18.03.2010

Comment piloter l'Église dans la tempête. Une leçon

Elle a été donnée par Benoît XVI lors d'une audience générale, à l'encontre de ceux qui désirent un nouveau début du christianisme, sans hiérarchie ni dogmes. Le secret d'un bon gouvernement, a-t-il dit, "est surtout de réfléchir et de prier"


par Sandro Magister





ROME, le 18 mars – Peu de gens l’ont remarqué, mais au plus fort de la tempête qui a frappé l’Église catholique parce qu’un certain nombre de ses prêtres ont scandalisé des "petits", Joseph Ratzinger a relevé le défi d’une manière toute personnelle. Par une surprenante leçon de théologie de l’histoire, comportant des références à sa propre vie de théologien et de pape.

Cette leçon, il l’a donnée aux pèlerins qui se pressaient dans la salle des audiences générales, le matin du mercredi 10 mars.

A plusieurs reprises, le pape a levé les yeux de son texte écrit et il a improvisé. On trouvera ci-dessous la transcription intégrale de ses propos. Elle mérite d’être lue d’un bout à l’autre. Mais il faut tout de suite en souligner certains éléments.

Au centre de la leçon se détache la figure de saint Bonaventure de Bagnoregio, docteur de l’Église, qui fut l’un des premiers successeurs de saint François d’Assise à la tête de l'ordre que celui-ci avait fondé.

Voilà le premier des éléments autobiographiques. En effet c’est précisément à la théologie de l’histoire de saint Bonaventure que le jeune Joseph Ratzinger consacra sa thèse d’habilitation en théologie, publiée en 1959 et récemment réimprimée.

La nouveauté de cette œuvre de jeunesse est qu’elle confrontait, pour la première fois, la théologie de l’histoire de saint Bonaventure avec celle, très influente, de Joachim de Flore.

L'influence de Joachim de Flore sur la pensée de ce siècle et celle des siècles suivants - chrétienne ou athée - a été très grande, jusqu’à nos jours. Le théologien Henri de Lubac lui a consacré, il y a trente ans, un mémorable essai en deux volumes intitulé : "La postérité spirituelle de Joachim de Flore".

Lorsque aujourd’hui, en réaction au scandale créé par certains prêtres, on demande une fois encore une purification radicale de l’Eglise pour ouvrir une nouvelle  époque, que l’on désire un nouveau concile qui soit "un nouveau début et une rupture", que l’on souhaite un christianisme spirituel fait de l’Évangile seul, sans hiérarchies ni dogmes, que demande-t-on, sinon l'âge de l’Esprit annoncé par Joachim de Flore ?

Dans sa leçon du 10 mars, Benoît XVI a décrit et actualisé avec une rare clarté l’opposition entre Joachim et Bonaventure. Il a montré que l'utopie de Joachim a trouvé dans le concile Vatican II un terrain fertile pour se reproduire à nouveau mais qu’elle a été victorieusement contestée par "les sages timoniers de la barque de Pierre", c’est-à-dire les papes qui ont su défendre à la fois la nouveauté du Concile et la continuité de l’Église.

Du spiritualisme à l'anarchie il n’y a qu’un pas, a averti Benoît XVI. Il en était ainsi au siècle de saint Bonaventure, il en est ainsi aujourd’hui. Pour être gouvernée, l’Église a besoin de structures hiérarchiques, mais il faut donner à celles-ci une base théologique évidente. C’est ce qu’a fait saint Bonaventure lorsqu’il gouvernait l'ordre franciscain. Pour lui "gouverner n'était pas simplement un acte mais signifiait surtout penser et prier. A la base de son gouvernement nous trouvons toujours la prière et la pensée ; toutes ses décisions résultent de la réflexion, de la pensée éclairée par la prière".

Il doit en être de même – a dit le pape – dans le gouvernement de l’Église universelle : "c'est-à-dire gouverner non seulement par les ordres et les structures, mais en guidant et en éclairant les âmes, en les orientant vers le Christ".

C’est là le deuxième élément autobiographique, décisif, de la leçon du 10 mars, dans laquelle Benoît XVI a indiqué comment il entend gouverner l’Eglise. Il l’a dit avec la douce humilité qui lui est propre, en se plaçant dans l'ombre d’un saint.

Pour saint Bonaventure les textes théologiques et mystiques étaient "l'âme du gouvernement" ; il en est de même pour le pape actuel. L'âme de son gouvernement, ce sont les homélies liturgiques, l'enseignement aux fidèles et au monde, le livre qu’il a consacré à Jésus, autrement dit la "pensée éclairée par la prière". C’est là que la structure hiérarchique de l’Église romaine et ses actes de gouvernement trouvent leur base et leur nourriture. C’est là que l’Église du pape Benoît XVI puise la guérison des péchés commis par ses fils et la réponse aux attaques – pas innocentes – lancées contre elle de l’extérieur et de l’intérieur.

Mais laissons-lui la parole. Voici sa catéchèse du mercredi 10 mars 2010 :



"Il n'y a pas un autre Évangile, il n'y a pas une autre Église à attendre..."

par Benoît XVI



Chers frères et sœurs, [...] saint Bonaventure a eu, entre autres mérites, celui d'interpréter de façon authentique et fidèle la figure de saint François d'Assise, qu'il a vénéré et étudié avec beaucoup d’amour.

En particulier, à l'époque de saint Bonaventure, un courant de Frères mineurs, les "spirituels", soutenait qu'une phase entièrement nouvelle de l'histoire avait été inaugurée avec saint François et que l'"Evangile éternel" dont parle l'Apocalypse allait apparaître et remplacer le Nouveau Testament.

Ce groupe affirmait que l'Église avait désormais achevé son rôle historique et qu’elle était remplacée par une communauté charismatique d'hommes libres, guidés intérieurement par l'Esprit, les "Franciscains spirituels".

A la base des idées de ce groupe, il y avait les écrits d'un abbé cistercien, Joachim de Flore, mort en 1202. Dans ses œuvres, il affirmait l'existence d'un rythme trinitaire de l'histoire. Il considérait l'Ancien Testament comme l'ère du Père, suivie par l’ère du Fils, qui était le temps de l'Église. Il fallait encore attendre la troisième ère, celle de l'Esprit Saint.

Ainsi l’histoire tout entière devait être interprétée comme une histoire de progrès : de la sévérité de l'Ancien Testament à la relative liberté de l’ère du Fils dans l'Église, jusqu'à la pleine liberté des Fils de Dieu au cours de l’ère de l'Esprit Saint, qui devait aussi être, enfin, l’ère de la paix entre les hommes, de la réconciliation des peuples et des religions.

Joachim de Flore avait suscité l'espoir que le début du temps nouveau serait né d'un nouveau monachisme. Il est donc compréhensible qu'un groupe de franciscains ait cru reconnaître en saint François d'Assise l'initiateur du temps nouveau et en son Ordre la communauté de la période nouvelle - la communauté de l’ère de l'Esprit Saint - qui laissait derrière elle l'Église hiérarchique pour commencer la nouvelle Église de l'Esprit, détachée des anciennes structures.

Il y avait donc un risque de très grave malentendu sur le message de saint François, sur son humble fidélité à l'Évangile et à l'Église, et cette équivoque comportait une conception erronée du christianisme dans son ensemble.

Saint Bonaventure, qui devint ministre général de l'Ordre franciscain en 1257, se trouva face à une grave tension au sein de cet Ordre, due précisément aux partisans du courant que j’ai cité, les "Franciscains spirituels", qui se référait à Joachim de Flore. C'est justement pour répondre à ce groupe et pour rendre son unité à l'Ordre que saint Bonaventure étudia avec soin les écrits authentiques de Joachim de Flore et ceux qui lui étaient attribués et qu’il voulut, en tenant compte de la nécessité de présenter correctement la figure et le message de son bien-aimé saint François, donner une juste présentation de la théologie de l'histoire.

Saint Bonaventure traita le problème précisément dans sa dernière œuvre - un recueil de conférences aux moines qui étudiaient à Paris, demeuré incomplet et qui nous est parvenu à travers les transcriptions faites par les auditeurs - intitulée "Hexaemeron", c'est-à-dire une explication allégorique des six jours de la création.

Les Pères de l'Eglise considéraient les six ou sept jours du récit de la création comme une prophétie de l'histoire du monde et de l'humanité. Les sept jours représentaient pour eux sept périodes de l'histoire, également interprétées plus tard comme sept millénaires. Avec le Christ, on devait entrer dans le dernier, c'est-à-dire dans la sixième période de l'histoire, à laquelle devait succéder ensuite le grand sabbat de Dieu. Saint Bonaventure conçoit cette interprétation historique du rapport avec les jours de la création, mais de façon très libre et innovatrice.

Pour lui, deux phénomènes de son époque rendent nécessaire une nouvelle interprétation du cours de l'histoire.

Le premier : la figure de saint François, l'homme totalement uni au Christ jusqu'à la communion des stigmates, presque un "alter Christus", et avec saint François la nouvelle communauté qu'il avait créée, différente du monachisme que l’on avait connu jusqu'alors. Ce phénomène exigeait une nouvelle interprétation, comme nouveauté de Dieu apparue à ce moment.

Le deuxième : la position de Joachim de Flore - qui annonçait un nouveau monachisme et une période totalement nouvelle de l'histoire, allant au-delà de la révélation du Nouveau Testament - exigeait une réponse.

En tant que ministre général de l'Ordre des franciscains, saint Bonaventure avait immédiatement vu qu'avec la conception spiritualiste, inspirée par Joachim de Flore, l'Ordre n'était pas gouvernable, mais allait logiquement vers l'anarchie.

Deux conséquences en découlaient selon lui.

La première : la nécessité pratique de structures et d'une insertion dans la réalité de l'Église hiérarchique, de l'Église réelle, rendait nécessaire une base théologique, notamment parce que les autres, ceux qui suivaient la conception spiritualiste, présentaient une base théologique apparente.

La seconde : tout en tenant compte du réalisme nécessaire, il ne fallait pas laisser de côté la nouveauté de la figure de saint François.

Comment saint Bonaventure a-t-il répondu à cette exigence pratique et théorique ? Je ne peux donner ici, en quelques points, qu'un résumé très schématique et incomplet sur certains points de sa réponse.

Saint Bonaventure rejette l'idée du rythme trinitaire de l'histoire. Dieu est un pour toute l'histoire et il ne se divise pas en trois divinités. En conséquence, l'histoire est une, même si elle est un chemin et – selon saint Bonaventure – un chemin de progrès.

Jésus-Christ est la dernière parole de Dieu - en Lui Dieu a tout dit, se donnant et se disant lui-même. Dieu ne peut pas dire ni donner plus que lui-même. L'Esprit Saint est l'Esprit du Père et du Fils. Le Christ lui-même dit de l'Esprit Saint : "il vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (Jn 14, 26) ; "c’est de mon bien qu’il prendra pour vous en faire part" (Jn 16, 15).

Il n'y a donc pas un autre Evangile plus haut, il n'y a pas une autre Eglise à attendre. L'Ordre de saint François doit donc lui aussi s'insérer dans cette Eglise, dans sa foi, dans son organisation hiérarchique.

Cela ne signifie pas que l'Eglise soit immobile, fixée dans le passé, et qu'il ne puisse pas y avoir de nouveauté en elle. "Opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", les œuvres du Christ ne reculent pas, ne manquent pas, mais elles progressent, dit le saint dans la lettre "De tribus quaestionibus".

Ainsi, saint Bonaventure formule explicitement l'idée du progrès : c’est une nouveauté par rapport aux Pères de l'Eglise et à une grande partie de ses contemporains. Pour saint Bonaventure le Christ n'est plus la fin de l'histoire, comme pour les Pères de l'Eglise, mais il est son centre ; avec le Christ, l'histoire ne finit pas, elle commence une nouvelle période.

Il y a une autre conséquence : jusqu'alors l'idée que les Pères de l'Eglise avaient été le sommet absolu de la théologie était dominante, toutes les générations suivantes ne pouvant être que leurs disciples. Saint Bonaventure reconnaît lui aussi les Pères comme des maîtres pour toujours, mais le phénomène de saint François lui donne la certitude que la richesse de la parole du Christ est inépuisable et que de nouvelles lumières peuvent aussi apparaître dans les nouvelles générations. L’unicité du Christ garantit également des nouveautés et un renouvellement à toutes les périodes de l'histoire.

Assurément – souligne-t-il – l'Ordre franciscain appartient à l'Église de Jésus-Christ, à l'Église apostolique, et il ne peut pas se construire dans un spiritualisme utopique. Mais, en même temps, la nouveauté de cet Ordre par rapport au monachisme classique est valable, et saint Bonaventure [...] a défendu cette nouveauté contre les attaques du clergé séculier de Paris : les franciscains n'ont pas de monastère fixe, ils peuvent être présents partout pour annoncer l'Évangile. C'est précisément la rupture avec la stabilité, caractéristique du monachisme, en faveur d'une nouvelle flexibilité, qui a restitué à l'Eglise le dynamisme missionnaire.

A ce point, il est peut-être utile de dire qu'aujourd'hui encore, il y a des gens qui pensent que toute l'histoire de l'Église au deuxième millénaire a été un déclin permanent ; certains voient déjà le déclin juste après le Nouveau Testament.

En réalité, "opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", les œuvres du Christ ne reculent pas, mais elles progressent. Que serait l'Église sans la nouvelle spiritualité des cisterciens, des franciscains et des dominicains, la spiritualité de sainte Thérèse d'Avila et de saint Jean de la Croix, et ainsi de suite ?

Aujourd'hui encore l'affirmation : "Opera Christi non deficiunt, sed proficiunt", elles vont de l'avant, reste valable. Saint Bonaventure nous enseigne l'ensemble du discernement nécessaire, même sévère, du réalisme sobre et de l'ouverture à de nouveaux charismes donnés par le Christ, dans l'Esprit Saint, à son Eglise.

Et alors que cette idée du déclin se répète, il y a aussi l'autre idée, cet "utopisme spiritualiste", qui se répète. Nous savons, en effet, qu'après le concile Vatican II certains étaient convaincus que tout était nouveau, qu'il y avait une autre Eglise, que l'Eglise préconciliaire était finie et que nous allions en avoir une autre, totalement "autre". Un utopisme anarchique ! Et grâce à Dieu, les sages timoniers de la barque de Pierre, le pape Paul VI et le pape Jean-Paul II, ont défendu d'une part la nouveauté du Concile et, en même temps, l'unicité et la continuité de l'Église, qui est toujours une Église de pécheurs et toujours un lieu de grâce.

En ce sens, saint Bonaventure, en tant que ministre général des franciscains, a suivi une ligne de gouvernement selon laquelle il était bien clair que le nouvel Ordre ne pouvait pas, en tant que communauté, vivre à la même "hauteur eschatologique" que saint François, en qui il voit l’anticipation du monde futur, mais – guidé à la fois par son sain réalisme et par son courage spirituel - il devait s'approcher le plus possible de la réalisation maximale du Sermon sur la montagne, qui pour saint François avait été la règle, tout en tenant compte des limites de l'homme, marqué par le péché originel.

Nous voyons ainsi que, pour saint Bonaventure, gouverner ce n'était pas simplement agir, mais surtout réfléchir et prier. A la base de son gouvernement nous trouvons toujours la prière et la réflexion ; toutes ses décisions résultent de la réflexion, de la pensée éclairée par la prière. Son contact intime avec le Christ a toujours accompagné son travail de ministre général. C'est pourquoi il a composé une série d'écrits théologico-mystiques, qui expriment l'esprit de son gouvernement et manifestent l'intention de conduire l'Ordre intérieurement, c'est-à-dire de gouverner non seulement par les ordres et les structures, mais en guidant et en éclairant les âmes, en les orientant vers le Christ.

De ces écrits, qui sont l'âme de son gouvernement et qui montrent à l'individu comme à la communauté la route à parcourir, je ne voudrais citer qu'un seul, son chef-d'œuvre, l'"Itinerarium mentis in Deum", qui est un "manuel" de contemplation mystique.

Ce livre a été conçu en un lieu de profonde spiritualité : le mont de l'Alverne, où saint François avait reçu les stigmates. Dans son introduction, l'auteur décrit les circonstances qui avaient été à l'origine de ce texte : "Tandis que je méditais sur les possibilités qu’avait l'âme d'accéder à Dieu, je me représentai, entre autres, l’événement merveilleux qui advint en ce lieu au bienheureux François, la vision du Séraphin ailé en forme de Crucifié. Et méditant sur cela, je me rendis compte tout de suite que cette vision m'offrait l'extase contemplative de notre père François et en même temps la voie qui y conduit" ("Itinéraire de l'esprit en Dieu", Prologue, 2 in "Opere di San Bonaventura. Opuscoli Teologici", 1, Rome, 1993, p. 499).

Les six ailes du Séraphin deviennent ainsi le symbole des six étapes qui conduisent progressivement l'homme, à partir de la connaissance de Dieu à travers l'observation du monde et des créatures et à travers l'exploration de l'âme elle-même avec ses facultés, jusqu'à l'union gratifiante avec la Trinité par l'intermédiaire du Christ, à l'imitation de saint François d'Assise.

Les dernières paroles de l'"Itinerarium" de saint Bonaventure, qui répondent à la question sur la manière dont on peut atteindre cette communion mystique avec Dieu, devraient descendre profondément dans nos cœurs : "Si maintenant tu aspires à savoir comment cela peut advenir (la communion mystique avec Dieu), interroge la grâce, non la doctrine ; le désir, non l'intellect ; le murmure de la prière, non l'étude des lettres ; l'époux, non le maître ; Dieu, non l'homme  ; les ténèbres, non la clarté ; non la lumière, mais le feu qui enflamme tout et qui transporte en Dieu avec les fortes onctions et les très ardentes affections... Entrons donc dans les ténèbres, étouffons les angoisses, les passions et les fantômes ; passons avec le Christ crucifié de ce monde au Père, afin qu'après l'avoir vu, nous disions avec Philippe : cela me suffit" (ibid., VII, 6).

Chers frères et sœurs, accueillons l'invitation qui nous est adressée par saint Bonaventure, le Docteur Séraphique, et mettons-nous à l'école du divin Maître : écoutons sa Parole de vie et de vérité, qui résonne dans l'intimité de notre âme. Purifions nos pensées et nos actions, afin qu'Il puisse habiter en nous et que nous puissions entendre sa Voix divine, qui nous attire vers le vrai bonheur.



La catéchèse reproduite ci-dessus est la deuxième d’une trilogie que Benoît XVI a consacrée à saint Bonaventure de Bagnoregio, lors des audiences générales de trois mercredis consécutifs.

Voici les liens vers les première et troisième catéchèses, prononcées respectivement les 3 mars et 17 mars 2010 :

> Saint Bonaventure 1

> Saint Bonaventure 3

A la fin de cette catéchèse, Benoît XVI a annoncé la publication imminente d’une lettre adressée à l’Église d'Irlande, secouée par le scandale des prêtres pédophiles :

"Comme vous le savez, au cours des derniers mois l’Église a été durement secouée en Irlande par la crise des abus sexuels sur des mineurs. En signe de ma profonde préoccupation j’ai écrit une lettre pastorale traitant de cette situation douloureuse. Je la signerai le jour de la fête de Saint Joseph, gardien de la Sainte Famille et patron de l’Église universelle, et je l’enverrai très vite après. Je vous demande à tous de la lire personnellement, avec un cœur ouvert et dans un esprit de foi. J’espère qu’elle pourra être utile dans le processus de repentance, de guérison et de renouvellement".


POST SCRIPTUM – La clôture de la visite apostolique effectuée chez les Légionnaires du Christ a été présentée par les médias de la congrégation de manière à demi dissimulée et imprécise.

A ce jour, 18 mars, le seul endroit où l’information ait été publiée est une page de la version espagnole du site en ligne de Regnum Christi, la branche laïque de la Légion :

> Inicia nueva etapa de la visita apostólica

Toutefois ce que l’on peut lire dans cette note correspond davantage à un "wishful thinking", à un désir insatisfait, qu’à la vérité des faits.

A en croire Regnum Christi, il semblerait que la visite apostolique ne se soit pas achevée le 15 mars – or c’est bien ce qui s’est passé - mais qu’elle demande encore du temps. Le motif allégué est que les cinq visiteurs auraient encore besoin de "plusieurs mois" et de "nouveaux échanges" avec le Saint-Siège pour rédiger leurs rapports.

Mais ce n’est pas exact. Les visiteurs ont remis leurs rapports finaux le 15 mars. Et ils seront à Rome le 30 mars pour les présenter aux autorités vaticanes. Ce sont ces dernières, et pas les visiteurs, qui auront besoin d’un laps de temps pour prendre les décisions qui en résulteront.




Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

23.05.2009

Dieu veut te parler - Homélie 7° dimanche de Pâques B




Quand Jésus est monté au ciel, il ne nous a pas laissé une Bible. Il ne nous a pas même donné tout de suite le Saint Esprit ! Il nous a donné plutôt l'Eglise, le corps des croyants rassemblés sous la conduite des Apôtres qu'il avait choisis, les « Onze » comme ils sont désignés dans la première lecture de ce jour.

Plus tard, au moment où cette Eglise était réunie en prière lors de la Pentecôte, Jésus a envoyé le don du Saint Esprit, qui est devenu l'âme et le guide surnaturel de l'Eglise.


Plus tard encore, lorsque cette même Eglise croissait et se multipliait, toujours sous la conduite des Apôtres, elle a rassemblé les écrits inspirés qui ont fini par former la Bible.


Cette Eglise est devenue, avec la structure hiérarchique que le Christ lui-même a instituée, une extension dans le temps et dans l'espace de sa présence. Voilà ce qui était le projet du Seigneur depuis le commencement.

 

 

Pour lire la suite de l'homélie :

Demeurer dans l'amour

23.03.2009

En Afrique le préservatif, au Brésil l'avortement: Bombes à retardement

... Et, dans la seconde affaire, il y a conflit non seulement entre l'Eglise et l'Etat, mais aussi au sein de la hiérarchie. Rome désavoue un diocèse brésilien, qui répond en accusant le Vatican de ne pas connaître les faits et de mettre la doctrine en doute. Les documents de la dispute

par Sandro Magister





ROME, le 23 mars 2009 – Dans les médias d'Europe et d'Amérique, le voyage de Benoît XVI au Cameroun et en Angola, qui s’achève aujourd’hui, a pratiquement été éclipsé par les polémiques nées d’une phrase qu’il a prononcée à son départ, dans l'avion qui le conduisait à Yaoundé, en réponse à la question d’un journaliste:



"On ne peut pas régler le problème du sida par la distribution de préservatifs: au contraire, le risque est d’aggraver le problème".


Lire :

Utilisez ce lien si vous voulez ajouter un signet ou un lien direct vers cet article...Ce que Benoît XVI a vraiment dit à propos du SIDA

 

Au même moment, une seconde polémique éclatait à partir d’un autre pays du Sud, le Brésil, à cause de l'avortement d’une fillette.

Les contraceptifs et l’avortement sont deux des sujets les plus controversés dans les rapports entre l’Eglise et la modernité. L’Eglise catholique s’est notamment prononcée sur les contraceptifs dans l'encyclique "Humanae vitae" de Paul VI et sur l'avortement dans l'encyclique "Evangelium vitae" de Jean-Paul II.

Sur le premier sujet, la polémique de ces jours derniers a été grossie surtout par les réactions irritées que les propos du pape ont suscitées chez les gouvernements français, allemand, belge et espagnol, la Commission Européenne et des dirigeants de l'ONU et du FMI.

Mais, dans le cas de l’avortement de la petite brésilienne, un conflit au plus haut niveau de la hiérarchie catholique s’est ajouté à la polémique entre l’Etat et l’Eglise.



***



A propos du sida, l’Eglise a été accusée pour la énième fois d’en favoriser la diffusion en interdisant le préservatif.

Mais les faits disent qu’en Afrique les initiatives de lutte contre la propagation du sida sont dues pour près d’un tiers à des catholiques. Les préservatifs sont diffusés massivement par des gouvernements, organismes internationaux et ONG; on ne constate pas que les catholiques en empêchent la distribution et l'utilisation, notamment dans le cas d’époux dont l’un est porteur du virus. Mais tout responsable avisé sait qu’ils ne suffisent pas, comme le prouve la diffusion du sida dans les pays riches du Nord où les préservatifs sont à la disposition de tous. L’avis de l’Eglise, confirmé par l'expérience sur le terrain, est qu’à eux seuls les préservatifs ne freinent pas la promiscuité sexuelle, vraie cause de la diffusion du fléau; au contraire ils l’encouragent parfois en créant un sentiment de sécurité trompeur.

C’est pourquoi l’Eglise catholique agit surtout de deux façons contre le sida, comme Benoît XVI l’a rappelé dans sa réponse qui a lancé la polémique: à travers une "humanisation de la sexualité", invitant à limiter celle-ci à l'amour conjugal fidèle, et à travers les soins aux malades. Les enquêtes prouvent que quand l’emploi du préservatif est précédé par une formation au contrôle de la sexualité et par des soins adaptés et gratuits, les résultats sont réconfortants.

Rencontrant à Yaoundé des responsables de la lutte contre le sida puis des malades en traitement, Benoît XVI a comparé l'action de l’Eglise à celle de Simon de Cyrène, le paysan africain qui aida Jésus à porter la croix.

Cette image de proximité vis-à-vis de ceux qui souffrent amène tout droit au second conflit qui a éclaté, ces jours-ci, à propos de l’avortement d’une petite fille.


***


"Du côté de la fillette brésilienne": c’est le titre, dans "L'Osservatore Romano" du 15 mars, d’une note en première page signée par l'archevêque Rino Fisichella, président de l’académie pontificale pour la vie et recteur de l’Université Pontificale du Latran.

L'autorité du signataire, l’emplacement du texte et plus encore son contenu font que l’article est sûrement l’un de ceux que la secrétairerie d’état du Vatican a contrôlés et autorisés.

L’article partait du cas d’une fillette brésilienne déjà fertile à 9 ans qui a été violée à plusieurs reprises par son jeune beau-père, s’est trouvée enceinte de jumeaux et que l’on a fait avorter au quatrième mois de grossesse.

Ce cas, a écrit Fisichella, "n’a été rendu public dans les journaux que parce que l’archevêque d’Olinda et Recife s’est empressé d’annoncer l’excommunication des médecins qui ont aidé à interrompre la grossesse". Mais "avant de penser à l’excommunication", il fallait "avant tout défendre, embrasser, caresser" la fillette avec cette "humanité dont nous, hommes d’Eglise, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres". Mais "il n’en a pas été ainsi".

L'attaque contre l'archevêque d’Olinda et Recife – diocèse qui fut celui de Helder Camara – ne pouvait pas être plus dure.

En effet les déclarations de l'archevêque sur l’excommunication des auteurs du double avortement ont aggravé le conflit déjà en cours depuis longtemps au Brésil entre l’Eglise et le gouvernement, la première engagée dans une grande campagne de défense de la vie naissante, le second orienté vers une libéralisation encore plus large de l’avortement.

A Rome, le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation des évêques, a pris la défense de l'archevêque d’Olinda et Recife dans une interview à "La Stampa".

Au Brésil, la conférence des évêques a fait de même par une note diffusée le 13 mars et par des déclarations de son président, l'archevêque Geraldo Lyrio Rocha, et de son secrétaire, Dimas Lara.

Le nouvel archevêque de Rio de Janeiro, Orani João Tempesta, s’est aussi exprimé dans ce sens, notant entre autres que la mère de la fillette avait dit que "le seul endroit où elle s’était sentie non pas maltraitée mais respectée avait été le bureau de Caritas".

Un soutien autorisé à ce qu’a fait l’Eglise brésilienne est même venu de France. L’évêque de Toulon, Dominique Rey, de retour du Brésil, a déclaré avoir vu de ses yeux "les nombreux témoignages de miséricorde vécue par les communautés chrétiennes qui ont entouré et accompagné la fillette et sa mère".

Mais le Saint-Siège a réagi autrement. En publiant l'article de Fisichella dans "L'Osservatore Romano", il a montré que l’objectif d’aplanir le différend avec l’opinion laïque, le président Luiz Inácio Lula da Silva et son gouvernement passait avant la défense de l’Eglise brésilienne et de sa campagne "pro vie".

Ce qui a eu pour résultat de transporter totalement le conflit à l’intérieur de la hiérarchie et, qui plus est, en ouvrant une controverse sur le jugement à porter sur l’avortement dans des cas semblables.

L'article de Fisichella, en effet, continuait ainsi:


"Du fait de son très jeune âge et de son état de santé précaire, la vie [de la fillette] était sérieusement mise en danger par la grossesse en cours. Que faire en pareil cas? Décision difficile pour le médecin et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-là se présentent chaque jour [...] et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même face à l’obligation de décider ce qu’il y a de mieux à faire".


En fin d’article, Fisichella applaudissait ceux qui "ont permis à la fillette de vivre".

Il est vrai que, dans un autre passage, le président de l’académie pontificale pour la vie rappelait que "l'avortement provoqué a toujours été condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement reste inchangé de nos jours".

Mais les doutes exprimés précédemment restaient et donnaient sa tonalité à tout l’article. Des doutes visiblement en opposition avec la solidité granitique de ce passage du paragraphe 62 de l'encyclique "Evangelium vitae" de Jean-Paul II:


"Aucune circonstance, aucune finalité, aucune loi au monde ne pourra jamais rendre licite un acte qui est intrinsèquement illicite, parce que contraire à la Loi de Dieu, écrite dans le cœur de tout homme, discernable par la raison elle-même et proclamée par l’Eglise".


***


Le 16 mars, le diocèse d’Olinda et Recife a répliqué à l'article de Fisichella paru dans "L'Osservatore Romano" par des "Eclaircissements" officiels, annoncés très visiblement sur la home page de son site web.

Rome n’a en aucune façon accusé réception. Pas même quand, le 21 mars, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, est revenu sur l’affaire.

Le père Lombardi était ce jour-là à Luanda, à l’occasion du voyage de Benoît XVI au Cameroun et en Angola.

La veille, parlant au corps diplomatique et se référant à l'article 14 du Protocole de Maputo sur la "santé maternelle et reproductive", le pape s’était exclamé sur un ton polémique:


"Combien est amère l’ironie de ceux qui promeuvent l’avortement au rang des soins de la santé des mamans! Combien est déconcertante la thèse de ceux qui prétendent que la suppression de la vie serait une question de santé reproductive!".


Rencontrant les journalistes, le père Lombardi a exclu tout lien entre les propos du pape et l’affaire de la fillette brésilienne. Et il a continué ainsi:


"A ce sujet, ce qui compte, ce sont les propos de Mgr Rino Fisichella qui, dans 'L'Osservatore Romano' a déploré l’excommunication annoncée trop rapidement par l'archevêque de Recife. Aucun cas-limite ne doit masquer le vrai sens du discours du Saint-Père, qui se référait à quelque chose de très différent. [...] Le pape n’a absolument pas parlé de l’avortement thérapeutique et n’a pas dit qu’il doit toujours être refusé".


Il est frappant que, près d’une semaine après la diffusion des "Eclaircissements" du diocèse brésilien, le porte-parole officiel du Saint-Siège ait fait comme s’il les ignorait totalement, que ce soit en ce qui concerne la reconstruction des faits opposée ou les objections à caractère doctrinal et moral.

On trouvera ci-après le texte intégral du document du diocèse brésilien:



Eclaircissements du diocèse d’Olinda et Recife



A propos de l’article intitulé "Dalla parte della bambina brasiliana", publié dans "L’Osservatore Romano" du 15 mars, les soussignés déclarent:

1. Les faits de viol n’ont pas eu lieu à Recife comme il est écrit dans l’article, mais dans la ville d’Alagoinha, diocèse de Pesqueira. C’est l'avortement qui a été pratiqué à Recife.

2. Tous – à commencer par le curé d’Alagoinha, soussigné – nous avons traité la fillette enceinte et sa famille avec toute la charité et la tendresse possibles. Dès qu’il a été au courant des événements survenus sur le territoire de sa paroisse, le curé, par sollicitude pastorale, s’est rendu immédiatement au domicile de la famille. Il y a rencontré la fillette et l’a assurée de son soutien et de sa présence face à la situation grave et difficile où elle était. Cette attitude s’est poursuivie chaque jour, d’Alagoinha jusqu’à Recife où a eu lieu le triste événement de l’avortement des deux bébés innocents. Il est donc évident et indubitable que personne n’a pensé en premier lieu à une “excommunication”. Nous avons utilisé tous les moyens à notre disposition pour éviter l’avortement afin de sauver les trois existences. Le curé de la paroisse s’est personnellement associé à tous les efforts du Conseil des Enfants local en vue du bien-être de la fillette et de ses deux enfants. À l’hôpital, lors de ses visites quotidiennes, il a eu une attitude, faite d’attention et de sollicitude, qui a clairement manifesté à l’enfant et à sa mère qu’elles n’étaient pas seules mais que l’Église, représentée par le curé de leur paroisse, leur garantissait toute l’aide nécessaire et la certitude que tout serait fait pour le bien-être de la fillette et pour sauver ses deux enfants.

3. Une fois la fillette transférée dans un hôpital de Recife, nous avons tenté d’utiliser tous les moyens légaux pour éviter l’avortement. L’Église n’a à aucun moment failli dans cet hôpital. Le curé de la paroisse de l’enfant lui a rendu visite chaque jour à l’hôpital, venant d’une ville située à 230 km de Recife, faisant tous les efforts possibles pour que l’enfant et sa mère ressentent la présence de Jésus, le Bon Pasteur qui part à la recherche de la brebis qui a le plus besoin d’aide. L’affaire a donc été traitée par l’Église avec toute l’attention voulue et pas de manière "expéditive" comme le dit l’article.

4. Nous ne sommes pas d’accord avec l’affirmation que "la décision est difficile... pour la loi morale elle-même". La Sainte Église ne cesse de proclamer que la loi morale est très claire: il n’est jamais licite de détruire la vie d’une personne innocente pour sauver une autre vie. Voici les faits objectifs: il y a des médecins qui déclarent explicitement qu’ils pratiquent l’avortement et qu’ils continueront à le pratiquer, tandis que d’autres déclarent avec une fermeté identique qu’ils ne pratiqueront jamais l’avortement. Voici la déclaration écrite et signée d’un médecin catholique brésilien: "Comme obstétricien pendant 50 ans, diplômé de la Faculté nationale de médecine de l’Université du Brésil et ancien directeur du service d’obstétrique de l’hôpital d’Andarai où j’ai exercé pendant 35 ans jusqu’au moment où j’ai pris ma retraite pour me consacrer au diaconat, j’ai accouché 4 524 bébés, dont beaucoup sont nés de mères mineures, et je n’ai jamais eu besoin de recourir à l’avortement pour 'sauver des vies', de même que tous mes confrères, professionnellement sincères et honnêtes et fidèles à leur serment d’Hippocrate".

5. L’affirmation que le fait n’a été rendu public dans les journaux que parce que l’archevêque d’Olinda et Recife s’est empressé d’annoncer l’excommunication, est fausse. Il suffit de constater que l’affaire a été rendue publique à Alagoinha le mercredi 25 février, que l’archevêque a fait sa déclaration à la presse le 3 mars et que l’avortement a été pratiqué le 4 mars. Il serait absurde d’imaginer que, devant un fait aussi grave, la presse brésilienne aurait pu rester silencieuse pendant six jours. Donc, les informations sur la fillette enceinte – "Carmen" – ont été rendues publiques dans les journaux avant que l’avortement n’ait été pratiqué. Ce n’est qu’ensuite que l’archevêque, interrogé par les journalistes le 3 mars, a évoqué le canon 1398 [du code de droit canonique]. Nous sommes convaincus que la révélation de cette peine thérapeutique, l’excommunication, fera du bien à beaucoup de catholiques en les incitant à éviter ce péché grave. Le silence de l’Église aurait été préjudiciable, surtout quand on pense que, chaque année, 50 millions d’avortements sont pratiqués dans le monde et que, rien qu’au Brésil, un million de vies innocentes sont supprimées. Le silence peut être interprété comme une connivence ou une complicité. Si un médecin éprouve une "perplexité de conscience" avant de pratiquer un avortement (ce qui nous semble très improbable), il devrait, s’il est catholique et entend suivre la loi de Dieu, consulter un conseiller spirituel.

6. Autrement dit, cet article constitue une attaque directe contre la défense de la vie de ces trois enfants assurée avec ardeur par l’archevêque José Cardoso Sobrinho. Il montre combien son auteur manquait des bases et des informations nécessaires pour s’exprimer sur ce sujet, en raison de sa totale ignorance des faits. L’hôpital où a été pratiqué l’avortement de cette petite fille est, dans notre état, l’un de ceux où cette opération est constamment pratiquée sous couvert de la "légalité". Les médecins qui ont pratiqué l'avortement de ces jumeaux ont déclaré et continuent à déclarer dans les médias qu’ils ont fait ce qu’ils ont l’habitude de faire "avec une grande fierté". L’un d’entre eux a même déclaré: "Et alors, j’ai déjà été excommunié de nombreuses fois".

7. L’auteur a cru pouvoir parler de ce qu’il ne connaissait pas et, plus grave encore, il n’a pas même pris la peine d’en parler préalablement avec son frère dans l’épiscopat. À cause de cette attitude imprudente, il a provoqué un grand désarroi chez les fidèles catholiques du Brésil. Plutôt que de solliciter son frère dans l’épiscopat, il a choisi de croire à notre presse, souvent anticléricale.

Recife, le 16 mars 2009.

Edvaldo Bezerra da Silva
Vicaire général de l'archidiocèse d’Olinda et Recife

Cicero Ferreira de Paula
Chancelier de l'archidiocèse d’Olinda et Recife

Moisés Ferreira de Lima
Recteur du séminaire archidiocésain

Marcio Miranda
Avocat de l’archidiocèse d’Olinda et Recife

Edson Rodrigues
Curé de la paroisse d’Alagoinha, diocèse de Pesqueira




L'article, paru dans "L'Osservatore Romano" du 15 mars 2009, qui a donné lieu à la déclaration du diocèse d’Olinda et Recife:


Du côté de la fillette brésilienne


par Rino Fisichella


Le débat sur certaines questions est souvent serré et les points de vue différents ne permettent pas toujours de mesurer à quel point l’enjeu est vraiment important. C'est alors qu'il faut s’en tenir à l'essentiel et laisser de côté un moment ce qui ne concerne pas directement le problème. Cette affaire, tout en étant dramatique, est simple. Il y a une fillette innocente que nous devons regarder droit dans les yeux, sans détourner le regard un seul instant, pour lui faire comprendre à quel point on l'aime. Nous l'appellerons Carmen. Ces derniers mois, à Recife, au Brésil, elle a été violée à plusieurs reprises, à l'âge de neuf ans, par son jeune beau-père, et s’est retrouvée enceinte de jumeaux ; sa vie ne sera plus facile. La blessure est profonde car cette violence totalement gratuite l'a détruite intérieurement et lui laissera peu de possibilités, à l'avenir, de regarder les autres avec amour.

Carmen représente une histoire de violence quotidienne; elle n'est apparue dans les pages des journaux que parce que l'archevêque de Recife s'est empressé d'annoncer l'excommunication des médecins qui ont aidé à interrompre sa grossesse. Une histoire de violence qui, hélas, serait passée inaperçue - tellement nous sommes habitués à supporter chaque jour des faits d'une gravité sans égale - sans le tapage et les réactions suscitées par l'intervention de l'évêque. La violence sur une femme, déjà grave en soi, devient encore plus condamnable lorsque celle qui la subit est une petite fille sans défense, avec la circonstance aggravante de la pauvreté et de la misère sociale dans lesquelles elle vit. Il n’y a pas de langage approprié pour condamner de tels faits : ils inspirent souvent un mélange de colère et de rancœur, sentiments qui ne s'apaisent que lorsque la justice est réellement rendue et quand on est sûr que le criminel en question purgera sa peine.

Carmen devait avant tout être défendue, embrassée, caressée avec douceur, pour qu’elle sente que nous étions tous avec elle; tous, sans aucune distinction. Avant de penser à l'excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Eglise, devrions être des annonciateurs experts et des maîtres. Il n'en a pas été ainsi et la crédibilité de notre enseignement s'en ressent, hélas: beaucoup de gens le trouvent insensible, incompréhensible et dépourvu de miséricorde. Il est vrai que Carmen portait en elle d’autres vies, innocentes comme la sienne bien qu'elles aient été le fruit de la violence, qui ont été détruites; mais cela ne suffit pas pour rendre un jugement qui pèse comme un couperet.

Dans son cas, la vie et la mort se sont affrontées. Du fait de son très jeune âge et de son état de santé précaire, sa vie était sérieusement mise en danger par la grossesse en cours. Que faire en pareil cas? Décision difficile pour le médecin et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-là, même si les cas sont différents, se présentent chaque jour dans les salles de réanimation et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même face à l’obligation de décider ce qu’il y a de mieux à faire. En tout cas, personne n'arrive à une décision de ce genre avec désinvolture; le seul fait de le penser est injuste et blessant.

Le respect dû au professionnalisme du médecin est une règle qui doit s’appliquer à tous et qui ne peut pas permettre de parvenir à un jugement négatif sans avoir préalablement réfléchi au conflit qui s'est créé en lui. Le médecin porte avec lui son histoire et son expérience. Devoir sauver une vie en sachant que l’on en met une autre en grand danger n’est jamais un choix facile à vivre. Bien sûr, certains s'habituent à ces situations au point de ne plus éprouver la moindre émotion; mais alors le choix d'être médecin se réduit à n'être qu'un métier vécu sans enthousiasme et subi passivement. Mais il serait non seulement incorrect mais injuste de faire d'un seul cas une généralité.

L’histoire de Carmen a posé, une nouvelle fois, un problème moral des plus délicats; le traiter de manière expéditive ne rendrait justice ni à sa personne fragile ni à ceux qui sont impliqués à divers titres dans cette histoire. Comme chaque problème particulier et concret, il mérite cependant qu’on l’analyse dans sa spécificité, sans généralisations. La morale catholique a des principes dont elle ne pourrait pas faire abstraction même si elle le voulait: la défense de la vie humaine dès sa conception en est un. Elle se justifie par le caractère sacré de la vie; en effet, dès le premier instant, chaque être humain porte l'image du Créateur imprimée en lui; c'est pourquoi nous sommes convaincus qu’on doit lui reconnaître la dignité et les droits de tout être humain, le premier d'entre eux étant son intangibilité et son inviolabilité.

L'avortement provoqué a toujours été condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement reste inchangé de nos jours, depuis l'aube de l'Eglise. Dans "Gaudium et spes" - document qui manifeste beaucoup d’ouverture et de perspicacité envers le monde contemporain - le concile Vatican II utilise de manière inattendue des mots très clairs et très durs contre l'avortement direct. La collaboration formelle elle-même constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est commise, conduit directement hors de la communauté chrétienne. Techniquement, le code de droit canonique utilise l'expression "latae sententiae" pour indiquer que l'excommunication a lieu au moment même ou le fait se produit.

A notre avis, il n'était pas nécessaire d’annoncer aussi vite et avec autant de publicité un fait qui se produit de manière automatique. Ce qui paraît le plus nécessaire en ce moment, c’est un geste témoignant que l’on est proche de ceux qui souffrent. Un acte de miséricorde qui, tout en maintenant fermement le principe, soit capable de regarder au-delà de l’aspect juridique pour parvenir à ce que le droit lui-même prévoit comme but de son existence: le bien et le salut de ceux qui croient à l'amour du Père et de ceux qui accueillent l'Evangile du Christ comme les enfants que Jésus appelait à ses côtés et serrait dans ses bras en disant que le royaume des cieux appartient à ceux qui sont comme eux.

Carmen, nous sommes de ton côté. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l'amour dont tu auras encore plus besoin; ce sont d'autres personnes qui méritent l'excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t'ont permis de vivre et qui t'aideront à retrouver l'espérance et la confiance, malgré la présence du mal et la méchanceté de beaucoup de personnes.



Le site web du journal du Saint-Siège:

> L'Osservatore Romano



Le texte original, en portugais, de la déclaration du diocèse d’Olinda et Recife:

> Esclaricimentos sobre o artigo publicado no "L'Osservatore Romano"...


Le commentaire de l’évêque de Fréjus-Toulon, Dominique Rey:

> À propos de l’affaire de la petite fille brésilienne


Tous les discours et homélies du voyage de Benoît XVI en Afrique, sur le site du Vatican:

> Voyage apostolique au Cameroun et en Angola, 17-23 mars 2009




A propos de l’Eglise catholique et du sida, sur www.chiesa:

> Preservativo sì o no: “La Civiltà Cattolica” sbarra la strada (22.5.2006)


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Traduction française par Charles de Pechpeyrou