29.05.2010

Pie XII: le cardinal Kasper fait le point sur les recherches

Les déclarations de Vatican II sur le judaïsme, « irrévocables »


ROME, Vendredi 28 mai 2010 (ZENIT.org) - L'ouverture des archives du Vatican sur le pontificat de Pie XII, annoncée par le Saint-Siège aura lieu d'ici 6 ans, indique le cardinal Walter Kasper, dans une conférence à l'université « Hope » de Liverpool, dans laquelle il rappelle aussi que les déclarations de Vatican II sur le judaïsme sont « irrévocables » (cf. Zenit du 27 mai 2010).

Le président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, qui est aussi le président de la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, a redit que l'Eglise n'a rien à cacher », et « rien à craindre ».

Il a jugé bon de revenir « brièvement » sur le présumé « silence » de Pie XII, en se défendant d'être un « expert en la matière » et par conséquent, il a annoncé un exposé qui ne serait pas « exhaustif », soulignant que « beaucoup de questions sont encore ouvertes et nécessitent des recherches ultérieures ».

Nous traduisons intégralement ce passage du discours sur le pontificat de Pie XII.


 

 

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« Pie XII a été pape (1938-58) à l'une des époques les plus difficiles de la papauté, au cours de la seconde guerre mondiale, alors que Rome était sous la domination de Mussolini et ensuite occupée par l'Allemagne. L'évaluation par ses contemporains de son pontificat pendant la seconde guerre mondiale a été plutôt positive. Dans son message radio de Noël 1942, le pape a été très clair et les nazis ont très bien compris ce qu'il voulait dire. Le New York Times, qui est connu comme un journal favorable à l'Eglise, avait déjà, en 1941, publié un éditorial qui parlait du pape comme la seule voix [entendue] dans le silence et dans les ténèbres, et de son courage d'élever la voix. Après la déportation de plus de 1000 juif s de Rome (15 seulement ont survécu), en octobre 1943, il a ordonné à l'Eglise d'offrir un asile général dans tous les couvents et les maisons ecclésiastiques, y compris le Vatican et Castel Gandolfo. Des estimations faisant autorité indiquent que 4500 juifs ont été cachés.

« Après la mort du pape, celle qui était alors le ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre d'Israël, Mme Golda Meir, a remercié le pape en termes chaleureux pour ce qu'il avait fait à une époque sombre pour le peuple juif. De même, celui qui était alors le grand rabbin Herzog de Jérusalem, a fait l'éloge du pape pour son action. Ce ne sont que quelques témoignages de personnes haut placées et bien informées, qui étaient bien conscientes de ce qui s'était passé et que l'on peu appeler des temoins de l'époque.

« Avec la pièce de théâtre imaginaire de Hochhut « Le Vicaire » (1963), la perception a radicalement changé. Depuis lors, le reproche de silence sur l'extermination des juifs s'est largement répandu. Hochhut n'était pas un historien et il est aujourd'hui prouvé qu'il dépendait de sources communistes. L'un des premiers à défendre Pie XII a été un juif polonais, Joseph Lichten, un diplomate qui, ensuite, en tant que directeur du département des Affaires internationales de la Ligue anti-diffamation de la « B'nai B'rith », a joué un rôle éminent dans le dialogue interreligieux. La récente recherche historique sérieuse est nuancée. Il y a encore des juifs qui aujourd'hui défendent Pie XII et d'un autre côté, il y a des auteurs catholiques qui critiquent son attitude. Il n'y a donc pas de frontière claire entre juifs et catholiques, bien que la majorité des juifs, spécialement en Israël, soient toujours critiques. Est-ce que cela vient d'un manque d'information sur le travail de recherche historique le plus récent ? Je laisse la question ouverte.

« Le principal problème est l'accès aux sources. La demande d'ouverture des archives du Vatican est une demande légitime. Depuis 2003, l'accès est possible jusqu'à la fin du pontificat de Pie XI, en 1939, une période au cours de laquelle, le futur Pie XII était secrétaire d'Etat. Le matériel déjà accessible actuellement prouve que Pie XII j'a jamais été le pape de Hitler (comme l'a prétendu John Cornwell, 1999) ; au contraire, il a été le plus proche collabotrateur du pape Pie XI dans la publication de l'encyclique « Mit brennender Sorge » (1937), qui fait une ardente condamnation de l'idéologie raciale nazie. Les archives travaillent actuellement sous une intense pression sur le projet de préparer l'accès au pontificat de Pie XII, mais l'enregistrement et la préparation de millions de documents de façon professionnelle, comme il se doit, requiert du temps et seront achevés dans environ 5 ou 6 ans, après quoi, l'accès sera permis aux chercheurs. Car nous croyons que nous n'avons rien à cacher et que nous n'avons pas de motif d'avoir peur de la vérité.

« Onze volumes avec les documents du Saint-Siège ont déjà été publiés et récemment de nombreuses autres sources ont été rendues disponibles. Mais connaître les faits n'est qu'un aspect, car l'histoire n'est pas seulement une question de faits, mais aussi de l'interprétation historique des faits : dans ce cas, les faits qui se sont produits il y a plus d'un demi-siècle dans un contexte qui est non seulement politiquement mais aussi mentalement radicalement différent du nôtre, et difficile à comprendre pour une génération qui a eu la chance de ne pas avoir connu une telle expérience.

« La question fondamentale est le débat entre ceux qui auraient préféré une déclaration plus prophétique et ceux qui sont d'accord avec l'attitude du pape de jugement prudentiel. Pie XII n'était pas un homme aux gestes prophétiques ; c'était un diplomate et il a décidé de ne pas se taire mais d'être modéré dans ses déclarations publiques parce qu'il savait que des paroles plus fortes n'amélioreraient absolument rien ; au contraire, elles auraient provoqué une vengeance brutale et empiré la situation. Il décida par conséquent non pas d'agir par des paroles, mais d'aider pratiquement le plus qu'il le pouvait. De cette façon, seul à Rome, il a sauvé des milliers de vies juives.

« Ce fut un jugement de conscience dans une situation historique extrême, qui doit être évaluée en considérant la situation d'alors, l'information alors disponible, et les possibilité qu'on avait alors, et non pas à partir des vues et des possibilités d'aujourd'hui. Ce point est important pour la question d'une béatification éventuelle. Si elle avançait, ce ne serait pas un jugement historique mais un discernement spirituel sur la question de savoir si le pape, dans sa situation, a suivi sa conscience personnelle, et a fait la volonté de Dieu comme il la comprenait, dans cette situation là. Ainsi, l'éventualité d'une béatification n'exclurait pas de nouvelles recherches et interprétations historiques, et n'exclurait pas non plus l'idée que d'autres personnes, avec un caractère différent, auraient pu en venir à des conclusions différentes, et auraient pu agir différemment.

« Je le répète, je ne suis pas un historien ; je présume que la controverse sur l'interprétation va continuer et que la question historique restera une question ouverte, avec différentes interprétations, même après l'ouverture des archives et peut-être la discussion demeurera-t-elle ouverte jusqu'à la fin des temps. Car qui oserait dire le dermier mot d'un événement aussi monstrueux que l'Holocauste ? La seule réponse adéquate peut être la honte et la repentance, du fait que les catholiques n'ont pas réagi avec plus de force, et la metanoia, c'est-à-dire une nouvelle façon de penser, et un nouveau comportement, aujourd'hui, de façon à construire de nouvelles relations avec le peuple juif ».

Source : Le Times online (pour le texte original en anglais)

04.03.2009

Un nouveau document atteste l’action de Pie XII en faveur des juifs

Révélations de l’historien Peter Gumpel

 

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A gauche : Peter Gumpel - à droite : Pie XII


ROME, Mercredi 4 mars 2009 (ZENIT.org) - Un nouveau document atteste l'action de Pie XII en faveur des juifs, révèle aujourd'hui au micro de Radio Vatican l'historien Peter Gumpel, sj, relateur de la cause de béatification du pape Pacelli.

Il s'agit d'une Note extraite du « Mémorial des religieuses Augustines du Monastère de Quatre Saints Couronnés » de Rome, le fameux monastère qui a accueilli des juifs persécutés pendant l'occupation nazie, non loin du Latran, dont le séminaire était aussi plein de réfugiés.

On y lit ceci : « Le Saint-Père veut sauver ses Enfants, y compris les Juifs, et ordonne aux monastères d'accorder l'hospitalité aux persécutés ».

La note date de novembre 1943. Elle comporte une liste de 24 personnes accueillies par le monastère, conformément à la volonté du pape.

Ce genre de témoignage est « rare » commente le P. Gumpel : la clandestinité et le danger impliquait la plupart du temps la destruction de toute trace, ce qui rend difficile la tâche des historiens. Ils doivent, comme le fait Yad Vashem interroger les survivants et enregistrer leurs témoignages.

L'historien ajoute : « Il s'agit d'un document que j'ai moi-même obtenu des sœurs augustines, un document écrit, et important pour cette raison. Ce n'est pas le seul témoignage que l'on ait dans ce sens. Il y a de nombreux témoignages oraux, de religieuses et de prêtres mais aussi d'autres personnes mais souvent on manque de témoignages contemporains écrits, et cela a donné à certains - qui continuent d'attaquer Pie XII - de contester et de dire : « Il n'y a pas de documents attestant qu'il ait jamais fait quelque chose durant la rafle des juifs du 16 octobre 1942. C'est d'une fausseté totale. La seule chose à relever c'est qu'en temps de persécution et dans des situations comme celles dans lesquelles on vivait alors à Rome, quelqu'un de prudent ne mettait pas beaucoup de choses « noir sur blanc », parce qu'il y avait le danger que celles-ci tombent aux mains des ennemis et qu'ils ne prennent des mesures encore plus hostiles contre l'Eglise catholique ».

Le père Gumpel explique comment opérait le pape dans ces conditions : « L'œuvre de sauvetage de Pie XII - par ailleurs attestée aussi par de nombreuses sources juives - a été faite à travers des messagers personnels - des prêtres - qui étaient envoyés à différentes institutions et à des maisons catholiques de Rome - universités, séminaires, paroisses, convents de sœurs, maisons de religieux - avec toujours ce même message : ‘Ouvrez vos portes à tous ceux qui sont persécutés par les nazis', et naturellement, cela valait en premier lieu pour les juifs ».

Pour ce qui est de la « résistance » à accepter ces témoignages, le P. Gumpel explique : « Nous avons affaire à des personnes qui disent en quelque sorte : ‘Nous croirons à l'œuvre de Pie XII en faveur des juifs seulement si nous avons un document écrit'. Nous avons maintenant deux documents écrits : l'un envoyé à l'évêque d'Assise, Mgr Nicolini, qui l'a fait voir à son collaborateur, le Révérend Brugnazzi. Ils ont ensuite été décorés tous les deux par Yad Vashem comme des ‘Justes parmi les Nations' ».

 Le site de Yad Vashem consacre en effet toute une section au « réseau d'Assise » et à l'équipe de Mgr Giuseppe Placido Nicolini.

« Ici, à Rome, continue le P. Gumpel, nous avons maintenant ce document de la chronique des Sœurs Augustines cloîtrées. Je le répète : c'est une nouvelle confirmation qui peut être utile pour ceux qui veulent persister à dénigrer Pie XII et ce faisant attaquer l'Eglise catholique ».

Enfin, pour ce qui concerne la cause de béatification, le P. Gumpel précise : « La cause de canonisation de Pie XII a eu un verdict le 9 mai 2007 : 13 cardinaux et évêques du tribunal le plus haut de la Congrégation pour les causes des saints se sont prononcés à l'unanimité positivement en faveur des vertus du pape Pie XII. On attend la signature du décret par le pape » sur « l'héroïcité » des vertus du pape Pacelli.

Avant une béatification (étape précédant la canonisation), l'enquête de cette congrégation doit établir, rappelons-le, si le baptisé a vécu les vertus humaines et chrétiennes de façon héroïque. Ensuite, pour la béatification, il faut l'authentification d'un miracle dû à l'intercession du candidat à la gloire des autels. Il faudra un nouveau miracle pour que la canonisation aboutisse ensuite : le processus prend des années et parfois des siècles.

Rappelons aussi que l'image de Pie XII était très positive à sa mort, et il a reçu un hommage unanime en particulier dans la communauté juive, comme en témoignage le message de Mme Golda Meir. Cette image a ensuite été brouillée à partir de la publication de la pièce de théâtre « Le Vicaire », dont la documentation est très contestée par une nouvelle génération d'historiens.

Elle était due à l'auteur d'Allemagne de l'Est Rolf Hochhuth. L'œuvre originale, qui durait huit heures, avait été, selon les critiques de théâtre, « manifestement écrite par un débutant ».

Pour améliorer la pièce et faire en sorte qu'elle puisse être jouée, Erwin Piscator, un habile metteur en scène et producteur, est venu en aide à Hochhuth. Selon le père Gumpel, Erwin Piscator était « manifestement communiste. Réfugié en Union soviétique pendant la Deuxième guerre mondiale, il avait travaillé en Allemagne et aux Etats-Unis auprès de bureaux et d'universités notoirement procommunistes ».

Il est évident pour le père Gumpel que « la réduction de la pièce à deux heures et le montage du texte avec les calomnies contre Pie XII sont dus à l'influence de Piscator » (cf. Zenit du 19 février 2007).

Quant à la responsabilité de l'Union soviétique dans cette opération, l'historien explique qu' « au Vatican on savait depuis longtemps que la Russie bolchevique était à l'origine de cette campagne de discrédit contre Pie XII ».

Et de préciser que « dans les pays occupés par les communistes après la seconde guerre mondiale, « Le Vicaire » de Hochhuth était obligatoirement représenté au moins une fois par an dans toutes les grandes villes ».

Il cite « les quotidiens et les revues communistes comme l'Unità en Italie et l'Humanité en France, qui ont fait une grande propagande à l'œuvre de Hochhuth : aucun doute donc quant à son influence communiste ».

« Je ne peux affirmer que Hochhuth était un agent des russes, affirme le père Gumpel, mais il est évident que son œuvre a été fortement influencée par l'appareil communiste »

Anita S. Bourdin