20.05.2012
Liberté de conscience et de religion : un droit violé ou sournoisement limité
La Conférence des évêques catholiques du Canada a publié, le 14 mai, une lettre sur la liberté de conscience et de religion. Le Conseil permanent de la Conférence a voulu exprimer son inquiétude à propos du « relativisme agressif » qui cherche, au Canada, à reléguer la religion dans la sphère privée. Le texte insiste sur la différence qui existe entre la laïcité légitime, et le laïcisme radical qui veut empêcher les confessions religieuses et les communautés de croyants de participer au débat public et à la vie citoyenne.
18:44 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : conference des eveques, eveques, canada, liberte de conscience, liberte de religion, relativisme, laicite, laicite legitime, laicisme agressif, confessions religieuses, debat public, bien commun, diversite religieuse, droits, eglise, etat, conscience, souffrances, paul-andre durocher, gatineau |
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17.01.2012
Laïcité et immigration : Le Front national invité à cesser les amalgames
L’immigration, sujet de toutes les polémiques en période de campagne électorale. En France, ce dimanche 15 janvier, au cours d’un meeting à Rouen, dans le nord du pays, la candidate de l’extrême droite, Marine Le Pen, a promis que, si elle était élue, elle procéderait à la création d’un ministère de la laïcité et de l’immigration. Pour la candidate du Front national, l’immigration constitue en effet un frein à l’application de la laïcité en France. Denis Vienot réagit pour nous. Il est le secrétaire général de Justice et Paix et le président de l’association « Chrétiens en forum », un collectif qui organise une série de débats autour des enjeux de la présidentielle depuis le début de l’année 2011
16:19 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, front national, campagne electorale, france, rouen, extreme droite, laicite, immigration, denis veinot, justice et paix, chretiens en forum, journee mondiale des migrants et des refugies, pape, benoit xvi |
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21.09.2011
Benoît XVI au Bundestag : les attentes d'un député
Premier temps fort de ce voyage apostolique, le Pape se rendra au Bundestag, le parlement allemand, en plein cœur de Berlin. Un discours très attendu jeudi après-midi, que certains députés ont décidé de boycotter en raison du principe de laïcité.
Andreas Schockenhoff est député CDU/CSU au Bundestag, interrogé par notre envoyée spéciale en Allemagne, il explique pourquoi Benoît XVI a été invité à s’exprimer devant les députés, il répond aussi aux critiques et souligne l’urgence d’annoncer Dieu dans la société allemande et européenne : >> 
(Radio Vatican)
21:35 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pape, benoit xvi, allemagne, berlin, bundestag, deputes, voyage apostolique, parlement, laicite, andreas schockenhoff, cducs |
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19.12.2010
Benoît XVI remercie l'Italie pour avoir défendu le crucifix dans les lieux publics
12:16 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pape, benoit xvi, ambassadeurs, francesco mario greco, italie, vatican, histoire, culture, eglise catholique, latran, villa madame, siege apostolique, liberte religieuse, famille, religions, social, signes religieux, crucifix, laicite, societe |
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19.06.2010
Le Saint-Siège et Cuba fêtent les 75 ans de leurs relations diplomatiques
75 ans de relations diplomatiques entre le Saint Siège et Cuba, une date anniversaire marquée par la visite à la Havane du secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, Mgr Dominique Mamberti (photo).

Il a présidé ce jeudi la messe dans la cathédrale de la Havane soulignant qu’il restait encore beaucoup à faire pour approfondir les relations diplomatiques entre les deux États.
La veille Mgr Mamberti avait donné le coup d’envoi de la dixième semaine sociale de l’Église cubaine, s’attardant dans son discours sur les multiples significations du terme laïcité et sur les relations entre l’ordre étatique et la dimension religieuse.
Les précisions de Mathilde Auvillain (Radio Vatican): >> 
06:45 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : saint-siege, dominique mamberti, eucharistie, la havane, diplomatie, eglise, laicite, cuba, cathedrales |
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16.03.2010
Québec: Consensus difficile sur la laïcité
Se mettre d’accord sur une définition de la laïcité, voilà qui pose problème au Québec. Le débat ressurgit régulièrement dans la province canadienne. La semaine dernière, le ministre québécois de la famille annonçait qu'il allait interdire l'enseignement religieux dans les crèches bénéficiant d’un financement public.
Cette annonce est en contradiction avec ses précédentes déclarations où il affirmait qu’il ne voyait aucun problème à voir des enfants initiés aux rites religieux dans des établissements financés en grande partie par des fonds publics. Un gouvernement hésitant, des débats parfois houleux, bref, il n'existe aucun consensus sur la notion de laïcité au Québec.

Jean Baubérot (photo) est professeur émérite de la chaire histoire et sociologie des laïcités à l’École des Hautes Études à Paris et auteur de l’ouvrage « Une laïcité interculturelle : le Québec, avenir de la France ? » aux éditions de l’Aube.

Il nous explique ce qui rend ce débat complexe et difficile: >>
Propos recueillis par Claire Malapert (Radio Vatican).
15:30 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laicite, ministres, creches, canada, quebec, familles, enfants, jean bauberot, histoire, sociologie, ecole des hautes etudes, france, editions de l aube, une laicite interculturelle le quebec avenir de la france |
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04.03.2010
La Cour européenne des droits de l’homme accepte de revoir la copie de l’Union sur les crucifix en classe
La Cour européenne des droits de l’homme a accepté d’examiner en appel un recours de l’Italie qui avait été condamnée pour la présence de crucifix dans les salles de classes. Cette décision a suscité une vive satisfaction dans l’Église catholique.

Dans un communiqué, le cardinal Erdo, président du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe, réaffirme que les questions religieuses doivent être affrontées au niveau national, conformément au principe de subsidiarité, car la sensibilité religieuse et la perception de la laïcité varient d’un pays à l’autre. Le cardinal Erdo estime que la Grande Chambre ferait preuve d’une grande sagesse si elle acceptait ce principe. Cela contribuerait, selon lui, à accroître la confiance dans les institutions européennes de la part des nombreux ressortissants européens, chrétiens, croyants et laïcs, qui se sont sentis profondément lésés par cette sentence.
L’observateur permanent du Saint-Siège auprès du Conseil de l’Europe à Strasbourg a lui aussi exprimé sa satisfaction. Pour Mgr Aldo Giordano, il s’agit d’une bonne nouvelle qui répond aux attentes de millions de personnes, comme l’a révélé le vif débat suscité par la sentence. Cette affaire prouve que certains points de la Convention posent de sérieux problèmes d’interprétation. L’observateur permanent du Saint-Siège préconise une nouvelle sentence, éclairée, fondée sur le principe de subsidiarité, qui respecte la marge d’appréciation des États. Cela est essentiel pour susciter la confiance des européens à l’égard de la Cour européenne des droits de l’homme, du Conseil de l’Europe et des autres institutions européennes. Mgr Giordano espère aussi que ce débat favorise la redécouverte du sens profond de la Croix. L’humanité – a-t-il commenté – a un besoin urgent de ce symbole de réconciliation, de respect de l’autre et d’espérance pour tant de personnes blessées par la vie.
L’affaire sera donc examinée en appel par la Grande Chambre qui se prononcera de manière définitive par un arrêt. La procédure prendra plusieurs mois.
(Radio Vatican)
06:00 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : italie, cour eurpeenne des droits de l homme, crucifix, salles de classe, eglise catholique, cardinal erdo, conseil des conferences episcopales d europe, prinicipe de subsidiarite, laicite, grande chambre, chretiens, croyants, lai, institutions eurpeennes |
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11.01.2010
Benoît XVI aux diplomates: trois leviers pour soulever le monde
Benoît XVI aux diplomates: trois leviers pour soulever le monde
Ecologie de la nature mais surtout de l'homme, laïcité positive, liberté de religion. Les points saillants du discours annuel du pape aux représentants des Etats
par Sandro Magister

ROME, le 11 janvier 2010 – Comme à chaque début d'année, le pape Benoît XVI a adressé ce matin au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège son discours sur l’état du monde.
Ce discours a le style et les prudences de la diplomatie vaticane. Il n’y est question, par exemple, ni de la Chine ni de l'Inde, les deux superpuissances émergentes, où l’Eglise catholique est, pour des motifs différents, écrasée et agressée.
Cela n’empêche pas le discours de transmettre des messages volontairement différents de ceux d’autres courants de pensée. Trois en particulier.

1. ÉCOLOGIE DE LA NATURE, MAIS SURTOUT DE L'HOMME
Le premier message coïncide avec celui qu’a déjà lancé Benoît XVI pour la Journée de la Paix, célébrée le jour de l’An : "Si tu veux cultiver la paix, cultive la création". Il met l’accent sur un point décisif et à contre-courant : la primauté donnée à la sauvegarde intégrale de l'homme.
Voici trois passages du discours qui traitent cette question :
"Il y a vingt ans, quand tomba le mur de Berlin et quand s’écroulèrent les régimes matérialistes et athées qui avaient dominé pendant plusieurs décennies une partie de ce continent, n’a-t-on pas pu prendre la mesure des profondes blessures qu’un système économique privé de références fondées sur la vérité de l’homme avait infligé non seulement à la dignité et à la liberté des personnes et des peuples, mais aussi à la nature, avec la pollution du sol, des eaux et de l’air ? La négation de Dieu défigure la liberté de la personne humaine, mais dévaste aussi la création. Il s’ensuit que la sauvegarde de la création ne répond pas principalement à une exigence esthétique, mais bien davantage à une exigence morale, car la nature exprime un dessein d’amour et de vérité qui nous précède et qui vient de Dieu". [...]
"Si l’on veut construire une vraie paix, comment serait-il possible de séparer, ou même d’opposer, la protection de l’environnement et celle de la vie humaine, y compris la vie avant la naissance ? C’est dans le respect que la personne humaine a d’elle-même que se manifeste son sens de la responsabilité pour la création". [...]
"Les créatures sont différentes les unes des autres et peuvent être protégées, ou au contraire mises en danger de diverses manières, comme nous le montre l’expérience quotidienne. Une de ces attaques provient des lois ou des projets qui, au nom de la lutte contre la discrimination, attentent au fondement biologique de la différence entre les sexes. Je me réfère, par exemple, à des pays européens ou du continent américain. « Si tu enlèves la liberté, tu enlèves la dignité », dit saint Colomban. Toutefois la liberté ne peut être absolue, parce que l’homme n’est pas Dieu, mais image de Dieu, sa créature. Pour l’homme, le chemin à suivre ne peut être fixé par l’arbitraire ou le désir, mais doit consister, plutôt, à correspondre à la structure voulue par le Créateur".
2. LAÏCITÉ POSITIVE
Un second message à contre-courant est adressé principalement à l'Europe et à l'Occident. Il revendique le rôle public de l’Eglise. Voici en quel sens :
"Les racines de la situation qui est sous les yeux de tous, sont d’ordre moral et la question doit être affrontée dans le cadre d’un grand effort d’éducation, afin de promouvoir un changement effectif des mentalités et d’établir de nouveaux modes de vie. La communauté des croyants peut et veut y participer, mais, pour ce faire, il faut que son rôle public soit reconnu. Malheureusement, dans certains pays, surtout occidentaux, se diffuse parmi les milieux politiques et culturels, ainsi que dans les médias, un sentiment de peu de considération et parfois d’hostilité, pour ne pas dire de mépris, envers la religion, en particulier la religion chrétienne. Il est clair que si le relativisme est considéré comme un élément constitutif essentiel de la démocratie, on risque de ne concevoir la laïcité qu’en termes d’exclusion ou, plus exactement, de refus de l’importance sociale du fait religieux. Une telle approche, cependant, crée confrontation et division, blesse la paix, perturbe l’écologie humaine et, en rejetant par principe les attitudes différentes de la sienne, devient une voie sans issue.
"Il est donc urgent de définir une laïcité positive, ouverte, qui, fondée sur une juste autonomie de l’ordre temporel et de l’ordre spirituel, favorise une saine collaboration et un esprit de responsabilité partagée. Dans cette perspective, je pense à l’Europe, qui, avec l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, a ouvert une nouvelle phase de son processus d’intégration, que le Saint-Siège continuera à suivre avec respect et avec une attention bienveillante. Notant avec satisfaction que le Traité prévoit que l’Union européenne maintienne avec les Eglises un dialogue « ouvert, transparent et régulier » (art. 17), je forme des vœux afin que, dans la construction de son avenir, l’Europe sache toujours puiser aux sources de sa propre identité chrétienne".
3. LIBERTÉ DE RELIGION
Enfin, un troisième message revendique la liberté de religion et proteste contre les situations où cette liberté est opprimée.
Benoît XVI cite quelques cas où les victimes sont des chrétiens : Irak, Pakistan, Egypte, Moyen Orient. Il ne parle pas de l’islam, mais dans tous les cas cités les agresseurs sont musulmans :
"Par amour du dialogue et de la paix, qui sauvegardent la création, j’exhorte les gouvernants et les citoyens de l’Iraq à dépasser les divisions, la tentation de la violence et l’intolérance, pour construire ensemble l’avenir de leur pays. Les communautés chrétiennes veulent elles aussi y apporter leur contribution, mais pour cela il faut que leur soient assurés respect, sécurité et liberté. Ces derniers mois, le Pakistan a été aussi durement frappé par la violence et certains épisodes ont visé directement la minorité chrétienne. Je demande que tout soit fait afin que de telles agressions ne se renouvellent plus et que les chrétiens puissent se sentir pleinement intégrés dans la vie de leur pays. S’agissant des violences contre les chrétiens, je ne puis omettre de mentionner, par ailleurs, le déplorable attentat dont vient d’être victime la communauté copte égyptienne ces derniers jours, alors même qu’elle fêtait Noël". [...]
"Les graves violences que je viens d’évoquer, associées aux fléaux de la pauvreté et de la faim, ainsi qu’aux catastrophes naturelles et à la destruction de l’environnement, contribuent à grossir les rangs de ceux qui abandonnent leur propre terre. Face à un tel exode, je désire exhorter les Autorités civiles, intéressées à divers titres, à œuvrer avec justice, solidarité et clairvoyance. En particulier, je voudrais mentionner ici les Chrétiens du Moyen-Orient. Assaillis de diverses manières, jusque dans l’exercice de leur liberté religieuse, ils quittent la terre de leurs pères, où se développa l’Eglise des premiers siècles. C’est pour leur apporter un soutien et pour leur faire sentir la proximité de leurs frères dans la foi que j’ai convoqué pour l’automne prochain l’Assemblée spéciale du Synode des Evêques sur le Moyen-Orient".
Le texte intégral du discours du pape au corps diplomatique :
> "Cette rencontre traditionnelle du début de l’année..."
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
20:01 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : saint-siege, vatican, chine, inde, irak, pakistan, egypte, moyen orient, islam, pape, benoit xvi, diplomates, ecologie, laicite, liberte de religion, musulmans |
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15.09.2009
L'Eglise libre dans l'état libre. Selon le cardinal Ruini
L'Eglise libre dans l'état libre. Selon Ruini
Le cardinal relance, avec un livre puis avec un grand colloque à Rome portant sur rien de moins que Dieu, le "projet culturel" de l’Eglise d’Italie. Qui coïncide avec la "priorité" que Benoît XVI a fixée à son pontificat
par Sandro Magister

ROME, le 14 septembre 2009 – La tempête qui a frappé ces jours-ci le journal de la conférence des évêques d’Italie, "Avvenire", a relancé la discussion sur les relations entre Eglise et pouvoir politique.
Au même moment, une circulaire sur l'enseignement de la religion catholique dans les écoles, adressée aux évêques du monde entier par la congrégation vaticane pour l'éducation catholique, a soulevé à nouveau une question sur laquelle la protestation laïque est plus récurrente.
Les relations entre religion et politique sont une question classique de "frontières", comme le dit aussi le titre d’un dialogue, devenu un livre, entre le penseur laïc Ernesto Galli della Loggia et le cardinal Camillo Ruini.
La présentation de son livre au Palazzo Marino de Milan, le 9 septembre, a donné à Ruini l’occasion d’expliquer de manière synthétique comment il conçoit le rôle public de la religion dans les démocraties modernes et quels sont les points d'accord et de désaccord entre l’Eglise et la vision laïque.
Son intervention, que l’on pourra lire intégralement ci-dessous, est d’autant plus intéressante qu’elle porte sur les "fondamentaux" de la controverse sur la laïcité.
Une controverse qui implique forcément la question suprême à propos de Dieu. Parce que "avec Dieu ou sans Dieu, cela change tout", a dit le cardinal. Il a justement choisi la question de Dieu comme thème d’un grand colloque qui aura lieu à Rome du 10 au 12 décembre, à l’initiative de la conférence des évêques d’Italie et en particulier de son comité pour le "projet culturel", dont Ruini est le président.
Le colloque ne sera pas uniquement “d’Eglise”. Il s’étendra de la philosophie à la théologie, de l’art à la musique, de la littérature à la science. Les orateurs seront vraiment de niveau international dans leurs domaines respectifs : catholiques ou non, croyants ou agnostiques, de Robert Spaemann à Aharon Appelfeld, de Roger Scruton à Rémi Brague, de Martin Nowak à Peter van Inwagen.
Ce ne sera pas une succession d’opinions juxtaposées et moins encore une sorte de “chaire des non croyants” comme ce que le cardinal Carlo Maria Martini avait organisé il y a des années. Ciblé, le projet vise à mettre en œuvre cette “priorité” qui, pour Benoît XVI “est au-dessus de toutes les autres”, en un temps “où, dans de vastes régions de la terre, la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus d’aliment”.
La priorité est donc – comme l’a écrit le pape dans sa lettre du 10 mars 2009 aux évêques – “de rendre Dieu présent en ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Pas à n’importe quel dieu, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout, en Jésus-Christ crucifié et ressuscité”.
Pour la conférence des évêques d’Italie un colloque d’une telle importance est une véritable première. Le "projet culturel" dont Ruini a été le concepteur y trouve l’une de ses grandes explications. Parce que ce projet n’est rien d’autre qu’un "effort pour transformer le message de l’Eglise en culture populaire", comme l’a dit Lorenzo Ornaghi, recteur de l'Université Catholique de Milan, en commentant le livre de Ruini et Galli della Loggia. Un effort qui a eu et a toujours dans le quotidien "Avvenire" l’une de ses principales tribunes.
Mais laissons la parole au cardinal.
Une laïcité positive pour l’avenir
par Camillo Ruini
La laïcité est un vaste sujet, dont on débat depuis des années avec un intérêt qui semble inépuisable. Il est donc difficile de proposer des "idées innovantes" en ce domaine, comme cela est souhaité pour cette rencontre.
A propos de l’émergence de quelque chose de nouveau, je voudrais surtout signaler le risque contenu dans le mot italien "laicità". Non pas en lui-même mais parce que, dans le débat culturel et politique italien, il est facilement affecté par sa parenté avec le terme français "laïcité". Ce dernier est historiquement porteur d’un sens très précis et à mon avis assez étroit, par rapport aux problèmes actuels et à l’importance de l’autre courant que, pour plus de clarté, nous appellerons "nord-américain".
Pour qu’une "nouvelle" laïcité soit élaborée conceptuellement et surtout pour qu’elle puisse prendre pied dans la réalité, la matrice américaine me paraît beaucoup plus utile que la française. Mais avant tout il faut mesurer sérieusement l’importance prise par la présence des diverses religions sur la scène publique, ainsi que les questions posées par la transformation des coutumes et modes de vie ou par les développements scientifiques et technologiques, en particulier dans le domaine des biotechnologies.
Je voudrais aussi apporter un élément de réflexion dont on ne parle pas d’habitude, mais qui me paraît indispensable pour mettre en place correctement – ou, si l’on veut, avec honnêteté intellectuelle – toute la discussion sur la laïcité et sur le rôle public des religions.
Cet élément de réflexion est contenu dans le sous-titre du colloque international sur Dieu, organisé pour décembre prochain [à Rome] par le comité pour le projet culturel [de la conférence des évêques d’Italie] : "Avec Lui ou sans Lui, cela change tout ".
En 2001, Robert Spaemann a expliqué le sens de cette affirmation de façon à la fois très synthétique et magistrale, précisant que la réponse à la question "cela fait-il une différence que Dieu existe ou non ?" change profondément selon qu’il s’agit des croyants ou des non croyants, que ceux-ci soient athées ou agnostiques.
Les vrais croyants répondent que non seulement la différence existe mais qu’elle est grande et radicale – c’est même la première et la plus grande – quant à la manière de concevoir la réalité mais aussi quant à l’orientation à donner à notre vie : pour eux, en effet, Dieu est l’origine, le sens et le but de l’homme et de l’univers.
Les non croyants, quant à eux, peuvent se différencier dans leurs réponses, suivant qu’ils considèrent la foi en Dieu comme négative, positive ou indifférente pour la vie de l’homme et de la société, mais à proprement parler ils ne se réfèrent qu’à notre foi en Dieu, pas à la réalité même de Dieu, puisque, selon eux, Dieu n’existe pas ou que, en tout cas, on ne peut rien savoir de lui, pas même s’il existe.
Reconnaître cette profonde différence d’approche entre croyants et non croyants libère le terrain des équivoques des fausses uniformités, mais n’implique pas du tout une impossibilité de converger sur des objectifs concrets et importants, ou même très importants dans les circonstances historiques actuelles. Tout à l’heure, j’en citerai quelques uns.
***
Pour en revenir à la question de la laïcité, je voudrais distinguer, d’une part, les aspects sur lesquels il y a aujourd’hui un large consensus, même s’il est souvent masqué par des polémiques non dépourvues d’arrière-pensées et, d’autre part, les points sur lesquels au contraire l’opposition est profonde et tend peut-être même à s’aviver.
En nous référant, d’une part, à l’entrée "Laïcisme", rédigée par Giovanni Fornero, de la troisième édition du "Dictionnaire de philosophie" d’Abbagnano et, d’autre part, aux documents "Gaudium et spes" et "Dignitatis humanae" du concile Vatican II, nous pouvons identifier les aspects sur lesquels il y a consensus, surtout dans le principe de l’autonomie des activités humaines, c’est-à-dire dans l’exigence qu’elles soient exercées selon des règles propres et non pas imposées de l’extérieur. Derrière ce consensus, on retrouve aussi la différence entre croyants et non croyants : les premiers pensent en effet que cette autonomie trouve en Dieu créateur son origine et sa condition ultime de légitimité ("Gaudium et spes" 36).
Contrairement à beaucoup d’apparences, un second élément de consensus est l’affirmation de la liberté religieuse, comme droit inaliénable de toute personne et, au moins selon l’Eglise catholique, de toute communauté.
A ce sujet, le virage opéré par Vatican II par rapport aux positions précédentes de l’Eglise en ce domaine avec la déclaration "Dignitatis humanae" a été décisif. Une différence par rapport aux opinions répandues dans le monde laïc concerne le fondement ultime de cette liberté, que le concile comprend de manière à exclure une approche relativiste incompatible avec la revendication de vérité du christianisme. J’ajoute que "Dignitatis humanae" (n. 7) affirme nettement que la liberté de l’homme dans la société doit être reconnue de la manière la plus large possible, en la limitant seulement si et dans la mesure où c’est nécessaire.
Sur la base des deux principes partagés de l’autonomie des activités humaines et de la liberté, notamment religieuse, il y a aussi un large consensus – contrairement aux apparences, de nouveau – sur les normes ou les critères de fond qui doivent régler les rapports entre l’état et les communautés religieuses, y compris entre l’état et l’Eglise en Italie.
Concrètement, il s’agit de leur distinction et de leur autonomie réciproque, mais aussi de l’ouverture pluraliste des institutions de l’état démocratique et libéral aux positions les plus diverses – y compris celles à caractère religieux et même confessionnel –, qui ont toutes, par elles-mêmes, les mêmes droits et la même dignité face à l’état.
Mais les motivations et les dimensions de cette ouverture sont très diverses, selon les points de vue des interlocuteurs, comme nous allons le voir.
L’obstacle qui existait en Italie – et qui survit encore d’une certaine manière dans d’autres pays, y compris en Europe – c’est-à-dire la "religion d’état" ou le caractère confessionnel de l’état, a été surmonté institutionnellement grâce à l’accord de 1984 portant révision du Concordat. Dans son protocole additionnel, en relation avec l’art. 1, il stipule : "Le principe de la religion catholique comme seule religion de l’état italien, originellement rappelé dans les Accords de Latran, est considéré comme n’étant plus en vigueur".
A la base de la révision du Concordat il y a, comme chacun sait, d’une part la constitution de la République et de l’autre le concile Vatican II avec la reconnaissance de la liberté religieuse.
L’objection selon laquelle le maintien même du Concordat constitue un privilège, contraire au principe de l’ouverture pluraliste et paritaire de l’état aux diverses confessions religieuses et positions culturelles, ne paraît pas insurmontable après l’accord de révision. En effet les relations concrètes entre un état et les diverses confessions religieuses présentes dans le corps social ne peuvent pas ne pas tenir compte de la situation historique et des façons dont, dans le cadre de celle-ci, l’état peut reconnaître un caractère public, et pas seulement privé, aux diverses confessions, avec les effets concrets découlant d’une telle reconnaissance.
***
Venons-en maintenant aux aspects de la laïcité sur lesquels il y a des divergences profondes, c’est-à-dire aux problèmes qui sont aujourd’hui vraiment ouverts. Dans les pays de démocratie libérale auxquels je limite mon propos, ils se concentrent principalement sur le rôle public que les religions peuvent ou non jouer et sur les conditions dans lesquelles elles peuvent éventuellement le jouer.
La gamme des opinions et positions à ce sujet est vaste et variée, mais il paraît possible d’identifier deux orientations, et je dirais deux sensibilités, de fond.
L’une d’elles tend à réduire le rôle public des religions, parfois jusqu’à une quasi-suppression. On la justifie, d’une part, en soulignant le caractère personnel, spirituel et intime, plutôt que social et institutionnel, de la religiosité authentique ; d’autre part en privilégiant, dans la vie d’une nation, la sphère proprement politique par rapport à celle du social.
L’autre orientation tend, au contraire, à favoriser ou du moins à accueillir sans restrictions mentales le rôle public des religions, en considérant aussi les dimensions sociales et institutionnelles comme essentielles pour les religions et en insistant sur l’autonomie et l’importance irréductible de la sphère du social.
Il faut dire clairement qu’aujourd’hui ces différences d’orientation sont transversales par rapport à la distinction, habituelle en Italie, entre catholiques et laïcs, et entre croyants et non croyants. Parmi les catholiques il y a en effet de nombreux partisans d’une religiosité concentrée sur son aspect spirituel, qui critiquent volontiers le rôle public des religions et en particulier du catholicisme. Parmi les laïcs, surtout depuis l’émergence des nouvelles et grandes questions éthiques et anthropologiques et la présence accrue des religions non chrétiennes sur la scène mondiale, beaucoup de gens admettent volontiers ce rôle et, assez souvent, le souhaitent.
***
Je vais maintenant essayer d’exposer synthétiquement mon point de vue sur ce problème.
Les phénomènes religieux, autrement dit toutes les religions, y compris bien sûr le christianisme, n’ont en eux-mêmes pas moins de titres que tout autre organisme ou phénomène social à influer sur la scène publique, y compris dans le domaine proprement politique. Cela, bien sûr, dans le respect des règles de la démocratie et de l’état de droit ou, pour utiliser une terminologie en vogue aujourd’hui, des procédures à travers lesquelles se forment et s’expriment les décisions politiques.
Il n’y a donc pas de raison d’imposer des conditions spéciales aux religions pour qu’elles jouent un rôle public, par exemple des conditions quant à la rationalité de leur argumentaire. En effet, dans un système démocratique, pour décider si une façon d’argumenter est rationnelle ou peut-être, plus précisément, plausible et convaincante, on s’en remet uniquement, en dernière analyse, à l’appréciation de l’ensemble des citoyens dans les cadres appropriés, surtout le cadre électoral.
Enfin je voudrais indiquer les motifs pour lesquels le rôle public des religions – notamment le christianisme – est important et peut rendre un service positif à la vie de la société. Autrement dit, je voudrais indiquer les raisons pratiques de cette laïcité "saine" ou "positive" dont Benoît XVI a parlé plusieurs fois, c’est-à-dire ouverte aux aspirations éthiques fondamentales et au sens religieux que nous portons en nous.
Une motivation très importante a été indiquée par E.-W. Böckenförde, il y a des années, dans son essai classique "La formation de l’état comme processus de sécularisation" : l’état libéral sécularisé vit en effet de principes que lui-même ne peut garantir, parmi lesquels, comme Hegel le soulignait déjà, les impulsions et les liens moraux dont la religion est la source semblent jouer un rôle particulier.
Récemment, Rémi Brague, dans une intervention sur "Foi et démocratie" publiée par la revue "Aspenia" en 2008, a proposé une mise à jour intéressante et à mon avis acceptable quant au fond, de la thèse de Böckenförde.
En premier lieu il a étendu cette thèse de l’état à l’homme d’aujourd’hui, qui a dans une large mesure cessé de croire en sa propre valeur, à cause de cette tendance à réduire l’homme lui-même à un phénomène de la nature et à cause de ce relativisme total qui sont à la base des interprétations actuelles de la laïcité, contraires à l’ouverture demandée par Benoît XVI. C’est donc l’homme, et pas seulement l’état, qui a besoin aujourd’hui – et même presque toujours, selon moi – d’un soutien qu’il n’est pas capable de s’assurer lui-même.
En second lieu la religion n’est pas uniquement, et même pas principalement, source d’impulsions et de liens éthiques. Aujourd’hui, avant d’assurer des limites et des digues, il s’agit de trouver des raisons de vivre. C’est là, depuis le début, la fonction, ou mieux la mission la plus spécifique du christianisme : ce qu’il nous dit surtout, ce n’est pas "comment" vivre, mais "pourquoi" vivre, pourquoi choisir la vie, pourquoi en profiter et pourquoi la transmettre.
Comme le précise son sous-titre, le livre "Frontières" est un exercice de "dialogue sur le christianisme et le monde contemporain". Il cherche à approfondir dans ses motivations et à rendre concrète cette laïcité non hostile au christianisme, et même largement alimentée par lui, en laquelle le professeur Galli della Loggia et moi, malgré nos points de vue différents, percevons tous les deux une défense essentielle de l’inspiration humaniste de notre civilisation.
Le livre :
Ernesto Galli della Loggia, Camillo Ruini, "Confini. Dialogo sul cristianesimo e il mondo contemporaneo", Mondadori, Milan, 2009.
Le professeur Galli della Loggia est revenu sur l’un des sujets discutés dans ce livre dans un éditorial publié par le "Corriere della Sera" le 30 août 2009 :
> Quelle distanze con la Chiesa
La lettre du Vatican sur l'enseignement de la religion à l’école, citée au début de cet article :
> Lettre circulaire sur l'enseignement de la religion dans l'école, le 5 mai 2009
Les articles de www.chiesa sur l’affaire "Avvenire", concentrés sur les aspects ecclésiaux :
> L'Eglise, Obama et Berlusconi. La confusion au pouvoir (31.8.2009)
> Dino Boffo lascia "Avvenire". "Per gli interessi della mia Chiesa" (3.9.2009)
> "Avvenire" a deux lecteurs qui ne sont pas d'accord entre eux : l'épiscopat et le Vatican (10.9.2009)
Et l'analyse d’ensemble de l’affaire, y compris l’aspect politique, par le professeur Pietro De Marco :
> "La questione non finisce qui". Sul caso Boffo e sul suo successore
Un précédent article de www.chiesa sur la question de la laïcité, avec des interventions des cardinaux Camillo Ruini et Angelo Scola, et des professeurs Ernesto Galli della Loggia et Pietro De Marco:
> La laïcité en danger. Deux cardinaux à son secours (23.2.2009)
Et une lecture "américaine" des mêmes questions, dans un livre de l'archevêque Charles J. Chaput:
> Comment faire de la politique quand on est catholique. L'aide-mémoire de Denver (13.8.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou.
www.chiesa
17:43 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, christianisme, religions, relativisme, robert spaemann, culture, aharon appelfeld, italie, eveques, cardinal ruini, vatican, laicite, liberte religieuse, livres a lire, pape, benoit xvi, avvenire, remi braque, roger scruton, martin nowak, peter van inwagen, carlo maria martini, jesus christ, lorenzo ornaghi, milan, galli della loggia |
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21.04.2009
Mgr. Giuseppe Betori: défenseur spécial de la ville de Florence
La ville de Florence a un défenseur spécial: son évêque
Nommé récemment, Giuseppe Betori a inauguré un nouveau style pastoral, très engagé dans la sphère publique, avec la défense de la vie humaine comme priorité. En fait il a actualisé un modèle épiscopal classique dans l'histoire de l’Eglise. Pietro De Marco l'analyse et l'interprète
par Sandro Magister

ROME, le 21 avril 2009 – Florence est pour le monde entier une ville phare. Comme capitale artistique, mais aussi comme laboratoire de fortes expériences chrétiennes, individuelles ou collectives. Elle l’a sûrement été pendant une grande partie du XXe siècle.
Le nouvel exemple qu’offre aujourd’hui Florence au monde catholique – et pas qu’en Italie – est lié au rôle joué par son archevêque.
Originaire d'Ombrie et bibliste de formation, Giuseppe Betori, 62 ans, est archevêque de Florence depuis le 8 septembre 2008. Antérieurement, il a été, en tant que secrétaire général de la conférence des évêques d’Italie, CEI, le bras droit du cardinal Camillo Ruini qui en était président, puis de son successeur, le cardinal Angelo Bagnasco.
L'été dernier, alors que sa nomination était dans l’air mais pas encore officiellement décidée, bon nombre de prêtres et de laïcs florentins ont signé une lettre ouverte demandant que le nouvel évêque soit un homme de "patience" et de "pardon", qu’il renonce à "parler avec aigreur et pour condamner" et qu’il instaure "un climat de liberté et de respect réciproque" entre l’Eglise et la société civile.
On devine facilement que ce profil d’évêque ne correspondait pas à celui que les signataires de la lettre attribuaient de manière polémique à Betori.
En tout cas, c’est lui que Benoît XVI a envoyé à Florence. Dans sa première interview au journal du diocèse, Betori a annoncé qu’il agirait pour "une foi capable d’être un élément de culture". Et d’ajouter: "Rien de ce qui est humain n’est étranger à l’Eglise. Il y aura donc une parole de l’Eglise à propos de toute la vie de la ville. Ce qui est humain peut et doit être éclairé par l’Evangile".
Début octobre, peu de temps avant son entrée en fonctions, il a eu un débat public avec la philosophe Roberta de Monticelli. Elle avait annoncé qu’elle quittait l’Eglise catholique précisément à cause de Betori qui, "au nom de l’Eglise d’Italie", avait condamné l'autodétermination à propos de l'interruption anticipée de la vie. Elle l’a accusé de nier "diaboliquement" "la possibilité même de toute morale: la conscience et sa liberté". Betori lui a répondu, dans le quotidien de la CEI, "Avvenire", par un éditorial calme intitulé: "Moi aussi, je demande la liberté de conscience, qui est autre chose que l'autodétermination".
Le 26 octobre, peu après son entrée en fonctions, il a été voir des petits malades à l'hôpital pédiatrique "Enrico Meyer" de Florence où un congrès avait lieu sur le thème: "Le nouveau-né est-il une personne?" avec comme orateur le néonatologiste néerlandais Eduard Verhagen, promoteur de "traitements de fin de vie" pour les bébés. L'archevêque a critiqué l'orientation du congrès qu’il a jugée "inquiétante".
Le soir du 20 novembre, il a participé à une veillée de prière pour Eluana Englaro, la jeune femme réduite à l’état végétatif que la justice italienne avait permis de faire mourir par interruption de l'alimentation et de l'hydratation, comme l’avait demandé son père: un cas très semblable à celui de Terri Schiavo aux Etats-Unis. A cette occasion, Betori a prononcé une allocution défendant avec force le maintien en vie d’Eluana: son premier acte public solennel de nouvel archevêque de la ville, sur une question également politique.
Le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, prêchant sur la place du Dôme, il a dit: "Nous sommes troublés de voir différentes personnes mettre en question, de différentes façons, la dignité intangible de l’être humain, surtout là ou il vit dans la fragilité, lors de l’apparition et de l’achèvement naturel de la vie".
Le 23 janvier, au conseil pastoral diocésain, il a cité, parmi les objectifs de l’Eglise de Florence, le retour à "la visibilité de la vie croyante au quotidien" et la réduction de la fracture survenue entre foi et culture au cours des décennies précédentes.
Dans l’intervalle, on avait mis fin à la vie d’Eluana Englaro. Elle n’était pas de Florence. Mais quelques jours après, le 9 mars, le conseil municipal de cette ville, sur proposition d’un conseiller socialiste, a décidé de faire Giuseppe Englaro, le père d’Eluana qui avait voulu sa mort, citoyen d’honneur "en tant que symbole d’excellent enseignement, de grande intégrité morale, de courage humain et civil, pour la défense de la légalité de la laïcité de l’Etat, de l’humanité, de la civilisation". Une décision prise de justesse, avec beaucoup de voix contre.
Moins d’une heure plus tard, la réponse de l’archevêché arrivait: une note officielle, résolument critique:
"Cette décision est offensante pour la partie non négligeable de la ville qui, au cours du drame d’Eluana, a exprimé des orientations bien différentes de celles dont M. Giuseppe Englaro et le groupe qui l’a soutenu étaient porteurs. Mais l’offense la plus grave a été commise envers les parents, frères, amis et volontaires qui, en Italie, se rassemblent autour de plus de 2 500 êtres chers vivant des situations proches de celle à laquelle Eluana a été arrachée de force, des gens qui ont au contraire besoin qu’on les soutienne dans leur dévouement, leurs efforts et leur espérance".
Il en est résulté une discussion publique très vive. Le président du conseil municipal, Eros Cruccolini, a écrit à l’archevêché une lettre pour défendre la justesse de la décision. Betori a répondu en confirmant "que c’est justement l’amour pour cette ville qui exige qu’un évêque, en conscience, exprime son désaccord si nécessaire, comme dans le cas présent".
Un autre échange par écrit a eu lieu juste avant la cérémonie où Giuseppe Englaro a été fait citoyen d’honneur. L'archevêque, invité à assister à la cérémonie, a refusé.
La dispute est encore vive. Au niveau national, elle se mêle à la discussion qui accompagne l'élaboration par le parlement italien d’une loi sur la fin de vie, accélérée précisément par la décision de justice concernant Eluana Englaro.
Mais ce qui est nouveau à Florence, c’est justement le rôle, sans précédent au cours des dernières décennies, que joue l’évêque.
La nouveauté est double. Tout d’abord par l'engagement direct de l’évêque dans la ville, y compris sur le terrain politique. Ensuite par le sujet de son engagement public, qui est la défense de la vie humaine en tant que telle: un sujet sur lequel une partie des évêques, du clergé et des laïcs catholiques est très peu désireuse de s’opposer à "l’esprit du temps".
Cette double nouveauté doit être analysée et interprétée, notamment en raison de sa valeur d’exemple. C’est ce que fait ci-dessous le professeur Pietro De Marco, florentin et expert reconnu du catholicisme de sa ville:
Sur l’évêque comme défenseur de la ville, lors des invasions modernes de barbares
par Pietro De Marco
1. La situation actuelle de l’Eglise de Florence que dirige l'archevêque Giuseppe Betori me paraît présenter un caractère exemplaire pouvant avoir des répercussions internationales. Ce que l’on voit à Florence, c’est la renaissance d’un ancien rôle: celui de l’évêque comme "defensor civitatis", défenseur de la ville, et "consul Dei", consul de Dieu, cette dernière appellation ayant été donnée au pape Grégoire le Grand.
Bien sûr, quelque chose de ce rôle de l’évêque apparaît périodiquement, en temps de guerre ou de révolution. Le cardinal Clemens August von Galen fut lui aussi appelé, pour son témoignage dans l’Allemagne hitlérienne, "defensor civitatis" et "consul Dei", comme jadis les Pères de l’Eglise "parmi les hordes de barbares". Ou bien cela apparaît dans des situations de grave conflit social, comme pour l’évêque Oscar Romero en Amérique Latine. Mais le cas de Florence est intéressant aussi parce qu’il n’a ni le côté exceptionnel d’un acte héroïque ni ce style "engagé" aussi cher aux cultures de libération que rarement original, avec souvent des effets doctrinaux et pastoraux négatifs.
Au centre du cas de Florence, il y a des questions anthropologiques, bioéthiques et biopolitiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec les sujets habituels de discussion politique et économique. Sur les questions de la vie, l’Eglise est tout à fait originale et seule; elle est irremplaçable. En ce sens, le cas de Florence a une portée exemplaire, qui pourrait provoquer ou encourager des agitations du même genre dans d’autres diocèses.
2. Les médias laïcs ont utilisé la métaphore footballistique de l'intervention "croche-pied" pour définir la forme et le fond du communiqué que l’archevêché de Florence a publié le 9 mars et qui critique l’attribution, par la municipalité, de la citoyenneté d’honneur à Giuseppe Englaro, père d’Eluana, la jeune femme réduite à l’état végétatif et qu’une décision de justice avait fait mourir de faim et de soif quelques semaines plus tôt.
Ce geste public de critique est cohérent avec le style de gouvernement de l’Eglise qui se dessine de semaine en semaine à Florence. Le communiqué de l’archevêché affirmait: "La prétention d’un groupe de conseillers municipaux de faire un choix au nom de toute une ville est un acte de mépris envers les représentants du peuple minoritaires et envers une minorité présumée de citoyens, ce qui provoque une profonde déchirure de la cohabitation". Et encore: on a voulu "montrer par un dernier acte d’arrogance [d’un conseil municipal en fin de mandat – ndlr] qu’il était possible d’exercer le pouvoir de façon abusive, en méprisant ceux qui ont d’autres idées et pensent que la vie est un bien dont on ne peut disposer parce qu’il est sacré”.
Certains ont même comparé le communiqué de la curie épiscopale à une proclamation intimidatrice, à un "diktat" auquel le conseil municipal de la ville aurait dû se soumettre. Des mots comme "proclamation" et "diktat" ne sont pas nouveaux. Des commentateurs faisant autorité les ont également utilisés contre le cardinal Angelo Bagnasco, président de la conférence des évêques d’Italie, qui est intervenu au même moment dans l’affaire d’Eluana. Désormais, en Italie, le mécanisme et le vocabulaire d’opposition à l’Eglise catholique sont standardisés et automatiques.
On en vient donc à se demander aussi pourquoi ceux qui, plus modérés, ont utilisé la métaphore sportive du "croche-pied" ont en tout cas évoqué un comportement qui oblige l'arbitre à siffler une faute. La réponse implique l’histoire civile et religieuse de l’Italie au cours du dernier demi-siècle.
Pour plusieurs raisons, toute intervention publique de la hiérarchie catholique est perçue et censurée comme un comportement fautif ou "uncorrect". Depuis des décennies, les catholiques italiens se sont habitués au silence de leur clergé et de leurs évêques dans le domaine public. En fait, ils se sont habitués à quelque chose de plus: à ce que les évêques ne parlent en public, éventuellement, que pour approuver les valeurs et rhétoriques civiles dominantes, comme pour affirmer leur accord, leur conformité à celles-ci. En effet, les voix d’évêques n’ont pas manqué pour dénoncer les "maux" du pays, mais elles évoquaient principalement des sujets civils à propos desquels l’Eglise s’alignait, souvent avec un certain retard, sur les forces politiques et morales "crtitiques".
Mais sur les sujets directement liés à l'anthropologie chrétienne, c’est le silence qui prévaut. Les évêques ont longtemps confié le "discernement critique" sur ces sujets, ainsi que son expression publique, au magistère ordinaire des derniers papes et aux déclarations de la conférence des évêques d’Italie. Ainsi, sans s’en rendre compte, les évêques laissent à la société civile – et notamment aux cultures politiques d’opposition et de protestation – la mission de donner la légitimité "politique" à l'autorité épiscopale.
Même si les exceptions n’ont pas manqué, ce "politiquement correct" existe depuis longtemps, à la satisfaction visible des administrations et des forces politiques. Une telle façon d’agir a fait naître des règles du jeu tacites. L'opinion publique les a assimilées de manière variable, tel ou tel arbitre estimant qu’il peut donner un coup de sifflet dès qu’un évêque semble "incorrect".
Mais il y a plus. Une opinion publique qualifiée, y compris catholique, a confondu cette "correctness" ecclésiastique dans la sphère publique avec un équilibre idéal entre autorités politiques et spirituelles. Réalisant ainsi dans les faits et les coutumes une "privatisation" abusive de la nature publique spécifique de l’Eglise, à laquelle celle-ci ne peut pas renoncer.
La doctrine moderne de la "laïcité" fait dépendre la neutralité de l’Etat du caractère privé de l’Eglise et de sa non-ingérence, de son innocuité politique, dont l’Etat serait juge. Mais l’Eglise catholique n’est pas ainsi par essence, elle n’est pas réductible à cela. Elle ne l’était pas quand elle a innervé l'Europe et l'Occident, elle ne l’est pas devenue après Luther ou Locke, ni avec la Révolution française ou sous la menace des religions politiques et des révolutions totales du XXe siècle.
Cette présence magistérielle et civilisatrice de l’Eglise catholique, la nécessité qu’elle apparaisse comme telle dans la sphère publique, n’ont jamais tout à fait disparu ; en fait, depuis plusieurs années, elles sont à nouveau présentes et visibles sur la scène mondiale. Selon les sociologues, c’est l’un des phénomènes les plus symptomatiques de l'âge "post-séculier". Le pontificat de Jean-Paul II et, en Italie, le gouvernement innovant de la conférence des évêques exercé par le cardinal Camillo Ruini ont mis sous nos yeux cette présence publique renouvelée de l’Eglise. Mais l'accoutumance de certaines parties de la société civile et la neutralisation de la visibilité et de l’autorité de l’Eglise tentée par les cultures laïcistes aboutissent encore à faire ressentir la présence magistérielle et civilisatrice de la hiérarchie catholique comme une exception, une transgression et même une contrainte.
3. Passons à Florence et à son évêque. Dès les premiers siècles du christianisme, l’évêque est à la fois le centre de la vie liturgique, par elle-même publique, et une autorité civile particulière, en cohérence avec son ministère qui est de "superviser". Bernard Flusin, historien de l’antiquité tardive, a écrit: "La liste des domaines où l’évêque est appelé à intervenir est impressionnante". Même s’il n’est pas un seigneur territorial, l’évêque est un "defensor civitatis", avec un rôle d’équilibrage par rapport aux fonctionnaires impériaux. A travers les évêques, l’Eglise donne aux fonctions d’assistance et de gouvernement une nouvelle visibilité institutionnelle par rapport aux systèmes préchrétiens: les évêques organisent le culte, instruisent, secourent les pauvres, influencent l’espace urbain. L’évêque, dans le cadre de sa ville, détient des pouvoirs définis juridiquement qui le mettent à la tête de la communauté urbaine face au pouvoir civil. D’autres historiens, dont Luce Pietri, le confirment: "Ses titres le proclament garant de la justice et protecteur des faibles, souvent en opposition avec la juridiction" civile. C’est le ministre de l'aide.
Par la suite, ces caractéristiques de longue période ont été actualisées et adaptées aux organisations de l’état moderne et des démocraties pluralistes, mais elles n’ont pas disparu et restent des éléments constitutifs. C’est si vrai, si évident pour la conscience publique et les calculs des gouvernants que, quand les devoirs de l’évêque envers la "polis" s’expriment sous forme d’activités sociales de "suppléance", ils sont appréciés, recherchés, loués. Quand au contraire la sollicitude de l’évêque – qui en elle-même ne vise pas au bien-être mais répond au commandement évangélique absolu et tend en définitive au salut des âmes même quand elle secourt les corps – s’adresse à d’autres protecteurs, décisifs, du bien-être spirituel et moral des citoyens, et qu’elle le fait avec autorité, à voix haute, elle est sifflée comme "incorrecte".
Ce ne sont pourtant que des moments distincts du même mandat et de la même fonction. Le communiqué de l’archevêché est, quant au fond, la première lettre de l’archevêque Giuseppe Betori à la ville et à propos de la ville. C’’est un acte de sollicitude du pasteur, qui se fait "garant de la justice et protecteur des faibles" sur le terrain anthropologique, y compris en opposition avec les pouvoirs. Il analyse la réalité et met en garde contre les dangers. Le rappel au "respect des rôles et des autonomies réciproques" que comporte la lettre envoyée à l’archevêque par le président du conseil municipal de Florence, montre une médiocre connaissance de ce devoir épiscopal.
4. Le débat public qui en est résulté – inédit à Florence comme est inédite dans cette ville, depuis un demi-siècle, la prise publique de responsabilités par un évêque en opposition avec les autorités civiles – constitue un modèle de nouveau style ecclésial, au moins en Europe. Ce changement n’a pas manqué de susciter des objections.
On a remarqué que le style "orthodoxe" de Betori n’est pas en harmonie avec Florence, parce que "Florence est atypique, ce n’est pas la ville de l'orthodoxie". Cette conviction relève d’une sorte de mythe romantique et Renaissance d’une Florence "hérétique", qui a eu un certain succès même au XXe siècle. Mais justement l’histoire récente du catholicisme florentin, que beaucoup de gens connaissent y compris hors d’Italie, n’a rien à voir avec ce mythe. Giorgio La Pira, maire de Florence, dont le procès de béatification est en cours, était un "pleureur" (mot qui désignait au XVe siècle les disciples du moine rigoriste Savonarole) très orthodoxe, très soumis à l’Eglise et au pape. Après l’ère La Pira, ce puissant courant catholique s’est dissous dans le silence public, entre marginalité, clandestinité à la Nicodème et conformisme progressiste. Mais aujourd’hui, Betori étant évêque, le temps des silences et des chuchotements est passé pour l’Eglise.
Le président du conseil municipal de la ville a affirmé que les décisions prises à la majorité d’un organisme électif, "expression concrète de la volonté de la ville", ne peuvent jamais être considérées comme "négatives". Mais il a ainsi confondu légalité et légitimité politique. La lutte entre groupes et courants de la majorité progressiste qui administre Florence a produit une décision à portée idéologique, militante, prise pour influencer par des rites civils (l’attribution de la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro) l'opinion publique et la conduire à un choix irréfléchi en faveur de l'euthanasie, donc sur des frontières éthiques d’une extrême gravité. De plus une petite majorité de conseillers a utilisé des pouvoirs et outils légaux pour s’opposer au gouvernement national et à l’Eglise alors même qu’à Rome le parlement était en train d’élaborer une loi sur le "testament biologique". Un geste politique dans lequel il est difficile de ne pas voir – comme l’a fait l’évêque – "un prétexte, une offense, une destruction" pour le gouvernement de la ville, autant que pour l'éthique publique. Demain, quelles autres décisions pourront être prises en prenant appui, symboliquement, sur le "citoyen Englaro", et avec l'apport de ce qu’il reste de désapprobation catholique?
L’évêque de Florence, désireux de voir se réaliser la "iustitia" au sens profond de la politique chrétienne, a rendu ses concitoyens conscients de cette anomalie éthico-politique. Il a agi malgré la pression contraire exercée par une opinion publique comprenant même des membres de l’Eglise: celle qui s’oppose à l’Eglise "des condamnations" au nom de la "médecine de la miséricorde".
Cette dernière pression est une alliée objective des polémiques laïques contre "l’Eglise du non", ridiculement montrée du doigt comme une Eglise de la peur et du conservatisme. De même ce que l’on appelle "l’opinion publique ecclésiale" fait preuve d’une surdité totale (souvent traduite en pratique pastorale) en ce qui concerne le combat bioéthique de l’Eglise et des derniers papes. Toujours encline à parler d’ouverture à l’espérance, cette opposition intra-ecclésiale ignore que l’espérance de l'homme repose sur la cohérence anthropologique et la responsabilité universaliste, pas sur un minimalisme de modèles destiné à pourvoir miséricordieusement aux cas particuliers. Elle ignore que, du point de vue ecclésiologique, la responsabilité d’un curé, conditionnée par l'immédiateté des "mondes vitaux" de ses fidèles est une chose et celle du pape et des évêques en est une autre. L'immédiateté des mondes vitaux ne peut pas devenir un article de foi.
5. Il y a une autre objection: pourquoi le récent réveil des hiérarchies catholiques se produit-il seulement ou prioritairement dans le domaine de la bioéthique et de la biopolitique? Je réponds qu’il n’est pas important de dire ici que ce n’est pas le cas, comme on pourrait pourtant le faire. Je crois en effet que cette priorité doit exister.
Le domaine bioéthique et biopolitique est si crucial que c’est plutôt l'absence de ces questions dans la prédication chrétienne ordinaire qui paraîtrait coupable. Il y a des milieux, y compris catholiques, à qui les questions de bioéthique semblent brûler les lèvres et qui préfèrent qu’on en parle ailleurs, c’est-à-dire que ce soit la hiérarchie qui en parle, suivie par des groupes "fondamentalistes". Mais le silence sur ces questions est coupable, parce qu’aucun catholique n’est dispensé de comprendre que le défi des biotechnologies ne résulte pas seulement de besoins thérapeutiques et n’aboutit pas seulement à réduire une pathologie ou une souffrance. C’est un défi anthropologique au plein sens du terme, c’est-à-dire un défi à l'existence et au sens de l'homme comme créature.
Ce que nous appelons depuis quelque temps anthropologie théologique a été pendant des siècles une partie du traité "de Deo creante et elevante". Il ne peut en être autrement. Si elles ne sont pas fondées sur le Dieu créateur, les sciences et les philosophies de l'homme et du "bios" deviennent les connaissances et les techniques d’un jeu vidéo joué sur l'homme réel.
Les implications du défi, le fréquent cynisme nihiliste à la Peter Singer, la rêverie sur le post-humain sont si récurrents et explicites aujourd’hui que seule une "différence chrétienne" émerveillée par l'innocence du monde peut ne pas en prendre acte. Au contraire cette frontière est d’une priorité absolue pour la responsabilité chrétienne. Si l'homme n’est pas pensé comme créature, on ne peut raisonner de manière sensée sur ses actes. La théorie qui calcule, avant ou après la naissance, le "meilleur intérêt" de l'être humain porteur d’un handicap ou gravement malade, est encore plus exemplaire par sa vacuité théorique que par son inhumanité. Quel serait le meilleur intérêt pour un être imparfait ou en mauvaise santé? De ne plus exister. Quelle merveilleuse perfection, quel bonheur nous rendrions au fœtus, au bébé, au malade, au vieillard, en les supprimant! La conviction irraisonnée que le meilleur intérêt d’un être exigerait et justifierait son élimination est, à elle seule, l’indice extraordinaire d’une dérive suicidaire. Benoît XVI l'a montré.
6. A tout cela l’évêque catholique a pour premier devoir de dire avec autorité "non", "je m’oppose" (comme dans le "Court récit sur l'Antéchrist" de Soloviev), sans être surpris s’il se trouve seul dans sa sollicitude ultime pour l'homme: parce que l’Eglise est unique et universelle dans la communauté des hommes, comme son mandat et sa certitude, depuis l'origine. Un "non" dit sans pathos apocalyptique. Avec des arguments et des analyses, en distinguant celles qui sont techniques et celles qui sont méthodiques. Avec la sagesse de ceux qui ont construit et assuré la raison de l'Occident.
Il n’y a donc aucune "sacralisation du biologique" dans la réponse catholique à la crise bioéthique, contrairement à ce que disent certains critiques. Toute vie dont s’occupent la raison et l'amour catholique est toujours l’homme entier, ce qui est beaucoup plus que le vivant qui apparaît au biologiste ou au clinicien en tant que tels. Et il n’y a rien à sacraliser, puisque cet entier est déjà "sacré".
Ce sont des évidences difficilement contestables. Mais il reste, préoccupante, l’incapacité répandue – pour ne pas dire la réticence catholique – à comprendre et à expliquer la primauté radicale, aujourd’hui, de l'annonce anthropologique. Le lien avec la grande tradition apologétique semble coupé. La docilité confuse d’une grande partie de la culture catholique envers les campagnes médiatiques contre "l’Eglise du non" n’est pas la preuve d’un fructueux "dialogue avec le monde", mais plutôt celle d’une situation de dépendance intellectuelle et politique. Mais des évêques combattants pourront nous faire sortir d’Egypte.
La méditation de l'archevêque de Florence, Giuseppe Betori, à la veillée de prière du 20 novembre 2008 pour la défense de la vie d’Eluana Englaro:
> La prima volta di Betori a Firenze. Su Eluana
Les textes intégraux de la décision par laquelle, le 9 mars 2009, le conseil municipal de Florence a conféré la citoyenneté d’honneur au père d’Eluana Englaro qui a voulu la mort de celle-ci. Et la réponse de l’archevêché:
> Firenze ha un cittadino in più, "ad honorem". L'arcivescovo vota contro
Le dialogue d’octobre dernier entre l'archevêque de Florence et la philosophe Roberta de Monticelli, sur la liberté de décider l'interruption anticipée de la vie:
> Roberta de Monticelli sbatte la porta e se ne va. Betori la riapre
Les deux précédents articles de www.chiesa sur la spécificité du catholicisme florentin, comportant tous les deux des commentaires du professeur Pietro De Marco:
> Florence contre Rome: un catholicisme mal à l'aise (25.6.2007)
> A Florence, les catholiques réécrivent leur histoire (26.6.2008)
Traduction française par Charles de Pechpeyrou
(www.chiesa)
17:07 Écrit par Père Walter dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anthropologie, liberte, avvenire, eduard verhagen, culture, eros cruccolini, clerge, laics, esprit du temps, consul dei, clemens august von galen, barbares, oscar romero, amerique latine, bioethique, biopolitique, luther, florence, italie, giuseppe bertori, pietro di marco, sandro magister, camillo ruini, angelo bagnasco, eveque, benoit xvi, eglise, etat, laicite, evangile, roberta de monticelli, philosophie, conscience, autodetermination, enrico meyer, pediatrie, eluana englaro, terri schiavo, etats-unis, defense de la vie, euthanasie, defensor civitatitis, gregoire le grand, economie, medias, conseillers municipaux, football, locke, revolution francaise, jean paul ii |
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