01.07.2011

L'Osservatore Romano fête ses 150 ans

osr.jpgPour le 150e anniversaire de l’Osservatore Romano, ce vendredi 1er juillet, Benoît XVI a adressé un message à son directeur, dans lequel il présente le quotidien du Saint-Siège comme un journal d’opinion et un organe de formation. Le premier numéro a été publié le 1er juillet 1861.

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24.12.2010

'L'avenir du monde' par le directeur de l'Osservatore Romano

A propos des discours de Benoît XVI à l’occasion des vœux

 

 

giovanni-maria-vian-vatican.jpgROME, Mardi 21 décembre 2010 (ZENIT.org) - « L'avenir du monde », titre L'Osservatore Romano en français des 21-28 décembre 2010 qui publie cet éditorial du directeur, M. Giovanni Maria Vian (photo), à propos des discours de Benoît XVI à l'occasion des vœux de Noël et du Nouvel an. L'avenir du monde est en jeu.

 

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08.02.2010

Mgr Michel Schooyans, Les pièges de la compassion

Tempêtes au Vatican. L'académie pour la vie joue sa tête

Son président, Mgr Fisichella, n'a plus la confiance d'une partie de ses membres. Motif: un article de lui publié par "L'Osservatore Romano" après avoir été approuvé par la secrétairerie d’état. Le réquisitoire de l'académicien Michel Schooyans contre la fausse "compassion" qui justifie tout


par Sandro Magister




ROME, le 8 février 2010 – Dans quelques jours, du 11 au 13 février, l’académie pontificale pour la vie, dont le président est l'archevêque Salvatore Fisichella (photo), se réunira au Vatican.

La réunion s’annonce orageuse. Certains membres de l'académie contestent que Fisichella convienne comme président. Parmi eux, Mgr Michel Schooyans, Belge, professeur émérite à l'Université Catholique de Louvain, spécialiste estimé en anthropologie, philosophie politique et bioéthique. Il est membre de trois académies pontificales : celle de sciences sociales, l’académie Saint Thomas d'Aquin et – précisément – celle pour la vie. Le pape Joseph Ratzinger le connaît et l’apprécie. En 1997, étant cardinal préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, il a préfacé l’un de ses livres : "L'Évangile face au désordre mondial".

En vue de la réunion, Schooyans a rédigé un réquisitoire sévère contre le "piège" dans lequel serait tombé aussi Fisichella : l'utilisation trompeuse du concept de "compassion".

On trouvera ci-dessous le texte intégral du réquisitoire. Il ne cite pas Fisichella mais fait des références précises à un article de lui dans "L'Osservatore Romano", traitant de l’avortement, qui a provoqué lors de sa parution un véritable tohu-bohu et a fini par obliger la congrégation vaticane pour la doctrine de la foi à publier un "Eclaircissement".


***


Cet article de Fisichella a été publié le 15 mars 2009. Il était consacré au cas d’une très jeune fillette-mère brésilienne que l’on avait fait avorter, à Recife, des jumeaux dont elle était enceinte.

Les jours précédents, l’affaire de cette enfant avait provoqué des polémiques violentes, au Brésil mais aussi dans d’autres pays et surtout en France.

Les journaux français s’étaient dressés contre le "fanatisme" et la "dureté de cœur" de l’Église et en particulier de l'archevêque d’Olinda et Recife, José Cardoso Sobrinho, qui avait condamné le double avortement. Ils avaient pris en masse la défense de l’enfant et de ceux qui l'avaient "sauvée" en la faisant avorter.

Les accusations contre l’Église dénuée de "compassion" étaient très sévères et touchaient le pape Benoît XVI lui-même, qui venait de subir les furieuses attaques lancées contre lui, quelques semaines plus tôt, à propos de l’affaire Williamson.

Lucetta Scaraffia, commentatrice de pointe de "L'Osservatore Romano", était à Paris à ce moment-là. Elle a alerté le directeur du journal du Vatican, Giovanni Maria Vian.

Celui-ci, en accord avec son éditeur, le cardinal secrétaire d’état Tarcisio Bertone, a demandé à Mgr Fisichella d’écrire un article qui calme ces attaques contre l’Église et contre le pape.

Fisichella l’a écrit. Bertone l’a examiné et approuvé mot par mot, sans le faire contrôler au préalable par la congrégation pour la doctrine de la foi, comme le veut la règle au Vatican, pour les prises de position qui concernent la doctrine.

Dans l’après-midi du 14 mars, l'article est sorti en première page de "L'Osservatore Romano" daté du lendemain.

Fisichella y écrivait que le cas de la fillette brésilienne "n’a été rendu public dans les journaux que parce que l’archevêque d’Olinda et Recife s’est empressé d’annoncer l’excommunication des médecins qui ont aidé à interrompre la grossesse". Mais "avant de penser à l’excommunication", il fallait "avant tout défendre, embrasser, caresser" la fillette avec cette "humanité dont nous, hommes d’Église, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres". Mais "il n’en a pas été ainsi".

Et il continuait:



"Du fait de son très jeune âge et de son état de santé précaire, la vie [de la fillette] était sérieusement mise en danger par la grossesse en cours. Que faire en pareil cas ? Décision difficile pour le médecin et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-là se présentent chaque jour [...] et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même face à l’obligation de décider ce qu’il y a de mieux à faire".



En fin d’article Fisichella s’adressait directement à la fillette :

"Nous sommes de ton côté. [...] Ce sont d'autres personnes qui méritent l'excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t'ont permis de vivre".


***


L'article a tout de suite suscité des réactions opposées : d’un côté les protestations des défenseurs de la vie de tout être conçu, sans exception ; de l’autre les applaudissements des partisans de la liberté d’avortement.

S’estimant publiquement et injustement désavoué par le Vatican, l'archidiocèse d’Olinda et Recife a réagi par une note publiée le lendemain sur son site, dans laquelle il disait que Fisichella ne se montrait pas informé des faits et qu’il mettait en doute la doctrine même de l’Église en matière d’avortement.

L'archevêque Cardoso Sobrinho a demandé aux autorités vaticanes de publier sa note dans "L'Osservatore Romano". Il n’a pas obtenu de réponse.

Beaucoup d’évêques du Brésil et du monde entier ont exprimé leur solidarité à Cardoso Sobrinho. Mais entre temps – le silence du Vatican se prolongeant – la thèse selon laquelle l’Église avait approuvé l'avortement "thérapeutique" a trouvé place dans de nombreux journaux de différents pays. Cette thèse a aussi paru recevoir le soutien d’une déclaration du porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, le 21 mars, alors que le pape était en voyage en Afrique.

Le 4 avril, "L'Osservatore Romano" est revenu brièvement sur le sujet, mais sans donner la moindre satisfaction à ceux qui critiquaient l'article de Fisichella. Il a même fait le contraire. Dans une note, le journal du Vatican a cité une déclaration d’une journaliste laïque très connue, Lucia Annunziata, ancienne présidente de la télévision italienne d’état, qui reconnaissait à l’Église "une transparence jamais vue" et motivait son compliment de la façon suivante :


"Je me réfère à l'intervention de Mgr Fisichella sur l’affaire de la fillette brésilienne, publiée par 'L'Osservatore Romano'".


Pour bon nombre de membres de l’académie pontificale pour la vie, la mesure était comble. Ce même 4 avril, 27 d’entre eux, sur un total de 46, ont signé une lettre à leur président Fisichella, dans laquelle ils lui demandaient de corriger les prises de position "erronées" qu’il avait formulées dans l’article.

Le 21 avril, Fisichella leur a répondu par écrit, en repoussant leur demande.

Début mai, 21 des signataires de la lettre précédente se sont alors adressés au cardinal William Levada, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, en demandant à la congrégation une déclaration clarifiant la doctrine de l’Église en matière d’avortement.

La lettre a été remise le 4 mai. La congrégation pour la doctrine de la foi l’a transmise au cardinal Bertone, parce que – a-t-on expliqué aux auteurs – "l’article de Fisichella a été écrit à la demande du cardinal secrétaire d’état et approuvé uniquement par lui".

Mais, ne recevant de Bertone aucune assurance d’un éclaircissement, certains membres de l’académie pontificale pour la vie ont décidé de s’adresser directement au pape.

Christine de Marcellus Vollmer – une vénézuélienne qui vit aux Etats-Unis, présidente de l’Alliance for Family et de la Latin American Alliance for Family - et quatre autres membres de l'académie ont rencontré Benoît XVI, pendant quelques minutes, après l'audience générale d’un mercredi. L'audience leur avait été accordée grâce aux bons offices du cardinal Renato Martino.

Les cinq académiciens ont remis à Benoît XVI un solide dossier, contenant un grand nombre d’articles de presse qui affirmaient tous que, grâce à l'article de Fisichella, l’Église avait définitivement ouvert la porte à l’avortement "thérapeutique".

Le pape Joseph Ratzinger s’est montré stupéfait et attristé. Il a murmuré :

"Il faut faire quelque chose... On va faire quelque chose".



Le 8 juin, Benoît XVI a discuté de l’affaire avec le cardinal Bertone et a donné l’ordre de publier une déclaration confirmant comme inchangée la doctrine de l’Église en matière d’avortement.

Entre temps, l'archidiocèse d’Olinda et Recife avait adressé au Vatican un mémorandum donnant un compte-rendu détaillé de ce que l’Église locale avait fait et continuait à faire pour aider la fillette et ses proches, de même qu’elle avait protégé jusqu’au bout les deux enfants dont elle était enceinte.

Le mémorandum concluait en demandant justice pour l'archevêque Cardoso Sobrinho, faute de quoi Fisichella ferait l’objet d’une plainte canonique.

Mais d’autres semaines ont passé, sans que rien ne bouge au Vatican. Alors Christine de Marcellus Vollmer et d’autres académiciens se sont résolus à un geste de pression extrême. Ils ont menacé de démissionner collectivement de l’académie pontificale pour la vie. Jour après jour, le nombre d’adhésions à ce projet augmentait. On en était à 17 quand enfin, dans l’après-midi du 10 juillet, "L'Osservatore Romano" a publié l’"Eclaircissement" attendu de la congrégation pour la doctrine de la foi à propos de l’article de Fisichella.

La note, publiée sans aucune mise en valeur, ne disait pas que l'article de Fisichella était erroné, mais seulement qu’il avait fait l’objet de "manipulation et d’instrumentalisation". Un expédient rhétorique qui a permis à Fisichella et à Bertone – tous deux membres de la congrégation pour la doctrine de la foi – de sortir de l’affaire avec un minimum de dommages.

Mais les ennuis ne sont pas terminés, pour l'archevêque président de l’académie pontificale pour la vie. Dans les prochains jours, il va se trouver face à face avec les académiciens qui ont demandé sa tête. Et qui vont la redemander.

Le réquisitoire, le voici.



LES PIÈGES DE LA COMPASSION

par Michel Schooyans

 

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Un terme ambigu

Lorsqu’on parle de compassion, on pense immédiatement à la souffrance d’autrui, à la situation tragique dans laquelle il se trouve. Il s’agit de le comprendre, de "sympathiser" avec lui, de partager sa détresse et de la porter avec lui. Cette situation de malheur, il faut certes essayer de l’alléger, d’y porter remède dans toute la mesure du possible. Le mot compassion connote en outre l’idée de partage psychologique et affectif de la souffrance, spécialement quand celle-ci échappe aux contrôles médicaux et autres. Lorsque nous allons voir un malade cancéreux en phase terminale, par notre présence, par une parole, par un geste de tendresse, nous exprimons comme nous le pouvons la part que nous prenons à sa souffrance et nous essayons de le réconforter.

Or, dans les nouvelles concernant des cas d’avortements, d’euthanasie, de suicide assisté, il est fréquent que l’on invoque la compassion pour "justifier" l’acte qui a été exécuté ou qui va l’être. Si, avant sa naissance, un enfant est déclaré porteur d’une malformation grave, on fera valoir que si on laisse se poursuivre la grossesse, l’enfant aura une vie qui ne vaut pas d’être vécue; on recommandera donc de l’avorter par compassion, par pitié. On partage, dit-on, la peine que lui cause son état, mais la meilleure façon de l’aider, la seule – dit-on – effectivement possible, c’est de mettre un terme à sa vie. L’enfant sera tué par compassion.

On renchérit en disant que personne n’a le droit d’imposer à une femme d’attendre un enfant qui sera – dit-on – pour elle, pour le père, pour la famille, un "fardeau" insupportable. On invoquera ici la compassion vis-à-vis des parents. Dans la foulée, on ajoute qu’on ne peut imposer à la société le poids d’existences dont l’entretien est coûteux mais inutile ; le handicapé de naissance n’apporte rien à la société. On admettra donc l’avortement par compassion vis-à-vis de la société, qui, "à son regret", doit se résigner à supprimer un de ses membres. On ira parfois jusqu’à voir dans cet acte un geste de justice sociale, de "purification ethnique", d’eugénisme.

La compassion pourra aussi s’adresser aux médecins avorteurs. Pratiquer un avortement est pour eux – dit-on – une "décision difficile à prendre" et un acte qu’ils n’exécutent que pour obéir à leur conscience. Il faut donc compatir avec les médecins qui, par exemple "pour le bien" de l’enfant ou de sa mère, prennent "avec courage" la décision de procéder à l’avortement. Loin de les blâmer, il faudrait les soutenir psychologiquement et moralement, les protéger par un dispositif légal approprié.

Ces quelques exemples permettent de percevoir différentes facettes de ce qu’on regroupe aujourd’hui sous un seul mot ambigu : la compassion. Il y a d’abord la compassion au sens habituel de sympathie, de commisération. Cependant, dans les divers exemples cités, on observe que la compassion est invoquée et s’exerce de manière très différente selon qu’elle fait une victime, l’enfant non-né, ou qu’elle est censée soulager la mère, légitimer des lois ou cautionner l’intervention des médecins.


La compassion aujourd’hui

Nous pouvons discerner la vraie et la fausse compassion dans des faits ou prises de position observables dans le monde d’aujourd’hui. Ainsi apparaîtront les ravages que la fausse compassion est en train d’exercer tant au niveau des personnes qu’au niveau des sociétés humaines. Passons donc en revue quelques exemples.

1) En 1962, la cour d'assises de Liège (Belgique) a été amenée à juger une mère qui, "par compassion", avait tué son enfant. Pendant sa grossesse, cette mère avait pris du Softenon, connu aujourd’hui sous le nom de Thalidomide. L'enfant était né porteur de malformations graves. La mère a décidé de mettre fin à la vie de son enfant ; ce qu'elle fit en effet. Au terme d'un procès très "médiatisé", la femme fut acquittée. Elle sortit libre du tribunal, sous les applaudissements nourris du public.

2) Les animaux bénéficient de plus en plus de la "compassion" des hommes. Dans un film "documentaire" d’Al Gore, "Une vérité qui dérange", consacré au réchauffement climatique, on voit une animation montrant un ours polaire exténué en train de chercher désespérément un appui sûr pour se sauver la vie. Le message est clair : si la calotte polaire se réchauffe et fond, la raison doit en être cherchée dans le nombre excessif des hommes qui polluent la terre (1). Il faut donc contrôler la croissance démographique de l'humanité, dont on assure qu'elle est la cause de la dégradation du milieu ambiant. En outre, la "compassion" envers les animaux, la protection de la faune, de la flore et des espèces en voie de disparition, requièrent le respect de quotas fixant le nombre, voire la "qualité" d'hommes autorisés à se reproduire. Dans une de ses variantes, cette position recommande aux hommes d'avoir de la "compassion" pour Gaïa, la Terre Mère, qui – avance-t-on – se dégrade en raison de l'action dévastatrice de l'homme. L'homme doit être sacrifié à l'environnement (2).

3) Au cours des dernières années ont surgi plusieurs affaires retentissantes de pédophilie. Aux USA, au Mexique, en Irlande et dans d'autres pays, des membres du bas ou du haut clergé ont été impliqués dans plusieurs procédures judiciaires. Dans la plupart de ces cas, il a été reproché aux autorités ecclésiastiques d'avoir essayé d'étouffer ces affaires. Aussi longtemps qu'elles l’ont pu, ces autorités ont fait semblant que rien, ou si peu, ne s'était passé. Le motif le plus souvent invoqué est celui de la "compassion" pour les auteurs des actes pédophiliques. On invoque la compassion pour les pauvres clercs, qui souffrent déjà tant de leurs pulsions, et que leurs supérieurs ne peuvent accabler publiquement ni moins encore exposer à la condamnation infamante par des instances judiciaires compétentes. S’il faut protéger les avorteurs, pourquoi ne faudrait-il pas protéger les pédophiles?

Cette attitude rappelle l'affaire de Recife (Brésil), qui a défrayé la chronique en mars-avril 2009 (3). Dans les deux cas, les cas de pédophilie et celui de Recife, plutôt que de manifester de la compassion pour les petites victimes innocentes, on invoque la "compassion" pour ceux qui leur ont fait un tort immense, médecins à Recife, clercs ailleurs.

4) Le 16 novembre 2009, la presse annonçait une initiative de Ségolène Royal. Toujours très médiatisée, la présidente de la région Poitou-Charentes (France) annonçait la distribution de "colis contraceptifs" (4). Ces kits contraceptifs contiennent notamment des préservatifs et des "chèques contraception". L'objectif de Ségolène Royal, c'est de "venir au secours de la détresse des élèves", de réduire la détresse sociale que représentent les "grossesses précoces". Après avoir incité à la consommation sexuelle par l'adjonction de préservatifs dans le kit contraceptif, Ségolène Royal rappelle l'existence d'une "circulaire prévoyant déjà la contraception du lendemain". Ici encore, des adolescentes et des enfants non nés risquent de faire les frais de la pseudo-compassion.

5) On assiste aujourd'hui à une mise en question radicale du mariage et de la famille. Des chrétiens demandent à l'Église d'autoriser le divorce ou de permettre le "remariage" de divorcés. Certains vont plus loin puisqu'ils demandent que l'Église reconnaisse les unions homosexuelles, avec ou sans adoption d'enfants. Ces revendications se font toutes au nom de la "compassion". L'Église aurait tort de se montrer intransigeante sur ces questions ; elle serait sans pitié pour les époux injustement plaqués par leur conjoint et pour les enfants du couple divorcé. Elle ignorerait la tendance homosexuelle inscrite dans la constitution de certains hommes ou de certaines femmes. Ici encore il est fait appel à la "compassion". Mais quelle compassion?

Interpellé sur la question du mariage et du divorce, Jésus réaffirme avec force le dessein de Dieu depuis les origines : le mariage voulu par Dieu est monogame, fidèle, indissoluble (5). Jésus restaure le mariage tel qu'il était selon le cœur de Dieu au moment de la création (6). Il ne fait aucune concession concernant le mariage tel que Dieu l'avait voulu. Les apôtres s'étonnent même de cette rigueur de Jésus (7). Comme certains le font aujourd'hui, ils attendaient de Jésus une compassion au rabais, une tolérance en quelque sorte, vis-à-vis de la loi, vis-à-vis de la volonté clairement énoncée par le créateur dès les origines. La justification, la sanctification apparaissent ici comme un retour au commencement, une recréation passant par la conversion du cœur. Ce que Jésus met en lumière, c'est l’égale dignité de l’homme et de la femme. L’homme ne saurait revendiquer un "droit" quelconque à répudier sa femme. Ce que révèle Jésus, c’est la force de Dieu à l'œuvre dans le mariage. C'est Dieu qui unit. La compassion ne saurait s'exprimer dans le rejet de la force divine toujours à l'œuvre dans le mariage. En revanche, la compassion de Dieu s'exprime dans le pardon que Jésus propose à ceux et celles qui ont commis l'adultère, se sont prostitués ou qui ont pratiqué l'homosexualité (8). La compassion de Jésus n'est nullement une approbation du péché ; c'est une invitation à accueillir le pardon et à revenir sur le droit chemin. La compassion de Jésus, c'est la miséricorde (9).

6) Binding (1841-1920), juriste, et Hoche (1865-1943), médecin, ont publié en 1920 un ouvrage très peu connu et qui a cependant été l'un des plus influents au cours du XXe siècle. Les auteurs expliquent qu'il faut "libéraliser la destruction d'une vie qui ne mérite pas d'être vécue" (10). C'est le titre de cet ouvrage, où se trouve formulé et justifié le programme d'euthanasie qui sera mis en œuvre quelques années plus tard par Hitler. Comme d'habitude, l'argumentation donne l'impression d'être imprégnée de compassion. Il y a, assure-t-on, des catégories d'individus dont la vie ne mérite pas la protection pénale. Leur vie est sans valeur. L'euthanasie leur épargnera de vivre une vie qui n’est pas digne d'être vécue. Ces individus, il faut les euthanasier dans leur propre intérêt. Mais il faut aussi les euthanasier par intérêt pour la société : ces êtres sont non seulement sans valeur, mais ils sont un fardeau pour tous ceux qui sont utiles à la société. La "compassion" vis-à-vis de la société doit être invoquée autant que la "compassion" vis-à-vis de ces êtres qui doivent être libérés de leur manque total de valeur et d’utilité. Or derrière ces considérations apparemment attendrissantes se cachent des considérations pseudo-scientifiques à fortes connotations eugéniques et racistes. La compassion est ici manipulée au profit d'un programme politique qui est la négation même de la compassion.

7) Dans l'affaire de Recife (11), nous avons pu observer un cas flagrant de compassion mensongère. En résumé, il fallait faire preuve de compassion vis-à-vis des médecins qui avaient pratiqué un double avortement direct. Il fallait étouffer cette affaire comme on en étouffe d’autres (12). Or la littérature médicale rapporte des situations semblables à celle vécue par "Carmen", la petite fille de Recife, mais où la vraie compassion s'est exprimée vis-à-vis de très jeunes mères et de leur enfant. La presse médicale faisait déjà état, en 1959, de l'existence d'une trentaine de cas connus de grossesses très précoces, souvent avant l'âge de 12 ans. Le cas le plus connu est celui d'une petite péruvienne, Lina Medina, née en 1933, qui a eu ses premières règles à l'âge de 8 mois (sic) et qui est tombée enceinte à l'âge de 5 ans (sic). A l'âge de 5 ans et 8 mois, elle a donné naissance à un garçon, Geraldo, qui, en 1954, avait 15 ans alors que la maman en avait 20. Les médecins avaient diagnostiqué, chez la maman, une puberté précoce constitutionnelle, non pathologique.

Ce qui est remarquable dans l'histoire de Lina Medina, c’est précisément que ce sont les médecins qui ont constaté que la grossesse de la fillette n'avait rien de pathologique. L'éventualité d'un avortement n'a jamais été envisagée. Les médecins ont au contraire fait preuve de compassion vraie vis-à-vis de la mère et de son enfant. Notons qu'aux dernières nouvelles, la mère vit dans la périphérie de Lima, au Pérou. Jusqu'à présent, la mère n'a jamais révélé le nom du père de son enfant. Celui-ci était né par césarienne et est décédé en 1979 à l'âge de 40 ans (13).

L'article publié par "La Presse Médicale", dans son édition du 13 mai 1939, précise que l'accouchement, par opération césarienne, a été réalisé par le Dr Geraldo Lozada. Le bref article du 13 mai souligne que


"La petite Lina est entourée de soins minutieux. Un comité de dames s'est constitué pour assurer pour maintenant et pour l'avenir les soins et les conditions matérielles de la vie de la petite maman et du futur bébé".


L'article du 31 mai 1939, dû aussi au Dr Escobel, en appelle lui aussi à la compassion :


"On espère que l'État, et le Foyer de la Mère, vont protéger cette malheureuse enfant, qui a créé dans tous les cœurs un mouvement de sympathie et de pitié, d'autant plus que son petit est né le jour même où la nation péruvienne célébrait la Fête de la Mère".


8) En raison de sa gravité, le sida est aussi une maladie qui incite à la compassion. Des établissements publics ou privés se sont spécialisés dans la prévention et/ou le traitement de cette maladie. Des centres d’accueil et de soins ont été fondés pour accueillir, soigner et accompagner jusqu’au bout les personnes atteintes par ce mal. Des congrégations religieuses, spécialisées dans les soins de santé, ont adapté leurs programmes aux situations nouvelles créées par l’expansion de cette pandémie. L’exemple de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta a fait école. Tous ne sont pourtant pas inspirés de la compassion exemplaire de Mère Teresa.

En mars 2009, dans l’avion qui le conduisait en Afrique, le pape Benoît XVI s’est fait harponner par des journalistes parce qu’il avait osé déclarer que le préservatif n’était pas vraiment la solution au problème. Toujours prompte à enrichir le recueil des "histoires belges", la chambre des représentants [de Bruxelles], y compris divers mandataires "chrétiens", a condamné les propos "irresponsables" et "inacceptables" du pape. C’est à peine si les honorables députés n’ont pas demandé une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU ! Dieu merci, le sénat belge n’a pas suivi la chambre des représentants dans son délire antichrétien.

Mais cette même chambre aurait cependant pu revendiquer la caution de quelques éminents ecclésiastiques. Parmi eux, des cardinaux très médiatisés, dont les noms sont bien connus, ont curieusement recommandé l’usage du préservatif en présentant celui-ci comme un moindre mal, le mal plus grand à éviter étant le danger de contagion mortelle en cas de non recours à cette précaution. Le motif invoqué est donc la compassion.

L’argumentation se développe habituellement comme suit : la pulsion sexuelle étant irrésistible et incontrôlable, l’usage du préservatif est le seul moyen efficace d’éviter le sida. Il s’en faut de peu pour que certains "moralistes" aillent jusqu’à invoquer le Vème commandement de Dieu, "Tu ne tueras pas", pour présenter le port du préservatif comme une obligation morale ! D’autres moralistes ou pasteurs développent une variante de cette argumentation : ils enseignent à pécher sans risque.

Dans le cas du sida, la compassion est donc invoquée à deux titres différents. Bien sûr, la compassion s’adresse d’abord aux malades atteints par cette terrible maladie. Comme pour tous ceux qui souffrent de maladies très graves, il faut veiller à ce que leurs souffrances soient soulagées, à ce qu’ils reçoivent les soins d’hygiène dont ils ont besoin ; il faut leur dire des mots de tendresse : leur dire la tendresse des hommes, mais aussi la tendresse de Dieu. Mais dans le cas qui nous occupe, la compassion est aussi invoquée de façon mensongère : le préservatif s’impose – insinue-t-on – en raison de l’incontrôlabilité de la passion des hommes, de leur absence de liberté face aux pulsions qui les assaillent.

Ce n’est pas notre intention de reprendre ici les discussions sur le sida, ses causes, son traitement, etc. Deux constats devraient cependant faire réfléchir les zélateurs de la fausse compassion. Rappelons d’abord qu’il suffit de consulter les magazines de consommateurs pour apprendre que les préservatifs ne sont pas fiables à 100%. S’il n’est pas sûr à 100% pour la contraception, pourquoi le serait-il pour empêcher la transmission du sida?

Mais il y a un autre aspect du problème, largement méconnu par beaucoup d’éminents pasteurs-théologiens. C’est ce que les économistes appellent l’effet de rebond. L’image de la balle qui rebondit est en effet suggestive : au terme d’une première parabole, elle touche le sol, mais c’est pour repartir aussitôt, vers le haut et plus loin. Deux exemples familiers feront comprendre ce dont il s’agit. L’arrivée des lampes économiques a été saluée avec enthousiasme : une lampe économique de 11 watts donne autant de lumière qu’une lampe classique de 60 watts. On pourrait s’exclamer : "Quelle économie !". En fait, on observe qu’en raison même de la basse consommation de ces lampes, les gens tendent à mieux éclairer leurs maisons en multipliant les lampes et en augmentant le nombre d’heures d’éclairage. Les lampes économiques compensent ainsi les économies qu’elles étaient censées provoquer ; elles peuvent même amener une augmentation de la consommation.

Autre exemple : certaines voitures, naguère équipées d’un moteur gourmand, sont aujourd’hui équipées de moteurs particulièrement sobres. Ici aussi, les gens se disent : "Quelle économie !". Mais comme la voiture consomme, disons, 5 litres de gasoil au lieu des 8 litres de la voiture précédente, les gens trouveront que rouler est devenu moins cher et ils rouleront plus qu’ils ne le faisaient avec leur vieille voiture. On roule plus avec une voiture qui consomme moins. Il en résulte que l’économie réalisée par le moteur de nouvelle génération est compensée par une augmentation du nombre de kilomètres roulés et souvent par l’augmentation de la vitesse à laquelle on avait l’habitude de conduire.

Un troisième exemple du rebond est signalé par Jacques Suaudeau (14). Lorsque le port de la ceinture de sécurité est devenu obligatoire en Angleterre, on a constaté avec surprise que le nombre d’accidents et de victimes avait augmenté. Une étude attentive a révélé que les automobilistes croyaient trouver une plus grande sécurité dans le port de la ceinture. Mais ils prenaient plus de risques, roulaient plus vite qu’avant. Le bénéfice qu’on attendait du port de la ceinture a été compensé par des prises de risque accrues.

Le phénomène du rebond s’observe aussi dans l’utilisation du préservatif et dans l’incidence de cette utilisation sur l’extension de la maladie. Les éminents moralistes devraient tenir compte de ce phénomène. Le matraquage médiatique incitant à recourir au préservatif pour limiter l’expansion du sida a un effet pervers : le préservatif donne un sentiment faux de sécurité. En y recourant, les utilisateurs tendent à compenser le risque amoindri par le préservatif en multipliant les rapports hasardeux plus qu’ils ne le faisaient habituellement, en changeant de partenaires, en variant les rapports et en ayant les premières relations sexuelles de plus en plus tôt.

Remarquons que c’est ce qu’a expliqué le Dr Edward C. Green le 19 mars 2009, après le lynchage médiatique dont le pape a été l’objet lors de son voyage en Afrique :


"Nos meilleures études […] mettent en évidence une association constante entre une plus grande disponibilité et un plus grand usage de condoms et un taux plus élevé (non pas plus bas) d’infection par HIV. Cela peut être dû en partie à un phénomène connu comme compensation du risque, ce qui signifie que quand on utilise une ‘technologie’ qui réduit le risque, telle que les condoms, on perd souvent le bénéfice (la réduction du risque) en ‘compensant’ ou en prenant de plus grands risques que ceux que l’on prendrait sans la technologie qui réduit le risque". (15)


Voilà encore, à propos du sida, un exemple remarquable de "compassion" mensongère et violente. Mensongère parce que reposant sur des assertions dont quelqu’un d’un peu informé peut démasquer la fausseté. Violente, parce qu’au nom de prémisses fausses on pousse objectivement à prendre le risque de mourir et de donner la mort.

9) Peut-on donner la communion à des parlementaires qui se déclarent publiquement en faveur de l'avortement ? A cette question, certains pasteurs ont donné, pratiquement ou théoriquement une réponse affirmative. Il faudrait, dit-on, avoir de la compassion pour ces parlementaires, déchirés intérieurement. Comme chrétiens, disent-ils, ils sont certes opposés à l'avortement ; mais lors du débat parlementaire, ils votent pour sa légalisation. Ces représentants, dit-on, vivent un drame de conscience et il ne faudrait pas les renvoyer s'ils se présentent pour recevoir la sainte communion. Des situations analogues se présentent, par exemple, pour des médecins avorteurs notoires, pour des magistrats, des responsables politiques, etc. Tous auraient besoin de confort spirituel et devraient pouvoir s'approcher de la Sainte Table.

Quelques prises de position récentes montrent que l'Église ne peut approuver cette pseudo-compassion. Épinglons-en deux.

a. En novembre 2009, Juan Antonio Martínez Camino, jésuite, évêque auxiliaire de Madrid et secrétaire général de la conférence épiscopale espagnole, rappelle qu'en approuvant et en votant une loi en faveur de l'avortement, les baptisés se mettent objectivement en état de péché mortel (16). Ceux qui promeuvent de telles lois pèchent publiquement et ne peuvent être admis à la Sainte Table. Pour être sûr d'avoir été bien entendu, l'évêque auxiliaire de Madrid ajoute que celui qui affirme qu'il est légitime d'ôter la vie à un être humain innocent tombe dans l'hérésie et encourt l'excommunication "latae sententiae" (17).

Le 27 novembre 2009, l'assemblée plénière de la conférence épiscopale espagnole publiait une déclaration selon laquelle les politiciens qui votent une proposition de loi libéralisant l'avortement en Espagne se placent eux-mêmes dans "un état de péché objectif et, si cette situation se prolonge, ils ne peuvent être admis à la sainte communion." (18)

b. Le dimanche 22 novembre 2009 (19), Patrick Kennedy, membre démocrate de la chambre des représentants des USA, annonce que l'évêque de Providence, Thomas J. Tobin, l'a prié de s'abstenir de recevoir la sainte communion et a invité les prêtres de son diocèse à ne pas la lui donner. Il faut rappeler que, quelque temps avant cette interdiction, le congressman Patrick Kennedy avait déclaré publiquement son opposition à l'enseignement de l'Église sur le respect de la vie.

10) Les pièges de la compassion que nous avons passés en revue ont fait l’objet de plusieurs déclarations de la plus haute importance de la part de Son Excellence Mgr Raymond L. Burke, préfet du tribunal suprême de la signature apostolique et archevêque émérite de Saint Louis MO, aux USA. Nous nous limiterons à présenter trois de ces documents.

a. Le vendredi 3 mai 2009, l’archevêque Burke prononçait le discours principal du "Déjeuner et Prière" réunissant des catholiques priant pour la nation américaine. Ce discours a pour titre "Les enseignements de l’Église catholique" (20). Le préfet y analyse les pratiques hostiles à la vie, au mariage et à la famille.

Dénonçant la fausse compassion dans l’action des pouvoirs publics, l’archevêque souligne que les attaques contre la vie, le mariage et la famille ruinent les fondements sur lesquels sont bâties la nation américaine et les nations attachées à ces mêmes fondements. Il incite les catholiques – qu’ils soient médecins, hommes politiques, hommes d’affaires, etc. – à respecter la loi naturelle et la loi divine, qui sont au cœur de l’enseignement de l’Église. L’archevêque invite à la prière, au jeûne, à la confession, à la sainte communion pour que le Seigneur éclaire les leaders. Une attention spéciale doit être réservée, dans les universités et les institutions d’éducation catholique, à la jeunesse. Celle-ci doit être préparée à reconnaître que là où Dieu est rejeté, la sécularisation et le relativisme ouvrent la voie à des lois et à des programmes politiques immoraux. Au contraire, il faut presser les législateurs et les électeurs de corriger les lois gravement injustes.

Enfin, "qu’un doctorat honoris causa ait été conféré par Notre-Dame University à un président promouvant agressivement un agenda anti-vie et anti-famille est source du plus grand scandale".

b. Le 18 septembre 2009, l’archevêque Burke prenait la parole au XIVe dîner annuel de partenariat organisé par "Inside Catholic" (21). Ce discours a été publié sous forme d’article dans "Crisis Magazine", en date du 26 septembre 2009. Il a pour titre "Reflections on the Struggle to Advance the Culture of Life."

L’archevêque nous offre ici un discours d’une force exceptionnelle. Voici, citées librement, quelques idées force de ce discours:


"Il est impossible d’être catholique pratiquant si, dans sa conduite, on soutient le droit à l’avortement ou le droit au mariage de personnes de même sexe. Nous devons reconnaître le scandale donné par des chrétiens omettant de faire respecter la loi morale naturelle dans la vie publique. Cette omission engendre la confusion et induit en erreur tous les citoyens. Par nos actions et nos omissions, nous pouvons conduire des hommes et des femmes à faire le mal et à pécher, ainsi qu’à nuire gravement aux frères, aux sœurs, à la nation. Notre-Seigneur a condamné sans équivoque ceux qui, par leurs actions, provoqueraient un vrai scandale, c’est-à-dire qui plongeraient les autres dans la confusion ou les conduiraient à pécher (22). C’est pourquoi la discipline de l’Église interdit de donner la sainte communion et d’accorder des funérailles religieuses à ceux qui persistent, après avoir été admonestés, à violer gravement la loi divine (23). Certes, l’Église confie chaque âme à la miséricorde de Dieu […], mais cela ne la dispense pas de proclamer la vérité de la loi divine. Lorsque quelqu’un a publiquement adhéré et coopéré à des actes coupables, […] sa repentance de telles actions doit elle aussi être publique".


Appelant les choses par leur nom, l’archevêque Burke n’hésite pas à aller au fond du problème :


"On voit la main du Père du Mensonge à l’œuvre dans le peu d’attention portée à la situation de scandale, ou dans le fait que sont ridiculisés ou même censurés ceux qui ressentent le scandale.".


c. Le 29 septembre 2009, l’archevêque Burke intervenait pour prendre la défense des militants pro-vie qui protestaient contre le scandale des funérailles grandioses et très médiatisées célébrées pour le sénateur Ted Kennedy (24). Ce sénateur "catholique" s’était souvent distingué par ses positions inacceptables en matière de respect de la vie et de la famille. Certains catholiques, pris de compassion pour le sénateur, s’en étaient pris vivement aux militants pro-vie et pro-famille, les accusant entre autres de briser l’unité de l’Église. La mise au point de l’archevêque ne devait pas se faire attendre :


"Une des ironies de la situation présente c’est que quelqu’un qui éprouve le scandale face à des actions publiques gravement coupables d’un autre catholique est accusé de manquer de charité et de causer une division dans l’unité de l’Église.

"Dans une société dont la pensée est gouvernée par la ‘tyrannie du relativisme’, et dans laquelle le politiquement correct et le respect humain sont les ultimes critères de ce qu’on doit faire ou de ce qu’on doit éviter, l’idée d’induire quelqu’un en erreur morale a peu de sens. […] Ce qui cause émerveillement dans une telle société, c’est le fait qu’il en est qui omettent d’observer le politiquement correct, et qui, par là-même, semblent perturber la prétendue paix de la société. Cependant, mentir ou omettre de dire la vérité n’est jamais un signe de charité".



Une question incontournable
   
La pseudo-compassion, souvent invoquée en faveur d’auteurs d'actes en soi mauvais, tel l'avortement, conduit donc au scandale ; elle invite les autres à pécher gravement. Le scandale, c’est la première chose à éviter (25). La pseudo-compassion conduit aussi à l'hérésie, à la déchirure dans l'Église, car elle incite les fidèles à s'écarter d'un point non négociable de la doctrine de l'Église : le devoir de respecter la vie innocente. La pseudo-compassion renforce la dérive vers la "tyrannie du relativisme", que l'on observe chez certains pasteurs et/ou théologiens. A terme, la pseudo-compassion pourrait conduire à une situation dans laquelle la doctrine de l'Église et la morale naturelle résulteraient d'une procédure consensuelle et se formuleraient dans des compromis.

Certains, abusés par la pseudo-compassion vis-à-vis de ceux qui pèchent publiquement contre la vie, estiment que l'Église est, sur ces questions, fort sévère. L'Église, en effet, ne mâche pas ses mots:

"Les excommuniés et les interdits […] et ceux qui persistent avec obstination dans un péché grave et manifeste, ne seront pas admis à la sainte communion" (26).

Or si l'on se souvient du caractère mensonger et violent de la pseudo-compassion, on observera aussitôt que cette sévérité n'est qu'apparente, qu'elle est même une haute expression de la charité. Elle est un appel urgent au changement de vie. Le refus de donner la communion pour les raisons que nous avons rappelées n'est que l'expression de l'amour de l'Église pour les plus faibles, et l'invitation à la repentance adressée à ceux qui risquent de rester enchaînés dans leurs péchés, et d’y enchaîner les autres.
   
Reste une question délicate mais incontournable. Puisque, dans les conditions rappelées, la sainte communion doit être refusée à un laïc, le code de droit canonique prévoit-il des mesures de suspension, au double motif du scandale et de l’hérésie, pour les clercs manifestant publiquement leur pseudo-compassion pour les avorteurs ?

Louvain-la-Neuve, janvier 2010



(1) "Le Monde" du 19 novembre 2009 titrait en manchettes et à la première page : "Le poids de la natalité menacerait le climat". La suite de cet article, dû à Grégoire Allix, apparaît en p. 4 sous le titre "Limiter les naissances, un remède au péril climatique ? Les Nations Unies appellent à la prise en compte de la question démographique lors du sommet de Copenhague."

(2) Cf. à ce sujet notre ouvrage "La face cachée de l’ONU", pp. 61-70 ; ce chapitre est intitulé : "La Charte de la terre et l’impératif écologique". Voir ce qu'écrit Saint Paul à ce sujet, Rm 8, 18-22.

(3) Ainsi qu'on s'en souvient, une fillette de 9 ans, "Carmen", violée par son beau-père, s'est trouvée enceinte de jumeaux. Malgré les appels à la compassion lancés par Dom José Cardoso Sobrinho (alors archevêque de Recife) et de ses collaborateurs, cette fillette a été soumise à un double avortement, entre autres sous la pression de mouvements féministes radicaux. Curieusement, Dom Cardoso a été désavoué par un dignitaire ecclésiastique romain, qui a tenté de faire valoir que ceux qui voulaient protéger les jumeaux avaient manqué de "compassion" pour les médecins avorteurs, "qui avaient dû prendre une décision difficile".

(4) Voir à ce sujet "La Libre Belgique" du 14 novembre 2009 et "Le Monde" du 16 novembre 2009.

(5) Cf. Mt 19, 1-9 ; Mc 10, 1-12 ; Lc 16, 18.

(6) Cf. en particulier Gn. 1, 28 ; 2, 18-24 ; cf. Jn 1, 1.

(7) Cf. Mt 19, 10.

(8) Cf. Gn 19, 1-29 ; Rm 1.

(9) Cf. Lc 7, 36-50, où la scène se passe chez un pharisien ; 15, 3-32 ; 19, 1-10 ; 23, 40-43.

(10) En collaboration avec Klaudia Schank, nous avons traduit et présenté cet ouvrage : "Euthanasie : Le dossier Binding et Hoche. Traduction de l'allemand, présentation et analyse de 'Libéraliser la destruction d'une vie qui ne vaut pas d'être vécue'. Texte intégral de l'ouvrage publié en 1922 à Leipzig", Paris, Éd. Le Sarment-Fayard, 2002, 138 pp. ISBN: 2-866-79329-3.

(11) Cf. ci-dessus, n° 3.

(12) Voir ci-dessus, au n? 3, les affaires de pédophilie.
 
(13) Voir à ce sujet "La plus jeune mère du monde", bref article dans "La Presse médicale", Paris, 13 mai 1939, p. 744 ; voir aussi la lettre du Dr Edmundo Escobel (Lima), "La plus jeune mère du monde", dans "La Presse médicale", Paris, 31 mai 1939, p. 875. Ce cas est aussi relaté dans l'ouvrage de Rodolfo Pasqualini, "Endocrinología", Buenos Aires, Editions El Ateneo, 1959. Voir spécialement les pp. 684-686. Pasqualini cite l'article d'Escobel à la p. 686.

(14) Voir Jacques Suaudeau, article "Sexualité sans risques", pp. 905-926 du "Lexique des termes ambigus et controversés", du conseil pontifical pour la famille, publié chez Téqui, Paris, 2005.

(15) Edward C. Green est directeur du AIDS Prevention Project at the Harvard Center for Population and Development Studies. Le texte que nous citons se trouve au http://www.lifesitenews.com/ du 19 mars 2009. On trouve à cet endroit d’autres informations.

(16) Source: http://www.elmundo.es/, dépêche du 12 novembre 2009. Voir aussi http://www.sectorcatolico.com/, dépêche du 30 décembre 2009.

(17) Cf. Code de Droit Canonique, 751; 1364, § 1; 1398.

(18) Cf. http://www.lifesitenews.com/, 27 novembre 2009. La position exempte d’ambiguïté réaffirmée par la conférence épiscopale espagnole par son secrétaire général S. Exc. Mgr Martínez Camino, a encore été réaffirmée par Isidoro Catela Marcos, directeur du bureau d’information de la CEE. Voir le site ACI Prensa : http://www.aciprensa.com/, dépêche du 4 janvier 2010, qui renvoie elle-même à http://www.conferenciaepiscopal.es

(19) Voir le site de "The Providence Journal" : http://www.projo.com/ du 23 novembre 2009, l’article de John Mulligan, "Kennedy : Barred from Communion", et les liens mentionnés.

(20) Le texte complet se trouve sur http://www.lifesitenews.com/ du 8 mai 2009.

(21) Le texte a été publié sur le site internet http://insidecatholic.com et est daté du 26 septembre 2009.

(22) Cf. Lc 17, 1-2.
 
(23) Code de Droit Canonique, 915; 1184, § 1, 3°.

(24) Cf. l’article de John-Henry Westen, "A Vatican Archbishop : Kennedy Funeral Critics Not Hurting Unity but Helping Church", sur LifeSiteNews.com, 29 septembre 2009. Les citations proviennent de cet article.

(25) Lc 17, 1 s.

(26) Cf. Canon 915.



Les trois articles de www.chiesa consacrés à l’affaire de la fillette brésilienne, avec les textes intégraux de l'article de Fisichella, de la réponse de l'archidiocèse de Recife et de l’"Eclaircissement" de la congrégation pour la doctrine de la foi :

> Désaveu. Le Saint-Office donne une leçon à Mgr Fisichella (10.7.2009)

> L'affaire de Recife. Rome a parlé, mais le procès n'est pas fini (3.7.2009)

> Bombes à retardement. En Afrique le préservatif, au Brésil l'avortement (23.3.2009)


Il faut aussi noter que le désaveu public de l’archevêque de Recife qu’était l'article de Mgr Fisichella dans "L'Osservatore Romano" du 15 mars 2009 a mis en grande difficulté l’ensemble de l'épiscopat brésilien, très engagé dans une bataille avec le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva, précisément en matière d’avortement.

Les partisans de l’avortement ont eu beau jeu de dire que les évêques brésiliens "n’avaient plus l’appui du Vatican".

On est actuellement en pleine bataille. Il suffit de citer ces quelques lignes de "L'Osservatore Romano" du 5 février 2010 :


"Avec la légalisation de l’avortement, le mariage entre personnes du même sexe – à qui a été garanti le droit à l’adoption – et autres mesures 'progressistes', le gouvernement du président Luiz Inácio Lula da Silva menace la paix sociale. C’est ce qu’affirme un document émanant de 67 évêques de l’Église brésilienne après une rencontre pastorale à Rio de Janeiro. De nombreux évêques brésiliens ont réagi sévèrement au décret de création du 'programme de droits de l’homme' signé en décembre dernier par le président Lula, qui, entre autres mesures, interdit l’exposition de symboles religieux et donc du crucifix dans les lieux publics. Cette décision a suscité des critiques sévères de la part de la conférence nationale des évêques du Brésil".



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

23.12.2009

La légende noire sur Pie XII expliquée

Communisme et fractures idéologiques expliquent la légende noire sur Pie XII

Entretien avec le directeur de L´Osservatore Romano

 

ROME, Mardi 23 juin 2009 (ZENIT.org) - La « légende noire » sur le pape Pie XII (Eugenio Pacelli), accusé de complicité avec le nazisme, a deux causes, selon le directeur de "L'Osservatore Romano" : la propagande communiste et les divisions récurrentes au sein de l'Eglise.

Giovanni Maria Vian les expose dans une interview accordée à ZENIT à l'occasion de la publication, sous sa direction, du livre intitulé « In difesa di Pio XII. Le ragioni della storia » (Pour défendre Pie XII. Les raisons de l'histoire), Venise, Marsilio, 2009, 168 pages, 13,00 euros).

 

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Le livre a été présenté le 10 juin par le cardinal secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone, le président de Marsilio Editori, Cesare De Michelis (Université de Padoue), et par les historiens Giorgio Israel (Université de Roma La Sapienza), Paolo Mieli (Université de Milan), par deux fois directeur du « Corriere della sera », et Roberto Pertici (Université de Bergame).

Le directeur du quotidien du Vatican, historien, n'hésite pas à reprendre l'expression « légende noire » , car le pape Pacelli qui, à sa mort en 1958, avait été unanimement encensé pour l'œuvre qu'il avait accomplie pendant la Seconde guerre mondiale, fut ensuite véritablement « diabolisé ». 

Comment une telle déformation de son image a-t-elle été possible, en quelques années, plus ou moins à partir de 1963 ? 


Propagande communiste 

Vian attribue cette campagne contre le pape en premier lieu à la propagande communiste qui s'est intensifiée à l'époque de la guerre froide.

Il fait remarquer que « la ligne adoptée dans les années de guerre par le pape et par le Saint-Siège, hostile aux totalitarismes mais traditionnellement neutre, se révéla en revanche, dans les faits, favorable à l'alliance contre Hitler, se caractérisant par un effort humanitaire sans précédent, qui a sauvé de très nombreuses vies humaines ». 

« Cette ligne fut de toute façon anti-communiste, ce qui explique que, déjà durant la guerre, le pape était pointé du doigt par la propagande communiste comme complice du nazisme et de ses atrocités ». 

L'historien considère que « même si Eugenio Pacelli a toujours été anti-communiste, il n'a jamais pensé que le nazisme pouvait être utile pour stopper le communisme, bien au contraire », et il en apporte la preuve en se fondant sur des faits historiques. 

Tout d'abord, « entre l'automne de 1939 et le printemps de 1940, dans les premiers mois de la guerre, le pape appuya la tentative de coup d'Etat contre le régime hitlérien fomenté par certains cercles militaires allemands en contact avec les Britanniques ». 

Ensuite, affirme G.M. Vian, après l'attaque de l'Allemagne contre l'Union soviétique au milieu de l'année 1941, Pie XII refusa dans un premier temps l'alignement du Saint-Siège sur la « croisade » contre le communisme, comme elle était présentée, et ensuite il a beaucoup fait pour tempérer l'opposition de nombreux catholiques américains à l'alliance des Etats-Unis avec l'Union soviétique stalinienne. 

La propagande soviétique, rappelle le spécialiste, a été efficacement reprise dans la pièce « Le Vicaire » ("Der Stellvertreter ") de Rolf Hochhuth, jouée pour la première fois à Berlin le 20 février 1963, et qui présentait le silence du pape comme de l'indifférence face à l'extermination des juifs. 

Déjà alors, constate G. M. Vian, on a considéré que ce drame relance nombre des accusations portées par Mikhail Markovich Scheinmann dans son livre Der Vatican im Zweiten Weltkrieg (« Le Vatican dans la seconde guerre mondiale »), d'abord publié en russe par l'Institut historique de l'Académie soviétique des sciences, organe de propagande de l'idéologie communiste. 

Et, nouvelle preuve de l'opposition de Pie XII au nazisme : le fait que les chefs du Troisième Reich aient considéré le pape comme un authentique ennemi, ainsi que l'attestent les documents des archives allemandes qui, non par hasard, avaient été fermées au public par l'Allemagne communiste et n'ont été que depuis peu rouvertes et étudiées, comme l'a souligné un article de Marco Ansaldo dans "la Repubblica" du 29 mars 2007

Le livre édité par G. M. Vian reprend successivement un texte du journaliste et historien Paolo Mieli, un écrit posthume de Saul Israël, biologiste, médecin et écrivain juif, des articles de Andrea Riccardi, historien et fondateur de la Communauté de Sant'Egidio, des archevêques Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, et de Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat au Vatican et, enfin, l'homélie et les deux discours de Benoît XVI prononcés en mémoire de son prédécesseur Pie XII. 


Division ecclésiale 

Bien des gens ont contribué à ce discrédit de Pie XII, y compris au sein de l'Eglise catholique, en raison de la division entre progressistes et conservateurs, qui s'accentua pendant et après le Concile Vatican II, annoncé en 1959 et clos en 1965, affirme le directeur de L'Osservatore Romano.

« Son successeur, Jean XXIII, Angelo Giuseppe Roncalli, fut très vite salué comme 'le bon pape' que, sans nuances, on opposait de plus en plus à son prédécesseur : en raison de son caractère et de son style radicalement différents, mais aussi de sa décision inattendue et retentissante de convoquer un concile ». 

Les critiques catholiques contre le pape Pacelli avaient été précédées, dès 1939, des questions et accusations du philosophe catholique français Emmanuel Mounier, reprochant au pape son « silence » à propos de l'agression italienne en Albanie. 

Pie XII fut, en outre, critiqué par des « cercles de Polonais en exil », qui lui reprochaient son silence face à l'occupation allemande. 

C'est ainsi que, lorsque la polarisation s'accrut dans l'Eglise à partir des années soixante, tous ceux qui s'opposaient aux conservateurs attaquaient Pie XII, considéré comme un symbole de ces derniers, alimentant ou utilisant des arguments repris de la « légende noire ». 


Justice historique

Le directeur de « L'Osservatore Romano » souligne que ce livre n'est pas né de l'intention de prendre la défense a priori du pape, « car Pie XII n'a que faire d'apologistes qui n'aident pas à clarifier la question historique ». 

En ce qui concerne les silences de Pie XII, non seulement sur la persécution des juifs (dénoncée sans bruit mais sans équivoque dans son message de Noël en 1942 et dans son allocution aux cardinaux du 2 juin 1943), mais aussi face aux autres crimes des nazis, l'historien souligne que cette ligne de conduite visait à ne pas aggraver la situation des victimes, tandis que le souverain Pontife se mobilisait pour les aider sur le terrain. 

« Pacelli lui-même s'interrogea à plusieurs reprises sur son attitude. Ce fut donc un choix conscient et difficile que de chercher à sauver le plus grand nombre possible de vies humaines au lieu de dénoncer continuellement le mal avec le risque réel de provoquer des horreurs encore plus grandes », explique G. M. Vian. 

Dans son livre, Paolo Mieli, d'origine juive, affirme dans ce sens : « Prendre pour argent comptant les accusations contre Pacelli, c'est comme traîner sur le banc des coupables présumés, avec les mêmes chefs d'accusation, Roosevelt et Churchill, en les accusant de ne pas avoir parlé plus clairement des persécutions antisémites ». 

Rappelant que des membres de sa famille sont morts dans l'Holocauste, Paolo Mieli a déclaré textuellement : « Je refuse d'imputer la mort des miens à une personne qui n'en est pas responsable ». 

Le livre publie aussi un texte inédit de Saul Israel écrit en 1944 lorsque, avec d'autres juifs, il avait trouvé refuge dans le couvent de San Antonio, via Merulana, à Rome. 

Son fils, Giorgio Israel, qui a participé à la présentation du livre, a ajouté : « Ce ne fut pas tel ou tel couvent ou le geste de compassion de quelques-uns, et personne ne peut penser que toute cette solidarité dont témoignèrent les églises et les couvents, ait pu avoir lieu à l'insu du pape, voire sans son consentement. La légende de Pie XII est la plus absurde de toutes celles qui circulent ». 


Au-delà de la légende noire

G. M. Vian explique ensuite que le livre édité sous sa responsabilité n'a pas l'intention de se focaliser sur la légende noire, mais que, « un demi siècle après la mort de Pie XII (9 octobre 1958) et soixante ans après son élection (2 mars 1939), un nouveau consensus historiographique semble se dessiner sur l'importance historique de la figure et du pontificat de Eugenio Pacelli ». 

L'objectif du livre est surtout de contribuer à restituer à l'histoire et à la mémoire des catholiques un pape et un pontificat d'une importance capitale sous maints aspects qui, dans l'opinion publique, sont encore éclipsés par la polémique suscitée par la « légende noire ».

Propos recueillis par Jesús Colina

Traduit de l'italien par Elisabeth de Lavigne

14.12.2009

Pourquoi le pape a mauvaise presse...

« Pourquoi le pape a mauvaise presse » : Rencontre avec Bernard Lecomte

Les papes et les media

 

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ROME, Lundi 14 décembre 2009 (ZENIT.org) - « Pourquoi le pape a mauvaise presse » : les éditions DDB ont osé ce titre pour le livre d'entretiens de Bernard Lecomte avec l'éditeur Marc Leboucher. Bernard Lecomte qui a bien voulu expliquer aux lecteurs de Zenit son analyse - en douze chapitres à lire dans l'ordre que l'on préfère ! - du rapport du pape et des media. Un livre récemment cité à la une de L'Osservatore Romano en italien dans un éditorial du directeur Giovanni Maria Vian. 


ZENIT - Dans son introduction, Marc Leboucher parle de l'année 2009 comme d'une « annus horribilis », pourquoi ?  

Bernard Lecomte - Les premiers mois de 2009 ont été marqués par trois grosses affaires médiatiques : l'affaire Williamson, le drame de la fillette de Recife et la « petite phrase » papale sur le préservatif dans l'avion du Cameroun. Chacun de ces événements était désolant, mais, si j'ose dire, ordinaire : l'histoire de l'Eglise fourmille de malentendus ou de maladresses médiatiques ! C'est la succession de ces tempêtes médiatiques, leur accumulation, qui a gravement dégradé l'image du pape Benoît XVI et troublé le monde catholique, particulièrement en France. Et c'est ce qui m'a poussé à écrire ce livre. 


ZENIT - Mais le pape Ratzinger, qui frappe par sa douceur et son attention aux personnes - loin du Panzerkardinal que d'aucuns avaient annoncé -, n'a-t-il pas au contraire conquis les foules par cette délicatesse qui ne s'impose pas, cette intelligence aiguë et puissante qui sait faire comprendre aux simples des choses pourtant complexes ? Pour les Allemands, il reste même un « méridional » (son accent le trahit) et un « spontané », et ceux qui l'approchent, les grands et les petits, se sentent écoutés, reconnus : quel paradoxe ! 

Bernard Lecomte - Le pape Ratzinger, quand il a été élu, avait l'image plutôt sévère, sans doute injuste, de l'ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi qu'il avait été pendant deux décennies. Son voyage en France, en septembre 2008, fut une réussite et eut pour effet positif, chez nous, de redresser cette image. Mais les « affaires » de ce début d'année, en trois mois, en ont fait un personnage archaïque, conservateur et insensible aux détresses de ce monde. C'est ce renversement d'image qu'il fallait contribuer à expliquer et à corriger.   


ZENIT - Les dysfonctionnements de la communication (discours de Ratisbonne, incompréhension sur la levée des excommunications, prise de position dans l'avion du Cameroun, que vous analysez dans des chapitres séparés) viennent donc selon vous d'abord du milieu auquel le pape s'adresse ?  

Bernard Lecomte - La plus importante cause de ces dysfonctionnements, c'est l'évolution des media dans nos sociétés occidentales, qui privilégient tout ce qui est spectaculaire, certes, mais qui tendent surtout à expulser de la scène publique tout ce qui est religieux, à plus forte raison ce qui touche l'Eglise catholique, et encore plus nettement ce qui concerne le Saint-Père. Les journalistes d'aujourd'hui sont simplistes, binaires, ils n'ont plus aucune culture religieuse, et ils traitent par la dérision tout ce qui est institutionnel ou moral - à plus forte raison le pape. Le fond de l'affaire, c'est que les media, fidèles reflets des sociétés contemporaines, passent leur temps à valoriser le pouvoir, à sacraliser le sexe et à adorer l'argent, alors que le message du pape et de l'Eglise va exactement à l'encontre de ce triptyque ! 


ZENIT - On a aussi reproché à l'Eglise de ne pas savoir communiquer... de ne pas savoir « s'adapter » à son auditoire... 

Bernard Lecomte - Les torts sont partagés, en effet. Si l'évolution des media est désolante, l'Eglise doit néanmoins en tenir compte, et s'adapter à la rapidité, l'immédiateté, la mondialisation de l'information, surtout depuis l'essor planétaire d'Internet. Beaucoup d'hommes d'Eglise en sont convaincus, mais il reste nombre de cardinaux ou d'évêques persuadés que « le temps de l'Eglise n'est pas celui des media ». Certes, il n'est pas question que l'Eglise se plie aux modes et aux tendances d'un monde relativiste et changeant, mais il lui faut bien utiliser les media tels qu'ils sont, dans un monde réel, pour faire passer l'annonce l'Evangile ! 


ZENIT - Vous consacrez un chapitre à Pie XII, pourquoi ?  

Bernard Lecomte - Parce que Pie XII a connu, lui aussi, un étonnant renversement d'image. Jusqu'en 1963, il était considéré comme un grand pape, y compris dans le monde juif, et personne ne le traitait alors d'antisémite ou de pronazi. J'ai voulu expliquer, minutieusement, comment la pièce du jeune allemand Hochhut Le Vicaire, en 1963, a brisé ce consensus au point que Pie XII est devenu quarante ans plus tard, dans les media européens, une sorte de « bouc émissaire » de cette période. Il ne s'agit pas pour moi d'occulter le débat sur les « silences » de Pie XII, débat qui est légitime, mais de revenir à la réalité historique. Or les fantasmes médiatiques, politiques et idéologiques ont délibérément occulté, aujourd'hui, cette réalité historique ! 


ZENIT - En somme, Benoît XVI n'a pas le monopole d'une communication difficile : Pie XII donc (à titre posthume), Paul VI et Humane Vitae, mais aussi Jean-Paul II (sa colère pour défendre la famille !), ont aussi eu leur part de « mauvaise presse » ?  

Bernard Lecomte - Bien entendu. On a tort d'opposer, sur ce terrain, le pape Jean-Paul II, ancien comédien et journaliste, champion de la communication, maîtrisant très bien micros et caméras, et Benoît XVI, l'ancien professeur habitué aux amphithéâtres, qui n'aime pas la foule, etc : les deux hommes sont différents, c'est certain, mais il ne faudrait pas oublier que Jean-Paul II a été, lui aussi, victime de nombreux scandales médiatiques : je rappelle, dans Pourquoi le pape a mauvaise presse, les audiences accordées à Yasser Arafat ou Kurt Waldheim, l'affaire du carmel d'Auschwitz, les canonisations du P. Kolbe ou d'Edith Stein, la nomination de Jean-Marie Lustiger à Paris, sans parler de ce qu'il disait, lui aussi, sur la famille, la contraception ou l'avortement !  


ZENIT - Ce qui est en cause, ce n'est pas seulement « l'image » du pape ou l'annonce de l'Evangile. Ces « ratés » de la communication provoquent une vraie souffrance chez les catholiques. Quel serait le remède ? Que les catholiques adoptent une attitude de veille critique face aux informations qui leur parviennent et croisent plusieurs sources avant de se faire une opinion ?  

Bernard Lecomte - Il faudrait d'abord, je crois, que les responsables des media fassent preuve d'un peu plus de respect et de considération pour le chef spirituel de quelque 1,3 milliard de fidèles. Il faudrait aussi que les porte-parole de l'Eglise, notamment les responsables de la Curie et les évêques en général, dialoguent franchement avec les journalistes tels qu'ils sont, avec leurs faiblesses et leurs défauts, voire, parfois, leur hostilité. Je connais bien les media, je connais bien les hommes d'Eglise : prôner un peu plus de respect entre les uns et les autres est-il si utopique ? 

(*) Bernard Lecomte : Pourquoi le pape a mauvaise presse (entretiens avec Marc Leboucher). Desclée de Brouwer, 2009.

12.10.2009

L'Espagne catholique a un nouveau héraut: Juan Manuel de Prada

L'Espagne catholique a un nouveau héraut: Juan Manuel de Prada

Cet écrivain confirmé est devenu un défenseur infatigable de l'Eglise et du pape, y compris dans "L'Osservatore Romano". Son histoire est celle d'une conversion, comme il y en a tant en Europe, qui l'a fait passer de l'incroyance à la foi chrétienne. Contre la "tyrannie" progressiste


par Sandro Magister





ROME, le 12 octobre 2009 – On trouve depuis quelques jours dans les librairies italiennes un recueil d’interviews de gens convertis à la foi catholique. Certains sont très connus, du Français Jean-Claude Guillebaud à l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères de Norvège, Janne Haaland Matlary, auteur de livres traduits en plusieurs langues, dont un qui a été préfacé par celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger.

Le recueil d’interviews, édité par Lindau, est de Lorenzo Fazzini. Son titre est : "Nuovi cristiani d'Europa. Dieci storie di conversione tra fede e ragione [Nouveaux chrétiens d’Europe. Dix récits de conversion entre foi et raison]".

Mais "L'Osservatore Romano", le journal du Saint-Siège, compte lui aussi un converti célèbre parmi ses signatures de renom.

Il s’agit de l’écrivain espagnol Juan Manuel de Prada, en photo ci-dessus avec la couverture-manifeste du roman qui a consacré définitivement son succès en 2003 : "La vida invisible [La vie invisible]".

De Prada, 39 ans, a réuni dans son dernier livre les articles "de combat" qu’il a écrits pour défendre le catholicisme dans les journaux espagnols "ABC" e "XL Semanal", mais aussi dans "L'Osservatore Romano", auquel il collabore depuis 2007. En cinq mois seulement, le livre en est déjà à sa cinquième édition en Espagne. Depuis un mois, de Prada est aussi l’une des principales voix de "Cope", la plus importante radio catholique espagnole.

Le 2 octobre, "L'Osservatore Romano" a traduit et reproduit la préface du livre, dans laquelle de Prada rappelle comment et quand "le cours de la vie a changé" en lui.

C’était au printemps 2005, au moment de la mort de Jean-Paul II. De Prada était à Rome et "à l’improviste" il a voulu adhérer définitivement à cette "vieille liberté" qui est le trésor religieux et culturel de l’Eglise catholique : une liberté qui est "l'antidote contre toutes les tyrannies du monde".

C’est d’ailleurs le titre du livre : "La nueva tiranía. El sentido común frente al Mátrix progre [La nouvelle tyrannie. Le sentiment commun face à la Matrice progressiste]".

La "Matrice progressiste", c’est le nom que de Prada donne au grand piège qu’il voit à l’œuvre dans la culture dominante en Europe : "Dans le passé, les dictatures réprimaient les libertés personnelles. Aujourd’hui elles incitent l'homme à s’adorer lui-même et à nier ainsi sa nature".

Il écrit aussi :

"La bataille qui s’engage aujourd’hui tend à rendre aux hommes leur véritable nature. En cas de victoire – si la Matrice était désactivée – les hommes découvriraient qu’ils n’ont pas besoin de construire des tours afin d’atteindre le ciel, pour la simple raison que le ciel est déjà en eux, même si la nouvelle tyrannie cherche à le leur arracher".

On pourra lire ci-dessous la traduction de la préface écrite par de Prada pour "La nueva tiranía". Le texte original se trouve dans l'édition espagnole de cette même page de www.chiesa.

De Prada a dédié ce livre à son ami Giovanni Maria Vian, directeur du "journal du pape".



La matrice progressiste de la nouvelle tyrannie

par Juan Manuel de Prada



"Comment peut-on parler de 'nouvelle tyrannie' alors que jamais jusqu’à présent l’homme n’a eu autant de liberté et de droits ?" pourrait se demander un lecteur naïf. En effet les tyrannies classiques se caractérisaient par le fait qu’elles réprimaient la liberté et niaient les droits. Les hommes avaient conscience de cette usurpation parce que, privés de quelque chose qui leur appartenait par nature, ils se sentaient diminués.

Au contraire la nouvelle tyrannie à laquelle nous faisons référence exalte l’homme jusqu’à l'adoration, lui donnant la possibilité de transformer ses intérêts et ses désirs en libertés et en droits. Toutefois ceux-ci ne sont plus inhérents à sa nature mais deviennent des "concessions gracieuses" d’un pouvoir qui les consacre légalement. Ainsi, transformé en enfant qui voit ses caprices grandir démesurément et se réaliser, l'homme de notre temps est plus que jamais l’otage de pouvoirs qui lui garantissent la jouissance d’une liberté globale et de droits en expansion continue. Dans les tyrannies classiques, le sujet gardait au moins la consolation de se savoir opprimé par un pouvoir qui violentait sa nature ; au contraire ceux qui sont soumis à cette nouvelle tyrannie n’ont d’autre consolation que la protection du pouvoir même qui les a élevés sur l’autel de l'adoration. L’homme est ainsi devenu, sans même s’en rendre compte, un instrument dans les mains de ceux qui s’occupent de lui avec un soin minutieux, comme les fourmis s’occupent des pucerons avant de les traire.

En échange de ces "concessions gracieuses", l'homme accepte une vision hégémonique du monde qui lui est imposé et qui le transforme en objet d'ingénierie sociale. Nous appellerons Matrice progressiste cette vision hégémonique : un mirage, une grande illusion, un trompe-l'œil, que l’on accepte avec un esprit grégaire. Celui qui ose mettre en doute le trompe-l’œil est tout de suite frappé d’anathèmes, considéré comme un réprouvé ou un blasphémateur, un ennemi de l'adoration de l'homme. La Matrice progressiste, utilisée par la gauche, a aussi été assimilée par la droite, qui a renoncé à se battre sur le terrain où la confrontation avec l'adversaire s’avérerait efficace et valorisante : celui des principes. Boiteuse, la droite se limite à introduire des variantes insignifiantes dans le fonctionnement de la grande machine, sans oser en utiliser les engrenages. C’est comme labourer sans bœufs.

La Matrice progressiste est ainsi devenue une sorte de foi messianique ; elle a instauré un nouvel ordre, imposé des modèles culturels inattaquables, mis en place une nouvelle anthropologie qui promet à l'homme la libération finale mais ne lui réserve que le suicide pour l’avenir. Seul l'ordre religieux se dresse contre ce nouvel ordre. Il rend à l’homme sa vraie nature et lui propose une vision correcte du monde qui sape les bases du trompe-l'œil sur lequel s’appuie la nouvelle tyrannie, en détruisant ses falsifications. Une vision que le pouvoir combat avec de grands efforts, l'ordre religieux étant la seule forteresse qu’il lui reste à prendre d’assaut pour que son triomphe soit complet.

Le laïcisme rampant accuse l’Eglise de se mêler de la politique. Il prend comme prétexte cette phrase de l’Evangile souvent mise en avant par ceux qui ne le lisent pas : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". Mais qu’est-ce qui est vraiment à César ? Les choses temporelles, les réalités terrestres ; mais pas, bien sûr, les principes d’ordre moral qui naissent de la nature humaine elle-même, pas les fondements éthiques de l'ordre temporel. La nouvelle tyrannie, si attentive à accroître les "libertés" de ses sujets, refuse à l’Eglise la liberté de juger la moralité des actions temporelles, parce qu’elle sait que ce jugement inclut un bouleversement radical du trompe-l'œil sur lequel elle fonde son existence même. Le pouvoir souhaite une Eglise pharisaïque et corrompue qui renonce à rendre à l'humanité sa vraie nature et qui accepte ce "mystère d'iniquité" qu’est l'adoration de l'homme ; elle espère une Eglise agenouillée devant César, transformée en cette "grande prostituée qui fornique avec les rois de la terre" dont parle l'Apocalypse.

Aujourd’hui, en Occident, s’engage ce grand conflit que la nouvelle tyrannie présente très habilement sous les apparences d’une "bataille idéologique". Mais si c’était vraiment d’une "bataille idéologique", le pouvoir n’y verrait pas un bouleversement ; parce que l'idéologie est justement le terrain fertile qui favorise sa domination, dans la mesure où elle instaure une "démo-rixe", c’est-à-dire une lutte "démocratique" de tous contre tous, capable de transformer les hommes en enfants irrités qui se battent pour leurs "libertés" et leurs "droits", comme les bâtisseurs de Babel luttaient, dans la confusion, pour construire une tour qui atteignît le ciel.

La bataille qui s’engage aujourd’hui n’est pas idéologique, mais anthropologique, car elle vise à rendre aux hommes leur véritable nature, en leur permettant de sortir de la confusion babélienne fomentée par l'idéologie, jusqu’à atteindre le chemin qui conduit aux principes originels. En cas de victoire – si la Matrice était désactivée – les hommes découvriraient qu’ils n’ont pas besoin de construire des tours afin d’atteindre le ciel, pour la simple raison que le ciel est déjà en eux, même si la nouvelle tyrannie cherche à le leur arracher.

Les articles réunis dans ce volume sont des comptes-rendus de cette bataille, émis depuis les tribunes que le journal "ABC" et la revue "XL Semanal" m’accordent généreusement depuis plus de 13 ans et que "L'Osservatore Romano", "Capital" et "Padres y Colegios" m’ont ouvertes depuis peu. Le lecteur curieux constatera que dans ces "comptes-rendus de bataille" se côtoient la diatribe et l'introspection, l'invective et l'élégie, la réflexion à caractère politique et la divagation artistique. Il trouvera même une sélection de chroniques écrites au cours d’un printemps romain qui a changé le cours de ma vie, puisque c’est alors – dans les jours qui ont suivi la mort de Jean-Paul II – que j’ai adhéré définitivement à la "vieille liberté", l'antidote contre toutes les tyrannies du monde. A une époque d’incertitudes qui laissent l’home égaré dans un océan d'inquiétudes, Rome s’est dressée à l'improviste devant moi comme un rocher de salut : je ne pense pas seulement au salut religieux, mais aussi au salut culturel, parce que je considère la foi de Rome comme une forteresse qui clarifie les termes de notre généalogie spirituelle et nous protège des intempéries dans lesquelles la nouvelle tyrannie voudrait nous jeter. Rejeter cette possession illimitée revient à signer un arrêt de mort sociale ; la faire sienne ne constitue pas un acte de soumission, mais d’orgueilleuse et joyeuse liberté.

L’éternelle révolution du christianisme, c’est de nous révéler le sens de la vie, en nous rendant notre nature ; de cette découverte naît une joie sans date limite. Quand un minimum de sensibilité artistique s’ajoute à cette joie, la vie devient une fête de l'intelligence. Chesterton écrivait que la joie, qui est la petite publicité du païen, devient le gigantesque secret du chrétien. Moi qui suis un chrétien un peu impudique, j’ai cherché dans ces articles à rendre public ou au moins à faire entrevoir ce secret gigantesque qui m’envahit et me transcende.

Madrid, mars 2009.

Les livres :

Juan Manuel de Prada, "La nueva tiranía. El sentido común frente al Mátrix progre", Libros Libres, Madrid, 2009.

Lorenzo Fazzini, "Nuovi cristiani d'Europa. Dieci storie di conversione tra fede e ragione", Lindau, Turin, 2009.


Le journal du Saint-Siège, auquel Juan Manuel de Prada collabore :

> L'Osservatore Romano"

Dans cet article de "L'Osservatore Romano" du 26 juin 2008, il répondait à des polémiques sur les vêtements portés par Benoît XVI en concluant : "Le pape ne s’habille pas en Prada, il a revêtu le Christ" :

> Le vesti liturgiche secondo Ratzinger


Janne Haaland Matlary, une convertie interviewée dans le livre de Lorenzo Fazzini, a été nommée, le 1er octobre, membre de l’Académie Pontificale des Sciences Sociales. A l’occasion de cette nomination, le Vatican a diffusé d’elle le portrait suivant :

"Professeur de politique internationale au département de sciences politiques de l'université d’Oslo et au Collège universitaire de la défense nationale norvégienne, elle a été secrétaire d’état (vice-ministre des Affaires étrangères) aux Affaires étrangères de Norvège de 1997 à 2000. Elle est membre expert de la commission du parlement norvégien chargée de proposer des modifications de la Constitution norvégienne pour son 200e anniversaire en 2014. Elle a aussi été membre de la Commission de défense nationale norvégienne et du conseil d’administration du Centre pour la paix et pour les droits de l’homme d’Oslo. Elle a également été membre norvégien de la task-force de haut niveau pour la Biélorussie. Ses principaux domaines de recherche sont les politiques étrangère et de défense européennes et la politique de sécurité internationale.

"Elle est membre du Conseil pontifical Justice et Paix et consulteur du Conseil pontifical pour la Famille. Elle a aussi fait partie, comme chef de délégation ou comme membre, de délégations du Saint-Siège auprès de diverses conférences internationales. En 2007 elle a reçu le prix Saint Benoît, qui lui a été attribué par la communauté bénédictine de Subiaco pour son engagement en faveur de la culture et de la politique européennes. Madame le professeur Haaland Matlary est mariée, elle a quatre enfants et elle est dame de l’Ordre Souverain Militaire de Malte".

www.chiesa a publié d’elle, il y a quelque temps, une analyse des conflits planétaires en matière d’avortement, d’euthanasie et d’homosexualité :

> Papa resto del mondo. Analisi d'una grande partita (17.4.2001)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

01.10.2009

La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi

La banque du Vatican a un nouveau patron ultralibéral: Ettore Gotti Tedeschi

Le nouveau président de l’IOR est fermement partisan d'un capitalisme d'inspiration chrétienne. Selon lui, les naissances nombreuses sont le premier moteur de l'économie. Au même moment, en Italie, un autre changement important se prépare à la tête des médias appartenant à l'épiscopat


par Sandro Magister





ROME, le 1er octobre 2009 – En août et septembre a eu lieu la dramatique éviction de Dino Boffo, directeur unique des médias appartenant à l’Eglise catholique en Italie. Pendant ce temps-là, sur l’autre rive du Tibre, se préparait, en silence et calmement, le changement de patron d’un autre organisme clé, l’IOR, Institut pour les Œuvres de Religion, la banque du Vatican.

A vrai dire, l’IOR vit lui aussi des moments difficiles. Un livre décrivant ses méfaits - nombreux documents irréfutables à l’appui - figure depuis des mois parmi les best-sellers. Ce n’est pas l’IOR en tant que tel qui y est montré du doigt, mais ses moutons noirs de naguère, messeigneurs Paul Marcinkus et Donato De Bonis. Le livre présente le banquier Angelo Caloia, président de l’IOR depuis 15 ans, comme un chevalier blanc, un homme courageux qui a chassé les crapules, nettoyé les écuries d’Augias et rendu à la banque du pape une image de vertu. Son départ et la nomination de son successeur Ettore Gotti Tedeschi (photo) ont été annoncés sur fond de paix et d’estime mutuelle entre les deux hommes, le 23 septembre au matin.

Le même jour, les dirigeants - 30 cardinaux et évêques de premier plan - de la conférence des évêques d’Italie (CEI) étaient réunis à Rome à huis clos pour discuter de nombreux sujets et notamment de la succession de Boffo. Mais jusqu’à présent aucune orientation unitaire n’est sortie de ce sommet ou des conciliabules des jours suivants.

Boffo était bien plus qu’un professionnel des médias : c’était le "projet culturel" du cardinal Camillo Ruini en termes de communication, l’intermédiaire à travers lequel le message de l’Eglise devenait "culture populaire".

Pendant 16 ans, de 1991 à 2007, Ruini a été président de la CEI. Avec lui, l’Eglise est redevenue un acteur majeur dans la sphère publique, comme elle ne l’avait jamais été auparavant. Son projet était la transposition parfaite à l’Italie de la vision planétaire de Jean-Paul II.

Son départ a redonné du tonus à ceux qui, parmi les évêques, le clergé, les laïcs catholiques et à la secrétairerie d’état du Vatican, sont opposés à son projet. C’est Boffo qui leur résistait, aux commandes du quotidien "Avvenire", de la télévision Sat 2000, des radios. Maintenant qu’il est parti lui aussi - renversé par le "Giornale" de Vittorio Feltri et Silvio Berlusconi mais également attaqué par des catholiques influents qui ont figuré parmi ses meilleures signatures, de Vittorio Messori à Giovanni Maria Vian, l’actuel directeur de "L'Osservatore Romano" - le choix de son successeur indiquera aussi dans quelle direction la hiérarchie catholique italienne veut marcher.


***


A l’IOR, c’est tout différent. Le changement a déjà été réalisé, en toute transparence, par la volonté de la secrétairerie d’état et avec l’accord de Benoît XVI.

Les biographies d’Angelo Caloia étaient succinctes, ses actes publics rarissimes et sa pensée insondable. Son successeur à la tête de la banque du Vatican est à l’opposé : d’Ettore Gotti Tedeschi on connaît toute la vie, les sympathies, les fréquentations, l’agenda et les idées.

Son dernier acte public avant sa nomination date du 19 septembre, au Palazzo della Borsa, à Gênes. Lui et le cardinal Angelo Bagnasco, archevêque de la ville et président de la CEI, ont discuté de l'encyclique "Caritas in veritate" de Benoît XVI. Il a affirmé que l'actuelle crise mondiale de l'économie "vient de ce que l’on n’a pas suivi les indications d’'Humanae vitae', c’est-à-dire qu’elle vient de la négation de la vie et du blocage des naissances".

Gotti Tedeschi avait déjà exprimé cette idée dans un éditorial publié par "L'Osservatore Romano" du 6 juin. Si la domination économique du monde va passer de l'Occident à la Chine, écrivait-il, c’est en raison de la différence dans les taux de natalité et de densité de population. L'évolution démographique détermine l’augmentation ou la diminution de la capacité de production d’une économie.

Gotti Tedeschi a cinq enfants, "d’un seul mariage" précise-t-il. Il vit à la campagne près de Piacenza, dans la région où il est né il y a 64 ans, à Pontenure, non loin du Pô. Le matin, il se lève très tôt, comme un moine. A l’aube, il arrive à Milan dans sa BMW. Il lit les journaux dans son bureau de président pour l’Italie de Banco Santander, la première banque privée d'Europe, appartenant à une famille laïque espagnole, les Botín. Puis il va à la messe, tous les matins sans exception.

Il enseigne l’éthique de la finance à l'Université Catholique de Milan. Mais il est aussi conseiller de la banque San Paolo de Turin et de la Cassa Depositi e Prestiti, bras opérationnel du ministère du Trésor.

Le 23 septembre, alors que le Vatican annonçait qu’il était nommé président de l’IOR, Gotti Tedeschi participait, à Rome, à une réunion décisive de la Cassa, portant sur l’approbation d’un plan industriel de 50 milliards d’euros en infrastructures et en logements populaires. La Cassa est l’enfant chéri de Giulio Tremonti, l'actuel ministre du Trésor, dont Gotti Tedeschi est le conseiller "pour les problèmes économiques, financiers et éthiques dans les systèmes internationaux", un poste créé spécialement pour lui.

Avant sa nomination, Gotti Tedeschi n’avait jamais mis les pieds à l’IOR et ne s’en était jamais occupé. Mais, depuis quelque temps, on le voyait souvent au Vatican. Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état, l'avait appelé à l’aide, il y a un an, pour redresser la gestion financière du Gouvernorat de la Cité du Vatican, dont les comptes ont été dans le rouge en 2008 pour plus de 15 millions d’euros.

Le traitement paraît avoir réussi. Le principal responsable de la mauvaise gestion, Mgr Renato Boccardo, secrétaire général du Gouvernorat, a été nommé évêque de Spolète et Norcia, alors qu’il espérait une nonciature de tout premier plan et avait refusé pour cette raison celle de Vienne. Il a été remplacé par le lombard Carlo Maria Viganò, qui sera bientôt promu au poste le plus élevé du Gouvernorat, à la place de l'actuel numéro un, le cardinal Giovanni Lajolo.

En tant que banquier, Gotti Tedeschi s’est formé sur ce bateau-école de la grande finance internationale qu’est l'américain McKinsey. En tant que catholique, de "superficiel" qu’il était, il est devenu fervent dans les années 60, sous la direction spirituelle de Giovanni Cantoni. Deux livres ont fait connaître sa pensée au grand public : "Denaro e Paradiso" (Argent et Paradis), publié en 2004 avec une préface du cardinal Giovanni Battista Re, et "Spiriti animali. La concorrenza giusta", (Esprits animaux. La bonne concurrence), édité par l'université Bocconi et préfacé par Alessandro Profumo, président d’Unicredit, la première banque italienne en Europe,.

Parmi ses actes publics, d’autres sont moins importants mais tout aussi révélateurs. En 2007 Gotti Tedeschi, le plus catholique des banquiers, a signé un manifeste ultralibéral en 13 points lancé par l'ancien secrétaire du très laïc parti radical, Daniele Capezzone. Ce manifeste proposait une "flat tax" unique à 20 %, le présidentialisme sur le modèle américain ou français, le crédit d'impôt pour la santé et l’école, l'obligation pour les agents de la fonction publique de payer les dégâts qu’ils auraient causés, la retraite à 65 ans, la détaxation des heures supplémentaires, l'abolition des ordres professionnels et de la valeur légale des diplômes.

Gotti Tedeschi a proposé, il y a quelques années, d’attribuer le Nobel d'économie à Jean-Paul II pour l’encyclique "Centesimus annus" et, plus récemment, à Benoît XVI pour "Caritas in veritate", texte à la rédaction duquel il a lui-même participé.

Cette année, il a aussi proposé pour le Nobel le premier ministre britannique Gordon Brown, parce que celui-ci a appuyé dans "L'Osservatore Romano" sa proposition, grandiose et "avantageuse" pour tous, d’investir dans les pays pauvres en faveur de ces deux ou trois milliards d’hommes qui n’attendent que d’améliorer leur vie.

L’IOR paraît trop limité pour un nouveau président aux projets si vastes et si explosifs. Mais l'aventure ne fait que commencer.



Les précédents articles de www.chiesa à propos de l’IOR et d’Ettore Gotti Tedeschi :

> Tout l'argent de Pierre. Vices et vertus de la banque du Vatican
(15.6.2009)

> Crise financière. La bonne nouvelle arrive du Vatican (27.2.2009)

> Pour l'argent de Pierre, c'est le calme dans la tempête (30.1.2009)

> L'encyclique sur la doctrine sociale peut attendre. Pas le pari sur les pays pauvres (5.12.2008)

> Un banchiere cattolico insegna come produrre ricchezza per il Regno dei Cieli (11.10.2004)


Et les précédents articles de www.chiesa à propos de l’affaire "Avvenire":

> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux: l'épiscopat et le Vatican
(10.9.2009)

> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir
(31.8.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa


10.09.2009

Avvenire, l'épiscopat italien et le Vatican

"Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux: l'épiscopat et le Vatican

Le journal des évêques italiens est attaqué et son directeur a démissionné. Mais les hiérarchies de l'Eglise sont divisées. Et "Avvenire" est aussi pris pour cible par des amis. Qui appartiennent à la secrétairerie d'état


par Sandro Magister





ROME, le 10 septembre 2009 – Dans la lettre, datée du 3 septembre, par laquelle il a démissionné de ses fonctions de directeur d’"Avvenire", le journal de la conférence des évêques d’Italie, Dino Boffo a critiqué la formation de "territoires ecclésiastiques" qui se font la guerre, excités par son cas.

Benoît XVI a été encore plus direct, il y a quelques mois, dans une lettre aux évêques : "Si vous vous mordez et vous dévorez mutuellement, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres".

Il y a entre les hautes hiérarchies de l’Eglise des divisions et des oppositions, qui explosent parfois et provoquent des dégâts : c’est un fait incontesté et bien connu. A propos de la politique italienne, la principale divergence se manifeste aujourd'hui entre les deux rives du Tibre : d’un côté la secrétairerie d’état du Vatican, de l’autre la conférence des évêques.

"Avvenire" est le quotidien des évêques. Mais l'attaque lancée contre la vie privée de son directeur, Boffo, par le quotidien "il Giornale", appartenant au frère du premier ministre Silvio Berlusconi, a été jugée et vécue de manière opposée de part et d’autre du Tibre.



***



Selon la secrétairerie d’état, la vraie attaque était et est autre chose. Elle est menée par un pouvoir anticatholique qui a pour fer de lance "la Repubblica", le grand journal de la gauche laïque, et pour cible d’abord le pape et accessoirement son secrétaire d’état, le cardinal Tarcisio Bertone.

Le matin du 28 août, Bertone est bien plus irrité par un article du théologien Vito Mancuso dans "la Repubblica" que par le déchaînement, au même moment, de la campagne d’"il Giornale" contre Boffo et ses critiques contre le premier ministre. Mancuso accuse Bertone de s’asseoir avec servilité à la table d’Hérode – il va rencontrer Berlusconi, d’après son programme pour ce jour-là – au lieu de critiquer sa vie de débauche avec le courage d’un saint Jean-Baptiste.

Quelques heures plus tard, en effet, au début de l’après-midi de ce 28 août, "L'Osservatore Romano" paraît avec, en première page, une note bien visible contre l'article de "la Repubblica", signée par sa commentatrice de pointe, Lucetta Scaraffia. Mais il ne consacre à l'offensive d’"il Giornale" contre le directeur d’"Avvenire" que deux lignes en pages intérieures, tirées d’un communiqué de la CEI, bien que la rencontre entre Bertone et Berlusconi ait été annulée entre temps à cause de cette agression et pas pour d’autres raisons.

Les jours suivants, en pleine tempête contre Boffo, le cardinal Bertone s’en tient fermement à cette lecture des faits.

Selon lui, le vrai sommet de l'agression contre l’Eglise se situe au 1er septembre, sous la forme d’un titre de "la Repubblica" affirmant que Benoît XVI était intervenu en personne pour soutenir Boffo et donc ses critiques contre Berlusconi.

En effet, le premier et unique communiqué officiel du Vatican sur l’affaire Boffo sort quelques heures plus tard, justement pour démentir l’intervention du pape dans la mêlée. Le communiqué confirme que seul Bertone a exprimé sa solidarité à Boffo, le pape s’étant – selon un communiqué parallèle de la CEI – limité à téléphoner au cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques, pour lui demander "des informations et une évaluation de la situation actuelle" et lui exprimer, ainsi qu’aux évêques italiens "son estime, sa gratitude et sa bienveillance".

Si l’on feuillette "L'Osservatore Romano", le journal dont le professeur Giovanni Maria Vian est le directeur et le cardinal Bertone l’éditeur de référence, il semble que la semaine de la passion de Boffo se soit écoulée presque sans laisser de traces. Sa démission y a été annoncée le 3 septembre sur une colonne en 22 lignes, à la page 7, sous le titre aseptisé : "Bureau national pour les communications sociales de la CEI", dont le communiqué était présenté succinctement.

Mais Vian a été beaucoup loquace dans une interview au "Corriere della Sera" du 31 août. Il ressortait clairement de ses propos que la secrétairerie d’état du Vatican était mécontente d’"Avvenire", des "imprudences et exagérations" de sa critique du gouvernement et de sa censure des débauches privées du premier ministre. Sur ce dernier sujet "L'Osservatore Romano" n’a jamais écrit un mot, par choix délibéré.

Cette volonté de "sérénité institutionnelle" dans les rapports avec les gouvernements en place, quels qu’ils soient, de gauche ou de droite, est une constante de la diplomatie vaticane envers tous les états du monde, dictée par le réalisme politique.

Mais le gouvernement central de l’Eglise catholique est une chose, les effervescentes Eglises nationales, avec leurs évêques, leur clergé, leurs fidèles, en sont une autre.



***



Sous la présidence du cardinal Camillo Ruini, la conférence des évêques d’Italie avait pris en charge, en plein accord avec Jean-Paul II et son successeur Benoît XVI, la conduite des relations avec le monde politique, obtenant d’indéniables succès. "Avvenire", dirigé par Boffo, était l'organe de pointe du leadership de Ruini.

Mais après le départ de Ruini, le cardinal Bertone a voulu diriger lui-même la politique de l’Eglise en Italie et l’a écrit noir sur blanc dans une lettre du 25 mars 2007 au nouveau président de la CEI, le cardinal Bagnasco. Les évêques n’ayant pas du tout accepté d’être dépouillés de leur autorité, il y a depuis lors entre le Vatican et la CEI des frictions allant parfois jusqu’au conflit ouvert.

Mais, entre temps, la CEI a changé. Elle n’est plus l’équipe ordonnée qu’elle était à l’apogée de Ruini.

Fidèle continuateur de celui-ci, le cardinal Bagnasco n’a pas la même autorité. On a vite constaté que le nouveau secrétaire de la CEI, l’évêque Mariano Crociata, n’était pas à la hauteur de son rôle. L'actuelle CEI a de multiples têtes et de nombreuses voix, souvent discordantes. Raison de plus pour que, depuis le Vatican, Bertone développe ses ambitions de direction. Il y est encouragé par les politiques, qui voient en lui un interlocuteur plus sûr que cette CEI qui se montre pleine d’incertitudes et de confusion.

Confusion notamment dans sa réaction à l'offensive lancée contre "Avvenire" et son directeur. Depuis le début de la polémique en Italie sur la vie privée du premier ministre Berlusconi, il y a plusieurs mois, le journal dirigé par Boffo s’était mis à naviguer dans une tempête. Les pressions des lecteurs et, plus encore, celles d’une partie de cet éditeur collectif qu’est l'épiscopat italien, ont forcé Boffo à faire ce qu’il n’aurait jamais fait si Ruini avait été aux commandes : des sermons contre l'immoralité privée du premier ministre. Des sermons mesurés, respectueux, dosés avec soin, mais qui mécontentaient beaucoup de gens, parce qu’ils étaient trop ou trop peu vigoureux selon les points de vue. A la secrétairerie d’état, bien sûr, l'imprudence "moraliste" du journal de la CEI paraissait n’annoncer que des ennuis, ce que les terribles représailles d’"il Giornale" allaient confirmer.

Vécue par la CEI comme une attaque contre la ligne de Ruini, l'offensive anti-Boffo a donc vu, au premier rang des défenseurs de l’agressé, d’abord le cardinal Ruini et son successeur Bagnasco, puis l'armée de cette "Eglise du peuple" que Boffo a en effet su présenter et représenter de manière extraordinaire pendant ses 15 ans à la tête du journal.

Mais parmi les cardinaux, les évêques et le clergé, certains se sont tenus à l’écart ou ont tout de suite demandé la démission de Boffo, bien que les accusations initiales contre lui se soient vite révélées largement infondées. Boffo lui-même a donné prise aux soupçons en tardant plusieurs jours à rédiger une défense détaillée, avant de démissionner par choix très personnel, contre la volonté du président de la CEI et indépendamment de toute sollicitation du pape, qui n’a jamais existé.

D’ici la fin septembre, les dirigeants de la CEI nommeront son successeur. Ce sera probablement Domenico Delle Foglie, un véritable pro-Ruini. Un choix dû, entre autres, au fait que, paradoxalement, ni les anti-Ruini ni le cardinal Bertone n’ont un autre candidat à proposer.



Un article de www.chiesa qui donne la toile de fond et les antécédents de la démission de Dino Boffo :

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir
(31.8.2009)



La lettre par laquelle, le 3 septembre 2009, Boffo a annoncé et motivé sa démission :

> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa"



Le quotidien de la conférence des évêques d’Italie :

> Avvenire

Et celui du Saint-Siège :

> L'Osservatore Romano


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

02.09.2009

L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir

L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir

Parmi les évêques et le clergé italiens, c'est celui qui crie le plus fort contre le gouvernement et son chef qui gagne. Le cardinal secrétaire d'état cherche à rétablir l'ordre, mais le journal catholique "Avvenire" finit lui aussi dans la confusion. Même situation aux Etats-Unis, avec un désaccord entre le Vatican et les évêques


par Sandro Magister




ROME, le 31 août 2009 – Depuis quelques mois, dans deux pays clés du catholicisme mondial, deux leaders politiques de premier plan sont observés de manière critique par les hiérarchies de l’Eglise : Barack Obama aux Etats-Unis et Silvio Berlusconi en Italie.

Dans les deux cas, l’approche du Saint-Siège diffère de celle de l’épiscopat national. Les autorités vaticanes paraissent préférer des rapports pacifiques et détendus, les épiscopats nationaux se montrant plus critiques et combatifs.

Dans ces deux conflits, deux journaux ecclésiastiques entrent aussi en jeu : "L'Osservatore Romano", organe du Vatican, et "Avvenire", le quotidien qui appartient à la conférence des évêques d’Italie.



1. LE CAS OBAMA


A propos de Barack Obama, la ligne du Saint-Siège diverge tellement de celle d’un nombre important d’évêques américains que, plusieurs fois, certains d’entre eux ont protesté avec vigueur auprès des autorités vaticanes elles-mêmes.

Par exemple l'éditorial de "L'Osservatore Romano" commentant, le 30 avril 2009, les 100 premiers jours du nouveau président a scandalisé certains évêques américains.

Non seulement le quotidien du Saint-Siège jugeait de manière globalement positive le lancement de la présidence Obama, mais il y voyait même un "rééquilibrage en faveur de la maternité", c’est-à-dire sur le point où les critiques des évêques étaient et sont les plus vives.

Autre sujet de conflit : la décision de l'Université Notre Dame - la plus connue des universités catholiques aux Etats-Unis - de conférer à Obama, le 17 mai, un diplôme honoris causa. Quelque 80 évêques - un tiers de l'épiscopat des Etats-Unis - ont déclaré qu’il était inopportun d’honorer ainsi un leader politique dont les positions en matière de bioéthique étaient manifestement contraires à la doctrine de l’Eglise.

Parmi ceux qui critiquent la présidence Obama figurent des personnalités importantes de la hiérarchie américaine : du cardinal Francis George, président de la conférence des évêques, à Charles Chaput, l’évêque de Denver. En tant qu’archevêque de Chicago, George est le concitoyen d’Obama et le successeur de Joseph Bernardin, le cardinal-archevêque mort en 1996, que l’actuel président des Etats-Unis évoque souvent avec beaucoup de sympathie et d’émotion comme inspirateur d’un christianisme non de conflit mais de dialogue.

Avant et après la remise du diplôme à l’Université Notre Dame, plusieurs évêques américains ont exprimé leur déception de voir leurs critiques presque ignorées par le Vatican.

Ce n’est pas tout. Ce qui les a encore plus irrités est que le Vatican ne s’est pas borné à négliger leurs critiques, mais qu’il a adressé à Obama des éloges vraiment enthousiastes, comme à un nouveau Constantin, chef d’un empire moderne favorable à l’Eglise.

Une impression due à un article du théologien et cardinal suisse Georges Cottier, théologien émérite de la maison pontificale, publié à la veille de la visite d’Obama à Benoît XVI dans une revue liée aux diplomates de la curie, "30 Giorni".

Une intervention de Benoît XVI a un peu rassuré les évêques américains les plus critiques : recevant le président américain en audience, le 10 juillet, il a mis à la première place "la défense et la promotion de la vie et le droit à l’objection de conscience" et lui a offert les documents publiés par l’Eglise à ce sujet.

Mais les dernières semaines ont montré que le conflit entre les évêques et Obama est loin d’être apaisé. Un nouveau sujet de dispute est apparu : le projet de réforme du système de santé, dont ils craignent qu’il ne comporte un financement de l’avortement par des fonds publics.

La controverse ouverte par le diplôme de l’Université Notre Dame reste d’ailleurs vive au sein de cette hiérarchie. "America", la revue "liberal" des jésuites de New-York, a publié, dans son dernier numéro du mois d’août, deux commentaires opposés : l’un, très critique envers Obama et les catholiques qui pensent comme lui, est de John M. D'Arcy, évêque du diocèse de Fort Wayne-South Bend, dans l'Indiana, où se trouve l'université ; le second est de John R. Quinn, l'archevêque émérite de San Francisco, chef de file du catholicisme progressiste, partisan d’une "policy of cordiality" envers l'administration Obama.

Le cœur de la controverse est revenu au premier plan fin août, à l’occasion de la mort du sénateur Ted Kennedy, un catholique qui - il l’a écrit lui-même dans une lettre à Benoît XVI rendue publique ces jours-ci - s’est battu toute sa vie pour l'aide aux pauvres, le soin des malades, l'accueil des migrants, l'abolition de la peine de mort.

"S’il avait ajouté à ces bonnes causes la protection de l’enfant à naître dans le sein maternel, s’il avait témoigné plus fortement d’une éthique cohérente de la vie, je crois que la douleur et la prière de la communauté catholique auraient été plus intenses et plus profondes", a commenté Robert Imbelli, prêtre et théologien de Boston.

Le père Imbelli est aussi commentateur pour "L'Osservatore Romano", dans lequel il a écrit des choses semblables à propos d’Obama. S’il n’y avait que lui, les évêques américains critiques n’auraient pas eu de raisons de protester contre le journal du Vatican.


2. LE CAS BERLUSCONI


En ce qui concerne Silvio Berlusconi, le chef du gouvernement italien, il y a deux motifs principaux de friction avec l’Eglise depuis quelques mois.

Le premier est l'immigration. Le gouvernement Berlusconi applique des règles très sévères pour sélectionner les entrées et refouler les clandestins. Ce qui provoque les réactions critiques d’une bonne partie des organisations de l’Eglise, pour lesquelles "l'accueil" est le premier précepte, sinon le seul.

La ligne officielle de la conférence des évêques - selon laquelle l’accueil doit au contraire être toujours accompagné et contrebalancé par la légalité et la sécurité - est donc accusée par les membres du clergé et les laïcs catholiques les plus engagés dans le "social" et même par certains évêques d’être trop modérée ou, pire, soumise au gouvernement Berlusconi. Il en est de même pour "Avvenire", le quotidien qui appartient aux évêques.

Mais si l’on compare "Avvenire" et "L'Osservatore Romano", ce dernier est, de loin, le plus respectueux des décisions du gouvernement en matière d’immigration. Giovanni Maria Vian, le professeur d’histoire qui dirige le journal du Vatican, a déclaré, dans une interview du 31 août au "Corriere della Sera", que des articles d’"Avvenire" avaient été si "excessifs et imprudents" dans leurs critiques du gouvernement qu’ils avaient déconcerté le Vatican. Il en a cité deux en particulier : un éditorial qui comparait un naufrage d’immigrants africains en Méditerranée à l’extermination des Juifs dans l'indifférence générale ; et un autre article qui contestait l'affirmation du ministre italien des Affaires étrangères selon laquelle l'Italie est le pays européen qui a secouru le plus d’immigrés en mer.

A vrai dire, même au Vatican, les voix discordantes ne manquent pas. L'archevêque Agostino Marchetto, secrétaire du conseil pontifical pour les migrants, est très critique envers la ligne du gouvernement italien et il est très apprécié par les journaux d’opposition, bien que la secrétairerie d’état ait fait savoir plus d’une fois qu’il parle à titre personnel et ne représente que lui-même.

Un autre dirigeant de la curie qui parle tant et plus contre la politique gouvernementale en matière d'immigration est le cardinal Renato Martino. Mais il a été récemment remplacé, comme président du conseil pontifical pour les migrants, par l'archevêque Antonio Maria Vegliò, qui vient de la diplomatie et est la prudence en personne.

En somme, "les rapports entre les deux rives du Tibre sont excellents", a affirmé le professeur Vian dans cette interview, les deux rives désignant ici le gouvernement italien et le Saint-Siège.

Pour le confirmer, le directeur de "L'Osservatore Romano" a évoqué et défendu le silence total de son journal sur le second élément de l’actuel conflit entre Berlusconi et l’Eglise.



***


Ce second élément concerne la vie privée du premier ministre, notamment ses écarts de conduite qu’il a résumés ainsi : "Il y a beaucoup de jolies filles en Italie et je ne suis pas un saint".

La campagne d’accusations contre la vie privée de Berlusconi, a été lancée, à la mi-juin, d’abord par sa seconde épouse - dont il est en train de se séparer – et surtout par "la Repubblica", le principal journal de la gauche italienne, qui, paradoxalement, demande depuis toujours la suppression des liens de la morale catholique.

Depuis lors, cette curiosité quant à la vie sexuelle de Berlusconi remplit sans cesse les pages de nombreux journaux, non seulement en Italie mais dans le monde. Mais pas celles de "L'Osservatore Romano". Pas une ligne. Et cela "pour d’excellentes raisons", répète Vian, qui refuse d’associer le journal du pape à un journalisme "qui semble être devenu la poursuite de la lutte politique par d’autres moyens".

Au début, il en était de même dans "Avvenire", le journal des évêques italiens. Le silence. Ou au maximum un souhait très mesuré que le premier ministre fasse disparaître des "ombres" et des "situations gênantes pour tous".

Mais depuis, parmi les évêques, dans le clergé et chez les laïcs, la tendance à lancer une ferme protestation contre Berlusconi, à cause de certains de ses comportements contraires à la morale catholique, s’est faite de plus en plus forte. Et elle s’est exprimée surtout dans "Avvenire".

Fin juin, deux fois de suite, le journal a publié côte à côte deux opinions : la première fois, celles de deux éditorialistes du journal, Marina Corradi et Piero Chinellato ; la seconde, celles de deux commentateurs extérieurs au journal, Antonio Airò et le professeur Pietro De Marco. La partie s’est achevée sur un score de 3 à 1. Seul Chinellato a choisi la critique publique "ad personam". Les autres ont affirmé, avec des arguments différents, que l’on critique le péché mais pas le pécheur et qu’un homme politique doit être jugé sur son action politique en matière d'emploi, de famille, d’école, d'immigration, etc., mais pas sur sa vie privée, qui relève du "for interne".

Et l'éditeur d’"Avvenire", c’est-à-dire la conférence des évêques ? Le 6 juillet, fête de sainte Maria Goretti, toute jeune martyre morte en défendant sa virginité, le secrétaire de la CEI, Mariano Crociata, a fait une critique de "l’étalage d’un libertinage joyeux et irresponsable" que les médias ont tous interprétée – sans être démentis – comme une allusion à Berlusconi.

Cette homélie a été comme la rupture d’une digue. A partir de ce moment, ce que des évêques, des prêtres et des laïcs faisaient déjà - critiquer la vie sexuelle du premier ministre - le directeur d’"Avvenire", Dino Boffo, a dû le faire aussi, pour répondre aux pressions de plus en plus nombreuses des lecteurs, dont certains sont haut placés.

Boffo disait quelque chose et d’autres gens arrivaient ponctuellement pour lui dire qu’il devait en dire plus. Un exemple de cette irrésistible pression à la hausse est la lettre d’un curé de Milan, publiée le 12 août, avec la énième réponse de Boffo.

Cherchant à remédier à ce spectacle - mis involontairement en scène par "Avvenire" - d’une conférence des évêques dépourvue d’un guide faisant autorité et énergique, où celui qui commande est celui qui crie le plus fort contre un gouvernement pourtant si attentif aux intérêts de l’Eglise dans les domaines de la vie et la famille, le secrétaire d’état du Vatican, Tarcisio Bertone, a organisé une rencontre avec le premier ministre Berlusconi à L'Aquila, le 28 août, à l’occasion de la fête du "Pardon" instituée par le pape Célestin V.

A la veille de cette rencontre, le cardinal Bertone a accordé à "L'Osservatore Romano" une longue interview, très apaisante dans sa manière de présenter les rapports entre l’Eglise et le gouvernement italien.

Le même jour, dans "la Repubblica", l'éditorialiste-théologien Vito Mancuso accusait le secrétaire d’état de vouloir déjeuner à la table d’Hérode au lieu de critiquer ses méfaits. "L'Osservatore Romano" lui a tout de suite répondu que l’Eglise n’accepte pas un "engagement partisan dans des affaires politiques contingentes", parce que ce qui l’intéresse est "le soin individuel des consciences" et non la condamnation publique du pécheur.

L’annulation, à la dernière minute, de la rencontre entre Berlusconi et le cardinal Bertone a été provoquée par l'attaque inattendue lancée contre le directeur d’"Avvenire", Boffo, par "il Giornale", le quotidien appartenant au frère de Berlusconi.

Le 28 août, "il Giornale", dirigé par Vittorio Feltri, titrait sur une pleine page : "Accident sexuel pour le directeur d’'Avvenire'. Le supermoraliste condamné pour harcèlement. Dino Boffo, directeur du journal des évêques italiens et engagé dans la violente campagne de presse contre les péchés du premier ministre, intimidait l’épouse de l'homme avec lequel il avait une relation".

Les jours suivants, il est apparu que les fondements de l'attaque étaient douteux. Boffo a clamé son innocence. L’actuel président de la CEI, le cardinal Angelo Bagnasco, l’a pleinement défendu, comme son prédécesseur, le cardinal Camillo Ruini, qui avait voulu Boffo comme directeur d’"Avvenire" et lui avait confirmé sa confiance même après que, à partir de 2002, des accusations eurent commencé à circuler contre lui. Accusations sous forme de billets anonymes mis en circulation à chaque fois que l’on voulait attaquer, à travers Boffo, la présidence de la CEI, par exemple lors de la querelle à propos de la nomination du recteur de l'Université Catholique de Milan : dans cette affaire, le cardinal Angelo Sodano, alors secrétaire d’état, l'ancien président de la République italienne Oscar Luigi Scalfaro, l'ancien président du conseil Emilio Colombo et Carlo Balestrero, alors directeur administratif de l’université - tous membres de l'Institut Giuseppe Toniolo qui supervise l’Université Catholique et dont Boffo fait aussi partie – s’opposèrent infatigablement à Lorenzo Ornaghi, l'homme de Ruini.

Récemment, des papiers anonymes ont recommencé à circuler, avec comme objectif un changement de direction à la tête des journaux, télévisions, radios, de l’Eglise italienne, actuellement tous concentrés dans les mains de Boffo. Le 31 août, l’évêque de Mazara del Vallo, Domenico Mogavero, ancien sous-secrétaire de la CEI et actuel président du conseil pour les affaires juridiques, s’est fait le porte-parole de ces demandes en déclarant que "pour le bien de l’Eglise et de son journal" Boffo "pourrait se demander s’il ne devrait pas démissionner".

A propos de l'attaque lancée contre Boffo par "il Giornale" - au détriment de son éditeur, Berlusconi, qui a intérêt à avoir des rapports pacifiques avec l’Eglise -"L'Osservatore Romano" n’a publié qu’une très courte citation du cardinal Bagnasco.

En ce qui concerne la confusion que l’on constate au sein de l’Eglise italienne, le cardinal Bertone sera maintenant tenté de reprendre en main sa lettre du 25 mars 2007 au cardinal Bagnasco, à l’occasion de sa nomination comme président de la CEI, dans laquelle il revendiquait "la respectueuse direction du Saint-Siège, ainsi que la mienne [...] en matière de rapports avec les institutions politiques".

Ecrite alors que l’extraordinaire leadership du cardinal Ruini était encore à son apogée, cette lettre fut interprétée par la CEI comme une gifle. Et retournée à l’expéditeur.

Aujourd’hui, elle retrouve étrangement son actualité.



A propos du cas Berlusconi, voir l'interview accordée par le cardinal Tarcisio Bertone à "L'Osservatore Romano" du 28 août 2009, peu de temps avant la rencontre avec le chef du gouvernement italien, qui fut ensuite annulée :

> Il progetto di Chiesa e di società di Benedetto XVI

Ainsi que le quotidien appartenant à la conférence des évêques d’Italie :

> Avvenire



A propos du cas Obama, voici les deux commentaires opposés publiés par "America" dans son numéro daté du 31 août 2009.

Celui "contre" de John M. D'Arcy, évêque de Fort Wayne-South Bend :

> The Church and the University. A pastoral reflection on the controversy at Notre Dame

Et celui "pour" de John R. Quinn, archevêque émérite de San Francisco :

> The Public Duty Of Bishops. Lessons from the storm in South Bend

Sur les antécédents de la controverse, voir dans www.chiesa :

> Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête (5.7.2009)

> Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen (26.5.2009)

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

26.05.2009

Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen

La conférence des évêques des Etats-Unis veut que, dans la lutte contre l'avortement, le président passe des promesses aux faits. Beaucoup de catholiques n'ont pas confiance en lui et accusent aussi le Vatican de céder. Ont-ils raison? Une analyse à contre-courant par le théologien Robert Imbelli


Par Sandro Magister





ROME, le 26 mai 2009 – Le diplôme "honoris causa" remis, la semaine dernière, au président Barack Obama par l'université catholique de Notre Dame, à South Bend, dans l’Indiana, a provoqué un nouveau sursaut de protestations.

Mais elle a aussi donné des motifs de réflexion et d’action plus calmes.

Les protestataires les plus sévères ont été les chefs de file de la pensée catholique néoconservatrice: Michael Novak, George Weigel, Deal Hudson.

Leur protestation a surtout visé le Vatican et "L'Osservatore Romano", accusés d’être trop indulgents pour Obama malgré ses positions contraires à la doctrine de l’Eglise en matière de bioéthique.

Deal Hudson, depuis le site "Insidecatholic.com" dont il est le fondateur, a demandé la tête de Giovanni Maria Vian, directeur du quotidien du Saint-Siège et il a invité ses lecteurs à en réclamer la destitution en écrivant au secrétaire d’état du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone. D’après Hudson il faudrait aussi renvoyer le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican.

George Weigel, sur "National Review Online", a dit que "L'Osservatore Romano" n’exprime pas automatiquement à chaque ligne les positions du Saint-Siège mais qu’il a en tout cas démontré, par son attitude dans cette affaire, la présence au Vatican d’un fort courant pro-Obama et une "triste ignorance de l’histoire américaine récente" et de l'attaque du nouveau président contre la doctrine de l’Eglise en matière de vie.

Michael Novak, dans un commentaire publié par le quotidien italien "Liberal", a lui aussi accusé "L'Osservatore Romano" de ne pas comprendre la réalité américaine, ce qui fait qu’il "s’est mis du côté des pro-avortement et contre la minorité marginalisée des fidèles catholiques pratiquants". C’est comme si les papes qui ont qualifié l'avortement de "mal intrinsèque" avaient parlé en vain: "Nous avons demandé du pain à Rome et 'L'Osservatore Romano' nous a donné des pierres".

Hudson, Weigel et Novak n’ont montré aucune confiance en l’offre de dialogue lancée par Obama aux défenseurs de la vie naissante, dans son discours du 17 mai à l'université de Notre Dame. Selon eux, le nouveau président reste ferme sur ses positions pro-avortement. Aux "pro life" et à eux seuls il demande d’accepter des compromis: ainsi, en fin de compte, ce qu’il appelle dialogue "n’est qu’une demande de reddition sans conditions".


***


Certains évêques – parmi ceux qui, à plus de 70, avaient critiqué avant le 17 mai la décision de l'université catholique de Notre Dame de récompenser le président "pro-avortement" – ont aussi réagi négativement à l’offre de dialogue lancée par Obama dans son discours à la cérémonie de remise de diplômes.

Au contraire les dirigeants de la conférence des évêques des Etats-Unis ont montré qu’ils trouvaient dans le discours d’Obama des éléments positifs, tout en gardant de fortes réserves sur certaines décisions déjà prises par le président.

Dans une note officielle du 22 mai, le président de la conférence, le cardinal Francis E. George, archevêque de Chicago, a remercié le président de ce qu’il avait dit à propos du droit à l'objection de conscience pour les opérateurs sanitaires opposés à l’avortement. Il a ajouté que personne ne doit être obligé de financer les avortements avec l’argent de ses impôts. Il l’a invité à concrétiser ses promesses et l’a assuré de la volonté de la conférence des évêques de "travailler avec l'administration et les législateurs" pour réduire le plus possible les avortements.

Le même jour, le secrétaire général de la conférence des évêques, Mgr David Malloy a de nouveau critiqué le décret par lequel, le 9 mars, Obama a levé l’interdiction de détruire des embryons à des fins de recherche: une décision dans laquelle "ni la science ni l'éthique n’ont été prises en compte".

"L'Osservatore Romano", dans son édition du 24 mai, a parlé de ces deux prises de position, sous le titre, repris en première page: "Les évêques des Etats-Unis parlent de recherche et d’objection de conscience. Les limites infranchissables du dialogue avec la Maison Blanche et le Congrès en matière d’éthique".


***


La note du 22 mai du cardinal George fait donc naître cette question naturelle: qu’a dit précisément Obama dans son discours à Notre Dame, pour amener le président des évêques des Etats-Unis à lui faire confiance, même si c’est avec prudence et dans des limites "infranchissables"?

En effet, dans le feu des polémiques, le discours d’Obama a été peu lu et analysé. Il doit pourtant s’y trouver quelque chose de significatif pour qu’en Italie un commentateur au-dessus de tout soupçon comme Giuliano Ferrara – le plus "ratzingerien" des défenseurs laïcs de la vie naissante – l'ait publié intégralement dans le quotidien "il Foglio" qu’il dirige et qu’il y ait reconnu un terrain commun sur lequel "pro life" et "pro choice" puissent agir ensemble pour réduire le nombre de femmes qui cherchent à avorter.

Un autre discours important du 17 mai à Notre Dame a été encore moins lu et analysé: celui du juge John T. Noonan, qui a reçu en 1984 la plus haute distinction de cette université catholique, la médaille "Laetare".

La note ci-dessous comble ce manque. Elle analyse les discours d’Obama et de Noonan. Elle en fait ressortir les éléments de conflit mais surtout d’espoir. Avec des observations aiguës et surprenantes.

Son auteur, Robert Imbelli, prêtre du diocèse de New-York, enseigne la théologie au Boston College.

Mais il écrit aussi pour "L'Osservatore Romano". Le 28 janvier 2009, il y a publié un commentaire du discours de prise de fonctions du nouveau président, intitulé "Obama, Lincoln et les anges", qui se terminait ainsi:

"Cela reste l’espérance et la prière de l'Amérique. Mais nous prions aussi pour que les anges des enfants conçus mais pas encore nés ne soient pas négligés. Nous prions pour que les liens d'amour du pays aillent jusqu’à eux. Pour qu’ils ne soient pas exclus du pacte de citoyenneté".

Précédemment, le 12 août 2008, toujours dans "L'Osservatore Romano", Imbelli avait fait un compte-rendu favorable du livre "Render Unto Caesar" de l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, qui est aujourd’hui l’un des critiques les plus sévères de la présidence Obama.

C’est donc un commentateur équitable qui écrit...



Conflit et espoir à l'université de Notre Dame

par Robert Imbelli



Cette année, la cérémonie de remise des diplômes à l'université de Notre Dame, dans l'Indiana, a été l’une des plus controversées de la prestigieuse histoire de cette éminente université catholique. Le motif: Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, a été invité à faire un discours aux diplômés et à recevoir un diplôme "honoris causa" en droit. Ce qui a provoqué une explosion de critiques, c’est notamment l’attribution d’une récompense honorifique à un président dont la politique défend le droit à l’avortement et soutient la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

En un blâme public sans précédent, plus de 70 évêques catholiques des Etats-Unis ont sévèrement reproché à Notre Dame d’avoir violé les indications de la conférence des évêques sur l’attribution de récompenses honorifiques à ceux qui s’opposent à l'enseignement de l’Eglise catholique sur des points fondamentaux. L’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame a boycotté la cérémonie en signe de protestation. De plus, Mary Ann Glendon, ex-ambassadeur près le Saint-Siège et professeur de droit à Harvard, qui avait été choisie pour recevoir la médaille "Laetare", la plus haute récompense à Notre Dame, l’a refusée en raison de la désobéissance de Notre Dame à la directive des évêques.

La polémique, ayant fait rage pendant plusieurs semaines avant la cérémonie, a été l’objet d’une large couverture par les médias laïcs et religieux. Puis le débat a continué avec la même vigueur sur des sites web catholiques, des journaux et des revues. Je propose ici quelques réflexions inspirées à la fois par le discours du président et par celui qu’a prononcé, pour la médaille "Laetare", John Noonan, juge à la cour d'appel des Etats-Unis, ancien professeur de droit à Notre Dame et auteur apprécié de nombreux essais sur le développement de l’enseignement moral catholique.

Comme on pouvait s’y attendre, le président Obama a fait un discours à la rhétorique puissante et efficace. Il a combiné d’émouvantes références à son histoire personnelle et un appel passionné à la courtoisie et au dialogue, notamment quand des citoyens ont des croyances et des points de vue différents. Il en a fait une condition préalable pour un échange constructif dans une démocratie et pour créer un "terrain commun". Il a mis en garde contre la tentation de diaboliser ceux avec qui l’on n’est pas d’accord.

Obama a dit que, jeune travailleur social à Chicago, il avait été inspiré par feu le cardinal Joseph Bernardin, qu’il a qualifié d’"homme gentil, bon et sage". Il a aussi indiqué combien il avait été impressionné par les Eglises chrétiennes qui, dans la zone de Chicago, travaillaient ensemble au service des pauvres et des marginaux. C’est leur témoignage qui l’a incité à devenir membre de l’une des paroisses protestantes.

Même ceux qui ont critiqué l’invitation de Notre Dame et le discours du président reconnaissent qu’il a fait des gestes en direction des préoccupations de ceux qui le critiquent. Il a parlé d’un effort commun pour réduire le nombre d’avortements, promouvoir l'adoption d’enfants en bas âge et protéger par une "clause de conscience" les médecins et infirmiers opposés à l’avortement. Ce serait des pas significatifs, s’ils entraient en vigueur.

Mais les critiques soulignent que l'appel du président au dialogue, s’il est habile stratégiquement, sert à camoufler des questions d’une importance considérable. Selon eux, son appel à une discussion courtoise masque un soutien inflexible au droit à l’avortement, qui frappe le droit à la vie des plus vulnérables créatures de Dieu. Et, clairement, l'invitation à continuer le dialogue peut être un expédient commode puisque, en définitive, le pouvoir de décision et de mise en œuvre est uniquement aux mains de celui qui lance l'appel et détient l’impressionnant pouvoir de la présidence.

Alors, dans cette impasse apparente, où se trouve l’espoir? Je voudrais attirer l'attention sur trois points du discours présidentiel qui ont été peu commentés jusqu’à présent. D’abord, il n’a pas simplement dit que, grâce au témoignage de chrétiens socialement engagés, il était devenu membre d’une Eglise. Il a dit une chose plus remarquable: que, grâce à leur témoignage, "il avait été conduit au Christ". Aller au Christ, bien sûr, comporte des conséquences morales, mais, au-delà de la morale, cela implique un nouvel ordre de relations et une conversion permanente.

Deuxième point: est-ce à la lumière de cette venue au Christ que le président Obama a pu parler, de façon presque augustinienne, de "péché originel"? Je ne me souviens pas d’avoir entendu le concept de péché originel dans la bouche d’un précédent président américain et sûrement pas avec la force et la conviction dont Obama a fait preuve. Il a parlé de "notre égoïsme, notre orgueil, notre obstination, notre volonté de posséder, nos incertitudes, nos egos", tout ce qui nous atteint tous, brouille notre intelligence et diminue notre amour.

Enfin, le président Obama a fait appel à la "loi qui unit tous les peuples croyants et incroyants... C’est bien sûr la règle d’or: l'appel à traiter l'autre comme nous voulons être traités, l'appel à l'amour, l'appel à servir". Même s’il n’a pas employé le mot, c’est ce que dit la tradition catholique quand elle parle de la loi naturelle inscrite dans le cœur des hommes par leur Créateur.

Donc, si à un premier niveau le président a paru se concentrer surtout sur un dialogue respectueux et sur des "mots impartiaux", à un niveau plus profond il a semblé chercher des principes unificateurs, peut-être même différents de ses positions précédemment exprimées. En effet ces principes, s’ils étaient pleinement développés, pourraient même amener le président – non sans sacrifices personnels – à revoir certaines des pratiques qu’il soutient actuellement.

En un généreux hommage, le président Obama a appelé Notre Dame un "phare spécifique, qui apporte les lumières de la sagesse de la tradition catholique". Un bel exemple de cette sagesse catholique est le juge John Noonan, qui a fait le discours "Laetare" à la place de l'ambassadeur Glendon. Il est regrettable que son discours mesuré n’ait presque pas été cité dans les comptes-rendus des médias, obsédés par les célébrités et les polémiques. Mais ses propos, concis, respectueux, mais ciblés, méritent une grande attention. Il a parlé d’une voix douce et calme, comme un murmure de la conscience.

Le juge Noonan a parlé du développement de la sensibilité morale de l’homme, qui a amené le monde civilisé à dénoncer les génocides, les tortures, l’esclavage comme d’inqualifiables maux moraux. Mais il a bien montré que cette netteté morale est le fruit de siècles de conflits, d’expériences, d’intuitions douloureuses et "de la lumière qu’irradie l’Evangile". Et il a insisté sur le fait que, si la "conscience" doit être toujours respectée et jamais contrainte, toutes les consciences ne sont pas aussi éclairées moralement et aussi droites.

De manière significative, Noonan a choisi un exemple frappant pour expliquer sa pensée: le débat entre le président Abraham Lincoln et l'ancien esclave Frederick Douglass. La clarté morale et la conviction de Douglass contribuèrent à guider la démarche morale de Lincoln jusqu’à ce qu’il publie la "Proclamation d’émancipation" qui donna la liberté aux esclaves dans les Etats sécessionnistes. Cela implique, de manière subtile mais tout à fait claire, que le président Obama peut, comme Lincoln qu’il vénère, parvenir à plus de clarté à propos de la grave question morale de l'avortement.

Un autre aspect du discours du juge Noonan, qui a échappé même à ceux qui ont pris la peine de l’écouter, est la référence implicite à John Henry Newman. Dans une phrase qui fait écho à Newman à la fois quant au fond et à la forme, Noonan a dit: "Par la conscience nous percevons ce que Dieu attend de nous... Ce guide mystérieux, impalpable, imprescriptible, indestructible et indispensable gouverne notre vie morale". Pour Newman comme pour Noonan, la conscience n’est ni un besoin atavique, ni une impulsion émotionnelle, ni une création de l’homme, mais la voix de Dieu. Ainsi comprise, la conscience est, pour reprendre la forte formule de Newman, "le premier de tous les vicaires du Christ". Comme Newman l’écrivit dans sa célèbre lettre au duc de Norfolk: "La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs; mais aujourd’hui, pour bien des gens, la conscience a tout à fait le droit et la liberté de faire abstraction de la conscience, de ne pas tenir compte du Législateur et Juge, de se libérer des obligations invisibles".

L’enjeu du conflit sur l’avortement, aux Etats-Unis et ailleurs, est de savoir quelle forme de conscience prévaudra: la conscience comme volonté de Dieu ou comme volonté personnelle? L’espoir qui soutient ceux qui ont été formés dans la tradition de la sagesse catholique est la formule inscrite sur la médaille "Laetare", citée par le juge Noonan en conclusion de son discours: "Magna est Veritas et praevalebit", la Vérité est grande et elle prévaudra.

Mais il y a un autre espoir, tissé presque imperceptiblement dans le tissu des toges académiques de Notre Dame, y compris celle que portait le président Obama pour recevoir son diplôme honoraire. Trois mots latins - Vita, Dulcedo, Spes - qui viennent, bien sûr, de la vieille prière à la Vierge, le "Salve Regina". Marie est vie, douceur et espérance, trois valeurs incarnées dans le fruit de ses entrailles et des entrailles de toutes les mères: "benedictum fructum ventris". Puisse la Mère de Dieu, Siège de la Sagesse, guider et inspirer son université afin que la Vérité de l’Evangile puisse effectivement prévaloir.


Le texte intégral du discours d’Obama à l'université de Notre Dame:

> Commencement Address


Et celui du juge John T. Noonan:

> "Laetare" Remarks


Trois commentaires critiques contre le Vatican et "L'Osservatore Romano". Celui de Deal Hudson sur "Insidecatholic.com":

> "L'Osservatore Romano" Needs a New Editor

Celui de George Weigel sur "National Review Online":

> Parsing the Vatican Newspaper

Celui de Michael Novak dans le quotidien italien "Liberal":

> Osservatore traditore


La note (22 mai) du cardinal Francis E. George, président de la conférence des évêques des Etats-Unis:

> Cardinal George grateful for Obama promise...


Et celle du secrétaire de la conférence, David Malloy:

> USCCB General Secretary urges respect for human life...


Le commentaire de Robert Imbelli sur le discours de prise de fonctions d’Obama, dans "L'Osservatore Romano" du 28 janvier 2009:

> Obama, Lincoln e gli angeli

Et son analyse du livre "Render Unto Caesar" de l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, dans "L'Osservatore Romano" du 12 août 2008:

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver


A propos d’Obama, Notre Dame et "L'Osservatore Romano", le précédent article de www.chiesa:

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.