05.05.2012

« La bataille du Vatican » par Christine Pedotti

1_0_585046.jpegDans son dernier livre, « La bataille du Vatican » chez Plon, Christine Pedotti a choisi la forme du récit, pour mieux nous faire revivre, de l’intérieur, un événement dont l’ampleur et la portée historique dépassent très largement la seule Église catholique. De l’annonce de la convocation du Concile par Jean XXIII, le 25 janvier 1959, à sa clôture par Paul VI, le 8 décembre 1965, elle nous fait revivre chacun des temps forts qui marquèrent ces six années : débats, crises, découragements, avancées. L’auteur a puisé aux meilleures sources, signalées en fin d’ouvrage : documents du Concile, travaux d’historiens, chroniques et journaux contemporains de l’événement, mémoires. Et l’on se sent dès les premières pages «immergé» dans l’histoire du Concile. 

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07.05.2011

Liturgie : le Pape invite à ne pas opposer tradition et progrès

pape liturgie.JPGBenoît XVI a abordé le dossier sensible de la liturgie, ce vendredi matin, la liturgie qui renouvelle l’Église. Le Pape recevait les quelque 250 participants au Congrès organisé à l’occasion du cinquantenaire de l’Institut pontifical liturgique créé par Jean XXIII. La liturgie – a dit le Pape – doit reposer sur l’équilibre correct et constant entre une saine tradition et un progrès légitime. Benoît XVI a estimé que, dans ce domaine, l’Esprit Saint avait suscité des fruits abondants en un demi-siècle d’histoire en dépit des malentendus nés de la réforme conciliaire.

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14.10.2010

Synode pour le Moyen-Orient: réflexions du Saint-Père

synod middel east.jpgCité du Vatican (Agence Fides) – Lors de la première Congrégation générale de l’Assemblée spéciale pour le Moyen-Orient du Synode des Évêques, lundi 11 octobre, le saint Père Benoît XVI a tenu la méditation après la lectio brevis de l’heure de Tierce.

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22.07.2010

« Quand Mère Teresa me servait mon petit déjeuner » (I)

A l’occasion du centenaire de sa naissance, souvenirs d’une femme d’une bonté sans limites

renzo.allegri.jpgROME, Mercredi 21 juillet 2010 (ZENIT.org) - « Mère Teresa me servait le petit déjeuner. (...) Elle me servait avec un amour maternel bouleversant. Café, lait, confiture, biscottes. Elle se préoccupait que je mange. Et ses attentions étaient parlantes, plus que les entretiens », raconte le journaliste italien Renzo Allegri qui a fait la connaissance de la religieuse « par une série de singulières coïncidences ».

Renzo Allegri (photo) raconte pour les lecteurs de ZENIT comment il a connu Mère Teresa et ce qui le touchait tant chez elle.

Nous publions ci-dessous la première partie de ce témoignage.

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14.03.2010

"Mieux vaudrait pour lui se voir passer autour du cou une meule de moulin..."

"Mieux vaudrait pour lui se voir passer autour du cou une meule de moulin..."

"... et être précipité à la mer, plutôt que de scandaliser un seul de ces petits" (Luc 17, 2). Accusés, procès et condamnations de dix ans de pédophilie dans le clergé. Interview de Charles J. Scicluna, promoteur de justice de la congrégation pour la doctrine de la foi. Extrait d’"Avvenire" du 13 mars 2010


par Gianni Cardinale




ROME – "Promoteur de justice", Mgr Charles J. Scicluna, est le Ministère public du tribunal de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il est chargé d'enquêter sur les "delicta graviora", les crimes que l'Eglise considère comme les plus graves, ceux commis contre l'eucharistie ou le secret de la confession, ou bien des viols sur mineurs de la part du clergé. Le motu proprio de 2001 "Sacramentorum sanctitatis tutela" en a réservé la compétence à cette congrégation. Ainsi son promoteur de justice doit-il traiter la terrible question des prêtres accusés d'actes pédophiles, qui fait périodiquement la première page des journaux. C'est une personne très scrupuleuse et qui a la réputation de ne pas se laisser influencer.


Q. – Monseigneur Scicluna, vous avez une réputation de dur, et pourtant l'Eglise est systématiquement accusée d'être accommodante envers les prêtres pédophiles.

R. – Dans le passé, par une mauvaise interprétation de la défense de la réputation de l'institution, des évêques peuvent avoir fait preuve d’indulgence face à ces tristes affaires. Il l'ont été dans la pratique car au niveau des principes la condamnation des ces crimes a toujours été ferme et sans équivoque. Pour ce qui est du siècle dernier, il suffit de citer l'instruction "Crimen sollicitationis" de 1992...

Q. – Mais ne s'agissait-il pas de 1962?

R. – Si la première édition de ces mesures remonte à Pie XI, le Saint-Office en fit une nouvelle version sous Jean XXIII, destinée aux Pères conciliaires. Mais les 2 000 copies ne suffisaient pas et la distribution fut renvoyée sine die. Quoiqu'il en soit, il s'agissait de normes à suivre en cas de révélations faites en confession de crimes plus grave et de type sexuel, comme les viols sur mineurs...

Q. – Ces normes recommandaient le secret.

R. – Une mauvaise traduction anglaise du texte a fait penser que le Saint-Siège imposait le secret pour occulter les faits, mais il n'en était pas ainsi. Le secret de l'instruction servait à protéger la réputation des personnes impliquées, les victimes comme aussi les prêtres accusés, qui ont eux aussi droit à la présomption d'innocence. L'Eglise n'aime pas la justice spectacle. Les normes relatives aux abus sexuels n'ont jamais été entendues comme une interdiction de leur dénonciation à la justice civile.

Q. – Cela dit, ce document est souvent cité par accuser le Pape actuel d'avoir été, comme Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le responsable d'une politique de dissimulation des faits de la part du Saint-Siège...

R. – Cette accusation est sans fondement, et même calomnieuse. Quelques faits. Entre 1975 et 1985 aucun cas de pédophilie cléricale n’a été signalé à la congrégation. Après la promulgation du Code canonique de 1983, il y a eu une période d'incertitude sur les "delicta graviora" qui devaient être de notre compétence. C'est seulement avec le motu proprio de 2001 que le crime pédophile est redevenu de notre exclusive compétence, et à partir de là le Cardinal Ratzinger a géré avec fermeté ces affaires. Il a en outre fait preuve de courage dans le traitement de cas extrêmement délicats. Accuser le Pape actuel d'avoir occulté la question est pure calomnie.

Q. – Que se passe-t-il lorsqu'un prêtre est accusé d'un "delictum gravius"?

R. – Si l'accusation est vraisemblable, son évêque est contraint d'enquêter tant sur l'objet de la démarche que sur  sa validité. Si l'enquête préliminaire confirme l'accusation, il n'a plus le pouvoir d'agir et doit transmettre le dossier au Bureau disciplinaire de notre congrégation.

Q. – Qui compose ce bureau?

R. – Etant un des supérieurs de la congrégation, j'en fais partie, avec un chef de bureau (le P. Pedro Miguel Funes Diaz), sept autres ecclésiastiques et un pénaliste laïque en charge de ces questions. D'autres officiels de la congrégation collaborent selon les besoins, notamment en matière linguistique.

Q. – Ce bureau a été accusé de peu fonctionner, et lentement...

R. – L'affirmer est injuste. En 2003 et 2004, il y a eu une avalanche de cas soumis à notre examen, largement en provenance des Etats-Unis. Depuis, le phénomène s'est heureusement réduit et nous tentons de traiter les dossiers en temps réel.

Q. – Combien en avez-vous traité jusqu'ici?

R. – De 2001 à 2010 il s'est agi d'environ 3 000 accusations regardant des prêtres diocésains ou des religieux, pour des crimes commis ces 50 dernières années.

Q. – Il s'agit donc de 3 000 cas de prêtres pédophiles?

R. – On ne peut pas dire cela car, grosso modo, dans 60 % des cas on a affaire à des actes d'"éphébophilie", c'est-à-dire d'attraction physique pour des adolescents de même sexe. Dans d’autres cas, 30 %, il s'agit d'attirance hétérosexuelle, et pour les 10 % restants de véritable attraction physique envers des garçons impubères. En neuf ans, il y a donc eu environ 300 cas de prêtres accusés de pédophilie. C’est trop, certes, mais il faut constater que le phénomène n'est pas étendu comme on veut le faire croire.

Q. – Combien de procès et de condamnations sur trois mille accusés?

R. – Tout d'abord, dans 20 % des cas le procès, pénal ou administratif, s'est déroulé sous notre supervision dans le diocèse de compétence. Très rarement il y a un procès au Vatican, ce qui permet aussi d'accélérer la procédure. Dans 60 % des cas, principalement à cause de l'âge avancé des accusés, on n'engage pas de procès mais des mesures disciplinaires sont prises à leur encontre, comme l'interdiction de célébrer la messe en public et de confesser, ou l'obligation de mener une vie retirée et de pénitence. S'il y a eu dans cette catégorie des cas particulièrement médiatisés, il ne s'est absolument pas agi d'absolution. S'il n'y a pas eu de condamnation formelle, la réduction au silence et à l'obligation de prière a tout son sens.

Q. – Les 20 % restants?

R. – On dira que pour la moitié, celle des cas particulièrement graves, appuyés sur des preuves indubitables, le Pape a pris la douloureuse responsabilité de la réduction à l'état laïque. Il s'agit d'une mesure extrême mais inévitable. Pour l'autre moitié, ce sont les prêtres qui ont demandé à être relevé de leurs devoirs sacerdotaux. On compte parmi eux les prêtres trouvés en possession de matériel pédo-pornographique, condamnés pour ce délit par la justice civile.

Q. – D'où proviennent les 3 000 cas évoqués?

R. – Principalement des Etats-Unis qui, en 2003-2004 ont fourni environ 80 % des cas. En 2009 leur proportion est tombée à 25 % des 223 nouveaux dossiers en provenance du monde entier. En 2007-2009, la moyenne annuelle des cas signalés à notre congrégation a été de 250. Nombre de pays ne signalent qu'un ou deux cas, bien que le nombre des pays intéressés par un phénomène somme toute assez réduit s'accroisse. Rappelons qu'il y a 400 000 prêtres diocésains et religieux dans le monde, un nombre sans rapport avec la perception que provoquent les cas exposés dans la presse.

Q. – Et en Italie?

R. – Jusqu'ici le problème ne semble pas revêtir de dimension dramatique, même si je suis préoccupé par une certaine culture du silence, encore trop diffuse. Par ailleurs, la Conférence épiscopale italienne assure une excellent service technico-juridique aux diocèses devant traiter ces affaires. On doit saluer l'engagement croissant des évêques à faire la lumière sur les cas qu'on leur signale.

Q. – Vous dites que les procès en règle ne représentent que 20 % des 3 000 cas examinés ces neuf dernières années. Se sont-ils tous terminés par la condamnation des accusés?

R. – Si nombre des procès se sont conclus par une condamnation, dans certains cas le prêtre a été innocenté ou bien les accusations n'ont pu être suffisamment démontrées. Cela dit, dans chaque cas, on évalue la culpabilité de l'accusé mais aussi sa capacité à remplir son ministère.

Q. – On accuse régulièrement la hiérarchie ecclésiastique de ne pas transmettre à la justice civile des cas de pédophilie du clergé qui lui sont signalés.

R. – Dans les pays de culture juridique anglo-saxonne, mais aussi en France, les évêques prennent généralement connaissance des crimes commis par leurs prêtres hors confession, ce qui les oblige à recourir à l'autorité judiciaire. C'est une situation grave car ces évêques sont comme un parent contraint à dénoncer son fils. Dans ces cas, nous recommandons de respecter la loi civile.

Q. – Et si l'évêque n'a pas cette obligation?

R. – Dans ces situations la congrégation n'oblige pas les évêques à dénoncer leurs prêtres, mais elle les encourage à inviter les victimes à dénoncer leur bourreaux. Nous encourageons les évêques à fournir à ces victimes toute l'assistance nécessaire, et pas strictement spirituelle. Dans le cas récent d'un prêtre condamné par un tribunal civil italien, c'est la congrégation qui a suggéré aux dénonciateurs réclamant une procédure canonique d'alerter la justice civile. Cela dans l'intérêt des victimes et pour éviter de nouveaux actes délictueux.

Q. – La prescription est-elle prévue pour les "delicta graviora"?

R. – Vous touchez un point délicat. Avant 1898, le principe de la prescription pénale était étranger au droit de l'Eglise. C'est seulement avec le Motu Proprio de 2001 qu'on a introduit pour les crimes graves une prescription de dix ans. Pour les délits sexuels, la décennie commence au dix-huitième anniversaire de la victime.

Q. – Est-ce suffisant?

R. – La pratique a montré que cette prescription décennale n'est pas adapté à ce type d'affaires. Il serait bon d’en revenir au système précédent fixant l'imprescriptibilité de ces "delicta graviora". Cela dit, le 7 novembre 2002, Jean-Paul II a concédé à la Congrégation pour la doctrine de la foi une faculté de dérogation au cas par cas, à la demande motivée de l'évêque intéressé. Elle est généralement accordée.

(Traduction du Vatican).




Le journal de la conférence des évêques d’Italie, qui a publié, le 13 mars 2010, l'interview :

> Avvenire


Le motu proprio de Jean-Paul II du 30 avril 2001 :

> "Sacramentorum sanctitate tutela"

La lettre d’application de la congrégation pour la doctrine de la foi du 18 mai de la même année :

> "De delictis gravioribus"

23.12.2009

La légende noire sur Pie XII expliquée

Communisme et fractures idéologiques expliquent la légende noire sur Pie XII

Entretien avec le directeur de L´Osservatore Romano

 

ROME, Mardi 23 juin 2009 (ZENIT.org) - La « légende noire » sur le pape Pie XII (Eugenio Pacelli), accusé de complicité avec le nazisme, a deux causes, selon le directeur de "L'Osservatore Romano" : la propagande communiste et les divisions récurrentes au sein de l'Eglise.

Giovanni Maria Vian les expose dans une interview accordée à ZENIT à l'occasion de la publication, sous sa direction, du livre intitulé « In difesa di Pio XII. Le ragioni della storia » (Pour défendre Pie XII. Les raisons de l'histoire), Venise, Marsilio, 2009, 168 pages, 13,00 euros).

 

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Le livre a été présenté le 10 juin par le cardinal secrétaire d'Etat, Tarcisio Bertone, le président de Marsilio Editori, Cesare De Michelis (Université de Padoue), et par les historiens Giorgio Israel (Université de Roma La Sapienza), Paolo Mieli (Université de Milan), par deux fois directeur du « Corriere della sera », et Roberto Pertici (Université de Bergame).

Le directeur du quotidien du Vatican, historien, n'hésite pas à reprendre l'expression « légende noire » , car le pape Pacelli qui, à sa mort en 1958, avait été unanimement encensé pour l'œuvre qu'il avait accomplie pendant la Seconde guerre mondiale, fut ensuite véritablement « diabolisé ». 

Comment une telle déformation de son image a-t-elle été possible, en quelques années, plus ou moins à partir de 1963 ? 


Propagande communiste 

Vian attribue cette campagne contre le pape en premier lieu à la propagande communiste qui s'est intensifiée à l'époque de la guerre froide.

Il fait remarquer que « la ligne adoptée dans les années de guerre par le pape et par le Saint-Siège, hostile aux totalitarismes mais traditionnellement neutre, se révéla en revanche, dans les faits, favorable à l'alliance contre Hitler, se caractérisant par un effort humanitaire sans précédent, qui a sauvé de très nombreuses vies humaines ». 

« Cette ligne fut de toute façon anti-communiste, ce qui explique que, déjà durant la guerre, le pape était pointé du doigt par la propagande communiste comme complice du nazisme et de ses atrocités ». 

L'historien considère que « même si Eugenio Pacelli a toujours été anti-communiste, il n'a jamais pensé que le nazisme pouvait être utile pour stopper le communisme, bien au contraire », et il en apporte la preuve en se fondant sur des faits historiques. 

Tout d'abord, « entre l'automne de 1939 et le printemps de 1940, dans les premiers mois de la guerre, le pape appuya la tentative de coup d'Etat contre le régime hitlérien fomenté par certains cercles militaires allemands en contact avec les Britanniques ». 

Ensuite, affirme G.M. Vian, après l'attaque de l'Allemagne contre l'Union soviétique au milieu de l'année 1941, Pie XII refusa dans un premier temps l'alignement du Saint-Siège sur la « croisade » contre le communisme, comme elle était présentée, et ensuite il a beaucoup fait pour tempérer l'opposition de nombreux catholiques américains à l'alliance des Etats-Unis avec l'Union soviétique stalinienne. 

La propagande soviétique, rappelle le spécialiste, a été efficacement reprise dans la pièce « Le Vicaire » ("Der Stellvertreter ") de Rolf Hochhuth, jouée pour la première fois à Berlin le 20 février 1963, et qui présentait le silence du pape comme de l'indifférence face à l'extermination des juifs. 

Déjà alors, constate G. M. Vian, on a considéré que ce drame relance nombre des accusations portées par Mikhail Markovich Scheinmann dans son livre Der Vatican im Zweiten Weltkrieg (« Le Vatican dans la seconde guerre mondiale »), d'abord publié en russe par l'Institut historique de l'Académie soviétique des sciences, organe de propagande de l'idéologie communiste. 

Et, nouvelle preuve de l'opposition de Pie XII au nazisme : le fait que les chefs du Troisième Reich aient considéré le pape comme un authentique ennemi, ainsi que l'attestent les documents des archives allemandes qui, non par hasard, avaient été fermées au public par l'Allemagne communiste et n'ont été que depuis peu rouvertes et étudiées, comme l'a souligné un article de Marco Ansaldo dans "la Repubblica" du 29 mars 2007

Le livre édité par G. M. Vian reprend successivement un texte du journaliste et historien Paolo Mieli, un écrit posthume de Saul Israël, biologiste, médecin et écrivain juif, des articles de Andrea Riccardi, historien et fondateur de la Communauté de Sant'Egidio, des archevêques Rino Fisichella, président de l'Académie pontificale pour la vie, et de Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture, du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'Etat au Vatican et, enfin, l'homélie et les deux discours de Benoît XVI prononcés en mémoire de son prédécesseur Pie XII. 


Division ecclésiale 

Bien des gens ont contribué à ce discrédit de Pie XII, y compris au sein de l'Eglise catholique, en raison de la division entre progressistes et conservateurs, qui s'accentua pendant et après le Concile Vatican II, annoncé en 1959 et clos en 1965, affirme le directeur de L'Osservatore Romano.

« Son successeur, Jean XXIII, Angelo Giuseppe Roncalli, fut très vite salué comme 'le bon pape' que, sans nuances, on opposait de plus en plus à son prédécesseur : en raison de son caractère et de son style radicalement différents, mais aussi de sa décision inattendue et retentissante de convoquer un concile ». 

Les critiques catholiques contre le pape Pacelli avaient été précédées, dès 1939, des questions et accusations du philosophe catholique français Emmanuel Mounier, reprochant au pape son « silence » à propos de l'agression italienne en Albanie. 

Pie XII fut, en outre, critiqué par des « cercles de Polonais en exil », qui lui reprochaient son silence face à l'occupation allemande. 

C'est ainsi que, lorsque la polarisation s'accrut dans l'Eglise à partir des années soixante, tous ceux qui s'opposaient aux conservateurs attaquaient Pie XII, considéré comme un symbole de ces derniers, alimentant ou utilisant des arguments repris de la « légende noire ». 


Justice historique

Le directeur de « L'Osservatore Romano » souligne que ce livre n'est pas né de l'intention de prendre la défense a priori du pape, « car Pie XII n'a que faire d'apologistes qui n'aident pas à clarifier la question historique ». 

En ce qui concerne les silences de Pie XII, non seulement sur la persécution des juifs (dénoncée sans bruit mais sans équivoque dans son message de Noël en 1942 et dans son allocution aux cardinaux du 2 juin 1943), mais aussi face aux autres crimes des nazis, l'historien souligne que cette ligne de conduite visait à ne pas aggraver la situation des victimes, tandis que le souverain Pontife se mobilisait pour les aider sur le terrain. 

« Pacelli lui-même s'interrogea à plusieurs reprises sur son attitude. Ce fut donc un choix conscient et difficile que de chercher à sauver le plus grand nombre possible de vies humaines au lieu de dénoncer continuellement le mal avec le risque réel de provoquer des horreurs encore plus grandes », explique G. M. Vian. 

Dans son livre, Paolo Mieli, d'origine juive, affirme dans ce sens : « Prendre pour argent comptant les accusations contre Pacelli, c'est comme traîner sur le banc des coupables présumés, avec les mêmes chefs d'accusation, Roosevelt et Churchill, en les accusant de ne pas avoir parlé plus clairement des persécutions antisémites ». 

Rappelant que des membres de sa famille sont morts dans l'Holocauste, Paolo Mieli a déclaré textuellement : « Je refuse d'imputer la mort des miens à une personne qui n'en est pas responsable ». 

Le livre publie aussi un texte inédit de Saul Israel écrit en 1944 lorsque, avec d'autres juifs, il avait trouvé refuge dans le couvent de San Antonio, via Merulana, à Rome. 

Son fils, Giorgio Israel, qui a participé à la présentation du livre, a ajouté : « Ce ne fut pas tel ou tel couvent ou le geste de compassion de quelques-uns, et personne ne peut penser que toute cette solidarité dont témoignèrent les églises et les couvents, ait pu avoir lieu à l'insu du pape, voire sans son consentement. La légende de Pie XII est la plus absurde de toutes celles qui circulent ». 


Au-delà de la légende noire

G. M. Vian explique ensuite que le livre édité sous sa responsabilité n'a pas l'intention de se focaliser sur la légende noire, mais que, « un demi siècle après la mort de Pie XII (9 octobre 1958) et soixante ans après son élection (2 mars 1939), un nouveau consensus historiographique semble se dessiner sur l'importance historique de la figure et du pontificat de Eugenio Pacelli ». 

L'objectif du livre est surtout de contribuer à restituer à l'histoire et à la mémoire des catholiques un pape et un pontificat d'une importance capitale sous maints aspects qui, dans l'opinion publique, sont encore éclipsés par la polémique suscitée par la « légende noire ».

Propos recueillis par Jesús Colina

Traduit de l'italien par Elisabeth de Lavigne

13.11.2009

Les évêques européens face à Internet

Source de savoir et de connaissance, le réseau Internet est devenu aujourd’hui incontournable, mais n’est pas sans danger. L’Église se pose dès lors la question de cet espace en terme de nouvelle terre de mission.

La Commission épiscopale européenne pour les médias tient à Rome à partir de ce jeudi et jusqu’au 15 novembre son assemblée plénière. Les évêques tenteront de se familiariser avec ce monde de la toile, sa culture. Point d’orgue de cette réunion la rencontre avec les représentants de Facebook, Google, Youtube et Wikipédia. Monseigneur Jean-Michel Di Falco Léandri, président de la CEEM, nous parle de ce qu’il attend de ce débat avec les principaux acteurs d’Internet sur Radio Vatican: >>

Propos recueillis par Olivier Tosseri.


Retrouvez ci-dessous l’intégralité de l’intervention de Mgr Di Falco

 

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 « La culture de l’Internet et la communication de l’Église. » En entendant ce thème, les trois événements qui ont bousculé la vie de notre Église au cours de l’hiver dernier me sont revenus à l’esprit. Je veux parler de « l’affaire », c’est ainsi que les médias ont désignées ces événements, l’affaire Williamson, de celles de l’excommunication de Recife et des propos sur le préservatif dans l’avion menant le pape au Cameroun. Trois affaires qui ont secoué la planète internet. Elles ont été jugées emblématiques de la manière dont l'Église institutionnelle communique et dont les internautes – chrétiens ou non – réagissent. Elles ont révélé les forces et les faiblesses de la communication de l'Église dans le contexte d’une culture internet triomphante.

     Suite à l’affaire Williamson le Saint Père a reconnu lui-même que la curie n’avait pas mesuré l’enjeu d’internet. Ou, pour le citer plus exactement : « Il m’a été dit que suivre avec attention les informations auxquelles on peut accéder par internet aurait permis d’avoir rapidement connaissance du problème. J’en tire la leçon qu’à l’avenir au Saint-Siège nous devrons prêter davantage attention à cette source d’information. »

     Face à la critique portant sur le fait que le pape n’avait pas été mis au courant des propos négationnistes de Mgr Williamson disponibles sur le net, le pape ne s’est attaché dans sa lettre aux évêques qu’à internet comme source d’information, comme bibliothèque virtuelle.

     Il est bien d’autres aspects qui motivent le choix du thème de réflexion de notre assemblée. Ce sont ces aspects que nous allons aborder au cours de ces journées, aspects parmi lesquels on peut citer l’émergence de la Web generation, les bouleversements dans l’organisation du temps et de l’espace, dans la manière de s’informer et de communiquer, les conséquences ecclésiologiques, les effets sur le gouvernement même de l'Église, la place de la religion sur le marché internet, les manières d’y proclamer l'Évangile et d’y être Église

     Ne nous leurrons pas. Ne faisons pas l’autruche. Internet se transforme, transforme notre société et ne peut pas ne pas transformer l'Église, ne peut pas ne pas transformer notre manière d’être et d’agir en Église, au risque de ne plus être témoins du Christ dans le monde d’aujourd’hui !

     Avec internet, nous assistons à une révolution copernicienne qui a déjà ses effets sur notre manière d’être dans notre relation au monde, de nous situer dans le monde, d’interagir avec le monde. La prise de conscience par l'Église institutionnelle de l’importance d’internet est là. Nul doute. La preuve en est encore aujourd’hui. Mais savoir surfer sur la vague internet est une toute autre histoire.

     Internet est un révélateur, un marqueur. Soit vous savez communiquer, soit vous ne le savez pas, soit vous êtes crédible soit vous ne l’êtes pas, soit vous répondez aux attentes soit vous êtes dans votre bulle, soit vous êtes prophète soit vous êtes le dernier des Mohicans, soit vous êtes vivant soit vous êtes fossile, soit vous connaissez la langue internet soit vous ne la connaissez pas et vous ne pouvez pas communiquer. Je compare souvent le mode de présence de l'Église dans le monde des médias et sur internet à ce qui est demandé à un missionnaire devant partir vers des terres inconnues. Que demande-t-on à un missionnaire avant son départ ? De connaître la culture du pays dans lequel il se rend et d’en apprendre la langue. Ne devrions-nous pas avoir la même attitude pour ce qui est de la présence dans les médias ?

     De nouveaux langages se constituent sur internet, utilisés par les jeunes. Abréviations, photos et émoticones, fichiers audio et vidéos sont prépondérants. La culture digitale se dote de sa propre grammaire, d’une langue en constante et rapide évolution. (LOL, MDR) Notre génération a trop tendance à considérer comme superficiel tout ce qui est bref, instantané, porté sur l’émotion. Serait-ce que nous serions plutôt tournés vers l’écrit, les longs développements, la qualité de l’argumentation par les épais dossiers que nous devons traiter, les livres de théologie et les thèses que nous avons lus ou que nous lisons encore ? Mais à y regarder de plus près, l'Église dans son histoire n’a pas considéré comme seuls vecteurs de vérité les longs traités de théologie. Elle a su exprimer sa foi de manière concise et percutante. Qu’il suffise de citer la proclamation du kérygme dans les Actes des Apôtres. Elle a su utiliser des formes de communication non-verbale. Qu’il suffise de penser aux icônes, aux fresques et mosaïques de nos églises, aux vitraux et aux sculptures sur les tympans de nos cathédrales. Elle a su provoquer les émotions. Qu’il suffise d’écouter ses chants et ses musiques. Nous proclamons « une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père », mais il existe bien mille et une manières d’exprimer cette foi. Et l’aggiornamento demandé par le Pape Jean XXIII nous pousse à réactualiser sans cesse la manière dont nous proposons la foi aux nouvelles générations.

     Nous sommes dans un monde pluraliste, où nombreux sont ceux qui, grâce à internet, peuvent avoir accès à tout et donner leur avis sur tout. L'Église ne peut pas ne pas en tenir compte. Avec la sécularisation, la mondialisation, la montée d’internet, notre vision du monde, de la vie, de la mort, et considérée par certains comme un produit parmi d’autres sur le marché des religions. L'Église ne peut pas communiquer comme si d’autres conceptions et interprétations du monde n’existaient pas. Elle a une Parole, un message d’amour à proclamer, mais elle se doit aussi écouter et Internet est une formidable chambre d’écho de la vie du monde.

     Un ami a fait l’étude des sites chrétiens en français les plus consultés. Il en ressort que les sites catholiques en France viennent loin après les sites évangélistes alors même que les évangélistes sont une minorité par rapport aux catholiques dans notre pays. Comment cela se fait-il ? Pour lui les raisons en sont les suivantes :

     La première c’est que « Les évangélistes écoutent et les catholiques parlent. »

     Par là il veut dire que les évangélistes sortent d’eux-mêmes pour se mettre d’abord à la place des autres. Ils répondent aux besoins. « Que veux-tu ? » demande Jésus au paralytique, à l’aveugle-né. Autrement dit, « De quoi as-tu besoin ? Quel est ton désir le plus profond ? Je peux y répondre. » La communication commence toujours par l’écoute. D’où sa question : l'Église catholique parlerait-elle à partir d’elle-même sans prendre suffisamment en considération ce que vivent les gens ?

     La seconde raison du succès des sites évangélistes par rapport aux sites catholiques, c’est que « les sites catholiques sont centrés sur eux-mêmes » et « considérés comme outils et non comme un monde à évangéliser. »

     Par là, il veut dire que nos sites sont des extensions ou des duplicata de nos feuilles paroissiales, de nos bulletins diocésains. Ils sont à usage interne. Ils parlent la langue des initiés à l’usage exclusif des initiés. Les sites évangélistes, au contraire, veulent atteindre les internautes, utilisant internet comme outil et vecteur d’évangélisation.

     D’accord ou pas avec cette analyse, il n’en demeure pas moins que nous pouvons prendre pour notre compte la nécessité d’écouter le monde pour mieux l’aimer et lui parler.

     Si les sites institutionnels avec leur lourdeur sont nécessaires, les électrons libres peuvent l’être aussi. Quelqu’un comme Napoléon est certainement diversement apprécié dans une assemblée comme la nôtre, mais permettez-moi cependant de parler de lui pour une comparaison. Napoléon savait user dans une bataille aussi bien de la cavalerie lourde comme les Dragons enfonçant les flancs de l’adversaire, que des Voltigeurs venant piquer ces mêmes flancs tels des mouches du coche.

     Un site internet devrait pouvoir mettre en contact avec Jésus-Christ et une Église vivante, une communauté où se vit l’unité et la charité. Loin de trouver cela, les internautes se trouvent bien des fois confrontés à un « système », qui certes a ses avantages une fois qu’ils en ont franchi le seuil, mais qui, dans un premier contact, fait davantage écran que courroie de transmission, n’ayant pas pour lui la souplesse de l’amour.

     Ces voltigeurs de l'Évangile, je les vois dans les blogs créés par des laïcs. Cela entre dans le champ propre de leur activité, de leur vocation et de leur mission de baptisés dans l'Église et dans le monde.

     La 44eJournée mondiale des communications sociales qui aura lieu le 23 mai prochain aura pour thème : « Le prêtre et la pastorale dans le monde digital : les nouveaux médias au service de la Parole ». En choisissant ce thème, le pape place l’urgence d’une évangélisation par le monde digital et du monde digital dans le cadre de l’Année sacerdotale. Il s’agira d’ « encourager les prêtres à affronter les défis qui naissent de la nouvelle culture numérique » comme l’a souligné le communiqué de presse. Mais à mon sens, il ne s’agit pas là d’un appel à tous les prêtres à créer son propre blog. Il s’agit plutôt d’un appel aux prêtres à s’entourer de laïcs compétents pour la mise en œuvre de leurs sites paroissiaux ou de mouvements, un appel à collaborer, un appel à accompagner les laïcs qui se lancent (ou qui se sont déjà lancés) dans l’évangélisation par internet. C’est un appel à voir comment nous pouvons aider les internautes à discerner les sites catholiques de ceux qui se réclament comme tels mais ne le sont pas toujours.

     Les médias réduisent souvent l'Église au pape et à quelques cardinaux. Raison de plus pour que les évêques et les prêtres laissent toute leur place aux laïcs sur le net. L’Action catholique consistait à évangéliser le même par le même, l’ouvrier par l’ouvrier, l’étudiant par l’étudiant, la femme par la femme, le patron par le patron, etc. Il nous faut retrouver cette intuition en ce qui concerne le net, et si ce n’est évangéliser le net, du moins évangéliser par le net. Seule la présence de chrétiens laïcs compétents et éclairés sur le net, s’exprimant en tant que chrétiens, pourra montrer qu’on ne peut réduire l'Église à sa hiérarchie et au pape.


       Permettez-moi de décliner quelques propositions en ce sens :

- Dans la jungle des offres gratuites et des possibilités médiatiques, les chrétiens doivent apparaître avec un plus. Ce « plus » n’est pas un gadget, c’est le levain absolument indispensable pour que la pâte monte, c’est la lampe dans la maison, c’est le phare dans la nuit du monde et de nos vies. Mais il est absolument nécessaire de venir sur le marché du net avec ce « plus ».

- L'Église ne peut pas toucher tout le monde, en même temps, avec les mêmes contenus, sur les mêmes médias. Elle ne peut pas apparaître avec un discours monolithique. Les vies sont diverses, le monde est segmenté, l'Église se doit de diversifier son offre. Qui veut-on rejoindre, où, comment, pourquoi et pour quoi faire, pour mener vers quoi ? Tout ceci ne doit-il pas être pensé avant toute création de site ?

- Bien mesurer avant toute mise en ligne de la manière dont telle ou telle image, tel ou tel propos pourra être entendu, reporté, colporté, interprété. On peut mettre en ligne en connaissance de cause, mais on ne devrait jamais être surpris par les réactions et courir après les démentis et les rectifications. Si l’on est surpris par une réaction, c’est que l’on a mal analysé la situation avant de parler, donc pas été suffisamment à l’écoute. Bien réfléchir avant, et être spontané et réactif malgré tout. Le web est la culture du spontané.

- Il y a plus de 25 ans je disais que les cathédrales du XXIesiècle seraient médiatiques. Aujourd’hui ces nouvelles cathédrales sont à construire sur le net. Dans l’histoire de l'Église, dans le même temps que la charité se faisait inventive pour répondre aux nouveaux besoins, les anciennes structures subsistaient. Pour nous aussi, tout en assurant la vie de nos paroisses et de nos diocèses, nous devons avoir le souci de continuer à être là où sont les gens, là où le monde change, et donc à nous rendre sur YouTube, MySpace, Facebook et autres. Ce n’est certes pas sans question, quelle forme de lien social se tisse entre les connectés ? Ces réseaux posent la question des frontières de l’intimité. Je ne ferai que mentionner les questions autour du rapport à la vérité et à l’identité, au temps et à l’espace, je l’ai déjà mentionné, le rapport à la culture, mais devons-nous être absent pour autant ?

- Ce ne sont pas les jeunes qui ne viennent plus vers l'Église, c’est l'Église qui est loin de leur monde. En surfant sur le net, en allant sur n’importe quel site de rencontre comme Facebook on se rend bien compte du besoin de communiquer, du besoin d’une rencontre et d’un dialogue authentiques. L’authenticité pour eux est signe de vérité. Nous devons donc promouvoir une présence chrétienne sur le web faite d’opérateurs, prêtres inclus, maîtrisant certes les techniques de communication, mais sachant aussi offrir des espaces pour la recherche, la rencontre, le dialogue, la prière.

- Réfléchir au branding visant à travailler la notoriété et l’image. Le pape Jean-Paul II savait poser des gestes symboliquement chargés de sens. Seule l’écoute du monde d’une part, et l’écoute du Dieu de l'Évangile d’autre part, peuvent permettre de nous positionner là on l’on ne nous attend pas, de surprendre, de faire tomber les idées fausses sur l'Église

     Ces diverses pistes ne doivent pas donner à penser qu’on peut résoudre les problèmes de communication de l'Église par de simples mesures de communication au risque d’être de ces « cymbales retentissantes » dénoncées par Saint Paul, de ces instruments qui sonnent creux. Il nous faut être d’abord et avant tout habité. « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface » disait l’écrivain Victor Hugo. « L’agir suit l’être », disait saint Thomas d’Aquin, et avant lui Aristote. Nous agissons selon ce que nous sommes. Nous donnons à voir ce que nous sommes.

     Certains croient qu'Internet n’est que du virtuel ou du superflu. Tous nous connaissons des prêtres, des évêques pour qui internet est le dernier de leurs soucis et continuent leur pastorale comme si internet n’existait pas. Or internet fait de plus en plus partie intégrante de la vie quotidienne. En n’y étant pas présent on se coupe d’une bonne partie de la vie des gens. Et lorsqu’on y est ce que l’on y donne à voir est inséparable de ce que l’on est. D’ailleurs, d’une manière naturelle, à moins d’être complétement paranoïaque, on prend ce que l’on perçoit pour la réalité ; et à moins d’être un parfait manipulateur, on donne à percevoir ce que l’on est. Il ne peut y avoir dichotomie complète entre l’être et le paraître dans l’esprit des gens, et je pense que nos sites et nos blogs disent beaucoup plus sur nous que nous ne l’imaginons.

     Ceci m’amène à aborder la question du témoignage, du témoignage chrétien, du témoignage du chrétien, de celui qui s’est laissé habiter par l’Esprit du Christ.

     Voici ce que dit Nietzsche des martyrs dans son ouvrage L’Antéchrist : « Le ton avec lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il "tient-pour-vrai" exprime déjà un niveau si bas de probité intellectuelle, une telle indifférence bornée pour le problème de la vérité, qu’il n’est jamais nécessaire de réfuter un martyr. […] On peut être assuré que sur ce point la modestie, la modération augmente en fonction du degré de conscience que l’on apporte aux choses de l’esprit. […] Les martyrs ont fait tort à la vérité… Maintenant encore, il suffit d’une persécution un peu rude pour donner un renom de respectabilité au plus banal des sectarismes. » Pour Nietzsche, le martyre n’est pas autre chose que l’expression d’un fanatisme. Mais s’il ne différencie pas le fanatique du vrai martyr, c’est bien parce que les vrais martyrs sont rares. Nietzsche dénonce « le ton avec lequel un martyr jette à la face du monde ce qu’il "tient-pour-vrai" ». Faisons donc l’examen des sites internet qui se déclarent « chrétiens ». Lesquels peuvent ne pas donner prise à une telle accusation ? Combien sont de vrais témoins du Christ ? Combien peuvent se dire exempts de vérités assénées, exempts d’autosatisfaction, de dogmatisme, de langue de bois, de raccourcis, d’aveuglements, et même de manques d’amour, d’espérance, de foi même ?

     Le concile Vatican II lorsqu’il traite de l’athéisme nous invite à faire notre examen de conscience à ce sujet : « Certes, ceux qui délibérément s’efforcent d’éliminer Dieu de leur cœur et d’écarter les problèmes religieux en ne suivant pas le « dictamen » de leur conscience ne sont pas exempts de faute. Mais les croyants eux-mêmes portent souvent à cet égard une certaine responsabilité. » (Gaudium et spes, 19)

     Un site internet chrétien doit s’occuper du monde et non se couper du monde. Il doit éviter la langue de bois, éviter d’être lui-même idéologue cherchant à imposer sa vérité. Un site doit être ouvert au dialogue et au débat tout en montrant qu’il ne transigera pas avec certains principes acceptés par tous et partout. Il doit se contenter de proposer la vérité du Christ, fermement, tendrement, humblement. Et s’il s’agit de rendre compte de l’espérance qui est en nous à ceux qui en demandent raison (cf. 1 Pierre 3, 15), que ce soit « avec douceur et respect » dit Saint Pierre.

     Le faux témoin du Christ cherche à exaspérer, cherche la provocation. Le vrai témoin du Christ, c’est sans le vouloir qu’il exaspère. Le site chrétien doit donc exaspérer sans provoquer. S’il vient à agacer, ce doit être comme on peut l’être soi-même lorsque notre conscience nous agace à nous pousser au bien et à éviter le mal. Le site chrétien se doit d’être un éveilleur de consciences en misant sur l’attrait de tout homme à la bonté, à la vérité, à la beauté.

     Nous avons parfois tendance dans l'Église à séparer l'Église et le monde, le sacré et le profane. C’est oublier que Jésus ne fait pas une telle distinction, ou plutôt, la distinction est autre, elle passe par la frontière de notre cœur. « Qui n’est pas contre nous est pour nous », dit-il aux disciples qui s’étonnent qu’il y ait des miracles chez les autres (Mc 9, 40). Ce qui invite à élargir l’espace de notre tente. Saint Augustin disait déjà au sujet de l'Église « beaucoup de ceux qui semblent en dehors sont au dedans et beaucoup qui paraissent au dedans sont en dehors. » (De bapt.V, 27) Et le Père François Varillon a cette formule lapidaire : « L'Église est le monde en tant qu’il accueille le don de Dieu ».

     A trop faire la distinction entre médias profanes d’un côté et médias intra-ecclésiaux de l’autre, on prend le risque de la ghettoïsation, de la victimisation, sans entendre ce que le monde a à dire de l'Église, ce qu’elle en comprend, comment elle le ressent, sans chercher non plus à savoir comment elle peut être présente à tous médias.

     Mais heureusement, plus que jamais, internet redistribue les cartes, nous fait descendre de notre piédestal, de notre chaire magistrale, nous fait sortir de nos ghettos, de nos sacristies. Pape, cardinaux, évêques, prêtres, fidèles laïcs, nous intégrons avec internet une agora, un espace libre et spontané où tout se dit sur tout, où tout le monde peut débattre de tout, une agora virtuelle où les internautes se font une idée sur tel ou tel sujet au gré de leur pérégrination, de leur recherche, voire de leur zapping. L’internaute catholique ne déroge pas à cette règle. Tout en adhérant librement à la foi de l'Église, il veut se faire une opinion par lui-même, être le seul juge de là où se trouve son bien. Il surfe donc sur le net en fonction de ses centres d’intérêt, de là où il en est dans sa quête, et il exerce son jugement en fonction de là où il en est dans sa foi et ses connaissances.

     Qu’un fidèle, ou que tout homme, se fasse son opinion par lui-même peut faire peur aux pasteurs que nous sommes. Nous aimerions protéger les plus faibles et les plus vulnérables. Mais il nous faut trouver des solutions autres que la censure et l’interdit pour cela. La censure est toujours une mauvaise réponse, même quand elle se pare des meilleures intentions du monde. Elle apparaît toujours comme erratique et arbitraire, et donc en fin de compte comme totalitaire. Or la vérité n’a pas besoin de nous pour s’imposer. Le concile Vatican II le rappelle : « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance. » (Dignitatis humanae, 1) Un acte de foi qui ne serait pas un acte libre n’aurait aucune valeur. « dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. » (Gaudium et Spes, 17)

     Le pape Benoît XVI, dans sa dernière encyclique, nous invitait à lier « vérité » et « amour » dans nos vies. Il ne peut y avoir de vérité sans amour ni d’amour sans vérité. La vérité sans amour est froide et l’amour sans vérité est aveugle. Prévenir sans censurer, avertir sans interdire, expliquer plutôt qu’imposer, tel doit être notre souci pastoral en ce qui concerne tout site et blog se déclarant catholique ou administré par des catholiques. Nous ne serons crédibles que si nous témoignons de la vérité dans l’amour, de la vérité de l’amour, de l’amour dans la vérité.

     Le monde s’intéresse peu au fait que l'Église soit gardienne de la foi ou de sa foi – quelle religion n’a pas son instance de régulation et ne cherche pas à se protéger des déviances possibles en son sein ? Le monde attend de l'Église qu’elle vive d’une foi renouvelée, il attend de voir l’impact d’une telle foi dans la conduite du monde.

     Internet est aussi un outil, et comme tel il n’est pas porteur de morale. Mais il est utilisé par des hommes porteurs de morale, capables d’en user en bien comme en mal. Comme tout outil démultipliant les capacités humaines, il est porteur de menaces comme de potentialités. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. La moralisation d’internet ne se fera pas sans la moralisation des hommes, et en premier lieu de nous-mêmes. Quel Christ donnons-nous à voir sur nos sites ?

     Ce que disait Paul VI dans Evangelii nuntiandi il y a trente-quatre ans peut être appliqué à internet : « Pour l'Église il ne s’agit pas seulement de prêcher l'Évangile dans des tranches géographiques toujours plus vastes ou à des populations toujours plus massives, mais aussi d’atteindre et comme de bouleverser par la force de l'Évangile les critères de jugement, les valeurs déterminantes, les points d’intérêt, les lignes de pensée, les sources inspiratrices et les modèles de vie de l’humanité, qui sont en contraste avec la Parole de Dieu et le dessein du salut. » (Evangelii nuntiandi, 19)

     Avant de terminer je voudrais souligner un point d’attention tout particulier, celui des plus pauvres je cite1 : «  L’une des (préoccupations) les plus importantes (…) se réfère à ce que l’on appelle aujourd’hui le « fossé numérique », une forme de discrimination qui divise les riches des pauvres sur la base de l’accès, ou du manque d’accès, aux nouvelles technologies de l’information.

     Les individus, les groupes et les nations doivent avoir accès aux nouvelles technologies afin de prendre part au bénéfice promis par le développement afin de ne pas rester encore plus en arrière. Il est impératif, je cite maintenant le Pape Jean-Paul II, « Il est impératif que le gouffre qui éloigne les bénéficiaires des nouveaux moyens d’information et d’expression de ceux qui n’y ont pas encore accès ne devienne pas une cause insurmontable d’injustice et de discrimination ».

     Tout comme la croix à son montant vertical et horizontal, ainsi doit être notre évangélisation sur la toile : horizontale par son étendue, verticale par sa profondeur et sa qualité.

     Pour terminer, permettez-moi de citer un écrivain français, Jules Renard : « Quelques gouttes de rosée sur une toile d’araignée, et voilà une rivière de diamants. » Puissent les quelques gouttes de rosées que nous déposons sur l’immense toile internet la transfigurer aux yeux de tous en rivière de diamants.

     Merci pour votre présence et votre attention.



     † Jean-Michel di Falco Léandri
     Évêque de Gap et d’Embrun
     Président de la CEEM
     Président du Conseil pour la Communication de la CEF




Notes

[1]« Éthique et Internet » (Publication du Conseil Pontifical pour les communications sociales, Cité du Vatican, le 22 février 2002)

07.11.2009

Benoît XVI à Brescia pour rendre hommage à Paul VI

Benoît XVI passera la journée de dimanche à Brescia, terre natale de Paul VI, en Lombardie, dans le Nord de l’Italie. Sa visite, qui durera un peu plus de 10 heures, aura la forme d’un pèlerinage sur les traces de ce prédécesseur dont il se sent si proche.

 

benoît xvi


Le Pape présidera une messe à 10h30 sur le parvis de la cathédrale de Brescia et visitera la maison natale de Paul VI, dans le village voisin de Concesio, avant d’inaugurer le nouveau siège de l’institut Paul VI. Au cours de cette cérémonie Benoît XVI remettra lui-même le prix International Paul VI à la collection française Sources Chrétiennes, fondée en 1942 par 4 jésuites, dont Henri de Lubac et Jean Daniélou.

Le Pape se recueillera également devant la dépouille d’un prêtre du XIX° siècle, canonisé le 26 avril dernier : Saint Arcangelo Tadini, qui s’est distingué par son engagement social auprès des ouvriers. Le retour de Benoît XVI à Rome est prévu vers 20h.

 

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Brescia, où Paul VI a passé toute sa jeunesse

 


Commentaire, Romilda Ferrauto

C’est pour honorer la mémoire de Paul VI que Benoît XVI se rendra ce dimanche à Brescia, la terre natale de ce grand Pape du XX° siècle à qui il fut donné de porter à terme le Concile Vatican II. Une journée intense de prière et de souvenirs pour Benoît XVI qui a plus d’une fois exprimé sa proximité et son admiration sincère pour son prédécesseur, trop souvent incompris, à qui il doit la pourpre cardinalice.

Paul VI avait une profonde estime pour Joseph Ratzinger qu’il avait qualifié d’illustre maître en théologie.

« Paul VI et Benoît XVI, deux papes qui ont bien des choses en commun", souligne, dans les colonnes de L’Osservatore romano, le cardinal Re, Préfet de la Congrégation pour les évêques, lui-même originaire de Brescia. Ces traits communs, ce sont la spiritualité, la vie intérieure, la fidélité au Christ et à l’Eglise, et surtout la défense de ce qui devrait caractériser la lecture et l’application de Vatican II : le renouveau dans la continuité, autrement dit, « oui à réforme non à la rupture ».

Traits communs mais aussi filiation explicite. Peu après son élection en 2005, Benoît XVI avait tenu à souligner qu’il se situait résolument dans le sillage de Jean XXIII, puis de Paul VI, dont il a loué la sagesse et la prudence. Paul VI, les catholiques de Brescia le gardent dans leur cœur. Pour leur évêque Mgr Molinari, il y a, dans la vie de Paul VI, un trésor de spiritualité qui peut aider et enrichir l'Eglise d'aujourd'hui.

30.09.2009

1200 prêtres réunis à Ars: homélie du card. Hummes

1200 prêtres du monde entier réunis à Ars : Homélie du card. Hummes

Il a rappelé combien un prêtre peut aider un jeune que Dieu appelle au sacerdoce

 

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ROME, Lundi 28 septembre 2009 (ZENIT.org) - « Croyez en votre charisme et dans la volonté du Seigneur que des jeunes se lèvent à votre suite », a déclaré le préfet de la congrégation romaine pour le Clergé, le cardinal Claudio Hummes, brésilien, qui a présidé la messe de ce premier jour de retraite sacerdotale internationale, en l'église souterraine Notre Dame de la Miséricorde, à Ars.

Les 1200 prêtres du monde entier participant à la retraite étaient tous revêtus de l'étole et de la chasuble blanches, légères, marquées d'une croix d'or qui ont été offertes à chaque retraitant, signe de cette « communion sacerdotale » dont Benoît XVI parle dans son message vidéo pour l'ouverture de cette retraite.

Le cardinal Hummes a souligné, dans son homélie et dans un français parfait, que cette retraite s'ouvrait par « une eucharistie en l'honneur du saint curé d'Ars », a constaté ZENIT sur place.

Il a relevé que le fait qu'un millier de prêtres soient ainsi rassemblés - à Ars, et en cette église souterraine Notre-Dame de Miséricorde - pour le 150e anniversaire de la mort du saint patron des prêtres du monde, est un « signe qui parle de lui-même ».

Cette initiative de l'année sacerdotale, Benoît XVI l'a inscrite dans le sillage de ses prédécesseurs, Pie X qui, en 1905 l'a fait saint patron des prêtres en France, Pie XI patron de tous les curés du monde, Pie XII qui a souligné la valeur de l'exemple du saint curé d'Ars « pour aujourd'hui », de Jean XXIII qui lui a consacré une encyclique, de Jean-Paul II qui constate combien l'exemple de saint Jean-Marie Vianney continue de donner de « l'élan » aux curés monde entier et à tous les prêtres dans leurs différentes tâches apostoliques.

Benoît XVI, a ajouté le cardinal Hummes, invite tous les prêtres à suivre l'exemple du saint curé « pour être des témoins du Christ et des apôtres de l'évangile ». Saint Jean-Marie Vianney est, ajoute-t-il, l'exemple d'une existence faite de « prière ».

« La sainteté est toujours jeune, quel que soit le siècle » et dans la vie d'un saint « il y a des éléments pérennes qui, dégagés de l'époque » restent une « lumière pour l'Eglise », et, de même, pour la réalité du prêtre : « l'essentiel demeure dans histoire ».

Citant le passage du prophète Ezéchiel, le cardinal Hummes a encore fait observer que par son ordination, le prêtre est marqué par sa « mission », et que si « la responsabilité d'une paroisse demande de la force » et que par conséquent, le droit canon prévoit la démission de cette charge à l'âge de 75 ans, les prêtres « dégagés de la responsabilité d'une paroisse restent prêtres ». Un prêtre « ne prend jamais sa retraite et continue l'œuvre pour laquelle le Christ l'a appelé et consacré », par la prière, la messe, le sacrement de la réconciliation, l'accompagnement spirituel, l'offrande de sa vie même « sur un lit de souffrance ».

Aujourd'hui, a ajouté le responsable des prêtres du monde, « l'immense majorité des prêtres de tous les âges vivent leur engagement pleins de joie, d'héroïsme silencieux, jusqu'au bout de leurs forces, sans voir parfois le fruit de leur labeur ».

Il citait en exemple saint Jean-Marie Vianney qui « confessait et faisait le catéchisme encore six jours avant sa mort », « passionnément dévoué à son ministère ».

Reprenant l'image d'Ezéchiel, le cardinal Hummes a affirmé que « le prêtre est un guetteur envoyé par Dieu auprès de ses contemporains pour les avertir » et les aider à vivre en « communion avec le Père et leurs frères dans la justice, la charité, et la paix ».

« C'est l'amour qui pousse le prêtre à être un guetteur, l'amour du Christ et de ceux auxquels il est envoyé », or, « l'amour n'a pas de terme », et il est le lien d'unité entre « vie sacerdotale et ministère ». En effet, « s'il est motivé par l'amour, son ministère lui donne de la joie ».

Le ministère presbytéral est, a insisté le cardinal brésilien, « une source de joie profonde », car il permet d'entrer « dans le sanctuaire des cœurs » et de « voir comment l'Esprit transforme » les baptisés.

Dans « Pastores Dabo Vobis », a-t-il rappelé, Jean-Paul II souligne que le prêtre goûte la « joie » de la croissance du troupeau de Dieu, la joie d'entrer dans le « sanctuaire » du cœur de la communauté, et est associé de façon mystérieuse à l'oeuvre de Dieu dans les cœurs : « Nous participons à la joie de Dieu qui se donne ».

« Le curé d'Ars était joyeux, aimable, plein d'affabilité », a ajouté le cardinal Hummes, faisant aussi observer que pour être un « guetteur pour son peuple », Ezéchiel a fait aussi l'expérience de la souffrance et qu'il en est de même « pour le serviteur de l'Evangile ».

Certes, saint Jean-Marie Vianney a souffert dans son ministère, au point de dire que s'il avait « su » cela à l'avance il aurait pu en « mourir de chagrin ». Mais il n'en était pas moins « complètement dévoué à son peuple pour le conduire au Christ », il a « porté le poids du péché comme Jésus à Gethsémani », « souffrait des résistances », « gémissait des abus dans sa paroisse », il a subi les « cris sous ses fenêtres », les « placards injurieux », les « calomnies », (on l'accusa d'avarice, on l'a même attaqué dans ses moeurs, il a été relevé de la direction de la Providence).

Lui-même avait le « sens de son incapacité à être curé », mais en même temps une vive « conscience de sa responsabilité de guetteur », car il aurait aimé « se retirer dans une Trappe pour ne garder que la prière », mais la seule pensée de « l'obéissance » et « des besoins spirituels de son peuple », le « maintenait à son poste », et cela « le faisait grandir dans la charité ».

Il avait l'habitude de dire que l'on « montre plus de charité en servant dans la désolation que dans l'abondance des consolations ». Il n'y avait d'ailleurs en lui « « aucun découragement ». Et si « l'idée de quitter la paroisse le poursuivait sans cesse », et malgré la souffrance, il vivait cependant dans « la paix et la joie ». Le cardinal Hummes a souligné ce « paradoxe » de celui qui « vit en communion avec le Christ » : ce ne sont pas « deux choses séparées selon le moment ».

Comme le dit saint Paul : « Je trouve ma joie dans les angoisses que j'endure pour vous » : voilà, ce « mélange paradoxal de béatitude et de douleur », a fait observer le cardinal Hummes, en citant le passage évangélique de l'agonie de Jésus au Jardin des Oliviers : tout en faisant l'expérience des « délices de la Trinité », il vivait une « agonie pas moins réelle » : c'est un « mystère ». Et lorsque le poids du ministère se fait sentir, on comprend que « la Croix du Christ n'est jamais légère à porter » : « Nous l'avons reçue en partage de façon spéciale mais nous ne sommes pas seuls, car Jésus a promis d'être chaque jour à nos côtés ».

Le cardinal Hummes a aussi souligné l'importance du curé Balley pour le futur curé d'Ars. « Monsieur Balley » a-t-il souligné, s'est « engagé de façon totale pour sauver la vocation de Jean-Marie et assurer sa vocation » : sans lui « il n'y aurait pas eu de Curé d'Ars ».

L'abbé Balley ne s'est en effet « jamais découragé devant les obstacles sur le chemin vocationnel » de Jean-Marie Vianney, il s'est « dépensé pour lui apprendre le latin et la théologie » et il l'a protégé lui-même « contre les doutes sur sa vocation ». Le saint curé a pu témoigner qu'il lui suffisait de voir M. Balley et de l'entendre discourir sur Dieu » pour être encouragé.

« Cet exemple doit vous encourager - sans pour autant forcer les volontés, et sans appeler des jeunes qui n'ont pas les capacités objectives -, car l'influence d'un prêtre peut être décisive » : « Croyez en votre charisme et dans la volonté du Seigneur que des jeunes se lèvent à votre suite ».

« Si vous n'avez pas de contacts avec les jeunes, vous pouvez prier pour les vocations et faire prier les chrétiens pour les vocations, vous pouvez cultiver dans votre presbytère une atmosphère vocationnelle, faite de joie, de sainteté, d'ardeur missionnaire : ce sera le témoignage le plus fort pour les jeunes que le Seigneur appelle », a fait observer le cardinal Hummes.

Et d'insister : « L'Eglise a besoin que le nombre des prêtres croisse dans le monde, car les laïcs les mieux formés ne les remplaceront jamais, il y a complémentarité entre le sacerdoce commun et sacerdoce ministériel, mais ils sont essentiellement différents, et ordonnés l'un à l'autre ».

Anita S. Bourdin

23.06.2009

LA COMMUNICATION DE L’EGLISE - RADIOS CATHOLIQUES ET NOUVELLES TECHNOLOGIES POUR LA MISSION (2)

Le Magistère des Papes et la Communication


            La communication de l'Eglise, dans le passé, et surtout dans notre siècle, avec l'avènement de la Radio et de la Télévision, a été confiée en grande partie aux communications des Pontifes : depuis les Lettres, en passant par les Messages, les Encycliques, et jusqu'à l'Angélus, et les nombreux Messages adressées en des occasions particulières. L'Eglise a toujours été extrêmement compréhensive et attentive pour accueillir et pour s'approcher des moyens de communication, même si, souvent, comme dans le cas de Télévision d'abord, et à présent des nouvelles technologies, elle doit en apprendre les propriétés et les problèmes. A chaque époque, l'Eglise a su utiliser tout ce qui pouvait être utile à la diffusion du Message chrétien : il suffit de penser au rapport avec l'imprimerie, qui a rendu possible la diffusion de la Bible, même si ce n'était pas une période simple du point de vue religieux.


            Durant notre siècle, plusieurs Pontifes ont donné un grand élan à la communication de l'Eglise, en apportant des nouveautés significatives et durables. A la fin du 19° siècle, en 1898, il y eut les premières images cinématographiques d'un Pape, Léon XIII, repris alors qu'il se promenait dans les jardins du Vatican. Important aussi l'exemple du Pape Pie XI qui, le 12 février 1931, inaugura Radio Vatican, fondée par Guglielmo Marconi. Aujourd'hui encore, Radio Vatican est la Station de Radio du Saint-Siège ; la Radio a pour tâche d'être un instrument de communication et d'évangélisation, par la diffusion des messages du Souverain Pontife, par les informations sur le Saint-Siège et sur la vie de l'Eglise Catholique dans le monde, en aidant les fidèles dans les problèmes que présente la situation actuelle, en les éclairant avec les Enseignements et avec le Magistère de l'Eglise

            Le 2 avril 1964, avec la Lettre Apostolique Motu Proprio « In fructibus multis », le Pape Paul VI créa la Commission Pontificale pour les Communications Sociales. De cette manière, le Saint-Père donnait une suite à tout ce qui ressortait du Concile Vatican II, et à l'intuition de son Prédécesseur Jean XXIII qui, en 1959, avec le Motu Proprio « Boni Pastoris » avait donné une forme nouvelle à la Commission permanente, en faisant devenir la Commission Pontificale pour le Cinéma, la Radio et la Télévision, un Bureau stable auprès du Saint-Siège. Pendant le Concile, cette Commission prit le nom de Commission Pontificale pour les Communications Sociales, et, aujourd'hui encore - le nom est à présent Conseil Pontifical - c'est l'organisme du Saint-Siège auquel est confiée la tâche de « soutenir de manière adéquate l'action de l'Eglise et des fidèles dans les nombreuses formes de la communication, en suivant les quotidiens catholiques, les publications périodiques, les stations de Radio et de Télévision ».

            Jean Paul II, cela ne fait pas de doute, a été un Pape extrêmement communicatif : en lui, tout a été communication, à partir de ses voyages, en passant par les Journées Mondiales de la Jeunesse, jusqu'aux moments de sa maladie et de mort. Le Pontificat de Jean Paul II s'est déroulé durant la période de développement le plus grand des moyens de communication, et le Pape a bien compris l'importance de ces moyens, et la possibilité d'en faire un usage positif : sous son Pontificat, en 1983, fut créé le Centre de Télévision du Vatican (CTV), devenu ensuite en 1996, un organisme directement rattaché au, Saint-Siège, avec pour but de présenter le Magistère de Pierre par les images. Pendant le Pontificat de Jean Paul II, le « Vatican Information Service » (VIS) fut créé en 1991 : c'est un système, interne à la Salle de Presse du Saint-Siège, qui fournit, du lundi au vendredi, pendant toute l'année, et en quatre langues (italien français, anglais et espagnol), des informations sur les activités du Pape et de la Curie Romaine

            Le Pontificat du Pape Benoît XVI en est encore à ses débuts, mais l'attention pour la communication est très évidente ; en particulier l'accord avec « Youtube », grâce auquel les activités du Saint-Père pourront être suivies dans ce qui est connu comme le « site des vidéos », utilisé par ce que le Pape lui-même a appelé la « digital generation » ; c'est un canal qui contient des « videonews » sur les activités du Pape et sur les événements du Vatican, mis à jour quotidiennement, et disponible en italien, anglais, allemand et espagnol. En outre, dans son Message pour la Journée Mondiale des Communications Sociales de 2009, le Pape Benoît XVI a montré une nouvelle fois sa sensibilité envers la communication, en s'adressant en particulier aux jeunes catholiques, « pour les inviter à apporter dans le monde numérique le témoignage de leur foi ». Le Saint-Père leur déclare : « Au début de l'Église, les Apôtres et leurs disciples ont répandu la Bonne Nouvelle de Jésus dans le monde gréco-romain : comme alors, pour être fructueuse, l'Évangélisation requérait la compréhension attentive de la culture et des coutumes des peuples païens afin d'en toucher les esprits et les cœurs, de même, à présent, l'annonce du Christ dans le monde des nouvelles technologies suppose une connaissance approfondie pour une utilisation cohérente et adéquate. C'est à vous, jeunes, qui vous trouvez presque spontanément en syntonie avec ces nouveaux moyens de communication, qu'incombe, en particulier, la tâche de l'Évangélisation de ce 'continent digital' ».

(fides.org)