son expérience d’après l’Evangile de Gamaliel déjà cité: "J’ai vu Jésus à côté de moi! Sa splendeur dépassait celle du soleil et toute la ville en était illuminée, sauf la synagogue des juifs. Il me dit: Pilate, tu pleures peut-être parce que tu as fait flageller Jésus? N’aie pas peur! Je suis le Jésus qui est mort sur la croix et le Jésus qui est ressuscité des morts. Cette lumière que tu vois est la gloire de ma résurrection qui inonde de joie le monde entier! Cours donc à mon tombeau: tu trouveras les bandelettes qui sont restées là et les anges qui les gardent; jette-toi dessus et embrasse-les, deviens le champion de ma résurrection et tu verras à mon tombeau de grands miracles: les paralytiques marchant, les aveugles voyant et les morts ressuscitant. Sois fort, Pilate, pour être illuminé par la splendeur de ma résurrection que les Juifs nieront". Et en effet Pilate, arrivé au tombeau du Christ – comme on l’a déjà vu – ira de surprise en surprise, rencontrant même le larron ressuscité.

Il y a donc, dans les écrits apocryphes, un "autre" Christ ressuscité qui rencontre une foule de gens par rapport au récit bien plus sobre et rigoureux des Evangiles canoniques.

Par exemple une apparition est réservée à l’apôtre Barthélémy dans l’évangile apocryphe qui porte son nom: à cette occasion, Jésus révèle tous les secrets de l'Hadès, où il a passé le temps écoulé entre sa mort et le matin de Pâques. Dans un autre texte, c’est Joseph d'Arimathie qui rencontre le Seigneur ressuscité. Arrêté par les Juifs parce qu’il a offert son tombeau pour Jésus, il voit Jésus et le larron repenti s’avancer dans les ténèbres de sa cellule: "Une lumière aveuglante resplendit dans la pièce, le bâtiment fut soulevé à ses quatre angles, un passage s’ouvrit et je sortis. Nous partîmes pour la Galilée, autour de Jésus brillait une lumière insoutenable pour l’œil humain et le larron dégageait un agréable parfum, celui du paradis". Pierre, au-delà des apparitions pascales "canoniques", fait aussi, sur la route de Rome, une extraordinaire rencontre, racontée par les Actes de Pierre, un apocryphe composé entre 180 et 190, et devenue la base de "Quo Vadis?", le célèbre roman composé par le Polonais Henryk Sienkiewicz entre 1894 et 1896.


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Autre tradition apocryphe particulièrement vivace: celle qui concerne Marie, la mère de Jésus. Les Evangiles canoniques ne disent rien de sa rencontre avec le Ressuscité. En fait, après la scène du Calvaire (Jn 19, 25-27) on passe à celle des Actes des Apôtres selon laquelle les disciples de Jésus "étaient tous d’un même cœur assidus à la prière" avec Marie "à l’étage supérieur de la maison [de Jérusalem] où ils habitaient" (1, 13-14) sans rien ajouter à propos de la rencontre entre le Ressuscité et sa Mère. Les apocryphes suppléent abondamment à ce manque.

Reprenons l’Evangile de Gamaliel. Marie, prostrée de douleur, reste à la maison et c’est Jean qui l’informe de la sépulture de son Fils. Mais elle ne se résigne pas à rester loin du tombeau de Jésus et, en larmes, elle dit à Jean: "Même si le tombeau de mon Fils était glorieux comme l'arche de Noé, je n’éprouverais aucun réconfort si je ne pouvais pas la voir pour y pleurer. Jean répondit: Comment pouvons-nous y aller? Devant le tombeau il y a quatre soldats de l'armée du gouverneur qui montent la garde! [...] Mais la Vierge ne se laissa pas arrêter et, le dimanche de grand matin, elle se rendit au tombeau. Arrivée en courant, elle regarda autour d’elle et vit la pierre qui avait été roulée, dégageant le tombeau! Alors elle s’exclama: Ce miracle a eu lieu en faveur de mon Fils! Elle se pencha en avant, mais ne vit pas le corps de son Fils dans le tombeau. Quand le soleil parut, tandis que le cœur de Marie était mélancolique et triste, elle sentit que le tombeau était envahi par un parfum d’aromates venu de l'extérieur: on aurait dit celui de l'arbre de vie! La Vierge se retourna et, près d’un buisson d’encens, elle vit Dieu debout, habillé d’un splendide vêtement de pourpre céleste".

Mais Marie ne reconnaît pas son Fils dans ce personnage glorieux. Alors commence un dialogue semblable à celui de l’Evangile de Jean (20, 11-18) entre Marie-Madeleine et le Christ ressuscité et le mystère s’éclaircit enfin: "Ne te trouble pas, Marie, regarde bien mon visage et sois convaincue que je suis ton Fils". Et Marie répondra en lui souhaitant une "heureuse résurrection", en s’agenouillant pour l’adorer et lui baiser les pieds.

Un autre témoignage, encore plus fastueux, de l'apparition du Ressuscité à sa mère est conservé dans un fragment copte du Ve-VIIe siècle, traduction d’un texte plus archaïque. "Le Sauveur apparut sur le grand char du Père du monde entier et dit dans la langue de sa divinité: Maricha, marima, Tiath, c’est-à-dire: Mariam, mère du Fils de Dieu! Mariam en comprenait le sens; alors elle se tourna et répondit: Rabbuní, Kathiath, Thamioth, ce qui veut dire: Fils de Dieu! Le Sauveur lui dit: Salut à toi, qui as donné la vie au monde entier! Salut, ma mère, mon arche sainte, ma ville, ma demeure, mon vêtement de gloire dont je me suis habillé en venant au monde! Salut, ma cruche pleine d’eau sainte! Tout le paradis se réjouit de tes mérites. Je te le dis, Marie, ma mère: celui qui t’aime aime la vie. Puis le Sauveur ajouta: Va trouver mes frères et dis-leur que je suis ressuscité des morts et que j’irai à mon Père, qui est le vôtre, à mon Dieu, qui est le vôtre. [...] Marie dit à son Fils: Jésus, mon Seigneur et mon Fils unique, avant de monter aux cieux chez ton Père, bénis-moi parce que je suis ta mère, même si tu ne veux pas que je te touche! Et Jésus, notre vie à tous, lui répondit: Tu seras assise avec moi dans mon royaume. Alors, le Fils de Dieu s’éleva dans son char de chérubins, tandis que des myriades d’anges chantaient: Alléluia! Le Sauveur étendit la main droite et bénit la Vierge".

Avec ce texte, nous nous trouvons désormais dans un autre domaine, celui de la dévotion mariale, particulièrement chère aux Eglise d'Orient. L'accent est mis sur la mariologie, laissant à l’arrière-plan la référence christologique.


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La riche série d’exemples que nous avons donnée – même si elle porte sur une seule phase de l’histoire de Jésus-Christ – n’explique pas tout, à cause du grand nombre de thèmes et des répercussions des diverses situations ecclésiales que révèlent les pages apocryphes. Mais elle démontre de façon indiscutable la qualité radicalement différente - en termes de crédibilité historique et de rigueur théologique - des écrits canoniques néotestamentaires, preuve de leur essentialité thématique et de leur sobriété narrative.

Par contraste, l'élaboration de la "gnose" – selon laquelle le salut n’est donné que par la connaissance – répandue surtout en Egypte, est significative. Elle introduira, par exemple, dans l’Evangile de Thomas une série de phrases ou de paroles de Jésus évangéliques et extra-évangéliques, dont certaines ont un grand intérêt historique, mais elle ouvrira aussi la voie à des spéculations théologiques discutables, souvent très élaborées et sophistiquées et parfois extravagantes.

En positif, on peut dire que ce qui domine c’est un fort sens de la grandeur de l'événement christologique et une vive conscience de l'identité chrétienne. Dans un apocryphe égyptien gnostique, connu sous le nom d’Evangile de Philippe, on lit: "Si tu dis: Je suis Juif! Personne ne s’émeut. Si tu dis: Je suis Romain! Personne ne tremble. Si tu dis: Grec, barbare, esclave, homme libre! Personne ne s’agite. Mais si je dis: Je suis chrétien! Le monde tremble".



Le site de l’exposition, avec toutes les informations:

> Apocrifi. Memorie e leggende oltre i Vangeli

L’organisateur de l’exposition est le Comité de San Floriano, animé par don Alessio Geretti, vicaire de la paroisse et spécialiste de l'art chrétien.


L’article consacré par www.chiesa à la précédente exposition sur la Genèse:

> Miracle à Illegio, petit village de montagne
(30.5.2008)



Autres articles de www.chiesa sur des sujets similaires:

> Focus ARTS ET MUSIQUE



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

07.03.2009

Congrès international sur l’ « évolution biologique »

Scientifiques, théologiens et philosophes appelés à « croiser leurs regards »

Mgr Ravasi ouvre les travaux du Congrès international sur l’ « évolution biologique »


ROME, Mercredi 4 mars 2009 (ZENIT.org)  - « Croiser les regards » et « penser sérieusement » sont les deux vœux exprimés par Mgr Gian Franco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture, en ouvrant mardi les travaux de la Conférence internationale sur l' « Evolution biologique. Faits et théories. Une approche critique 150 ans après l' ‘origine des espèces' ».

Le congrès, organisé par l'Université pontificale grégorienne en collaboration avec l'Université Notre-Dame (Indiana), et placé sous le haut patronage du Conseil pontifical de la culture, entend marquer le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin (1809-1882) et le 150e anniversaire de la parution de son livre « L'origine des espèces ».

 


Statue de Charles Darwin, père de la théorie de l'évolution
source: Kerknet


« Il faut que scientifiques, théologiens et philosophes, croisent leurs regards », a déclaré d'emblée  Mgr Ravasi, à l'ouverture des travaux, insistant une fois encore sur la nécessité d'un dialogue entre théologie et philosophie, et plus largement entre la foi et la science.

Et cette nécessité de « croiser les regards », a-t-il précisé en reprenant l'expression du père jésuite Marc Leclerc, biologiste et philosophe à la Grégorienne, et chargé de la direction des travaux de la conférence, doit se faire à deux niveaux  « subjectif » et « objectif ».

Au « niveau subjectif »,  a expliqué Mgr Ravasi, car « il faut que théologiens et scientifiques se regardent à visage ouvert, s'écoutent, qu'ils aient des échanges sereins » ; et à un niveau « objectif », de manière à ce que « ces regards examinent la réalité sous différents angles, cette même réalité qui implique plusieurs lectures ».     

A ce propos, Mgr Ravasi suggère une attitude de « noblesse » dans la manière d' « aborder chaque différence, de reconnaître la diversité des approches, de respecter les statuts épistémologiques » car, a-t-il mis en garde, « nous ne devons pas céder à la misère de l' ‘hybris' intégriste, de l'arrogance exclusive ».

Mais pour cela, a-t-il ajouté, il s'agit d'être conscients « non pas de posséder la vérité, comme un bien objectif », mais d' « être dans la vérité, celle qui nous transcende, nous dépasse, nous enveloppe ».

« Croiser les regards » et « penser sérieusement » demande donc « humilité et efforts dans la recherche et dans l'écoute » a poursuivi Mgr Ravasi. D'où, a-t-il dit, « l'importance d'une recherche patiente, faite d'analyses personnelles et des autres ».

Telle recherche, estime donc en substance Mgr Ravasi, suppose « humilité et conscience que la vérité est plus grande ».

Pour le président du Conseil pontifical de la culture, « le grand scientifique, le grand théologien, n'est pas celui qui donne toutes les réponses, mais celui qui se pose toujours les vraies questions, les questions nécessaires ».

 « Si elle n'est pas pensée, la foi n'est rien, elle est vide », a-t-il insisté en citant l'affirmation de saint Augustin que Jean Paul II  a reprise dans son encyclique « Fides et Ratio ».

« Bien que leurs parcours soient différents, la foi et la raison se retrouvent sur un territoire analogue », a-t-il fait remarquer.

« L'Intelligence a des parcours différents », il n'y a pas « un seul et unique parcours », a-t-il souligné, expliquant qu' « il y a la rigueur scientifique, la logique formelle », mais qu'il y a aussi « d'autres parcours cognitifs et intellectuels, comme la philosophie et la théologie, mais aussi l'art et la poésie, chacun avec ses propres statuts, ses propres méthodes, sa propre cohérence ».

D'où l'importance pour Mgr Ravasi, de « comprendre également ce qui est à l'intérieur de la théologie », de remonter à la pensée de Saint Paul, le théologien, dont l'année 2008-2009 qui lui est consacrée, véhicule le message, 2000 ans après sa naissance.

« Paul, a conclu Mgr Ravasi en citant les paroles d'Albert Schweitzer, a garanti pour toujours, dans le christianisme, le droit de penser : il fonde à jamais la confiance que la foi n'a rien à craindre de la pensée ».

Isabelle Cousturié

12.02.2009

200e anniversaire de la naissance de Darwin: congrès sur l'évolution au Vatican

Un congrès sur la théorie de l’évolution à la lumière de la foi

A l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Darwin


ROME, Mercredi 11 février 2009 (ZENIT.org) - Un événement qui cherche à démontrer que « la foi et la science sont complémentaires et non pas incompatibles, et rétablir ce dialogue dans la diversité ».

 

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C'est ainsi que Mgr Gianfranco Ravasi, (photo) président du Conseil pontifical pour la culture, a défini le congrès ‘Biological Evolution, facts and theories' (Evolution biologique, faits et théories), durant une conférence de presse de présentation qui s'est déroulée le 10 février au Vatican.

L'événement se déroulera du 3 au 7 mars à l'université pontificale de la Grégorienne à Rome, en lien avec l'Université Notre Dame de l'Indiana (Etats-Unis) et avec le soutien du Conseil pontifical pour la culture.

 

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La rencontre commémorera les 200 ans de la naissance de Charles Darwin et les 150 ans de la publication de son œuvre ‘L'origine des espèces' (1859).

« Il ne s'agit pas ici de ‘célébration' en l'honneur du scientifique anglais ; il s'agit de prendre la mesure de l'événement qui a marqué pour toujours l'histoire de la science et a influencé la manière de comprendre notre humanité », a affirmé le père jésuite Marc Leclerc, directeur du congrès.

Durant les 9 sessions de l'événement, qui se dérouleront sur 4 jours, les participants proposeront de réconcilier les termes de création et d'évolution sans transformer la première en théorie scientifique ou réduire la seconde en un dogme.

Scientifiques, théologiens et philosophes de plusieurs universités dans le monde parleront du rapport entre science, théologie et philosophie et rappelleront que chacune d'entre elles représente un domaine différent du savoir.

Ils analyseront aussi le fait qu'une conjugaison erronée des termes peut provoquer une confusion et des controverses idéologiques qui concernent tant la théologie que la science.

Le congrès souhaite par ailleurs proposer une réflexion philosophique qui souligne l'apport de la science et de la théologie, montrant des points de convergence qui pourront être complétés.

Les personnes présentes pourront réfléchir sur la complexité des problèmes que comporte le divorce entre création et évolution, la distinction entre les deux termes et leur articulation rationnelle juste.


La structure du congrès

Durant la première session, des faits essentiels seront exposés, dont la présentation de la théorie de l'évolution, unis à la paléontologie, à la systématique et à la biologie moléculaire. On cherchera aussi à analyser différents aspects de la théorie de l'évolution, à la lumière de son développement, du débat idéologique et des questions relatives à la théologie bio-évolutive.

Les deux sessions successives seront consacrées à l'étude scientifique des mécanismes de l'évolution, essentiels pour toute théorie interprétative et qui veulent donner raison à des faits observés. La quatrième session étudiera au contraire les théories scientifiques sur l'origine de l'homme.

Le point central du congrès sera la 5e session, qui cherchera à donner un regard interdisciplinaire aux différentes branches du savoir sur l'évolution et sur les questions anthropologiques.

Par la suite, deux sessions philosophiques chercheront à analyser les implications rationnelles de la théorie, que ce soit dans le domaine épistémologique que métaphysique ou de la philosophie de la nature.

Les deux dernières sessions sont reliées à l'aspect théologique de l'évolution du point de vue de la foi chrétienne, partant d'une exégèse des textes bibliques qui traitent de la création et du compte rendu de la théorie de la part de l'Eglise.

Pour le professeur de zoologie Saverio Forestiero, de l'université romaine de Tor Vergata, cet événement sera, du point de vue d'un scientifique non-croyant, « une occasion, non pas de propagande ni d'apologétique, mais de rencontre entre scientifiques, philosophes et théologiens autour de thèmes fondamentaux suscités par l'évolution biologique ».

Carmen Elena Villa