13/08/2009

Août sur le mont Thabor, pour les saints et les pécheurs

Août sur le mont Thabor, pour les saints et les pécheurs

Cet été, trois éléments figurent au premier plan de l'agenda du pape: l'exemple du Curé d'Ars, le sacrement de la confession, la fête de la Transfiguration. Voici comment et pourquoi

par Sandro Magister




ROME, le 10 août 2009 – Ces jours-ci, le pape et le "journal du pape" ont mis en valeur, de manière forte et coordonnée, un saint, un sacrement, et une fête liturgique habituellement minimisés ou négligés.

Le saint est Jean-Marie Vianney, le Curé d'Ars.

Le sacrement est celui du pardon des péchés.

La fête est celle du 6 août, la Transfiguration de Jésus sur le mont Thabor, l’une des douze grandes fêtes du calendrier byzantin, méconnue par beaucoup de gens dans l’Eglise latine.


1. LE SAINT CURÉ D'ARS


Benoît XVI a consacré au Curé d'Ars toute sa catéchèse du mercredi 5 août, pour le 150e anniversaire de la mort du saint.

Le pape a surtout voulu le proposer comme modèle aux prêtres, pour lesquels il a ordonné une Année Sacerdotale spéciale. Un modèle qui n’est pas confiné au passé mais qui est doté d’une extraordinaire force prophétique.

Voici comment Benoît XVI a expliqué l’actualité durable du saint Curé d'Ars, même à notre époque de "dictature du relativisme" :

"Au lieu de réduire la figure de saint Jean-Marie Vianney à un exemple, même admirable, de la spiritualité dévotionnelle du XIXe siècle, il faut saisir la force prophétique qui caractérise sa très actuelle personnalité humaine et sacerdotale. Dans la France d’après la révolution, qui subissait une sorte de 'dictature du rationalisme' visant à éliminer de la société la présence même des prêtres et de l’Eglise, il a d’abord vécu – dans sa jeunesse – une clandestinité héroïque, parcourant de nuit des kilomètres pour participer à la sainte messe. Puis – en tant que prêtre – il s’est distingué par une exceptionnelle et féconde créativité pastorale, tendant à montrer que le rationalisme alors dominant était en réalité loin de satisfaire les vrais besoins de l’homme et qu’en définitive il n’était donc pas vivable.

"Chers frères et sœurs, 150 ans après la mort du saint Curé d’Ars, les défis de la société actuelle ne sont pas moins exigeants, ils sont peut-être même devenus plus complexes. De son temps, il y avait la 'dictature du rationalisme' ; aujourd’hui on constate dans beaucoup de milieux une sorte de 'dictature du relativisme'. Toutes les deux apparaissent comme des réponses inadaptées au juste désir de l’homme d’utiliser pleinement sa raison comme élément distinctif et constitutif de son identité. Le rationalisme était inadapté parce qu’il ne tenait pas compte des limites de l’homme et voulait élever la raison seule au rang de mesure de toutes choses, la transformant en divinité ; le relativisme contemporain blesse la raison parce que, en fait, il en arrive à affirmer que l’être humain ne peut rien connaître avec certitude au delà du domaine scientifique positif. Mais aujourd’hui comme alors, l’homme 'mendiant en quête de sens et d’accomplissement' recherche sans cesse des réponses exhaustives aux questions de fond qu’il ne cesse de se poser".

Mais en quoi la sainteté de ce "curé anonyme d’un village perdu du sud de la France" a-t-elle surtout brillé ? Dans sa manière de célébrer la messe et de confesser, a répondu Benoît XVI. La vie du saint Curé d'Ars était toute entière vouée à l’eucharistie et au sacrement de la réconciliation. Il vivait "entre l'autel et le confessionnal".

Il y a de l’audace à reproposer un tel modèle aujourd’hui. Mais le fait qu’il coïncide avec le cœur de la foi chrétienne, et pas avec un de ses aspects marginaux, est confirmé par un article publié dans "L'Osservatore Romano" le jour même de la catéchèse du pape sur le saint Curé d'Ars.


2. LE SACREMENT DE LA RÉCONCILIATION


Cet article concerne un autre saint, un Père de l’Eglise parmi les plus illustres, évêque de Milan au IVe siècle, saint Ambroise. L'auteur, le théologien Inos Biffi, grand connaisseur des Pères et de la théologie médiévale, commence ainsi :

"Selon saint Ambroise, le Christ miséricordieux, ou la miséricorde qui vient de lui, est la raison pour laquelle Dieu a créé le monde et en particulier l’homme. Le pardon est le premier et le dernier mot du monde et de son histoire".

Il dit plus loin :

"Le texte le plus étonnant et le plus révélateur de la théologie d’Ambroise sur la miséricorde comme substance et motif de la création se trouve à la fin de son commentaire sur l’ouvrage des six jours : 'Le Seigneur notre Dieu – écrit-il – a créé le ciel et je ne lis nulle part qu’il se soit reposé. Il a créé la terre et je ne lis nulle part qu’il se soit reposé. Il a créé le soleil, la lune et les étoiles et je ne lis même pas alors qu’il se soit reposé. Mais je lis qu’il a créé l’homme et qu’alors il s’est reposé, ayant quelqu’un à qui remettre ses péchés' (Exameron VI, IX, 10, 76).

"L'homme est créé par Dieu, dès l’origine, comme un être 'à qui pardonner'. C’est pourquoi lorsque la miséricorde s’exerce, c’est fête dans le ciel : la création atteint son but et sa gloire. Saint Ambroise ne cessera de rappeler ce dessein divin, qui apparaîtra comme la raison pour laquelle l’Eglise et ses ministres doivent être les signes de la pitié. Plus que tous les autres Pères de l’Eglise, il a senti la puissance de la grâce qui recrée et par laquelle la faute se dissout".

Et comment le pardon de Dieu atteint-il le pécheur repentant, sinon dans le geste liturgique, sacramentel ?

A la page de "L'Osservatore Romano" où se trouve l'article d’Inos Biffi sur saint Ambroise "confesseur miséricordieux", un autre article, dû à l’historien d’art Timothy Verdon, présente un chef d’œuvre de l'art liturgique : la merveilleuse mosaïque de l’abside de la basilique Sant'Apollinare in Classe, construite à Ravenne au VIe siècle (photo).


3. LA FÊTE DE LA TRANSFIGURATION



La mosaïque représente la Transfiguration mais, à la place de Jésus, il y a une croix ornée de pierres précieuses. Sous la croix, on voit l’évêque et martyr Apollinaire habillé pour célébrer la messe et qui lève les mains dans un geste de prière, entouré des brebis de son troupeau. Encore plus bas, il y a l’autel de la véritable célébration. Liturgie terrestre et liturgie céleste ne font qu’un, dans la lumière du Christ transfiguré. Le sens des gestes de la liturgie terrestre est donné par les images qui la surplombent :

"L'artiste anonyme a en effet ajouté au sens du 'vêtement d’une blancheur éblouissante' décrit par le récit évangélique le sens de l’'exode' qui va suivre – la mort de Jésus qui est déjà 'élévation' – dans l’unique image de la croix ornée de pierres précieuses, qui sert de clé de lecture de l'identité communautaire dans le contexte liturgique, révélation d’une future 'transfiguration' du peuple qui prie, due au mystère présent dans le pain et le vin changés en corps et sang du Christ".

Mais ce n’est pas tout. Toujours dans "L'Osservatore Romano" du 5 août, un commentaire en première page, écrit par le théologien américain Robert Imbelli, prend aussi la Transfiguration comme clé de lecture de l'encyclique "Caritas in veritate" et donc du sens ultime de l'homme et du cosmos.

Ce commentaire commence ainsi :

"La Transfiguration, l’une des fêtes les plus riches théologiquement, révèle le vrai visage du Seigneur, Fils aimé du Père, et le destin auquel ses disciples et nous, tous les hommes, sommes appelés, en dévoilant la vérité du Christ et de l’humanité tout entière, comme le raconte saint Marc : 'Six jours plus tard, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, eux seuls, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux' (9, 2).

"Certains Pères de l’Eglise ont compris les mots 'six jours plus tard' comme une annonce de l’accomplissement de la création. C’est-à-dire que la création d’Adam et Eve par Dieu s’accomplit dans la révélation du vrai homme, du nouvel Adam, Jésus-Christ, en qui la gloire de Dieu demeure physiquement".

Et il poursuit de la manière suivante :

"On peut donc, à la lumière de ce que nous venons de voir, célébrer la Transfiguration comme la fête où l’Eglise proclame sa vision de l'humanisme intégral. La contemplation de la beauté du Christ transfiguré fait que ses disciples désirent que le monde entier soit baigné par la lumière transfigurée et agisse avec audace en fonction de ce saint désir".

Imbelli cite le passage suivant de "Caritas in veritate":

"Le développement suppose une attention à la vie spirituelle, une sérieuse considération des expériences de confiance en Dieu, de fraternité spirituelle dans le Christ, de remise de soi à la Providence et à la Miséricorde divine, d’amour et de pardon, de renoncement à soi-même, d’accueil du prochain, de justice et de paix. Tout cela est indispensable pour transformer les 'cœurs de pierre' en 'cœurs de chair' (Ez 36, 26), au point de rendre la vie sur terre 'divine' et, par conséquent, plus digne de l’homme".

Et tout de suite après, il écrit :

"Paul VI a manifesté ce mystère dans sa vie. L'image du Seigneur transfiguré a mis de l’énergie au cœur de sa spiritualité et de son espérance pour l’Eglise et l'humanité. C’est une grâce merveilleuse de la Providence que ce pape soit mort le soir de cette fête, le 6 août 1978".

Le procès de béatification du "serviteur de Dieu" Paul VI - autre grande figure souvent sous-estimée et incomprise, surtout en ce qui concerne son encyclique "Humanæ Vitæ" - est en cours. Chaque année, le jour de la Transfiguration, qui fut celui de sa mort, on célèbre sa mémoire. Dans "Caritas in veritate" Benoît XVI a dit de lui :

"Paul VI a éclairé le grand thème du développement des peuples de la splendeur de la vérité et de la douce lumière de la charité du Christ [...] Poussé par le désir de rendre l’amour du Christ pleinement visible à ses contemporains, Paul VI affronta avec décision d’importantes questions morales, sans céder aux faiblesses culturelles de son temps".

Rien d’autre que ce que fit aussi le saint Curé d'Ars contre la "dictature du rationalisme" de son temps. En offrant le pardon de Dieu. Dans la lumière de la Transfiguration.




La catéchèse de Benoît XVI le mercredi 5 août 2009 :

> Saint Jean-Marie Vianney, curé d'Ars



A propos du Curé d'Ars "L'Osservatore Romano" du 3-4 août 2009 a aussi publié un discours prononcé en 1959 par Giovanni Battista Montini, le futur Paul VI, alors archevêque de Milan :

 > Ma non si crede a un prete che se la gode


L'article de Robert Imbelli dans "L'Osservatore Romano" du 5 août 2009 :

> Due papi e la Trasfigurazione



A propos du sacrement de la confession, sur www.chiesa :

> Le quatrième sacrement en cours de restauration. Le Curé d'Ars et Padre Pio y pourvoient



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www. chiesa