18.05.2012

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault : exemplaire ?

1_0_588824.jpegPremier jour de travail pour le nouveau gouvernement français. Un par un les ministres ont gagné leurs bureaux ce jeudi matin : passation de pouvoir dans tous les ministères. Mercredi soir la composition de l’équipe de Jean-Marc Ayrault a été dévoilée. 17 femmes et 17 hommes, dont Laurent Fabius, Manuel Valls, Aurélie Filippetti, Cécile Duflot...

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31.03.2012

Intention Missionnaire pour le mois d'avril 2012

afrique.jpeg« Pour que le Christ ressuscité soit signe d’une réelle espérance pour les hommes et les femmes du continent africain »

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05.10.2011

Derrière l'idéologie du gender, des questions

gender.jpgMgr Nicolas Brouwet, évêque auxiliaire de Nanterre depuis 2008, analyse, dans le mensuel La Nef, les fondements, les erreurs et les questions posées par la théorie du gender.

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22.04.2010

"Maternté avortée" et addiction à l'IVG: un livre témoignage

"Maternité avortée" et addiction à l'IVG : un livre témoignage

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L'Express.fr
a interviewé Irène Vilar, une Américaine d'origine portoricaine qui relate dans un livre témoignage - paru récemment en France sous le titre de Maternité avortée* - ses 15 avortements et son rapport difficile à la grossesse et à la maternité. Irène Vilar a tout juste 16 ans lorsqu'elle rencontre l'homme qui va bouleverser sa vie, "un professeur de littérature latino-américaine de quarante-quatre ans son aîné". Elle va alors, durant 17 ans, vivre auprès de lui une "passion destructrice qui la verra subir pas moins de 15 avortements" et plusieurs tentatives de suicide. Elle parle d' "addiction à l'IVG". Aujourd'hui remariée et mère de deux petites filles, elle voit sa maternité comme une sorte de rédemption. Irène Vilar a fait le choix de rendre publique son expérience difficile "non pour s'excuser, ni remettre ce droit en question, mais pour expliquer combien une passion amoureuse peut se révéler destructrice". Elle savait que son témoignage susciterait de très vives réactions comme cela a été le cas aux Etats-Unis, chez les opposants à l'IVG comme chez ceux qui le défendent, mais elle explique avoir voulu "montrer combien la maternité, la sexualité et la maîtrise de la fécondité plongeaient les femmes dans une inévitable ambivalence". Ouvrant le débat sur "la complexité de devenir mère aujourd'hui", le livre d'Irène Vilar est avant tout "le récit poignant d'une femme sur la difficulté d'assumer son héritage, de s'extirper d'une relation toxique avec un homme et de bâtir son indépendance en se réconciliant avec l'idée d'être mère".

Irène Vilar revient brièvement sur son histoire : issue de la culture latine de Porto Rico "
où les femmes sont dominées par les hommes", elle tombe amoureuse de son professeur sexagénaire. "Au côté de cet homme qui ne voulait pas d'enfant, j'avais l'impression d'être libre, indépendante, moderne. Mais en fait, il 'colonisait' mon corps en me disant : 'Si tu veux rester avec moi, il faut que tu restes inféconde'. Je jouais à la roulette russe avec ma pilule. Chacune de mes grossesses était une forme de défi. A cet homme, mais aussi, et je l'ai compris bien plus tard, à la politique de stérilisation de masse qui a eu lieu dans les années 1960 à Porto Rico et dont ma mère fut victime, ce qui la plongea dans une grande dépression qui la mena au suicide".

Plus qu'une "
addiction à l'IVG", Irène Vilar décrit un rapport névrotique à la fécondité : "ma névrose [...] venait pervertir mon rapport à la fécondité. Quand j'étais enceinte, j'avais la sensation d'être dans la puissance et le pouvoir. Puis je m'apercevais que je ne pouvais pas vivre sans l'homme que j'aimais. J'étais tout à coup terrifiée à l'idée d'être enceinte et je mettais fin à ces grossesses. Cela montre à quel point la fécondité est quelque chose de très complexe. La contraception permet de contrôler l'ovulation, pas le psychisme. Et les femmes ont un rapport ambivalent à leur désir de grossesse". Elle explique comment elle est parvenue à se sortir de cette relation toxique, et de ses sentiments de honte et d' "être inadaptée", sur lesquels elle s'est construite, grâce "à la psychothérapie et [son] travail d'écriture". Elle revient également sur les difficultés éprouvées lors de sa première grossesse menée à terme : "comme je l'écris dans le livre, j'ai voulu avorter après quelques semaines de grossesse. Après ma huitième IVG, avorter était devenu une 'habitude'. Ainsi, quand j'ai voulu arrêter prématurément cette grossesse, que j'avais pourtant désirée et craint de ne pas voir venir, c'était la mémoire de mon corps qui parlait. Heureusement, mon mari m'a rassurée et j'ai pu dépasser mes peurs".

* Irène Vilar, Maternité avortée, Balland, Paris, 2010

L'Express.fr 21/04/10 - Gènéthique

09.02.2010

Benoît XVI défend le droit des enfants devant le Conseil pontifical pour la Famille

La séparation et le divorce ne sont pas sans conséquences pour les enfants, alors que soutenir la famille et promouvoir son véritable bien, son unité et sa stabilité est la meilleure façon de protéger les droits et les exigences des enfants.

 

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Benoît XVI s’adressait, ce lundi, aux participants à la XIXe Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la Famille qui a pour thème « Les droits des enfants ». Le Pape a réaffirmé la valeur de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme, car, a souligné Benoît XVI, les enfants veulent être aimés par une mère et un père qui s’aiment. Ils ont besoin d’habiter, de grandir et de vivre avec leurs deux parents, parce que les figures maternelle et paternelle sont complémentaires dans l’éducation des enfants et dans la construction de leur personnalité et de leur identité.

 

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Le Pape n’a pas manqué de déplorer et de condamner le comportement de certains membres de l’Église qui ont violé les droits de l’enfance. Rappelons que Benoît XVI a annoncé, pour les prochaines semaines, une lettre pastorale pour les fidèles irlandais après les rapports judiciaires sur des abus commis sur des enfants par des prêtres et religieux irlandais. L’Allemagne est elle-même secouée par un scandale du même genre.


Benoît XVI a rappelé que l’Église, au cours des siècles, sur l’exemple du Christ, a toujours défendu la dignité et les droits des enfants et c’est dans cette ligne que le Vatican a accueilli favorablement la Convention de l’ONU sur les droits de l’enfance. Benoît XVI a aussi évoqué la rédaction d’un « Vademecum pour la préparation au mariage » ainsi que la septième Rencontre mondiale des familles qui aura lieu à Milan en 2012. La dernière rencontre de ce type avait eu lieu en janvier 2009 à Mexico.

14.10.2009

La théorie du genre préoccupe les pères synodaux, par Mgr Anatrella (1)

La théorie du genre préoccupe les pères synodaux, par Mgr Anatrella (1)

Une théorie « désincarnée », irréaliste », « meurtrière »

 



ROME, Lundi 12 octobre 2009 (ZENIT.org) - « La théorie du genre préoccupe les pères synodaux » : Mgr Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, a bien voulu évoquer pour ZENIT les problèmes que soulève cette nouvelle idéologie et ses incidences sur la famille et la société dans la mesure où elle se répand en Afrique. 

Mgr Anatrella reçoit en consultations et enseigne la psychologie à Paris. Il est consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé. Il travaille, entre autres, les questions relatives à la théorie du genre auprès de plusieurs dicastères romains. Il vient de publier un ouvrage sur ce thème : « La tentation de Capoue, Anthropologie du mariage et de la filiation, éditions Cujas » (cf. ZENIT du 8 octobre 2009). 

 

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Mgr Sarah est intervenu pendant le débat du synode des évêques pour l'Afrique sur ce thème. L'archevêque a évoqué cette théorie « irréaliste et désincarnée » et même « meurtrière », étrangère aux valeurs africaines. Nous avons demandé à Mgr Anatrella d'expliquer ces termes et de préciser comment cette idéologie s'infiltre en Afrique - sans que les présupposés ne soient annoncés - et comment, « l'échange de dons entre l'Afrique et l'Occident » pourrait permettre d'élaborer des « anticorps ». Nous publions aujourd'hui le premier volet de cet entretien exclusif, et demain le second. Il souligne notamment que « les Africains ne veulent pas être colonisés par des idéologies occidentales ». 


ZENIT - Mgr Sarah, qui est le « numéro deux » de la Mission dans l'Eglise à la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, a traité, à la surprise de quelques uns du danger de la théorie du genre pour l'Afrique. Pouvez-vous, Mgr Anatrella, résumer ce que signifie cette théorie? 

Mgr Tony Anatrella - Quelques uns ont été étonnés notamment parmi les observateurs car certains mouvements chrétiens s'habituent à utiliser les concepts du genre sans avoir conscience des enjeux. La théorie du genre présente les relations entre les hommes et les femmes en termes de pouvoir, de rivalité et d'opposition là où, d'une façon réaliste, elles se conçoivent dans la solidarité, la coopération et la complémentarité. Cette théorie désolidarise l'homme de la femme et prétend que les hommes ont, de tout temps, dominé les femmes. Autrement dit, l'inégalité entre les sexes est le produit des relations de pouvoir entre les hommes et les femmes (un genre domine l'autre). Ainsi, on préfère parler de genre masculin ou féminin, voire d'un genre neutre qui inclut les orientations sexuelles, plutôt que d'homme et de femme car on considère que le genre masculin et le genre féminin, ou encore la différence sexuelle, ne sont que des constructions culturelles de pouvoir. L'identité personnelle du sujet est évacuée puisque l'homme et la femme ne sont que des productions sociales. 

La théorie du genre est une idéologie sociologisante produite par les sciences humaines dans laquelle on retrouve des aspects de la dialectique marxiste. La différence sexuelle est devenue la nouvelle caractéristique de la lutte des classes sexuelles dont il faut se libérer. Il faut même délivrer la société de ses normes hétérosexuelles afin de faire droits aux revendications des personnes homosexuelles. Au nom de l'égalité, nous sommes invités à ne plus faire référence à la catégorie même de sexe. Dans un premier temps, on distinguait le sexe du genre, actuellement on franchit une limite supplémentaire en abandonnant le sexe pour le genre. Il faut donc déconstruire tout ce qui peut rappeler les normes d'une société fondée sur la différence sexuelle, ne plus parler de père, de mère, de mariage et de la filiation enracinée sur des rapports biologiques. La famille sociale serait privilégiée au détriment de la famille biologique. Ainsi pour favoriser le mariage entre personnes de même sexe, le Québec a rayé dans son Code civil les notions de « père » et de « mère » au bénéfice de la notion étrange et confuse de « pourvoyeur de forces génétiques ». L'Espagne est dans la même dérive en parlant « de progéniteur 1 » et « de progéniteur 2 ». La France se prépare à créer le statut du beau-parent qui donne un pouvoir relativement parental à toutes les personnes qui se succèdent dans la vie affective de l'un ou l'autre des parents de l'enfant. Le législateur est davantage attentif aux intérêts subjectifs des adultes qu'aux besoins structurels de l'enfant. Il y aurait ainsi matière à réfléchir sur ce qu'est « l'intérêt supérieur de l'enfant » que l'on confond souvent avec des considérations affectives ? Sans avoir à s'interroger sur le sens de ces errances, les responsables politiques morcellent toujours davantage le sens de la filiation. Toutes les manipulations et les tricheries sont possibles avec les mots quand une société ne voit plus l'enjeu de la différence sexuelle et de ce qui structure le lien familial et social. 


ZENIT - Mgr Sarah a contesté cette théorie « irréaliste et désincarnée » au nom des valeurs africaines : quelles valeurs africaines sont en danger? 

Mgr Tony Anatrella - Les Africains ont le sens des réalités là où l'Occident construit des théories idéalistes dans le déni des conditions objectives de l'existence humaine. Les Africains ne sont pas intellectuellement encombrés par des idéologies totalitaires qui se créent à la suite de chaque génération. Ils sont néanmoins confrontés à d'autres maux comme la corruption, le pouvoir usurpé, la polygamie et la maltraitance des femmes (que la théorie du genre ne saura guérir), l'injustice et les crises économiques vecteurs de guerres, les pratiques occultes et la mise en cause de la liberté religieuse. En revanche, ils sont souvent pollués par des idées qui leur parviennent via les paraboles satellitaires et les ONG. Après le marxisme et le nazisme, l'Occident n'a pas retenu la leçon et recommence avec une nouvelle idéologie tout aussi oppressive et imposée aux États par l'ONU et ses agences mais aussi par l'Europe dans l'aveuglement le plus complet des citoyens. Le Traité de Lisbonne (13 décembre 2007) est structuré autour du genre et, en ce sens, cette référence nivelle la famille. 

Engager une lutte entre les hommes et les femmes au nom du genre est incompréhensible pour les Africains et encore davantage lorsqu'il s'agit de privilégier des orientations sexuelles pour initier la vie conjugale et familiale. Dans le meilleur des cas, les Africains savent, comme le rappelle Mgr Robert Sarah, que « l'homme n'est rien sans la femme et la femme n'est rien sans l'homme. L'un et l'autre ne sont rien si l'enfant n'est pas au centre de la famille, constituée seulement par un homme et une femme, cellule de base de la société ». La question n'est pas tant d'appliquer une vision égalitariste, mais de savoir traiter en justice la vie conjugale et familiale. 

La théorie du genre véhicule en Afrique une vision morcelante de la famille qui va à l'encontre de la culture africaine. C'est pourquoi Benoît XVI a souligné avec force cette idée dans son homélie à l'ouverture du Synode : « Naturellement, en Afrique, il y a de multiples cultures différentes, mais elles semblent toutes d'accord sur ce point : Dieu est le Créateur et la source de la vie. Or, la vie - nous le savons bien - se manifeste en premier dans l'union entre l'homme et la femme et dans la naissance des enfants ; la loi divine, écrite dans la nature, est par conséquent plus forte et l'emporte sur toute loi humaine, selon l'affirmation nette et concise de Jésus : « Que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » (Mc 10, 9). La perspective n'est pas d'abord morale : avant même le devoir, elle concerne l'être, l'ordre inscrit dans la création ». Cela veut dire que l'identité sponsale de la personne humaine et l'être familial sont constitutifs de la condition humaine. Le pouvoir politique a la responsabilité de les organiser pour le service du bien commun, mais ils ne sont pas à leur libre disposition pour attribuer légalement les caractéristiques du couple et de la famille à des situations qui leur sont contraires. 

En Occident, nous avons une vision cassée de la famille, du père et de la mère alors que les Africains les tiennent en estime et entendent en respecter les fondements et les principes. Une conception fractionnée en plusieurs modèles du couple et la famille leur est étrangère et nous commettons l'erreur de diagnostic de confondre les situations accidentelles et particulières comme autant de références possibles. A l'évidence, nous ne savons plus penser de façon cohérente le couple, le mariage, la famille et la filiation à partir des deux seules identités qui existent celle de l'homme et de la femme, du mariage et de l'être familial. Comment ne pas voir, par exemple en France, que l'idéologie du genre inspire des lois civiles qui, en s'accumulant, tentent de répondre à d'autres lois qui ont produit des effets pathogènes et insécurisants sur le sens de l'engagement dans le mariage et dont il faut maintenant réparer les dégâts en modifiant le sens du couple et de la famille en allant du Pacs à la création d'un statut du beau-parent. Autrement dit, les divorces et les unions de fait créent de multiples confusions et génèrent des troubles du sens de l'engagement, de l'alliance et de la filiation ; et l'on va jusqu'à les inscrire dans la loi. Une fois de plus, les Africains ne veulent pas être colonisés par des idéologies occidentales qui leur imposent des comportements moyennant des aides financières et sanitaires de la part des agences de l'ONU et des ONG. 


ZENIT - Mgr Sarah va jusqu'à dire que c'est une théorie « meurtrière » : elle est donc un vecteur de violence dans les sociétés? 

Mgr Tony Anatrella - Cette théorie au nom de l'égalité de tous devant la loi est en train de paralyser et d'anémier le sens du couple et de la famille. Elle est source d'injustice et ne favorise pas la paix dans la société. 

Entendons-nous bien, les injustices et les violences envers les femmes doivent être dénoncées. Dans sa lettre adressée aux femmes, Mulieris dignitatem, (15 août 1988) Jean-Paul II soulignait qu'il faut tenir compte de l'existence des deux sexes dans le sens où « l'être humain existe toujours et uniquement comme femme et comme homme ». Il est donc indispensable d'éviter « une égalité statique et nivelante » et une « différence abyssale et inexorablement conflictuelle ». Il est tout aussi nécessaire de porter attention aux personnes qui sont dans des conditions particulières de vie et de les soutenir à bien des égards. Cela ne veut pas dire pour autant que ces conditions singulières seront une source pour inspirer des lois en contradiction avec les édifices juridiques majeurs de la société. 

Cette idéologie est meurtrière dans le sens où elle déstabilise et comme le dit Mgr Robert Sarah « s'attaque à l'identité sponsale de la personne humaine, à l'identité masculine et féminine comme réalité intrinsèque à chacun, au mariage, à la maternité, à la paternité, à la famille et à la procréation ». Toucher à ces réalités fondatrices et formatrices de l'humain en chacun de nous, ne peut que produire toujours davantage de violences. Celles-ci ne cessent de se développer dans les sociétés occidentales notamment à partir des enfants et des jeunes. Lorsque, dans ses lois, la société dénie la différence sexuelle, encourage la déliaison du lien conjugal à la moindre difficulté, favorise la mort des enfants en gestation, laisse entendre qu'un couple et une famille se forment dans n'importe quelles conditions alors il ne faut pas s'étonner que, le cadre porteur se fragilisant, les personnalités deviennent instables et impulsives et rencontrent de sérieuses difficultés pour élaborer leur vie pulsionnelle. Plus la société a une vision cohérente du couple, du mariage et de la famille et plus les sujets, à commencer par les plus jeunes, y trouvent de la force, de la sécurité et de l'autonomie pour se construire. L'avenir de la société repose sur la famille lieu premier de socialisation, de transmission et d'apprentissage des savoirs être et des savoirs faire. Il n'y a pas de société stable et paisible sans famille qui soit, elle-même, stable et fondée sur les repères de base de l'humanité : l'homme et la femme, le père et la mère. Laisser entendre autre chose est à la fois une vision idéaliste qui a souvent conduit des pays au totalitarisme, et un comportement contraire aux valeurs conjugales et familiales source de désarroi et de confusion. 
 

(à suivre) 

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

05.10.2009

Voyage dans l'état le plus chrétien et le plus paisible de toute l'Inde

L'exception du Kerala. Voyage dans l'état le plus chrétien et le plus paisible de toute l'Inde

On y trouve dix fois plus de catholiques qu'ailleurs en Inde mais ils cohabitent paisiblement avec les hindouistes et les musulmans. L'instruction est généralisée, la parité entre hommes et femmes existe. La seule menace contre ce miracle vient d'un gouvernement d'empreinte marxiste


par Sandro Magister




ROME, le 5 octobre 2009 – Le synode des évêques sur "L’Eglise en Afrique", en cours depuis hier jusqu’au 25 octobre, attire l'attention sur ce continent qui a enregistré au siècle dernier la plus explosive expansion missionnaire du christianisme.

Cette fertilité chrétienne de l'Afrique contraste avec celle d’un autre continent, l'Asie, qui se montre beaucoup plus imperméable à l’Evangile.

En Asie, les Philippines sont le seul pays où le christianisme soit majoritaire et la Corée du Sud le seul où il progresse. Ailleurs, les chrétiens sont une minorité plus ou moins faible, souvent occupée à résister à des persécutions, oppressions, hostilités en tout genre.

Les deux géants de l'Asie sont emblématiques. De Chine, mais aussi de la démocratique Inde, arrivent sans cesse des informations à propos de violences contre les chrétiens. Au cours des dernières années, l'état indien d’Orissa a été un véritable lieu de martyre.

Mais il n’en est pas ainsi dans toute l’Inde. Dans l’une de ses régions, les chrétiens sont dix fois plus nombreux que la moyenne nationale – 20 % contre 2 % – et surtout ils vivent en paix.

Cette région, c’est le Kerala, où le christianisme a des racines très anciennes et où l'empreinte chrétienne est encore aujourd’hui extraordinaire. Il n’est pas riche, mais c’est de très loin l’état indien le plus instruit, avec des taux très élevés de scolarisation, y compris féminine (photo). C’est aussi celui où il y a le plus de parité entre hommes et femmes et où la natalité est, depuis des décennies, plus équilibrée, fondamentalement parce que les filles vont toutes à l’école et se marient donc plus tard qu’ailleurs. Les écoles de tout genre et de tout niveau y sont en grande partie chrétiennes.

Le Kerala est aussi l’état indien ayant les plus forts taux de lecture. Depuis l’an dernier, on y imprime même en malayalam, la langue locale, une édition hebdomadaire de "L'Osservatore Romano", qui se vend à 20 000 exemplaires, deux fois plus que l'édition en italien.

Le dernier numéro d’"Oasis" - la revue internationale en plusieurs langues éditée par le patriarcat de Venise et centrée sur l'Orient - fait la lumière sur le caractère extraordinaire du christianisme au Kerala.

Ce numéro s’ouvre sur un éditorial de Joseph Powathil, évêque émérite de Changanacherry des syro-malabars. Il se développe en pages intérieures avec un reportage réalisé au Kerala, complété par une présentation précise et passionnante de l’histoire et des particularités du christianisme de cette région, écrite par Thomas Koonammakkal, prêtre et patrologue.

On trouvera ci-dessous un large extrait du reportage.



Les secrets surprenants du Kerala

par Luca Fiore



"Nous sommes différentes fleurs d’une unique plante". Basheer Rawther, avocat de Changanacherry, choisit cette image pour décrire le rapport entre les hindouistes, les musulmans et les chrétiens qui vivent au Kerala. Peu importe que Rawther appartienne à la communauté musulmane. En effet, interrogez n’importe qui dans la rue et vous obtiendrez plus ou moins la même réponse. Cette région au sud-ouest de l’Inde semble être un monde différent de l’image que le pays a donnée au cours des derniers mois. Ici, tout bien considéré, les attentats terroristes de Bombay, qui se trouve à un peu plus de mille kilomètres, et les pogroms contre les chrétiens de l’Orissa sont vus comme des faits dramatiques mais lointains. [...] Le Kerala, dans ce contexte, est une exception dont on ne peut pas ne pas tenir compte.

Une fois arrivé au Kerala, on comprend vite que les choses fonctionnent autrement que dans les grands centres du pays que le monde entier observe à cause de ses records économiques. Ici, rien du faste de Bollywood qui scintille dans les hôtels de Bombay, ni de l’effervescence de la Silicon Valley qui se respire à Bangalore. La vie s’écoule doucement, comme les petits canoës qui traversent les cours d’eau intérieurs, les backwaters, qui longent le littoral et pénètrent dans l’arrière-pays. [...] Sur leur trajet, ces embarcations traversent de petits villages avec des mosquées, temples et écoles, et de minuscules groupes de maisons où les gens vivent sur d’étroites bandes de terre assainie, larges de quelques mètres. [...] Les femmes sont vêtues presque exclusivement d’un sari ou du salwar kameez (tunique et pantalon) et il est rare de voir des vêtements féminins occidentaux. Pour les hommes, c’est différent, même si le lungi, morceau d’étoffe colorée enroulé autour de la taille, est la tenue la plus commune pour les moments informels. Le long des rues au Kerala, il n’est pas rare de voir de grands éléphants utilisés comme bêtes de somme : ils transportent des troncs d’arbre ou sont utilisés comme "monte-charges" dans les menuiseries. [...]

Les 35 millions d’habitants du Kerala vivent avec un revenu moyen de 550 euros par personne et par an. Les deux piliers de l’économie locale sont la pêche et l’agriculture, si bien que les centaines de diplômés de haut niveau des universités locales sont obligés de chercher du travail dans le reste de l’Inde ou bien sur l’autre côte de la mer d’Arabie. Près d’un million et demi d’habitants (environ 4 %) vivent à l’étranger, particulièrement dans les pays du golfe Persique. Ce n’est pas un mystère que l’économie locale est soutenue par l’argent envoyé par les immigrés et maintenant que le développement de villes comme Dubaï est paralysé par la crise économique, il est prévisible que le flux d’argent venant de l’étranger diminuera.


LES CHRÉTIENS DE SAINT THOMAS


Mais le Kerala détient d’autres records. En effet, en 1957, il devint la première région du sous-continent où un parti marxiste fut vainqueur aux élections démocratiques. Ensuite, il s’agit du premier État indien par le taux d’alphabétisation : 91 % contre 65 % pour le reste du pays ; c’est la première région indienne pour la longévité (10 ans de plus que les 69 ans de la moyenne nationale) et il souffre de moindres disparités socio-économiques, hommes-femmes ou inter-castes. Enfin le Kerala est l’État indien ayant le taux de pluralisme religieux le plus élevé. En effet, nous sommes face à un exemple persistant de cohabitation réelle en dépit de la mosaïque de communautés qui le composent : la majorité de la population est hindouiste, mais 25 % est musulmane et 20 % chrétienne. Un chiffre énorme si l’on pense que la moyenne de la population chrétienne en Inde se situe autour de 2,3 %. [...]

La cohabitation entre les différents groupes religieux remonte à des temps immémoriaux. Saint François-Xavier, le missionnaire jésuite espagnol qui arriva sur ces rives indiennes dans le sillage de Vasco de Gama, constata avec surprise l’existence d’une importante présence chrétienne de rite syriaque. En effet, la tradition fixe l’arrivée du christianisme en Inde à l’année 52 après J.C., lorsque l’apôtre Thomas arriva au Kerala grâce aux contacts avec les colonies de marchands juifs déjà présents sur les côtes de la mer d’Arabie. La tombe de l’apôtre est conservée à Chennay (autrefois Madras) et les chrétiens de cette zone sont appelés Thomas christians, les chrétiens de saint Thomas. Bien que, du point de vue historique, il n’y ait pas de certitude concernant l’arrivée de l’apôtre sur ces côtes lointaines du Kerala, les églises locales – en particulier celles de rite syriaque – sont fières de ce lien direct avec la tradition apostolique. L’arrivée pacifique de l’Islam remonte, elle, au VIIe siècle et les marchands arabes d’épices firent les intermédiaires. [...]


TROIS RELIGIONS SUR LES MÊMES BANCS A L’ECOLE


À Fort Cochin, on peut sentir toute la complexité de la culture et de l’histoire du Kerala. Les vestiges de l’époque coloniale, les églises baroques et les maisons de style portugais, aux portes et fenêtres de couleur bleu turquoise, se mélangent aux petits magasins de produits typiques, aux ateliers des artisans et aux humbles maisons précaires. À Fort Cochin, on peut aussi visiter une vieille synagogue qui témoigne de la présence d’une petite communauté juive. Un peu partout, les affiches de propagande du parti communiste local sont placardées sur les murs de briques. Dans la rue principale de la vieille ville, un de ses sièges est décoré d’une peinture murale représentant Che Guevara. En plus du guérillero argentin, l’étrange panthéon de ce parti marxiste accueille Saddam Hussein et Mère Teresa de Calcutta. Il n’est pas impossible de voir ces trois visages sur les affiches durant les manifestations publiques. Le rapport avec Saddam Hussein et Mère Teresa est vite exprimé : ici, en Inde, ils deviennent avec Che Guevara le symbole de la lutte contre la pauvreté et le pouvoir colonial des Occidentaux.

S’il est vrai que la communauté musulmane est concentrée surtout au nord du Kerala et la communauté chrétienne au sud, il faut noter qu’il n’existe pas de ghetto à l’intérieur des villes et des villages : chrétiens et musulmans sont souvent voisins. Depuis la terrasse de l’un des nombreux magasins de Fort Cochin, l’ancienne colonie portugaise autour de laquelle s’est développée la Cochin actuelle, on peut voir une mosquée, une église et un temple hindouiste pratiquement dans le même pâté de maisons. Les enfants des différentes religions commencent à vivre côte à côte sur les bancs de l’école. De compagnons d’école, ils deviendront souvent collègues de travail. À Changanacherry, par exemple, tout le monde sait combien est importante pour l’histoire récente de la ville l’amitié, née justement à l’époque de l’école, entre Mgr Joseph Powathil, archevêque émérite du diocèse local et ancien président de la conférence des évêques de l’Inde, et Narayana Panikker, secrétaire général de la Nair Service Society, une association de bienfaisance hindouiste qui compte 5 600 sections au Kerala avec un total de 6,5 millions d’adhérents. Une amitié cordiale qui a favorisé et approfondi une bonne cohabitation entre les communautés chrétienne et hindouiste. On peut dire de même que, lors d’une des périodes de tension de l’histoire indienne, de 1967 à 1970, sur 1 365 incidents entre hindouistes et musulmans, seuls 142 d’entre eux eurent lieu dans le sud du pays.

Mais ce sont surtout les fêtes religieuses, très nombreuses, qui donnent le sentiment physique de la cohabitation. Aux fêtes des Saints Patrons, la communauté chrétienne organise de grandes processions dans les villages, des centaines d’échoppes qui vendent toutes sortes de bonnes choses se dressent sur les routes et les rues s’illuminent de mille lumières colorées. La ville ou le village s’arrête et tous, même les hindouistes et les musulmans, participent à la fête. [...] Dans certains cas, les relations entre les différentes religions frôlent le syncrétisme : il arrive que les hindouistes vénèrent des saints chrétiens considérés comme des incarnations de leur unique divinité.


LES MOTIFS DES CONVERSIONS


Les conversions entre les différents groupes sont rares, mais elles existent. Au Kerala, personne, sauf les très aguerris pentecôtistes, ne fait de prosélytisme. Il arrive aussi que des hindouistes se convertissent au christianisme sans que leur famille crée trop de problèmes. Dans une petite paroisse de Kottayam, par exemple, une des paroissiennes est une ancienne hindouiste convertie. Illustratrice de livres pour enfants, elle restait après la messe, le dimanche, pour attendre sa fille de douze ans qui va au catéchisme. Dans la même paroisse, une musulmane a épousé un chrétien et demandé le baptême. Cela se raconte le plus tranquillement possible, sans aucune crainte. Chose impensable dans de nombreux pays musulmans. Le fait que cette femme n’ait rencontré aucun problème, ou qu’elle soit encore vivante, en dit long sur le climat qui règne à Kottayam. Mgr Abraham Mar Julios, évêque de Muvattupuzha, raconte que récemment, dans son diocèse, trente familles hindouistes immigrées du Tamil Nadu se sont converties au christianisme. Ce sont des familles très pauvres, venues au Kerala parce que les chefs de famille avaient trouvé du travail dans une carrière de graviers. Qu’est ce qui les a convaincus d’abandonner leur religion ? "Les personnes avec qui j’ai parlé – dit Mgr Mar Julios – m’ont dit avoir été fascinées par les communautés paroissiales de leur village. Elles sont touchées par le fait que la communauté chrétienne est une communauté priante car les chrétiens prient ensemble et se conçoivent comme une communauté. La prière des hindouistes est toujours individuelle et il est assez rare que le gardien du temple connaisse bien les personnes qui fréquentent le lieu de culte. Habituellement, le curé connaît le nom de tous ses paroissiens".

Le père Lorenzo Buda est un moine. Il a une interminable barbe blanche qui descend le long de la bure orange qui recouvre son corps très maigre. Il vit dans un monastère enfoui dans la jungle sur les monts Ghats du Sud, à la frontière avec le Tamil Nadu. Le village s’appelle Idukki et se trouve à plus de 60 kilomètres de Kottayam. Ici, les gens sont très simples et très pauvres. En dix ans de présence à Idukki, cinquante personnes ont demandé le baptême. "C’est difficile de dire pourquoi ils demandent à devenir chrétiens – explique le père Buda – mais l’un d’eux m’a dit que jamais auparavant il ne s’était senti aimé de cette manière".


LE FARDEAU DES CASTES, LA TENTATION DE LA VIOLENCE


"Il ne fait aucun doute – expliquait en 1966 l’anthropologue français Louis Dumont dans son monumental 'Homo Hierarchicus' – que souvent les Intouchables, en se convertissant [au christianisme] ont répondu à l’appel d’une religion égalitaire prêchée par les puissants, mais il ne résulte pas que leur situation sociale se soit de ce fait améliorée, tant dans le milieu hindouiste que dans le milieu chrétien".

Si, d’une part, il est vrai que le fardeau du système des castes pèse encore sur la société du Kerala, comme dans toute l’Inde, la promotion de l’instruction par l’Église a certainement permis d’atténuer la hiérarchisation rigide de la société et a donné la possibilité à beaucoup d’enfants des plus basses castes et aux intouchables d’améliorer leur condition sociale. D’autre part, il est vrai aussi que, comme l’affirme Dumont, même les chrétiens du Kerala conçoivent encore parfois la société en castes. Au fond, la caste est imprimée sur le destin des indiens par leur nom de famille. Et son nom, chacun le porte jusque dans la tombe. Et cela, dans tous les cas, est aussi valable pour les chrétiens.

Bien que le Kerala doive être considéré, à juste titre, comme un exemple de cohabitation interreligieuse, les affrontements n’ont pas manqué, ces dernières années, entre les différentes communautés, en particulier entre hindouistes et musulmans. À l’égard des chrétiens, les épisodes de violence ont visé jusqu’à présent des cibles matérielles et rarement des personnes. En effet, il peut arriver qu’un lancer de cailloux prenne pour cible une église ou qu’une chapelle votive soit détruite, mais au Kerala personne ne s’est encore aventuré à tuer pour des raisons religieuses. En 2004, dans un village proche de la ville de Kozhikode (aussi appelée Calicut), 35 personnes, armées de barres de fer et hurlant des slogans hindouistes, ont attaqué quatre sœurs et trois frères de l’ordre de Mère Teresa. Certains des assaillants ordonnèrent aux sœurs de quitter le village et de cesser de convertir des fidèles hindouistes au christianisme. Cependant, il s’agit d’un cas isolé. Mais, il est vrai que durant la dernière décennie, le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste hindouiste au pouvoir en Inde jusqu’en 2004 mais minoritaire au Kerala, a fait entendre de plus en plus fort ses revendications en faveur d’une "Inde des hindouistes".

Parallèlement, les épisodes de violence attribuables au Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), considéré comme le bras armé du BJP, ont augmenté. Dans les madrasas islamiques, on a commencé à prêcher le jihad contre les oppresseurs hindouistes. À diverses reprises, des militants islamistes ont été arrêtés tandis qu’ils combattaient au Cachemire et il est arrivé aussi que les mêmes organisations islamiques considérées comme fondamentalistes aient condamné ouvertement l’utilisation des madrasas comme caches d’armes et d’explosifs. De plus, on sait que des financements arrivent directement d’Iran, du Pakistan et d’autres pays du Moyen-Orient. Ces dernières années, le National Development Front (NDP) a rencontré toujours plus de succès. Il s’agit d’un mouvement islamiste qui se concentre sur la défense des droits socio-économiques des musulmans, des dalits et des autres classes arriérées. Récemment, le NDP a annoncé qu’il allait s’engager à fond dans la Dawa, la prédication missionnaire à l’égard des autres communautés, et il a accusé les autres associations musulmanes de négliger ce type d’activités. Dans la région, la Jamaat-Islami est elle aussi en expansion. Cette organisation cherche à répandre "la vraie conscience" dans la société musulmane et à la purifier de tous les rituels non musulmans et des superstitions. Actuellement, au Kerala, ce mouvement prend des tons plus modérés que dans le reste de l’Inde et il s’est dit prêt au dialogue avec les autres religions. Une autre organisation émergente est le Students Islamic Movement of India (SIMI) qui invoque la "libération de l’Inde" par sa transformation en un État islamique.

Toujours est-il que la majorité des mappillas, comme sont généralement appelés les musulmans du Kerala, n’a pas, jusqu’à présent, cédé aux sirènes du fondamentalisme. "Les musulmans du Kerala – explique le père James Narithookil, islamologue – se distinguent des musulmans du reste de l’Inde surtout par leur langue qui est le mappilla malayalam, un mélange entre le dialecte du nord du Kerala et l’arabe, tandis que dans le reste de l’Inde on parle l’ourdou. En effet, l’arabe était la langue du commerce sur les côtes du Kerala bien avant la diffusion de l’Islam. Par rapport aux musulmans du reste de l’Inde, ceux du Kerala sont plus instruits et plus sociables. Chez eux, on trouve certainement une tendance majeure à l’harmonie et à la cohabitation interreligieuse et ils sont davantage disponibles à coopérer avec les hindouistes et les chrétiens pour le progrès social et moral". [...]


POURQUOI LE KERALA FAIT EXCEPTION


Mais quel est vraiment le secret du Kerala ? Qu’est-ce qui permet à ce petit territoire de rester, malgré les exceptions et les contradictions, une oasis de cohabitation ? Si on demande aux leaders chrétiens, hindouistes et musulmans pourquoi le Kerala n’est pas encore l’Orissa, la réponse est toujours la même : "l’éducation". [...] Comme on l’a dit, dans cette région, le taux d’alphabétisation est le plus élevé de l’Inde et est semblable aux niveaux européens. Les explications de ce record sont nombreuses, mais il ne fait pas de doute que la présence millénaire d’une importante communauté chrétienne locale a promu, à travers un engagement visible, la diffusion non seulement d’institutions éducatives mais aussi d’une mentalité qui, autrement, serait impossible dans le reste de l’Inde hindouiste et musulmane. Bien avant l’arrivée des Portugais, ce furent les prêtres chrétiens qui commencèrent à apprendre aux fidèles à lire et écrire le syriaque pour pouvoir suivre la liturgie, les uniques écoles existant à ce moment étant principalement des centres de formation pour la caste la plus élevée, celle des brahmanes. Aujourd’hui, la présence des chrétiens dans la région est sans aucun doute massive. En ce qui concerne uniquement les catholiques, qui sont environ 4,8 millions, on compte 29 diocèses, plus de 4 200 paroisses, 8 000 prêtres et 31 000 sœurs. [...]

Un autre record du Kerala est le foisonnement de vocations religieuses. De fait, presque tous les diocèses ont un petit séminaire et le Kerala est une des seules régions capable "d’exporter" des prêtres et des religieuses. Les raisons de ce phénomène sont diverses et pas toutes faciles à repérer. Selon Mgr Joseph Perumthottam, archevêque de Chaganacherry, le motif principal est à rechercher dans l’éducation que ces jeunes reçoivent de leurs parents : "Il y a encore de nombreuses familles qui vivent un attachement profond à la religion et, chez elles, l’estime pour la vocation sacerdotale est encore forte. Ainsi, ils n’empêchent pas a priori à leurs enfants d’embrasser cette voie. Mais il faut dire que, même chez nous, les chiffres baissent progressivement". Cette grande richesse de "force de travail" permet à l’Église catholique de gérer plus de 5 800 institutions éducatives : 1 800 écoles maternelles, 1 300 écoles primaires, 650 écoles secondaires, 600 écoles supérieures et différentes universités. Sachant que le gouvernement local subventionne environ 12 000 centres scolaires et que toutes les écoles catholiques ne sont pas subventionnées, il est évident que l’Église du Kerala prend en charge 50-60 % de l’instruction de la région. Il s’agit d’écoles ouvertes à tous, où musulmans, hindouistes et chrétiens apprennent – outre l’instruction élémentaire qu’ils reçoivent – à se connaître, à s’estimer et même à devenir amis. Si étrange que cela puisse paraître pour la mentalité européenne, les écoles chrétiennes, en grande majorité catholiques, ne sont pas perçues par les hindouistes comme une menace ou un instrument de prosélytisme. [...] L’influence de l’Église catholique sur la mentalité de la population locale passe aussi par un engagement social très intense. Et ici aussi les chiffres parlent d’eux-mêmes : 300 orphelinats, 400 maisons de repos, 440 hôpitaux et 91 publications.

Si le rôle joué par l’Église est certainement central dans la société, principalement dans le domaine de l’éducation, un effort positif dans ce sens existe aussi du côté des musulmans et des hindouistes. La Samastha Kerala Jameyyat ul-Ulama est une importante école de pensée de l’Islam traditionnel qui s’oppose au soi-disant Islam moderniste. Cette organisation, répandue au Kerala avant l’indépendance indienne, a conçu un modèle de "madrasa part-time" c’est-à-dire qu’elle offre un type d’éducation religieuse permettant aux étudiants de fréquenter aussi de façon régulière les écoles laïques. En plus de l’alphabétisation, cela a aussi favorisé une intégration majeure de la société du Kerala et un rapport plus serein des musulmans locaux avec la modernité.


LE PIEGE MARXISTE


Dans ce cadre très composite, le parti communiste, qui détient la majorité au gouvernement local, joue un rôle décisif pour l’avenir du Kerala. Au cours des décennies, il est vrai, le parti communiste a partagé le pouvoir avec le parti du Congrès, mais il est toujours resté le premier parti, recueillant le consentement de tous les groupes religieux de la région. Aux dernières élections locales, il y a deux ans, les communistes sont revenus au pouvoir et ont entamé un bras de fer avec l’Église catholique.

L’objet de la dispute est justement la liberté d’éducation. En effet, en 2007, le gouvernement a proposé une réforme du système éducatif qui, selon l’Église catholique, vise à créer un contrôle politique des écoles subventionnées, retirant à leurs directeurs le droit de choisir leurs collaborateurs et d’admettre les étudiants. Même du point de vue culturel, la politique dans les écoles publiques va dans la direction d’un discrédit des expériences religieuses, si bien que non seulement des associations musulmanes, hindouistes et chrétiennes, mais aussi les organisations laïques, ont protesté contre l’introduction de livres scolaires promouvant l’athéisme.

Les évêques du Kerala ne laissent pas passer l’occasion d’exprimer leur préoccupation. Pour Mgr Powathil, il s’agit d’une stratégie électorale pour attirer l’attention en vue des récentes élections nationales, au point que plusieurs propositions provocatrices ont été avancées par les commissions gouvernementales des dernières années : sanctions pour le troisième enfant, introduction de l’euthanasie et ainsi de suite. Pour le chef de l’Église syro-malankare, le Catholicos Mar Baselios Cleemis, c’est justement les progrès du sécularisme et de l’athéisme, ainsi que leurs retombées sur le plan social, qui constituent un des défis majeurs pour l’Église, mais aussi pour le Kerala.

L’enjeu est important. S’il est vrai que l’Église joue un rôle de premier plan dans la préservation du caractère pacifique de la cohabitation au Kerala, on ne fait rien d’autre, en attaquant son rôle éducatif, qu’affaiblir le système immunitaire de la région envers les fondamentalismes opposés. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ne semblent pas s’en rendre compte, probablement parce qu’ils ne comprennent pas combien l’exemple du Kerala est significatif pour l’avenir de toute l’Inde.

(Extrait d’"Oasis", 5e année, n° 9, juillet 2009)


La revue du patriarcat de Venise qui a publié l'enquête, disponible en ligne en italien, anglais et français :

> Oasis


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus INDE


Tous les textes et documents du synode sur l'Afrique en cours à Rome du 4 au 25 octobre 2009 :

> Synode des Evêques



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.