26.02.2012

Récompense ou punition. Comment Pékin sanctionne les évêques

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Récompense pour ceux qui obéissent au régime, punition pour ceux qui sont fidèles au pape. L'évêque qui a été invité à Munich par la Communauté de Sant'Egidio appartient à la première catégorie. Voici son portrait avec, lui faisant pendant, celui d'un évêque qui, au contraire, a été puni 

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29.10.2011

Pékin refoule des missionnaires

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04.02.2010

Chine: La trompette de Zen et la cloche de Bertone

Chine. La trompette de Zen et la cloche de Bertone

Deux points de vue s’opposent en ce qui concerne l'avenir de l'Eglise catholique chinoise, celui du cardinal de Hong-Kong et celui de la diplomatie vaticane. Un dossier du mensuel "30 Giorni" donne la parole à la seconde. Avec une interview d'un intellectuel proche du gouvernement de Pékin


par Sandro Magister




ROME, le 4 février 2010 – Le cardinal Joseph Zen Zekiun, évêque émérite de Hong-Kong et stratège passionné de l’Église catholique en Chine, n’a jamais ménagé ses critiques contre la diplomatie vaticane, qu’il trouve trop accommodante vis-à-vis du régime communiste de Pékin, ni aux prêtres et évêques qui lui paraissent trop soumis.

La dernière polémique – relatée par www.chiesa dans un précédent article – a porté sur l’affaire de l’évêque coadjuteur du diocèse Baoding, Joseph An Shuxin, rendu à la liberté après dix années passées en prison et qui s’est inscrit à l’Association Patriotique gouvernementale, geste que beaucoup ont interprété comme une reddition à l’ennemi.

D’après le cardinal Zen, la faiblesse de l’évêque de Baoding et d’autres comme lui serait encouragée de façon coupable par les autorités vaticanes qui considèrent que la période héroïque de l’Église clandestine est terminée et que ses évêques et ses prêtres devraient tous entrer dans l’Église officielle reconnue par le régime.

Mais en est-il vraiment ainsi ? Selon les autorités vaticanes, non : la situation n’est pas du tout celle que décrivent le cardinal Zen et l'agence "Asia News" dirigée par le père Bernardo Cervellera, de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères.


***


La diplomatie vaticane ne s’exprime pas directement mais, pour connaître ses prises de position, il suffit de lire la revue qui reflète le mieux sa pensée : le mensuel international en six langues "30 Giorni", édité à Rome et dirigé par le vieux sénateur Giulio Andreotti, plusieurs fois président du conseil et ministre des Affaires étrangères de la république italienne, de tout temps très introduit à la curie.

 

 

 

 

Dans son dernier numéro, "30 Giorni" consacre un dossier à l’Église chinoise. Mais ce n’est pas tout. Il annonce aussi la diffusion en Chine, à un grand nombre d’exemplaires, d’un livret de prières intitulé "Qui prie est sauvé" (voir photo ci-dessus), traduit pour la première fois en mandarin et préfacé par l’évêque de Shanghai, Aloysius Jin Luxian, celui des évêques reconnus à la fois par le régime et par l’Église de Rome qui fait le plus autorité (et par le cardinal Joseph Ratzinger? ndlr).

Pour le moment, le nouveau numéro de "30 Giorni" n’a été publié qu’en italien. Mais bientôt il sortira aussi en anglais, français, espagnol, portugais et allemand, avec la possibilité pour tous de lire intégralement le dossier.

Celui-ci comprend une grande enquête de Gianni Valente qui reconstitue l’affaire de l’évêque de Baoding, avec des détails qui démentent la "trahison" de ce dernier et prouvent sa rectitude. Mais il fournit aussi deux documents d’un grand intérêt, qui appuient cette reconstitution des faits.

Le premier document est une lettre du 29 juin 2008, écrite par le cardinal Ivan Dias, préfet de la congrégation vaticane Propaganda Fide, aux prêtres, aux religieux et aux fidèles du diocèse de Baoding.

Dans cette lettre, le cardinal Dias – dont dépendent formellement les diocèses de Chine – défend pleinement les choix faits par l’évêque An Shuxin après sa sortie de prison et il enjoint au clergé et aux fidèles de faire preuve envers lui de respect et d’obéissance :


"Tout le monde doit savoir que l’estimé évêque jouit de la faveur et de la confiance totale du Saint-Siège. Personne ne peut donc se permettre de suspecter sa sincérité ou de s’opposer à son autorité, en diffusant des jugements inconsidérés qui troublent les fidèles. Non seulement cela réjouit beaucoup les ennemis de l’Église, mais c’est un grave manque de charité devant Dieu et devant l’Église ".


Le second document, datant de novembre dernier, est un long interrogatoire de l’évêque An Shuxin par un prêtre chinois en désaccord avec lui, diffusé par un site web lié à des groupes de l’Église catholique clandestine : www.ccccn.org.

La traduction intégrale du texte chinois de l'interrogatoire sera bientôt disponible sur le site web de "30 Giorni".

Le dossier de la revue comporte de graves critiques contre le cardinal Zen, accusé de se présenter abusivement comme le seul interprète véridique de la lettre adressée par Benoît XVI aux catholiques chinois en 2007, c’est-à-dire du document essentiel pour l’Église catholique de Chine.

Il défend également avec vigueur le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’état et donc chef de la diplomatie du Vatican.

Curieusement, Bertone et Zen sont salésiens l’un et l’autre mais se disputent même lors des réunions confidentielles de la commission créée par le Vatican pour suivre la mise en œuvre de la lettre-programme de Benoît XVI en Chine, commission dont ils font partie tous les deux.

On trouvera ci-dessous le texte intégral d’une autre pièce majeure du dossier di "30 Giorni" : l'interview accordée à Gianni Valente par le professeur Ren Yanli. Celui-ci, membre de l’académie chinoise des sciences sociales et de l’institut de recherches sur les religions mondiales, suit depuis des décennies la vie de l’Église catholique chinoise et les rapports entre la Chine et le Vatican.

Ren Yanli exprime le côté "soft" des positions des autorités chinoises en ce qui concerne l’Église catholique.

Mais, bien sûr, d’autres expriment le côté "hard". La Chine aussi a ses Bertone et ses Zen.



Hu Jintao et le pape. Cette audience manquée de peu

Interview de Ren Yanli



Q. – Professeur Ren Yanli, des opinions contradictoires circulent à propos de la situation de l’Église catholique chinoise...

R. – Les catholiques chinois sont des catholiques comme tous les autres. Ils ont la même foi, lisent la même Bible, vont librement à l’église pour la messe, pour prier et recevoir les sacrements. Ils aiment leur patrie, comme les autres catholiques, et ils veulent participer à la vie et à la modernisation de la Chine.

Q. – D’où viennent donc les problèmes ?

R. – Il y a eu un temps où, pour différentes raisons, il ne semblait pas possible d’aimer en même temps la patrie et l’Église. Quand la République Populaire de Chine est née, le Vatican était considéré comme un ennemi politique de la nouvelle Chine communiste. Ainsi, à la fin des années Cinquante, au plus fort du mouvement anti-impérialiste qui dominait alors la politique chinoise, les relations avec le Saint-Siège ont été rompues et l’Église chinoise a été poussée vers la ligne politique de l’indépendance et de la nomination autonome des évêques. Mais déjà alors, ceux qui, par patriotisme ou seulement en paroles, avaient adhéré à cette ligne ont fini par perdre leur tranquillité spirituelle. Ils semblaient profondément partagés. Comment une Église qui n’a pas de lien avec le siège apostolique peut-elle être catholique ? Et en effet, après la malheureuse période de la Révolution Culturelle, le souci principal des catholiques chinois, lors de la réouverture de la Chine réalisée par Deng Xiaoping, a été de rétablir, dans les temps et selon les modalités qui leur étaient possibles, les relations avec le Saint-Siège, le pape et l’Église catholique universelle.

Q. – Un désir qui a trouvé pour se réaliser des voies diverses.

R. – Certains ont serré les rangs autour des évêques ordonnés clandestinement qui étaient en communion avec le pape et qui refusaient tout rapport avec le pouvoir politique et tout contrôle de sa part. Mais les évêques qui avaient été ordonnés sans le consentement du siège apostolique ont commencé eux aussi à prendre cette voie et ont demandé à être reconnus et légitimés par le pape. Eux aussi, de fait, se sont détachés de la perspective de l’indépendance. Cela a été un phénomène général et on doit le considérer dans sa globalité.

Q. – Comment expliquez-vous ce phénomène ? Quelles en sont les causes profondes ?

R. – Il est de plus en plus clair pour moi que le facteur décisif a été la foi des catholiques chinois elle-même, qu’il s’agisse des laïcs ou du clergé. Aujourd’hui les prêtres ne sont pas disposés à devenir évêques si leur nomination ne vient pas du pape et si le mandat apostolique manque. Beaucoup de nouveaux évêques ont voulu, au début et à la fin de leur consécration, montrer en public la lettre de nomination reçue du pape, ne serait-ce que parce qu’ils savent très bien que les fidèles n’écouteront jamais des pasteurs élus et consacrés de façon autonome, sans le consentement du pape. Les derniers évêques nommés sans mandat pontifical restent isolés et personne ne veut recevoir l’eucharistie de leurs mains pendant la messe. Bref, s’il est vrai que certains ont eu par le passé quelque tentation de faire carrière dans une Église indépendante, la foi du peuple a aidé tout le monde à rendre irréalisable ce projet d’indépendance. Et cela a aidé le gouvernement à réorienter sa ligne d’action.

Q. – Où voyez-vous cette réorientation ? Il y a des gens qui disent que la position du pouvoir chinois reste rigoureusement la même.

R. – Le gouvernement a compris que, s’il veut que les évêques soient des pasteurs estimés et suivis par les fidèles et qu’ils ne soient pas perçus comme des fonctionnaires isolés et imposés de l’extérieur, il doit admettre - ce qu’il fait maintenant - que la nomination venant du pape et la pleine communion avec lui sont des éléments absolument indispensables. Cela veut dire que, dans les faits, l’idée d’imposer à l’Église une indépendance qui serait une séparation du pape et de l’Église universelle a été abandonnée. Le processus qui mène à une affirmation de plus en plus explicite de la communion des évêques chinois avec le pape – et de tout ce que cela comporte – est irréversible. Sur cette voie il ne pourra y avoir de retour en arrière.

Q. – Comment voyez-vous la phase récente des rapports entre la Chine et le Vatican ?

R. – Selon moi, continuer à parler de dégel n’a pas de sens parce que la glace est brisée depuis longtemps : il y a des années que les deux parties ont commencé à avoir des contacts directs. Mais il reste entre elles un climat d’agression-riposte : chaque fois qu’une partie considère les initiatives de l’autre comme des tentatives unilatérales pour se débarrasser d’elle, elle répond par des actions qui peuvent être interprétées comme des contre-attaques.

Q. – Un exemple ?

R. – Partons de 2005. Tous les évêques ordonnés cette année-là avaient déjà en poche, avant leur consécration, la nomination du pape. Cette année-là s’est entièrement déroulée dans la paix. En 2006, l’évêque de Hong-Kong, Joseph Zen, a été créé cardinal : aussitôt, en avril et en novembre, l’élection d’évêques sans mandat pontifical a recommencé en Chine. Un nouvel échange de déclarations sévères s’est alors ouvert entre le gouvernement chinois et la curie romaine. Mais en janvier 2007, quand la nouvelle que Benoît XVI allait envoyer une lettre pastorale à l’Église de Chine s’est répandue, les consécrations d’évêques non autorisés par Rome ont cessé. Cette année-là, le nouvel évêque de Pékin a été élu avec le consentement du pape. Mais ensuite le cinquantième anniversaire de l’Association Patriotique et des premières nominations épiscopales sans mandat pontifical qui avaient eu lieu en 1958, a été célébré en grande pompe en Chine. Au cours des cérémonies, les dirigeants politiques ont rappelé la ligne indépendantiste à laquelle doit se tenir l’Église chinoise.

Q. – Bref, un signal de raidissement, un énième retour en arrière.

R. – Dans ce contexte, le Saint-Siège a publié le "Compendium" de la Lettre écrite par Benoît XVI en 2007. Dans un appendice de ce nouveau document, il est indiqué que le Saint-Siège pourra, si c’est nécessaire, concéder de nouveau aux évêques chinois la faculté de consacrer d’autres évêques en demandant l’approbation pontificale dans un second temps. Concrètement, on avertit que les facultés spéciales qui avaient été révoquées par la lettre du Pape pourront être à nouveau attribuées aux communautés clandestines.

Q. – Quelles ont été les réactions du côté chinois ?

R. – On pouvait craindre le début d’une nouvelle phase de conflits. Mais ensuite, quand [en 2009] Hu Jintao est venu en Italie pour participer au G8, le pape lui a fait savoir qu’il serait heureux de le recevoir au Vatican. La rencontre n’a pas pu avoir lieu mais l’invitation du Pape a été appréciée.

Q. – Et maintenant ? Que se passe-t-il ?

R. – Le huitième congrès des catholiques chinois aurait dû se tenir ces derniers mois. Il s’agit de l’assemblée des délégués des diocèses enregistrés auprès de l’administration d’État des affaires religieuses, qui a aussi pour tâche de distribuer les charges à la tête des organismes officiels de l’Église de Chine, comme l’Association Patriotique et le collège des évêques, charges restées vacantes depuis que les évêques qui les occupaient sont morts. Mais les autorités politiques ont décidé de renvoyer le congrès à 2010.

Q. – Comment interprétez-vous ce renvoi ?

R. – Il est possible que l’on ne souhaite pas forcer la main. On a compris à Pékin que les chefs des organismes officiels doivent, pour être vraiment reconnus et respectés, être des évêques en communion avec le pape. Et les évêques légitimes, qui sont déjà un peu réticents, auraient du mal à assumer leur charge s’il y avait une opposition explicite du Saint-Siège. Il faut du temps pour organiser les choses de manière à ce que le choix tombe sur l’homme qui convient et que tout se passe bien. Les hommes politiques chinois d’aujourd’hui sont pragmatiques et tendent à résoudre les problèmes un par un. Sans changements de cap ostentatoires. Cela dit, ma crainte est que, si l’on ne commence pas par résoudre certains problèmes de fond, d’exténuantes phases d’un conflit désormais dépassé ne s’ouvrent à nouveau, ce qui nuirait à tout le monde.

Q. – Que faudrait-il faire en ce moment pour interrompre cette spirale d’actions-réactions que vous avez décrite ?

R. – Le Saint-Siège ferait bien, en ce qui le concerne, de tenir compte de l’Église chinoise et de l’impliquer dans les problèmes actuels : comme je l’ai dit, pendant tout ce temps, la fidélité des catholiques chinois à la foi des apôtres a été le facteur décisif, entre autres dans l’évolution des rapports avec les dirigeants politiques du pays.

Q. – Et qu’attendez-vous des leaders politiques chinois ?

R. – En mai dernier, une personnalité chinoise anonyme mais influente a signalé dans un journal de Hong-Kong que les autorités de Pékin pourraient proposer une révision des catégories d’autonomie, d’indépendance et d’autogouvernement telles qu’elles sont appliquées à l’Église locale. Ce sujet est déjà traité depuis quelque temps dans des séminaires d’étude réservés aux responsables politiques. La question est de savoir comment trouver une nouvelle définition de l’indépendance qui distingue l’aspect ecclésial et celui de la foi de l’aspect politique. Le concept d’indépendance ne peut plus être appliqué aux aspects de la vie de l’Église qui concernent la foi et ne doit être considéré que dans sa perspective politique.

Q. – Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Pouvez-vous donner un exemple concret ?

R. – Le gouvernement veut avoir la garantie que l’Église ne se comporte pas comme un corps politique ; que les évêques chinois sont indépendants d’éventuelles orientations politiques et géopolitiques de la curie romaine. Pratiquement, on veut éviter qu’un évêque ou un nonce puisse attaquer la politique du gouvernement. C’est pourquoi il y a à Pékin des gens qui s’obstinent à vouloir maintenir un certain contrôle sur la nomination des évêques.



L'édition italienne de la revue qui a publié le dossier, avec les liens vers les éditions en d’autres langues

> 30 Giorni


La lettre adressée le 27 mai 2007 par Benoît XVI aux catholiques chinois :

> Lettre du Pape...


Son "Compendium" par questions et réponses, diffusé le 23 mai 2009 :

> Compendium of the Letter of the Holy Father...


Et le guide de lecture de la lettre papale diffusé par le cardinal Zen le 18 novembre 2009 :

> An Aid for Reading the Holy Father's Letter to the Church in China



Tous les articles de www.chiesa sur ce thème :

> Focus CHINE



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

www.chiesa

13.11.2009

Matteo Ricci. Comment 'inculturer' le christianisme en Chine

Matteo Ricci. Comment "inculturer" le christianisme en Chine

Au Vatican une exposition érige en modèle le grand jésuite missionnaire d'il y a quatre siècles. Mais pour les autorités de Pékin aussi, "Li Madou" est une gloire nationale


par Sandro Magister




ROME, le 13 novembre 2009 – Ce mois-ci et jusqu’au 24 janvier, on peut remarquer à Rome, place Saint-Pierre, une grande affiche où figurent deux personnages en vêtements chinois et des inscriptions en mandarin.

Le personnage de gauche est le jésuite Matteo Ricci (1552-1610) et celui de droite Xu Guangqi, un haut fonctionnaire chinois qu’il baptisa.

Une exposition est en effet consacrée à Matteo Ricci, pour le quatrième centenaire de sa mort, dans l’aile "Charlemagne" de la colonnade de la place Saint-Pierre.

Mais une autre exposition en son honneur va s’ouvrir à Pékin en février ; elle sera ensuite transférée à Shanghai, Nankin, Macao, et enfin à Séoul.

Matteo Ricci fait partie du tout petit nombre d’étrangers qui ont été mis au rang des pères de l’histoire chinoise. Au Millennium Center de Pékin, immense édifice qui célèbre les fastes du pays, le gigantesque bas-relief en marbres polychromes consacré à l’histoire de Chine, du premier empereur aux grandes figures du XXe siècle, ne comporte que deux étrangers, italiens l’un et l’autre. L’un est Marco Polo à la cour de Kubilaï Khan ; l'autre est précisément Matteo Ricci qui, habillé comme un mandarin confucéen, scrute le ciel.

Dans les derniers jours d’octobre dernier, à l'Université du Peuple de Pékin, Matteo Ricci a également été au centre de l'intérêt des chercheurs qui participaient à une grande conférence internationale de sinologie, discipline dont il est d’ailleurs considéré comme l'initiateur. Cette conférence avait été organisée par Yang Huilin, recteur-adjoint de l'Université du Peuple, qui est l’un des plus spécialistes les plus compétents du christianisme en Chine. Parmi les orateurs se trouvaient Hans Küng, en tant qu’auteur d’études sur les religions chinoises, et un Italien, Gianni Criveller, de l’Institut Pontifical des Missions Etrangères, qui a fait une communication sur les modalités que les jésuites venus en Chine à la suite de Matteo Ricci adoptèrent pour représenter en images la foi chrétienne dans son intégralité.

Ce colloque de sinologie s’est achevé de manière emblématique : par un repas à la Cité Interdite, siège du gouvernement impérial mais également épicentre de l'œuvre de nombreux missionnaires des XVIIe et XVIIIe siècles. Matteo Ricci, Li Madou pour les Chinois, est enterré non loin de là.


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L’exposition de la place Saint-Pierre est structurée en deux parties : la première, sur fond bleu, présente Rome et l'Europe aux XVIe et XVIIe siècles ; la seconde, sur fond rouge, accueille des œuvres et documents de la Chine de la même époque. Le visiteur fait le parcours qui fut celui de Matteo Ricci au cours de sa vie.

Dans la première partie du parcours, le regard est attiré surtout par un chef d’œuvre de Rubens, une grande toile aux couleurs flamboyantes qui évoque la gloire de saint Ignace de Loyola et de ses disciples.

Dans la seconde partie, les visiteurs sont frappés par un autel confucéen en laque et or aux dimensions imposantes. Il fait face à un Bouddha pensif et compatissant, représentation parfaite de la religiosité philosophique raffinée des Chinois.

Matteo Ricci est entré à la Compagnie de Jésus en 1571, l'année où, à la bataille de Lépante, la flotte chrétienne a arrêté l'assaut des Turcs contre l'Europe. Mais l’état d’esprit du jeune jésuite n’était pas celui d’une chrétienté en état de siège. Au contraire.

Lors de l’inauguration de l’exposition, le directeur des Musées du Vatican, Antonio Paolucci, a décrit ainsi l'audace missionnaire de Matteo Ricci :

"En même temps que la Bonne Nouvelle chrétienne, Li Madou a apporté en Chine la géométrie d’Euclide, l'astronomie, la mécanique, la cartographie. Mais il a aussi apporté le 'De amicitia' de Cicéron, transcrit en un délicieux petit livre en mandarin, dédié à un haut dignitaire un peu confucéen, un peu animiste, un peu christianisant.

"Il a donc apporté la culture de l'Occident, que l’exposition présente sous forme d’astrolabes, de cartes du ciel, de cartes géographiques de la ville et de l'empire.

"Il a aussi apporté, bien sûr, la doctrine chrétienne. Mais il l’a fait en s’ouvrant un chemin par la science et la technique, patrimoine partagé par l’Occident et l’Orient. Il a toujours agi de manière délicate, avec une extraordinaire aptitude au mimétisme et avec un respect absolu et exquis de la culture et des traditions du pays qu’il avait décidé de faire sien.

"Il s’est fait Chinois parmi les Chinois. Il a adopté jusque dans ses vêtements l'aspect d’un fonctionnaire impérial. Il a été cérémonieux et rusé, hyperbolique et bureaucratique, poétique et pragmatique comme l’exigeaient la coutume et l’étiquette.

"S’il ne s’était pas comporté de cette manière, il n’aurait pas reçu les honneurs que lui reconnaît la Chine moderne et qui nous permettent de le placer vraiment sur les sommets de l’histoire.

"Une histoire interrompue trop tôt mais qui, aujourd’hui, à notre époque d’intégration fondée sur le dialogue et donc sur le respect et sur la connaissance, apparaît plus que jamais actuelle".


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Et voici comment, toujours à l’inauguration de l’exposition, Claudio Giuliodori, l’évêque de Macerata, ville natale de Matteo Ricci, a mis en lumière le "caractère mondial" de son action :

"Il a dessiné des mappemondes qui ont fait connaître aux Chinois le reste du monde, dont ils ne savaient à peu près rien, et sur ces grande cartes il a représenté les lieux les plus importants de la chrétienté. Il a traduit en chinois des livres de philosophie, de mathématiques, d’astronomie, et révélé à l’Occident les textes de Confucius. Il a créé un dialogue très intense avec les lettrés et les hommes de culture les plus illustres de Chine et il a transformé ces discussions en livres, également destinés à préparer le terrain à la semence de l’Evangile. C’est ainsi qu’est née la 'Vraie signification du Seigneur du Ciel', publiée à Pékin en 1603, et que s’explique l’extraordinaire succès du livre 'Dix Paradoxes', publié à Pékin en 1607, dans lequel Matteo Ricci traite sous forme de sentences les grandes questions de la vie.

"Il est ainsi parvenu à établir des bases solides pour la pénétration de l’Evangile et pour une connaissance réciproque entre l’Orient et l’Occident, entre la Chine et l’Europe, entre Pékin et Rome, ouvrant une nouvelle phase de l’histoire de l’humanité, qui n’est pas sans rappeler ce qui s’était passé un siècle auparavant, de l’autre côté de la planète, avec l’entreprise de Christophe Colomb".

La cause de béatification de Matteo Ricci est en cours.



Une chronologie de la vie de Matteo Ricci diffusée à l’occasion de l'ouverture de l’exposition qui lui est consacrée au Vatican :

> Biografia essenziale

Et un portrait du personnage qu’a lu Claudio Giuliodori, l’évêque de sa ville natale, Macerata :

> "La sua straordinaria avventura..."


Le catalogue de l’exposition :

"Ai crinali della storia. Padre Matteo Ricci fra Roma e Pechino", sous la direction d’Antonio Paolucci et Giovanni Morello, Allemandi & Cie, Turin, 2009, 272 pages, 35,00 euros.



Le site web consacré aux célébrations du quatrième centenaire de la mort de Matteo Ricci :

> Padre Matteo Ricci 1552-1610


Le reportage de "MissiOnLine" à propos de la conférence internationale de sinologie qui a eu lieu à Pékin en octobre dernier :

> E gli studiosi cinesi riscoprono Li Madou [Et les chercheurs chinois redécouvrent Li Madou]


Tous les articles de www.chiesa à ce sujet :

> Focus CHINE


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

 

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