15.12.2009

Toutes les raisons de Dieu. Une enquête

Toutes les raisons de Dieu. Une enquête

Guide de la rencontre internationale "Dieu aujourd'hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout". On a redécouvert un cardinal Ruini philosophe, avec qui ont discuté Spaemann, Scruton, Van Inwagen. Mais aussi les savants Nowak et Coyne, spécialistes du cosmos. Et des experts en musique, en art, en cinéma...


par Sandro Magister




ROME, le 13 décembre 2009 – L'objectif était de "dissiper cette pénombre qui rend précaire et angoissante pour l'homme de notre temps l'ouverture à Dieu".

C’est ce qu’a dit Benoît XVI dans son message qui a inauguré, le 10 décembre à Rome, la rencontre internationale "Dieu aujourd’hui. Avec lui ou sans lui, cela change tout", conçue et organisée par le comité pour le projet culturel de l’Eglise d’Italie, présidé par le cardinal Camillo Ruini.

A la fin de l'événement, deux jours plus tard, Ruini était rayonnant. Le sujet était difficile, il fallait écouter en se concentrant, les orateurs étaient des philosophes et des savants au langage complexe. Mais la salle a toujours été pleine et le silence était très attentif. 2 500 personnes sont venues au grand auditorium de la via della Conciliazione, à quelques pas de la place Saint-Pierre, pour entendre parler de Dieu. Un public plutôt nouveau et jeune. Visiblement fier de la richesse et du sérieux des propos, dans un monde désorienté qui en a justement soif.

Ce public voulait qu’on lui parle de Dieu et de rien d’autre. Sûrement pas des querelles internes à l’Eglise, de part et d’autre du Tibre. Les prophètes de malheur qui avaient prédit (et secrètement espéré) l'échec de l'événement, entraînant la fin de cet "oiseau rare" qu’était selon eux le projet culturel, et la retraite définitive de son concepteur Ruini, ont été réduits au silence par les faits. Le cardinal a déjà annoncé que ce premier événement serait bientôt suivi d’un autre, toujours "sur des sujets de fond, durs, ni faciles ni à la mode".

Mais que s’est-il passé pendant les trois jours de la rencontre ? Le programme, le compte-rendu, les textes, les vidéos de tout l’événement, ainsi que le portrait des orateurs, sont à portée de clic sur la page web qui lui est consacrée :

> "Dio oggi. Con lui o senza di lui cambia tutto, Rome, 10-12 décembre 2009

On trouvera simplement, ci-dessous, mention de quelques temps forts.



LES TROIS PREUVES DU CARDINAL RUINI


Le jeudi 10 décembre, les premiers orateurs ont été le cardinal Ruini et l’allemand Robert Spaemann, qui ont tous les deux parlé en philosophes.

Ruini a indiqué trois voies d’accès à Dieu, c’est-à-dire trois preuves de son existence, non pas théologiques mais rationnelles. Elles peuvent donc être proposées à tout le monde et pas seulement aux croyants.

La première voie part du fait évident "qu’il existe quelque chose plutôt que rien". La seconde part de la constatation que l'univers peut être connu par l'homme. La troisième est fondée sur l'expérience que l'homme a en lui d’une loi morale.

Ces trois voies se réfèrent donc aux "transcendantaux" de la philosophie classique : l’être, le vrai, le bien. Ruini a voulu dépasser, dans son argumentation, les objections radicales qui leur ont été faites au cours des deux derniers siècles, à partir de Kant. Mais il a admis que, même ainsi, ces voies n’auront pas la force d’une démonstration apodictique qui ne suscite pas de nouveaux doutes. Et alors ? La proposition finale du cardinal est que l'existence de Dieu soit perçue comme "la meilleure hypothèse", selon une formule empruntée à Joseph Ratzinger.

Voici les deux derniers paragraphes du discours de Ruini :


"Les difficultés de l’approche métaphysique dans l’actuel contexte culturel, s’ajoutant à l’aporie découlant de l’existence du mal dans le monde, sont les raisons de fond de cette 'étrange pénombre qui enveloppe la question des réalités éternelles'. Même si on peut la fonder sur des arguments solides, comme nous avons cherché à le faire, l’existence du Dieu personnel n’est donc pas l’objet d’une démonstration apodictique ; mais elle reste 'la meilleure hypothèse, qui nous oblige à renoncer à une position de domination pour prendre le risque de l’écoute humble'. Accepter cela a de grandes implications : d’une part pour les relations entre croyants et non-croyants qui seraient déjà, pour cette raison de fond, marquées par un respect mutuel sincère et convaincu ; mais aussi pour l’attitude personnelle de chaque croyant et notamment pour le rôle fondamental que la prière doit jouer dans notre relation avec Dieu, afin de pouvoir lui demander le don de la foi, qui nous donne cette certitude à la fois inconditionnelle et libre à propos de Dieu qui, comme l’explique saint Thomas, ne supprime pas du tout la possibilité d’autres recherches mais soutient notre fidélité envers lui jusqu’au don de nous-mêmes.

"Je termine par une constatation qui me paraît très caractéristique de notre situation actuelle, à savoir qu’il y a un parallélisme profond entre l’approche de Dieu et l’approche de nous-mêmes, en tant que sujets intelligents et libres. Dans les deux cas, nous sommes actuellement soumis à la pression d’un scientisme épistémologique puissant et envahissant et d’un naturalisme, souvent inconsciemment métaphysique, qui voudrait affirmer que Dieu n’existe pas ou du moins qu’on ne peut pas le connaître rationnellement, et réduire l’homme à un objet naturel parmi d’autres. Aujourd’hui comme peut-être jamais auparavant, il est donc clair que l’affirmation de l’homme en tant que sujet et l’affirmation de Dieu 'simul stant et simul cadunt', existent et tombent ensemble. C’est du reste profondément logique car, d’une part, il est très difficile de fonder une vraie et irréductible émergence de l’homme par rapport au reste de la nature si la nature elle-même est toute la réalité et, d’autre part, il est également difficile de laisser ouverte rationnellement la voie au Dieu personnel, intelligent et libre – de manière véritable même si elle est ineffable pour nous – si l’on ne reconnaît pas au sujet humain cette irréductible spécificité qui est sienne. Rendre témoignage au vrai Dieu et en même temps à la vérité de l’homme est donc peut-être la tâche la plus exaltante qu’il nous soit donné d’accomplir".




SPAEMANN ET LA GRAMMAIRE DE DIEU


Robert Spaemann a consacré le début de sa réflexion à l'identité – plutôt qu’à l’opposition – entre les deux attributs de Dieu, "puissant" et "bon" :


"Qui croit en Dieu croit que la puissance absolue et le bien absolu ont la même référence : la sainteté de Dieu. Les gnostiques des premiers siècles chrétiens niaient cette identité. Ils attribuaient les deux attributs à deux divinités, une puissance mauvaise, le 'deus universi', dieu et créateur de ce monde, et un dieu qui est lumière et apparaît de loin dans l’obscurité de ce monde. [...] Il est important de souligner cela aujourd’hui, puisque les prêtres, plutôt que d’appeler sur nous la bénédiction du Dieu tout-puissant, ne parlent en fait que du 'Dieu bon'. Le discours sur la bonté de Dieu, sur Dieu qui est amour, perd son côté bouleversant s’il n’indique pas qui est celui dont on dit qu’Il est amour, c’est-à-dire s’il n’indique pas qu’Il est la puissance qui dirige notre vie et le monde. [...] Si le bien n’appartenait pas à l’être, l’être ne serait pas tout, il ne serait pas la totalité. [...] Mais le contraire est vrai aussi : si le bien était impuissance, alors il ne serait pas le bien tout court. Parce que l’impuissance du bien n’est pas le bien. La foi en la puissance du bien est ce qui nous permet de nous abandonner activement à la réalité, sans avoir à craindre que, dans un monde absurde, même les bonnes intentions soient considérées comme des absurdités".


A la fin de sa conférence, Spaemann a au contraire inversé la vision de Nietzsche, le philosophe de la "mort de Dieu", qui disait que "la vraie question est seulement de savoir avec quel mensonge on vit le mieux". Et il a proposé une démonstration de Dieu "qui est, pour ainsi dire, Nietzsche-résistante" : une démonstration de Dieu "à partir de la grammaire, ou plus exactement du 'futurum exactum', le futur antérieur". Voici comment :


"Pour nous, le 'futurum exactum' est nécessairement lié au présent. Dire d’une chose qu’elle est maintenant, revient à dire dans l’avenir que cette chose a été. En ce sens, toute vérité est éternelle. Le fait que, le 10 décembre 2009, beaucoup de gens se soient réunis à Rome pour une conférence de Robert Spaemann sur 'Rationalité et foi en Dieu' est vrai non seulement le 10 décembre, mais aussi pour toujours. Si aujourd’hui nous sommes ici, demain nous 'aurons été' ici. En tant que passé, en tant qu’'avoir été' du futur antérieur, le présent reste toujours réel. De quel type est cette réalité ? On pourrait répondre : elle est dans les traces qu’elle laisse. [...]

"Mais, tôt ou tard, le souvenir s’efface. Tôt ou tard, il n’y aura plus un seul homme sur terre. Et, à la fin, même la terre disparaîtra. Puisqu’au passé appartient toujours un présent, dont le passé est passé, nous devrions dire qu’avec le présent dont nous nous souvenons disparaît aussi le passé, et le futur antérieur perd sa signification. Mais c’est justement ce que nous ne pouvons pas penser. La proposition 'dans un avenir plus lointain, il ne sera plus vrai que nous étions réunis ici ce soir' est insensée. Elle ne se laisse pas penser. Si, un jour, nous n’aurons plus été, alors nous ne sommes même pas réels maintenant, ce que le bouddhisme affirme comme une conséquence. Si, un jour, la réalité présente n’aura plus été présente, alors elle n’est pas réelle du tout. Si on élimine le futur antérieur, on élimine le présent.

"Mais, encore une fois, de quel type est cette réalité du passé, l’éternelle vérité de toute vérité ? La seule réponse est la suivante : nous sommes forcés de penser une conscience qui conserve tout ce qui se produit, une conscience absolue. Aucun mot prononcé un jour ne sera non prononcé un jour, aucune douleur non soufferte, aucune joie non vécue. Le passé peut se dissiper, mais on ne peut pas faire en sorte qu’il n’ait pas été. Si la réalité existe, alors le futur antérieur est inévitable et avec lui le postulat du Dieu réel. 'Je crains – écrit Nietzsche – que nous ne puissions nous débarrasser de Dieu, parce que nous croyons encore à la grammaire'. Le problème est que nous ne pouvons pas nous dispenser de croire à la grammaire. Nietzsche lui-même n’a pu écrire ce qu’il a écrit que parce qu’il a confié à la grammaire ce qu’il a voulu dire".




LE "DIEU ABRÉGÉ" DU CARDINAL SCOLA


Le matin du vendredi 11 décembre, le cardinal Angelo Scola, dans un passage de sa conférence bien construite sur "l’éclipse et le retour de Dieu", a repris la critique de Spaemann contre l’opposition entre bonté et toute-puissance de Dieu.

En se demandant "si le problème de la transmission du christianisme n’est pas, surtout aujourd’hui, de prendre le langage évangélique dans son essentialité [...] et son identité les plus authentiques", Scola a critiqué ceux qui identifient cette essentialité avec la "kénosis", cette dépossession de lui-même, y compris de sa "puissance" divine, que Dieu accomplit en Jésus-Christ crucifié :

 


"Ici, il faut dénoncer une utilisation impropre, non théologique et non respectueuse des données scripturaires, de la 'kénosis' de Dieu à l’intérieur de ce que l’on appelle la 'pensée faible'. Elle fait perdre l’unité des mystères chrétiens et justifie, à travers la 'kénosis' séparée de la résurrection, que l’on renonce à la prise en considération de la vérité et de la transcendance de Dieu et à son être personnel".

En effet :

"C’est seulement dans le Dieu qui est Logos-Amour que le thème décisif de la 'kenosis' divine comme modalité selon laquelle Dieu-Vérité-Bien s’offre aux hommes trouve un sens. Le Dieu kénotique n’est pas un Dieu faible, mais un Dieu qui aime et qui, comme tel, s’offre à la liberté de l’homme".


Quelques instants auparavant, Scola a cité ce passage de l'homélie prononcée par Benoît XVI à Noël 2006, sur le vrai sens de la "kénosis" de Dieu, c’est-à-dire sur Dieu qui parle à l'homme "en s’abrégeant dans le Verbe incarné" :


"Dieu a rendu brève sa Parole, il l'a abrégée (Isaïe 10, 23; Romains 9, 28). Le Fils lui-même est la Parole, le Logos. La Parole éternelle s’est faite petite, elle s’est faite enfant, afin que nous puissions la saisir".




LA "VIA PULCHRITUDINIS" DE ROGER SCRUTON


Toujours le matin du vendredi 11 décembre, le philosophe anglo-américain Roger Scruton a développé le quatrième "transcendantal" de la philosophie classique - le beau - lui aussi comme voie d’accès à Dieu.

 

"En créant de la beauté, l'artiste rend gloire à la création de Dieu", a-t-il dit. Il en a été ainsi tout au long de l’histoire de l’homme, même quand – dans les abîmes du XXe siècle, par exemple – domine le règne de la souffrance et de la désolation.

Et pourtant "le culte de la laideur et de la désacralisation s’affirme aujourd’hui, à une époque de prospérité sans précédent. [...] La désacralisation est une sorte de défense contre le sacré, une tentative d’en détruire les prétentions. Nos vies sont jugées devant ce qui est sacré ; et pour échapper à ce jugement, nous détruisons ce qui paraît nous accuser. Et comme la beauté nous rappelle le sacré – elle nous en rappelle même une forme particulière – la beauté doit aussi être désacralisée".

La "voie positive" vers la beauté est de toute façon inscrite dans le cœur de l’homme. "Alors pourquoi tant d’artistes se refusent-ils aujourd’hui à marcher sur ce chemin ? Peut-être parce qu’ils savent qu’il conduit à Dieu".


Après l'intervention de Scruton, l'archevêque Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, et le professeur Antonio Paolucci, directeur des Musées du Vatican, ont traité de l'apparition de Dieu dans l'art figuratif d’hier et d’aujourd’hui, avec des exemples concrets, parmi lesquels les fresques de Raphaël dans les Salles du Vatican, et en particulier cette "Ecole d’Athènes" que www.chiesa, dans sa présentation de la rencontre "Dieu aujourd’hui", avait proposée comme emblématique de cet événement.

A d’autres moments de la rencontre, la manifestation de Dieu a été présentée à travers la musique, les récits, la poésie, le cinéma, la télévision, par des exécutions, des lectures et des projections évocatrices, commentées par des artistes et des spécialistes.



LE "SUPER-DISNEY" DE PETER VAN INWAGEN



La dernière séance de la rencontre, au matin du samedi 12 décembre, a été consacrée à "Dieu et les sciences". George Coyne, astronome jésuite, directeur de l'Observatory's Research Group de l'Université de l'Arizona, et Martin Nowak, biologiste et mathématicien, professeur à Harvard, ont parlé du rapport entre Dieu créateur et l'évolution du cosmos, en deux exposés éblouissants qui ont enchaîné l’attention de l'auditoire.

Le troisième intervenant, Peter Van Inwagen, de l'Université Notre-Dame, a au contraire parlé en philosophe. Et il a présenté de manière originale et captivante cette "via cosmologica" vers Dieu proposée par Benoît XVI lui-même sous diverses formes à différentes occasions.

Van Inwagen est parti d’une analogie. Imaginons, a-t-il dit, que "Dieu est au monde physique ce que Walt Disney est au monde représenté à l’écran dans Blanche-Neige et les sept nains". Ou plutôt, imaginons que "les aventures du dessin animé soient vraiment l’histoire du monde entier" et appelons leur créateur "Super-Disney".

Du point de vue des habitants du monde, ce Super-Disney n’existe nulle part, mais en un autre sens, il est présent partout.

Il en va de même pour le Dieu de notre monde réel : "Si jamais il existe, il ne peut se trouver plus en lui que Super-Disney ne peut se trouver dans son monde ; et pourtant il n’est pas loin de ses habitants". De plus, on peut supposer que les habitants du monde arrivent à croire que celui-ci est le fruit d’une création par un être intelligent et omniprésent.

Van Inwagen a poursuivi :


"Il y a des gens – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de l'existence d’une intelligence responsable de l'existence de l'univers physique. Il y en a d’autres – y compris des savants – qui ont soutenu qu’il y a de bons arguments scientifiques en faveur de la non-existence d’un concepteur".


Ces deux thèses "sont non scientifiques et erronées". Mais la seconde, celle qui nie un Dieu créateur sur la base de la théorie darwinienne de l'évolution, est devenue une opinion répandue.

C’est contre les partisans de cette opinion que Van Inwagen formule sa thèse de conclusion, pour défendre l'impossibilité de nier avec des arguments scientifiques l'existence d’un Dieu créateur :


"Vous croyez que le monde réel est darwinien, que c’est un monde dans lequel la théorie de Darwin est vraie. Mais la réalité implique la possibilité : tout ce qui est vrai est possible. Et Dieu, s’il existe, est par définition tout-puissant. Un être tout-puissant peut créer n’importe quel objet possible, même si cet objet est un univers entier ou un cosmos. Eh bien, notre terre darwinienne (comme vous croyez qu’elle l’est) est un objet possible, puisqu’elle existe. Donc, un être tout-puissant pourrait la créer et créer tout l’univers dont elle fait partie. Maintenant, si un être tout-puissant peut créer un monde darwinien, alors pourquoi quelqu’un qui pense que le monde réel est darwinien devrait-il penser que cette caractéristique du monde réel démontre – ou a une tendance quelconque à démontrer – que l'univers n’a pas été créé par un être tout-puissant ?".




PROCHAIN ÉPISODE : BIBLE ET LITURGIE


Concluant la rencontre, l'archevêque Rino Fisichella puis le cardinal Ruini ont fait allusion à d’autres chapitres de la réflexion sur Dieu, qui n’ont pas été traités dans ce premier événement mais ne sont pas moins importants.

Deux en particulier : d’abord une réflexion sur "ce que Dieu dit de lui-même", c’est-à-dire sur la révélation divine ; puis une réflexion sur la liturgie, c’est-à-dire sur les rites, les lieux, les temps, les langages par lesquels l’homme et le chrétien se mettent en rapport avec Dieu.


L’article de www.chiesa présentant l’événement, avec une homélie de Benoît XVI sur le "mystère révélé aux tout-petits" :

> "Dieu est là". Voici comment l'Eglise d'Italie se prépare à Noël
(7.12.2009)

Et un article précédent à propos de Robert Spaemann et de la "rumeur immortelle" sur Dieu :

> Un philosophe relance le pari du pape : vivre comme si Dieu existait (31.10.2008)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

26.05.2009

Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen

La conférence des évêques des Etats-Unis veut que, dans la lutte contre l'avortement, le président passe des promesses aux faits. Beaucoup de catholiques n'ont pas confiance en lui et accusent aussi le Vatican de céder. Ont-ils raison? Une analyse à contre-courant par le théologien Robert Imbelli


Par Sandro Magister





ROME, le 26 mai 2009 – Le diplôme "honoris causa" remis, la semaine dernière, au président Barack Obama par l'université catholique de Notre Dame, à South Bend, dans l’Indiana, a provoqué un nouveau sursaut de protestations.

Mais elle a aussi donné des motifs de réflexion et d’action plus calmes.

Les protestataires les plus sévères ont été les chefs de file de la pensée catholique néoconservatrice: Michael Novak, George Weigel, Deal Hudson.

Leur protestation a surtout visé le Vatican et "L'Osservatore Romano", accusés d’être trop indulgents pour Obama malgré ses positions contraires à la doctrine de l’Eglise en matière de bioéthique.

Deal Hudson, depuis le site "Insidecatholic.com" dont il est le fondateur, a demandé la tête de Giovanni Maria Vian, directeur du quotidien du Saint-Siège et il a invité ses lecteurs à en réclamer la destitution en écrivant au secrétaire d’état du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone. D’après Hudson il faudrait aussi renvoyer le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican.

George Weigel, sur "National Review Online", a dit que "L'Osservatore Romano" n’exprime pas automatiquement à chaque ligne les positions du Saint-Siège mais qu’il a en tout cas démontré, par son attitude dans cette affaire, la présence au Vatican d’un fort courant pro-Obama et une "triste ignorance de l’histoire américaine récente" et de l'attaque du nouveau président contre la doctrine de l’Eglise en matière de vie.

Michael Novak, dans un commentaire publié par le quotidien italien "Liberal", a lui aussi accusé "L'Osservatore Romano" de ne pas comprendre la réalité américaine, ce qui fait qu’il "s’est mis du côté des pro-avortement et contre la minorité marginalisée des fidèles catholiques pratiquants". C’est comme si les papes qui ont qualifié l'avortement de "mal intrinsèque" avaient parlé en vain: "Nous avons demandé du pain à Rome et 'L'Osservatore Romano' nous a donné des pierres".

Hudson, Weigel et Novak n’ont montré aucune confiance en l’offre de dialogue lancée par Obama aux défenseurs de la vie naissante, dans son discours du 17 mai à l'université de Notre Dame. Selon eux, le nouveau président reste ferme sur ses positions pro-avortement. Aux "pro life" et à eux seuls il demande d’accepter des compromis: ainsi, en fin de compte, ce qu’il appelle dialogue "n’est qu’une demande de reddition sans conditions".


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Certains évêques – parmi ceux qui, à plus de 70, avaient critiqué avant le 17 mai la décision de l'université catholique de Notre Dame de récompenser le président "pro-avortement" – ont aussi réagi négativement à l’offre de dialogue lancée par Obama dans son discours à la cérémonie de remise de diplômes.

Au contraire les dirigeants de la conférence des évêques des Etats-Unis ont montré qu’ils trouvaient dans le discours d’Obama des éléments positifs, tout en gardant de fortes réserves sur certaines décisions déjà prises par le président.

Dans une note officielle du 22 mai, le président de la conférence, le cardinal Francis E. George, archevêque de Chicago, a remercié le président de ce qu’il avait dit à propos du droit à l'objection de conscience pour les opérateurs sanitaires opposés à l’avortement. Il a ajouté que personne ne doit être obligé de financer les avortements avec l’argent de ses impôts. Il l’a invité à concrétiser ses promesses et l’a assuré de la volonté de la conférence des évêques de "travailler avec l'administration et les législateurs" pour réduire le plus possible les avortements.

Le même jour, le secrétaire général de la conférence des évêques, Mgr David Malloy a de nouveau critiqué le décret par lequel, le 9 mars, Obama a levé l’interdiction de détruire des embryons à des fins de recherche: une décision dans laquelle "ni la science ni l'éthique n’ont été prises en compte".

"L'Osservatore Romano", dans son édition du 24 mai, a parlé de ces deux prises de position, sous le titre, repris en première page: "Les évêques des Etats-Unis parlent de recherche et d’objection de conscience. Les limites infranchissables du dialogue avec la Maison Blanche et le Congrès en matière d’éthique".


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La note du 22 mai du cardinal George fait donc naître cette question naturelle: qu’a dit précisément Obama dans son discours à Notre Dame, pour amener le président des évêques des Etats-Unis à lui faire confiance, même si c’est avec prudence et dans des limites "infranchissables"?

En effet, dans le feu des polémiques, le discours d’Obama a été peu lu et analysé. Il doit pourtant s’y trouver quelque chose de significatif pour qu’en Italie un commentateur au-dessus de tout soupçon comme Giuliano Ferrara – le plus "ratzingerien" des défenseurs laïcs de la vie naissante – l'ait publié intégralement dans le quotidien "il Foglio" qu’il dirige et qu’il y ait reconnu un terrain commun sur lequel "pro life" et "pro choice" puissent agir ensemble pour réduire le nombre de femmes qui cherchent à avorter.

Un autre discours important du 17 mai à Notre Dame a été encore moins lu et analysé: celui du juge John T. Noonan, qui a reçu en 1984 la plus haute distinction de cette université catholique, la médaille "Laetare".

La note ci-dessous comble ce manque. Elle analyse les discours d’Obama et de Noonan. Elle en fait ressortir les éléments de conflit mais surtout d’espoir. Avec des observations aiguës et surprenantes.

Son auteur, Robert Imbelli, prêtre du diocèse de New-York, enseigne la théologie au Boston College.

Mais il écrit aussi pour "L'Osservatore Romano". Le 28 janvier 2009, il y a publié un commentaire du discours de prise de fonctions du nouveau président, intitulé "Obama, Lincoln et les anges", qui se terminait ainsi:

"Cela reste l’espérance et la prière de l'Amérique. Mais nous prions aussi pour que les anges des enfants conçus mais pas encore nés ne soient pas négligés. Nous prions pour que les liens d'amour du pays aillent jusqu’à eux. Pour qu’ils ne soient pas exclus du pacte de citoyenneté".

Précédemment, le 12 août 2008, toujours dans "L'Osservatore Romano", Imbelli avait fait un compte-rendu favorable du livre "Render Unto Caesar" de l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, qui est aujourd’hui l’un des critiques les plus sévères de la présidence Obama.

C’est donc un commentateur équitable qui écrit...



Conflit et espoir à l'université de Notre Dame

par Robert Imbelli



Cette année, la cérémonie de remise des diplômes à l'université de Notre Dame, dans l'Indiana, a été l’une des plus controversées de la prestigieuse histoire de cette éminente université catholique. Le motif: Barack Obama, le nouveau président des Etats-Unis, a été invité à faire un discours aux diplômés et à recevoir un diplôme "honoris causa" en droit. Ce qui a provoqué une explosion de critiques, c’est notamment l’attribution d’une récompense honorifique à un président dont la politique défend le droit à l’avortement et soutient la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

En un blâme public sans précédent, plus de 70 évêques catholiques des Etats-Unis ont sévèrement reproché à Notre Dame d’avoir violé les indications de la conférence des évêques sur l’attribution de récompenses honorifiques à ceux qui s’opposent à l'enseignement de l’Eglise catholique sur des points fondamentaux. L’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame a boycotté la cérémonie en signe de protestation. De plus, Mary Ann Glendon, ex-ambassadeur près le Saint-Siège et professeur de droit à Harvard, qui avait été choisie pour recevoir la médaille "Laetare", la plus haute récompense à Notre Dame, l’a refusée en raison de la désobéissance de Notre Dame à la directive des évêques.

La polémique, ayant fait rage pendant plusieurs semaines avant la cérémonie, a été l’objet d’une large couverture par les médias laïcs et religieux. Puis le débat a continué avec la même vigueur sur des sites web catholiques, des journaux et des revues. Je propose ici quelques réflexions inspirées à la fois par le discours du président et par celui qu’a prononcé, pour la médaille "Laetare", John Noonan, juge à la cour d'appel des Etats-Unis, ancien professeur de droit à Notre Dame et auteur apprécié de nombreux essais sur le développement de l’enseignement moral catholique.

Comme on pouvait s’y attendre, le président Obama a fait un discours à la rhétorique puissante et efficace. Il a combiné d’émouvantes références à son histoire personnelle et un appel passionné à la courtoisie et au dialogue, notamment quand des citoyens ont des croyances et des points de vue différents. Il en a fait une condition préalable pour un échange constructif dans une démocratie et pour créer un "terrain commun". Il a mis en garde contre la tentation de diaboliser ceux avec qui l’on n’est pas d’accord.

Obama a dit que, jeune travailleur social à Chicago, il avait été inspiré par feu le cardinal Joseph Bernardin, qu’il a qualifié d’"homme gentil, bon et sage". Il a aussi indiqué combien il avait été impressionné par les Eglises chrétiennes qui, dans la zone de Chicago, travaillaient ensemble au service des pauvres et des marginaux. C’est leur témoignage qui l’a incité à devenir membre de l’une des paroisses protestantes.

Même ceux qui ont critiqué l’invitation de Notre Dame et le discours du président reconnaissent qu’il a fait des gestes en direction des préoccupations de ceux qui le critiquent. Il a parlé d’un effort commun pour réduire le nombre d’avortements, promouvoir l'adoption d’enfants en bas âge et protéger par une "clause de conscience" les médecins et infirmiers opposés à l’avortement. Ce serait des pas significatifs, s’ils entraient en vigueur.

Mais les critiques soulignent que l'appel du président au dialogue, s’il est habile stratégiquement, sert à camoufler des questions d’une importance considérable. Selon eux, son appel à une discussion courtoise masque un soutien inflexible au droit à l’avortement, qui frappe le droit à la vie des plus vulnérables créatures de Dieu. Et, clairement, l'invitation à continuer le dialogue peut être un expédient commode puisque, en définitive, le pouvoir de décision et de mise en œuvre est uniquement aux mains de celui qui lance l'appel et détient l’impressionnant pouvoir de la présidence.

Alors, dans cette impasse apparente, où se trouve l’espoir? Je voudrais attirer l'attention sur trois points du discours présidentiel qui ont été peu commentés jusqu’à présent. D’abord, il n’a pas simplement dit que, grâce au témoignage de chrétiens socialement engagés, il était devenu membre d’une Eglise. Il a dit une chose plus remarquable: que, grâce à leur témoignage, "il avait été conduit au Christ". Aller au Christ, bien sûr, comporte des conséquences morales, mais, au-delà de la morale, cela implique un nouvel ordre de relations et une conversion permanente.

Deuxième point: est-ce à la lumière de cette venue au Christ que le président Obama a pu parler, de façon presque augustinienne, de "péché originel"? Je ne me souviens pas d’avoir entendu le concept de péché originel dans la bouche d’un précédent président américain et sûrement pas avec la force et la conviction dont Obama a fait preuve. Il a parlé de "notre égoïsme, notre orgueil, notre obstination, notre volonté de posséder, nos incertitudes, nos egos", tout ce qui nous atteint tous, brouille notre intelligence et diminue notre amour.

Enfin, le président Obama a fait appel à la "loi qui unit tous les peuples croyants et incroyants... C’est bien sûr la règle d’or: l'appel à traiter l'autre comme nous voulons être traités, l'appel à l'amour, l'appel à servir". Même s’il n’a pas employé le mot, c’est ce que dit la tradition catholique quand elle parle de la loi naturelle inscrite dans le cœur des hommes par leur Créateur.

Donc, si à un premier niveau le président a paru se concentrer surtout sur un dialogue respectueux et sur des "mots impartiaux", à un niveau plus profond il a semblé chercher des principes unificateurs, peut-être même différents de ses positions précédemment exprimées. En effet ces principes, s’ils étaient pleinement développés, pourraient même amener le président – non sans sacrifices personnels – à revoir certaines des pratiques qu’il soutient actuellement.

En un généreux hommage, le président Obama a appelé Notre Dame un "phare spécifique, qui apporte les lumières de la sagesse de la tradition catholique". Un bel exemple de cette sagesse catholique est le juge John Noonan, qui a fait le discours "Laetare" à la place de l'ambassadeur Glendon. Il est regrettable que son discours mesuré n’ait presque pas été cité dans les comptes-rendus des médias, obsédés par les célébrités et les polémiques. Mais ses propos, concis, respectueux, mais ciblés, méritent une grande attention. Il a parlé d’une voix douce et calme, comme un murmure de la conscience.

Le juge Noonan a parlé du développement de la sensibilité morale de l’homme, qui a amené le monde civilisé à dénoncer les génocides, les tortures, l’esclavage comme d’inqualifiables maux moraux. Mais il a bien montré que cette netteté morale est le fruit de siècles de conflits, d’expériences, d’intuitions douloureuses et "de la lumière qu’irradie l’Evangile". Et il a insisté sur le fait que, si la "conscience" doit être toujours respectée et jamais contrainte, toutes les consciences ne sont pas aussi éclairées moralement et aussi droites.

De manière significative, Noonan a choisi un exemple frappant pour expliquer sa pensée: le débat entre le président Abraham Lincoln et l'ancien esclave Frederick Douglass. La clarté morale et la conviction de Douglass contribuèrent à guider la démarche morale de Lincoln jusqu’à ce qu’il publie la "Proclamation d’émancipation" qui donna la liberté aux esclaves dans les Etats sécessionnistes. Cela implique, de manière subtile mais tout à fait claire, que le président Obama peut, comme Lincoln qu’il vénère, parvenir à plus de clarté à propos de la grave question morale de l'avortement.

Un autre aspect du discours du juge Noonan, qui a échappé même à ceux qui ont pris la peine de l’écouter, est la référence implicite à John Henry Newman. Dans une phrase qui fait écho à Newman à la fois quant au fond et à la forme, Noonan a dit: "Par la conscience nous percevons ce que Dieu attend de nous... Ce guide mystérieux, impalpable, imprescriptible, indestructible et indispensable gouverne notre vie morale". Pour Newman comme pour Noonan, la conscience n’est ni un besoin atavique, ni une impulsion émotionnelle, ni une création de l’homme, mais la voix de Dieu. Ainsi comprise, la conscience est, pour reprendre la forte formule de Newman, "le premier de tous les vicaires du Christ". Comme Newman l’écrivit dans sa célèbre lettre au duc de Norfolk: "La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs; mais aujourd’hui, pour bien des gens, la conscience a tout à fait le droit et la liberté de faire abstraction de la conscience, de ne pas tenir compte du Législateur et Juge, de se libérer des obligations invisibles".

L’enjeu du conflit sur l’avortement, aux Etats-Unis et ailleurs, est de savoir quelle forme de conscience prévaudra: la conscience comme volonté de Dieu ou comme volonté personnelle? L’espoir qui soutient ceux qui ont été formés dans la tradition de la sagesse catholique est la formule inscrite sur la médaille "Laetare", citée par le juge Noonan en conclusion de son discours: "Magna est Veritas et praevalebit", la Vérité est grande et elle prévaudra.

Mais il y a un autre espoir, tissé presque imperceptiblement dans le tissu des toges académiques de Notre Dame, y compris celle que portait le président Obama pour recevoir son diplôme honoraire. Trois mots latins - Vita, Dulcedo, Spes - qui viennent, bien sûr, de la vieille prière à la Vierge, le "Salve Regina". Marie est vie, douceur et espérance, trois valeurs incarnées dans le fruit de ses entrailles et des entrailles de toutes les mères: "benedictum fructum ventris". Puisse la Mère de Dieu, Siège de la Sagesse, guider et inspirer son université afin que la Vérité de l’Evangile puisse effectivement prévaloir.


Le texte intégral du discours d’Obama à l'université de Notre Dame:

> Commencement Address


Et celui du juge John T. Noonan:

> "Laetare" Remarks


Trois commentaires critiques contre le Vatican et "L'Osservatore Romano". Celui de Deal Hudson sur "Insidecatholic.com":

> "L'Osservatore Romano" Needs a New Editor

Celui de George Weigel sur "National Review Online":

> Parsing the Vatican Newspaper

Celui de Michael Novak dans le quotidien italien "Liberal":

> Osservatore traditore


La note (22 mai) du cardinal Francis E. George, président de la conférence des évêques des Etats-Unis:

> Cardinal George grateful for Obama promise...


Et celle du secrétaire de la conférence, David Malloy:

> USCCB General Secretary urges respect for human life...


Le commentaire de Robert Imbelli sur le discours de prise de fonctions d’Obama, dans "L'Osservatore Romano" du 28 janvier 2009:

> Obama, Lincoln e gli angeli

Et son analyse du livre "Render Unto Caesar" de l'archevêque de Denver, Charles J. Chaput, dans "L'Osservatore Romano" du 12 août 2008:

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver


A propos d’Obama, Notre Dame et "L'Osservatore Romano", le précédent article de www.chiesa:

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

01.05.2009

Barack Obama et l´avortement, du 'mauvais côté de l'histoire'

Etats-Unis : Barack Obama et l´avortement, du « mauvais côté de l'histoire »


Selon le card. George (photo)

 

http://douglawrence.files.wordpress.com/2008/11/card_george-informal1.jpg


ROME, Jeudi 30 avril 2009 (ZENIT.org) - Le président des Etats-Unis Barack Obama s'inscrit « du mauvais côté de l'histoire » étant donné ses positions sur l'avortement, selon des propos du cardinal George. Une synthèse de presse de « Gènéthique ».

A l'occasion d'une conférence marquant ses 100 jours à la Maison Blanche, Barack Obama a en effet vivement défendu le "droit" à l'avortement qui, selon lui, relève à la fois de la morale et de l'éthique.

Le cardinal Francis George, président de la Conférence épiscopale américaine, a estimé que le président Obama était "du mauvais côté de l'histoire" en raison de "son soutien fervent au "droit" à avorter".

Rappelons qu'en matière de bioéthique, ces 100 premiers jours ont été également marqués par l'autorisation du financement public de la recherche sur les cellules souches embryonnaires humaines (cf. Synthèse de presse du 09/03/09) et le financement d'organisations pratiquant ou facilitant l'avortement à l'étranger (cf. Synthèse de presse du 20/01/09).

Par ailleurs, Kathleen Sebelius, ex-gouverneur du Kansas, vient d'être nommée secrétaire à la Santé. Elle s'était fait connaître pour ses positions en faveur de ce qu'elle appelle le "droit" des femmes à l'avortement.

Enfin, Madame l'ambassadeur Mary-Ann Glendon (ancienne ambassadeur des USA au Vatican) et également professeur à la faculté de droit de Harvard vient de refuser la Laetare Medal que l'Université de Notre Dame voulait lui décerner. Elle proteste ainsi contre l'invitation faite à Barack Obama par cette Université de prononcer le discours qui précède la remise des diplômes. L'Université doit également remettre au président des Etats-Unis un doctorat honoris causa en droit public. Or, la Conférence des évêques demandait dans un document publié en 2004, que les institutions catholiques n'honorent pas ceux qui agissent au mépris des principes moraux fondamentaux. La décision de Mary-Ann Glendon a été remarquée dans le monde entier. Elle a adressé un message sans ambiguïté : une université catholique qui prétend être contre l'avortement doit s'en tenir à ses paroles. En réaction, Bradley Mattes, administrateur délégué du Life Issues Institute, a décidé de lui attribuer le prix Hero at Heart qui est donné, chaque année, à une personne ayant manifesté un courage hors pair pour défendre la vie humaine innocente.

Sources : NouvelObs.com 30/04/09 - La Croix 30/04/09 - Cyberpresse.ca 28/04/09 - Zenit 27/04/09 - Famille Chrétienne (Jean-Claude Bésida) 02/05/09 - La Croix.com 20/04/09 - Liberté Politique.com 24/04/09

28.03.2009

Sida : le pape a scientifiquement raison !

 

 

 

Tout a été dit ou presque ces derniers jours sur la réponse du Pape à une question d'un journaliste de France 2. Le préservatif aggrave-t-il le problème du Sida ? C'est la science et l'expérience qui le disent : le pape a raison. Sur le plan personnel et collectif, seule une sexualité responsable peut enrayer la pandémie. Et les faits montrent que l'Afrique est parfois en avance sur les pays occidentaux dits civilisés. Explication par un chercheur en biologie cellulaire.


COMME D'HABITUDE, une phrase a été sortie de son contexte : qui s'en étonnera ? Les premières réactions maladroites de certains n'ont pas amélioré les choses, en particulier la tentative du service de presse du Vatican d'atténuer les mots du Pape en lui faisant dire que cela "risquait" d'accroître (aumentare en italien) le problème. En revanche il a été fort bien dit, surtout par les Africains eux-mêmes, mais aussi par des Européens, que toute cette affaire relevait d’une forme de racisme.

On ne prétendra jamais qu'un Français par exemple, est incapable s’il le souhaite de respecter scrupuleusement la condamnation du préservatif au nom de la morale catholique. En revanche, tous ceux qui ont réagi en s'en prenant souvent violemment au Pape semblent penser qu'un Africain est trop bête pour y parvenir. De même, il a été rappelé ce que le Pape avait commencé par dire, à savoir que plus d'un quart des malades du SIDA sont soignés par des institutions catholiques, bien plus que toutes les ONG réunies (18% des malades). On pourrait demander combien sont soignés par des organisations antireligieuses, ou bien par une fondation Juppé ou Cohn-Bendit ou... la liste est longue !



Le préservatif aggrave-t-il le problème du SIDA ?

Oui ou non le préservatif aggrave-t-il le problème du SIDA ? Puisque c'est cette phrase qui a été reprise partout, et que tout le reste a été oublié, je voudrais (re)montrer qu'elle est tout simplement vraie. J'examinerai d'abord sa vérité au plan individuel, puis sa portée à l'échelle des populations et enfin sa réalité pour ce qui est de l'épidémie planétaire.

À première vue, on peut penser que le préservatif est efficace pour une personne ne voulant pas devenir séropositive ou ne voulant pas transmettre sa maladie ; je pense en particulier aux couples où l'une des personne est séropositive, et je ne parlerai pas de ce cas en particulier. On peut en effet sans doute démontrer que plus de gens auraient le SIDA aujourd'hui sans le préservatif, dans le climat de laisser-faire sexuel qui est quasiment mondial. Mais on peut encore plus facilement prouver qu'en respectant la morale sexuelle de la loi naturelle, au moins de temps en temps, nul n'est besoin de préservatif.

Cependant, admettons que pour une personne donnée qui décide d'avoir des relations avec une autre personne dont elle ne sait rien, le préservatif soit un pis aller. Pourtant celui-ci n'est efficace qu'à 85% comme contraceptif chez ceux qui l'utilisent systématiquement, et la plupart des méta-analyses indiquent que son efficacité contre le VIH est de l'ordre de 80 à 90 %. Cela signifie que pour 100 personnes qui utilisent systématiquement un préservatif, entre 10 et 20 seront malgré tout contaminées. C'est moins efficace que les méthodes de régulation naturelle des naissances. Pourtant on nous rabâche à longueur de temps que celles-ci ne sont pas fiables, à tel point qu'elles ont été surnommées "roulette vaticane".

Pourtant une sérieuse étude a montré que la méthode symptothermique est fiable à 99,4% sur une durée d'un an pour les femmes ayant respecté scrupuleusement tous les critères, et un taux de 98,2% en moyenne lors de cette étude [1]. En "utilisation parfaite", le préservatif est supposé être fiable à 98% (85% en utilisation normale), tout comme la méthode symptothermique selon le chiffre retenu par l'OMS [2]. Va-t-on pouvoir nous expliquer pourquoi le "risque" d'avoir un enfant dans 2% des cas est jugé inacceptable, alors même qu'on juge tout à fait supportable le risque de contamination par le virus du SIDA dans les mêmes proportions ? Si on ne fait pas confiance à une méthode de régulation naturelle des naissances, il est surréaliste de faire confiance au préservatif.



À l’échelle d’une population

Voyons maintenant ce que disent les statistiques et la littérature scientifique sur l'évolution de l'épidémie de SIDA à l'échelle d'une population. On a récemment appris qu'à Washington, la prévalence de l'infection par le VIH était d'au moins 3%. Manquerait-on de préservatifs à Washington ? Ce chiffre est supérieur à celui de plusieurs pays de l'Afrique sub-saharienne (1,2% au Bénin ; 1,6% au Burkina-Faso ; 1,7 au Libéria ; 3,1 au Nigéria ; 2,1 en Angola, etc.).

La réalité est plus complexe. En effet plusieurs personnalités scientifiques de premier plan ont montré que la première mesure à prendre est la réduction du nombre de partenaires. C'est d'autant plus important si une personne a plusieurs partenaires dans une même période.

Prenons l'individu A qui a deux partenaires B et C. Supposons que B soit séropositif, il peut contaminer non seulement A, mais aussi C. Normalement, B et C ne se connaissant pas, il ne devrait pas y avoir de risque de transmission de la maladie entre eux. Mais les risques augmentent exponentiellement avec le nombre de partenaires simultanés. Au contraire le simple fait d'être fidèle à une personne, au moins pendant un temps, réduit considérablement ce genre de risques. C'est en substance ce que démontre Helen Epstein dans un essai paru en novembre 2008 dans le British Medical Journal [3].

H. Epstein est une journaliste indépendante et spécialiste de santé publique dans les pays en voie de développement, auteur notamment de The Invisible Cure: Why We Are Losing The Fight Against AIDS in Africa. De même, une étude essentielle parue dans Science en 2004 démontre que le succès obtenu en Ouganda a été rendu possible en réduisant considérablement le nombre de partenaires et en retardant l'âge des premières relations [4]. Et cette étude a été confirmée [5]. Autrement dit, fidélité et abstinence sont les clés de la lutte contre l'épidémie de SIDA.

En Ouganda en particulier, la chute de la prévalence de séropositivité a précédé de plusieurs années l'arrivée massive des préservatifs. Les autres pays où une baisse sensible de l'épidémie est directement liée à la réduction du nombre de partenaires incluent le Kenya, Haïti, le Zimbabwe, la Thaïlande et le Cambodge [6]. On pourrait également citer James D. Shelton et son "commentaire" publié dans The Lancet fin 2007 sur les dix mythes de l'épidémie de SIDA parmi lesquels on trouve "les préservatifs sont la solution" [7]. Tout comme Helen Field, Shelton, qui appartient à l'USAID (Agence américaine pour le développement international) recommande avant tout de faire baisser le nombre de partenaires simultanés.

 


Le préservatif donne le goût du risque

Un autre argument a été avancé par Edward C. Green qui est le directeur d'un programme de recherche sur la prévention du SIDA à l'université de Harvard. Il s'est fait remarqué la semaine dernière en prenant fait et cause pour le Pape. Dans un entretien accordé à la revue américaine National Review il a déclaré :

« Le Pape a raison, ou bien disons que tous les indices dont nous disposons vont dans le même sens que ce qu'a dit le Pape [...]. Il a été prouvé que les préservatifs ne sont pas efficaces au niveau d'une population. Il y a un lien récurrent, démontré par nos meilleurs études, y compris les "Demographic Health Surveys" financées par les États-Unis, entre une plus grande disponibilité et utilisation des préservatifs et un taux d'infection au VIH plus élevé (et non moins élevé). Ceci peut être dû en partie au phénomène connu sous le nom de "compensation du risque", ce qui signifie que si quelqu'un utilise une technique de réduction d'un risque comme le préservatif, il perd souvent le bénéfice de cette réduction en compensant, ou prenant plus de risques que s'il n'avait pas utilisé cette technique » [8] (traduction AB).


Cette explication est une des clés pour comprendre pourquoi le préservatif est à long terme une mauvaise solution. Tôt ou tard on se lasse de prendre des précautions, et le résultat se manifeste notamment aujourd'hui à Washington avec une reprise tragique de l'épidémie. Et avant qu'on explique que Green est à la solde du pape, il est bon d'ajouter qu'il est agnostique.

 


À l’échelle de la planète

Passons pour finir à l'échelle de la planète. Nous savons que seuls une réduction drastique du nombre de partenaires, ainsi qu'un âge plus tardif pour le début de l'activité sexuelle sont essentiels pour faire baisser de façon très importante l'épidémie de SIDA. Cela est possible puisqu'en Ouganda on est passé de 25 % à environ 6% de personnes infectées en l'espace de 10-15 ans [4]. Ce qui a pu être fait avec peu de moyens dans un pays souvent en proie à l'instabilité peut être fait ailleurs. L'ennui c'est que pour obtenir l'éradication d'une maladie, il faut que tout le monde joue le jeu. Or il est clair qu'aujourd'hui on ne se donne pas les moyens d'arriver à ce résultat autrement qu'en recherchant des traitements ou un vaccin. En ce sens la promotion du préservatif aggrave donc le problème. Tant que la principale façon de lutter est de promouvoir une solution non fiable dans un cas sur six ou sept au détriment d'un changement de comportement, on n'arrivera jamais à enrayer l'épidémie.

Tous ceux qui s'étonnent que le Pape soit catholique devraient s'apercevoir que son raisonnement, loin d'être idéologique ou simplement moraliste, est scientifiquement le plus valide. Peut-être est-il irréaliste à court terme dans la mesure où la fidélité et l'abstinence sont des valeurs très décriées de nos jours, mais sur le long terme, la seule solution est une prise de conscience de la valeur de la sexualité humaine.

« On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels (Benoît XVI) [9]. »

27 mars 2009 | Albert Barrois

*Albert Barrois est le pseudonyme d’un scientifique, docteur en biologie cellulaire.

 


[1] Frank-Herrmann et al (2007). « The effectiveness of a fertility awareness based method to avoid pregnancy in relation to a couple’s sexual behaviour during the fertile time: a prospective longitudinal study. » Hum Reprod, 22, 1310-1319.
[2] Document à télécharger (voir le tableau 1).
[3] Epstein H (2008). « AIDS and the irrational. » British Medical Journal, 337, a2638.
[4] Stoneburner & Low-Beer (2004). « Population-level HIV declines and behavioral risk avoidance in Uganda. » Science, 304, 714-718.
[5] Kirby D (2008) « Changes in sexual behaviour leading to the decline in the prevalence of HIV in Uganda : confirmation from multiple sources of evidence », Sex Transm Inf 84; ii35-ii41
[6] Green & Ruark. First Things, avril 2008. First Things est une revue catholique américaine.
[7] Shelton JD (2007). « Ten myths and one truth about generalised HIV epidemics. » The Lancet, 370, 1809-1811.
[8] Dans un article de Kathryn Jean Lopez, publié en ligne le 19 mars.
[9] Suite de la réponse de Benoît XVI.

 

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