04.03.2010

France: Sondage IFOP 'Les femmes et l’IVG'

Pour une autre prévention de l’avortement

 

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ROME, Jeudi 4 mars 2010 (ZENIT.org) - Les résultats d'un sondage IFOP de février 2010, sur « Les femmes et l'IVG » soulignent notamment que les femmes veulent « une autre prévention de l'avortement » en France.

Tugdual Derville, délégué général de l'Alliance pour les Droits de la Vie, analyse les résutats du sondage.

A la suite du rapport français de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS), rendu public en février 2010, l'Alliance pour les Droits de la Vie a voulu connaître l'avis des Françaises sur le sujet sensible de l'avortement, qui la mobilise sur le terrain de l'aide aux femmes enceintes ou ayant déjà vécu l'IVG.

Elle a commandité un sondage détaillé à l'IFOP, réalisé du 19 au 23 février 2010 auprès d'un échantillon représentatif de 1006 femmes âgées de 18 ans et plus.

L'Alliance en tire quatre enseignements majeurs :

1/ L'avortement n'a rien d'anodin pour les femmes : la plupart des Françaises estiment qu'il y en a trop, qu'il a des conséquences difficiles à vivre et aimeraient que la société les aide à l'éviter.

Les Françaises se disent très majoritairement favorables à un « droit à l'avortement » (85%). Ce n'est pas l'avis de l'Alliance qui se retrouve clairement du côté des 7% des sondées qui n'y sont pas favorables. Mais ce constat ne clôt pas le débat, car l'Alliance se retrouve sur d'autres questions avec une nette majorité des Françaises :

-          pour 61% des Françaises (contre 33%) « il y a trop d'avortements dans notre pays » ;

-          pour 83%, « l'avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre pour les femmes » ;

-          pour 60% (contre 33%) « la société devrait davantage aider les femmes à éviter le recours à l'IVG ».

Pour l'Alliance pour les Droits de la Vie, l'avortement est un drame personnel et un échec social, et les pouvoirs publics ont raison de s'en préoccuper. On ne peut pas se satisfaire que près de 4 Françaises sur 10 aient recours à l'IVG au moins une fois dans leur vie féconde (donnée de l'Institut national d'études démographiques).

A ce titre, les Françaises ne suivent donc pas les associations qui affirment que le fort taux d'IVG ne pose pas de problème et qu'il ne faut pas en faire un drame. Et 54% désapprouvent leur action quand elles « organisent des solutions pour que les femmes puissent avorter à l'étranger au-delà du délai légal ». L'Alliance pour les Droits de la Vie conteste également ces filières d'avortement tardif ouvertement revendiquées, qui ont fait scandale en Espagne ces derniers temps.

2/ Les Françaises sont favorables à une autre politique de prévention de l'avortement, qui ne se réduise pas à « prévenir les grossesses non souhaitées » mais qui tende à aider les femmes enceintes à éviter l'IVG.

Alors que les pouvoirs publics reconnaissent qu'il y a un nombre élevé d'IVG, les solutions qu'ils proposent se bornent à renforcer la contraception - alors que la France est l'un des pays au monde où elle est le plus répandue - ou à augmenter encore les prescripteurs de l'IVG. C'est le sens des récentes annonces du ministère de la Santé.

Or, selon le « paradoxe contraceptif français », 72% des femmes recourant à l'IVG utilisaient une méthode de contraception lorsqu'elles se sont retrouvées enceintes. L'Alliance a donc voulu connaître l'avis des Françaises sur la grande absente des politiques de prévention : l'aide aux femmes enceintes leur permettant d'éviter l'IVG. La plupart des Françaises soutiennent cette perspective :

-          47% (et jusqu'à 58% des 18-24 ans) notent que sa « situation matérielle » est « l'influence principale qui pousse une femme à recourir à l'IVG ». Dans un pays développé, dont le système social est réputé performant, on peut pointer les efforts qui restent à faire pour qu'aucune femme ne se sente contrainte à avorter en raison de problèmes économiques. Seulement 13% des femmes affirment que celles qui décident de recourir à l'IVG ne subissent aucune influence. L'expérience d'écoute de l'Alliance confirme que des avis extérieurs (compagnon, proches, professionnels) poussent souvent une femme à avorter à contrecœur.

-          Confirmation : pour 55% des Françaises, « un soutien psychologique pour se protéger des influences extérieures » pourrait aider une femme qui découvre qu'elle est enceinte sans l'avoir souhaité à éviter une Interruption Volontaire de Grossesse.

-          54% évoquent « Une information sur les aides matérielles auxquelles elle a droit ».

-          A noter que 27% d'entres elles ajoutent « l'assurance de ne pas être discriminée dans son emploi », un problème récemment soulevé par la Halde qui a lancé en janvier une campagne sur le droit des femmes enceintes.

-          Par ailleurs, la moitié des sondées évoquent « une discussion avec des professionnels de santé sur les conséquences de ce choix ».

Ces réponses montrent qu'il y a une place pour éviter trop de décisions hâtives, sous diverses contraintes et qui font de l'IVG - dans bien des cas selon l'expérience de l'Alliance pour les Droits de la Vie - une issue automatique que les femmes auraient pu et voulu éviter.

Ces réponses sont également cohérentes avec l'avis des Françaises sur le livret d'information remis à la consultation pré-IVG :

-          83% d'entre elles (contre seulement 13%) sont favorables à ce qu'y figure « le détail des aides aux femmes enceintes et aux jeunes mères ». L'Alliance dénonce le glissement progressif qui a effacé du dispositif de l'IVG, sous la pression de certaines associations, l'ensemble de ces informations.

La pétition qu'elle a lancée en févier 2010 www.auxlarmescitoyennes.org se trouve cautionnée par ce sondage. C'est une question de justice sociale.

3/ Faire connaître la possibilité de confier un enfant à l'adoption : une perspective ouverte.

L'Alliance a l'expérience de l'accompagnement de femmes enceintes qui se posent la question de confier leur bébé dès la naissance, car elles ne se sentent pas capables de l'élever, en raison de leur situation psychoaffective. Elle sait que c'est un sujet délicat sur lequel il faut éviter tout automatisme, et notamment ne pas cautionner l'idée que la précarité matérielle doive pousser une femme à renoncer à élever son enfant.

Toutefois, l'Alliance voulait clarifier une contradiction : alors que l'IVG n'encourt que peu de « réprobation sociale » officielle (même si de nombreuses femmes s'en culpabilisent) l'idée de « l'abandon d'enfant » est largement l'objet d'une telle réprobation. On a tendance à considérer le traumatisme de l'IVG comme moins lourd que celui de confier un enfant à l'adoption, qui, certes, intervient plus tardivement. Telle n'est pas l'expérience de l'Alliance, qui, pour autant, ne néglige pas le caractère dramatique de certaines séparations néonatales, et la nécessité de les accompagner.

Le sondage exprime sur ce point un avis clair des sondées :

-          pour 67% (et jusqu'à 76% des moins de 35 ans) « cela serait une bonne chose de mieux faire connaître à certaines femmes enceintes qui auront de lourdes difficultés personnelles pour élever leur enfant, la possibilité de le confier à l'adoption dès sa naissance ».

L'adoption est-elle pour autant une alternative évidente à l'IVG ? Pas immédiatement ni automatiquement, mais en perspective. Pour le moment, la décision de confier l'enfant intervient plutôt en fin de grossesse, longtemps après que celle de ne pas avorter a été prise. Cette décision de confier un enfant est en balance avec celle de l'élever soi-même. Mais il pourrait en être autrement si on considérait davantage qu'on peut confier un enfant « pour son bien », comme ce fut le cas dans d'autres phases de l'Histoire. Cette analyse est confirmée par les travaux de psychanalystes qui estiment « l'abandon néonatal » injustement dénigré.

4/ Oser dire que les relations sexuelles trop précoces sont la cause majeure de l'IVG chez les adolescentes.

La croissance forte de l'IVG chez les mineures (+30% entre 2001 et 2007) préoccupe à juste titre les pouvoirs publics. Mais les solutions préconisées, jusqu'au niveau gouvernemental restent dans la ligne d'une surenchère d'information à connotation hygiéniste (sexualité réduite à la technique et à la promotion des modes de prévention sanitaires), qui nous semble en décalage avec les besoins réels des plus jeunes. On tend à rendre cette information de plus en plus précoce (désormais « dès la maternelle ») au risque d'escamoter la période de latence de l'enfant et d'installer l'idée illusoire d'une dissociation totale entre sexualité, affectivité et procréation.

-          51% des Françaises estiment que « les relations sexuelles trop précoces » sont parmi les deux raisons principales qui expliquent le taux d'IVG chez les mineures.

Précisons que l'échantillon de plus de 1 000 femmes proposé par l'IFOP ne comprend que des majeures qui, pour un certain nombre, se réfèrent sans doute à leur propre expérience. A ce titre, les experts de l'IGAS ont justement noté qu'il y a un décalage entre les attentes des garçons et celles des filles, au moment de la toute première relation. La DREES a décrit en 2009 ce malentendu : les filles engagent volontiers tout leur être, et leur affectivité alors que, pour les garçons, c'est « une simple étape de jeunesse ». L'Alliance constate même que les filles se trouvent souvent psychiquement violentées par des gestes qui les instrumentalisent.

Le sondage nous encourage à promouvoir une autre forme d'éducation sexuelle, impliquant les parents, et n'encourageant pas les plus jeunes à des relations sexuelles immatures, souvent traumatisante et par ailleurs risquées. Elles sont en effet pourvoyeuses de nombreuses IVG particulièrement dures à vivre pour les plus jeunes. Or, commencer sa vie sexuelle par un avortement est lourd de conséquence.

Notons à ce titre que la diffusion massive des préservatifs, lors de l'irruption de la pandémie du SIDA s'est accompagnée de la croissance de l'IVG chez les plus jeunes en raison d'utilisations maladroites et de nombreuses ruptures. C'est pourquoi l'Alliance n'est pas en accord avec l'idée qu'il faille augmenter encore ce type de diffusion dont l'effet boomerang est démontré.

Consciente que des parents sont défaillants, elle demeure attachée à ce qu'ils ne soient pas écartés systématiquement par les pouvoirs publics de l'éducation sexuelle et de tout ce qui touche à l'IVG comme c'est le cas actuellement. Comment, d'un côté, dénoncer le manque de repères et l'irresponsabilité parentale et, de l'autre, exclure les parents d'une compétence qui relève au premier chef de leur responsabilité éducative ?

© Alliance pour les Droits de la Vie

 

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07.02.2010

Aux larmes, citoyennes !

France : Des moyens pour aider les femmes à éviter l’avortement


Pétition pour une véritable politique de prévention


ROME, Vendredi 5 février 2010 (ZENIT.org) - En France, le taux d'avortement est deux fois plus élevé que celui de l'Allemagne, souligne l'Alliance pour les Droits de la Vie (ADV), qui demande des moyens pour aider les femmes à « éviter l'avortement » et lance une pétition nationale en ligne à cet effet, avec ce slogan provocateur : « Aux larmes citoyennes ! » qui dit bien la détresse - souvent secrète - engendrée par le traumatisme de l'avortement.

On peut signer et faire signer l'appel à cette adresse en ligne: www.auxlarmescitoyennes.org

En quelques heures, la pétition a recueilli plus de 7900 signatures en ligne.

En effet, le ministère français de la Santé, après la remise du rapport de l'Inspection générale des Affaires Sociales, sur l'interruption volontaire de grossesse et la « prévention des grossesses non désirées », et sous la pression du « Mouvement Français pour le Planning familial » annonce au contraire « encore plus de moyens pour l'avortement », déplore l'ADV.

« En France, fait observer l'ADV, le taux de recours à l'avortement est deux fois supérieur à celui de l'Allemagne. Il augmente fortement chez les mineures. Et voilà que Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, veut céder aux nouvelles revendications du Mouvement Français pour le Planning familial. Il est temps d'aider les femmes à éviter l'avortement ».

L'Alliance pour les Droits de la Vie préconise en effet la « prévention » de l'avortement et adresse au ministre français de la Santé deux demandes précises.

« Au lieu de surenchérir sur les revendications du Mouvement Français pour le Planning Familial, qui n'ont aucunement fait baisser le nombre d'interruptions volontaires de grossesses en France, l'Alliance propose au gouvernement d'aider les femmes à éviter l'IVG. Elle demande l'instauration d'une véritable politique de prévention qui ose se démarquer des incessantes campagnes d'information qui ont fait la preuve de leur inefficacité en se centrant uniquement sur la contraception ».

Voici le texte de la pétition :

« La situation de l'avortement dans notre pays me bouleverse et je vous demande de toute urgence : 

1/ De faire modifier le livret officiel d'information remis aux femmes enceintes en difficulté.

Au lieu de prôner l'IVG comme l'issue évidente de leur grossesse, il doit intégrer :

-          le détail des aides permettant aux femmes d'éviter le recours à l'avortement ;

-          un avertissement honnête sur les répercussions psychologiques de l'avortement.

2/ De lancer des campagnes gouvernementales pour promouvoir les droits des femmes enceintes, notamment en matière d'emploi et de protection face à toute violence ou pression économique, conjugale ou familiale. »

Pour Caroline Roux, secrétaire générale de l'Alliance pour les Droits de la Vie : « Aucune préconisation n'est faite pour aider les femmes enceintes face à une grossesse imprévue. Pourtant un espace de prévention existe si on sait écouter leur désir profond et leur faire connaître leur droit contre les pressions qui s'exercent sur elles au moment des grossesses surprises. Les femmes sont trop souvent laissées seules face à leur souffrance, c'est ce que nous signifions par l'expression « aux larmes, citoyennes ! ». 


28 janvier 2010 : des femmes protestent devant le Conseil régional d’Ile-de-France



IVG : non à la politique de l’autruche
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08.10.2009

La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican

La hache de l'évêque frappe Obama. Et la curie au Vatican

Dans un article-choc publié à Rome, l'évêque de Denver, Charles J. Chaput, critique le président américain et les hommes d'Eglise qui l'encensent, en particulier le cardinal de curie Cottier. Mais la secrétairerie d'état du Vatican est aussi en discussion


par Sandro Magister




ROME, le 8 octobre 2009 – "Je défendrai toujours avec force le droit des évêques de me critiquer", avait assuré Barack Obama la veille de sa rencontre du 10 juillet avec Benoît XVI.

Certes. Quelque 80 évêques catholiques des Etats-Unis sont ouvertement en désaccord avec lui sur des sujets cruciaux, au premier rang desquels la défense de la vie. Parmi eux, le cardinal Francis George, président de la conférence des évêques et archevêque de Chicago, la ville d’Obama.

Il y a aussi l’évêque de Denver, Charles J. Chaput, 65 ans, indien, franciscain de l'ordre des capucins, auteur, il y a un an, d’un livre au titre révélateur : "Render unto Caesar. Serving the Nation by Living Our Catholic Beliefs in Political Life". Il est juste de rendre à César ce qui lui revient. Mais on sert son pays en vivant sa foi catholique dans la vie politique.

Chaput est mécontent qu’à Rome, le Vatican mette une sourdine aux critiques de l’Eglise des Etats-Unis contre Obama. Il n’a pas aimé, en particulier, les louanges immodérées adressées au président américain en juillet – au moment de la rencontre d’Obama avec le pape – par un vénérable cardinal de curie, le Suisse Georges Cottier, pro-théologien de la maison pontificale, dans un article paru dans la revue "30 Jours".

"30 Jours" est une revue de géopolitique ecclésiastique très lue à la curie et dirigée par le plus "curial" des hommes politiques italiens à longue carrière, le sénateur à vie Giulio Andreotti. Rédigée en six langues, elle touche tous les diocèses du monde et reflète fidèlement les politiques réalistes de la diplomatie vaticane.

Ayant lu l'article enthousiaste du cardinal Cottier – enthousiaste surtout en ce qui concerne le discours d’Obama à l'université catholique Notre Dame – et avant cela un précédent éditorial de "L'Osservatore Romano", très élogieux aussi, sur les 100 premiers jours du président américain, y compris "en faveur de la maternité", Chaput a estimé qu’il était de son devoir d’y répondre.

Il a pris sa plume et répondu point par point. A Obama, au cardinal Cottier, à la secrétairerie d’état du Vatican. Pas dans un journal américain, mais dans un journal imprimé à Rome, pour que le Vatican voie son article.

Sa réponse est parue le 6 octobre dans "il Foglio", le quotidien d'opinion dirigée par Giuliano Ferrara, qui n’est pas catholique mais très attentif au rôle public des religions et de sympathies nettement "ratzingériennes".

L'article de l’évêque de Denver occupait toute la troisième page, sous le titre: "La hache de guerre de l’évêque indien – Charles J. Chaput contre Notre Dame et contre l'illustre cardinal séduit par le pro-avortement Obama".

Le texte est reproduit ci-dessus avec son titre original.

Ce même 6 octobre, "il Foglio" publiait, en première page, une interview du cardinal George, qui était à Rome pour présenter son nouveau livre : "The Difference God Makes - A Catholic Vision of Faith, Communion, and Culture [La différence que fait Dieu - Une vision catholique de la foi, de la communion et de la culture]".

Dans cette interview, le cardinal déclarait notamment :


"Aujourd’hui, notre problème majeur en tant qu’Eglise est de faire savoir à la société qu’il existe une hiérarchie de valeurs. Prenons la question de l'avortement et de la vie en général. La voix de l’Eglise est écoutée aux Etats-Unis mais elle y est également très combattue. Et les critiques contre l’Eglise ont un motif : notre société considère que l'individualisme et la liberté de choix sont la valeur la plus importante à protéger. Aujourd’hui le libre arbitre vaut plus que la vie."


Et aussi :


"La morale de l’Eglise sur certains sujets n’a jamais changé. L'Osservatore Romano – c’est vrai – peut avoir écrit dix lignes favorables à Obama, un cardinal peut avoir parlé avec enthousiasme de l'actuelle administration américaine, mais, au-delà des trouvailles journalistiques, un point reste clair : l’Eglise ne peut se trahir elle-même".



La politique, la morale et un président. Une vision américaine

par Charles J. Chaput



Une grande force de l’Eglise réside dans sa vision globale. A cet égard, le récent essai du cardinal Georges Cottier sur le président Barack Obama ("La politique, la morale et le péché originel", publié dans "30 Jours" n° 5, 2009) a apporté une contribution précieuse au débat catholique sur le nouveau président américain. Notre foi nous unit à travers les frontières. Ce qui se passe dans un pays peut avoir un impact dans beaucoup d’autres. L’opinion du monde sur les leaders américains n’est pas seulement appropriée, elle est bienvenue.

Mais le monde ne vit et ne vote pas aux Etats-Unis. Les Américains, si. Dans chaque pays, ce sont les évêques locaux qui connaissent le mieux les réalités pastorales, parce qu’ils dirigent les fidèles. Donc, à propos des dirigeants américains, les réflexions d’un évêque américain peuvent sûrement avoir un intérêt. Elles peuvent approfondir le jugement positif du cardinal en offrant une perspective différente.

Je précise que je ne parle ici qu’à titre personnel, pas au nom des évêques des Etats-Unis en tant que corps constitué, ni au nom de tout autre évêque. Je n’entends pas non plus me référer au discours du président Obama sur le monde musulman, que le cardinal Cottier mentionne dans son essai. Il faudrait pour cela un autre article.

Je vais me concentrer sur le discours du président à l’Université Notre Dame lors de la cérémonie de remise des diplômes et sur les remarques du cardinal Cottier à propos de la pensée du président. Cela pour deux raisons.

La première : des gens de mon diocèse font partie - en tant qu’étudiants, diplômés ou parents - de la communauté nationale de Notre Dame. Tout évêque s’intéresse à la foi des personnes confiées à ses soins et Notre Dame n’a jamais été une simple université catholique locale. C’est une icône de l’expérience catholique américaine.

La seconde : lorsque l’évêque du diocèse où se trouve Notre Dame - publiquement soutenu par environ 80 autres évêques et 300 000 laïcs de tout le pays - désapprouve avec vigueur la présence d’un orateur, quel qu’il soit, les gens raisonnables doivent en conclure que cet orateur, ou au moins sa participation à l’événement litigieux, pose un vrai problème. Ces gens raisonnables peuvent aussi décider de s’en remettre au jugement des pasteurs catholiques les plus proches de l’affaire.

Malheureusement, et involontairement, le texte du cardinal Cottier sous-évalue la gravité de ce qui est arrivé à Notre Dame. Il surévalue aussi l’accord de la pensée d’Obama avec la doctrine catholique.

Il faut rappeler ici plusieurs points importants.

Premièrement, l’opposition à l’intervention du président Obama à l’Université Notre Dame n’a rien à voir avec la question de savoir s’il est bon ou mauvais. C’est évidemment un homme très doué. Il a de bons instincts moraux et politiques et son dévouement à sa famille est admirable. Ce sont des choses qui comptent. Mais hélas il en est d’autres qui comptent aussi : sa position sur des sujets de bioéthique essentiels, entre autres l’avortement, diffère nettement de la position catholique. C’est bien pour cela qu’il bénéficie depuis des années de l’appui de grandes organisations qui défendent le “droit à l’avortement”. On parle beaucoup, dans certains cercles religieux, de la sympathie du président pour la doctrine sociale catholique. Mais la défense du fœtus est une exigence de justice sociale. Il n’y a pas de “justice sociale” si les plus jeunes et les plus faibles d’entre nous peuvent être légalement tués. De bons programmes en faveur des pauvres sont sûrement essentiels, mais ils ne peuvent pas constituer une justification de cette violation fondamentale des droits de l’homme.

Deuxièmement, à un autre moment et dans d’autres circonstances, le conflit de Notre Dame aurait pu se dissiper facilement si l’université avait simplement demandé au président de faire une conférence ou un discours. Mais, alors que les évêques américains avaient déjà exprimé leur vive préoccupation face aux politiques pro-avortement de la nouvelle administration, l’Université Notre Dame a fait de la présence du président le clou de la cérémonie de remise des diplômes et lui a en outre remis un diplôme de docteur honoris causa en droit – malgré ses positions très inquiétantes à propos de la loi sur l’avortement et d’autres questions sociales liées à celle-là.

La vraie raison de la préoccupation des catholiques quant à l’intervention d’Obama à Notre Dame se trouve dans ses votes et discours ouvertement négatifs sur l’avortement et autres questions controversées. Par ses initiatives, l’Université Notre Dame a négligé et violé les directives formulées par les évêques américains dans “Catholics in Political Life”. Dans ce texte de 2004, les évêques invitaient les organismes catholiques à ne pas attribuer d’honneurs à des fonctionnaires gouvernementaux en désaccord ouvert avec la doctrine de l’Eglise sur des sujets graves.

Le vif débat qui, au printemps dernier, a divisé les milieux catholiques américains à propos de la distinction attribuée à Barack Obama par l’Université Notre Dame ne portait donc pas sur la politique partisane, mais sur des questions graves de foi catholique, d’identité et de témoignage religieux, ce que le cardinal Cottier, écrivant hors du contexte américain, peut avoir mal perçu.

Troisièmement, le cardinal note à juste titre des points de contact entre la recherche d’un “terrain politique commun” souvent affirmée par Obama et l’aspiration catholique au “bien commun”. Ces deux objectifs (la recherche d’un terrain politique commun et celle du bien commun) peuvent souvent coïncider. Mais ils ne sont pas identiques et peuvent diverger fortement dans la pratique. Ce que l’on appelle les politiques de “terrain commun” en matière d’avortement peut en réalité attaquer le bien commun parce qu’elles impliquent une fausse unité : elles établissent une plate-forme d’accord public trop étroite et trop faible pour supporter le poids d’un véritable consensus moral. Le bien commun ne peut jamais être favorisé par l’acceptation du meurtre des faibles, à commencer par les enfants encore à naître.

Quatrièmement, le cardinal Cottier rappelle avec raison à ses lecteurs le respect mutuel et l’esprit de coopération qu’exige la citoyenneté dans une démocratie pluraliste. Mais le pluralisme n’est jamais une fin en soi ni une excuse de l’inaction. Comme Obama lui-même l’a dit dans son discours à l’Université Notre Dame, la santé de la démocratie dépend de gens de convictions qui se battent fermement sur le terrain public pour ce en quoi ils croient : de façon pacifique et légale, mais avec vigueur et sans s’excuser.

Malheureusement, le président a ajouté une remarque curieuse : “La grande ironie de la foi est qu’elle admet nécessairement le doute… Ce doute ne doit pas nous éloigner de notre foi, mais il doit nous rendre humbles”. Bien sûr, c’est très vrai en un certain sens : de ce côté de l’éternité, le doute fait partie de la condition humaine. Mais le doute est absence de quelque chose ; ce n’est pas une valeur positive. S’il empêche les croyants d’agir sur la base des exigences de leur foi, il devient une faiblesse fatale.

L’habitude du doute s’adapte trop commodément à une sorte de “scepticisme baptisé” : un christianisme qui n’est guère plus qu’une vague loyauté tribale et un vocabulaire spirituel commode. Trop souvent, dans l’histoire américaine récente, le pluralisme et le doute sont devenus un alibi pour la léthargie politique et morale des catholiques. Peut-être l’Europe est-elle différente. Mais il me semble que l’actuel moment de l’Histoire (il réunit les catholiques américains et européens) ne ressemble pas du tout aux circonstances sociales que durent affronter les anciens législateurs chrétiens cités par le cardinal. Ces hommes avaient la foi, mais aussi le zèle nécessaire (tempéré par la patience et l’intelligence) pour incarner dans la culture le contenu moral de leur foi. Autrement dit, ils ont construit une civilisation modelée par la foi chrétienne. Ce qui arrive aujourd’hui est tout à fait différent.

Le texte du cardinal Cottier témoigne de la générosité de son esprit. J’ai notamment été frappé par le bien qu’il pense de l’“humble réalisme” du président Obama. J’espère qu’il a raison. Les catholiques américains veulent qu’il ait raison. L’humilité et le réalisme sont le terrain où une politique de bon sens, modeste, à l’échelle humaine, et morale peut se développer. Reste à savoir si le président Obama sera capable de diriger le pays de cette façon. Nous avons le devoir de prier pour lui, afin qu’il puisse le faire et qu’il le fasse.


Le quotidien romain qui a publié l'article de l’évêque Charles J. Chaput :

> Il Foglio

Et le reportage de www.chiesa avec l'article pro-Obama du cardinal Georges Cottier, publié par la revue internationale "30 Jours", auquel Chaput a répondu :

> Bienvenue à Obama. Le Vatican lui joue un prélude de fête (5.7.2009)


A propos du dernier livre de l’évêque Chaput, "Render unto Caesar" :

> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)



D’autres reportages de www.chiesa à propos des hauts et des bas dans les relations entre Obama et l’Eglise catholique :

> Obama diplômé à Notre Dame. Mais les évêques lui font repasser l'examen (26.5.2009)

> Ange ou démon? Au Vatican, Obama est l'un et l'autre (8.5.2009)


A propos des frictions entre la secrétairerie d’état du Vatican et les conférences des évêques des Etats-Unis, d'Italie et d’autres pays :

> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)


Autre texte relatif aux divergences entre la secrétairerie d’état du Vatican et les épiscopats nationaux, une analyse de Sandro Magister dans le quotidien "il Foglio" du 29 septembre 2009 :

> Il j'accuse di Magister. Perché la Realpolitik di Bertone non è in sintonia col papa



Traduction française par Charles de Pechpeyrou.