03.04.2009

Message de Pâques aux guadeloupéens

« La vie a vaincu la mort, la croix a vaincu l’enfer », rappelle Mgr Hamot

 

http://www.eglise.catholique.fr/img/1-957-234x160-0/pre-jean-hamot.jpg


ROME, Vendredi 3 avril 2009 (ZENIT.org) - « La résurrection est pour notre monde une espérance », écrit Mgr Jean Hamot (photo), administrateur diocésain de Guadeloupe dans son message de Pâques aux chrétiens de l'île, après une crise qui, pendant 44 jours, a placé les guadeloupéens « au centre du monde », et qui, souligne-t-il a été pour tous « un vrai chemin de croix ». 

« Nous avons pris la route de Pâques par anticipation, le carême a commencé pour nous avant l'heure », reconnaît d'emblée Mgr Hamot dans son message. « Mais sommes-nous suffisamment à l'écoute de cette crise. Quelles seront les conséquences pour nous, pour le pays, pour l'Eglise ? » s'interroge Mgr Hamot qui invite les fidèles à regarder aujourd'hui « l'annonce de la croix comme événement de salut ». 

« La victoire de Pâques, la victoire du Christ sur le péché et la mort nous ouvre l'espérance qui ne trompe pas », souligne-t-il.  

Jésus Christ « a subi l'épreuve et il est resté fidèle. Il a fui la tentation qui le détournerait de sa mission. Il a obéi au Père, il lui a fait confiance, il s'est donné, abandonné à lui. Il s'est ouvert à l'avenir de Dieu. Il a marché dans l'espérance », rappelle-t-il. « Et dans la mort de Jésus, Dieu reconnaît en quelque sorte que nous sommes des êtres dignes de sa propre vie. Il nous invite à entrer dans son dessein qui est amour, liberté, vie, car il possède en lui le germe de vie éternelle ». 

Beaucoup de chrétiens de Guadeloupe, s'était-il félicité au début de son message, ont manifesté la présence de l'Eglise durant cette période de crise, aidant « à découvrir la souffrance de nombreux guadeloupéens à cause de la « cherté de la vie », l'importance « de développer le vivre ensemble, la solidarité » et montrant « qu'une autre Guadeloupe est possible ».  

Aujourd'hui Mgr Hamot souhaite que tous les guadeloupéens reconnaissent « la victoire de Pâques, cette victoire du Christ sur le péché et la mort », comme un temps d'ouverture à l'espérance vers l'instauration de « temps nouveaux ».  

Reprenant une citation de l'encyclique de Benoît XVI, « Sauvés dans l'espérance », l'administrateur diocésain de Guadeloupe rappelle que « le message chrétien n'est pas seulement ‘informatif'», mais « performatif », ceci signifiant, explique-t-il que « l'Evangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie ».  

« La porte obscure du temps, de l'avenir a été ouverte toute grande. Celui qui a l'espérance vit différemment : une vie nouvelle lui a déjà été donnée »,  poursuit-il. 

« La vie a vaincu la mort, la croix a détruit l'enfer », conclut-il. « C'est la victoire, chaque fois que dans notre vie quotidienne, nous passons de la vengeance au pardon, du mensonge à la vérité, de la méchanceté à l'amitié, de l'égoïsme au partage, quand nous marchons à la suite du Christ ressuscité ». 

Isabelle Cousturié

27.02.2009

La Guadeloupe et les vieux démons de la France outre-mer


La crise que traverse la Guadeloupe — et qui pourrait gagner d’autres parties de l’outre-mer français — ne peut être comprise sans prendre en compte quelques données fondamentales de l’économie de ces territoires.

Une économie qui demeure très spécifique même si l’on écarte les vieux schémas aujourd’hui dépassés : bien qu’exigus et de forte densité (à l’exception de la Guyane qui a au contraire une densité très faible mais qui rencontre des problèmes analogues), les DOM-TOM ne sont pas surpeuplés et leur natalité est aujourd’hui faible [1].



Une économie sous perfusion

Le revenu par tête y est très au-dessus de celui des autres îles des Caraïbes, de l’Océan indien, ou du Pacifique. Cela grâce à une aide importante de la métropole qui emprunte les canaux les plus divers : salaire des fonctionnaires (nombreux et rémunérés 40 % de plus qu’en métropole, avantage initialement consenti aux métropolitains expatriés puis étendu aux locaux), RMI, équilibre des caisses de Sécurité sociale, dotations aux collectivités locales – et de l’Europe qui subventionne les grands investissements. S’y ajoute l’attrait de la loi Pons pour les investissements privés défiscalisés, essentiellement immobiliers. Ces données fortes excluent, sauf vent de folie, toute idée d’indépendance.

Sans ces aides, la balance des paiements serait gravement déséquilibrée. Elles représentent environ 20 % du PIB mais, si l’on ne prend pas en compte les services locaux qui fonctionnent comme partout en circuit fermé, le taux serait d’au moins 80 %. En Guadeloupe, les exportations ne couvrent que 7 % des importations.

Cette situation que d’aucuns qualifient d’artificielle a plusieurs effets. Le premier est de tirer les salaires à la hausse par rapport aux pays indépendants de la zone ou aux pays du tiers-monde en général. Un tel différentiel se justifierait si l’économie antillaise, réunionnaise ou polynésienne était très hautement productive mais ce n’est pas le cas. Le second effet est qu’il est difficile de maintenir dans l’outre-mer français des activités économiques rentables en dehors de celles qui sont destinées au marché intérieur et sont donc à l’abri de la concurrence (commerce, services, construction, travaux publics), activités qui elles-mêmes s’effondreraient si la consommation n’était soutenue par les transferts de métropole. Les secteurs productifs susceptibles d’apporter des devises nettes : banane, sucre, rhum, sont en crise et menacés par la pression de l’OMC tendant à abolir les débouchés protégés dont ils disposaient en Europe.

C’est sur ces critères que l’on a longtemps opposé l’économie protégée de la Réunion avec celle de l’île Maurice laquelle, ne bénéficiant pas d’aide extérieure, a pu développer grâce à ses bas salaires, une industrie textile efficace (mais bien des petits États indépendants de la zone caraïbe, très pauvres, continuent de stagner : la Dominique a demandé une fois à devenir un DOM !). En tous les cas, rien de comparable au développement industriel de Maurice à espérer pour nos territoires. Reste le tourisme ; mais pour les mêmes raisons, le rapport qualité/prix y souffre de la comparaison avec certains pays voisins. La conséquence de tout cela est un taux de chômage élevé : 27 % de la population active en Guadeloupe (pour 8 % en métropole). Ces considérations expliquent la réticence du patronat local à accorder des augmentations de salaire, lesquelles, si elles n’étaient pas compensées par de nouveaux allègements de charges, aboutiraient à appauvrir encore le tissu économique local et donc à aggraver le chômage.



Un vrai problème de pouvoir d’achat

Malgré des salaires très au-dessus de leur environnement, les départements français ne rencontrent pas moins un réel problème de pouvoir d’achat. D’abord parce que, si les fonctionnaires perçoivent sensiblement plus qu’en métropole, les salariés du secteur privé sont au contraire moins bien rémunérés : 1000 € de moins pour le salaire médian. Inutile de les comparer aux habitants des pays indépendants qui les entourent : les ultramarins français ont un mode de vie très différent du leur : les crédits à la consommation, les loyers élevés rendent, comme en métropole, les budgets familiaux inélastiques à la baisse.

Surtout le coût de la vie est très au-dessus de celui de la métropole, la différence variant d’un territoire à l’autre autour de 50 %.

À cette cherté de la vie, deux raisons. L’une est légitime : l’isolement rend pour beaucoup de produits, le coût d’approvisionnement élevé. L’autre ne l’est pas : l’économie de ces îles est encombrée de monopoles à l’importation extrêmement lucratifs qui, tout en tirant le coût de la vie à la hausse découragent la production locale. L’eau minérale importée d’Europe est, à la Réunion, moins chère que celle qui provient de sources locales ! Ces monopoles concernent notamment les transports aériens où les compagnies low-cost n’ont guère accès, l’énergie – où l’électricité et les hydrocarbures sont hors de prix. Ils peuvent porter des noms connus : Air France, EDF, Total, mais sont aussi le fait de grossistes appartenant le plus souvent à la minorité blanche et influents dans les allées du pouvoir métropolitain. À leur manière, certains syndicats, comme celui des dockers, font partie de ces monopoles abusifs. Les énergies douces (éoliennes, solaire) qui pourraient trouver dans l’outre-mer un terrain de prédilection ne sont guère encouragées.

Il est difficile de dire jusqu’à quel point ces monopoles sont liés à des pouvoirs locaux de plus en plus autonomes et proliférants. De manière absurde, les quatre départements d’outre-mer ont aussi le statut de région, disposant chacun de deux assemblées élues concurrentes [2] : un conseil régional et un conseil général dont les fonctionnaires, nombreux, s’ajoutent à ceux de l’État et des communes. La légèreté avec laquelle sont prises certaines décisions concernant l’outre-mer est inconcevable : l’an dernier, un poste de député et un poste de sénateur ont été attribués à l’île de Saint-Barthélémy (8500 habitants en majorité blancs) alors que la Guadeloupe voisine, en majorité noire, n’ a que quatre députés et trois sénateurs pour 450 000 habitants — heureusement le Conseil d’État a atténué cette anomalie.

La décentralisation n’en a pas moins eu dans ces territoires les mêmes effets pervers qu’en métropole : émergence de féodalités locales, inflation des dépenses publiques, corruption, rétrécissement des horizons. Dans cette ambiance confinée, les entrepreneurs venus d’ailleurs trouvent difficilement des oreilles attentives quand la société locale ne conjugue pas ses efforts pour leur miner le terrain.



Les problèmes français exacerbés

En résumé, l’outre-mer connaît de manière exacerbée les problèmes qui sont aujourd’hui ceux de la France : la perte de compétitivité du fait d’une monnaie (l’euro, sauf dans le Pacifique) au cours trop élevé, inadaptée à leur niveau de productivité, la multiplication des féodalités publiques, l’hypertrophie de la fonction publique d’État et locale et en conséquence un taux de chômage élevé, que les aides sociales contribuent à entretenir tout en en atténuant les effets. S’ajoutent à cela les effets proprement spécifiques de l’isolement et des monopoles. Fonctionnaire local en charge du chômage [3], le chef du LKP, Elie Domota, se trouvait professionnellement au cœur des problèmes de l’outre-mer.

Il se peut que ces problèmes se soient trouvés exacerbés en Guadeloupe, longtemps tenue pour le parent pauvre des Antilles et où le taux de chômage est plus le plus élevé. De manière significative; la présence militaire de l’État y est plus faible (non que ces militaires aient une quelconque responsabilité en matière de maintien de l’ordre mais nos forces armées mises à contribution après le passage des cyclones ou autres catastrophe naturelles, constituent un lien avec la métropole).

La Martinique, qui dispose d’une élite significative, largement métissée, revendicative, particulièrement sensible à la mémoire coloniale mais cultivée, semble à ce jour plus stable.

La Guyane, moins peuplée et adossée à une immense forêt vierge, redynamisée par le centre spatial de Kourou connaît des problèmes spécifiques comme une immigration clandestine incontrôlée (que l’on retrouve à Mayotte).

La Réunion, la plus peuplée des régions d’outre-mer est aujourd’hui plus dynamique ; la diversité d’origine de sa population (au sein de laquelle des communautés asiatiques actives) en fait une société bigarrée aux explosions intermittentes mais sans lendemain.

L’économie de la Nouvelle Calédonie a été revivifiée récemment par le boom du nickel, facteur parmi d’autres d’un certain apaisement politique.

Quoique la Polynésie soit la moins peuplée de ces territoires, elle est seule entièrement peuplée d’autochtones. Liée au reste de la nation, comme la Nouvelle Calédonie, par un lien fédéral, ce pays d’outre-mer (POM) a une vie politique toujours chaotique. La fermeture du centre d’essais du Pacifique a clos les polémiques relatives aux essais nucléaires mais laissé un trou dans l’économie locale qu’aucun grand projet n’est venu combler. Au rebours de l’opinion commune, on devrait la considérer comme l’enjeu le plus important : grâce à elle, la France dispose de la première zone économique maritime du monde, à égalité avec les États-Unis.



Une dimension essentielle de la France

Malgré le caractère que l’on peut juger artificiel de l’économie de ces territoires, ils contribuent à faire de la France une puissance universelle par sa présence sur tous les océans du globe et par sa diversité ethnique ; ils sont le lieu d’une civilisation originale, appelée créole dans les Antilles et à la Réunion, dont témoigne une école littéraire pleine de vitalité, où les Martiniquais se distinguent. Ils représentent au total 2,5 millions d’habitants soit près de 4 % de la population française.

Les problèmes de l’outre-mer furent longtemps gérés, sinon réglés, par le biais de réseaux politiques suivis de près par les grands leaders nationaux. Après De Gaulle et Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac disposèrent de tels réseaux. À présent que la politique nationale n’a plus d’autre partenaire que les médias, au temps de la politique « bling bling », l’outre-mer n’intéresse plus guère. Nicolas Sarkozy pâtit gravement de la disparition de ces réseaux dont sa légèreté est largement responsable.

Cette légèreté est à tous les niveaux. Est-il vrai que le malheureux Jégo a été nommé au ministère de l’Outre-mer, dont il ignorait tout, parce qu’il « fallait le mettre quelque part » ? Il est évidemment beaucoup plus difficile d’être préfet de la Guadeloupe que de la région Champagne-Ardennes. Si ce dernier est mauvais, personne ne s’en apercevra, tandis qu’un mauvais préfet de la Guadeloupe peut mettre l’île à feu et à sang. Or longtemps les ministères ont nommé dans l’outre-mer des fonctionnaires en début de carrière, inexpérimentés, une tendance en voie de correction, semble-t-il.

Le désintérêt croissant de la classe dirigeante française pour son outre-mer n’est pas la moindre cause du malaise qui s’y exprime aujourd’hui. La mondialisation où se délectent les élites parisiennes nourrit en fait leur égocentrisme et leur ignorance de ce qui constitue pourtant un facteur essentiel de dimension mondiale de la France.

On peut craindre que les remèdes apportés à la crise : un peu plus d’avantages sociaux, un peu plus d’autonomie des collectivités locales, terreau de féodalités dispendieuses, ne contribue à terme, comme ce fut presque toujours le cas dans le passé, à aggraver les maux de l’outre-mer. Un vrai retour de l’État par la nomination de représentants de haut niveau et un démantèlement énergique des monopoles abusifs serait plus approprié.

 

26 février 2009 | Roland Hureaux 

 

Source : libertepolitique.com


[1] A l’exception de Mayotte
[2] Cela résulte d’une décision du Conseil constitutionnel de 1983 qui a considéré de manière absurde que les deux échelons, départemental et régional, étaient un droit pour toute partie du territoire français.
[3] Il est directeur adjoint de l’agence locale de l’ANPE de Pointe-à-Pitre.

Pour comprendre la crise à la Guadeloupe (et à la Maritinique)

 

Une grave crise sociale bouleverse la Guadeloupe depuis maintenant cinq semaines. La Martinique est touchée aussi, depuis moins longtemps, de façon moins abrupte, mais pour les mêmes raisons. Entre désordres objectifs, racisme et manipulations, analyse de la situation depuis Pointe-à-Pitre par un Français d'origine créole, correspondant de Liberté politique.


Rappelons que la Guadeloupe et la Martinique sont françaises depuis 1635. Que le peuplement est hétérogène, composé de Blancs originaires de la métropole, dès l'origine (pour la plupart des descendants d'engagés, des “36 mois” comme on les appelait, qui ont fait souche, et quelques familles aristocratiques ; de Noirs, descendants d'Africains achetés en Afrique à des Africains, et importés, comme esclaves par le moyen du commerce triangulaire, la Traite, jusqu'à l'interdiction de celle-ci dans la première moitié du XIXe siècle ; d'Indiens (des Indes) depuis 1852, pour pallier à des problèmes de main d'œuvre, et qui se sont établis dans les îles, où ils composent une ethnie parfaitement assimilée ; des Syro-libanais et des émigrés italiens depuis un siècle, etc.

De la rencontre de tous ces groupes sont issus les métis qui constituent la grande majorité des habitants de la Guadeloupe. La représentation binaire « Blancs/Noirs » est fausse.



Rappel historique

L'esclavage a été aboli définitivement en 1848. Les îles sont demeurées des colonies jusqu'à la loi de départementalisation de 1946, qui fut passionnément réclamée par les autochtones, et dont le rapporteur à l'Assemblée nationale en 1946, fut Aimé Césaire.

La départementalisation des « vieilles colonies » entraîna de grands changements sur place.

En 1946, le retard de développement des îles, situées, de plus, à des milliers de kilomètres de l'hexagone, à une époque où les moyens de déplacement et de télécommunications étaient fort différents de ce qu'ils sont devenus, et alors que la France en ruines, au sortir de la guerre, devait tout entière se reconstruire, ne pouvait se rattraper en quelques incantations.

La départementalisation s'est donc effectuée par étapes : politique, sociale, économique.

En théorie, elle est, en 2009, à peu près achevée. Dans la pratique, il reste encore à faire, il demeure des dysfonctionnements, des habitudes, et des mentalités, héritées du passé, et ceci dans toutes les catégories sociales (qui coïncident aussi, parfois, moins qu'on ne le dit ces jours-ci, mais tout de même partiellement, avec des catégories ethniques : la partie blanche de la population pesant, par exemple, d'un poids économique plus important que sa représentation démographique). Concluons ce trop bref, et indispensable rappel historique, par le constat que de vieilles colonies, à l'économie archaïque, et aux mentalités « traditionnelles », sont entrées il y a soixante ans, d'un seul coup, dans ce grand courant de la « modernité » qui secoue et déstructure des sociétés bien plus vastes et organisées. D'où certaines difficultés parfois, à suivre le mouvement ou à s'y adapter.



Les soubassements d'une crise

La crise en cours, depuis le 21 janvier dernier, a éclaté à l'initiative du collectif Liyannaj Kont Pwofitasyon - LKP (c'est-à-dire Association contre l'exploitation), qui fédère une cinquantaine de syndicats et d'associations, de très inégale importance, dont le plus influent est le très musclé (et politiquement indépendantiste) UGTG (Union générale des travailleurs guadeloupéens) dont l'actuel président Elie Domota, est aussi le président de Liyannaj.

Les revendications, sont au nombre d'environ 140, dont certaines très farfelues (par exemple « l'arrêt immédiat de toute violence faite aux femmes » !).

La plus importante, celle qui vaut au Collectif, une certaine popularité auprès de gens qui n'ont, par ailleurs, aucune velléité séparatiste, est la baisse du coût de la vie, et l'élévation, « immédiate », de tous les salaires, d'au moins deux cents euros (net). La protestation contre la vie chère ne peut qu'être populaire.

Certes ! la position des départements d'outre-mer, sur les plans économiques, social, sanitaire, etc., suscite l'envie de tout l'arc antillais. En témoigne l'afflux d'immigrants dans nos DOM de milliers et milliers d'Haïtiens, Dominicains, Dominicais, Sainte-Luciens, etc.

Mais la plus grande cherté de la vie en Guadeloupe (et en Martinique) qu'en métropole est incontestable. Il y a à cela des causes objectives.

D'abord le handicap de l'insularité (la Guadeloupe est à 6700 km de Paris). Il y a aussi des abus de position dominante, et la recherche du gain maximum, sans suffisamment de considération pour le bien commun de certains secteurs de la grande distribution, ou du raffinage et de la distribution d'essence, dont le monopole, réservé à une société (la SARA) mérite que le gouvernement et les élus locaux s'y intéressent de plus près et procèdent aux aménagements et réformes qui s'imposent.

Il y a la survivance de taxes, datant de l'époque coloniale, comme l'octroi de mer dont le maintien ne s'impose pas aux yeux de beaucoup : cette taxe est née au XVIIe siècle pour accorder une certaine indépendance commerciale et protéger la production locale. Portant sur les produits importés, elle est censée, aujourd'hui, contribuer au financement des communes, et est votée par les Conseils généraux. Taxe sur les produits importés, elle contribue au renchérissement de la vie. Interdite par le traité de la CCE, elle est provisoirement prorogée.

Cette cherté de la vie est d'ailleurs reconnue officiellement, notamment par la surrémunération des fonctionnaires (de 40 % par rapport à leurs homologues de la France métropolitaine) qui crée une société à deux vitesses, les fonctionnaires nantis, et les autres, salariés du secteur privé, par l'abattement, également, de 30 % sur les revenus imposables par rapport au reste de la France.

Il faut ajouter que les productions traditionnelles des îles, la fabrication et l'exportation du sucre et du rhum, (qui ont fait jadis leur prospérité, et celle de la métropole : Bordeaux, Nantes, La Rochelle, etc.) sont en très grande régression, confrontées à la concurrence des pays d'Amérique centrale, du Sud, ou d'Afrique, où les conditions de rémunération sont celles de l'esclavage ancien, ce qui ajoute aux difficultés. Pas de ressources minières aux îles, pas de pétrole. Mais de grandes possibilités par le développement du tourisme qui pourrait devenir l'industrie salvatrice, si elle était suffisamment prise au sérieux et voulue par les Guadeloupéens dans leur ensemble (et non sabotée comme il en est présentement par des comportements, disons... irréfléchis!).

Tel est le terrain favorable qui explique (sans les justifier) les évènements de ces dernières semaines.



La récupération séparatiste

Car, comme dit plus haut, la Guadeloupe (comme la Martinique), ne veut pas l'indépendance, la rupture avec la France. Les partis politiques séparatistes n'ont jamais obtenu la confiance de l'électorat quant à leurs revendications séparatistes. Quand, il y à peine plus de cinq ans, en décembre 2003, un projet de changement de statut fut proposé aux populations par referendum, tendant soit au maintien du statu quo départemental, soit à un statut d'autonomie (même pas l'indépendance), les deux îles répondirent pour le maintien du statut actuel. En Guadeloupe, le refus du changement de statut se chiffra à 75 % de l'électorat !

Les 25 % restants se divisant d'ailleurs en partisans durs de l'indépendance radicale (pour eux, il s'agissait d'une étape) et en « autonomistes » préférant une évolution dans la République, dans le cadre de l'article 74 de la Constitution.

Ce qui complique la situation présente, c'est l'ambiguïté du LKP et de son leader (séparatiste), fort habile agitateur, bon connaisseur des techniques de manipulation des masses. Trop intelligent pour se heurter de front à une opinion qu'il sait ne pas être « mûre » (adjectif utilisé il y deux jours sur une radio, par un universitaire partisan du mouvement), Elie Domota joue sur les éléments du mécontentement évoquée ci-dessus.

Il s'appuie sur une organisation syndicale, qui s'est puissamment organisée, au fil des années, qui utilise des arguments musclés lors des conflits dans les entreprises. « Arguments » qui vont jusqu'à la limite du terrorisme : quadrillage des quartiers ces jours-ci dans les villes de Guadeloupe, et même dans les campagnes, menaces et coups, etc. Ses commandos sont comparés par certains à ceux des « tontons macoutes » de sinistre réputation en Haïti.

Il s'appuie aussi sur une patiente infiltration des milieux médiatiques, qu'il contrôle presque totalement depuis plus d'un mois. Il dispose de relais influents et actifs (mais on retrouve cela aussi en métropole) dans l'Éducation nationale, où toute activité est arrêtée depuis 35 jours (les professeurs qui veulent travailler en sont physiquement empêchés) sans souci des examens qui approchent.

On répète sur les antennes des radios, y compris sur les antennes nationales que la Guadeloupe est en grève générale. En fait il n'en est rien. La Guadeloupe est empêchée de travailler, parce que les stations d'essence sont contrôlées par le LKP, parce que les militants de ce collectif obstruent les routes par des barrages, et par des groupes de militants violents et excités.

Les dirigeants du collectif tentent aussi d'allumer une guerre raciale.

Les Antillais ne sont pas plus racistes que d'autres. Mais l'histoire, fait que chez eux une sensibilité particulière existe dans le domaine des rapports interraciaux. « La Révolution, a dit quelqu'un, est un soulèvement de l'humeur. » Or les esclaves ont été des Noirs, et il subsiste chez beaucoup une susceptibilité, compréhensible, sur ce terrain psychologique, un ressentiment latent que des spécialistes de l'action subversive tentent d'utiliser au profit de leurs ambitions.

D'où la prudence avec laquelle les autorités doivent gérer le maintien de l'ordre public, et les droits des citoyens, à travailler, à circuler librement, à s'exprimer librement, à être informés honnêtement.

Jusqu'à cette heure (23 février) cette tâche a été accomplie avec adresse par le préfet et les forces de l'ordre.



La politique du gouvernement

La gestion de la crise par le gouvernement, en revanche, est beaucoup plus discutable. L'on reproche, peut-être avec raison, au président de la République d'avoir trop tardé à s'intéresser au problème.

On reproche avec encore plus de raisons au secrétaire d'État chargé des DOM-TOM, M.Yves Jégo, d'avoir été trop fluctuant, hésitant, et finalement partisan, puisque prenant partie, il y a déjà dix jours, pour une des parties prenantes (le LKP) dans la négociation entre LKP et patronat, après avoir pris des engagements au nom du gouvernement sans en avoir été mandaté. Il a d'ailleurs été « recadré » par le Premier ministre.

En Guadeloupe, on dit qu'il a été « domotisé ».

Les discussions continuent, ce 23 février. Toute négociation implique des concessions mutuelles. Mais le LKP reste intransigeant (et sur quel ton!), alors que, comme le rappelait le jeune président du Medef-Guadeloupe, M. Willy Angèle, l'augmentation de 200 € net de tous les salaires est impossible pour les petites entreprises de Guadeloupe (moins de 10 salariés), près de 90 % d'entre elles. Cela reviendrait à une augmentation de 15 % de la masse salariale.

Chacun espère une médiation active de l'État, cet État que M. Domota n'appelle jamais autrement que l'État « fwancé ».

Étrange logique !


26 février 2009 | Edouard Boulogne*


source : libertepolitique.com


* Édouard Boulogne est professeur de philosophie, résident en Guadeloupe. Il anime le blog Le scrutateur.com, tribune d'expression de citoyens français d'origine créole, de sensibilité chrétienne, qui se veulent libres à l'égard des modes, notamment idéologiques.

17.02.2009

France/DOM : "La force de l’espérance" -Message des évêques à propos des mouvements sociaux

ROME, Vendredi 13 février 2009 (ZENIT.org) - « La force de l'espérance » c'est le titre du message commun des évêques des Départements d'Outre Mer (DOM) publié à l'issue d'une rencontre à Paris. Il concerne les mouvements sociaux qui se sont développés depuis quelques mois à La Réunion, en Guyane, puis en Guadeloupe et en Martinique.


La force de l'espérance

1. Evêques des quatre départements français d'outre mer, nous venons de nous retrouver à Paris. Les circonstances ne pouvaient être plus opportunes au vu des mouvements sociaux qui se sont développés depuis quelques mois à la Réunion, puis en Guyane, et maintenant en Guadeloupe et en Martinique. De plus, des débats sur une évolution statutaire sont déjà engagés ou peuvent se faire jour dans nos départements.

2. Conscients de notre responsabilité pastorale, nous portons sur la situation et les débats en cours un regard rempli d'espérance pour inviter à l'engagement. Le Christ lui-même nous y invite : « Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier, je suis le Vivant » (Ap 1, 17-18).

3. Forts de cette espérance, nous voulons dire tout d'abord que nous communions aux difficultés extrêmes dans lesquelles nos peuples se débattent. La crise financière et économique a dans nos régions des répercussions tragiques en raison de situations sociales très difficiles et d'une vie chère désormais insupportable. Là se trouve la raison première des mouvements sociaux actuels. Nous invitons tous les responsables à entendre et à prendre au sérieux le cri qui s'élève.

4. Nous croyons que les turbulences actuelles invitent à mieux appliquer le principe de subsidiarité déjà acté au niveau européen[1] : gérer au plus près du terrain tout ce qui peut l'être sans recourir systématiquement aux instances supérieures. Cela conduit à penser de nouveaux rapports entre nos régions respectives, la France métropolitaine et l'Union Européenne. Il s'agit de confier des responsabilités plus grandes à nos élus, afin d'adapter à la situation sociale, culturelle et économique de nos peuples des règlements qui, pris à des milliers de kilomètres, ne peuvent pas être appliqués tels quels. Tout ce qui peut faire croire à un relent de colonialisme ou de néocolonialisme doit être définitivement aboli. La relecture de notre histoire, marquée par l'esclavage, et la conscience des progrès accomplis devraient aussi permettre de guérir les blessures de nos peuples. Il s'agit enfin de prendre en compte l'environnement régional de nos départements dans les Caraïbes, en Amérique du sud et dans l'Océan indien. Nos situations doivent être reconnues en contexte de mondialisation comme une chance qui nous place au premier rang dans les rapports de la France et de l'Union Européenne avec les pays qui nous entourent. Pour permettre un meilleur exercice du pouvoir, un changement de statut peut être un levier efficace. C'est pourquoi nous suivons avec attention le débat déjà engagé aux Antilles - Guyane sur les articles 72, 73 et 74 de la Constitution, au sujet d'une évolution institutionnelle.

5. Nous savons cependant qu'une évolution institutionnelle ne peut seule tout résoudre. Il lui faut reposer sur des valeurs communes, enracinées dans les traditions et les cultures de nos peuples, mais partiellement occultées aujourd'hui. A vrai dire, il s'est produit une rupture de transmission des valeurs fondamentales sans lesquelles aucune société ne peut tenir. Une identité régionale forte, ouverte sur le monde, est un gage de fierté et de réussite pour l'avenir. Le bonheur n'est pas dans l'amour de l'argent mais dans la solidarité humaine au sein des familles et entre les familles. L'éducation au respect mutuel, au partage des biens, à la justice, au respect de la nature sont essentiels. Pour nous chrétiens, tout cela puise sa source dans l'amour de Dieu offert à chacun et garant réel de l'amour mutuel et du respect de toute personne humaine.

6. Qui que nous soyons, nous sommes invités à prendre notre place dans les débats en cours sur l'avenir de nos régions, par l'information et par l'échange. Que nos frères et sœurs chrétiens puisent dans l'Evangile et dans la doctrine sociale de l'Eglise l'inspiration nécessaire pour que leurs apports aux débats soient empreints de la sagesse de Dieu. Qu'ils sachent qu'ils ont une contribution essentielle à apporter humblement. Elle leur vient du Christ qui révèle à l'être humain la source, le chemin et l'accomplissement de l'amour. Avec lui, « nous nous trouvons face à une parole qui engage à vivre en abandonnant la tentation permanente de bâtir la cité des hommes sans tenir compte de Dieu ou même contre lui. En effet, si cela se vérifiait, ce serait la convivialité humaine elle-même qui essuierait, à plus ou moins brève échéance, une défaite irrémédiable »[2].

Paris, le 12 février 2009

† Mgr Michel Méranville

Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France

† Mgr Gilbert Aubry

Evêque de Saint-Denis de la Réunion

† Mgr Emmanuel Lafont

Evêque de Cayenne

Mgr Jean Hamot

Administrateur diocésain de Basse-Terre


[1] Cf. lettre pastorale des évêques des DOM, 1992 : « Bâtir une communauté de destin. Valoriser la fonction politique » (Doc Catholique 2045)

[2] Jean-Paul II, Ecclesia in Europa, N°5.

21:13 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eveques, dom-tom, france, mouvements sociaux, martinique, guadeloupe, guyane, reunion | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |